Journal d’Avril 2020 : L’Inde a de nouveau besoin du message de Gandhi

16 avril 2020

Un siècle après le combat de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde, et pour l’arrêt des violences entre musulmans et hindous, une loi votée en décembre 2019, vient relancer une flambée de haine.

Le 11 décembre 2019, le Citizenship Amendment Act a été adopté par le Parlement indien. Le BJP, Parti nationaliste hindou de Narendra Modi a fait adopter cette loi qui régularise les réfugiés venus des pays voisins, Afghanistan, Pakistan, Bangladesh à l’exclusion des réfugiés musulmans. Le vote de cette loi a déclenché un vaste mouvement de protestation à travers tout le pays. 

Fin février 2020, à New-Delhi, les nationalistes hindous se sont livrés à un déchaînement de violences contre les musulmans. Sophie Landrin, correspondante du Monde à New-Delhi, a rencontré dans un hôpital, 200 survivants et blessés de ce massacre. Les témoignages sont glaçants. Les assaillants ont attaqué les quartiers musulmans armés de pierres, de sabres, de bâtons et d’acide. Ils ont mis le feu aux maisons et aux échoppes tenues par des musulmans. Des victimes ont été frappées à mort puis jetées dans les égouts à ciel ouvert. Durant trois jours de folie meurtrière, 47 personnes ont été tuées, 122 maisons et 322 magasins ont été détruits. Des mosquées ont été détruites, d’autres saccagées, mais les temples hindous ont été épargnés. Depuis, un calme apparent est revenu mais les populations vivent dans la crainte de nouvelles attaques. De nombreuses familles fuient ces quartiers. 

Ces violences de février 2020 sont orchestrées par des nationalistes hindous extérieurs à ces quartiers. Le résultat recherché est l’installation d’une violence radicale dans ces quartiers mixtes où la cohabitation entre musulmans et hindous se déroulait en paix. Michelle Bachelet, haut-commissaire de l’ONU a demandé à se joindre au recours en justice contre cette loi controversée sur la citoyenneté. Le ministre des affaires étrangères indien a réagi : “le Citizenship Amendment Act est une question interne à l’Inde et touche au droit souverain du Parlement indien à faire des lois.” 

Le CAA, réforme de la nationalité sur des critères religieux, attise de nouveau les violences interreligieuses, longue plaie de l’Histoire indienne.  Rappelons que la laïcité est inscrite dans la Constitution. Mais Le 15 août 1947, jour de la naissance de l’Etat indien souverain, Gandhi est absent. Il jeûne en protestation contre la partition de l’Inde et du Pakistan. Cette partition a créé ce mauvais partage de l’ancien l’empire britannique des Indes, en deux états séparés sur la base d’une appartenance religieuse : le Pakistan à majorité musulmane et l’Inde, à majorité hindouiste. Durant les longues tractations qui ont précédé le départ des Britanniques une autre option avait été soutenue par les modérés du congrès indien et la ligue musulmane, celle d’une grande Inde démocratique. Mais le choix de la partition a triomphé. Le 30 janvier 1948, Gandhi, est assassiné par un fanatique nationaliste hindou.  Dès sa création en août 1947, l’Etat indien laïc et multiconfessionnel a connu des guerres religieuses et de dizaines de milliers de victimes ainsi que l’exode de dizaine de millions d’individus. La mémoire douloureuse de ces conflits est toujours opérante. En 1971, le Pakistan s’est séparé en deux. L’ex Pakistan oriental, a fait sécession en 1971 pour devenir le Bangladesh. Depuis 2001, le Pakistan, est au cœur d’inextricables conflits politiques. Voisin de la guerre en Afghanistan, il est le foyer de commandements terroristes et l’Islam est la religion d’état. Les conflits liés à la religion ont débordé dans les pays voisins et en occident. 

La voix de Gandhi, “Père de la nation indienne” manque toujours plus cruellement.

Jacinthe Hirsch


Journal d’Avril 2020 : La culture et l’art pour nous soutenir pendant la période de confinement…

16 avril 2020

Alors que plus d’un habitant sur trois dans le monde et la majorité de la population française sont confinés chez eux pour cause de pandémie de Covid 19, alors que salles de spectacle, cinémas, théâtres, musées, et tous les lieux publics qui nous permettent de nous réunir et de nous rencontrer sont fermés, de nombreuses initiatives individuelles ou collectives permettent de nous réunir virtuellement et de retrouver une forme de vie collective. Le meilleur côté d’Internet se manifeste ici, en nous permettant de vivre ensemble et de partager des émotions, des sensations et des réflexions… Des initiatives qui célèbrent et incarnent le meilleur de l’humanité.

De nombreux musées peuvent être visités virtuellement et ont rendu leurs collections accessibles gratuitement. Comme le musée du Belvédère à Vienne (https://www.belvedere.at/en/collection) ou le musée du Louvre (https://www.louvre.fr/visites-en-ligne).

L’INA a rendu gratuite sa formidable plateforme d’archives pendant trois mois (https://institut.ina.fr/offres-services/madelen) ; l’Opéra de Paris met à la disposition du public des enregistrements de ses spectacles sur son site internet (https://www.operadeparis.fr) ; des distributeurs de films ou des chaînes de télévision payantes ont rendu une partie de leur catalogue accessible gratuitement (https://www.troiscouleurs.fr/curiosity-by-mk2/ pour MK2 ;  mais aussi Arte, Canal +, OCS, Universciné etc.)…

Des orchestres nationaux interprètent des œuvres en réunissant grâce à Internet chacun des musiciens restés confiné chez lui, comme l’Orchestre national de France (https://www.youtube.com/watch?v=Sj4pE_bgRQI&feature=youtu.be) ;

Des musiciens et des chanteurs offrent gratuitement des concerts sur les réseaux sociaux, notamment Facebook ; 

Des personnalités du monde de la culture partagent leur art avec le public qui le souhaiterait, comme Fabrice Luchini qui lit quotidiennement Les Fables de La Fontaine sur Instagram (https://www.instagram.com/fabrice_luchini_officiel/) ou le violoniste Renaud Capuçon (https://twitter.com/RCapucon ) ou encore le violoniste et l’humaniste Itzhak Perlman qui raconte chaque jour une histoire et interprète quelques mesures de violon (https://twitter.com/PerlmanOfficial )…


Journal d’Avril 2020 : La voix du Hirak en Algérie

16 avril 2020

Depuis un an, la voix du Hirak, émergence d’une contestation populaire, se fait entendre. Hirak signifie « mouvement ».

Le mouvement a pris naissance après l’annonce de la candidature de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat, le 10 février 2019. Cette annonce déclenche des manifestations d’une ampleur inédite depuis des décennies.  Chaque vendredi, à partir du 22 février, durant l’hiver et le printemps 2019, des milliers de manifestants descendent dans les rues d’Alger et des grandes villes en exigeant le départ du Président malade et inaudible, symbole de la confiscation du pouvoir. Le 3 avril 2019, Bouteflika remet sa démission au Conseil constitutionnel et demande pardon aux Algériens. Le Hirak a obtenu son départ mais continue de réclamer une véritable rupture avec le système politique en place depuis l’indépendance, un système dominé par l’armée. La date de l’élection présidentielle, initialement prévue pour le 18 avril est reportée au 4 juillet mais sera annulée, faute de candidats. Le 15 septembre, Abdelkader Bensalah, le chef de l’Etat par intérim, annonce, dans un discours à la nation, que l’élection présidentielle aura lieu le 12 décembre. Cette date coïncide avec le calendrier exigé par le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée. Le mouvement de contestation s’oppose à la tenue de ce scrutin, tant que l’ensemble du “système” des décennies Bouteflika n’a pas quitté le pouvoir. Les manifestations reprennent, des dizaines d’opposants sont arrêtés. 

Retour sur un an de manifestations pour une transition démocratique en Algérie.

Jusqu’en décembre, le Hirak conteste une élection dont le déroulement est écrit d’avance avec pour finir, un Président marionnette dans les mains du général Salah, symbole de la permanence du système fossilisé. Avant les élections, deux contre-manifestations organisées par le gouvernement à renfort de cars venus de province ont rassemblé quelques centaines de personnes qui traitaient les opposants au régime de “traitres et d’agents de l’étranger”, réponse classique du régime en place, brandie avec la menace du retour de la décennie noire. Mais ces manifestants téléguidés n’ont pas pesé face à l’ampleur du Hirak qui voit dans les cinq candidats la continuité du système de confiscation du pouvoir.  Le 12 décembre, jour de l’élection présidentielle, a connu une abstention massive, 60% des électeurs n’ont pas voté et le jour même à Alger des milliers de manifestants ont bravé la police aux cris de “état civil, pas militaire” “ les généraux à la poubelle“.

Au lendemain des élections, le Président Abdelmadjid Tebboune a immédiatement déclaré vouloir “tendre la main” aux manifestants. Mais la demande de renouvellement des figures politiques et d’une transformation démocratique des institutions n’est pas acquise. Après des mois d’un peuple sans Président, voici élu le 12 décembre, un Président sans peuple. Derrière lui se profile toujours la figure de l’homme fort du pays, le général Salah. Mais le décès subit du général Salah, le 23 décembre a rebattu les cartes. Il était le dernier des combattants du front de libération de l’Algérie, proche de Bouteflika qu’il a convaincu de quitter le pouvoir et le véritable homme fort du régime. Réaction d’un militant du Hirak à cette annonce : “Nous n’avons rien contre l’homme, paix à son âme. C’est contre le système que nous luttons”. A son crédit, il n’a pas fait taire la voix du Hirak par un bain de sang. Sa disparition brutale n’a pas mis fin au mouvement. Les vendredis de manifestations continuent. Fin janvier, plusieurs dizaines de prisonniers poursuivis dans le cadre du Hirak ont été libérés mais une centaine reste en détention. Le procureur adjoint du Tribunal d’Alger centre a été muté pour avoir requis la relaxe de manifestants du Hirak et avoir réclamé une “justice indépendante”. La rencontre prévue jeudi 20 février à Alger de militants venus de tout le pays ainsi que de la diaspora, a été reportée faute d’autorisation. Les vendredi 21et samedi 22 février 2020, une vaste manifestation est prévue pour le premier anniversaire du Hirak, mais l’accès à Alger est réduit au compte-goutte pour empêcher les manifestants d’autres régions de participer à la marche dans la capitale. 

Le Hirak est inédit par son ampleur, sa durée et par sa diversité sociale mais comment survivra-t-il à son premier anniversaire ? Ce mouvement est inédit aussi par le choix de la non-violence et de la discipline. Les femmes sont présentes dans les manifestations, “aucune idéologie n’impose ses slogans” selon le sociologue Nacer Djabi, “les islamistes n’ont même pas les moyens d’imprimer leur couleur à ce mouvement”. Pour éviter les arrestations, le mouvement a choisi de ne pas désigner de leader mais il faudra bien que le mouvement se structure et s’organise pour durer. Le drapeau amazigh (berbère) est visible tous les dimanches place de la République à Paris, où se réunissent les opposants au régime, mais il est officiellement banni des cortèges en Algérie, bien qu’il soit une des composantes importantes du Hirak. 

Pendant un an, les réseaux sociaux ont accompagné ce mouvement d’opposition et contrecarré le discours officiel qui niait l’ampleur de la mobilisation. Une mobilisation virtuelle disparate et opiniâtre qui réunit les générations. Le Hirak apparait comme une réappropriation d’une mémoire nationale confisquée par le FLN depuis l’indépendance en 1962, comme le fait entendre le slogan “1962, indépendance du sol, 2019, indépendance du peuple”. Benjamin Stora, dans l’essai “Retours d’Histoire. L’Algérie après Bouteflika” décrit un nationalisme algérien pluriel où se mêlaient, au départ, religieux traditionnalistes, républicains et communistes. Il analyse le Hirak comme un ”retour du refoulé”. “Une histoire officielle a mis au secret des pans entiers de la guerre d’indépendance”. 

Aujourd’hui l’avenir est incertain. Les propos apaisants du Président Tebboune ont incité certains à laisser quelques mois au nouvel élu. Nombre de manifestants continuent à réclamer pacifiquement la disparition du système appuyé sur l’armée. Un an après la naissance du mouvement sa structuration est en dialogue : quel projet commun ? quels porte-parole ? Quels risques de répression ? 

Mars 2020, la répression se met en place, arrestations de militants, poursuites pour ”atteinte à l’unité nationale”, détention. Les prochains mois seront décisifs pour savoir qui du Hirak ou du système en place s’essoufflera. 

Et voilà que surgit la pandémie… 

Jacinthe Hirsch


Journal d’Avril 2020 : Tuerie d’Hanau, un retour du refoulé ?

16 avril 2020

Le 19 février, à Hanau en Allemagne, un homme de 43 ans se réclamant de l’extrême droite, a ouvert le feu dans des bars à chicha tuant neuf personnes essentiellement issues de l’immigration. Le suspect qui s’est ensuite donné la mort (avec sa mère) a laissé un manifeste et une vidéo qui, d’après le spécialiste du terrorisme au King’s College de Londres, Peter Neumann, ne laissaient place à aucun doute sur les motivations racistes et xénophobes du tueur. Il appelle notamment à « anéantir » la population d’au moins 24 pays, parmi lesquelles celles du Maghreb, du Moyen-Orient, d’Israël ou encore d’Asie du Sud, avançant des thèses racialistes.

Ces dernières années, dans toutes les démocraties européennes, on a vu se développer des thèses extrémistes et racistes. Mais, c’est en Allemagne qu’elles ont pris la forme la plus violente et ce, même si, d’après les renseignements fédéraux allemands, le nombre de militants d’extrême droite a diminué entre 1990 et 2020. En revanche le nombre de militants considérés comme violents a été multiplié par neuf, passant de 1400 en 1990 à 12700 aujourd’hui…Certains même, selon Nele Katharina Wissman, chercheure associée à l’IFRI, “sont prêts à mener des actions comme des attentats.”

Résultats surprenants pour un pays dont on aurait pu croire que grâce au travail mémoriel qu’il a fait sur le nazisme, serait à l’abri d’une récidive de dérives extrémistes.

Hélas, il n’en est rien et on a l’impression d’assister ici à un tragique “retour du refoulé”.

L’extrémisme de droite en Allemagne est constant dans l’histoire de l’après-guerre du pays, mais il semble, jusqu’à cet attentat, avoir été minimisé au prétexte de sa maîtrise particulière du passé, sous-estimant que ce pays a été à un point majeur le berceau de l’extrémisme de droite.

Il aura fallu attendre ces meurtres pour que les Allemands prennent conscience de la réalité de la menace.

Cependant alors que dans le passé proche l’on pouvait “facilement” repérer les militants d’extrême droite, aujourd’hui c’est devenu plus difficile car ces militants n’adoptent plus les codes néonazis des skinheads, ni les blousons de cuir et Doc Martens des années 1990. Habillés comme leurs contemporains, ils peuvent vivre dans des colocations difficiles à observer. Ils sont plus volontiers dans des “groupes d’amitié” (Kameradschaften) que la loi ne peut interdire.

« Cette augmentation des violences perpétrées par l’extrême droite s’explique en partie par le climat social », estime Nele Katharina Wissmann, qui ajoute qu’une “partie de la population a estimé, ouvertement, qu’il y avait trop de migrants et de musulmans en Allemagne”.

Ce discours xénophobe est largement porté par l’AfD très présente au Bundestag [le Parlement national] et dans les différents Länder, et vers qui se tournent aujourd’hui les regards. Le parti est accusé d’avoir créé en Allemagne un climat propice aux violences racistes avec son discours xénophobe décomplexé. Selon un sondage commandité par l’hebdomadaire Bild am Sonntag, 60 % des Allemands estiment que l’AfD a une responsabilité dans les attentats de Hanau.

Pour répondre à cette menace terroriste, les autorités allemandes ont mis en place de nombreuses mesures et envisagent même d’utiliser des procédés semblables à ceux qui existent pour lutter contre le terrorisme islamiste.

Si ces mesures sont nécessaires, elles ne produiront d’effet que dans quelques années. Ce qui semble le plus urgent et primordial est la lutte contre les discours xénophobes et racistes.

Ce combat ne concerne pas seulement l’Allemagne, mais toute l’Europe où comme dirait, Angela Merkel, “le poison” du racisme et de la xénophobie ne cesse de croître et d’embellir.

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2019 : Homophobie dans le sport et racisme anti-blanc

11 janvier 2020

Depuis quelques années déjà, l’homophobie est un sujet récurrent dans tous les stades où se déroulent des compétitions sportives. En août 2019, un match de football a été interrompu suite à des chants visant la Ligue Professionnelle de Football et à la présence de banderoles homophobes dans les tribunes.

Or, s’il y a une volonté louable de s’attaquer à l’homophobie dans les stades, on note surtout l’absence de travail préparatoire de cette même Ligue auprès des supporters. Car le chant insultant “la Ligue, la Ligue, on t’enc’…” est un chant récurrent.

Les supporters ultras se sentent discriminés. Ils dénoncent des huis-clos partiels prononcés par la LFP après l’utilisation de fumigènes, mais aussi des interdictions et restrictions de déplacement. Quand les matches sont arrêtés, les supporters ne vivent pas cela comme une mesure de lutte contre l’homophobie, mais comme une volonté supplémentaire de les écarter des stades. Donc, d’un côté des supporters qui se sentent agressés par les autorités, et de l’autre des dirigeants de clubs décidés à être plus sévères par rapport à certains comportements.  A partir de là, les chants insultants redoublent, manière de contester non pas la lutte contre l’homophobie mais la politique des autorités à leur égard.

Il faut sortir rapidement de cette spirale négative, ce que tente de faire la Ministre des Sports Roxana Maracinaenu, en dialoguant avec les associations de supporters, ceci en présence de la DILCRAH (Délégation Interministérielle pour la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme). Il  faut un plan d’action globale rassemblant les clubs, les Centres de Formation, les Associations de Supporters ; agir dans le sens de la prévention et de l’intégration des homosexuels dans le foot-ball (à ce jour, un seul ancien joueur pro a déclaré son homosexualité, car cet aveu n’est pas facile pour un joueur pro !) et le sport en général. Faire disparaître les comportements et les banderoles où l’agressivité, la grossièreté et une ironie affligeante et lamentable rivalisent de façon pitoyable. Et puis, pourquoi ne pas responsabiliser les clubs, les punir au portefeuille en déclarant le huis-clos pour certains matches, voire en leur infligeant des amendes substantielles ? La faiblesse et les discussions ne suffisent pas, il faut frapper fort. Les supporters y réfléchiraient à deux fois avant de récidiver, et les dirigeants feraient là un acte d’autorité, une autorité qui jusque là n’a été qu’illusoire.

Autre problème préoccupant : ces derniers mois, il a été fait état d’un prétendu “racisme anti-blanc” dans des quartiers de certaines villes de France. Des insultes (sale blanc, sale Français…), et même une chanson “Pendre les Blancs”.  Mais parle-t-on là vraiment de « racisme » ? Après tout, tous les racismes se ressemblent. Or, dans le cas qui nous intéresse, il ne s’agit nullement de discrimination à l’embauche ou au logement, pas de discours politique anti-blanc, pas de contrôles au faciès. Et pourtant, l’expression a fait florès, et certains faits incontestables donnent à réfléchir : à l’Université de Saint-Denis, on a pu lire des inscriptions du genre “Mort aux Blancs”, “Français= PD”, “Fuck White people”. Le terme “Français de souche” a été évoqué. En 2010, un sociologue a pu faire un état des lieux de cette forme de racisme qui se développerait dans certains quartiers de certaines villes de France. Il ne faut donc pas se voiler la face, et prendre conscience de ce phénomène qui existerait dans certaines villes, ce qui reste à vérifier.

Egalement à vérifier, cette affirmation d’un commentateur de football selon laquelle existe un racisme anti-blanc dans certains clubs de football de la région parisienne, où les jeunes joueurs blancs seraient maltraités (on ne leur parle pas, on ne leur passe pas la balle, on ne leur permet pas de se doucher avec les autres), c’est-à-dire des jeunes issus de l’immigration. Difficile à croire, mais comment est-ce possible ? Certes, particulièrement dans la région parisienne, la plupart des jeunes joueurs sont issus de l’immigration et adorent le football. D’autre part, beaucoup d’entre eux ne sont pas scolarisés, et le foot les passionne. Ils se rêvent en footballeurs pros, émules du grand Zinedine Zidane. Il est donc possible qu’ils ne voient pas d’un très bon œil des concurrents d’une autre origine. Donc, tout cela demande confirmation.

Un dernier mot, car décidément le football est à l’honneur : depuis les exploits de l’équipe de France féminine de football, le nombre de jeunes filles licenciées a bondi (de 55.000 à plus de 200.000). Décidément, Jean Ferrat avait raison : la Femme est l’Avenir de l’Homme.

Guy Zerhat


Journal d’octobre 2019 : Nouveau Musée de la Libération de Paris

11 janvier 2020

Un Musée de la Libération de Paris, ce n’est pas nouveau. Il en existait déjà un à Montparnasse depuis 1994. Mais, mal signalé et peu commode d’accès ce musée était peu visité. Il a donc été “transféré.”

Désormais le Musée de la Libération de Paris est installé dans les pavillons Ledoux à Denfert Rochereau dans le 14° arrondissement. (CLIQUEZ SUR LE LIEN POUR ACCEDER AU SITE DU MUSEE)

On y retrouve des pièces et documents très intéressants sur Le général Leclerc et Jean Moulin exposées dans l’ancien Musée. De plus, la nouvelle scénographie va permettre aux visiteurs qui vont suivre la vie de ces deux hommes, de découvrir l’histoire de la seconde guerre mondiale à travers eux, mais aussi le PC du Colonel Rol-Tanguy et l’abri secret des FFI, au sous-sol du Pavillon.

Ce site jamais visité, maintenant accessible au public, était à l’origine un abri de défense passive construit en 1938 pour permettre aux services administratifs de fonctionner en cas de bombardements. Inutilisé sous l’Occupation, il a été choisi par Rol-Tanguy pour abriter son état-major au début de l’insurrection parisienne. C’est ici, qu’il a discrètement installé son poste de commandement et coordonné l’insurrection de la capitale durant une semaine de l’été 1944, il y a juste 75 ans avant l’inauguration, le 25 août dernier, du nouveau Musée.

Pour accéder à ce PC, il est conseillé de ne pas être claustrophobe. Situé à 26 mètres sous terre, ce sous-sol est parcouru d’un labyrinthe de galeries.

Pour immerger encore plus le visiteur dans ce passé historique, le musée propose une visite en réalité mixte, avec des lunettes dédiées.

Le guide est un personnage fictif : un hologramme qui fait découvrir au visiteur équipé de casque à réalité augmentée, les événements qui se sont déroulés dans cet abri.

Ce parcours ludique s’accompagne de multiples éléments pédagogiques : “Le but était d’avoir un musée plus contemporain et accessible à tous”, explique Marianne Klapisch, la scénographe.

Pour accéder à cette visite gratuite de 45 minutes par petits groupes d’une dizaine de personnes, il convient de s’inscrire à l’avance.

Voilà bien un nouveau type de visite et une nouvelle manière de transmettre et de rendre l’histoire plus vivante. On n’arrête pas le progrès!

Lison Benzaquen

 


L’éditorial du journal d’Octobre 2018 : Demandez le programme…

29 novembre 2018

unknownEn cette période de rentrée, les nouvelles du monde sont bien alarmantes.

Outre-Atlantique, plus l’incapacité de Trump à diriger les Etats Unis saute aux yeux de chacun, cf. entre autres, le livre de Michael Wolff, “Feu et fureur sur la Maison Blanche”, plus son électorat se renforce dans la certitude que les odieux médias l’attaquent parce qu’il est le seul à oser dire le vrai. Le vrai ? Une série de mensonges de plus en plus troublants, aux conséquences potentiellement dramatiques.

Parallèlement, en Europe, les démocraties souffrent, attaquées par les extrêmes. Que faire ? Comment agir ?

Mémoire 2000 se veut être le soutien des professeurs en leur proposant le nouveau programme de films pour l’année 2018-2019 avec des débatteurs qui sauront intéresser les élèves et les amener à réfléchir sur les grands drames de ce monde, la défense des droits de l’Homme et la lutte contre le racisme.

Le débat de la rentrée porte sur le racisme anti-Noirs avec le film Dans la chaleur de la nuit de Norman Jewison.

A travers toute l’Europe se répandent des mouvements de haine contre les migrants. Le 12 septembre dernier, les députés européens ont voté en faveur du lancement d’une procédure contre la Hongrie pour violation de l’Etat de droit. Au lieu de répondre sur cette question, M. Orban s’est, une fois de plus, focalisé sur les questions migratoires. Le film du finlandais Aki Kaurismaki, L’autre côté de l’espoir, nous fait suivre les tribulations d’un jeune réfugié syrien décidé à rester à Helsinki malgré le refus de sa demande d’asile.

Les attentats islamistes, même s’ils sont, depuis peu, moins nombreux en France, font planer une menace pouvant atteindre chacun de nous en tous lieux et opèrent comme un moteur de peur et de haine à l’encontre de tous les Musulmans. Philippe Faucon dans La désintégration, expose magistralement la manipulation et l’endoctrinement des jeunes vers le jihad.

Mais n’oublions pas que, pendant la guerre, des Justes musulmans ont protégé des Juifs et des Résistants à l’intérieur de la Grande Mosquée de Paris. Ismaël Farroukhi raconte leur histoire dans son film, Les hommes libres.

A la même époque, Céline, ce grand écrivain, publiait des pamphlets incitant à la mort des Juifs. Encore actuellement, Faurisson continue à nier l’extermination des Juifs par les Nazis, l’existence des chambres à gaz et des fours crématoires. Aussi, comme chaque année, en janvier, à la date anniversaire de la libération d’Auschwitz, nous projetons un film sur la Shoah. Cette année ce sera La petite prairie aux bouleaux de Marceline Loridan-Ivens.

Nous n’oublions pas le sort injuste réservé à la moitié de l’humanité, c’est-à-dire, aux femmes, dans de trop nombreux pays. Le magnifique film de Deniz Gamze Erüven, Mustang, en est l’illustration, montrant les difficultés qu’affrontent les jeunes filles et leur courageux combat pour gagner leur indépendance.

De tous les racismes celui qui s’attaque aux plus faibles, aux handicapés, n’est pas le moindre. Dans Elephant man, David Lynch démonte les mécanismes de rejet et d’exploitation d’un homme défiguré, John Merrick, monstre exhibé dans les foires. Un médecin va le recueillir et découvrir son intelligence, sa sensibilité et la grande dignité qu’il tente de sauver au milieu de la haine et des rires.

L’éducation a une place essentielle dans la lutte de longue haleine contre le racisme et l’antisémitisme. Plutôt qu’un discours de déploration sur l’éducation comme on en entend trop, nous voulons montrer ce dont l’école est capable. La cour de Babel de Julie Bertuccelli, nous fait découvrir le travail exceptionnel, mené tout au long d’une année, dans une classe d’accueil avec des enfants venus de tous les coins du monde.

Nous apprenons la mort de Marceline Loridan. Elle avait 90 ans. Avec Simone Veil, elles étaient les filles de Birkenau, et sont restées inséparables toute leur vie.

Deux grands témoins ont disparu. Que leurs témoignages et leur action demeurent.

 Jacinthe Hirsch, Présidente de Mémoire 2000