L’éditorial du journal d’Avril 2017: la voie des associations

1 avril 2017

Pas plus que les autres associations antiracistes, Mémoire 2000 n’a vocation à intervenir dans le débat politique. C’est la raison pour laquelle elle s’abstient de prendre parti dans le débat ouvert pour les élections présidentielles.

Il n’est pas question qu’elle change de position, sauf s’il s’agit de se dresser contre la menace que fait peser le Front National sur les valeurs que nous défendons.

Nous étions présents en 2002, sur la Place de la République lorsque cette menace s’est présentée pour la première fois avec la présence de Jean Marie Le Pen au deuxième tour des élections. Nous serions présents, avec la banderole si l’occasion devait se représenter avec Marine le 7 mai prochain.

Quels que soient les espoirs qu’elle suscite ou les désespoirs dont elle se prévaut, il est exclu que nous puissions rallier le Front National qui cultive et entretient l’hostilité à l’égard des immigrés et suspecte les réfugiés, en instaurant une discrimination que constitue la “préférence nationale”.

Mais en dehors de cette exclusive, les associations comme les nôtres doivent s’abstenir de prendre parti pour tel ou tel candidat. Est-ce à dire qu’elles ne peuvent profiter de l’occasion pour se faire entendre, alors que la loi leur donne la parole en justice au titre du droit de réponse, comme en présence de provocations à la haine raciale ? Si la campagne devait être l’occasion de dérapages de cet ordre, leur intervention serait justifiée. Mais tant qu’elle se bornera à présenter des projets ou des programmes, elles doivent s’abstenir, sauf à profiter de l’occasion que vont provoquer par la suite les élections législatives pour inciter les candidats à se préoccuper concrètement de la lutte contre le racisme et de la promotion des droits de l’homme.

L’accès à l’égalité et à la citoyenneté passe par les échanges avec les forces vives de la nation que sont les députés. On doit pouvoir compter sur les candidats pour susciter de leur part les réponses et les innovations attendues en la matière.

Ainsi par exemple :

*De la suppression du mot “race” dans notre législation dont on s’est borné à adopter le projet en 2013.

*De la rédaction anonyme des curriculum vitæ, pour la recherche d’un emploi.

*Des contrôles au faciès sans que l’identité de leurs agents puisse être relevée.

*De la détection et de la répression du négationnisme des génocides.

*De la mise en place effective de la “réserve citoyenne” et de la place que nous devrions occuper dans les établissements scolaires.

S’agissant de notre activité spécifique, qu’est-ce que Mémoire 2000 aurait à demander ?

*Que la provocation à la haine et à la violence raciale et le négationnisme soient traités comme des délits de droit commun et non comme une exception à la liberté d’expression.

*Que les discours racistes soient intrinsèquement considérés comme des délits en dehors même de toute injure, diffamation ou provocation.

*Que le parlement mette enfin en application la décision cadre du conseil des ministres de l’Union européenne du 28 novembre 2008 qui prévoit que devraient être poursuivis la négation, la banalisation grossière, la minoration outrancière comme la glorification et la sanctuarisation de tous les génocides, sans qu’il soit nécessaire d’établir qu’ils comportent un appel à la haine.

*Que les subventions accordées par les pouvoirs publics aux associations soient réparties en considération de l’intérêt et du mérite des actions qu’elles ont entreprises.

*Que les membres de l’enseignement (proviseurs, directeurs de collèges et professeurs), soient incités à accueillir dans leurs établissements les interventions des associations qui par leurs initiatives et actions culturelles, mémorielles développent les valeurs de la citoyenneté et de la laïcité.

*Que soient reconnus et mis en œuvre les droits universels de l’humanité et désigné par les Nations unies un représentant de l’humanité.

Toutes mesures qui ont été adoptées par l’assemblée générale de Mémoire 2000 dans le cadre d’un plan triennal en décembre 2016.

S’ils en étaient tous d’accord, il resterait à harmoniser les positions et à se faire entendre à l’occasion de la discussion et des travaux parlementaires à l’Assemblée Nationale.

Ainsi Mémoire 2000 participerait concrètement et utilement à la vie de la cité, sans pour autant prendre parti pour l’un plutôt que pour l’autre, tout en ayant voix au chapitre, en choisissant la bonne voie : celle des associations.

Bernard Jouanneau

 

 

 

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Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance du 13 décembre 2016

1 avril 2017

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Mustang

Thème : la condition féminine

Débattrice : Carol Mann, sociologue

 

Grande affluence pour ce film. C’est l’histoire de cinq sœurs élevées par leur grand-mère et leur oncle dans une région reculée de la Turquie. La classe finie, elles trainent sur le chemin du retour, jouent avec une bande de garçons, montent sur leurs épaules. Une voisine les dénonce. L’oncle est furieux. Les filles seront privées de sortie. La grand-mère décide de les marier au plus vite.

Chacune à sa façon essaie d’y échapper.

La discussion s’engage. Carol Mann : “ Qu’est-ce qui vous a le plus déplu ?” Une fille: “Leur vie est horrible, elles n’ont pas d’amies, elles subissent des mariages forcés, leur grand-mère les tape”. La débattrice demande ce qu’elles ont fait de mal. Pour un garçon, elles ont volé des pommes. Mais pour un autre : “Elles provoquent les garçons, elles se caressent en montant sur leurs épaules”. Réaction vigoureuse des filles : “Qu’est-ce qu’elles faisaient de mal ? C’est un jeu.” Carol Mann : ”Les gars vous êtes complètement obsédés, vous ne pensez qu’à ça et vous accusez les filles”. Un garçon : “C’est parce qu’on est des paquets de testostérone !” Carol Mann : “Vous êtes macho. Pour vous la sexualité des filles c’est mal mais celle des garçons c’est normal !”

Une fille: “Si on enferme les filles c’est pour leur bien, pour qu’elles fassent pas des mauvais trucs avec des mauvaises personnes”. La débattrice : “Tu crois, toi, que tu as vraiment besoin qu’on t’enferme pour ne pas faire de bêtises ?” Une autre fille: Les mariages forcés elle déteste. “Ils se connaissent pas. Ils prennent le thé une fois et c’est décidé. Ils vont se marier”.

Plusieurs garçons continuent à penser qu’il faut enfermer les filles parce qu’elles sont trop jeunes. La débattrice: “Pourquoi c’est normal d’enfermer les filles et pas les garçons ?”. Le débat tourne autour de l’âge des premiers rapports entre garçons et filles. Mais une professeure intervient : “Ce n’est pas le sujet du film. Le personnage de la plus jeune des filles, celle de 13 ans, est splendide. Ce qu’elle veut, c’est la liberté. Le débat, c’est la conquête de la liberté pour les filles”. Vifs applaudissements.

Une fille évoque le viol commis par l’oncle sur sa nièce et sa violence effrayante lorsqu’il est en colère. Une autre demande pourquoi la grand-mère n’empêche pas cela. Carol Mann : “C’est à cause de l’atmosphère de terreur dans la maison. Lorsque ça arrive, tout le monde a peur de la violence de l’homme. Dans les cas d’incestes familiaux en France, c’est pareil, on ne dit rien, on a peur”.

Une fille demande: “Pourquoi les femmes sont toujours en infériorité et les hommes en supériorité. C’est quoi l’origine?” Les garçons arguent de la supériorité physique. “Déjà les hommes préhistoriques, c’est eux qui chassaient”. Carol Mann rappelle que les femmes chassaient et nourrissaient la communauté lorsque les hommes partaient traquer le gros gibier. Elle propose un exercice. Elle charge tous les sacs à dos des élèves sur les épaules d’un garçon : “Avec tes 15 kilos sur le dos accroupis. C’est pas facile, hein? C’est ça la vie des femmes enceintes. Tu ne crois pas qu’il faut être forte ? L’histoire de la force physique, c’est un peu bidon. Dans une société patriarcale une femme ne compte que si elle a un fils. Avoir un fils, c’est obtenir une place dans la société”.

Les questions sont encore nombreuses. Carol Mann accepte une dernière intervention d’un garçon rouge d’émotion : “Moi, je veux dire, on parle de tout ça, on ne l’a pas vécu, c’est pas pareil si on le vit….”

– Tu as raison, ce n’est pas notre expérience. C’est différent si on l’a vécu répond Carol Mann qui propose aux élèves de venir prolonger l’échange dans leur collège.

Jacinthe Hirsch

 

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance débat du 24 janvier 2017

1 avril 2017

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Elle s’appelait Sarah

Thème : la Shoah

Débattrice : Larissa Cain

 

C’est l’histoire de la petite Sarah envoyée au Vel d’Hiv avec ses parents, sans son petit frère qu’elle a caché dans un placard, pensant ainsi le sauver.

Larissa Cain, notre débattrice, n’est pas une rescapée du Vel d’Hiv mais une survivante du ghetto de Varsovie.

Elle commence son récit par quelques rappels d’histoire. Hitler, dès 1933, met en application son programme : la race germanique, descendant des Aryens, est une race « supérieure » qui a des droits sur les races « inférieures ». La race juive étant la plus « inférieure » il faut l’éliminer. Pourtant, précise Laïssa Cain, cette histoire de race est un mythe. Nous avons tous, quelle que soit notre couleur de peau, les mêmes constantes biologiques dans le sang.

Septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne. Dès le mois de Novembre on impose aux Juifs le port d’un brassard blanc avec une étoile bleue et on leur supprime le droit à l’éducation. Avec l’occupation de Varsovie le 28 Septembre 1940, la pression sur les Juifs s’accroit : le 16 novembre on les parque dans un ghetto dont on leur fera construire les murs de trois mètres de haut.

En fait, il y a deux ghettos, le petit ghetto et le grand ghetto. Ils diffèrent seulement par leur taille. Impossible de passer de l’un à l’autre, ce qui empêche de s’entraider ou de se réunir pour résister.

Par chance, l’appartement des parents de Larissa est sur l’emprise du ghetto. Ils n’ont donc pas à déménager. Par contre ils hébergent famille et amis et se retrouvent jusqu’à huit dans leur minuscule appartement. Larissa y est restée de Novembre 1940 à Décembre 1942. Elle réussit à s’en échapper toute seule, à 10 ans, en montant par une longue échelle en haut du mur de séparation et, morte de peur, en sautant dans la neige où un oncle l’attend. Au détour d’une phrase on apprend que sa mère est morte d’une dysenterie et que son père a été arrêté sans qu’on n’ait plus jamais de ses nouvelles. C’est donc une petite orpheline qui est trimballée de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à ce qu’on l’envoie en France en 1946. Ce qui l’a sauvée, dit-elle, c’est le système éducatif de la France où, quelque soit sa nationalité, on est pris en charge par des professeurs qui savent vous encourager et vous permettre de vous réaliser.

Les élèves posent quelques questions : y avait-il du marché noir ? Du cannibalisme ?

Larissa Cain: « Je ne peux pas vous répondre, j’étais trop petite. Quand on meurt de faim tout est possible, probablement. »

Un adolescent noir demande: « Dans votre vie, avez-vous eu l’occasion d’avoir des affinités avec un Juif ? » Stupéfaction de tous. Le temps de reprendre son souffle : « Mais je suis juive ! J’ai des affinités avec des Juifs mais tout aussi bien avec des non Juifs. Les affinités c’est mystérieux. Il est important dans la vie de ne pas se cantonner à un petit cercle, de rencontrer des gens de toutes sortes pour mieux comprendre le monde où nous vivons. « 

Certes, contrairement aux prévisions, ce n’est pas du Vel d’Hiv qu’on aura parlé, mais la rencontre avec un vrai témoin, une petite fille de 10 ans dans le ghetto de Varsovie, quoi de plus frappant pour nos élèves ? Ils en garderont le souvenir à jamais.

A la question sur les « affinités » avec un Juif, peut-être pourrait-on essayer d’y répondre en organisant un débat avec ces jeunes qui n’entendent, dans leurs familles et ailleurs, que des propos antisémites : Qu’est-ce qu’un Juif ? Est-il si différent de moi ?

Hélène Eisenmann

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance-débat du 24 février 2017

1 avril 2017

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Nous trois ou rien

Thème : l’intégration

Débatteurs : M. et Mme Mitterrand (professeurs d’histoire)

 

Une centaine d’élèves, certains depuis peu de temps en France sont présents. Le réalisateur, Kheiron, raconte dans ce film, l’histoire de ses parents, Hibat et Fereshteh, exilés d’Iran. Le film commence sous le régime du shah. Hibat devient un héros car il refuse en prison de manger le gâteau d’anniversaire du shah.

Après la révolution, et le régime autoritaire et théocratique de Khomeiny, la famille s’exile en France. La suite se situe en Seine St Denis. Les parents de Kheiron s’impliquent fortement dans la vie locale. Le sujet est traité sur un mode comique, malgré les scènes violentes au début, l’humour allège le propos.  

Le débat démarre aisément.

Un garçon : Pourquoi a-t-il refusé de manger le gâteau dans la prison ?

Un autre : Ça veut dire quoi, le gâteau du chat ?

Mr Mitterrand: Le shah, c’était un roi et si le peuple marquait son mécontentement, il mettait les gens en prison. Hibat refuse de manger le gâteau du shah pour montrer son opposition. Du coup, il est très respecté.

Un garçon : Pourquoi il est allé en France, alors ?

Le débatteur : Le peuple avait chassé le shah mais à sa place c’est Khomeiny. Un autre pouvoir autoritaire qui ne veut pas de démocratie.

Une élève : le shah, c’était un musulman ?

La débattrice : Oui, un musulman modéré, qui ne gouvernait pas avec la religion. Vous avez vu ce qui change en Iran avec Khomeiny ?

Plusieurs : “ les femmes se voilent.” “La musique est interdite”.

Une professeure : Pourquoi Hibat part en France ? Parce qu’il risque la mort avec son fils et sa femme, en Iran. Avez-vous compris quel est ce petit cachet qu’il jette lorsqu’il quitte l’Iran ?

Une voix : C’est l’image de son passé qu’il laisse derrière lui quand il quitte son pays. Une autre : c’était un cachet pour se suicider ? 

La débattrice : Oui, c’est ça, du cyanure. S’il est pris, il le croque et il meurt. Pour ne pas dénoncer les autres sous la torture.

Un garçon : Pourquoi elle appelle son père et dit qu’elle ne reviendra pas ? 

Le débatteur : En France, ils ont un statut de réfugié politique. Ils ne sont plus en danger. Ils participent à la vie de la cité. Cette solidarité, ils la rendent à leur quartier. Que vont-ils apporter, d’abord aux femmes ?

Une fille : A être heureuses, à sortir, à avoir la belle vie.

Une élève réalise : cette histoire en fait, c’est un petit qui raconte l’histoire de son père ?

Sa professeure : Oui, le bébé qui quitte l’Iran avec ses parents, c’est lui qui raconte l’histoire, lui qui fait le film et qui joue le rôle de son père.

La débattrice : Ses parents étaient militants, Kheiron a été éducateur.

Un élève : on voit comment il parle aux 3 jeunes assis à côté du centre culturel où on a cassé les vitres. Au début, ils s’en moquent.

Une fille : mais après, Hibat leur montre que cet endroit, était pour eux.

Une professeure : vous avez entendu le message d’Hibat à Elyes, le délinquant qui a été en prison : “Il n’est pas trop tard”. On apprend plus tard qu’Elyes après un autre séjour en prison, est devenu un éducateur. Il a un travail, une famille.

La débattrice : Chacun doit prendre sa place dans la cité.

Une fille : On voit pendant la fête il y a des grandes photos de chacun accrochées sur les murs du quartier.

Un professeur : On n’est jamais condamné à l’échec. Avec ma classe de 3ème, nous faisons un atelier d’écriture de chansons. Le thème c’est l’exil. L’idée c’est de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

La débattrice conclut : Kheiron a commencé comme ça, il a fait du théâtre. Il a gardé la faculté de mettre de l’humour autour de chaque chose triste.

On dirait que ce film d’intégration réussie a touché ce public.

Jacinthe Hirsch

 

 


Journal d’Avril 2017: Sortir du silence d’Auschwitz : La dignité contre l’inhumanité, « Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu. »

1 avril 2017

PERSONNE-NE-M-AURAIT-CRU-JPGVendredi 27 janvier 2017, 70° anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, le témoignage de Sam Braun, est présenté au théâtre de l’épée de bois, mis en scène et interprété par Patrick Olivier. Mémoire 2000 y était.

Comment dire l’irreprésentable d’une barbarie planifiée et accomplie à l’abri des regards? Comment évoquer, 70 ans après, transmettre la mémoire de tous ces êtres traqués, soumis aux pires conditions de survie afin qu’ils deviennent non humains, objets voués à la destruction ? Le témoignage de Sam Braun, rescapé des camps de concentration et d’extermination, survivant à la marche de la mort, témoignage recueilli 60 ans après le retour d’Auschwitz, nous est présenté dans une mise en scène retenue qui s’efface devant la force des mots que Sam Braun a pu extraire de ce long silence pour dire l’insoutenable.

Sam Braun a été arrêté et déporté à Auschwitz avec sa famille par le convoi du 7 décembre 1943. Il avait 16 ans. Ses parents, sa petite sœur sont immédiatement gazés. Sam Braun est envoyé à Buna Monowitz, Auschwitz III. Il survit. En janvier 1945, le camp est évacué, commence alors la marche de la mort. Sam Braun échappe plusieurs fois à la mort. Epuisé il parvient à Prague où il est délivré par des résistants tchèques.

A son retour en France, il se tait, comme de nombreux déportés revenus. En 1945, personne n’était prêt à entendre la parole des “revenants”. Après une période de dépression, il fait ses études de médecine mais s’enferme dans le silence en même temps qu’il efface son passé de déporté.

Cependant, Sam Braun, 40 ans après, cède à l’insistance d’une amie professeure de lycée et accepte de témoigner devant ses élèves. Un matin prenant conscience de son âge, il se dit : “Tu es un lâche, mon vieux, car si tu ne vas pas parler aux enfants, c’est uniquement parce que tu ne veux pas souffrir. Tes parents, ta petite sœur et tous ceux qui sont morts là-bas, sont donc morts pour rien.” Il ajoute : “Non pas qu’il faille donner une justification à la mort de mes parents et de ma petite sœur.…” Mon devoir m’est alors apparu clairement : je devais utiliser cet évènement horrible pour essayer de rendre service aux jeunes, en leur permettant d’ouvrir les yeux sur le monde et la folie de certains hommes…”

Après 20 ans de témoignage, il rencontre un professeur, Stéphane Guinoiseau. Celui-ci lui demande d’enregistrer des entretiens afin que sa parole demeure. C’est ainsi que ce texte lui survit.

Après ce lent processus de retour, Sam Braun peut expliquer comment cette mise à l’écart a été nécessaire pour réussir à vivre : “Je ne suis maintenant ni la victime, ni le héros d’une histoire malheureuse……Mais pour arriver à cette normalité, je suis resté quarante années dans le silence d’Auschwitz “.

Dans cette petite salle de la cartoucherie de Vincennes, Philippe Olivier est seul en scène, entre une tombe et un rocher. L’insoutenable récit est suspendu par moments, par un violon et un accordéon, discrets, ils répondent dans une houle de douceur à la barbarie des images d’archives sur la porte du fond de la scène. Puis le noir revient et Patrick Olivier reprend le fil du récit insoutenable. Le crescendo de l’atroce suit la chronologie effroyable de ce qui a eu lieu. Pourtant, ce qui frappe dans ce témoignage, c’est la sobriété et la pudeur.

Sam Braun n’est plus, mais avant de mourir il a enregistré un message aux collégiens et lycéens, Patrick Olivier, à la fin du spectacle, lui cède la parole. Le visage bienveillant de Sam Braun apparait sur l’écran : “J’aurais voulu être avec vous pour partager un passé. Mais je n’ai pas pu, je le regrette bien.” Toute la force et la délicatesse de ce témoignage sont déjà dans ces mots : “partager un passé”.

Survivre au pire, se taire pendant quatre décennies, puis réussir à témoigner pour donner confiance en l’homme aux générations futures, tout cela est au cœur de cette représentation. On en sort bouleversé avec l’espoir que ce témoignage atteindra les générations futures.

Jacinthe Hirsch

 


Journal d’Avril 2017: “Réflexions sur l’antisémitisme” sous la direction de Dominique Schnapper, Paul Salmona et Perrine Simon-Nahum

1 avril 2017

Mise en page 1Depuis une dizaine d’années, la France connaît les actes antisémites les plus graves depuis la seconde guerre mondiale (hormis les attentats pro-palestiniens), cela dans un climat délétère où des slogans tel “mort aux juifs” sont scandés lors de manifestations et où des célébrités se répandent sur Internet, notamment Twitter, en invectives antisémites effrayantes… C’est ce contexte qui a conduit le MAHJ et la BNF à organiser en mars 2016 le colloque “L’antisémitisme en France – XIX°-XXI° siècle” réunissant chercheurs et acteurs de terrain qui a nourri ce livre. La vingtaine de contributions mettent en perspective historique et sociologique la spécificité, la plasticité et les invariants de l’antisémitisme français, depuis les années 1890, jusqu’à la réapparition de l’antisémitisme contemporain dont les chercheurs tentent de saisir les filiations et la singularité.

Relevons plus particulièrement la contribution d’Emmanuel Debono sur le pic d’antisémitisme lié à la crise des Sudètes et les accords de Munich (1938), où les juifs furent accusés de vouloir la guerre et d’être favorables à l’Allemagne nazie… Celle de Joëlle Allouche-Benayoun sur l’antijudaïsme dans l’Algérie coloniale, avec l’étude du trop méconnu pogrom de 1934 à Constantine (25 morts), fomenté par des antisémites français et commis par des musulmans… La contribution de Valérie Igounet éclairant 70 ans de négationnisme, depuis Bardèche, Garaudy, Faurisson jusqu’à Dieudonné aujourd’hui, qui réunit antisémites d’extrême-droite et d’extrême-gauche et les antisionistes, nombreux dans les quartiers populaires. Celle de Jean-Pierre Obin, Inspecteur général de l’Education nationale, dont le rapport de 2004 sur l’antisémitisme dans les quartiers populaires fut passé sous le boisseau, et le déplacement massif des élèves juifs des établissements publics de ces quartiers vers d’autres écoles.

Celle de Georges Bensoussan qui conclut que l’enseignement de la Shoah (y compris les visites à Auschwitz) n’est pas un instrument très efficace aujourd’hui…

L’étude de l’antisémitisme français contemporain ne signifie nullement adopter un point de vue qui verse dans le déterminisme culturel, en particulier pour les Français de culture musulmane. L’antisémitisme français a une longue histoire, et il réapparaît avec force chaque fois que la société est fragilisée, dans son économie et dans ses institutions politiques. Il est la maladie de notre démocratie, dont il vise à saper les fondements et à nier l’égalité et la fraternité qui sont au coeur du pacte républicain. L’antisémitisme n’est pas le problème des juifs, il concerne chaque Français et il est le problème de tous les citoyens. 

Rose Lallier


Journal d’Avril 2017: Racisme anti-chinois

1 avril 2017

racisme-anti-chinoisDepuis quelques années, les violences ont augmenté de façon sidérante à l’encontre des Chinois, des Asiatiques de Paris et de sa banlieue. Mais les pouvoirs publics n’ont pas l’air de trouver cela inquiétant. Les associations soi-disant antiracistes (subventionnées par l’Etat) ne s’alarment guère : ceci n’est pas un problème.

Ce racisme n’a pas de fondements idéologiques ou historiques, il est plutôt conjoncturel, c’est simplement une manifestation de méfiance envers la population d’une nouvelle grande puissance dont on sait finalement peu de choses. Pour le président de la LICRA, le tiercé gagnant de la lutte contre le racisme reste les “valeurs sûres” que sont la communauté musulmane, les noirs et les juifs. Donc, ne nous affolons pas, et circulez, il n’y a rien à voir !

Que l’on nous permette de voir les choses autrement : ce racisme antichinois est bel et bien présent chez nous, où existent déjà des tas de blagues douteuses du type “les chinois ne se sentent plus bridés”, et “rire jaune” comporte aujourd’hui une connotation xénophobe et raciste incontestable. Crainte diffuse de la concurrence chinoise, présence chinoise qui se manifeste plus qu’avant, rapports ambivalents avec les autres population immigrées : ce sentiment de xénophobie légère est lié à un phénomène d’envie, du fait d’une certaine réussite économique des Chinois qui, en période de crise, commencent à apparaître comme des boucs émissaires. Alors que, si les Chinois qui vivent en France conservent quelques éléments de leur culture d’origine, ils ont nettement tendance à adopter la culture française, si bien que les demandes de naturalisations sont de plus en plus nombreuses.

Il y a quelques mois, une recrudescence de ces violences a entraîné le décès d’un ouvrier chinois à Aubervilliers. Chaque jour, on recense une vingtaine d’agressions de Chinois. Agressions qui sont le fait de jeunes descendus des cités. Si bien que le maire communiste d’Aubervilliers reconnaît alors un “racisme ciblé”. Et pourtant, une fois de plus, les associations prétendument antiracistes (LICRA, MRAP, Ligue des Droits de l’Homme) sont demeurées aux abonnés absents.

Bien sûr, cette communauté asiatique attise les convoitises : diable, voilà des gens qui travaillent d’arrache-pied, se comportent avec discrétion, scolarisent scrupuleusement leurs enfants pour œuvrer à leur réussite sociale. Assimilés, travailleurs, ils dérangent une certaine population qui, par jalousie, bêtise, racisme aussi, leur fait porter le chapeau de son échec. Dans certains quartiers, la réussite dérange. D’autant plus que les Chinois ont (à tort ou à raison, peu importe) la réputation de porter sur eux de l’argent liquide. Alors, évidemment, c’est moins difficile et plus tentant que de vendre du shit : là, on a directement le fric, avouez que c’est pratique et alléchant ! En outre, les feux de poubelles, les voitures vandalisées, les barres de métal, les mortiers même, tout est bon pour “punir” ces travailleurs qui dérangent. Le quartier de Belleville et les cités des banlieues nord (comme Aubervilliers) sont les principaux champs d’action. Et devant toutes ces violences, que font les associations antiracistes ? Rien ! Le pauvre Monsieur Deng Chaolin l’ouvrier d’Aubervilliers qui y a laissé la vie, ne sera jamais célèbre. En outre, on n’est pas près de voir, dans les éventuelles et rares manifestations, des pancartes avec “Yellow lives matter”. Puisqu’on vous dit que cela n’existe pas, que ce sont des phénomènes sans gravité.

On va donc de lâcheté en démission, et je suis sûr que bientôt on nous dira que “les Chinois l’ont bien cherché”, que “ce n’est pas grave“…

Air connu, mais air vicié, quasiment irrespirable ! Il est des moments où l’on à du mal à être Français…

Guy Zerhat