Centième éditorial

18 avril 2019

 

Juin 1992, naissance de Mémoire 2000 créé par un groupe de militants antiracistes. Janvier 1993, numéro 1 du journal.

Avril 2019 numéro 100. Drôle de titre : Mémoire 2000, en 2019.

 

Vous avez dit Mémoire ?

L’Histoire du XX° siècle a produit des crimes sans commune mesure avec les siècles précédents. “N’oubliez pas que cela fut *” dit Primo Lévi dans le poème qui ouvre Si c’est un homme paru en 1947. Pour les fondateurs, il s’agit de transmettre la mémoire aux jeunes. Leur projet : mettre en actes la lutte pour les droits de l’homme, faire prendre conscience des dangers du racisme, de l’antisémitisme, des discriminations. Une fois par mois, les élèves parisiens et de proche banlieue viennent voir un film et poser leurs questions aux spécialistes ou témoins que nous invitons. Dans ces années 90, Mémoire 2000 écrivait : “les jeunes ont tout à découvrir de ce que la télé ne leur montre pas”. Aujourd’hui, les jeunes sont submergés de fausses informations accessibles par les réseaux sociaux. Que fait-on ? On continue, une séance après l’autre avec les professeurs, les films et les débatteurs.

 

Vous avez dit 2000 ?

En 1992, 2000 paraissait loin, on ouvrait des bars de l’an 2000, on fondait Mémoire 2000 et l’on rêvait de pourfendre l’intolérance et les préjugés. Le troisième millénaire  allait tirer les leçons des horreurs de l’Histoire du XX° siècle. Le 11 septembre 2001, le monde entier assiste en direct à l’effondrement des tours du World Trade Center. Crime spectaculaire mis en œuvre par des adeptes d’une intolérance majeure, qui veulent anéantir devant l’humanité entière les rêves des droits de l’homme. Les jeunes que nous accueillons aujourd’hui sont nés après le 11 septembre. Beaucoup croient aux théories du complot et sont persuadés que les attentats sont une machination des juifs, ou des Américains. Il importe toujours de sauvegarder la mémoire des mécanismes toujours renaissants qui conduisent à la haine,  au rejet de l’autre. Mémoire 2000 continue.

Pour ce centième numéro, nous avons feuilleté les archives de Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000 qui nous a quittés en juin 2017. Aperçu dans les pages intérieures.

Jacinthe Hirsch

(* “N’oubliez pas que cela fut” est le titre du documentaire de Stephan Moskowicz présenté aux élèves lors de notre séance-débat du 19 mars 2019)


Journal N° 100 : il était une fois

18 avril 2019

A l’occasion du centième numéro de notre journal, nous avons voulu, sans nostalgie mais avec émotion, faire un petit voyage de mémoire dans l’histoire de notre association…

Au commencement était une équipe de militants antiracistes qui décidèrent, sous la houlette de Bernard Jouanneau, alors président de la Fédération de Paris de la LICRA, de fonder une association originale qui s’adresserait essentiellement aux jeunes.

Pourquoi ? pour les former aux droits de l’homme et leur faire comprendre l’intérêt qu’il y a pour tous à assurer la protection, la défense et plus particulièrement la nécessité à résister à la xénophobie, au racisme, à l’antisémitisme et à toutes les formes de discriminations.

Comment ?  En leur transmettant par l’image, notre mémoire, celle reçue en héritage et qui constitue le fil conducteur des générations.

Mais pas seulement la nôtre ! Celle de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous les temps, sous toutes les latitudes, qui ont défendu la reconnaissance des droits de l’homme, au péril de leur vie ou de leur liberté.

La mémoire pour que l’histoire serve à quelque chose…

Et voilà … Ce qui fut pensé fut réalisé et le 16 juin 1992, naissait officiellement Mémoire 2000.

Peu de temps après, le 19 juillet 1992, Mémoire 2000 faisait son entrée dans les médias en participant à l’émission spéciale sur TF1 consacrée à la rafle du Vel d’Hiv avec autour d’Anne Sinclair, Bernard Jouanneau, Laurent Fabius, Alain Touraine, André Froissard, Jean Kahn, Michel Noir… et des enfants qui avaient préparé leur participation dans des ateliers dirigés par Mémoire 2000.

Dès le début Mémoire 2000 a à cœur de favoriser les rencontres entre les jeunes et les adultes, notamment de prestigieux intervenants, spécialistes ou témoins, avec lesquels ils peuvent librement débattre.

Des milliers d’élèves ont pu ainsi s’enrichir  et bénéficier de ces échanges. Mais ces échanges ne sont pas à sens unique, car si nous,  adultes, avons beaucoup à enseigner aux jeunes, ceux-ci ont également beaucoup à nous apprendre et nous devons encore et encore les aider pour qu’ils évitent plus tard nos erreurs et se souviennent de nos conquêtes et de nos espoirs.

Dès le début aussi, Mémoire 2000 a édité un “journal” trimestriel avec la régularité d’un métronome.

Des comptes-rendus, des articles de fond, des “coups de gueule”…  qu’il serait intéressant de relire aujourd’hui…

Et nous voilà au numéro 100 !

Ce n’est pas si mal.

Nos actions…

Et puis nous avons mené des  actions. Nombreuses, variées quelquefois spectaculaires.

Nos films mensuels, bien sûr, dans des salles prestigieuses souvent “prêtées” par des exploitants qui nous ont fait confiance et nous ont aidés par leur générosité. Il est temps de les en remercier.

Des avant-premières, des festivals annuels, des voyages de mémoire, des participations à des initiatives de la ville de Paris, un “faux procès” mené contre la communauté internationale après les génocides perpétrés en ex-Yougoslavie et au Rwanda, de vrais procès intentés contre le négationniste Faurisson,  Le Pen, Dieudonné ou Soral … des participations à tant de manifestations et combien d’autres actions menées par une équipe dynamique, enthousiaste, toujours sur la brèche…

Le cinéma

Citons quelques uns de nos amis qui ont mis leurs salles à notre disposition :

Au tout début, Jean-Jacques Zilbermann avec le magnifique Max Linder,  Jean Henochsberg nous confia la mythique Pagode et le Racine, Sophie Dulac pour l’Escurial, la ville de Paris Le Forum des Images,  la salle Jean Dame,  etc…Et aujourd’hui dans les pas de son père, David Henochsberg met à notre disposition la superbe salle Beauregard à Saint-germain des Près …

Nous ne pouvions rêver mieux pour donner aux élèves le meilleur!

Dans ces salles nous avons au cours de ces 27 années, projeté plus de 240 films… traité de tous les thèmes ayant trait au racisme, l’antisémitisme et aux Droits de l’homme,  invité une multitude de débatteurs de grande qualité que nos jeunes n’auraient jamais eu l’occasion de rencontrer autrement. Entre de nombreux autres, citons Robert Badinter, Marek Halter, Lucie et Raymond Aubrac, Costa-Gavras, Annette Wieviorka, Jean-Claude Carrière, Guy Bedos, William Bourdon, Aldo Naouri,… des journalistes, des historiens, des artistes des juristes … des témoins dont la parole s’éteint aujourd’hui, mais dont, nous en sommes certains, les témoignages auront su toucher, émouvoir et surtout enseigner aux jeunes qui ont eu la chance de les entendre, que le racisme et l’intolérance mènent inévitablement à la  barbarie.

Des participations

Très vite nous avons participé à des actions collectives notamment avec la Mairie de Paris qui, dès 1993 nous conviait à présenter un stand dans “le village des droits de l’homme,” sur les quais de Paris. Là encore, grand succès et des plateaux formidables pour échanger avec les jeunes sur les droits de l’homme durant toute une semaine…

La justice

Une des actions de Mémoire 2000 dont nous sommes particulièrement fiers,  car inédite dans l’histoire des associations, c’est la constitution avec des lycéens de ce que nous avons appelé “le tribunal de la bonne conscience” pour interpeller la communauté internationale sur les génocides qu’elle a laissé s’accomplir…

Cela se déroule en 1996, Mémoire 2000 au terme de plusieurs mois passés à préparer une douzaine d’élèves de  terminale de l’établissement Jean-Baptiste Say,  a tenu son audience dans la salle de la Cour d’Assises du Palais de justice de Paris et a rendu un verdict instructif pour toutes les générations.

C’est donc dans le décor impressionnant de la Cour d’Assises que ce samedi 11 mai 1996, se tient le procès de la communauté internationale pour non assistance aux victimes de génocide sur le territoire de l’ex-Yougoslavie de 1991 à 19965 et sur le territoire du Rwanda de 1990 à 1994.

Le jury composé des 12 élèves écoutera l’acte d’accusation, les réquisitions, la défense  et répondra après délibération, aux 36 questions posées par l’accusation.

Pour donner une idée du sérieux de ce procès, citons quelques personnes venues témoigner à la barre :  Marc Agi, secrétaire général de la Fédération Internationale des droits de l’homme, Marc Benda, “ancien casque  bleu” en Bosnie, Me. William Bourdon, Annie Faure, médecin humanitaire,  Augustin Gatera, Président de la communauté rwandaise en France, Me Henri Leclerc, Robert Namias, journaliste,  Daniel Sibony, psychanaliste et bien d’autres encore qui nous excuseront de ne pas pouvoir tous les citer

Cette journée inoubliable a laissé des traces et marqué pour la vie certains qui ont décidé là de ce qu’ils allaient être.

En dehors de cette action judiciaire spectaculaire, mais fictive, Mémoire 2000 a mené de vraies actions en justice conte le négationniste Faurisson, le Pen, le Quid, Dieudonné, Soral… Des actions réussies…Dernière en date: condamnation de J.M. Le Pen, en cassation en avril 2018, pour la seconde affaire du “détail”.

N’oublions pas aussi le combat mené durant sept années et couronné de succès, pour que les anciens déportés d’origine étrangère, devenus français après la guerre, puissent être, au même titre que les déportés français, indemnisés. Justice a été rendue.

 

Les festivals

Et puis nous avons  enchainé des festivals annuels sur des thèmes  importants comme “les droits de l’enfant”, “L’an 2000 : 2000 ans de mémoire”, “Le racisme : les 5 continents du racisme”,  “Danger des idées de l’extrême droite”, ”Actualité de la déclaration universelle des droits de l’homme : les exigences de la dignité”…Tous ces festivals se déroulant chacun sur une semaine entière avec des projections et des débats avec les jeunes…

Les manifs

Mémoire 2000 a manifesté à Paris et ailleurs – beaucoup, souvent, toujours contre l’injustice et l’intolérance et pour les droits de l’homme et la dignité humaine… Le trajet Bastille République, n’a pas de secret pour les militants de Mémoire 2000!!

Les voyages

Des voyages de mémoire, il y en eut régulièrement avec les élèves : à Izieu, au Struthof, Auschwitz, Caen,  Drancy, au Camp des Milles, et ailleurs…

 

Des avant-premières…

Des avant-premières, des soirées prestigieuses, des débats, des concerts, des initiatives quelquefois couronnées de succès, d’autres fois pas…Comment résumer 27 ans de militantisme et d’actions foisonnantes? Difficile… Il n’y a là qu’un très léger aperçu.

Nous ne pouvons pas évoquer toutes ces années sans avoir une pensée pour ceux qui nous ont accompagnés et qui sont partis trop tôt : Elyette Rodrigues, formidable militante méthodique et efficace a beaucoup œuvré pour les festivals; Luc-Marie Jouanneau, communiquant, a aidé à la “visibilité” de l’association, toujours avec élégance et raffinement; Marc Naimark, jeune américain qui avait opté pour la France nous a offert sa vélocité intellectuelle et son imagination; Janine Buhler a dirigé, un temps, la commission cinéma avec rigueur et sérieux; Françoise Flieder, très impliquée fournissait des dossiers pédagogiques complets, documentés et très intelligents; Colette Gutman, journaliste, a beaucoup participé à la rédaction du journal; puis Daniel Rachline, militant de la première heure, notre trésorier, personnage passionné haut en couleur; et Bernard Jouanneau, notre président fondateur, infatigable, toujours sur le pont, sans lequel Mémoire 2000 n’aurait pas été ce qu’elle est…Ils nous manquent, nous ne les oublions pas.

Et maintenant ?

Une chose est sûre nous poursuivrons l’idée première avec nos projections et nos débats avec les lycéens et collégiens, nous ferons encore des voyages accompagnés de jeunes, nous porterons des projets nouveaux et ambitieux et plus que jamais  nous lutterons contre l’intolérance, l’injustice et les atteintes aux droits de l’homme…

Les jeunes n’ont pas fini de nous voir et de nous entendre!!!!

Alors, rendez-vous au numéro 200 ?


Journal N° 100 : notre séance-débat sur « Les hommes libres »

18 avril 2019

 

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Séance du 19 Février 2019

Thème : Les justes musulmans

Débattrice : Souad Baba-Aïssa

 

 

Le film revient sur un épisode méconnu de l’occupation, l’aide apportée par le recteur de la mosquée de Paris à des juifs et des résistants. Dans cette fiction inspirée de faits réels, Younès, jeune algérien qui vit du marché noir, accepte d’espionner la grande mosquée pour le compte de la police française en contrepartie de l’autorisation de continuer son trafic. Ce faisant, il rencontre le recteur Si Kaddour Ben Ghabrit soupçonné de protéger des juifs. Il prend progressivement conscience et change de camp.

Pas un bruit pendant la séance. Les téléphones portables sont oubliés. Lorsque la lumière se rallume, notre débattrice Souad Baba Aïssa est consciente que c’est une séance particulière, ce mardi, jour d’un grand rassemblement contre l’antisémitisme place de la République. Rassemblement décidé suite à l’augmentation de 74% des actes antisémites. Elle encourage les élèves à prendre la parole pour donner leurs impressions.

La 1ère question est posée par un garçon d’UP2A. Les classes UP2A scolarisent des enfants nouvellement arrivés en France. Ils n’ont donc pas eu le cursus scolaire des élèves ayant grandi sur le territoire français :

– Pourquoi ils sont rentrés chercher les juifs pour les tuer ?

Madame Baba Aïssa explique que pendant l’occupation allemande, les lois du régime nazi étaient racistes et antisémites. “Savez-vous ce qu’est l’antisémitisme ? “

Un lycéen répond : – C’est la haine contre les juifs.

Une élève se demande si le film est basé sur des faits réels. ”Ont-ils vraiment choisi quelqu’un pour espionner ce qui se passait à la mosquée ?” Mme Baba Aïssa confirme : “Ce film est basé sur des faits réels, il y a eu en effet de nombreuses personnes sauvées grâce au recteur de la mosquée de Paris. Des enquêtes ont été dirigées sur la mosquée qui protégeait des juifs.  Dans le film vous avez vu Salim Hallali, un très grand chanteur judéo berbère algérien. Il a été protégé par le recteur de la Grande Mosquée qui lui a fourni une fausse attestation de musulman et  a fait graver le nom de son père sur une tombe du cimetière musulman de Bobigny”.

Une fille d’UP2A demande : “Les Américains étaient-ils racistes contre les musulmans et les juifs ?” Pas désarmée par cette confusion qui superpose une vision actuelle des Etats-Unis hostiles envers les musulmans et le contexte de la 2nde guerre mondiale, notre débattrice répond : “Non, c’étaient les allemands nazis qui avaient ces théories racistes. Les américains combattaient les nazis aux côtés des résistants.”

De nouveau une question sur les racines de l’antisémitisme, pourquoi cette haine-là, toujours ?  Vaste question. Mme Baba Aïssa revient sur les origines, les juifs vus comme le peuple déicide, puis le fait que les métiers d’usure soient réservés aux juifs, le fantasme des juifs toujours intéressés par l’argent. Cette persistance de la croyance que les juifs veulent accaparer le pouvoir et l’argent aboutit sous le régime nazi, à travers une idéologie et des lois, à l’élimination systématique de 6 millions de juifs. Or l’antisémitisme revient 70 ans après, comme si ce chapitre de l’Histoire  était oublié.

Une jeune fille s’interroge : “Dans ce film, on voit bien que la communauté musulmane a aidé la communauté juive pendant la guerre de 39/45. Pourquoi maintenant, les tensions sont aussi fortes entre la communauté musulmane et la communauté juive ?” “Cela vient du fait que la confusion est entretenue entre la politique d’Israël et la haine des juifs. Sous prétexte de défendre la Palestine contre Israël, l’antisémitisme revient. Et j’insiste, l’antisémitisme est un racisme qu’il faut combattre comme tous les racismes.” Quelques applaudissements.

Une professeure précise que c’est un sujet très important abordé par le film et déplore que cet épisode qui montre la solidarité des communautés ne soit pas abordé dans les programmes d’Histoire. Notre débattrice explique que lors du 8 mai 1945 où la France fêtait la victoire aux côtés des alliés, l’Algérie commençait à réclamer son indépendance et que l’action de ces héros algériens a été passée sous silence pour ne pas soutenir ceux qui réclamaient leur indépendance. Elle précise que le réalisateur du film a travaillé avec Benjamin Stora, historien spécialiste de l’Algérie.

Un garçon pose la question qui hante toujours les esprits : “Pourquoi, quand il se passe quelque chose sur les juifs, tout le monde en parle, tout le monde se réunit et lorsqu’il arrive quelque chose aux musulmans, personne n’en parle ? On ne dit rien.”

Mme Baba Aïssa revient sur le nombre d’actes antisémites. En effet,  les juifs forment à peine 1% de la population française et subissent la moitié des attaques racistes recensées en France. Un garçon s’étonne encore : “moi j’ai l’impression d’entendre toujours à égalité : “sale juif” “sale noir” “sale arabe”. Pas plus l’un que l’autre. Alors pourquoi on en parle autant ?” Je prends la parole au nom de Mémoire 2000. Je tente de faire entendre la spécificité de cette haine des juifs, qui a abouti à l’organisation planifiée de l’élimination d’un peuple.  L’utilisation de l’étoile jaune pour identifier en masse et pouvoir déporter dans des trains de marchandises des millions d’individus, des nourrissons jusqu’aux vieillards, pour les mener à la mort parce qu’ils étaient juifs.

Encore une question : “Est-ce que vous ne pensez pas que le gouvernement entretient le mythe autour des juifs, parce que j’ai remarqué ces dernières années que tous les bâtiments juifs étaient gardés avec des policiers autour ?”

Mme Baba Aïssa explique que le gouvernement a le devoir de protéger tous les individus. Les synagogues et les écoles juives sont des cibles d’attentat. Il y en a eu beaucoup ces dernières décennies, c’est pourquoi ces bâtiments sont protégés, à cause de l’augmentation des risques. S’il y a plus de protection, c’est qu’il y a plus d’attentats. Elle insiste enfin sur la nécessité de connaître l’Histoire pour lutter contre des idéologies qui voudraient la réécrire.

Les élèves ont applaudi à la fin. Pourtant cette séance, suivie du rassemblement place de la République qui réunissait une majorité de cheveux blancs, me laisse un goût amer. Dans les jours qui ont suivi, les actes antisémites, injures, menaces, tags se sont multipliés. Le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite, appelle ça “l’effet de réplique”. Il explique : “La médiatisation de l’antisémitisme déclenche souvent une vague d’incidents dupliquant les précédents.”. Cette “attention” portée à la communauté juive contribue à nourrir du ressentiment et alimenter les stéréotypes antisémites qui véhiculent l’idée qu’”il n’y en a que pour les juifs” et que “c’est bien la preuve qu’ils sont bien placés pour qu’on parle autant d’eux”.

Les questions candides posées par les élèves d’UP2A sont légitimes, ils ne savent rien de l’Histoire du XX° siècle en Europe, et il est aisé d’y répondre mais les questions posées par les élèves de notre système scolaire sont désarmantes car elles disent cette méfiance largement répandue vis-à-vis de la mémoire de la Shoah et de l’attention portée à l’antisémitisme.

Jacinthe Hirsch


Journal N° 100 : N’oubliez pas que cela fut

18 avril 2019

 

 

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Séance du 19 Mars 2019

Thème : L’antisémitisme

Débatteurs : Elie Buzyn et Stéphan Moskowicz

 

Excellent film de Stephan Moskowicz sur les camps de concentration et d’extermination créés par l’Allemagne d’Adolf Hitler dans les années 30.

Notre Grand Témoin est Monsieur Elie Buzyn, qui a vécu  cette montée en puissance des nazis.

Montée en puissance à laquelle personne ne s’opposera : bien au contraire, les pays européens ne feront rien pour s’y opposer ; pire encore, ils se  rendirent complices, en fournissant argent et armes aux barbares.

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Elie Buzyn

A Lodz, dans sa ville natale de Pologne, M. Buzyn vivait une enfance douce et heureuse, mais il fut déporté de force, ainsi que toute sa famille, vers le camp d’Auschwitz : son frère abattu sous ses yeux, ses parents immédiatement conduits à la chambre à gaz, il se retrouva “chef de famille” à 11 ans ! Sous ce régime nazi, il y avait une mortalité importante, car les nazis voulaient éliminer ces gens qui mouraient de faim et étaient incapables de travailler.

Alors, désormais seul rescapé parmi les siens, M. Buzyn doit absolument survivre, et espère retrouver le reste de sa famille. Il nous raconte alors la révolte du Ghetto de Varsovie, où la population juive était enfermée et vouée à une mort certaine. Elie Buzyn est alors déporté vers un autre camp (dans un wagon à bestiaux…). Trichant sur son âge pour ne pas être éliminé, il est hospitalisé parmi des malades contagieux, tandis que les Allemands se livrent sur les prisonniers à des expérimentations médicales…Il sera alors sauvé par deux médecins allemands “témoins de Jéhovah”, qui pratiquent des interventions sans transfusions.

Le camp d’Auschwitz est enfin libéré, en 1945, et c’est alors “la marche de la mort”, qui conduisit ces survivants à un autre camp, celui de Buchenwald. Camp qui sera libéré quatre mois plus tard, en 1945.

Après présentation de Stephan Moskowicz, réalisateur du film, Elie Buzyn répond alors aux questions des élèves, qui ont regardé le film dans un silence de plomb, très impressionnés.

Question : Avez-vous jamais tenté de vous suicider ? (il y avait des suicides chez ces désespérés…).

Réponse : Non, absolument jamais.

Question : Avez-vous eu des amis parmi les prisonniers ?

Réponse : Difficile de parler d’amis, mais il y avait des relations de soutien et d’entraide entre nous. Egalement des tentatives d’évasion, qui toutes échouaient, hélas, et les auteurs étaient alors pendus devant tous les prisonniers.

Question : En voulez-vous encore aux Allemands ?

Réponse : pour ces générations qui ont obéi à Hitler, il n’est pas question de les comprendre ou de les excuser : à des ordres barbares, on ne doit pas obéir ! Envers leurs descendants, par contre, aucune haine.

Question : Quelle est la différence entre “camp d’extermination” et “camp de concentration” ?

Réponse : pas de grande différence : à Auschwitz, par exemple, les deux camps se côtoyaient. Simplement, la qualité de vie était parfois différente : par exemple, les conditions de vie quotidiennes étaient un peu meilleures à Auschwitz qu’ à Birkenau, Maidanek, Dachau ou Bergen-Belsen.

Question : Quelle vie  pour vous une fois en France ?

Réponse : il y avait 900 adolescents juifs originaires des pays de l’Est, et qui ne pouvaient pas retourner dans leur pays. Mais la solidarité s’organisait : sur intervention de Geneviève Anthonioz – de Gaulle,  420 de ces enfants furent dirigés sur la France, l’autre moitié répartis dans d’autres pays européens.

Pour Elie Buzyn, cela se passa lors de son arrivée dans le Calvados, sur intervention de l’OSE (Organisation de Secours à l’Enfance).

Après des pérégrinations diverses, Monsieur Buzyn resta en France, où il travailla d’arrache-pied. C’est ainsi qu’il perfectionna son  français, et effectua de brillantes études pour devenir médecin, puis chirurgien orthopédiste. Il savait ce que souffrir voulait dire, et la souffrance d’autrui lui était insupportable, il se devait de la soulager.

Au bout de cette séance, beaucoup d’émotion pour tous : les élèves étaient impressionnés et volubiles, ils posaient des tas de questions, les enseignants se disaient enthousiastes.

Elie Buzyn , heureux et tout sourire, était aussi photographié que George Clooney…

Quant à nous, à Mémoire 2000, nous avions vraiment le sentiment d’avoir fait notre devoir : montrer à nos jeunes la réalité de ce monde, et tenter de les rendre conscients et responsables. Désormais, ils sauront.

Pour nous, mission accomplie.

Guy Zerhat

 


Journal N° 100 : 19 mars 2019, projection exceptionnelle à Champigny sur Marne

18 avril 2019

En partenariat avec le Musée de la Résistance, l’Inspection Académique de Créteil, la ville de Champigny et Mémoire 2000, nous avons pu organiser cette séance autour du thème des “déportations”. La projection a eu lieu au “studio 66” avec le film “La rafle” de Roselyne Bosch. Cinq classes de 3° de différents collèges du Val de Marne ont pu assister à cette matinée.

UnknownRachel Jedinak, rescapée du Vel d’hiv, auteur de Nous étions seulement des enfants, paru aux éditions Fayard, présidente du comité Tlemcen qui réhabilite la mémoire des enfants, nous a fait l’honneur de venir débattre avec les élèves.

Rachel Jedinak a vécu la rafle du 16 juillet 1942, elle avait 8 ans.  Elle raconte, exactement comme dans le film, comment les policiers français sont venus à 4h du matin, les chercher avec brutalité et violence. Pourtant sa mère avait pris soin de la cacher avec sa sœur, “mais sur dénonciation de la concierge, elles furent emmenées tel un troupeau, à ”la Bellevilloise”, tandis que le reste de sa famille fut conduit au Vel d’Hiv’. Puis, elle raconte son évasion, sa mère n’avait qu’un mot en tête FUIR. Via une petite trappe, elles se sont sauvées malgré deux policiers qui ont fermé les yeux… Elle souligne qu’il y avait deux sortes de policiers : ceux qui faisaient du zèle, qui étaient plus violents que dans le film, et d’autres, plus humains, qui prévenaient même des rafles à venir dès qu’ils en avaient connaissance.

Les questions des élèves :

     – Pourquoi en parler maintenant ?

     – En voulez-vous encore  aux policiers français et aux allemands ?

     – Avez-vous de la haine ?

     – Connaissez-vous d’autres personnes qui ont été sauvées ?

 – Comment faites- vous, tous les jours pour vivre avec de tels                                      souvenirs ?

 

Rachel Jedinak : Après la guerre, on parlait de la France résistante, on ne voulait pas nous entendre, c’est grâce à mon petit fils qui, un jour me dit qu’il n’était au courant de rien, que j’ai pensé qu’il était de mon devoir de parler. Et puis, Jacques Chirac a reconnu solennellement la responsabilité de la France de Vichy et à ce moment, beaucoup d’entre nous, les déportés, avons pu enfin nous libérer par la parole.

Votre génération, pas plus que celle de vos parents, n’y est pour rien, mais j’en veux au régime de Vichy, je ne leur pardonnerai jamais. En revanche, je n’ai pas de haine. Quand nous avons décousu notre étoile jaune, ma sœur et moi, il fallait toujours ruser, donner une fausse adresse, de faux papiers, je m’appelais alors Rolande Sannier. Un jour, j’ai fait parvenir un mot à ma grand-mère par l’intermédiaire d’un camionneur et non par la poste (on ouvrait tous les courriers à cette époque), la nourrice chez qui j’étais s’aperçut alors que j’étais juive et elle me fouetta au sang avant de me jeter dehors ! Cependant, après la rafle, les parisiens ont pris conscience de la brutalité des policiers, il y a eu beaucoup de solidarité ensuite (enfants cachés, par ex.).

Puis Rachel Jedinak nous parle de son combat pour faire poser une plaque commémorative dans chaque école où des élèves furent déportés : “A la mémoire des enfants de cette école, déportés parce que juifs, avec la complicité active du gouvernement de Vichy. Ils furent exterminés dans les camps de la mort. “ Ils ont désormais des noms, ils sont sortis de l’anonymat,  en partie, grâce à Rachel Jedinak.

L’ensemble des élèves, touchés par cette femme hors du commun, ont applaudi et certains ont voulu continuer le débat dehors, dans le hall du cinéma, avec elle et leurs professeurs.

Belle séance, à renouveler sans doute l’année prochaine lors de la semaine citoyenne 2020!

Joëlle Saunière


Journal N° 100 : il reste – un peu – d’espoir

18 avril 2019
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Manifestation à Paris le 15 mars 2019 (Photo Yann Castanier)

Il y a un droit qui ne figure pas dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme mais qui, au 21° siècle semble essentiel et que nous devrions tous défendre : c’est le droit pour tous de pouvoir vivre sur une planète saine où respirer boire et manger ne mettent pas la vie en péril.

Depuis de trop nombreuses décennies, notre terre a été terriblement maltraitée par l’homme qui, se croyant tout puissant, n’a cessé de jouer les apprentis sorciers jusqu’à la saccager tout en pensant qu’elle demeurerait éternellement nourricière et protectrice.

Si l’on en croit les experts, la catastrophe écologique est considérable et il est à peine temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard et le mal irréversible.

Nous, les “vieux”, sommes pour la plupart d’entre nous, encore sceptiques sur la réalité de l’ampleur des dégâts et pensons un peu magiquement que cela “va s’arranger” tout en conservant notre mode de fonctionnement égoïste et aberrant…

Heureusement, les jeunes, les très jeunes, eux, ont compris l’urgence de la situation. Ils ont compris aussi qu’il était vain de compter sur leurs ainés pour réagir.

Ils ont 9 ans, 10 ou 16 ans, ils viennent de tous les pays, ils sont informés, solidaires et conscients qu’il faut faire vite, très vite, pour tenter d’éviter que le pire n’advienne et pour espérer pouvoir vivre, plus tard, sur une planète moins polluée où toutes les formes de vie pourraient à nouveau cohabiter.

Lucides, intelligents, courageux, ils ont décidé de prendre leur destin en main. Ils se rassemblent, s’écoutent, proposent… C’est magnifique. On ne peut qu’admirer.

Ils ont compris l’importance des enjeux  : pas nous… Cela fait un peu honte.

Mais on peut encore se rattraper en les écoutant, en les aidant et surtout en agissant pour qu’ils puissent à leur tour bénéficier de ce que nous avons connu, il y a très longtemps, et que nous n’avons su ni protéger ni respecter.

Alors ne les décevons pas encore une fois…

Lison Benzaquen


Journal N° 100 : comment enseigner la Shoah sans grand témoin ?

18 avril 2019

Le 28 janvier 2019, lendemain de la journée internationale pour la mémoire de l’holocauste, Iannis Roder et Dimitry Anselme ont dialogué sur ce thème à la fondation Jean Jaurès. Nous sommes à la fin de cette époque de transition très fragile et très courte de ceux qui auront connu les deux époques, celle de la voix vive et celle de la voix qui s’est tue.

Iannis Roder est professeur agrégé d’Histoire dans un collège à St Denis, responsable de la formation des enseignants auprès du mémorial de la Shoah. Vous trouverez l’intégralité de son article sur le site de la Fondation Jean Jaurès, sous le titre : Shoah, vers la fin de l’ère du témoin (cliquez sur le lien). Voici un compte rendu succinct de cette rencontre.

Iannis Roder rappelle que la parole des témoins s’est peu à peu installée dans les classes depuis les années 90. L’émotion suscitée ces dernières années, par la disparition des survivants est légitime. Que vont faire les professeurs sans eux ? En quoi ce témoignage apporte-t-il quelque chose d’essentiel à l’enseignement ? Alors que parallèlement l’antisémitisme progresse dans la société.

Iannis Roder dit l’importance de l’effet de réel dans la rencontre entre anciens déportés et adolescents pour qui les années avant leur naissance se confondent dans un brouillard  lointain. Il rappelle combien les adolescents ont du mal à se repérer dans le temps, à percevoir la distance entre Jésus Christ et la Seconde guerre mondiale. D’autant plus dans le contexte particulier d’un collège de banlieue. La majorité de ses élèves ont des familles qui ne vivaient pas là pendant l’occupation. Ce chapitre leur parait très éloigné dans le temps et dans l’espace. La rencontre avec un ancien déporté peut laisser une empreinte importante. Elle va susciter de l’émotion, certainement. La question pédagogique est la finalité de la rencontre. Pour Iannis Roder, l’essentiel est que les élèves comprennent les mécanismes et les processus qui ont mené à ça, la déportation, le génocide.  Le but n’est pas de faire pleurer des classes entières mais de faire comprendre ce que les nazis avaient en tête, comprendre la Shoah comme une politique publique des nazis. Idée folle mise en acte par des gens qui ne sont pas des fous et qui détiennent le pouvoir.

Il évoque aussi “le prisme d’Auschwitz” comme source de confusions. En effet, les survivants d’Auschwitz ont pu parler car ils sont revenus. Ceux qui sont partis vers Sobibor ou Treblinka ne sont jamais revenus. Ces centres de mise à mort, stricto sensu, étaient réservés aux juifs et il n’y avait aucune sélection à l’arrivée. Les enseignants, avant la rencontre avec un survivant, doivent resituer Auschwitz comme une exception car c’est le seul centre de mise à mort systématique qui jouxtait un camp de concentration. Auschwitz est emblématique de l’Holocauste mais peut faire oublier l’existence de camps exclusivement dédiés à la mise à mort.

Pour comprendre l’Histoire de la Shoah, il importe de comprendre les motivations des assassins. Leur clé explicative de la marche du monde, c’est le complot : tout ce qui nuit à l’Allemagne est juif : les banquiers et les bolchéviques. La nécessité de leur élimination en découle. Le complot juif, c’est le mythe explicatif qui sous-tend une idéologie qui a conduit à la solution finale.

Iannis Roder pointe aussi la charge morale qui pèse sur l’enseignement de la Shoah et relève le paradoxe de l’augmentation des actes antisémites malgré cet enseignement développé depuis deux décennies. Est-ce que l’injonction à se souvenir ne produit pas l’effet inverse ? Ce devoir de mémoire suscite la concurrence victimaire. On risque le comparatif de douleur entre l’esclavage, la colonisation et l’holocauste. Il s’agit donc plutôt d’analyser des processus qui conduisent au génocide. Les invariants en sont la vision paranoïaque et défensive. Les nazis sont persuadés que le danger, ce sont les juifs. Le monde se réduit à eux ou nous. Cet autre cherche à nous détruire.

Comment faire dans les classes sans la parole des témoins ? Les élèves peuvent devenir des historiens qui partent à la recherche de la petite histoire dans la grande Histoire. Le Mémorial de la Shoah, à partir de son fond d’archives permet aux élèves de reconstituer des itinéraires individuels. Georges Mayer et son association Convoi 77 propose aussi de reconstituer l’itinéraire d’une personne en interrogeant les archives. On peut travailler à partir de films, même à partir de deux photos pour faire comprendre que le génocide, c’est le vide, l’effacement de toute une population. Deux photos de la même classe à la rentrée 40 et la rentrée 43. Iannis Roder note aussi que les juifs apparaissent peu dans les programmes scolaires, juste trois moments : la naissance du judaïsme, l’affaire Dreyfus et la Shoah.

Dimitry Anselme est directeur exécutif des programmes pour l’organisation Facing History and ourseleves, dont l’objectif est de développer l’esprit critique chez les collégiens et lycéens des Etats Unis, afin de former les citoyens d’une société démocratique. Invité par Iannis Roder et la Fondation Jean Jaurès, il rappelle que lors de la manifestation des suprématistes blancs de Charlottesville où une manifestante antiraciste a été tuée, les suprématistes blancs chantaient “les juifs ne vont pas nous envahir”, alternant des chants anti noirs et antisémites. L’objectif de Facing History and Ourselves est d’enseigner l’Histoire de façon à développer un esprit d’analyse critique. Les ateliers destinés aux enseignants invitent à explorer les sources primaires et développer le questionnement, à utiliser les bons outils pour investiguer.

Iannis Roder défend la même démarche. Il rappelle que la mission des enseignants est de sauvegarder la République et la démocratie. Pour cela, il convient d’entrer plutôt par une réflexion historique et politique que par un impératif moral.

Unknown.jpegIannis Roder est aussi l’auteur de Allons z’enfants, la République vous appelle paru chez Odile Jacob en 2018. Cet enseignant de terrain y interroge, après les attentats de 2015, les réponses que peut apporter l’école “aux fractures sociales, géographiques et culturelles. Aux risques inhérents à l’enfermement et à l’entre soi comme au rejet de l’autre.” Défenseur de la pédagogie de projet, il présente le projet Inter Class’ qui fit se rencontrer des journalistes de France Inter et les élèves de cinq établissements classés en Réseau d’Education Prioritaire des académies de Paris Créteil et Versailles. Il y analyse aussi l’enjeu crucial de la mixité scolaire.

Lecture roborative.

Jacinthe Hirsch