Editorial du journal de Janvier 2018 : Garder espoir

11 janvier 2018

Tableau de fin d’année 2017, Donald Trump, Président des Etats Unis, depuis plus d’un an gouverne à grand renfort de tweets rageurs, destinés à rassurer son électorat le plus obtus.

La fréquence de ces tweets grotesques et menaçants nous aurait presque anesthésiés. Lors d’une récente rafale, il s’est fait le relais des montages vidéo d’un groupe d’extrême-droite britannique, appelant, avec son slogan “Britain First”, à la haine envers les musulmans. “Britain First” comme l’America first, slogan de campagne de Donald Trump, fait écho à l’America First Committee, qui fut le principal mouvement isolationniste à s’opposer à l’entrée des États-Unis dans la Seconde guerre mondiale.

La rhétorique utilisée par ces partis adeptes du “nous first” est tristement habituelle : “un groupe étranger menace notre identité collective, nous risquons de disparaître en tant que nation”. Et les moyens utilisés n’ont pas changé non plus : l’un des principaux vecteurs de l’antisémitisme occidental, Le Protocole des Sages de Sion, faux issu des officines de la police politique des derniers Tsars, continue de s’afficher dans les vitrines des librairies du Moyen-Orient. Ce qui a changé, c’est la vitesse et la puissance de diffusion de tels pamphlets et de manipulations de toutes sortes. Et le fait que désormais le président du plus puissant État de la planète s’en fasse le vecteur. C’est ainsi, qu’encouragé par l’absence de mobilisation internationale face à ses provocations, il se croit aujourd’hui autorisé à décider le transfert de l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem au risque de mettre le feu à tout le Moyen-Orient.

Loin, très loin de cet apprenti sorcier qui manie la peur et l’ignorance avec toute la puissance de ses réseaux sociaux, des lieux de culture et de mémoire favorisent la réflexion et l’éducation. Ainsi la très intéressante exposition du musée de l’Homme : Nous et les autres. Des préjugés au racisme. Ainsi la Fondation du Camp des Milles, que nous avons visitée le 16 novembre avec trois classes de Courbevoie et Paris accompagnées de leurs professeurs. (Compte-rendu en page intérieure). La devise de cette fondation est claire : “Pour que l’Histoire éclaire le présent”. Le musée de l’Homme, comme le camp des Milles, s’attachent à démonter les mécanismes individuels ou collectifs qui conduisent au rejet de l’autre. “tous les … sont des …” mène progressivement à tous les Tutsis /Arméniens /Juifs /Gitans / homosexuels /musulmans /Rohingyas… sont des êtres nuisibles qu’il devient licite d’éliminer.

Pour les 25 ans de Mémoire 2000, toute démarche de résistance à la xénophobie nous fait garder espoir. Ainsi, tel le colibri portant sa goutte d’eau sur l’incendie, Chang Liu, une étudiante chinoise venue apprendre le tamazight à l’INALCO : son sac en bandoulière arbore la fière devise : “FIGHT EVIL, READ BOOKS”. Remarquée dans la rue par un photographe, elle nous a autorisés à utiliser son image. Grâce à de courts récits, témoignages de vie quotidienne, en mandarin et en langue berbère, son projet vise à faire se rencontrer les Chinois vivant en Algérie et les populations locales. Pour que, là comme ailleurs, tombent les barrières et s’effacent les préjugés.

A tous les adhérents de Mémoire 2000, j’envoie nos vœux de mémoire vigilante pour 2018.

“Depuis lors, à une heure incertaine,

Cette souffrance lui revient,

Et si pour l’écouter, il ne trouve personne,

Dans la poitrine, le cœur lui brûle.”

      Primo Levi, Le survivant

Jacinthe Hirsch

 

 

 

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Journal de Janvier 2018 : compte-rendu de notre séance-débat autour du film « Laïcité Inch’Allah » de Nadia El Fani

11 janvier 2018

cvbSéance du 14 novembre 2017

Thème : laïcité en pays arabe

Débattrice : Mme Nadia El Fani, réalisatrice du film

 

 

“Laïcité Inch’ Allah “est un documentaire sur la vie en Tunisie en 2010 pendant le ramadan, étendu, 3 mois plus tard, aux images de la révolution contre Ben Ali.

C’est notre débattrice, Nadia El Fani, qui en a été la courageuse réalisatrice.

Par un micmac trop long à expliquer, il n’y eut qu’une classe pour participer à cette séance : 25 élèves “de la diversité” en terminale technique au lycée Fresnel dans le 15° arrondissement, 23 garçons et 2 filles. Le débat fut étonnant, marqué par une agressivité progressivement sensible.

Contrairement à certaines autres séances, les questions n’ont pas manqué. Les garçons ont beaucoup parlé. Les filles, elles, n’ont pas ouvert la bouche.

“Comment avez-vous réussi à faire ce film en plein ramadan ?”

– Le ramadan m’a permis de voir que ceux qui ne le font pas doivent se cacher, mais qu’à la rupture du jeûne, tout le monde se retrouve. La religion entraîne beaucoup d’hypocrisie.

“Vous rendiez-vous compte des conséquences que pouvait avoir ce film ?’

– Les conséquences n’ont été que pour moi. Ce fut extrêmement dur. Une campagne de haine. J’ai même eu une plainte au pénal pour insulte à l’Islam et aux Musulmans. Ils ont saccagé le cinéma où avait eu lieu la projection. Alors que je suis à moitié tunisienne, pendant six ans je n’ai pas pu retourner en Tunisie où j’étais honnie. Tous mes films ont été interdits. Même en France, dans ce pays démocratique, j’ai eu des difficultés. Je voulais donner à ce film le titre Ni Allah ni Maitre, par analogie avec le journal d’Auguste Blanqui, Ni Dieu Ni Maitre. Mais, par peur des violences et pour qu’on accepte de passer le film, j’ai dû changer son titre en Laïcité Inch’Allah.

Dans la salle, une personne d’un certain âge, extérieure au groupe, prend la parole :

“Je vis en Angleterre. C’est la plus grande démocratie au monde, même si le chef de l’Etat est aussi le chef de la religion. On y vit beaucoup mieux qu’en France. On peut porter le voile en toutes circonstances et faire la prière au travail.

Elle est contrée avec force par notre débattrice qui explique qu’en Angleterre on est en train d’accorder aux Musulmans le droit de juger des mariages et des divorces selon la charia. C’est déjà le cas pour l’héritage, qui peut être très inégalitaire au profit des hommes.

Les garçons, après cette chaude discussion, se sentent encouragés à exprimer fermement leurs vues : “De tout temps les femmes ont été inférieures aux hommes”, dit l’un. “Pour les femmes il faudrait voir le verre à moitié plein. On ne peut pas leur donner tout d’un coup”, dit un autre. Et un troisième : “Vous êtes athée, vous ne pouvez pas avoir un vrai regard sur la religion et d’ailleurs, dans votre film, sur la laïcité, vous ne faites parler que des filles.”.

Nadia El Fari se défend courageusement. Elle fait face de tous côtés, Elle explique que, si ce sont les filles qui s’expriment, c’est parce qu’elles ont tout à y gagner. Elle défend à nouveau la laïcité avec force. La laïcité, pour un Etat, permet à toutes les religions d’exister sans que l’Etat s’en occupe. Puis, avec un brin d’humour et l’accent “beur” : “La laïcité, ne l’oubliez jamais, c’est : pas de kippa, pas de croix, pas de voile, hé, mes frères!”.

Aura-t-elle été entendue ?

Hélène Eisenmann

 


Journal de Janvier 2018 : compte-rendu de notre séance-débat autour du film « Lucky »

11 janvier 2018

LuckySéance du 19 décembre 2017

Thème : la grande pauvreté

Débatteur : Martin Hirsch

 

Emotion ce matin : pour des raisons techniques, le film prévu “Hiver 54”, qui traitait de la Grande Pauvreté et de l’Abbé Pierre, n’a pu être projeté.

Par bonheur, nous avons pu projeter le film actuellement à l’affiche dans la salle, “Lucky”, qui traitait de vieillesse, pauvreté, solidarité et dignité. Excellent film, très apprécié par notre jeune public.

Et puis est arrivé notre débatteur, Martin Hirsch, engagé auprès des communautés d’Emmaüs de 1995 à 2002 puis président d’Emmaüs jusqu’en 2007. Actuellement Directeur Général de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris. Il a été le créateur du RSA ainsi que d’un rapport pour lutter contre la pauvreté.

Il présente quelques moments clés de la vie de l’Abbé Pierre : tout d’abord la rencontre sur un pont de l’Abbé et de Georges, un malheureux, qui veut se jeter à l’eau. Au lieu de lui dire : “je vais t’aider”, l’Abbé Pierre lui dit : “ne te suicide pas car j’ai besoin de toi”. Il ne se présente pas comme supérieur aux pauvres, venant faire la charité mais dans l’idée que l’on s’entraide tous.

Puis, toujours ulcéré par la passivité des responsables du gouvernement, l’Abbé Pierre s’installe devant l’assemblée et mendie avec son béret devant lui. Deux clochards viennent le voir et lui disent que ce n’est pas ce qu’il faut faire, qu’il faut donner aux pauvres un métier et les clochards lui apprennent la ”biffe”, la récupération, le recyclage. C’est ainsi que démarreront les premières communautés Emmaüs.

Plus tard, fin janvier 1954, une mère complètement démunie.se suicide à Paris, son enfant dans les bras. Horrifié, l’Abbé Pierre, le 1er Février, s’adresse alors aux Français sur RTL : “Ça suffit, cette tragédie est intolérable, nous sommes un pays riche, il faut absolument que chacun d’entre nous offre quelque chose pour venir en aide à tous ces malheureux”.

Des millions de Français offrent alors de l’argent, des vivres, des couvertures, de vieux objets. Le mouvement est lancé : on entrepose tout cela dans des locaux, dans des gares, et même dans un hôtel de luxe ainsi que dans des baignoires pleines de billets ! Un gigantesque mouvement de générosité et de solidarité est né, et le gouvernement va débloquer des milliards pour construire des logements, des HLM…

Il a donc suffi d’un personnage tout seul, “un peu génial et un peu fou”, pour déclencher tout cela.

Plus tard, c’est Coluche qui fera un appel-radio pour que naissent “Les Restos du Cœur”.

Si bien que, par bonheur, la pauvreté n’a plus le même visage qu’il y a 50 ans : il existe des systèmes de mise à l’abri, les personnes âgées ont toutes une retraite, tout le monde bénéficie de l’assurance-maladie.

Martin Hirsch fait un exposé dense et brillant, très apprécié par notre jeune public, qui lui pose tout de même quelques (rares) questions, et l’une d’elles retient particulièrement son attention : “Qu’est-ce que le service civique ?”

– C’est, nous dit l’orateur, la possibilité, pour des jeunes, de s’engager pendant quelque temps au service des autres, pour aider, cela avec une petite rétribution. Au cours de ce service, on les familiarise avec les divers métiers rencontrés.

Au total, un film très sensible et très apprécié, un débatteur de très haut niveau, et un jeune public curieux et admiratif, qui sans doute sera d’accord pour penser que chacun d’entre nous a les moyens de soulager un peu la misère du monde.

Guy Zerhat

 

 


Journal de Janvier 2018 : La traite d’êtres humains

11 janvier 2018

Le 18 octobre, journée européenne de lutte contre la traite des êtres humains, Mémoire 2000 a été invité par la mairie de Paris à une conférence : Lutte contre la traite des êtres humains à des fins d’exploitation par le travail : état des lieux et moyens d’agir à Paris.

Avant les prises de paroles, nous avons visité l’exposition “esclaves aujourd’hui en France” : photos d’immeubles anodins sous lesquelles est affiché le récit du parcours des victimes, esclaves domestiques, devenus des “invisibles”. La conférence s’ouvre par le témoignage d’Henriette Siliadin, ancienne victime venue du Togo en 1994. Confiée par ses parents à une dame qui promet de lui faire faire des études et de lui obtenir des papiers, elle comprend, dès le premier soir à Paris, qu’il n’en est rien. Pas de chambre, pas de lit, pas de repas. Le lendemain matin, l’obligation de travailler sans salaire. Nourrie de restes, elle s’occupe de trois enfants et sa “patronne” devient de plus en plus exigeante. Cosette des temps modernes, elle tient bon grâce à l’affection des petits contre les insultes de leur mère. Elle hésite, dans le désespoir : “Si je passe par la fenêtre, ma souffrance sera finie. Je suis au 13ème étage. Mais je ne peux pas me suicider parce que, alors, le mal aura gagné”. Après des années d’exploitation, lorsqu’un soir, sa patronne en colère lui verse un seau d’eau sale sur la tête, Henriette ose aller sonner chez une voisine pour demander de l’aide. Après avoir entendu son récit, la voisine lui dit “personne ne te croira. Mais tu peux venir manger et te reposer ici, quand tu peux t’échapper”. Lorsque, enfin, quelques mois plus tard, des policiers se présentent, sa patronne veut faire croire qu’elle vient d’arriver et qu’elle n’a pas de papier. Mais Henriette réussit à faire entendre sa situation. Placée dans une famille d’accueil, elle reçoit l’aide du Comité Contre l’Esclavage Moderne. Des années après, ayant fait des études et fondé une famille, elle témoigne en souriant avec beaucoup d’émotion : “Je m’en suis sortie, je ne vais pas me taire”. Sylvie O’Dy, vice-présidente du CCEM, présente la carte des 141 victimes trouvées à Paris, chiffre très en dessous de la réalité, et précise qu’il est très difficile de faire reconnaître et condamner ces pratiques qui abusent de la vulnérabilité d’êtres humains. Le nombre de poursuites et d’actions pénales est extrêmement limité. Les victimes sont cachées, confinées. Leur souffrance est invisible. Le 5 aout 2013, la loi sur la traite des êtres humains entre dans le code pénal. Auparavant la loi permettait de poursuivre pour travail forcé. La lutte judiciaire contre la traite en est à ses premiers pas. Il y a très peu de poursuites et pratiquement pas de condamnation. Les instructions sont très longues, d’autant plus si les informations doivent être trouvées hors des frontières. Mme Vermeulen, substitut du procureur de Paris explique la difficulté : c’est au parquet d’obtenir la charge de la preuve de la traite. Les preuves sont difficiles à établir, il y a risque que la cour relaxe les accusés. Les poursuivre pour travail forcé permet d’obtenir une condamnation certes moindre mais effective. L’OCLTI, Office Central de Lutte Contre le Travail Illégal travaille en lien avec le CCEM sur l’accompagnement des dossiers. Son représentant présente une autre difficulté, les victimes vivent parfois le syndrome de Stockholm : “J’étais à la rue, il m’a sauvé, donné du boulot et un toit.” Ou simplement : “Je sais que je suis exploité, mais je peux quand même envoyer un peu d’argent à ma famille.” Ainsi, les victimes hésitent à témoigner.

La table ronde réunissait de nombreux acteurs engagés dans ce combat peu connu et complexe. En effet, la traite des êtres humains et le trafic illicite de migrants sont deux réalités bien différentes. Un migrant clandestin ne peut pas être assimilé à une victime de traite des êtres humains. Mais l’extrême vulnérabilité des migrants – qui plus est s’ils sont mineurs – et les mécanismes d’endettement liés aux déplacements peuvent entraîner des situations de traite sous couvert de dettes à rembourser ou d’une pseudo-protection. La traite des êtres humains est un fléau qui traverse les époques et les continents. Ses auteurs profitent des fragilités liées au contexte économique, social, géopolitique ou climatique. Et ces auteurs sévissent aussi en France, en toute invisibilité.

Jacinthe Hirsch


Journal de Janvier 2018 : Assemblée Générale de Mémoire 2000

11 janvier 2018

Le Lundi 4 décembre 2017 à 19 heures a débuté l’Assemblée Générale annuelle de Mémoire 2000, présidée par Jacinthe Hirsch.

 

1) RAPPORT MORAL

La présidente par intérim rend un hommage à Bernard Jouanneau en insistant sur l’engagement de Bernard sur deux fronts, celui de la mémoire et celui du droit.

La présidente fait alors le bilan de l’année écoulée :

-I. Bilan de l’action juridique

-II. Bilan de l’action transmission de mémoire auprès des jeunes

-III. Communication

En conclusion, Jacinthe motive son acceptation de prendre la présidence de l’association.

 

2) RAPPORT FINANCIER

Constatation d’une baisse importante du renouvellement des adhésions. Nous finirons 2017 avec un solde positif, mais si les subventions se font attendre et que les cotisations continuent de baisser, la situation financière de l’association va très vite poser problème.

Les deux rapports sont approuvés à l’unanimité.

Nous procédons à l’élection de la présidente.

– La présidente est élue à l’unanimité.

– Le conseil procède à l’élection d’un membre en remplacement des membres disparus : Arlette Wéber présente sa candidature, elle est élue à l’unanimité moins une voix.

 

L’intégralité des rapports moral et financier sont à la disposition des adhérents qui en feront la demande au secrétariat.

 

 

 


Journal de Janvier 2018 : Série noire à Mémoire 2000

11 janvier 2018

Janine, Daniel, Françoise, Bernard et maintenant Colette… Depuis deux ans Mémoire 2000 est frappée par le malheur de perdre nombre de ses membres.

On a coutume de dire que “ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers”. Concernant le décès de nos amis, nous constatons que ce sont les plus actifs, les plus concernés et les plus généreux…

Colette Gutman, est elle aussi partie sans que rien ne laisse présager sa disparition. Nous l’avons vue lors de la réunion du conseil du mois d’octobre : tout allait bien. Puis plus de nouvelle, ce qui nous a inquiétés.

Renseignements pris, nous apprenons qu’elle est morte quelques jours après la réunion. Attablée à la terrasse d’un café elle s’est écroulée brusquement …. Quel choc !!

Colette avait été journaliste. Elle écrivait bien et ses articles étaient toujours empreints d’une grande sensibilité. Elle participait à la réalisation du journal. Elle va beaucoup manquer.

Elle est allée rejoindre nos amis au panthéon des militants pour la justice. Qu’elle repose en paix.

L.B

 


Journal de Janvier 2018 : Une visite au camp des Milles

11 janvier 2018

camp_des_milles_d1Jeudi

16 novembre 2017 Mémoire 2000 a permis à trois classes (2 classes de 3ème) du collège Alfred de Vigny à Courbevoie et une classe de 1ère du lycée Corvisart à Paris, de visiter le Camp des Milles.

Après un trajet en TGV et autobus nous avons été pris en charge par trois guides pour une visite très intéressante en trois volets.

Etant donné le temps imparti, il ne nous a pas été possible d’approfondir toute l’installation du musée. En particulier, certains jeunes adolescents (12/13 ans) commençaient à “décrocher” vers 13 heures (la faim!). D’autres, plus âgés, ont préféré tout de même finir la visite “plutôt se nourrir de culture, que de pain !” s’est exclamé l’un des élèves. Ces derniers ont pu, grâce au film de conclusion, se rendre compte, via la collection de témoignages et récits, de ce que les déportés avaient vraiment vécu en ces lieux.

Nous avons proposé aux élèves un questionnaire simple auquel ils ont répondu sur le chemin du retour (dans le TGV).

Nous livrons quelques remarques à propos de ces questions.

 

La partie historique

Le camp a connu trois périodes

1939 – 1940, les Allemands (intellectuels, artistes…) qui avaient fui le régime fasciste de leur pays ont été considérés comme ”sujets ennemis” par la France et internés dans cette ancienne briqueterie désaffectée.

1940 – juillet 1942, le Camp des Milles est devenu un camp pour “indésirables” surpeuplé (3500 internés arrivèrent d’un seul coup).

Août et septembre 1942, il devient le camp de “déportation des juifs” ; des trains les transportent à Drancy puis à Auschwitz. A l’initiative du gouvernement français, plus de cent enfants furent déportés, le plus jeune avait un an !

 

Les lieux d’habitation

Paroles d’élèves

“La froideur des lieux, on se pose la question : comment ils ont pu survivre dans de telles conditions ?”. “On ne s’y attendait vraiment pas. Le vivre et en entendre parler est vraiment différent”.

“Les conditions de vie étaient exécrables” et “participaient à la déshumanisation des internés”

“Froid extrême – hygiène déplorable – odeurs insupportables”.

“Le cabaret dans le four à briques leur a permis de se divertir”.

“On admire le fait qu’ils aient gardé leur dignité grâce à leur art”.

 

La partie réflexion

“un engrenage auquel on peut résister”

Ce que les élèves ont retiré de cette visite :

“On peut résister en votant” “par l’éducation” “en manifestant” “en faisant de la contre-propagande”. “Tant qu’il y aura de la résistance nous pourrons lutter contre les génocides”.

“Je trouve cela triste que les policiers français aient participé à ce génocide”.

“Garder en mémoire ce qui s’est passé afin que ça n’arrive plus”.

“Honte qu’ils soient internés juste parce qu’ils s’opposaient au régime nazi”.

“Il n’y a pas de race si ce n’est la race humaine”.

“L’horreur de la guerre du racisme… L’homme est un prédateur pour l’Homme”.

La question : “Avez-vous entendu parler des “artistes dégénérés” ? “Oui, mais on pense qu’ils étaient juste en avance sur leur temps”

“Pour se souvenir de demain, il ne faut pas oublier hier”.

Nous avons le sentiment que les élèves qui ont participé à cette journée sont repartis confortés dans l’idée qu’il ne faut jamais se soumettre sans réflexion. Ils ont vécu de l’intérieur ce qu’est l’internement abusif et ont compris que le danger est toujours là, “en embuscade”…

Joëlle Saunière et Arlette Weber