Notre programme Cinéma-débat pour l’année 2019-2020

16 juillet 2019

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Edito du Journal de Juillet 2019 : Effacement / commémoration, que fait-on avec la mémoire ?

16 juillet 2019

 

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Un homme arrête une colonne de chars près de la place Tian’amnen, 4 juin 1989

Tian’anmen, un effacement. Le 4 juin 1989, le massacre de la place Tiananmen met fin au mouvement étudiant après sept semaines de manifestations pacifiques et d’appels à la démocratie. Deng Xiaoping a déclaré la loi martiale et fait appel à l’Armée populaire de libération pour écraser dans le sang ce mouvement qui prenait de l’ampleur. Le 4 juin 2019, 30 ans après, la place Tiananmen est étroitement surveillée afin d’effacer tout souvenir du massacre qui a fait 2600 morts, selon la Croix Rouge. Évoquer cette sanglante répression est interdit. Le parti glorifie
 les progrès accomplis en trente
 ans, chacun doit partager cette
 fierté. L’amnésie collective est
organisée par le pouvoir. Pas
une ligne dans les manuels 
d’Histoire, pas un mot sur les
 réseaux sociaux. Le 4 juin 1989
n’est qu’un incident qui a “vacciné la société chinoise contre toute agitation politique majeure” selon l’éditorialiste du Global Times, quotidien officiel.

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6 juin 1944, les soldats débarquent sur les plages normandes lors de l’opération Overlord (crédit: INTERPRESS)

juin 2019, célébration du D Day, le cœur n’y est pas. Le 75ème anniversaire du débarquement du 6 juin 1944 a un goût amer. Les alliés de 1944 ne le sont plus. La Grande Bretagne représentée par Theresa May est sur le point de quitter l’Union Européenne, née au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais surtout, Donald Trump, isolationniste et hostile envers l’Europe assiste à cette commémoration. Sa politique unilatéraliste et ses déclarations sont en totale opposition avec l’esprit de l’alliance transatlantique. Quel est le sens de ces commémorations en présence d’un Président américain ouvertement raciste, nationaliste et accroché àson slogan “America first” ?
 Des mots résonnent, le Président français lit la déchirante lettre d’adieu d’un jeune résistant de 16 ans, Henri Fertet, mort pour la France Libre. 
Combien aujourd’hui, nous semblent loin les idéaux qui portaient l’armée de libération le 6 juin 1944.

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Jacinda Ardern étreint une femme après l’attentat de Christchurch, 17 mars 2019  (photographe: Hagen Hopkins/Getty Images)

Instruits du passé, vivre le présent, Christ Church.
 Le 15 mars dernier, un terroriste australien, diffusant la vidéo de ses actes en direct, pénètre dans deux mosquées et abat 51 fidèles à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Le pays se mobilise, toutes religions et origines confondues, en soutien à la communauté musulmane. Jacinda Ardern, la Première ministre, se présente voilée et étreint les familles des victimes. Aux collégiens du quartier de Cashmere où se sont installés les premiers musulmans au XIX° siècle, elle vient dire sa compassion et son projet: “Construire un environnement dans lequel la violence ne peut pas s’épanouir, où nous ne laissons aucune place au racisme, car le racisme nourrit l’extrémisme. Faisons de la Nouvelle-Zélande un lieu qui ne tolère pas le racisme, en aucun cas”. Au président Trump qui propose son aide, elle suggère “d’envoyer de la compassion et de l’amour à l’égard des musulmans.” La Première ministre refuse de citer le nom du tueur pour ne pas lui offrir la notoriété qu’il recherchait. Elle envoie un message d’inclusion à ce pays qui compte 200 ethnies et répond ainsi au message de haine du terroriste. Cette figure de solidarité et de tolérance est réconfortante.

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2019 : notre séance-débat du 16 avril 2019

16 juillet 2019

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La désintégration

Séance du 16 avril 2019  

Thème : L’intégrisme religieux

Débattrice : Madame Manciaux

 

 

 

 

 

Achid Aousi est un jeune Français d’origine maghrébine, qui a réussi son intégration dans la société française. Il a un emploi, et une fiancée non-musulmane. La vie est plus difficile pour son frère cadet Ali qui, malgré de bons résultats à son bac professionnel, ne réussit pas à décrocher un stage en entreprise. Désespérant de trouver une place dans la société, Ali se laisse peu à peu approcher par Djamel : ce dernier va recruter Ali et ses amis d’enfance, Nasser et Hamza, dans une cellule salafiste.

Par un patient travail de manipulation mentale, Djamel s’ingénie à “désintégrer” les jeunes gens, en les persuadant que leur place n’est plus dans la société française, mais dans la voie de l’islam radical. Les jeunes gens vont basculer dans le djihad terroriste.

Projeté le 16 avril 2019 devant une salle de 110 élèves principalement de 3ème, ce film a semble-t-il « touché » ces jeunes gens. L’intervenante Madame Manciaux, détachée de l’Education Nationale au Ministère de l’intérieur au Comité Ministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation a eu quelques difficultés pour que les élèves, encore sous le « choc » du film, prennent la parole. Elle les amène par quelques questions à parler du film : « Il y a dans le film plusieurs façons de présenter l’Islam, lesquelles ? – Comment le recruteur repère-t-il les jeunes ? – Comment la famille d’Ali vit-elle ? – A quel moment sent-on qu’Ali commence à s’opposer à sa propre famille ?… Madame Manciaux donne ensuite des pistes sur :
 que faire si on ressent de l’inquiétude vis-à-vis du comportement d’un copain ou une copine ; Se méfier des théories complotistes, comment les vérifier ; Comment repérer les recruteurs ; Même si on sait que la société est injuste vis-à-vis de certaines minorités, ne pas baisser les bras, mais… se battre pour faire valoir ses droits.

La discussion a été trop courte et n’a pas permis beaucoup d’échanges. A quoi cela a-t-il été dû ? : classes un peu jeunes, sujet délicat, maladresses de l’intervenante (l’utilisation du mot “arabe” lui a été reproché), film “choc” qu’il aurait fallu plus argumenter ?
 Dommage, nous pensons que certaines classes sont restées sur “leur faim”. Mais d’autres ont encore une fois apprécié et remercié chaleureusement Mémoire 2000 pour ces rencontres entre film de fiction et faits réels.

Arlette Weber


Journal de Juillet 2019 : notre séance-débat du 14 mai 2019

16 juillet 2019

 

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The Elephant Man

Séance du 14 mai 2019

Thème : Le handicap

Débattrice : Nadine Eisenmann

 

 

 

 

 

John Merrick, l’homme éléphant, hideusement déformé, est exhibé dans des foires par son “propriétaire”.
 Un jeune chirurgien réussit à le faire admettre dans son hôpital et se bat pour lui rendre sa dignité d’homme. Ceux qui l’exploitent tâchent de le récupérer. Ce chef d’œuvre de David Lynch nous fait vivre l’évolution du regard sur cet objet de terreur qui se révèle le plus sensible des hommes.

Nadine Eisenmann, notre débattrice, a été secrétaire générale de l’Institut des jeunes sourds. Elle propose d’échanger autour de ce que l’on ressent, peur ou sympathie pour ce personnage. Dans un premier temps, les élèves ne sont pas prêts à exprimer leurs sentiments et évoquent le contexte historique ou questionnent sur la réalité de cet homme éléphant. Nadine Eisenmann interroge alors : “Est-ce un monstre ?” “Un moment très émouvant pour moi, dit une élève, c’est lorsqu’il dit : – Je suis un être humain”. Un autre: “J’ai compris que c’est le fait d’être aimé, l’attention qu’on nous porte qui fait de nous des humains. “
Puis le débat revient sur les personnages, ceux qui éprouvent de l’empathie pour John Merrick. Mais aussi, ceux qui viennent le voir dans sa chambre d’hôpital, la bonne société invitée le jour et la foule emmenée, la nuit, par le gardien qui fait payer la visite au monstre. Une élève conteste le classement des personnages en deux catégories, ceux qui auraient de l’empathie et ceux qui vont au spectacle de l’horreur. Elle précise : “On voit une évolution des personnages, ceux qui éprouvent d’abord de la peur puis progressivement de la sympathie, comme la jeune infirmière.” Le débat revient vers la question du handicap à notre époque. Une jeune fille : “Face à un handicapé, j’ai peur de mes propres réactions, d’en faire trop ou d’être maladroite.” “Souvent, notre ignorance peut nous amener à avoir de mauvaises réactions. C’est parce que l’on ne comprend pas.”

Nadine Eisenmann explique qu’un handicap invisible, comme la surdité, peut aussi susciter des réactions agressives : “pourquoi il ne réagit pas quand je lui parle !” Une élève note : “ Maintenant, on a l’impression qu’on va être plus ouvert d’esprit, mais on continue d’avoir des réactions de rejet.” Une autre propose : “Plus jeune on est confronté au handicap, mieux on le comprend.” Les élèves de Camille Sée évoquent les élèves autistes de la classe d’Ulis: “C’est bien qu’il y ait cette classe au collège, ça m’a appris, maintenant je suis habituée, je n’ai pas de réaction disproportionnée. Tous les élèves reçoivent une information à l’entrée en 6°”. Quelqu’un propose : “Les relations avec un handicapé seront différentes selon la proximité que l’on a avec lui, si c’est quelqu’un de notre famille, on le comprendra mieux qu’un inconnu.” Un autre n’est pas d’accord : “on peut très bien rejeter un handicapé dans sa propre famille”. Un garçon évoque son expérience : “En CM1 CM2, j’étais ami avec un enfant différent. J’essayais de l’aider mais je voyais bien que les autres me critiquaient et me rejetaient si j’allais avec lui. Je l’aidais quand les autres ne me voyaient pas.” Un camarade le critique de ne pas avoir eu le courage de le défendre malgré les moqueries des autres. Il lui est rappelé le poids de la pression du groupe, encore plus important à cet âge. Une fille rappelle l’importance de l’éducation, ce sont les parents qui apprennent à ne pas rejeter un handicapé. “Oui, reprend celui qui a évoqué son expérience en CM2, mais l’éducation, c’est difficile, ça prend du temps, parce qu’un enfant, c’est très têtu, ça préfère écouter ses camarades que ses parents.”

Le débat a été nourri et se prolongera. Mais après coup, je me demande si le choix de ce film autour d’un cas si spectaculaire était approprié pour traiter du regard porté sur le handicap. Les collégiens ont manifesté une grande aisance dans le débat, sachant confronter des points de vue contradictoires mais le thème proposé passait parfois au second plan devant l’intensité émotionnelle de cet objet d’effroi devenu si attachant.

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2019 : Programme 2019- 2020

16 juillet 2019

Nous reprenons comme toujours des thèmes, mais aussi des dates de commémoration.

En octobre, le premier film projeté sera Green book de Peter Farrelly. Mahershala Ali y interprète Don Shirley admirable pianiste noir qui fait une tournée dans le sud des Etats Unis. Il est accompagné d’un chauffeur blanc raciste qui découvre la réalité de la ségrégation, visible en particulier dans l’existence du “green book”, guide destiné aux afro américains qui voyagent, dans les années soixante, répertoriant les lieux où leur présence est auto- risée. Don Shirley court aussi le risque d’être agressé physique- ment, c’est pourquoi il choisit ce videur italien du Bronx pour l’accompagner. Les préjugés et la méfiance du chauffeur vont fondre devant le talent et l’élégance du pianiste raffiné et la découverte de la violence de la ségrégation.

En novembre, nous commémorons les 80 ans de la Retirada avec Le camp d’Argelès documentaire de Felip Solé qui sera présenté par le réalisateur. La guerre d’Espagne n’est pas dans les programmes d’Histoire, mais elle préfigure le second grand conflit mondial alors que les républicains espagnols fuient devant les troupes franquistes et les bombardements sur la Catalogne. En 1939, la guerre d’Espagne dure depuis trois ans. La guerre civile oppose les franquistes soutenus par les troupes de Mussolini et d’Hitler et les républicains, de différentes tendances de gauche, soutenus par des milliers de volontaires étrangers. Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe devant les troupes de Franco. Les républicains qui s’étaient repliés en Catalogne, cherchent refuge en France. C’est la Retirada, un exode massif. Des centaines de milliers de réfugiés fuient les bombardements de l’aviation franquiste. La frontière est d’abord ouverte aux réfugiés civils, puis aux soldats. Mais l’accueil est plus que précaire. On construit à la hâte des camps dont celui d’Argelès-sur-Mer, sur la plage même. Le documentaire de Felip Solé présente la vie quotidien- ne de ce camp jusqu’à sa fermeture en 1941. Voir aussi sur ce sujet, en page 7, l’article de Joëlle Saunières.

Le 3 décembre, pour la journée internationale des personnes handicapées, les établissements scolaires sont invités à mieux faire connaître les personnes en situation de handicap. A cette date, nous programmons Le huitième jour, film de Jaco van Dor- mael sorti en 1996. La rencontre improbable entre deux hommes que tout oppose : l’homme d’affaires pressé, et le jeune handicapé mental.

Le 27 janvier est la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Le mardi 28 janvier, les élèves pourront voir le film de Louis Malle, Au revoir les enfants. Les professeurs connaissent la difficulté de la transmission de la mémoire de la Shoah avec la charge morale qui est associée à ce devoir de mémoire. Nous demanderons à Ginette Kolinka de venir dialoguer avec les classes. Elle est la dernière des trois “filles de Birkenau”, Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens ont disparu en 2018. Au mois de mai, est paru en librairie Retour à Birkenau écrit avec Marion Ruggieri. On y retrouve le bouleversant témoignage qu’elle a tu pendant des années à ses proches, sa mère, son mari, son fils, “pas par honte, plutôt pour ne pas embêter les gens”. Et depuis qu’elle a pris la parole, le besoin de faire entendre pour qu’on n’oublie jamais.

En février, c’est autour de la place des femmes dans la société que nous présentons Les figures de l’ombre de Théodore Melfi. Des femmes afro-américaines, maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins, dans le monde de la recherche spatiale, voilà le film qui proposera de réfléchir à la place des femmes dans la société. Lutter contre le sexisme est toujours une priori- té. Nul doute que les prises de parole seront vives tant le sujet est à vif entre les adolescents. Les garçons se sentent souvent injustement remis en cause dès que l’on aborde cette question et les filles défendent leur place avec plus ou moins de conviction.

Le 17 mars. Cette année, la semaine citoyenne contre le racisme aura pour thème “Entrer en résistance, comprendre, refuser, résister.” Nous avons choisi pour illustrer ce thème, le film Monsieur Batignole de Gérard Jugnot, qui montre comment, dans certaines circonstances, en l’occurrence la guerre, un être peut basculer soit dans l’infamie et la lâcheté soit dans la résistance et l’honneur.

Le 28 avril, le film Harkis d’Alain Tasma aborde un pan d’Histoire méconnu. Celle des harkis forcés à l’exil en France, menacés en Algérie car associés au pouvoir colonisateur. Considérés comme des traitres dans leur pays ils sont accueillis comme des parias en France. Le film retrace le drame des musulmans pro- français engagés par l’armée française comme supplétifs pendant la guerre d’Algérie. Nous sollicitons Alice Zeniter, auteur du remarquable L’art de perdre, prix Goncourt des lycéens pour dia- loguer avec le public.

Le 12 mai, le dernier thème abordé sera l’homophobie, avec Philadelphia de Jonathan Demme sorti en 1994. Le malaise et les préjugés autour de l’homosexualité sont très présents dans les collèges. L’insulte “pédé“ domine encore dans le fond sonore des cours de récréation. Le débat après ce film sera l’occasion d’interroger le malaise et la haine toujours vivante envers les homo- sexuels.

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2019 : Concours national de la Résistance et de la Déportation

16 juillet 2019

L’association Mémoire 2000 a été invitée à la cérémonie de remise des prix aux lauréats.

Cette année, le thème retenu était : “Répressions et déportations en France et en Europe – 1935-1945 – espaces et histoire“.

C’est sous la présidence de Laurent Prévost, préfet du Val de Marne, Christian Favier, président du Conseil départemental et Guylène Mouquet-Burtin, directrice académique de l’Education nationale du Val de Marne, que le palmarès a été dévoilé le 29 mai dernier.

Vingt sept collèges et lycées ont concouru (550 élèves).

Quatre catégories : devoirs individuels catégorie lycées, catégorie collèges, devoirs collectifs série lycées, série collèges.

Les quatre premiers prix ont pris la parole pour remercier et exprimer ce que ce concours leur avait apporté. Nous avons choisi de transmettre le texte du premier prix des collèges qui nous a tous bouleversé et qui résume en quelque sorte l’intérêt d’un tel travail :

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Aminata Diallo, Christian Favier (g.) et Sébastien Lime (d.)

« Mesdames et Messieurs,

            Je m’appelle Aminata Diallo et je suis élève de troisième au collège Janusz Korczsak que je représente aujourd’hui. Participer à la remise des prix du concours national de la Résistance et de la Déportation est pour moi un grand honneur et je vous remercie de m’avoir primée.

            Je me suis tout d’abord engagée dans ce concours afin de compléter mon parcours citoyen et d’enrichir mes connaissances. Au fur et à mesure du temps, j’y ai accordé de plus en plus d’importance. En effet, au-delà d’un devoir, j’y ai vu une source de mémoire et le moyen de rendre hommage à ces personnes: aux hommes, aux femmes, aux vieillards, aux enfants, peu importe leurs origines ou leurs convictions politiques, à ceux qui se sont battus et à ceux qui ont péri pour leurs droits, aux victimes de la barbarie. D’ailleurs, notre collège lui-même rend hommage à l’une de ces personnes puisqu’il porte le nom d’un pédagogue polonais: Janusz Korczak. Il s’occupait d’un orphelinat et il n’a jamais abandonné ses enfants en les accompagnant jusque dans le four crématoire de Treblinka.

            Au travers de ce concours, j’ai appris que malgré les années qui passent, cette époque de notre histoire ne doit pas être oubliée et qu’il est important de continuer, encore aujourd’hui, de rendre hommage à ces personnes, pour à notre tour, être porteur de mémoire, car malheureusement les derniers survivants s’éteignent

            De plus, grâce à ce concours, j’ai compris que les valeurs républicaines de notre pays sont encore plus fortes, parce que des gens ont perdu la vie pour les recouvrer et les préserver. A l’heure où le temps était à la défaite et à l’occupation, des gens eux, ont su trouver les mots pour en faire une véritable révolution. Ils ont su soulever notre pays quand il était au plus bas, ils ont su conserver la flamme eux, ces étrangers que notre propre pays, basculé dans la folie, avait pour ambition d’éteindre. Ce combat, celui des résistants, restera pour moi l’une des meilleures choses que m’a appris ce concours.

            Mais il y a également autre chose que ce concours veut préserver, c’est l’histoire de la déportation. La déportation est un événement qui m’a particulièrement bouleversée: être séparé de sa famille, être amené dans une région lointaine à cause de ses origines ou de ses convictions, est quelque chose d’atroce, d’horrible et d’inimaginable. Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit lorsque j’ai compris ce qu’était réellement la déportation.

            La déportation des juifs, leurs souffrances ont été pour moi une source d’émotion in­descriptible, mais tout ceci s’est bel et bien déroulé dans notre histoire et sur notre sol. C’est pour cela que l’on ne doit pas oublier et par conséquent, pour moi, ce concours a lieu d’être et j’espère que le combat que vous menez afin de préserver cette histoire, ne soit jamais remis en cause.

            Ce concours a été pour moi une véritable découverte et je remercie mon collège qui m’a permis d’y participer et mes professeurs qui m’ont donné les clés et les enseignements nécessaires afin de ne pas oublier et d’être parmi vous aujourd’hui.

            Pour finir, j’aimerais partager avec vous le poème que j’ai écrit pour participer au concours dans l’épreuve collective. »

 

Une existence dans le silence, par Aminata Diallo

 

 » Le train avançait

Et les vies s’éteignaient

A son bord des ignorants

Ainsi que des enfants

Femmes, hommes et vieillards

Dans la nuit et le brouillard

A peine arrivés

Des corps à trier, à brûler

Leurs proches partaient

jamais ne revenaient

Leurs espoirs aussi allaient au feu

A l’arrivée du convoi des 45 000 malheureux.

A peine arrivés, leurs cheveux étaient rasés

A peine arrivés, ils étaient déjà humiliés

L’effroi s’emparait lentement de leurs coeurs

Ils ne comptaient désormais plus les heures

Le vide, c’est ce qu’on voyait dans leurs yeux.

C’était désormais la nouvelle vie qui s’offrait à eux.

Ils n’étaient plus que des nombres

Ils n’étaient plus que des ombres

Des petits corps nus

A l’humanité perdue

Des esclaves et du bétail

Qui arrivaient par rail.

La souffrance était devenue leur quotidien

Ils n’avaient dorénavant plus aucun bien

Ils n’avaient désormais plus aucune émotion

Ils ne pouvaient que vivre cette répression

La douleur, la peur, les violences des Kapos

Les SS et les chiens qui leur marquaient la peau.

Dans cet enfer, combien d’hommes avaient péri?

Dans cet enfer, combien de femmes avaient subi?

Combien de litres de sang avait-on laissé couler?

Combien de larmes avait-on laissé s’échapper?

Les Hommes avaient-ils réalisé ce qu’ils avaient laissé se produire?

Les Hommes avaient-ils compris

Que ces gens étaient en train de mourir?

Que ceux qui oublient, soient à jamais maudits

Que ceux qui ignorent, soient à jamais punis

Cette histoire est vraie, nous en faisons le serment

Maintenant accomplissez votre devoir et faites votre jugement

Et quand vos enfants vous demanderont ce qui s’est passé là-bas,

Répondez ! Et dites leur ce qu’était la Shoah. « 

 

Aminata Diallo,

Elève de troisième au collège Janusz Korczsak

Premier prix ex aequo 2019 du Concours national de la Résistance et de la Déportation 

 

Le thème retenu pour  l’année prochaine 2019/2020 sera :

“Entrer en résistance : comprendre, refuser, résister “.

Souhaitons une longue vie à ce concours !

 

Joëlle Saunière

Arlette Weber


Journal de Juillet 2019 : Visite à Pithiviers… circulez, il n’y a rien à voir….

16 juillet 2019
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Mémorial à l’entrée du camp de Pithiviers (2019)

Lundi 27 mai 2019, par un crachin automnal, avec 25 élèves du collège Lucie Aubrac de Champigny-sur-Marne et leurs professeurs de français et d’histoire, nous arrivons à Pithiviers pour découvrir le camp de rétention de la rafle des billets verts. 14 mai 1941, 1ère rafle de juifs en France : la rafle du “billet vert”. A Paris des milliers de juifs étrangers reçoivent une convocation, de couleur verte, pour les inviter à se rendre le lendemain matin “pour examen de leur situation”. Persuadés qu’il s’agissait d’une simple formalité, ils s’y rendent, confiants et sont immédiatement arrêtés et transportés dans les camps du Loiret : Pithiviers et Beaune la Rolande.

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Camp de Pithiviers en 1941

Notre guide du Cercil, (Le Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement du Loiret ou Cercil est une association loi de 1901 qui siège à Orléans dans le département du Loiret et la région Centre-Val de Loire. L’association perpétue la mémoire des camps d’internement de Beaune-la-Rolande, de Jargeau et de Pithiviers) nous attend devant la gare avec un caddie plein de photos. C’est une véritable course d’orientation qui commence sous la pluie pour trouver le camp. À l’aide des repérages pris par les élèves nous refaisons le trajet suivi par les 1700 hommes arrivés le 14 mai 1941. Mais… nous ne verrons rien du camp. En 1947, le camp de Pithiviers fut totalement démantelé. Les “baraques” ont été vendues aux enchères, achetées par des cultivateurs, des paysans, des carrossiers etc…comme s’il fallait effacer les preuves d’une honte absolue, gommer les stigmates de l’histoire…Chaque baraque en bois mesure 180m2. Dans chaque baraque une centaine d’hommes dorment sur des châlits. Fin 1941 on compte 18 baraques à Pithiviers.

Les élèves ne semblent pas trop déçus car durant le trajet à travers les photos, les explications ils ont réussi à s’imaginer les faits qui se sont déroulés sur ce lieu de “mémoire”.

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Camp de Pithiviers en 1941, le gendarme surveillant des hommes arrêtés lors de la « rafle du billet vert ». Ce gendarme fut « effacé » par un effet de cadrage jusqu’en 1997 dans le film « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais 

Ils ont appris également à “lire les images”  et ils ont vu comment une photo redécoupée peut devenir une image de propagande pour les allemands et/ou le régime de Vichy.

À la fin du circuit nous passons devant des stèles (érigées en 1992, grâce au CERCIL), porteuses des noms des enfants arrivés à Pithiviers, dans un second temps, suite à la rafle du Vel d’hiv. Notre guide demande à chacun de retenir un nom et prénom d’enfant, certains utilisent leur mémoire, d’autres un papier, la majorité leur téléphone portable.

Après un rapide pique-nique à Orléans nous nous rendons au Musée-Mémorial des enfants du Vel d’hiv où nous découvrons une partie de baraque et où nous recevons un complément d’informations par rapport à la matinée.

Dans la partie “Mémoire” les élèves retrouvent avec beaucoup d’émotion la photo de l’enfant dont ils ont mémorisé le nom et le prénom.

L’atelier mémoire peut alors commencer. Des dossiers sont remis aux élèves qui par groupes de deux ou trois doivent rechercher dans les documents historiques proposés, la réponse aux questions.

À notre grand étonnement, les élèves ont bien retenu et intégré la douleur des familles déportées et avec beaucoup de sérieux se sont prêtés à l’exercice en posant des questions très pertinentes à l’animatrice.

Un grand merci à notre conférencière très pédagogue bien documentée qui, malgré la pluie a su captiver les collégiens.

Arlette Weber et Joëlle Saunière