Nous vous recommandons « La rafle du Vel d’Hiv » de Maurice Rajsfus, mise en scène par Philippe Ogouz

10 octobre 2017

Aff-Vel-dHiv03-04-768x1152Nous recommandons vivement la pièce de théâtre écrite à partir des souvenirs de  Maurice Rajsfus et mise en scène par notre ami Philippe Ogouz qui se joue à la Manufacture des Abbesses jusqu’au 11 novembre 2017.

Représentation tous les mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 19h.

Cette pièce est l’adaptation théâtrale des souvenirs de l’écrivain Maurice Rajsfus sur la rafle du Vel d’Hiv, la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Philippe Ogouz a adapté et mise en scène les souvenirs de Maurice Rajsfus qu’il interprète avec sobriété, émotion et une grande force.

 

Pour vous rendre sur le site de la Manufacture des Abbesses, CLIQUEZ ICI

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Editorial du journal d’Octobre 2017: Au nom de quoi nous agissons

10 octobre 2017

Une nouvelle année s’ouvre pour Mémoire 2000, avec une pensée émue pour Bernard Jouanneau notre président fondateur disparu en juin.

En cette rentrée scolaire, nous reprenons son action tournée vers les lycéens et collégiens. Les professeurs retrouvent leurs élèves et la question essentielle : comment informer et prévenir la jeunesse face au racisme, à l’antisémitisme, aux atteintes aux droits de l’homme, aux violences faites aux femmes, aux discriminations en raison des origines ? Le nom « Mémoire 2000 » dit nos intentions : entretenir auprès des jeunes générations la mémoire des crimes contre l’humanité et des violences exercées au nom d’une origine, d’une religion, d’une idéologie. Le XX° siècle a vu se multiplier les crimes de masse : en 1915, le génocide arménien en Turquie, reconnu par la France en janvier 2001, toujours nié par l’Etat turc. Puis, la Shoah, l’extermination des juifs et des tsiganes d’Europe, planifiée et exécutée par le régime nazi. Au Cambodge, entre 1975 et 1979, le massacre d’un quart de la population par les khmers rouges. Puis le génocide rwandais de 1994, et ces centaines de milliers de  Tutsis exécutés par leurs voisins hutus. Nouveau siècle, nouveau millénaire, cet automne 2017, la minorité musulmane des Rohingyas subit un effroyable nettoyage ethnique en Birmanie.

Garder la mémoire de ces meurtres de masse pour faire entendre les mécanismes de la haine de l’autre, mais aussi ouvrir les yeux sur les discriminations et les haines ordinaires, toujours opérantes. Le racisme qui renaît spectaculairement aux Etats-Unis, où le meurtre d’un militant anti raciste par des suprématistes blancs n’a pas été condamné par le Président Trump. Ce même racisme qui empoisonne l’Europe autour de l’accueil des migrants. Mais aussi les violences faites aux femmes (en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon), l’antisémitisme jamais éteint, (en avril dernier, le meurtre de Sarah Halimi rouée de coups et défenestrée qui fait écho aux tortures et au meurtre d’Ilan Halimi en 2006), ce quotidien révulsant de la haine, comment l’aborder, ne pas fermer les yeux, ni s’en repaître ? Comment accompagner les professeurs dans leur mission d’éducation ? Comment répondre aux questions de jeunes nourris des discours de haine qu’ils parcourent du bout des doigts sur Internet. Mission délicate pour les enseignants, je le sais. J’ai affronté cette question durant ma carrière dans un collège de banlieue. C’est ainsi que j’ai rencontré Mémoire 2000. J’utilisais déjà le cinéma comme support de réflexion. Autour de films majeurs, comme Sa majesté des mouches de Peter Brook qui clôture notre programme.

Mémoire 2000 propose un outil simple : une rencontre autour d’un film suivi d’un débat, au cinéma Etoile Saint-Germain, un mardi par mois. Après la projection, un débatteur, spécialiste du thème traité, donne la parole aux spectateurs et leur apporte un éclairage. Ainsi le 17 octobre David Chemla, fondateur de La paix maintenant  présentera le documentaire Promesses, dans lequel des enfants israéliens et palestiniens partagent leur vision du conflit. La réalisatrice Nadia El Fani présentera son film Laïcité inch Allah  tourné au début de la révolution en Tunisie, Jean-Claude Carrière animera le débat après La controverse de Valladolid dont il fut le scénariste. (Programme complet sur notre site) Pour compléter notre action, des visites de lieux de mémoire sont organisées. Le 16 novembre 2017, Mémoire 2000 accompagnera ainsi 3 classes et leurs professeurs au camp des Milles.

Dans ce XXIème siècle numérique, l’accès illimité à une information non vérifiée, l’accélération des messages qui nous avertissent en direct de ce qui survient en tous lieux, ne permettent pas de penser les mécanismes de rejet et de défiance. Au contraire, l’émotion immédiate prend le pas sur la réflexion. Mémoire 2000 propose un temps d’arrêt autour d’une œuvre pour débattre et rencontrer le temps long de la mémoire.

Par votre adhésion à Mémoire 2000, vous nous permettez de continuer notre action.

Jacinthe Hirsch, présidente par intérim


Journal d’Octobre 2017: notre séance-débat du 25 avril 2017

10 octobre 2017

Bernard Jouanneau est parti et notre tristesse, immense, n’est pas près de nous quitter. Mais, nous nous devons, nous lui devons, de reprendre le cours de notre action. Aussi nous livrons ici les comptes rendus des séances là où nous les avons laissés avant de décès de Bernard.

 

21013965_2013091315071072Sur le chemin de l’école

Thème : l’éducation

Débattrice : Mme Agnès Buzyn, hématologue, Ministre de la santé 

“7 jours à Kigali” était le film pressenti. Nous avons dû l’annuler faute de réservations. Le génocide des tutsis n’intéresse manifestement pas les professeurs, sans doute le thème est-il trop grave et déstabilisant puisqu’il ne trouve pas son public (2ème année en échec) ?

En remplacement, nous avons choisi in extremis, ce magnifique film.

l est long, le chemin qui mène à l’école : des kilomè­tres à parcourir, pendant des heures et des heures. Pour Jackson (11 ans) au Kenya comme pour Zahira (12 ans) au Maroc, pour Samuel (13 ans) en Inde et Carlito (11 ans) en Patagonie. Quand ils se mettent en route, la distance et le temps du parcours s’affichent à l’image, écrasants. Voilà ce que souligne ce documentaire original : trop loin de tout, ces enfants iront à l’école à pied, à cheval, dans le cas de Carlito, et, pour Samuel, handicapé, en fauteuil roulant poussé cahin-caha par ses deux frères. Tous se lancent, au travers de paysages incroyables, dans un périple à haut risque qui les conduira vers le savoir.

Deux classes d’élèves d’école primaire (une fois n’est pas coutume) et une classe d’enfants non francophones ont été séduits par ce film. Séduits et étonnés quand on entend les questions des petits de 8 ans : “mais pourquoi, les parents n’accompagnent-ils pas leurs enfants à l’école” ? Question tellement naïve pour cet enfant qui, subitement réalise que tous les enfants n’ont pas la même chance que lui, chance d’être en France avec une scolarité facilitée par les infrastructures.

Beaucoup d’interrogations également sur le handicap. L’exemple de ces écoliers qui poussent le fauteuil roulant du frère ainé à travers les routes sablonneuses et même les rivières les a beaucoup questionnés. Le danger potentiel au Kenya avec les éléphants sauvages a troublé une fillette qui a tout de même remarqué que son père “aimait beaucoup ses enfants car il recommande au fils de faire bien attention et il bénit son stylo avant de partir”. Ces enfants, malgré leur très jeune âge, ont réalisé que les parents avaient à cœur d’envoyer leurs enfants à l’école, que c’était même une priorité : “ils veulent que leurs enfants aient un bon métier plus tard”, a remarqué un élève. Quant aux grands élèves de la classe d’accueil, timidement, quelques uns ont pris la parole dans un français encore approximatif, ils se sont, pour certains, retrouvés dans ces parcours difficiles et ont envoyé un message aux plus petits pour leur signifier à quel point ils étaient privilégiés de pouvoir fréquenter l’école si jeunes! Une jeune fille a expliqué que sa famille était trop pauvre pour l’envoyer à l’école, une autre, ce sont les Talibans de son pays qui interdisaient l’accès à l’école, en particulier aux filles.

« Est-ce que leurs rêves se sont réalisés? » demande encore un petit élève du CE1; Madame Buzyn, parle alors non pas de rêve mais de désir; “le désir, dit-elle est ce qu’il y a de plus fort dans un être humain. Il faut que vous en ayiez, c’est la priorité ».

Le professeur de la classe d’accueil prend la parole et explique que ses élèves n’osent pas trop parler car dans le pays de certains élèves, c’est la guerre qui empêchait les enfants d’aller à l’école, une élève se lève et adresse encore un message aux jeunes: « ici, on est vraiment libres! » Applaudissements fournis des petits.

L’intérêt de cette séance fut double:

1- les messages de solidarité, d’entraide, de désir de réussite délivrés par le metteur en scène,

2- les échanges au sein même de la salle de cinéma entre de très jeunes enfants parisiens et les moins jeunes qui venaient de très loin, furent très enrichissants.

Kenya, Maroc, Inde, Patagonie, quel que soit le continent, le problème est le même lorsqu’on est pauvre, le film le montre et surtout insiste sur le désir des enfants qui veulent sortir des difficultés de leurs parents et les aider.

Nos élèves en ont pris conscience et… vive l’Ecole de Jules Ferry gratuite, obligatoire et laïque!

Joëlle Saunière


Journal d’Octobre 2017: De bons retours…

10 octobre 2017

Nous nous interrogeons souvent sur les “retombées” de notre action auprès des jeunes.

Le témoignage d’une des professeures assidue à nos séances, vient nous rassurer et nous conforter dans notre volonté de poursuivre. . Voici ce témoignage…

« Chers amis de Mémoire 2000

Cette année scolaire fut très intense au lycée Louis Armand et nous ( à notre grand regret) n’avons pas pu nous rendre aux projections débats.

Nous voulions vous informer que suite à la projection-débat « Le Passage du Milieu » de l’an dernier nous avons pu mettre à profit les réflexions des élèves à l’occasion du concours « la flamme de l’égalité ».

Tous nos remerciements et à bientôt !

Bien cordialement

Mmes Schrapff et Garcia »

Eeboue-telle

« Bonjour

Dans le cadre du concours de l’Education Nationale « la flamme de l’égalité » dont le thème était cette année « Restituer la voix des acteurs et des témoins de la traite de l’esclavage et de leur abolition » des élèves de différentes classes ont participé en créant dessins et affiches ainsi qu’ en rédigeant poésies et slogans.

Ce concours aspire à conforter la construction d’une mémoire collective autour de valeurs partagées, afin d’étayer le sentiment d’une appartenance commune.

Notre projet intitulé « VOICI, MA VOIX » a été sélectionné par l’académie de Créteil et les élèves ont été invités à assister à la Cérémonie nationale de commémoration de l’esclavage le 10 mai 2017.

Cette cérémonie s’est déroulée au Jardin du Luxembourg sous un beau soleil. Trois élèves ont tout d’abord été interviewés par France Info sur leur travail et sur leur compréhension de l’esclavage et de ses effets. Madame Anne Lamotte journaliste nous a fait parvenir les enregistrements.

Après le discours du Président de la République, Madame Najat Vallaud Belkacem est venue féliciter l’investissement des élèves du Lycée Louis Armand.

Seize ans après la loi Taubira qui a fait de l’esclavage et de la traite un crime contre l’humanité, Madame Taubira  a salué tous les jeunes ayant participé à ce concours.

A 14 h15 notre groupe a été pris en charge par un guide pour la visite du Sénat […]

Cordialement

Mmes Garcia/Sansen/Schrapff »


Journal d’Octobre 2017: A la suite de notre projection-débat sur le film « Le Havre »

10 octobre 2017

A la suite de notre séance de cinéma du 14 mars dernier, avec le film “Le Havre”, des élèves d’un collège de Thiais qui se sont montrés très intéressés, nous ont adressé de nombreuses réflexions.

Nous avons également eu connaissance d’un poème écit par un jeune migrant en hommage à un de ses amis qui, comme lui, parti seul pour fuir la guerre, n’a pas eu de chance et est mort en mer.

Nous vous livrons ici cet émouvant poème et quelques uns des messages des jeunes spectateurs.

Hélène : “je suis un peu déçue car je m’attendais à un film avec plus d’action, de l’aventure. Je l’ai trouvé trop lent et idéal c’était trop parfait pour être vrai. Mais j’ai trouvé que c’était quand même un beau film. Un des passages qui m’a le plus marqué est celui où le commissaire ne dénonce pas Idrissa dans le bateau en direction de Londres. C’est comme si le commissaire Monet avait changé de caractère et on voit qu’il a un bon fond. Ce commissaire ressemble beaucoup à Javert dans Les misérables. J’ai beaucoup apprécié le dialogue entre Idrissa et Arletty c’était le moment de leur rencontre. Ils étaient comme deux âmes qui se battent identiquement mais pas contre la même chose.”

Arthur : “ils parlent comme s’ils sont au théâtre, une façon un peu vieillotte avec des expressions comme bien naturellement.

Mon personnage préféré est Idrissa. J’ai beaucoup aimé le débat, surtout le poème car il était très émouvant. Et il y avait des personnes qui avaient vécu ça dans la salle et qui ont réussi à le dire.

Le personnage qui m’a le plus marqué est Marcel Marx car malgré le fait qu’il ne gagne presque rien, il va aider Idrissa à s’en sortir et aller jusqu’à Londres. Un peu à la manière de Jean Valjean, lui ancien clochard et Jean Valjean ancien bagnard. La vie leur a donné une chance et ils essaient de faire le bien autour d’eux. J’ai bien aimé ce film car on voit une certaine solidarité entre les habitants du Havre quand Idrissa s’échappe, tout le monde l’aide : Le pêcheur L’épicier et le commissaire. Je l’ai bien aimé même s’il n’était pas très réaliste.”

Max: ”le jeu des acteurs était spécial, tout était spécial : le décor années 70, les gros plans parfois vides. Le commissaire Monnet ressemble beaucoup à l’inspecteur Javert, il n’aime pas les gens il veut toujours parvenir à ses fins mais Monet a de l’empathie comme Javert. Pendant les débats la débattrice était très émotive. Surtout quand elle a lu le poème écrit par l’un des réfugiés de 15 ans. Ça m’a beaucoup marqué. Tous les sujets abordés étaient bien, ce qui est dommage, c’est que les personnages du film étaient parfaits, j’ai même eu un sentiment de malaise.”

Bélinda : ”j’ai plutôt bien aimé ce film car l’histoire est cohérente, mais sûrement trop irréaliste. La femme de Marcel qui guérit subitement de sa maladie, le commissaire qui laisse partir Idrissa à Londres… Le message de l’auteur était touchant malgré l’irréalisme de l’histoire, il désirait nous mettre à la place d’Idrissa le garçon immigré ou bien celle de Marcel, l’homme hébergeant illégalement un immigré. L’auteur voulait sûrement nous faire comprendre que la vie d’un mineur immigré n’est pas facile et que les gens n’éprouvent pas toujours de la compassion et de la gentillesse envers eux.”

Amine : ”les musiques, véhicules, maisons et tous les autres décors sont vraiment anciens et moi tout ce qui est ancien ne me plaît pas vraiment. Il y a un passage qui m’a plu c’est quand le commissaire découvre  Idrissa dans la trappe du bateau et dit à ses alliés qu’il y a rien et qu’il avait déjà fouillé l’endroit. Ça montre qu’il  voulait sauver ce petit garçon.”

N.B. Les prénoms ont été modifiés

 

Poème écrit par un jeune migrant en hommage à un de ses amis qui, fuyant la guerre, est mort en mer. 

« Pardonne-moi maman.

Pardonne-moi d’être parti sans te prévenir

Pardonne-moi de ne pas t’avoir embrassée.

Pardonne-moi d’avoir été trop subtil et d’être parti comme un voleur, car je fuyais la terreur et c’est l’erreur qui m’a surpris.

Aujourd’hui assise sur une natte, au fond de la cour, sur le sable où je jouais, larmes aux yeux je sais que tu penses à moi qui suis ton fils unique, maman.

Tu diras à nos voisines “Mon fils est parti loin d’ici, loin de toutes les hostilités”.

Il aura la vie sauve.

Il aura un avenir meilleur.

Et me reviendra avec un grand sourire.

Ce sera le sourire de la victoire. Ce sera le sourire de la liberté.

Mais non, maman, ce serait une erreur de ta part, car à présent je ne suis qu’un fantôme qui vit dans l‘eau.

Oui j’ai péri maman.

J’ai péri au plus profond de nulle part et mon cœur s’est éteint dans l’immense bleue.

Mon corps n’est plus rien qu’un simple appât, qui dans l’eau nourrira ses poissons.

Adieu maman.

Adieu mes rêves.

Moi qui croyais revoir un jour ton sourire, réentendre ta voix qui m’appelait toujours dans la cuisine.

Mais hélas maman, la mer m’a surpris.

Non, je ne saurais nager, car je n’ai connu que le désert.

Aujourd’hui j’ai péri comme autant d’autres que moi.

Adieu maman.

Adieu mes rêves.

Je ne connaîtrai pas de victoire.

Je ne connaîtrai pas de liberté.

Je ne reviendrai plus jamais.

Et tu ne t’en rendras compte qu’avec les tant d’années qui couleront.

Tu diras à nos voisines “Mon fils est parti depuis très longtemps et je n’ai plus de ses nouvelles”.

Ton cœur te dira, mon fils a peut-être péri.

Cette fois-ci tu auras raison maman.

Ah oui maman, ton fils n’a pas su nager et a péri comme tant d’autres que lui.

Tu le sauras dans longtemps mais tu ne l’avoueras à personne.

Tu pleureras toutes tes nuits.

Tu pleureras tous tes jours.

Tu croiras enfin ton cœur, qui avait toujours raison.

Et ta vie ne sera que tristesse.

Adieu ma pauvre maman.

Moi qui n’ai pas eu le temps de comprendre que le destin, ce n’est pas l’homme qui le choisit, mais plutôt la vie qui le lui offre.

Car ma liberté m’a coûté plus cher que ma vie.

Je n’ai rien eu d’autre à donner que mon âme.

Adieu maman, adieu mes rêves, adieu ma pauvre vie. »

 

Mohamed Nour Wana, Mineur soudanais arrivé seul à Paris.

 

 


Journal d’Octobre 2017: Reviens, Abraham Lincoln, ils sont devenus fous!

10 octobre 2017

Qui aurait pensé qu’au 21ème siècle, les Etats-Unis d’Amérique offriraient le spectacle aussi désolant que révoltant d’un racisme exacerbé et criminel ? Circonstance aggravante, une bonne partie de la classe politique américaine, à commencer par le Président lui-même , est sur la même ligne que ces mouvements racistes et ségrégationnistes regroupés sous le vocable d’ “alt.right”. On croit rêver, ou plutôt cauchemarder !

Bref rappel historique : les Etats-Unis ont pratiqué l’esclavage depuis le début du 16ème siècle, quand la “traite négrière” et le ”commerce triangulaire” battaient leur plein. La guerre de Sécession va alors opposer les états du Nord, qui ont aboli l’esclavage, et ceux du Sud, qui font subir à leurs esclaves des traitements inhumains. Les troupes du Nord du Général Grant finissent par battre celles du Sud commandées par le Général Lee. Le Président Abraham Lincoln, grand artisan de cette lutte contre l’esclavage, est assassiné par un nordiste en 1865, mais l’esclavage est aboli le 31 Janvier 1865. Toutefois, la ségrégation subsiste jusqu’en 1960, mais les blancs racistes du Ku Klux Klan maltraitent, lynchent et vont jusqu’à pendre des Noirs. Rosa Parks et Martin Luther King créent le Mouvement des Droits Civiques. Les Noirs obtiennent en 1965 le droit de vote. Martin Luther King sera assassiné en 1968.

Depuis, hélas, les partisans de la ségrégation ont repris des couleurs, et très récemment, des violences ont éclaté à Charlottesville, en Virginie, faisant plusieurs morts, mais le Président Trump a préféré ne pas pointer du doigt les militants de l’”alt.right”, la “droite alternative”. Cette mouvance d’extrême droite, dont une partie est ouvertement raciste, est un courant large et flou. Elle serait constituée, selon CNN, de “800 groupes haineux”. En fait, on y distingue plusieurs composantes :

1/ Les néo-nazis : le terme d’ “alt.right” a été inventé pour dédiaboliser l’extrême droite américaine classique, et il est utilisé par certains suprémacistes et nationalistes blancs pour se définir eux-mêmes et définir leur idéologie : préservation et protection de la race blanche aux Etats-Unis, en plus de positions conservatrices plus traditionnelles. Ils se réclament ouvertement du national-socialisme d’Hitler: certains groupes ont scandé “blood and soil “, référence au “blut und boden” lancé par les partisans du führer en Allemagne dans les années 30. Certains se disent ouvertement “amoureux de l’armée allemande et des Waffen SS”. Richard Spencer, l’inventeur du terme “alt.righ”, a célébré l’élection de Trump par des “hail Trump, hail notre peuple, hail la victoire”, rappelant ainsi les “heil Hitler”, et les ponctuant de saluts nazis.

2/ Le Ku Klux Klan, organisation raciste et suprémaciste blanche fondée par des officiers sudistes en 1865, coupables de nombreuses exactions contre des noirs, en perte de vitesse cependant, mais toujours dangereux, arborant par ailleurs des tatouages de croix gammées.

3/ Les nationalistes blancs, qui  ont les mêmes cibles que les néo-nazis et le KKK. L’un d’eux a reproché à Trump d’avoir marié sa fille à un Juif (antisémitisme, quand tu nous tiens…) Un autre a estimé que “la gauche, la classe capitaliste et la bourgeoisie étaient toutes du même côté juif”, admirant au passage le groupe néo-nazi grec “l’Aube Dorée” et l’hyperviolent “Groupe de Résistance Nordique”, ouvertement nazi.

Toutes ces factions érigent la violence comme un moyen : “We don’t fear the fight, we are the fight”, tel est leur réjouissant cri de ralliement. Et d’autres groupes, ouvertement racistes et activistes, ne cessent d’apparaître…

4/ Enfin, le nombre de Groupes Antimusulmans a explosé, en raison de la peur et du ressentiment suscité par les attaques djihadistes au nom de l’Islam de par le monde. Trump amalgame carrément Islam et Islamisme. La fondatrice d’ “Act For America”, groupement antimusulman le plus actif, a été reçue à la Maison Blanche en mars dernier. Elle a même déclaré avoir une ligne téléphonique directe avec la Maison Blanche. La brave dame ! Dans ces groupes, le discours anti-musulman se mêle de discours antisémite : “Derrière le nègre, caché au loin, comme toujours, il y a la figure plus sinistre du Juif“. Ou encore : “Le nègre est le petit soldat, le juif est le bénéficiaire cultivé”. Fermez le ban, on a déjà entendu ça quelque part…

Tout cela n’est pas très réjouissant, et écorne sérieusement l’image plus que favorable de l’Amérique chez les Européens, et particulièrement chez nous Français. Dame, que se serait-il passé si les Américains ne nous avaient pas prêté main forte en 1915 et en 1942 contre les Allemands puis les Nazis ? Non, nous n’avons rien oublié : pour tout cela, grand merci et reconnaissance éternelle, car sans eux, on était plutôt mal en point ! Personnellement, voir ces sympathiques GI (noirs et blancs) venir nous débarrasser de la gangrène pétainiste raciste, antisémite et déjà suprémaciste, c’était réjouissant. Les “Chantiers de Jeunesse” de Pétain ressemblaient douloureusement aux “Jeunesses Hitlériennes”, alors, quel bon débarras !

Mais la bataille est loin d’être gagnée. Depuis la dernière guerre mondiale, racisme anti-noir, suprémacisme blanc et antisémitisme avéré  n’ont cessé de progresser aux Etats-Unis, sans qu’aucun gouvernement  n’ait semblé lutter contre. Obama avait fait naître de grands espoirs, mais hélas, il faut bien reconnaître qu’il n’a pas réglé le problème, tant s’en faut… Et ce n’est pas le pantin peroxydé qui règne à la Maison Blanche qui viendra à bout de ces forcenés, qu’il semble voir d’un assez bon œil ! Mais bon, il ne faut jamais perdre espoir : les Américains se sont bien débarrassés de Bush fils, ils finiront bien par terrasser son pénible successeur. La Démocratie saura retrouver le chemin de la victoire, et peut-être alors pourra-t-elle s’atteler plus efficacement à régler ce douloureux problème en déclarant une guerre sans merci au racisme et à l’antisémitisme. Certes, c’est loin d’être gagné, mais….Gémissons, certes, mais espérons !

Guy Zerhat


Journal d’Octobre 2017: Le “détail” de Marine…

10 octobre 2017

Après la déclaration de Marine Le pen, sur la rafle du Vel d’Hiv : “s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque. Ce n’est pas la France”, et l’indignation qu’elle a suscitée, notre amie Nitza Lew, rescapée du Vel D’hiv, lui adresse la lettre que nous reproduisons ici.

A Madame Le Pen Marine, le 12.avril 2017

Madame,

J’avais trois ans. J’étais Française, mais Juive, née à l’Hôtel Dieu, dans la l’Ile de la Cité à Paris. Lors de la Rafle du 16 juillet 1942, ce sont des Français armés, en uniformes, qui m’ont arrêtée. Dans le VEL D’HIV, ce sont des Français qui m’ont tenue prisonnière ; qui m’ont empêchée de boire, de manger, de m’évader. Qui voulaient me livrer aux nazis, qui voulaient donc me tuer, avec toute ma famille, Française de choix, de cœur et d’âme.

Mon père était un Héros de l’Aviation Française car en effet, il était Ingénieur d’aviation, avait participé à ce titre à l’invention des premiers hydravions chez Latecoere. Puis, il est devenu Pilote d’essais à l’Aeropostale à Toulouse. Il parait même que Mermoz ou Saint- Exupéry ne montait pas dans un avion si mon père, ce Héros, ne l’avait vérifié.

Je dis il paraît car la France, oui la France devenue majoritairement fasciste pour complaire à l’occupant, et non un autre pays, ( celui des quelques Héros de la Résistance), a participé à leur assassinat en les expédiant à Auschwitz dans des trains français. Donc, en ce qui concerne mon père,  je ne sais cela que par réputation. Personne n’étant revenu de là-bas, pour me raconter, me consoler, me venger…

Madame, il faudrait aussi dire à votre père, de si triste politique, que les chambres à gaz ne sont en aucun cas “un détail de l’Histoire”. Il conviendrait de lui rappeler que ce fut la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, qu’un génocide s’est perpétré de façon INDUSTRIELLE ! Le contraire d’un “détail”.

Mais je veux espérer que de votre part il s’agit d’une maladresse de paroles, et non d’un intérêt pour des votes extrêmes, quand vous dédouanez si facilement ces déshonneurs français durant la dernière guerre mondiale. Votre responsabilité de peut-être future Présidente de la République requiert, à mon avis d’enfant rescapée du Vel d’Hiv une explication circonstanciée, sinon un démenti pour rétablir la Vérité de l’Histoire et justement l’Honneur de la France.

Dans cet espoir,

Nitsa Régine Lew

P.S. Rien ne peut apaiser une victime, mais quand le fautif ne reconnaît pas sa faute, la victime est “revictimisée”.