Mon frère en humanité… Un appel de Marc Knobel

8 juillet 2016

Nous reproduisons avec son autorisation le texte que Marc Knobel a publié le 8 juillet 2016 dans le Huffington Post (consultable en cliquant ICI).

 

« Mon frère en humanité, lorsque un attentat ensanglante ta ville, lorsque un attentat perfore tes poumons, lorsque un attentat pulvérise ton quartier, ton marché, ton train, ton métro, ton souk, ton café, ton restaurant, ton cinéma, ta salle de spectacle, ton avion, tu n’as pas/plus de religion, tu n’as pas/plus de couleur, tu n’as pas/plus de sexe, tu n’as pas/plus de classe sociale, tu n’es ni noir, ni jaune, ni blanc, ni français, ni arabe, ni juif, ni chrétien, ni bouddhiste. Tu n’es plus qu’une victime. Nous devrions nous en souvenir.

Et pourtant…

Mon frère en humanité, lorsque tu meurs si subitement, éventré, perforé, écrasé, laminé, sans même savoir pourquoi tu es mort, pourquoi tu dois quitter si brutalement ainsi les tiens, pourquoi on te fait ainsi souffrir, toi et tes proches, alors que tu es du genre humain.

Mon frère en humanité, tu ne dois pas te sentir léser parce que tu vivrais à Garissa, au Kenya ou à Sousse, en Tunisie, ou à Bagdad, en Irak. On te doit autant de considération que l’on en devrait à n’importe quelle victime d’un point à un autre de la planète, lorsque les terroristes frappent aveuglément.

Mon frère en humanité, tu as bien un visage, une voix, des yeux, une langue que ce fut l’arabe ou l’anglais, tu as bien une histoire, des amis, une famille, des proches, une vie sociale, tu as bien le droit que l’on se souvienne de ton regard, que l’on cherche ton nom, que l’on dise ton prénom, que l’on récite une prière, que l’on entonne une chanson, que l’on parle de toi comme si tu étais vivant.

Mon frère en humanité, même si ta langue maternelle n’est pas la mienne, même si ta peau est foncée, même si tes yeux sont noirs, même si ta religion diffère de la mienne, même si tu vis en un ailleurs que j’ignore, même si tu ne sais pas que j’existe, même si je ne sais pas que tu existes, tu as le droit au respect.

Mon frère en humanité, je n’accepte pas que l’on t’oublie, que l’on écrase l’information et qu’un attentat aussi terrible et dramatique que celui qui a frappé tes frères et tes sœurs en Irak, ne vaille que 13 secondes aux informations d’un journal télévisé du soir.

1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13 Secondes…

Tu as bien lu, il a fallu 13 secondes pour évoquer cette horreur et parler de vous tous, de vous toutes: 213 êtres humains que vous étiez, morts déjà en une fraction de seconde.

Mon frère en humanité, notre silence nous accable. Notre indifférence nous remplit de honte. Tu as le droit de réclamer que l’on se soucie des tiens, que l’on n’oublie pas ton prénom : Ahmed, Amal, Asma, Aïcha, Cherifa, Dalal, Djihane, Emna, Ezzeddine, Farid, Fahed, Ghita, Hanine, Haroun, Issam, Jamal, Kadir, Kenza, Lofti, Malika, Mansour, Nawal, Nuri, Omar, Racha, Rana, Riham, Salima, Sherine, Talat, Wassim…

Mon frère en humanité, ton prénom vaut bien les nôtres.

Pourquoi devrais-je seulement pleurer lorsque Monique, Sylvie, Joëlle, Armelle, Christine, Jean, Pierre, Frank, Didier ou Alain meurent ici, à Paris? Pourquoi devrais-je forcément manifester pour eux et taire ta mort et ta douleur?

Mon frère en humanité, pourquoi tous les Chefs d’Etat devraient-ils se rendre à Paris, et n’envoyer qu’un plat communiqué de presse -écrit par un sbire quelconque- lorsque ta ville est touchée, que ton sang est versé?

Mon frère en humanité, tu diffères de moi mais loin de différer tant que cela de moi, je me souviens que tu es frère en humanité.

Ta parcelle de vie en ton lieu de vie mérite le respect, car tu es aussi un puits de lumière humaine et/ou divine.

Mon frère en humanité, j’ai honte que nous en soyons là aujourd’hui et qu’il faille que je prenne la plume pour crier mon dégoût d’une telle inhumanité.

Plus grave encore que l’inhumanité, se trouve aussi l’indifférence. Elle ronge les cœurs, rends les hommes bêtes, incapables de verser une larme, d’avoir une conscience.

Mon frère en humanité, il me plait aujourd’hui de dire que je suis ton frère en humanité. Mon cher frère en humanité, s’il ne reste que la plume, je crierai cette injustice. »

Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au CRIF


Journal de Juillet 2016: Lettre à un ami disparu

1 juillet 2016
Daniel Mai 2002

Daniel RACHLINE

 

Daniel

Laisse moi te raconter comment ça s’est passé, maintenant que tu nous a quittés pour de vrai, sans faire semblant, comme d’habitude.

On était tous là, à Bagneux : le lieu que tu as choisi comme résidence post mortem. Il y avait du monde et tous ceux que j’ai croisés ressentaient le besoin de dire un mot à ton sujet.
Mais rassure toi, on a observé le rite du Hespel et seuls ceux qui avaient voix au chapitre ont pris la parole en respectant la tradition qui veut qu’on ne fasse pas d’oraison funèbre trop élogieuse pour ne pas contrarier le défunt.

Le grand rabbin, qui était en grande forme, nous a même parlé en hébreu. Je ne suis pas sûr que ce soit le Kaddish qu’il ait réci- té, mais il nous a incité à réfléchir sur le partage “du temps pour la guerre .. et du temps pour la paix, de celui pour l’amour et de celui pour la haine”. C’est là que j’ai compris que la prière des morts n’est pas faite pour eux, mais pour les vivants, pour ceux qui restent… “Qu’il y ait une grande paix venant du ciel, ainsi qu’une bonne vie, la satiété et la salvation, le réconfort et la sauvegarde, la rédemption et le pardon et l’expiation et le soulagement et la délivrance pour nous et pour tout son peuple”.
Comme le Kaddish, j’ai choisi de te parler des vivants qui se sont réunis le 11 mai dernier : La pluie qui s’est juste arrêtée, le temps de la cérémonie nous a permis d’entendre les tiens: Vibeke d’abord auprès de laquelle se tenaient tes filles. Elle n’a pas manqué de rappeler que tu ne souhaitais pas qu’on mélange trop la famille et les causes que tu servais. “Madame Daniel Rachline” elle était et elle le restera. Tes filles, du moins celles qui ont pris la parole, nous ont parlé de tendresse et des chansons que tu leur chantais le soir. Elles ne sont pas près de l’oublier.

Ton frère, François, nous a relaté ton parcours durant les 68 ans qu’il t’a fréquenté et aimé et le lien très fort qui vous unissait. Impressionné par ta gentillesse et ta bonté, il s’est même permis, en empruntant ta voix, de nous confier quelques secrets notamment sur “le dernier jour de la vie qu’on pourrait supprimer” et sur tes saintes colères et tes rudes emportements. On connaissait tout ça par cœur : la bonté, la discrétion, la générosité et l’humour (mais pas les fleurs ou le mot d’excuses du lendemain). A entendre tout cela rapporté et répété et rassemblé, on aurait pu croire que c’était d’un autre qu’il parlait et pourtant c’était bien de toi qu’il s’agissait. Toi, qui ne riait pas si souvent en public, ça t’aurait surpris. Et puis il y a eu David Chemla, avec lequel tu faisais respirer JCall pour nous parler de tes espoirs et aussi de ton amour du cinéma dont tu parlais chaque semaine sur Judaïques FM. On a entendu aussi Talila… Tu sais… celle que tu as fait venir à la Cartoucherie. Elle nous a mis du baume au cœur en nous parlant de la Paix maintenant… celle que tu ne verras pas mais qui forcément un jour va arriver.

Avant d’aller jeter trois poignées de terre, on se sentait le cœur léger en se disant “Il n’a pas fait tout ça pour rien”. L’étoile jaune, la torture, l’espoir de la gauche, la guerre d’Algérie. Depuis ces quarante cinq ans que nous nous sommes rencontrés, rien n’a pu nous séparer, ni les affaires, ni les amis, ni le découragement lorsqu’il est apparu que le militantisme n’était plus ce qu’il était et durant ces vingt quatre ans que nous avons porté à l’écran la cause à transmettre aux élèves du secondaire avec les amis de Mémoire 2000, nous n’avons pas été jaloux du temps que tu donnais par ailleurs à Amnesty, à Shalom Archav, Ciné histoire et JCall. Que restait-il donc pour toi ?

Tu nous a simplement montré la voie, celle du courage inlassable que tu tenais de ton père Lazare, celle de la colère lorsqu’elle est nécessaire en présence de l’indifférence, de la bêtise ou des lâchetés quotidiennes, celle des militants modestes et acharnés qui, comme les résistants et partisans prêts “à descendre des collines ou sortir de la mine… cama- rades“ pour remplacer celles et ceux qui sont défaillants, dans la mesure de leurs forces, pour aller arpenter le bitume de la Nation à la République ou à la Bastille, ou distribuer des tracts sur les marchés ; celle de la bonté qui te faisait toujours, après l’affrontement, la discussion vive et emportée, faire le premier pas vers l’autre pour t’assurer qu’il resterait auprès de toi dans l’épreuve.

Tu vois, maintenant, je n’ai plus à hésiter avant de t’écrire, de peur que tu ne me trouves trop long.
On va continuer sans toi, comme si tu étais encore là et sois tranquille : on ne va plus rien laisser passer.

Bernard Jouanneau

 

 

 


Journal de Juillet 2016: Hommage de François Rachline à son frère Daniel

1 juillet 2016

 

Daniel.

Ma chère Vibeke, ma chère Sonia, ma chère Agnès, ma chère Charlotte, ma chère Fiona, mon cher Jean-Claude, chers parents, chers amis de Daniel,
C’est un exercice difficile, très difficile, de parler d’un frère qui n’est plus là, si peu de temps après son départ. Pourtant, Daniel est encore là, et même, sa soudaine absence devient tout à coup une sorte d’omniprésence. La présence du rabbin Williams témoigne de l’attachement irréductible de Daniel au judaïsme et à son histoire. La présence de tant d’amis témoigne des sentiments qu’il inspirait. Notre présence à tous témoigne de l’amour et de l’affection que nous lui portions, mari- tales, filiales, fraternels, amicales, confraternels.

Je ne veux pas retracer sa vie, que le document élaboré par ses filles résume à grands traits. Je voudrais simplement vous parler de ce qui se dégageait d’un homme que j’ai connu toute ma vie. Le 22 avril dernier, nous nous sommes réunis boulevard Raspail pour la fête juive de Pessah, la sortie d’Egypte. Nous avons réfléchi ensemble au premier Commandement, à la première Parole du texte biblique : “Je suis Adonaï ton Elohé, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, du pays de servitude”. Cette parole ne dit pas “Je suis l’Eternel qui t’ai donné la Torah, ou qui t’ai donné la vie”. Non, mais qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte. Elle souligne donc l’importance de la liberté pour fonder une éthique. Et Daniel a dit, en riant : “Je vais sortir avec vous, mais je crains de ne pas aller très loin”.

C’est un premier trait saillant de Daniel : l’humour en toute circonstance. Il n’a jamais renoncé à l’humour, comme il n’a jamais renoncé à défendre ses idées. Daniel était un homme qui ne renonçait tout simplement pas.

Ses idées, il les défendait avec une exigence, une intransigeance, qui provoquait des discussions âpres, des emportements, des colères parfois. Mais elles étaient toujours inspirées par un seul motif : le bien. Daniel faisait le bien. Il était bon, même si ce pou- vait être avec maladresse. Aussi loin que ma mémoire puisse remonter je ne me souviens pas avoir surpris chez lui la moindre méchanceté. Je ne dis pas cela pour dire du bien d’un homme qui n’est plus ; je dis cela par respect de la vérité.

Et le bien des biens, pour lui, c’était la paix. Bien sûr, pour nous aussi c’est un immense bien, mais Daniel s’y consacrait sans compter. Je le revois encore, à l’hôpital Cochin, refuser une visite parce qu’il devait clore les comptes de JCall, Le réseau juif européen pour Israël et pour la paix. David Chemla en parlera mieux que moi dans un instant.

Daniel était un combattant de la paix, en particulier au sein de Shalom Archav, “la paix maintenant.” Il défendait l’idée d’un Etat palestinien à côté d’Israël, mais en paix. De son vivant, il n’a pas vu son espoir se réaliser. Il m’a confié que c’était parfois découra- geant. Mais justement, il ne se décourageait pas.

Parmi ses nombreux points communs avec notre père, outre la ressemblance physique, il y en avait un, essentiel : il respectait ses idées. On peut aussi appeler cela du courage. Ce respect imposait de ne jamais baisser les bras. Comment baisser les bras quand on défend la paix, la démocratie, la liberté, les droits de l’homme et le premier d’entre eux, celui de vivre ? Peu d’hommes, m’a dit de lui notre ami Robert Badinter, ont œuvré avec un tel désintéressement, sans pouvoir jouir du triomphe de leurs idées. Mais c’est souvent le destin des hommes de conviction. Et Daniel était un homme de conviction.

Parmi ses convictions, il y avait celle, rare, de lutter sans désarmer contre l’indifférence, contre les petites négligences, les minus- cules abandons au quotidien dont la somme prépare le malheur. Il le faisait, notamment, au sein de Mémoire 2000. Il le faisait aussi

dans ses émissions de radio consacrées au cinéma sur Judaïques FM, qui d’ailleurs lui rendra hommage le 19 mai prochain. Il le faisait à table, dans la rue, au téléphone, depuis son lit d’hôpital. Il ne laissait rien passer. Et cet homme sensible à l’extrême n’y allait pas avec le dos de la cuillère, comme me l’a dit un ami historien. Qui ajoutait : “Finalement, c’est lui qui avait raison”. Un jour, nous déjeunions ensemble au Drugstore Publicis, dont il était alors le Secrétaire général. Léonid Brejnev effectuait une visi- te d’Etat en France. Un commissaire de police est entré dans le Drugstore et a demandé un responsable. C’était Daniel. Le policier lui a dit, sur un ton ferme, qu’aucune manifestation ne serait tolérée contre le secrétaire du Parti communiste de l’URSS, et que s’il y avait des troubles, il en serait tenu pour responsable. Daniel lui a répondu vigoureusement que la responsabilité collective n’existait pas dans notre pays, et il a lancé : “Si vous avez un ordre, transmettez-le-moi par écrit.” Le commissaire a baissé le nez.

La force des engagements de Daniel se lit dans un seul constat : il ne se mettait jamais en avant. Sa voix portait, sa stature en imposait, mais ce n’était pas lui qu’il mettait en avant. C’était la cause qu’il défendait. Certes, il pouvait s’énerver, avoir des réactions épidermiques, avoir des mots qui dépassaient sa pensée, mais s’il blessait un ami, un parent, un être cher, il s’en voulait presque aussitôt. Certains ici ont reçu des fleurs le lendemain d’une engueulade avec Daniel, ou un mot affectueux, ou un appel téléphonique touchant de sincérité.

Dans la défense d’une cause, dans ses rapports avec les autres, Daniel était tout simplement généreux. Il donnait de lui-même, il donnait tout ce qu’il pouvait, et il ne demandait rien. Heureuse- ment, nombreux sont ceux qui lui ont beaucoup donné : leur amour, leur amitié, leur affection, leur tendresse, leur confiance, leur estime, leur respect. Et maintenant, leur hommage et leur souvenir.

Il y a quelques semaines, à l’hôpital Cochin, nous avons parlé ensemble de la mort. Plus exactement, il a évoqué la sienne. C’était un patriarche qui me parlait. Un patriarche sans barbe, tranquille, serein, mais un patriarche. Le silence qu’il fait peser désormais accentue ce sentiment. Je lui ai cité cette réflexion de Sénèque : “Tous les jours mènent à la mort ; le dernier y arrive.” Celui-là m’a-t-il dit en riant, tu ne crois pas qu’on devrait le supprimer ?

Malgré tous les efforts de ceux qui l’ont entouré jusqu’au dernier moment avec tant de sollicitude – avant tout ses filles Charlotte, Agnès, Sonia, sa femme Vibeke, mais aussi ses amis proches – ce dernier jour est arrivé.

Daniel n’est plus là, mais il est là. Il a commencé sa descente en chacun de nous. Je dis descente, peut-être devrais-je dire sa remontée. Je ne sais pas. Gardons-le en nous, précieusement, et que sa mémoire nous accompagne arshav. Maintenant.

Shalom Daniel.

 

 

 


Journal de Juillet 2016: Chanté par Talila, en yiddish, pour Daniel… (Traduction du très touchant poème, d’Itsik Manguer)

1 juillet 2016

“Quand l’aube s’épanouira, je disparaîtrai avec les nuages,
La mort aura raison de mes efforts d’homme et je disparaîtrai avec les nuages,
Nous ne nous verrons plus mes frères,
je disparaîtrai avec les nuages,
moi, le vagabond solitaire, je disparaîtrai….
Je me présenterai aux portes des cieux ,
Tel un ange, je chanterai devant dieu et disparaîtrai…..
Créateur de toutes choses et maître de mon âme, je disparaîtrai…
Voici le soldat qui accomplit tes ordres et disparaîtra avec les nuages…. »

 

 

 

 


Editorial de Juillet 2016: Indifférence ou résignation

1 juillet 2016

L’une ou l’autre ou bien l’une et l’autre semblent être la marque de notre manière de réagir à l’afflux des migrants, comme à la recrudescence de l’antisémitisme et de l’islamophobie et à la montée des périls engendrés par l’intolérance, le fana- tisme religieux qui permettent à la violence et au terrorisme de s’installer et au populisme de s’implanter en Europe.

Indifférence à “toutes les misères du monde” et du Moyen-Orient en particulier qui force les Syriens, les Afghans et les Irakiens à quitter leurs pays pour deman- der l’asile aux Européens, eux-mêmes “réfugiés” dans leur égoïsme et leurs angoisses du lendemain. Leur nombre et les trafics dont ils sont victimes de la part des passeurs nous conduisent à nous résigner à “l’accord de la honte”, conclu le 18 mars dernier entre la Turquie et l’U.E et à laisser aujourd’hui, par centaines, les migrants se noyer en Méditerranée, réduisant ainsi le contingent de ceux qu’il nous faudrait accueillir au nom du droit d’asile et des tractations arrêtées à Bruxelles.

Quelles que soient les causes de la différence sidérale de l’opinion française comparée à celle des Allemands (1,1 million), nous ne parvenons même pas à mettre en place les structures nécessaires à l’accueil des 30000 réfugiés qui nous ont été affectés.

Force est de constater que nous sommes en voie de “déshumanisation”. L’Europe est sur le point d’abandonner ses valeurs et sous prétexte que nous ne sommes plus les leaders et que nous ne parvenons pas à sortir de l’ornière, on préfère se réfugier dans les querelles juridico-politico- sociales qui nous font oublier l’essentiel.

Il aura fallu que ce soit un pape argentin (Mgt Beroglio devenu François) qui nous le rappelle en accomplissant ce geste au mois d’avril dernier, en accueillant au Vatican ces douze réfugiés (trois familles de réfugiés syriens musul- mans).

Ce faisant, il n’a pas même donné, alors qu’on le lui a aussitôt reproché, la préférence aux chrétiens d’Orient, eux mêmes réfugiés irakiens pourtant victimes, eux aussi, de persécutions ; simplement parce que ce qu’il a vu à Les- bos “était à pleurer” et qu’avant d’être des numéros ce sont “des personnes, des visages, des noms, des histoires” et pas seulement des numéros sur des listes ou même des symboles d’une appartenance religieuse particulière.

En tendant la main à ceux-là qui en avaient besoin, il a redonné l’espoir à beaucoup.
Cette visite du pape François à Lesbos n’était pas unique- ment symbolique. En ramenant avec lui ces 12 réfugiés syriens, il a agi beaucoup plus concrètement et avec bien plus de solidarité que nombre d’Etats membres de l’Union. Le pape nous a adressé un appel à l’action et tous devraient l’entendre, car, ce faisant il n’était pas seulement le porte parole de l’église catholique, mais celui de l’Europe et de l’humanité.

C’est le même discours que celui de Nicolas Hulot qui déplorait au début du mois de mai que “nous nous habituions à l’insoutenable” en se demandant “où est passée notre humanité”?

Depuis son appel, on a décompté 1500 noyés de plus en Méditerranée (dont 350 petits Aylan). A la mi-juin c’est 2578 migrants qu’on a recueillis au large de la Sicile, sur

les 48000 en provenance de l’Afrique subsaharienne, depuis le début de l’année 2016.
Sonia, avant la mort de son père Daniel, nous a donné au mois d’avril une recette en fournissant de l’aide aux refugiés désireux d’apprendre notre langue.

A chacun de trouver la sienne, mais nous ne pouvons plus rester indifférents ni résignés.
Voici le rêve du pape ce mois-ci :
“Je rêve d’une Europe encore jeune, capable d’être mère, qui ait de la vie parce qu’elle respecte la vie et offre de l’es- pérance de vie.

Je rêve d’une Europe qui prend soin de cet enfant, qui secoure comme un frère le pauvre parce qu’il n’a plus rien et demande un refuge.
Je rêve d’une Europe qui écoute et valorise les personnes malades et âgées, pour qu’elles ne soient pas réduites à des objets de rejet improductifs.

Je rêve d’une Europe où être des migrants ne soit pas un délit mais plutôt une invitation à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout entier.
Je rêve d’une Europe où les jeunes respirent l’air pur de l’honnêteté, aiment la beauté et la culture et d’une vie simple et non polluée par les besoins infinis du consumérisme.

Je rêve d’une Europe des familles avec des politiques vrai- ment effectives centrées sur les visages plutôt que sur les chiffres, sur les naissances d’enfants plus que sur l’augmentation des biens.

Je rêve d’une Europe qui promeut et défend les droits de chacun, sans oublier les devoirs envers tous.
Je rêve d’une Europe où on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains a été sa dernière utopie.”

Il est encore temps de se réveiller et de retrouver nos valeurs.

Bernard Jouanneau


Journal de Juillet 2016: compte-rendu de notre séance-débat sur TIMBUKTU

1 juillet 2016

594157Un village tranquille aux limites du désert où chacun vit sa foi sous le regard bienveillant de l’Imam. Beauté du paysage à vous cou- per le souffle. Puis déferlement d’une bande de jeunes djihadistes qui viennent imposer leur loi et semer la terreur.

Séance du 19 avril 2016
Thème : l’intégrisme religieux
Débatteurs : Soad Baba Aïssa , Jean-Jacques et Odette Mitterrand

Tel est ce film regardé dans un silence que l’on sent passionné par des élèves dont, a priori, une bonne moitié d’entre eux doit être de confession musulmane. Malheureusement, conséquence probable de vigipirate, sur 200 élèves pressentis, seuls 35 étaient présents.

Soad Baba Aïssa lance le débat. “Comment avez-vous ressenti ce film” ? Tous, garçons et filles, expriment combien ils ont été choqués de voir ces jeunes djihadistes qui disent vouloir faire la volonté d’Allah mais qui font eux-même ce qu’ils interdisent aux autres : fumer, discuter d’un match de foot, écouter de la musique etc.

La lapidation, le mariage forcé, les élèves en ressentent un dégoût violent, une colère contre l’injustice, une envie de vengeance. Ils demandent à notre débattrice de les éclairer sur les différences entre djihad, djihadisme, terrorisme.

Le djihad, dit-elle, a d’abord un sens spirituel et personnel propre à chaque musulman. “Avez -vous noté ce qui émane du personnage de l’Imam dans le film? Sa profonde piété, son ouverture aux autres font que chacun se confie à lui et que même les jeunes djihadistes en sont impressionnés”. Devenu synonyme de guerre sainte, le Djihad est aujourd’hui le mot d’ordre des fondamentalistes terroristes.

Que djihadisme soit l’équivalent de terrorisme, les élèves l’ignoraient. C’est pour eux une notion nouvelle d’une importance capitale pour comprendre ce qui se passe autour d’eux et pouvoir en faire le tri.

Notre débattrice attire leur attention sur le danger des croyances qui, à bas bruit, se transforment en idéologie. “A vous de les débusquer pour être à même d’y résister”.
B. Jouanneau lance la discussion sur la laïcité qui, pour lui, est le garant essentiel des libertés individuelles et de l’égalité des droits. Elle constitue le fondement indispensable de l’harmonie sociale et de l’unité de la nation. La Constitution précise que la France est une République laïque, démocratique et sociale. Il est fondamental qu’y soient séparés le politique du religieux.

Soad Baba Aïssa qui travaille tant en France qu’en Algérie où l’Islam est religion d’Etat, peut témoigner que la liberté n’y a pas du tout le même sens.
Une élève pose une question naïve comme je les aime : “Et si tous les pays étaient laïcs ?” ”Ce serait formidable. Partout régneraient liberté et respect d’autrui”.

La séance se termine.
C’est la première depuis la mort de Daniel Rachline. Il n’aurait pas manqué de conclure en disant de sa voix forte et chaleureuse : “Il faut savoir se révolter contre l’indifférence. Ne jamais rien laisser passer!”

Hélène Eisenmann


Journal de Juillet 2016: Des nouvelles de Mémoire2000-Marseille

1 juillet 2016

Unknown-1Mes Chers Amis,

Plusieurs choses à vous dire au regard de l’activité de l’associa- tion et de son développement.
L’activité judiciaire depuis l’année dernière et dans sa continuité cette année a été riche en évènements.

En premier lieu, dans le dossier Dubruel qui, semble-t-il, n’en fini pas, notre action a été jugée irrecevable par le Tribunal car l’association n’a pas juridiquement la possibilité de poursuivre la contravention de provocation à la discrimination. Nous sollicitions du tribunal qu’il retienne sa compétence car il était saisi du dossier. Cela n’a pas été couronné de succès. Cependant, les participants d’une action simplement déontologique contre Maître Dubruel en sont pour leur frais puisqu’il semblerait, sans que je ne dispose de la décision, que la sanction de radiation prise à son endroit ait été réformée par la Cour pour un motif de procédure. Cela ne remet pas en cause la procédure disciplinaire qui va sans doute reprendre son cours mais nous pensons qu’un soutien plus fort des associations dans la procédure que nous avions intentée lui aurait donné un meilleur succès. L’association Mémoire 2000 s’est retrouvée un peu seule dans ce dossier.

Il n’en va pas de même pour les dossiers Soral et Le Pen.
- Dans l’affaire Le Pen, le tribunal n’a pas succombé au chantage de Jean-Marie Le Pen lui imposant de ne pas statuer compte- tenu de la protection dont il disait disposer de parlementaire euro- péen. Le tribunal a non seulement écarté cette exception mais a jugé très sévèrement Jean-Marie Le Pen à la suite de la réitération de ses propos sur le détail de l’histoire concernant la Shoah. – Enfin, dans l’affaire Soral, le dossier sera évoqué dans le cou- rant du mois de septembre en appel au regard de la “quenelle” que ce dernier avait décidé de faire devant le Mémorial de la Shoah à Berlin. Cette affaire suit son cours mais Soral est désormais démasqué au regard de son antisémitisme dont pourtant il continue à se défendre devant les juridictions.

Mais, l’activité de l’association Mémoire 2000 n’est fort heureusement pas seulement judiciaire. Il est bon qu’elle soit bien entendu différente ; c’est d’ailleurs le cœur de l’association.
- J’avais pour projet de créer une association Mémoire 2000 à Marseille. C’est pratiquement chose faite puisque j’ai organisé une réunion à la fin du mois de juin.

Le retour que j’ai, est déjà très encourageant et très enthousiasmant. L’équipe qui se constitue est jeune et motivée.

L’ampleur de la tâche est très importante.
J’ai soumis l’idée qui semble être accueillie avec intérêt d’organiser avec des collèges et lycées qui souhaiteraient le faire un thème autour de l’idée “Rap-moi le racisme”. Les collégiens (je pense que c’est vers eux qu’il faut aller) auraient pour mission de s’exprimer autour du racisme au travers du rap ou du slam (poèmes déclamés sur fond de musique), ou même d’une chorégraphie, voire même de toute autre forme d’expression musicale. “Rap-moi le racisme” étant simplement un transmetteur d’idées de ce que je voudrais : que les collégiens s’expriment librement au travers de l’Art sur ce que représente pour eux le racisme, la discrimination, l’intolérance.
Je vous tiendrai informés de l’évolution de ce projet qui me tient à cœur.

Bien à vous tous.

Serge Tavitian


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