« Les Arméniens attendront » une fois de plus

2 février 2017

Promesse de campagne de François Hollande rejoint sur ce seul sujet par Nicolas Sarkozy, du temps où ils étaient encore tous les deux candidats, la répression de la négation du génocide arménien devait trouver une place avant le début des élections.

Ce fut dans le Projet EGALITE CITOYENNETE adopté par le Parlement, à l’unanimité, le 22 décembre 2016 ; mais c’était sans compter sans l’intervention du Conseil constitutionnel qui sur les dispositions concernant le négationnisme s’est autosaisi et a censuré les nouvelles dispositions du texte qui permettait enfin la répression de la négation, de la banalisation et de la minoration outrancière des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre à certaines conditions.

Le texte dans sa version finale s’en tenait aux génocides et crimes contre l’humanité « lorsque leur négation, leur minoration ou leur banalisation constituent une incitation à la violence ou à la haine par référence à la prétendue race, la couleur, la religion, l’ascendance ou l’origine nationale, et à ceux qui ont fait l’objet d’une condamnation prononcée par une juridiction Française ou internationale ».

Or le Conseil commence par reconnaître que « de tels actes ou propos ne revêtent pas par eux-mêmes une apologie de comportements réprimés par la loi pénale » et que dès lors ils ne peuvent être considérés comme un abus de la liberté d’expression portant atteinte à l’ordre public et aux droits des tiers ». Mais il retient que l’incitation à la violence et à la haine raciale est déjà réprimée par la loi et dès lors que les dispositions nouvelles introduites dans la loi qui répriment des propos présentant les mêmes caractéristiques, elles ne sont pas nécessaires à la répression de ces incitations. Il en conclue qu’en « réprimant la négation, la minoration et la banalisation de certains crimes n’ayant fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire, a porté atteinte à l’exercice de la liberté d’expression qui n’est ni nécessaire ni proportionnée et que le dernier alinéa du 2° de l’article 173 est donc contraire à la constitution ». Mais il laisse subsister celles qui ont été soumis à la justice.

Bien que la négation, la banalisation ou la minoration des génocides qui ont fait l’objet de condamnations judiciaires vont pouvoir être poursuivies (comme c’est le cas des génocides yougoslaves, cambodgiens et celui des Tutsis), il résulte de cette décision que la négation du génocide arménien qui n’a fait l’objet que de condamnations qui ont été amnistiées, ne va toujours pas pouvoir être poursuivie, même si intrinsèquement elles comportent une incitation à la violence et à la haine envers les Arméniens.

On aura ainsi manqué l’occasion une fois de plus d’incriminer cette négation qui dure depuis 1923.

Bien qu’ils aient été condamnés par les cours ottomanes en 1919 et 1920, les négations commises entre 1915 et 1923 de ces comportements génocidaires des dirigeants du parti « Union et Progrès » ne vont plus pouvoir être poursuivis, non à cause de l’amnistie des faits eux-mêmes, mais à cause de la prescription. Quant aux dénégations actuelles émanant de l’Etat turc, elles ne vont pas pouvoir donner lieu à poursuite, bien que la réalité de ce génocide ait fait l’objet d’une reconnaissance historique et officielle par de nombreux Etats qui l’ont reconnu dans la mesure où ils peuvent encore « faire l’objet de débats historiques ».

A cette impasse, il faudra renoncer aussi à poursuivre les dénégations allemandes portant sur l’extermination des Hereros par le II° Reich en 1904 et par les Soviets en 1932 contre les Ukrainiens, ainsi que les contestations portant sur la réalité, l’ampleur des crimes de réduction en esclavage.

Bref, les Juifs et les Tziganes ne sont plus seuls, ils ont été rejoints par les Bosniaques en 1992, les Cambodgiens éliminés par Pol Pot en 1975 et les Tutsis victimes des Hutus en 1994 ; mais les Arméniens restent quasiment seuls, alors que leur extermination programmée par les dirigeants ottomans du parti « Union et Progrès » et exécutée en 1915 qui a fait plus de 1500 000 victimes va permettre à Perinceq et à Erdogan de continuer à nier le crime contre l’humanité que dans un déclaration solennelle de 1915 les alliés de l’époque avaient dénoncé et condamné. Ils ne peuvent pas s’attendre à ce que la CEDH vole à leur secours depuis l’arrêt qu’elle a rendu le 15 octobre 2015.

Le Conseil constitutionnel n’a même pas examiné si la négation de ces crimes ne portait pas atteinte à la vie privée ou au respect de la dignité des personnes concernées que sont les héritiers des victimes qu’on a ainsi privé de leur deuil, parce qu’il n’a examiné la question que sous l’angle de la liberté d’expression, comme si la négation de ce génocide ne constituait pas la perpétuation du génocide lui même. Tant que l’on continuera dans cette impasse qui privilégie la recherche historique et la polémique, aux détriments du respect des droits à la mémoire, et à l’identité des victimes on ne sortira pas de cette spirale infernale.

Il y avait pourtant un moyen de le faire sur lequel je n’ai cessé d’attirer l’attention, en particulier lors des débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale sur la proposition de loi de Valérie Boyer, en faisant valoir que la réalité du génocide avait été reconnue par le pouvoir Ottoman en 1919 lors des procès qui ont eu lieu devant les cours martiales. A l’époque, l’Etat Turc sous sa forme impériale reconnaissait l’existence du génocide et en poursuivait l’exécution.

Personne n’a voulu l’entendre, et ni devant le Sénat, ni devant l’Assemblée ce débat n’a été évoqué.

Les députés imprévoyants et mal avisés ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à moins qu’ils se soient contentés de faire semblant en revenant à la charge, sans ce soucier des objections d’ordre juridique qui leur étaient opposées.

Aucun député, ni aucun sénateur ne s’est levé pour proposer cet amendement qui était pourtant simple et imparable et aucune organisation arménienne n’a relayé la suggestion que j’avais formulée.

Maintenant que l’échéance électorale s’approche il est trop tard pour y revenir, d’autant que le gouvernement a à faire face à d’autres préoccupations que la mise en œuvre de la décision cadre du conseil des ministres de l’Union Européenne qui avait le 28 novembre 2008 invité les Etats membres à mettre leur législation en conformité avec cet objectif qui était de voir réprimée la négation de tous les génocides. Ni le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, que j’ai personnellement saisi de la question en 2014, ni les candidats à l’élection présidentielle d’un bord comme de l’autre, ni le ministre délégué aux affaires européennes Harlem Désir, ni le parti socialiste, ni la DILCRA, ni l’ancien président Costa appelé à la rescousse en consultation par François Hollande, ni les autres associations de lutte contre le racisme, ni le parlement de Strasbourg, ni la Commission ne s’en sont préoccupés…toujours au nom de la liberté d’expression, alors qu’on n’entend aucun historien reconnu soutenir la thèse de la Turquie qui s’éloigne de plus en plus de l’Europe.

Maintenant que « l’obstacle du privilège accordé au génocide juif » est tombé, depuis la précédente décision du Conseil du 8 janvier 2016 qui a reconnu que la loi Gayssot ne comportait pas de rupture de l’égalité, le parlement ne s’est pas préoccupé de trouver un autre critère de distinction qui aurait permis de retenir les génocides dont la réalité a été reconnue par les Etats eux-mêmes qui les ont commis, ce qui ne nécessitait que l’application du droit international public qui admet le principe de la continuité de l’Etat en vertu duquel les actes accomplis par un Etat engage son successeur quelle que soit la forme qu’il prend. Et cela le Conseil constitutionnel ne pouvait le faire à sa place.

C’est à se demander si l’on souhaite vraiment que le génocide des Arméniens soit universellement reconnu alors que c’est celui qui a servi de modèle pour élaborer la notion même, la théorie et la mise en œuvre d’instruments internationaux qui permettent la répression et la prévention des génocides.

Bernard JOUANNEAU, Président de Mémoire 2000


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 18 octobre 2016

20 décembre 2016

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La désintégration

Séance du 18 octobre 2016

Thème : la radicalisation

Débattrice : Soad Baba Aïssa

 

C’est l’histoire de trois jeunes musulmans qui, pour des raisons diverses, sont en opposition avec leurs familles. L’un d’eux, Ali, bon élève, travailleur, cherche un job. Il envoie son curriculum vitae des dizaines de fois mais ne reçoit aucune proposition. Malgré le soutien de sa mère et de ses frères, malgré les conseils du genre « change de prénom », il se laisse embarquer avec les deux autres garçons par un recruteur habile qui les conduit jusqu’au jihad et au « sacrifice suprême ».

C’est avec un malaise grandissant que j’ai regardé ce film, à la pensée que nos jeunes de la diversité présents dans cette salle, et ils étaient nombreux, noirs à 95%, puissent s’assimiler aux trois « héros », tout particulièrement à Ali. Heureusement l’image finale de sa mère qui fait des ménages dans un hôpital et qui, entendant la radio, pousse un cri atroce: « ils ont tué mon fils », remet les choses en place. Il a fallu tout l’art de notre débattrice et la participation des professeurs pour amener les élèves à s’exprimer sur un sujet aussi délicat.

Une jeune fille, en écho au malaise que j’avais ressenti, crie sa fureur et son dégout pour ce film: « c’est pas parce qu’on est musulman qu’on se laisse tourner la tête! ».

Le chef de classe : “Les trois gars, ils sont bêtes: il y a un gars, ils savent même pas d’où il sort ni qui il est. Il leur met des trucs dans la tête et ils l’écoutent. Ils veulent faire des attentats. Ils ont tort. Mais Ali, il a envoyé 106 cv sans une seule réponse positive ».

Un professeur: « Ce qui est dérangeant c’est que certains de nos élèves pourraient se trouver dans cette situation ».

Autre professeur: « Nos élèves sont intelligents et ils ne se laisseront pas prendre. À nous, adultes, à trouver la réponse ». Applaudissements.

A la question: comment vous sentez-vous intégrés? Une jeune fille noire répond : « Là où nous vivons il y a plus de discrimination contre les Noirs que contre les Arabes. Pourtant on est tous pareils. La France c’est pas que pour les Français ». Applaudissements.

Une autre: « Je me sens bien à Beaugrenelle (son quartier). Il n’y a pas de discrimination. Ceux qui vont au djihad ce sont des faibles qui vont voir la mauvaise personne qui leur dit n’importe quoi ».

Une autre : ”Pourquoi le monsieur (le recruteur) il fait croire qu’ils vont aller au paradis et à la fin il y va pas lui-même? » Le chef de classe: « Franchement, on m’a pas fait de discrimination. On est tous égaux mais… ça dépend. C’est pas tous les Français, y en a qui, y en a d’autres qui sont pas racistes”. Un autre : « C’est le nom qui fait la religion ». « Non, mon frère s’appelle Tony …”

« Et moi je connais un syrien qui s’appelle Daesh! ».

Une élève parle de la liberté de croyance. Notre débattrice rectifie : plutôt que la liberté de croyance, l’important c’est la liberté de conscience. Toute la salle applaudit. Elle dit de la laïcité. « La France est le seul pays au monde vraiment laïc même si, oui, il y a du racisme. Avec mon prénom, Soad, c’était comme pour Ali. Je suis Algérienne, j’ai eu envie de partir vivre en Algérie. Mais là-bas l’Islam est la religion d’État et, comme femme, vous êtes moins que rien. Je suis retournée en France. Maintenant, je sais apprécier la liberté de conscience, le droit d’accès de tous au service public, à la protection sociale, aux soins. Rappelez-vous, dans le film, le vieux père malade. On le voit sur son lit d’hôpital. Bien que Musulman il a droit aux soins les plus en pointe. Alors en France, certes il y a du racisme, mais ne cédons pas au chant des sirènes. Nous devons construire ensemble notre pays de demain. Longs applaudissements.

 

Hélène Eisenmann

 

 


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 15 novembre 2016

20 décembre 2016

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Les femmes du bus 678

Séance du 15 novembre 2016

Thème : la violence faite aux femmes

Débattrice : Bérénice Poussin (Association Terre des Femmes)

 

Vingt trois élèves d’une même classe, en majorité d’origine africaine ou maghrébine, ont assisté à la projection de ce très beau film où trois femmes égyptiennes, Fayza, Seba, Nelly, s’opposent, chacune selon son tempérament, au machisme ambiant.

L’une d’elles, Fayza, agressée, “pelotée” chaque fois qu’elle monte dans un bus toujours bondé, décide de se défendre par ses propres moyens avec une aiguille à chapeau violemment piquée dans les “parties” de son agresseur. Drames, enquêtes, prison. Tout comme ses deux amies elle se refuse à toute concession et à toute excuse.

Il a fallu la patience de notre débattrice aidée de Joëlle Saunière et de Guy Zerhat pour que la discussion s’engage. Mais ensuite les élèves ont suivi. Tous de la même classe et se connaissant bien, ils ont eu des échanges très vifs sur des sujets qu’ils n’avaient probablement jamais abordés entre eux. Ils se sont vite focalisés sur ce qui se passe dans le bus avec Fayza et son épingle, laissant de côté des aspects passionnants de ce film.

Sur le fond de l’histoire une fille s’exprime : “Au début ça m’énervait qu’on demande à la fille de retirer sa plainte, mais c’était touchant que son fiancé la soutienne”. Puis la discussion s’oriente sur la façon de s’habiller des filles.

Un garçon :”Il y a des filles qui s’habillent très mal. En Egypte c’est inacceptable, en France ça l’est.”

Une fille : “Les filles peuvent s’habiller comme elles le veulent. Les garçons n’ont qu’à se retenir.”

Une autre : “Même si une femme provoque avec une minijupe ça ne devrait pas faire ça. Il y a des femmes qui provoquent, d’autres pas.”

Un garçon :”Mais aller jusqu’à castrer les garçons? Jusqu’à taper dessus? Ça fait mal !”

Joëlle : “Tu ne perçois pas la violence de l’agression pour une femme? Tu aimerais qu’on fasse ça à ta sœur?”

Le garçon : “Mais on a tous droit à une deuxième chance. Castré c’est fini !”

La fille : “Ils sont pas castrés et la deuxième fois ils referont pareil !”.

Joëlle : “En France il ne faut pas se faire justice soi-même”.

La fille : “Elle s’est fait justice soi-même parce que personne ne la défendait. Elle voulait pas porter plainte pour que sa famille ne soit pas déshonorée”.

La débattrice: “Savez-vous combien de femmes portent plainte en France? Une sur dix !”

Guy: “N’oublions jamais la dignité de la personne humaine. Une fille bien roulée tu la regardes, d’accord, mais tu ne sautes pas dessus. On doit maitriser ses pulsions. On n’est pas des chiens. Même dans le bus. C’est ignoble”. Applaudissements.

La discussion dévie sur le fait divers jugé en ce moment en France : la femme qui a tué son mari après 40 ans de vie commune.

Une fille : “C’est pas normal qu’il la batte mais c’est pas normal qu’elle le tue. Elle aurait dû partir”.

Un garçon : “Si elle avait pas pu partir?”

Une fille : “Tu peux et tu dois partir.”

Une autre : “Moi je ne me fais pas battre, je pars à la première claque !”

La débattrice : “Et s’il s’excuse ?”

La même : “Tu pars !”

Une autre : “Le mari est plus fort, elle voulait pas le tuer.”

Une autre : “Avec un fusil elle l’a pas fait exprès ! On peut toujours partir, chez des parents, chez des amis.”

La débattrice: “Vous êtes jeunes, vous ne connaissez pas encore la vie, mais plus tard, n’oubliez pas vos bonnes résolutions.”

Guy, en conclusion : “Vous, les filles, faites vous respecter et vous, les garçons, on n’est pas des bêtes !” Longs applaudissements.

Belle leçon de morale.

 

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2017: Chantage à l’islamophobie

20 décembre 2016

tribunal-correctionnelLe 25 janvier 2017, doit se tenir devant la 17° chambre correctionnelle de Paris, un procès à l’encontre de Georges Bensoussan. Cette action en justice a été initiée à l’initiative du Comité Contre l’Islamophobie en France (CCIF), pour “ incitation à la discrimination, la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine… en l’espèce, la communauté musulmane”.

Qu’a donc pu faire ou dire Georges Bensoussan pour mériter cela?

Rappelons d’abord qui est Georges Bensoussan. C’est un historien français spécialiste de l’histoire culturelle des 19° et 20° siècles et des mondes juifs.

91p7tzr4vxlC’est lui qui, en 2002, est à l’origine du livre “Les territoires perdus de la République”, ouvrage co-écrit avec de nombreux professeurs, qui faisait déjà état d’une offensive islamiste dans les écoles et de la difficulté pour les enseignants, d’aborder en classe certains sujets.

Cet ouvrage fut à l’époque ignoré et considéré comme “raciste.”

Quatorze ans et plusieurs attentats plus tard, la situation s’est beaucoup dégradée et même si la parole s’est quelque peu libérée, il n’en reste pas moins que tout comme en 2002, certains chefs d’établissements préfèrent encore “composer” pour ne pas avoir d’ennuis.

Bref, Georges Bensoussan, depuis de longues années, tire la sonnette d’alarme sur les dangers que représente la radicalisation des jeunes et de ses conséquences aussi bien sur les jeunes eux-mêmes que sur toute la société.

Son discours, on l’a compris, n’est pas, aux yeux de certains, très “comme il faut” et il semble avoir “aggravé son cas” lors d’une émission le 10 octobre 2015, sur France Culture, où, interrogé sur l’antisémitisme, il répondait, paraphrasant certains propos du sociologue Smaïn Laacher : “…dans les familles arabes… l’antisémitisme se tète avec le lait de la mère…” : d’où le procès !!

1158_2014-12-03_17-15-07_bensoussan-jpgBeaucoup d’intellectuels notamment maghrébins, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama et bien d’autres encore, ont largement décrit cet antisémitisme “domestique”, souvent véhiculé par un langage imagé et des expressions où le mot “juif” n’est ni un compliment, ni une valeur ajoutée, mais revient souvent, plutôt comme une “insulte”. Tous ceux qui ont vécu dans des pays arabes le savent bien et l’ont éprouvé. (Je peux moi-même en témoigner).

Nier cette réalité avérée, est d’une grande hypocrisie qui procède d’une volonté de censurer toute parole “vraie” sur cette forme d’antisémitisme, et d’inverser la proposition afin d’obérer toute possibilité d’analyse et de critique d’un nouvel ordre culturel qu’une frange de la population française tente d’imposer.

L’accusation d’islamophobie est de ce point de vue, très pratique. Elle est un bon moyen de culpabiliser et de contraindre. Il faut prendre garde à ne pas tomber dans le panneau.

Georges Bensoussan ne serait donc coupable que de “parler vrai”?

Belle accusation…

Lison Benzaquen

P.S.  G. Bensoussan est également l’auteur d’un livre très intéressant : “Juifs en pays arabes : le grand déracinement – 1850-1975”. Il y raconte dans le détail, les circonstances qui ont amené les communautés juives de 5 pays musulmans arabes et non-arabes, présentes dans ces lieux depuis deux millénaires, à disparaître en seulement deux décennies.

 

 


Journal de Janvier 2017: Un des derniers…

20 décembre 2016

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès le 1er décembre dernier, de notre ami

 

Serge BOUDER

 

Serge Bouder a été, pendant de nombreuses années, un fidèle soutien de Mémoire 2000.

Très jeune il a été interné au camp de Drancy. Il a été un de ceux qui, en septembre 1943, ont tenté de s’évader du camp en creusant un tunnel.

Projet insensé qui n’a malheureusement pas abouti. Les Allemands ayant découvert le tunnel ont ordonné qu’il soit muré.  Mais les détenus chargés de fermer le “tunnel de la résistance” ont laissé, gravé sur une plaque de plâtre, un témoignage de leur courageux exploit. Cette plaque ne fut   mise à jour qu’en 1980.

Après la découverte du tunnel par les Allemands, les “responsables” du creusement, parmi lesquels se trouvait Serge Bouder, ont été enfermés et torturés avant d’être mis dans le convoi N° 62 du 20 novembre 1943 pour Auschwitz. C’était sans compter sur leur courage et leur détermination.

Quelques uns de ces “futurs déportés”, purent après avoir arraché, à la main, les barreaux des fenêtres, sauter du train et ainsi échapper à une mort certaine. Serge faisait partie de ces “évadés”…

Puis ce fut la Résistance…

Toute sa vie Serge Bouder a été un homme engagé et courageux.

Un des derniers de cette tragique époque…

Qu’il repose en paix.

Nous adressons à sa famille nos plus affectueuses pensées.

 

Lison Benzaquen

 

 

 


Journal de Janvier 2017:“Génie de la laïcité” de Caroline Fourest

20 décembre 2016

le-genie-de-la-laicite-9782246709817_0Voilà bien un ouvrage qui devrait être “déclaré d’utilité publique”, voire même “remboursé par la Sécurité Sociale”. Caroline Fourest nous fait un état des lieux remarquable de lucidité et très inquiétant, nous exhortant à revenir à une laïcité fidèle aux origines, tant elle est en danger. Car nos gouvernants réagissent de façon lamentable à tous les crimes commis contre nous et contre ce que nous sommes.

Plus les assassins tuent, plus les “démocrates” leur trouvent des excuses, quand ils ne blâment pas leurs victimes. Mais la réalité s’impose : partout où l’intégrisme fait des ravages, le désir de laïcité monte. Or, il faut voir dans la laïcité le désir de protéger la liberté de conscience et la passion de l’égalité. Equilibre rare, presque unique eu monde, arraché aux forces de l’intolérance religieuse dans le sang et les larmes par des siècles de combat.

Après avoir rappelé l’horreur des attentats qui ont frappé notre pays depuis deux ans, l’auteur décrit la genèse de l’intégrisme et de la radicalisation, compliquée par notre “complexe colonial” qui nous frappe de cécité. En outre, certains, à trop vouloir bien faire contre le racisme, finissent par générer une image déformée de leur propre pays, parlant même de “racisme d’Etat”, et confortés en cela par certaines organisations nauséabondes et quelques associations qui débordent de racisme et d’antisémitisme.

Face aux menaces racistes et aux provocations intégristes, la laïcité tend plutôt à revenir à la mode au sein du continent européen, là où la France place l’enseignement du respect de l’égalité avant la liberté religieuse. C’est ainsi que, alors que les Américains se sont placés sous la protection de Dieu pour rester unis, la France a dû remettre Dieu à sa place pour rester en République.

Toute l’histoire des Etats-Unis est traversée par des “réveils religieux“, et leur patriotisme est assimilé à la foi religieuse. Ce qui vaudra à Régis Debray de dire que “la démocratie, c’est ce qui reste d’une république quand on éteint les lumières”.

Débute alors la lutte contre le cléricalisme, qui génère une laïcité de combat. C’est le siècle des Lumières, où les philosophes appellent à la Raison, avec Voltaire, Copernic, Galilée, Giordano Bruno, puis la mise sous tutelle des biens du clergé. La liberté de culte est proclamée. Entrent dans le combat Victor Hugo, Condorcet, Jules Ferry, Gambetta et surtout Ferdinand Buisson et Aristide Briand, qui inspira la future loi de 1905.

Mais le religieux, pour qui le laïcisme reste l’ennemi, repart à l’attaque. Jean Zay y laissera la vie. Enfin, après d’autres soubresauts, c’est la Loi de 2004, décriée et déformée par islamistes et gauchistes, puis foulée aux pieds par un “Président-prédicateur” de la République. Mais intégristes et radicalisation ne désarment pas, favorisés par certaines associations, gouvernementales ou non (on en apprend de belles !) jouant ainsi aux “idiots utiles”. On veut à nouveau “crucifier les laïcards”. Alors que la laïcité permet à ceux qui ne croient pas comme à ceux qui croient de “faire société ensemble, et pas seulement de coexister”.

Enfin, l’auteure plaide pour une “pédagogie de la laïcité” qui permet de considérer “l’espace civique comme un espace où la citoyenneté prime sur la liberté individuelle”. Et rien n’est passé sous silence : écoles, entreprises, piscines, hôpitaux, prisons, voie publique, jusqu’aux cimetières. En se méfiant d’un “clientélisme dangereux chez les élus locaux”.

Conclusion de l’auteure : La laïcité doit rester fidèle à son histoire : ni capitulation, ni persécution. “La laïcité n’est pas un glaive, mais un bouclier”. Et elle s’adresse à nous tous : si nous ne réagissons pas, ce sera “la laïcité ou le fascisme”.

Pour ce qui nous concerne, notre choix est fait.

 

Guy Zerhat

 


Journal de Janvier 2017: Donner la parole et tenir parole

20 décembre 2016

unknownVingt cinq après, Mémoire 2000 réfléchit sur elle-même.

En invitant les membres du conseil de Mémoire 2000 à s’exprimer sur les raisons de leur engagement et sur celles qui les faisaient continuer et persévérer, je ne m’attendais pas à une telle unanimité.

Elles et ils ont presque tous répondu, intrigués par cette investigation, comme si l’on avait mis en doute leur détermination … dans le même sens, mais pas tous de la même manière : “Pour toucher le cœur et l’esprit des jeunes générations”. “Par fidélité envers mes engagements antérieurs”. “Parce que le cinéma leur parle”. “Par respect de la dignité de l’humain”. “Parce que ce qui compte c’est d’imposer le respect de l’autre, de chasser l’intolérance, et de ne pas oublier”. “Parce que le racisme est toujours bien présent”…

Maurice, Hélène, Joëlle, Rose et Lison. Patrick, Guy et Bernard sont tous d’accord sur l’essentiel : C’est pour donner la parole à ceux qui ne la prennent pas que le cinéma leur a paru le bon moyen et les a attirés. C’est pour leur montrer des films “Qu’ils n’auraient jamais eu l’occasion de voir autrement”.

La parole, ils l’ont si leurs professeurs la leur donne avant la séance, ils l’auront lors de la séance avec nos invités débatteurs, ils l’auront après pour peu qu’on discute en classe de la projection et du sujet abordé, et nous la leur laissons dans nos colonnes, s’ils le désirent.

L’image remplace le discours. Elle n’interdit ni la discussion ni la réflexion.

Et nous ? C’est pour tenir parole que nous avons continué. Certains même depuis le début, sans se demander si l’âge venant, il ne faudrait pas passer la main. Nous vieillissons tous. Eux, ils ont tous et toujours le même âge.

Quant aux sujets, ils ne manquent pas.

Si le racisme avait disparu, on le saurait.

Mais il est toujours là. Les dangers de la radicalisation, l’égalité hommes-femmes est un leurre, l’égalité de tous devant la maladie est menacée, la laïcité, qui devrait sortir de ces déclarations pour entrer dans les faits et dans la vie quotidienne pour trouver ses “lettres de noblesse”.

Quant aux moyens ils ont fait leur preuve. Entretenir et garder ce qui a marché : le cinéma.

Entendre d’autres discours, hors de l’école, hors des réseaux sociaux, hors TF1 : “une autre parole”.

Moi j’aimerai que ça dure.

Le Président