Editorial d’Octobre 2016: Un peu d’humanité et de dignité, s’il vous plaît !

27 septembre 2016
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Réfugiés en Serbie, 26 janvier 2016 (UNICEF / Emil Vas)

L’assemblée générale de l’ONU vient d’adopter une résolution sur la crise qui fait que l’on décompte aujourd’hui 65 millions de personnes déplacées dans le monde dont 21 millions de réfugiés fuyant les persécutions, la pauvreté ou les conflits.

Plus de la moitié de ces réfugiés vivent dans 8 pays pauvres : le Liban, la Jordanie, la Turquie, le Kenya, l’Ethiopie, le Pakistan et l’Ouganda, tandis que les pays les plus riches n’en accueillent que 14%.

Ce déséquilibre manifeste a provoqué des 193 pays de l’ONU, le 19 septembre dernier, une réclusion au terme de laquelle ils s’engagent à protéger les droits fondamentaux de tous les migrants, à accroître le soutien aux pays d’accueil débordés et à promouvoir l’éducation des enfants.

Cette déclaration purement politique qui ne comporte pas d’objectif chiffré, ni d’échéance a été faite en réponse au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon qui a invité les pays membres “à combattre la xénophobie dont sont victimes les migrants”.

C’est un signe en même temps qu’une sonnette d’alarme de la part des ONG qui regrettent l’absence de caractère contraignant de cette déclaration.

La Chine et les USA ont pris à la suite de celle-ci, des engagements pour financer l’aide humanitaire (100 millions de dollars pour la Chine, 4,5 milliards de dollars répartis en 45 ans entre les pays riches dont les États-Unis) et pour augmenter le nombre des réfugiés qu’ils sont prêts à accueillir. Mais l’Europe et la France en particulier sont à la traîne. Seule l’Allemagne maintient sa politique en dépit des revers électoraux  qu’elle provoque.

Faute par les Etats de fournir l’aide attendue, ce sont les municipalités qui tentent de prendre le relais sous l’impulsion de Paris, Rome et Athènes qui ont conjugué leurs efforts. Des centres d’accueil ont été installés qui devraient permettre d’éviter les évacuations.

Mais le geste qui nous a le plus impressionnés émane de la maire de Lampedusa, Giusu  Nicolini qui est venue à Paris le 17 septembre dernier pour le “Festival du Monde” et a annoncé qu’elle allait tenter les autres maires de Sicile et de Sardaigne de joindre leurs efforts aux siens (Lampedusa a accueilli 200000 réfugiés en 2013 ) afin de “rendre plus humaine la prise  en charge des migrants débarquant en Europe“… voyant en eux une ressource et non une charge pour les pays hôtes.

Ainsi le mouvement inverse de la crainte de l’afflux des migrants s’amorce- t-il dans la mesure où ils seraient considérés pour l’aide qu’ils peuvent apporter localement aux petites communes, plutôt qu’aux grandes métropoles. On peut espérer que le mouvement fasse tâche d’huile et que l’accueil des migrants vienne de la population elle-même, entrainée par les élus.

D’ailleurs le pape François qui s’est déjà rendu à Lesbos  au mois de mars pour accueillir trois familles de réfugiés et leur offrir l’hospitalité au Vatican, a pris l’initiative de recevoir les mairesses des Rome, de Madrid et d’Athènes qui sont toutes les trois des femmes, afin de donner une impulsion universelle à leur détermination.

En dépit de l’hostilité de l’opinion que les politiques sans scrupules entretiennent pour leurs campagnes électorales, on voit des ONG se démener pour secourir en mer les embarcations des migrants venus d’Afrique subsaharienne et des pays en conflit de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan qui ont risqué la traversée pour rejoindre l’Europe à partir de la Libye.

SOS Méditerranée, MSF se sont mobilisés tout l’été pendant que les vacanciers profitaient des plaisirs de la plage, pour recueillir les survivants de ces embarcations de fortune, avec l’aide des garde-côtes italiens.

On a vu les images de ces secours en mars au large de la Sicile, où les canots pneumatiques ou les barques ont été secourus par l’Aquarius. L’Italie se trouve géographiquement en première ligne pour les accueillir, faute par les Etats de s’engager à Bruxelles. Selon les dernières statistiques de l’OIM ce sont 105 342 migrants, la plupart en provenance de la Libye qui ont été recueillis en mer depuis que la route des Balkans et que la mer Egée a été fermée au mois de mars en vertu de l’accord conclu à Bruxelles entre l’UE et la Turquie, le 18 mars. Mais 2786 hommes femmes et enfants sont morts durant la même période au cours de cette dangereuse traversée à bord de petits bateaux souvent surchargés et inadaptés pour un tel voyage.

C’est plus de 400000 personnes qui ont rejoint les côtes italiennes depuis le début 2014, alors que la fermeture de la frontière à Vintimille les a empêchés de rentrer en France où ils ne souhaitent pas d’ailleurs demander l’asile, préférant rejoindre Calais où la situation se dégrade de jour en jour malgré les plans successifs d’évacuation de la Jungle.

On ne peut se résigner ni se refermer sur notre identité nationale, soi-disant menacée par cette ”invasion”  …de barbares qui viendraient déloger de chez eux ce peuple de “Gaulois”.

Sans s’en rendre compte on assiste cependant au pire jusqu’à l’instauration de cette campagne lancée par David Rachline qui mène la campagne de Marine Le Pen, et mise application à Hénin-Beaumont par Steeve Briois qui préconise le concours de “Villes sans migrants.“

Comment rester impassible au nom de la mémoire travestie de Michel Rocard que certains de la droite aux primaires dénaturent en faisant valoir qu’”on ne peut pas accueillir toute la misère du monde”.

Comment rester insensible à ce remords tardif de la journaliste du Monde S. Baumard qui a assisté cet été aux sauvetages de l’Aquarius où l’on a constaté que 22 corps avaient été recueillis par les garde-côtes à bord de l’une de ces embarcations de fortune, noyés ou asphyxiés à bord dans un mélange d’eau de mer, d’urine et d’essence que les survivants avaient dû laisser mourir pour se sauver eux-mêmes à bord de ce nouveau “radeau de la Méduse”. Ces migrantes entassées les unes sur les autres avaient mordu les survivants … Les coups de dent avaient été la dernière défense des condamnés à mort face à ceux qui leur enfonçaient la tête sous l’eau, dans un sauve qui peut général. Ces corps anonymes ont été enterrés en Sicile au cimetière de Trapani où une stèle a été dressée en leur mémoire. Ce geste donne au drame de tous les migrants sa véritable dimension qui ne peut pas nous laisser insensibles.

Sans reprendre à notre compte la formule utilisée au mois d’août 2015 par A. Merkel “Wir Schaffen das“ (“Nous y arriverons”), nous nous devons aussi de faire quelque chose, quelque chose d’humain. Il ne nous appartient sans doute pas de résoudre le problème politique de la jungle de Calais qui provoque tous ces déplacements médiatiques de personnalités politiques et des candidats de la droite aux élections présidentielles, mais nous pouvons, chacun à notre place faire évoluer les mentalités et résister à la pression insidieuse que les mouvements d’extrême droite obligent les candidats de droite classique et traditionnelle à tenter de dépasser.

Un peu d’humanité et de dignité, s’il vous plait!

Bernard Jouanneau

 

QUELQUES CHIFFRES:

La France très loin derrière les autres pays d’Europe

En 2015, la France est le 3eme pays le plus demandé par les migrants, mais….:

80 075 demandes d’asile en France, contre 441 800 en Allemagne et 156 000 en Suède

20 % d’augmentation des DDA pour les 8 mois de l’année 2016.

1656 personnes arrivées en France depuis l’Italie et la Grèce.

333 attendus pour le début octobre 2016.

57 500 places d’hébergement que compte la France en juillet 2016.

8 000 places crées entre 2012 et 2015.

215 220 titres de séjour délivrés en 2015 aux étrangers hors communauté (2% de plus qu’en 2014).

10 000 personnes vivent actuellement dans la jungle de Calais, dont 900 mineurs isolés.

 

Les chiffres pour le monde entier

65 000 000 (65 millions) de personnes déplacées, dont 21 000 000 (21 millions) de réfugiés fuyant les persécutions, la pauvreté ou les  conflits

Sur le 21 000 000 (21 millions) de refugiés recensés par le HCR dans le monde, plus de la moitié vivent actuellement dans 8 des 193 pays du monde : Liban, Jordanie, Turquie, Iran, Kenya, Ethiopie, Pakistan et Ouganda.

Alors que les pays riches n’en accueillent que 14%.

 

Les morts en mer

7000 hommes, femmes et enfants sont morts en mer en deux ans en tentant de gagner l’Europe.

 

La situation en Grèce

60 000 migrants et réfugiés en Grèce bloqués depuis l’accord Union Européenne-TURQUIE du 18 mars 2016.

5 650 réfugiés sur l’île de Lesbos pour 3 500 places.

500 migrants  ont été renvoyés en Turquie depuis l’accord du 18 mars 2016.

13 356 personnes retenues sur l’ensemble des îles grecques depuis le mois de mars 2016 pour 7 500 places.

 

Les chiffres pour l’Allemagne

1 100 000 arrivés en 2015.

450 000 ont été fixés sur leur sort.

La moitié a obtenu le statut de réfugié.

40% des migrants devront être expulsés.

35 000 ont été expulsés depuis janvier 2016.

 


Journal d’Octobre 2016: Il n’y a pas de racisme “mineur”…

27 septembre 2016
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Manifestation à Paris, le 4 septembre 2016, en mémoire de Chaolin Zhang (AFP/ François Guillot)

On ne peut pas dire que la communauté asiatique française fasse beaucoup parler d’elle ou qu’elle fasse souvent la une des journaux.

Si cette communauté souffre de racisme, il faut reconnaitre que jusqu’à présent elle le faisait dans la discrétion, en silence.

Mais, depuis l’agression le 7 août dernier de Chaolin Zhang, couturier de 49 ans, père de deux enfants, et de son décès quelques jours plus tard, les langues se sont déliées.

On apprend que les vols avec violence visant la communauté chinoise ont triplé en un an. Sachant que les asiatiques n’osent pas porter plainte, le chiffre doit être revu à la hausse.

D’autre part, il est très courant que les femmes dans la rue, se fassent traiter de “putes” et dans les collèges et lycées il n’est pas rare de rire de leur accent ou de leurs yeux bridés, tout en les traitant de “petit jaune”, de “sale chinetoque”, “bol de riz” et autre “jaune d’œuf”…

Pour certains, “le mobile racial” du crime de Chaolin Zhang “ne semble pas prégnant”, mais d’après le maire du 19° arrondissement de Paris, Olivier Wang, c’est bien parce que Chaolin Zhang était “chinois” qu’il a été agressé, car victime de l’idée reçue selon laquelle “les Chinois possèdent des espèces sur eux.”

Le racisme anti-asiatique ne passionne ni les foules, ni les médias, ni les associations. Il aura fallu la mort de Chaolin Zhang pour qu’éclate la colère d’une communauté habituellement si réservée.

Cette colère s’est exprimée lors de la manifestation du 4 septembre qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes venues dénoncer la violence et réclamer la “sécurité pour tous”.

La communauté asiatique demande donc davantage de protection de la part des autorités et une prise en main du problème par les acteurs sociaux et les associations car, même si, comme le souligne Alain Jacubowicz, “le racisme anti-chinois ne constitue pas l’un des grands problèmes à venir”, cela n’empêche pas Emmanuel Ma Mung, chercheur au CNRS, de mettre en garde contre “l’émergence au sein de la communauté chinoise, d’un mouvement visant à défendre spécifiquement ses droits”.

Une telle initiative aggraverait encore le risque de communautarisation de la société française.

Tout cela doit nous rappeler qu’il n’existe pas de racisme “mineur” et qu’il ne faut, jamais, rien laisser passer.

Lison Benzaquen

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Deux Rwandais jugés coupables de crime de génocide et de crime contre l’Humanité

27 septembre 2016
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Mémorial du génocide à Kigali (crédit: AP / Ben Curtis)

La Cour d’assise de Paris a condamné le 6 juillet 2016 Tito Barahira, 65 ans, et Octavien Ngenzi, 58 ans, à la prison à vie pour “crimes contre l’humanité” et “génocide”.

Les deux hommes, successivement bourgmestres de la ville de Kabarondo, 35 000 habitants, à l’est du Rwanda, ont été jugés coupables d’avoir encouragé et directement participé à “une pratique massive et systématique d’exécutions sommaires” en application d’un “plan concerté tendant à la destruction” du groupe ethnique tutsi à Kabarondo, le 13 avril 1994, où plusieurs milliers de Tutsis furent massacrés.

La justice française a exercé pour la seconde fois de l’histoire, sa compétence universelle pour juger des crimes de génocide – la destruction totale ou partielle d’un groupe défini, en l’occurrence le groupe tutsi en 1994 – et de crime contre l’humanité – les exécutions massives de civils, les milliers de civils tués à Kabarondo. Le crime de génocide et le crime contre l’humanité sont imprescriptibles, et les deux accusés ont été jugés et condamnés 22 ans après les faits. La justice avait déjà condamné en 2014 le capitaine rwandais Pascal Simbikangwa à 25 ans de réclusion criminelle pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Cette condamnation clôt un procès hors norme qui s’est déroulé à Paris pendant 9 semaines entre mai et juillet 2016. Une condamnation que 3 magistrats et 6 jurés ont prononcée après avoir entendu près de 80 témoins, des experts, les plaidoiries des 7 avocats des parties civiles (dont le C.P.C.R., la F.I.D.H. et la LICRA), de 2 magistrats du parquet et de 2 avocats de la défense.

Tito Barahira et Octavien Ngenzi n’ont pas contesté la réalité des faits: le massacre sur la place du marché et dans l’église de Kabarondo de milliers de personnes tutsis venues y trouver refuge, les rafles et les assassinats. Mais les deux hommes ont nié et continuent de nier leur implication personnelle. C’est donc les témoignages qui ont été au fondement du verdict, extrêmement sévère, puisque c’est la peine maximale ou presque (pas assortie d’une période de sûreté). Les jurés de la cour d’assise ont suivi le réquisitoire de l’avocat général, Philippe Courroye, qui a qualifié Tito Barahira de “dirigeant” du génocide à Kabarondo, et Octavien Ngenzi “d’officiant de la machette”.

Cette condamnation par la justice française est particulièrement lourde. L’ex-Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a condamné deux bourgmestres sur 12 jugés à Arusha à cette peine maximale (10 condamnés, 2 déclarés non coupables). Le TPIR n’a jamais retenu “l’entente en vue de commettre le génocide” contre les bourgmestres jugés, à la différence de la cour d’assise de Paris.

Me Philippe Meilhac et Me Françoise Mathé, les avocats de Tito Barahira et Octavien Ngenzi, ont tenté pendant le procès et leurs plaidoiries d’insinuer le doute dans l’esprit des jurés. Ils ont regretté la nomination en dernière minute du procureur général, Philippe Courroye, le changement de la Présidence de la chambre au cours du procès, et la renonciation à venir témoigner du Professeur André Guichaoua, l’un des meilleurs spécialistes du Rwanda. Ils ont dénoncé le manque de moyens et de temps alloués à un procès où 80 témoins ont eu à déposer en peu de temps…

Cette condamnation a été saluée par les parties civiles et les victimes, satisfaites de voir Tito Barahira et Octavien Ngenzi répondre de leurs actes et déclarés coupables par la justice française.

Les associations constituées parties civiles et une vingtaine de personnes physiques ont reçu chacune 1 euro d’indemnité au titre du préjudice subi.

Les deux condamnés ont fait appel du jugement.

Rose Lallier

 

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Disparition d’une conscience

27 septembre 2016
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Elie Wiesel (1928-2016)

Le 2 juillet dernier, avec la mort d’Elie Wiesel, disparaissait tout un pan essentiel de la mémoire de la Shoah.

Tout le monde connait Elie Wiesel, son histoire, ses engagements.

Rescapé des camps nazis, il disait vouloir donner un sens à sa survie. Il le fit admirablement en devenant “le messager de la mémoire de la Shoah” d’une part, et une sorte de conscience universelle, ou “messager de l’humanité” d’autre part.

Son témoignage en 1987, au procès Barbie est exceptionnel. On n’y trouve aucune trace de haine ou désir de revanche. Simplement un profond souhait de justice et comme il l’a proclamé : “de rendre justice à la mémoire”.

A ses yeux : “une justice sans mémoire est une justice incomplète, fausse et injuste. L’oubli serait une injustice absolue au même titre que Auschwitz fut le crime absolu. L’oubli serait le triomphe définitif de l’ennemi… La dignité de l’homme: elle n’existe que dans la mémoire…”

Mais en plus de son inépuisable besoin de témoigner sur la Shoah, Elie Wiesel avait aussi “fait vœu” après la guerre, de “toujours et partout ou un être humain serait persécuté, de ne pas demeurer silencieux”. Il s’y est tenu.

Toute sa vie Elie Wiesel a été un infatigable “dénonciateur”.

Refusant de s’installer dans un système de pensée politique, psychologique ou théologique, il se méfiait du “confort intellectuel”. C’est cet inconfort qui a fait de lui un homme librement engagé contre l’injustice, l’indifférence et l’oppression d’où quelles viennent et qui qu’elles touchent. De l’Arménie, à la Bosnie, du Rwanda au Darfour…

Il craignait par dessus tout l’indifférence dont il disait qu’elle était “le mal”: “l’opposé de l’amour n’est pas la haine mais l’indifférence, l’opposé de la vie n’est pas la mort mais l’indifférence à la vie et à la mort”.

Cet homme “in-tranquille”, tourmenté, à la mémoire inquiète semblait toujours se demander si son message était bien passé et si son combat contre le mal avait servi à quelque chose. Mais ses doutes ne l’ont jamais rendu passif et seule la mort a eu raison de sa vigilance et de son attention aux autres.

Une voix essentielle s’est tue.

Il reste à espérer que d’autres voix prendront le relai et qu’elles ne laisseront pas le silence “encourager les persécuteurs” et les faussaires de tous genres.

Lison Benzaquen

 


Journal d’Octobre 2016: Facebook?…Formidable!…

27 septembre 2016

On ne dira jamais assez combien les réseaux sociaux, s’ils ne font l’objet d’aucune surveillance sérieuse, peuvent être pernicieux.

84e63f3d13aa06413df3190692b3655a9e8857faNous en avons encore eu une preuve cet été, avec la révélation par le Canard Enchaîné du 27 juillet, de la page Facebook d’une enseignante de khâgne du très chic lycée Janson de Sailly du 16° arrondissement de Paris.

En effet, Anne Guerrier (c’est son nom) professeur agrégée d’anglais, invitait ses élèves à la rejoindre sur sa page Facebook afin de partager avec elle, ses commentaires et ses propos.

Et quels propos !! Obnubilée par les juifs, on a relevé d’innombrables “posts” violemment antisémites, négationnistes et complotistes.

Admiratrice de Soral et Dieudonné, elle a abondamment relayé les publications de l’un et les “quenelles” de l’autre.

Imaginative, elle a attaqué tous azimuts: Hollande serait “ce juif qui aurait profité de son appartenance à la communauté pour monter en politique…et qui maintenant le nie”, “Valls est un petit robot psychotique qui va lécher les tombes à Jérusalem…”

Obsédée : “ce serait les Juifs qui auraient prévu et organisé la Shoah” et il “faudrait écraser la vermine (les juifs) sans état d’âme.”

Pour faire bonne mesure, elle rend aussi hommage à Mohamed Merah “qui n’a jamais tué personne.”

Bref tout est du même tabac : délirant.

A la lecture de cette littérature, et après avoir vomi, la seule chose dont on ait envie, c’est juste de faire enfiler la camisole de force à cette horrible personne: Anne Guerrier… Guerrière de l’immonde!

Quand on pense que cette “bonne-femme” a contribué à former une partie de l’élite française : ça fait froid dans le dos, sachant qu’elle sévit, sur Facebook, impunément, depuis 2012… Incroyable !

Le proviseur du lycée Janson, le Rectorat et le ministère ont pris leur temps, mais le Rectorat a finalement “suspendu” l’enseignante et une procédure disciplinaire a été engagée “qui peut aller jusqu’à la révocation” précise la ministre de Education Nationale. Ouf !!

Ah oui, Dame Guerrier a quand même décidé – toute seule – de fermer son compte Facebook !! C’est beau, non?

Lison Benzaquen

 


Journal d’Octobre 2016: Pourquoi tant de haine?

27 septembre 2016
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Simone Veil, née en 1927

Cet été, nous apprenions l’hospitalisation de Simone Veil, pour détresse respiratoire.

A cette annonce, un grand nombre de personnes a manifesté sa peine et sa sympathie.

Simone Veil reste une des personnalités préférée des Français. Elle est admirée pour ses combats et ses engagements.

Déportée à Auschwitz et Bergen-Belsen à l’âge de16 ans, elle n’a cependant, jamais perdu foi en l’humanité.

Mais pour d’autres, cette annonce d’hospitalisation a provoqué un déluge de haine. C’est ainsi que sur le site d’extrême droite “Lorraine Nationaliste”, filière locale du parti nationaliste français fondée en 1983, par trois anciens membres de la division Charlemagne (division d’infanterie de la Waffen-SS constituée majoritairement de Français engagés volontaires sous l’uniforme SS), durant la seconde guerre mondiale, on a pu lire : “ Bonne nouvelle : la meurtrière Simone Veil hospitalisée en état de détresse respiratoire.

La bouteille de champagne est posée sur la table, nous n’attendons que ton dernier souffle, Veil!…

Enfin elle touche à sa fin !”

Tant de haine laisse pantois…

 

 


Journal d’Octobre 2016: Le Pape François et la laïcité

27 septembre 2016

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Il fallait s’y attendre : la LDH proteste contre la délégation de la municipalité de Nice qui a financé en partie le déplacement des élus à Rome pour la rencontre qui a eu lieu le 24 septembre avec le Pape François et ce au nom du principe de  laïcité en soutenant (on espère avec ironie) que “Christian Estrosi s’autorise à bafouer sans vergogne le principe de laïcité …Les victimes étant de toutes confessions, doit-on s’attendre bientôt à financer un pèlerinage à Jérusalem, à la Mecque ou à Bénarès? “Quant à la conseillère municipale EELV (Europe Ecologie Les Verts) dont on préfère oublier le nom, elle s’insurge contre cette initiative en disant : “exclure les autres confessions de ce type de consolation officielle relève de la muflerie et même de la provocation”. On n’est jamais mieux servi que par soi-même lorsqu’il s’agit de dénoncer le comportement qu’on aurait soi-même si l’on était placé dans la même situation.

Foin de polémique politique.

Il faut savoir raison garder.

Chacun s’accorde pour reconnaître que le pape François s’est penché sur le problème des réfugiés sans tenir compte de leur religion. Le fait qu’il ait tenu à recueillir au Vatican une famille musulmane parmi les migrants de Lesbos le lui a déjà été reproché par ceux qui soutenaient les chrétiens d’Orient victimes en première ligne des offensives terroristes de DAECH. Au demeurant ce voyage qui se voulait rassembleur comptait parmi les invités “des croyants de toutes confessions” et des “non croyants”.

Dans son discours le pape a renouvelé ses appels au dialogue entre tous, particulièrement entre chrétiens et musulmans en souhaitant “l’établissement d’un dialogue sincère et des relations fraternelles entre tous, en particulier entre ceux qui confessent un Dieu unique et miséricordieux.”

La sollicitude qu’il a tenu  à manifester aux victimes des attentats et en particulier à celles de Nice n’est pas une atteinte à la laïcité ou alors à la plus détestable qui soit.

La laïcité telle que nous la rappelle Guy Zerhat dans ce numéro du journal, n’est pas une laïcité étriquée mais celle qui cherche l’instauration “d’un FRONT LAIQUE OUVERT ET INTELLIGENT”, celle qui “interdit de faire passer sa foi avant les valeurs collectives”, “celle qui a ses exigences”, mais elle a aussi ses limites, toujours les mêmes, celles de l’humanité.

Pourquoi contester à ce pape le rôle qu’il tient dans cet univers qui ne se préoccupe que de ses intérêts et de ses  principes ? Il est en ce moment celui qui nous rappelle les exigences de l’humanité, “en se mêlant à la foule des victimes et de leurs familles en deuil pour les saluer, les étreindre  et parfois les réconforter de quelques mots” (cf. Le Figaro du 25 sept).

On ne peut mieux le comprendre et l’approuver lorsqu’on apprend que le 16 juillet Christian Estrosi a reçu un coup de fil sur son portable : “Est-ce que vous êtes monsieur Estrosi?” entend-il avec cet accent et ce timbre de voix si reconnaissables. “Je suis le pape François”.

Le saint père lui avait alors demandé de “porter auprès de tous sa prière, ses pensées, sa douleur et son soutien” : une marque d’humanité qu’il avait d’ailleurs publiquement exprimée au lendemain de l’attentat.

Bernard Jouanneau