Journal de Juillet 2017 : MEMOIRE 2000 EN DEUIL

10 juillet 2017

Bernard Jouanneau, président-fondateur de Mémoire 2000, nous a quitté le 6 juin. Ses obsèques ont eu lieu le 12 juin en l’église St-Paul-St-Louis du Marais.

L’église était bondée, et les nombreux avocats et magistrats venus lui rendre un dernier hommage étaient en “robe”. C’était impressionnant et très solennel. Bernard aurait beaucoup aimé…

De nombreux hommages lui ont été rendus : voici ceux très touchants de ses filles Mathilde et Margaux.

 

Capture d_écran 2017-06-14 à 11.23.59Papa, Bernard, Maître Jouanneau

Le souffle coupé,

La gorge irritée,

Je viens ici célébrer ta mémoire et te rappeler quelques souvenirs :

Papa,

Tes M sont là :

Marianne, Martin, Margaux,

La même bouille !

Tes MA à toi.

Mes frère et sœurs chéris,

Tu laisses dans notre mémoire, vive et à vif, des souvenirs par milliers :

Je garderai :

La rue de l’Eglise et l’Avenue George V

Nos étés à Sainte-Maxime, et nos vacances en roulotte

Les trop nombreuses Eglises que tu nous as fait visiter

Ta musique sacrée

Tes repas de fêtes et tes déjeuners de Cabinet :

* les œufs à la truffe à la maison

* les homards en Bretagne

* les jambons italiens en Provence

* les beignets de fleurs de courgette à Chennevières

* ton pamplemousse le matin

Je garderai :

Tes dimanches studieux

Tes photos de notre enfance,

Ton retard à mon mariage… mais ton arrivée en hélicoptère

Tes 70 ans à Venise

La dernière fois que je t’ai vu, au théâtre, fier de nous, tes enfants et petits enfants comédiens

Bernard,

Tes amis sont là,

Tes frères et sœurs

Ceux qui t’aiment et que tu as aimés,

Maman, Christine,

Tes associés et tes collaborateurs, tes collaboratrices

Tes confrères, tes clients

Tes amis de combat : de la LICRA, de Mémoire 2000

Tu ne lâchais rien,

Ton combat pour les droits de l’homme et pour la reconnaissance des génocides,

Tu le menais à l’audience, à la maison, à Mémoire 2000, dans les collèges et les lycées,

Soucieux de transmettre aux enfants, à tes petits enfants, cette mémoire.

Tes amis nous ont témoigné leur douleur de te voir partir, ils nous ont fait part de l’admiration qu’ils avaient pour toi :

Ta force des lions et ta prudence des serpents

Ta puissance de travail

Ta générosité et ton sourire

Ton sens de la fête

Ta pugnacité et ton intransigeance

Maître Jouanneau,

C’est toi qui m’as appris mon métier,

Il n’y a pas de mauvais dossier, tu disais,

Cherche, tu vas trouver…

Papa, il y a des mauvais dossiers…

Marathon Plaideur,

A l’heure des courtes observations à l’audience,

De la gloire de la médiation,

On se souviendra longtemps de tes plaidoiries à la 17 ème Chambre, et à la Première !

De tes joutes à l’audience, jusqu’à l’épuisement !

Hier encore,

Monsieur l’huissier audiencier me parlait de ton talent et de son souvenir de l’audience avec Kiejman dans l’affaire du Théâtre des Champs-Elysées,

Madame la greffière de la 17ème évoquait avec émotion ton souvenir, cette “fougue pour faire progresser le droit, une recherche constante d’évolution, voire de révolution”.

Mesdames et Messieurs les magistrats, je sais que, si il a pu vous agacer, vous étiez sous le charme de son talent et de son éloquence.

Oui Papa, tu as fait avancer le Droit,

Le Droit d’auteur, le droit moral des auteurs, le droits des personnages de leurs œuvres :

Picasso, Claudel, Goscinny, Chtoukine, Manitas de Plata, Michel Polnareff, Lucien Clergue…..et j’en oublie tellement.

Tu te battais pour eux,

Mais tu te battais aussi pour les petits, les moins célèbres, les John Guez et le Théâtre de rue, pour ceux qui te devaient des briques et qui t’en avait donné UNE, UNE vraie bien rouge, dont tu étais si fier !

Tu te battais pour

Les droits de l’homme, de leur liberté d’expression, de leur image, et pour le droit à la Dignité de la personne humaine.

Notre enfance a été bercée par tes combats,

Et notre vie dirigée par ta détermination

C’est toi qui as fait condamner Jean-Marie Le Pen et son point de détail

Qui a lutté plus d’une décennie contre le négationnisme et son bras armé, Faurisson.

Tu es parti, ce 6 juin,

Le jour d’une nouvelle défaite de Faurisson

Tu es parti, ce 6 juin

Après la diffusion de L’Homme qui tua Liberty Valence, ce film que tu aimais tant

Tu es parti ce 6 juin,

Papa,

Berni,

On t’aime.

Repose en paix.

 

Mathilde Jouanneau

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Journal de Juillet 2017 : Le grand départ

10 juillet 2017

Si, pour le départ de son père, Mathilde a fait appel à des souvenirs, c’est à Victor Hugo que Margaux se réfère en choisissant de reprendre le discours que le poète a prononcé sur la tombe de sa fille.

Enrico Porsia enrico.porsia@gmail.com - N° 5Le prodige de ce grand départ céleste qu’on appelle la mort, c’est que ceux qui partent ne s’éloignent point. Ils sont dans un monde de clarté, mais ils assistent, témoins attendris, à notre monde de ténèbres. Ils sont en haut et tout près. Oh ! qui que vous soyez, qui avez vu s’évanouir dans une tombe un être cher, ne vous croyez pas quittés par lui. Il est toujours là. Il est à côté de vous plus que jamais. La beauté de la mort, c’est sa présence. Présence inexprimable des âmes aimées, souriant à nos yeux en larmes. L’être pleuré est disparu, non parti. Nous n’apercevons plus son doux visage ; nous nous sentons sous ses ailes.

Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents.

Rendons justice à la mort. Ne soyons pas ingrats envers elle. Elle n’est pas, comme on le dit, un écroulement et une embûche. C’est une erreur de croire qu’ici, dans cette obscurité de la fosse ouverte, tout se perd. Ici tout se retrouve. La tombe est un lieu de restitution. Ici l’âme ressaisit l’infini ; ici elle recouvre sa plénitude ; ici elle rentre en possession de toute une mystérieuse nature ; elle est déliée du corps, déliée du besoin, déliée du fardeau, déliée de la fatalité. La mort est la plus grande des libertés. Elle est aussi le plus grand des progrès. La mort c’est la montée de tout ce qui a vécu au degré supérieur.

Ascension éblouissante et sacrée. Chacun reçoit son augmentation.

Tout se transfigure dans la lumière et par la lumière.


Journal de Juillet 2017 : Robert Badinter témoigne

10 juillet 2017

Bernard Jouanneau avait une passion assez forte en lui pour inspirer l’essentiel de sa vie et de son action : la Justice, celle qui se joue dans les Palais, dans cette diversité de procès qui rend la vie judiciaire si passionnante – ou si décevante. Mais pour Bernard Jouanneau, sa passion, celle de la défense des justes causes, était l’engagement de toute sa vie. Il était avocat et ce métier était pour lui le plus beau des états. Il en aimait tous les aspects. L’écoute du client, l’analyse des faits, la préparation du dossier, autant de moments qu’il vivait avec bonheur. Et bien sûr l’audience avec ses rites et ses rythmes, l’audience toujours recommencée et si souvent imprévisible.

Capture d_écran 2017-06-19 à 14.10.33Bernard et moi nous connaissions depuis l’hiver de 1966, où nous fondâmes, avec Jean-Denis Bredin, le cabinet qui portait nos noms. Tous ceux qui ont eu le privilège d’y travailler en ont gardé un souvenir heureux, car l’amitié y régnait en maîtresse. S’il était interdit d’ennuyer les autres avec ses dossiers, il était recommandé d’en rire. Nous vécûmes là, Bernard et moi, quinze années de bonheur professionnel partagé. Et je vis Bernard se transformer et devenir l’un des meilleurs spécialistes du droit de la presse, un virtuose du droit d’auteur reconnu par tous.

Mais Bernard Jouanneau ne pouvait se contenter des grandeurs et servitudes de la vie judiciaire. Il lui fallait aussi trouver dans la Cité de grandes causes à soutenir. Il devint ainsi un des champions de la lutte contre toutes les formes de racisme, et notamment de la lutte contre l’antisémitisme. Passionné d’histoire, soucieux de préserver la Mémoire contre tous les faussaires et les menteurs, Bernard joua un rôle considérable dans les poursuites et la condamnation des révisionnistes. Toujours ardent, précis et éloquent, Bernard Jouanneau remporta bien des victoires. C’est aussi à lui que nous devons bien des progrès du droit dans ce domaine si chargé de passions. Qu’il me soit permis d’ajouter que j’ai toujours vu Bernard du bon côté de ces combats, jusqu’à son dernier jour.

Aujourd’hui, il nous a quittés mais son souvenir demeure vivant en nous dans notre panthéon personnel comme un compagnon de lutte et un homme de toutes les justes causes. Au revoir, cher Bernard. Et merci d’avoir partagé avec nous ces moments incomparables. Je ne t’oublierai pas, mon ami.


Journal de Juillet 2017 : Jean Frydman se souvient

10 juillet 2017

En 1989, Bernard Jouanneau plaidera pour Jean Frydman, contre François Dalle de l’Oréal. Affaire difficile qui à l’époque fit grand bruit. Jean Frydman n’a rien oublié. Voici ce qu’il en dit lors des obsèques de Bernard le 12 juin.

« Du fond de mon cœur, je veux vous parler de mon ami Bernard Jouanneau, de ses qualités humaines et de ses qualités professionnelles, de son courage, de son désintéressement.

Bernard fut un être rare, avec une vie consacrée au bien, à l’humanité et à ses convictions si profondes.

Sans lui, sans cet homme très particulier et si précieux, je ne me serais pas attaqué à ceux, qui depuis la guerre possédaient l’Oréal.

C’est mon conseil et ami Robert Badinter qui m’a dit : “Va voir Jouanneau, c’est le plus courageux et le plus sûr”.

Il n’a pas hésité à risquer sa carrière et son cabinet, en affrontant ceux dont nous avions découvert ensemble, le passé nazi.

De cela je lui ai été et je lui resterai toujours très reconnaissant.

J’ai été fier d’avoir été son ami et je sais que de son côté il a aimé combattre à mes côtés.

Depuis la résistance, et ensuite tout au long de ma vie, j’ai divisé les gens en deux catégories (c’est peut-être un peu réducteur, mais croyez-moi, ça marche !) ceux avec lesquels on peut aller à la guerre et les autres.

Capture d_écran 2017-06-20 à 17.15.02Bernard était définitivement de ceux avec lesquels on pouvait aller à la guerre et la gagner.

Sa détermination et sa lutte constante pour préserver la Mémoire de toutes les atteintes aux droits de l’homme, et de la transmettre aux générations futures, ont fait de lui l’avocat de la LICRA, puis le Président de Mémoire 2000.

La LICRA fut un autre exemple de son courage et de ses convictions profondes.

Car la Licra des années 90, ne l’a pas aidé pendant notre combat dans l’affaire l’Oréal et Bernard l’a quittée pour des raisons de principe, malgré le coût très lourd de cette décision.

Je tiens à dire à sa famille, qui vient de perdre son pilier, toute ma solidarité, ma profonde tristesse et ma sympathie, qui restera permanente.

Je leur dis également, qu’ils doivent conserver à tout prix, l’exemple qu’il leur a, toute sa vie, enseigné: la morale, l’humanisme et la fidélité aux valeurs auxquelles on croit.

Suivez son exemple !!! »


Journal de Juillet 2017 : Adieu Bernard … et merci

10 juillet 2017

Le 13 juin, Mémoire 2000 a tenu sa première réunion du conseil sans Bernard. Cela fut très difficile. Mais nous avons trouvé le courage en pensant à ce que Bernard aurait souhaité : que l’action de Mémoire 2000 continue, coûte que coûte. Ne pas baisser les bras. 

Nous voici donc “orphelins” mais déterminés à poursuivre nos actions avec autant d’énergie que possible. Bernard depuis près de 30 ans, nous a tracé une voie que, fidèlement, nous continuerons à suivre.

Il nous fallait un nouveau président : nous avons une Présidente en la personne de Jacinthe Hirsch qui a eu la gentillesse d’accepter de prendre le relai par intérim avant l’Assemblée Générale de décembre. Nous l’en remercions très vivement.

Mais comment laisser partir Bernard sans lui adresser une dernière pensée? C’est ce que chaque membre du conseil de Mémoire 2000, actuel ou ancien, a tenu à faire.

 

Capture d_écran 2017-06-15 à 09.06.06Claudine Hanau : Bernard, tu avais un grand sens de la justice, de la tolérance, de la liberté. Tu nous as montré le chemin. Tu nous manques.

 

Hélène Eisenmann: Bernard Jouanneau n’est plus. Il nous a quittés sans crier gare.

Et pourtant, lors de la dernière réunion de Mémoire 2000, il était là comme à l’accoutumé, bien vivant, fourmillant d’idées nouvelles, prêt à nous secouer pour en faire toujours plus.

Depuis sa retraite, il consacrait l’essentiel de son temps à Mémoire 2000 qu’il avait créée et présidée depuis 27 ans.

Il n’avait lâché aucune des grandes causes qui lui tenaient à cœur : le statut des rescapés d’Auschwitz arrêtés hors de France, la reconnaissance du génocide arménien par la France, la loi Gayssot qu’il voulait amender pour étendre sa portée à tous les génocides, la famine au Darfour, le génocide au Rwanda, la situation des Roms en France.

Quasiment tous les jours, il notait et commentait l’actualité, relevait toute atteinte aux Droits de l’Homme, ou plutôt aux Droits de la Personne Humaine, comme il souhaitait faire reconnaître cette formulation, pour lui, capitale.

Grace au blog de Mémoire 2000 on peut retrouver ses éditoriaux et ses chroniques si engagées, si vivantes.

Aujourd’hui le conseil d’administration de Mémoire 2000 s’est réuni. Il y a eu beaucoup de tristesse et de nostalgie.

Et même ses célèbres colères vont nous manquer.

 

Dany et Victor Dibo-Cohen : Faute de pouvoir rappeler les plaidoiries et la lutte incessante de Bernard contre le racisme, le négationnisme et les génocides car la liste est très longue … nous nous souvenons .

Nous nous souvenons du brillant exposé sur l’affaire Faurisson au B’nai B’rith à Saint Maur suivi d’une standing ovation,

Nous nous souvenons du Prix des Droits de l’Homme du BBF qui lui avait été remis,

Nous nous souvenons aussi du Colloque sur les génocides à la Mairie du III° ouvert par Bernard… D’autres souvenirs aussi en tant que Mémoire 2000. Nous avons eu la chance de rencontrer un homme rare.

Ce grand vide nous laisse un peu désemparés mais nous continuerons sur le chemin qu’ il nous a tracé !

 

Guy Zerhat : Il m’avait dit un jour : “J’ai le sentiment qu’avec toi, je ne perds jamais mon temps”. Et il me l’a répété récemment, presque dans les mêmes termes. Autant dire que, venant d’un personnage de cette dimension, j’ai pris cela pour un compliment. Car j’admirais le personnage, au point de négliger ses emportements. C’était incontestablement un grand Monsieur, que l’injustice révoltait, qui abhorrait le racisme et ne supportait pas l’antisémitisme. Toute sa vie, et jusqu’à son dernier souffle, il aura lutté avec toute son énergie contre ces trois fléaux de notre temps. Il nous sera bien difficile de marcher sur ses traces, mais nous tenterons d’être dignes de la lumière qu’il nous a transmise. Car transmettre la Mémoire a toujours été pour lui un devoir. A nous de poursuivre son œuvre.

 

Nitsa Lew : Aux Obsèques de Bernard, ce matin, il y avait foule, jusqu’aux derniers sièges de l’Eglise St Paul – St Louis, au moins 1.000 personnes pour lui dire un dernier adieu. Et j’ai vu, les gens pleurer jusqu’aux derniers rangs. Il y avait de quoi, en effet. Un HOMME, un Homme Bien, est parti.

Il a combattu, avec force, générosité, talent, audace, ingéniosité, persévérance tous les racismes et l’antisémitisme persistant. Il était têtu : il ne lâchait pas la lutte.

Et du temps où je participais à Mémoire 2000, il réclamait de nous beaucoup de militantisme, de présence et autant de témoignages devant les enfants qu’il était possible d’en donner. Il avait raison. Les lettres des professeurs et des élèves de cette époque le prouvent.

La Mémoire des Peuples, de tous les Peuples lui tenait à cœur. Il avait à ce sujet autant d’ouverture qu’il avait de cœur.

Il a bien mérité notre admiration et notre amour. On ne l’oubliera jamais. Qu’il dorme en Paix.

 

Joëlle Saunière : Une force, des convictions jamais sacrifiées aux diktats des courants de pensée ambiants; un homme d’exception, Bernard, tu vas tellement me manquer ! Jamais tu ne baissais les bras devant nos projets les plus fous. Ta quête de l’absolu, du “Vrai”, du Juste face aux discriminations en général et plus particulièrement celles rencontrées par les ROMS au quotidien.

Les nombreuses visites que nous faisions ensemble dans les lycées pour motiver les jeunes à cette injustice, rappel des exterminations tziganes pendant la 2ème guerre mondiale devant les yeux médusés des élèves…Rien ne t’arrêtait, toujours prêt à réitérer, renouveler la parole juste.

Je regrette déjà tes “coups de gueule” saisissants, mais qui avaient le mérite d’ébranler nos certitudes. Nous continuerons le combat, nous te le devons bien. Tu es toujours là cher Bernard.

 

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Jacinthe Hirsch : Notre président n’est plus.

Les membres de Mémoire 2000 sont bouleversés par sa disparition soudaine.

Hier, il bataillait avec sa fougue habituelle pour dénoncer les atteintes aux droits humains.

Hier, il s’indignait de la libération de la parole de haine dans le discours politique.

Hier il prévenait du danger de la recrudescence de l’antisémitisme en milieu scolaire et sur internet.

Hier, il alertait l’opinion sur l’apparition d’actes et de manifestations anti-asiatiques inconnues auparavant.

Hier il dénonçait le recul de l’intervention de la justice internationale à travers la contestation de la CPI.

Hier il mettait en garde contre la place de plus en plus grande prise par la radicalisation et le terrorisme islamiste.

Et toujours, il luttait avec conviction pour la reconnaissance des génocides et notamment du génocide arménien.

Il aurait été heureux d’apprendre que le négationniste Robert Faurisson a été débouté par le TGI de Paris de son attaque en diffamation contre le journal Le Monde et la journaliste Ariane Chemin. Le 6 juin, jour de son décès.

Bernard Jouanneau voulait se dresser contre les “malheurs du monde”. Il menait son combat dans les prétoires et avec grande conviction au sein de Mémoire 2000. A côté de lui, chacun semblait manquer de fougue. Il était toujours prêt à lancer de nouvelles initiatives et de nouvelles pistes de réflexion à destination de la jeunesse, des enseignants et chefs d’établissements.

Mémoire 2000 demeure et poursuit son action auprès des jeunes citoyens. Soyons dignes du courage engagé de Bernard Jouanneau et des membres fondateurs.

 

Lison Benzaquen : Et voilà, l’inimaginable est arrivé…

Bernard nous a quittés le 6 juin, sans crier gare. Le jour même  nous apprenions le sort fait à Faurisson par le tribunal de grande instance de Paris. Il aurait tant aimé…

Mais il est parti sans même nous donner le temps de nous “préparer” à son éventuel départ. C’est bien lui ça ! Surprendre, étonner, laisser sans voix…

La veille encore de son hospitalisation et même de l’hôpital nous échangions des mails pour mettre au point la prochaine réunion du bureau qui devait se tenir chez lui quelques jours après.

Des idées, il en avait plein la tête. Sur la brèche jusqu’au dernier moment, toujours foisonnant de propositions, enthousiaste…

Il devait vraiment être très fatigué pour lâcher prise si brutalement. Nous le savions fragile, mais pas à ce point. Il faut dire qu’il donnait bien le change. S’il souffrait, il n’en laissait rien paraître, ne disait rien. Digne, toujours. Mais peut-être que cela nous arrangeait aussi de ne pas voir. Nous le voulions invulnérable…

Bernard, était un vrai leader. Brillant, le regard bleu perçant, éloquent, convaincant, exigeant. Une idée à la seconde… pas toujours réalisable, parfois utopique, mais toujours généreuse.

Des projets, il en avait toujours de nouveaux et était impatient de les voir réalisés … Nous, nous essayions de suivre, pas forcément à son rythme, ce qui l’irritait parfois…Il était difficile de se hisser à sa hauteur. Mais c’est grâce à son impulsion, à son dévouement indéfectible à la cause des droits de l’homme, à son inoxydable militantisme que nous avons pu réaliser de belles et utiles actions.

Infatigable, impétueux, passionné, Bernard était tout cela et plus encore quand il s’agissait de défendre la dignité humaine à laquelle il était tant attaché.

Pour Mémoire 2000, il sera remplacé, mais restera irremplaçable. Nous allons, fidèles à ses engagements et à son exemple, poursuivre dans la voie qu’il a durant tant d’années, tracée.

Ce sera difficile sans lui, mais nous lui devons bien cela…

 

Patrick Grocq : Bernard, de mon cheminement auprès de toi, je me souviens de la première fois où je t’ai vu plaidant au palais de justice de Paris. C’est à la Licra plus tard que je t’ai retrouvé lors des congrès annuels avant de te suivre à la fédération de Paris jusqu’à la démission collective de l’équipe et la création de Mémoire 2000 suite à l’affaire L’Oréal.

Je me souviens de nos réunions dans le jardin de ton domicile de la rue des Francs-Bourgeois pour l’écriture des statuts, de notre assemblée générale constitutive en juin 1992 et de l’émission sur TF1 autour de la rafle des 16 et 17 juillet 1942 avec ces lycéens qui, choisis et préparés, allèrent débattre autour d’Anne Sinclair avec des adultes après la diffusion du film de Michel Mitrani “Les guichets du Louvre“.

Cette implication avec les lycéens et collégiens nous l’avons recommencée en mai 1996 avec le Tribunal de la Bonne Conscience concernant la guerre civile et la purification ethnique en ex-Yougoslavie et le génocide des Tutsi du Rwanda. Comme à la Fédération de Paris de la Licra, Bernard en plus de ton rôle de président, tu portais la voix de l’association dans les prétoires où tu cédais la place à Mathilde Jouanneau ou à Serge Tavitian qui te remplace. Tout au long de la partie de ta vie pendant laquelle je t’ai côtoyé c’est ton engagement pour la Dignité Humaine que je garde en mémoire. Contre les indifférences, contre les négationnistes, pour la justice des oubliés, des faibles, des victimes et de leurs descendants, pour rendre justice aux exclus, pour que les jeunes sensibilisés aux droits et aux devoirs des droits à la Dignité de la personne Humaine s’engagent et reprennent le flambeau.

Je t’imagine invectivant ton interlocuteur d’une de tes colères que nous avons connues lors de certaines de nos réunions mensuelles… Je garde en mémoire nos échanges pendant ces quatre mois où nous avons travaillé ensemble, puis lors de nos escapes hebdomadaires dans les musées à parcourir les expositions. Bernard tu me manques, tu nous manques, nous continuerons autrement sans toi, mais avec toi.

 

Maurice Benzaquen : Bernard, je t’ai rencontré il y a près de 30 ans quand j’ai intégré la Licra où tu animais la Fédération de Paris. Je ne t’ai plus quitté depuis et n’ai cessé à aucun moment d’admirer ton esprit de synthèse et tes capacités à convaincre. J’ai suivi nombre de procès où tu plaidais magistralement contre des négateurs et insulteurs de l’Histoire, les Faurisson, Le Pen, Soral et consorts, assisté aux conférences pour la perpétuelle défense des droits de l’homme, participé aux innombrables débats où tu excellais, et ai toujours été transporté par ta fougue, ta ténacité et la pertinence de tes positions. Tu as créé Mémoire 2000 et nous t’avons suivi pour te seconder et participer à ce que nous considérions avec toi comme l’essentiel, comme l’origine de tout, l’ouverture aux jeunes dans le combat contre toutes les exclusions et les atteintes à la dignité de la personne humaine, et avons été emportés par ton pouvoir de persuasion. Nous avons touché avec toi et Mémoire 2000 des milliers d’écoliers qui s’en souviendront dans leur vie d’adulte. Nous n’abandonnerons pas ceux d’aujourd’hui surtout en cette période où s’annoncent les périls, et continuerons vigoureusement sans toi ce qui nous a réunis.

Pour ma part, je peux dire que j’ai passé une bonne partie de ma vie à côté de cet homme et de sa vision de l’humanité et cela m’a singulièrement enrichi. Absent à son décès, je regrette infiniment de n’avoir pu l’accompagner à ses obsèques.

 

Rose Lallier : Bernard Jouanneau nous a quittés et son intelligence fulgurante, son engagement sans faille pour les droits de la personne humaine, ses combats contre toutes les formes d’injustice, et tout particulièrement contre le racisme et l’antisémitisme, nous manquent immensément.

Bernard était un homme d’un très grand courage, toujours généreux de son temps et de sa personne, qui ne se ménageait jamais malgré la fatigue qui parfois pointait, mais que sa grande pudeur toujours taisait. Sa ténacité – songeons à sa contribution en faveur des lois mémorielles, en particulier la loi Gayssot et à son combat jusqu’à ses derniers jours pour son extension à la pénalisation de la négation du génocide des Arméniens et du génocide des Tutsi du Rwanda – forçait l’admiration.

Son goût du débat, nourri par ses vastes lectures, une capacité de travail exceptionnelle et son esprit de contradiction, le faisait parfois échanger quatre ou cinq mails en moins d’une heure sur un point de raisonnement, une précision, une nuance…

Son verbe enfin, porté par sa belle voix, était inspiré par un esprit analytique mais aussi de synthèse exceptionnel, et par un rejet viscéral des atteintes portées à la dignité de la personne. Bernard agissait avec l’injonction de Primo Levi, “N’oubliez pas que cela fut”, gravée au cœur…

Nous poursuivrons son combat au sein de Mémoire 2000, guidés par son exemple et son esprit.


Journal de Juillet 2017: Un combat généreux

10 juillet 2017

Durant de très longues années, Bernard Jouanneau, insurgé devant l’injustice faite aux déportés d’origine étrangère, mais devenus Français après la guerre, n’a eu de cesse que d’obtenir pour eux, réparation. Ce qui fut fait avec succès. Les anciens déportés ne l’ont pas oublié.

Capture d_écran 2017-06-14 à 11.23.40 3Isabelle Choko : Bernard Jouanneau était un de mes meilleurs amis et ma peine est immense.

Comment me consoler quand à chaque instant je tombe sur ses écrits que cela soit à titre personnel pour les problèmes qu’il m’a aidé à résoudre, ou sur des sujets qui concernaient nos associations.

Parmi nos relations, c’est un des hommes que j’ai le plus admiré, tout comme son implication à Mémoire 2000 comme Président.

Bernard Jouanneau a consacré sa vie à défendre les causes qu’il jugeait justes, sans jamais se préoccuper des finances.

Sa force de caractère et sa capacité de travail étaient remarquables, et j’ai souvent reçu des messages à une heure tardive de la nuit, alors qu’il continuait à travailler.

Cet homme savait toujours à qui s’adresser pour arriver à réaliser l’objectif recherché et comment agir au mieux dans le respect de chacun.

Dans la transmission de la Mémoire de la Shoah sa participation était constante, comme d’ailleurs dans d’autres génocides dans le monde.

J’ai travaillé avec mon ami Bernard Jouanneau pendant environ une quinzaine d’années concernant divers domaines sans jamais échanger un mot plus haut que l’autre et en accord sur pratiquement tous les sujets.

Tout d’abord nous avons collaboré afin d’obtenir quelques compensations pour les déportés d’ailleurs que de France.

Ensuite, pour des témoignages sur la Shoah, et enfin Bernard Jouanneau m’a demandé d’être témoin aux procès de Soral et de Le Pen, ces fascistes notoires.

Enfin, Bernard Jouanneau a accepté d’écrire un avant-propos pour mon livre “La Jeune Fille aux Yeux Bleus”.

Jamais je ne l’oublierai.

 

Nicolas Roth : Tu nous as quitté Bernard! Pourtant il était bon de te consulter, de t’écouter, d’admirer ton bon sens.

Ça nous a donné à réfléchir.

Tu nous as rassurés par le fait que tu donnais sens à nos luttes pour les générations à venir. On essaiera de suivre le sens que tu as donné à nos activités.

Salut Bernard.

 

Elie Buzyn : Pour nous anciens déportés, rescapés des camps de la mort (institués par le régime nazi allemand entre 33 et 45) évoquer la mémoire de Me Bernard Jouanneau c’est souligner l’importance de son engagement de longue date dans une double direction.

L’une c’est de défendre les victimes de tous les génocides du 20° siècle en s’appuyant sur des solides éléments juridiques et jurisprudentiels pour obtenir gain de cause…

L’autre comme Président-Fondateur de Mémoire 2000 était de transmettre la Mémoire de ces génocides aux jeunes générations, lesquelles auront pour devoir de perpétuer cette mémoire dans l’avenir..

Pour toutes ces actions humanistes nous lui exprimons notre profonde gratitude…


Journal de Juillet 2017 : Bernard Jouanneau : un Juste, un Mensch par Alain Jakubowicz

10 juillet 2017

La Licra est en deuil. Elle a perdu un membre de sa famille. Bernard Jouanneau, notre ami, notre frère s’en est allé.

Arrivé à la Licra à l’invitation de Robert Badinter, dont il fut l’associé, Bernard était l’archétype de l’avocat-militant, celui qui met sa robe et son talent au service d’une cause, la plus belle et la plus noble qui soit : celle de la défense des droits de l’Homme. Qui ne l’a pas entendu plaider ne sait pas ce qu’est une plaidoirie.

Qui n’a pas entendu ses “coups de gueule” ne sait pas ce qu’est l’engagement. Défenseur inlassable de la mémoire des génocides, de TOUS les génocides, Bernard incarnait les combats de la Licra, dont il fut vice-Président durant de longues années.

J’aurai l’occasion de revenir sur son parcours, sur le modèle qu’il fut pour de nombreux avocats, dont je suis, sur l’exemple qu’il a été et qu’il restera pour nous.

Pour l’heure, seule domine notre indicible tristesse. Au nom de la Licra et en mon nom personnel, je veux dire mes pensées fraternelles à son épouse, Christine Courrégé, à ses enfants et aux membres de sa famille.

Adieu l’ami, adieu mon frère.