Journal d’Avril 2021 : Le sort des Ouïghours en Chine

En 1973, Alain Peyrefitte écrivait un essai intitulé “Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera”…  1996, après de nombreux voyages en Chine dans son enquête “la chine s’est éveillée”, Alain Peyrefitte a voulu mesurer le chemin parcouru. 

Constat : La Chine s’est modernisée très rapidement, s’est ouverte aux marchés et aux technologies de l’Occident, a amélioré de façon spectaculaire la vie matérielle de ses habitants. Cependant malgré ces progrès le pays n’a connu ni démocratisation ni évolution des mœurs. Les deux ouvrages prémonitoires, ont eu un très grand succès.

Aujourd’hui la Chine, après les Etats-Unis, est la seconde économie mondiale et ses atouts sont considérables.

L’Europe, a toujours été très divisée face à la Chine, et, à travers ses investissements dans les infrastructures, elle a permis à l’Empire du Milieu de peser sur les politiques des États membres de l’UE en participant au blocage de certaines décisions, notamment concernant les Ouïghours et les traitements qui leurs sont infligés. 

Ainsi, depuis 2016, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, la minorité musulmane Ouïghour est férocement réprimée.

Qui sont les Ouïghours ? Ils représentent l’une des 56 ethnies qui composent la République populaire de Chine dominée par les Hans (92% de la population). Installés en Asie Centrale depuis plus d’un millénaire, ils sont turcophones et de religion musulmane. D’abord nomades, ils se sont peu à peu sédentarisés dans la région qui constitue l’actuel Xinjiang. 

L’histoire des Ouïghours ne date pas d’hier : difficile d’en faire un résumé en quelques lignes. Mais, ce qu’il faut retenir c’est que depuis 1949, à l’avènement du communisme chinois et surtout à partir de 1958, au moment de la Révolution culturelle de Mao Zedong, une politique d’assimilation très dure a été mise en œuvre envers toutes les minorités : “Une politique où la Révolution culturelle visait à en finir avec les ‘Quatre Vieilleries’” : les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles coutumes et les vieilles habitudes. Un moyen de lutter contre l’Islam mais aussi contre le christianisme et les religions chinoises : taoïstes, bouddhistes… 

Après la mort de Mao Zedong en 1976, on assiste à une légère accalmie.  Mais en 1995, des émeutes éclatent dans la ville d’Aksou. Commence alors une politique chinoise censée lutter contre le djihadisme et le radicalisme musulman. Cependant, en s’attaquant à la culture ouïghoure particulièrement visée, cette politique va bien au delà du simple combat contre le radicalisme.

Au début des années 2000 la politique anti islamiste se renforce après les attentats de Pékin en 2013 (une voiture piégée fonce sur la foule place Tiananmen mais l’explosif ne fonctionne pas, tuant 2 touristes), de la gare de Kunming en 2014 (31 morts et 143 blessés tués à l’arme blanche) et d’Urumqi la même année (une bombe fait un mort et 79 blessés dans la capitale du Xinjiang au dernier jour de la visite du chef de l’état). 

Après ces attaques Xi Jinping “veut régler le ‘problème ouïghour’”. “Il veut faire disparaître toute forme de contestation qui remettrait en question la souveraineté de l’Etat chinois. Il ne veut plus en entendre parler, il veut l’écraser”.

On assiste alors à des détentions massives de Ouïghours, des stérilisations forcées de femmes, des viols, de l’esclavagisme, des destructions du patrimoine culturel… On parle même de génocide ou de génocide démographique.

Raphaël Glucksmann, eurodéputé très impliqué pour la cause des Ouïghours, préfère parler d’ethnocide ou de génocide culturel. C’et lui qui après un vibrant “j’accuse” devant le parlement européen en 2020 où il exhortait la communauté internationale à ne plus être “complice” de la Chine de ce “génocide culturel”, continue à se battre afin que les Ouïghours cessent d’être “les grands sacrifiés du business international”. La région du Xinjiang est au carrefour des grandes routes commerciales eurasiatiques et ses sous-sols recèlent d’immenses ressources naturelles : gaz, pétrole, terres rares, énergie solaire… 

Le Xinjiang est aussi la principale région productrice de coton : 80% du coton chinois y est cultivé et d’après un rapport de Human Rights Watch ces ressources sont exploitées grâce au travail forcé des Ouïghours. Travail profitant à de nombreuses multinationales dont les marques sont bien connues.

L’Europe a beaucoup trainé les pieds avant d’exercer des pressions sur la Chine, mais il semble y avoir une lueur d’espoir ces derniers jours : D’une part, l’Union Européenne a sanctionné “quatre dirigeants chinois pour violation des droits de l’Homme, …leurs avoirs sont gelés et ils ont interdiction de venir en Europe”…D’autre part, « Le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis sanctionnent à leur tour la Chine.” C’est un début.

Les autorités chinoises ont réagi avec beaucoup d’aplomb et de véhémence à ces accusations et assurent que les Ouïghours bénéficient d’un apprentissage professionnel et qu’ils ne sont en aucune manière enfermés dans des camps de travail forcé !! Si la Chine croit pouvoir se permettre de proférer de tels mensonges c’est qu’elle pense (à juste titre ?) que la force des intérêts financiers colossaux l’emportera toujours face aux intérêts humains(?)

Peut-être pas cette fois.…

Lison Benzaquen

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