Journal d’Octobre 2018 : Charles Testyler

29 novembre 2018
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Charles Testyler (1927-2018) et son épouse Arlette en 2017

C’est avec une profonde émotion que nous avons appris le décès de Charles Testyler survenu le 22 juin dernier.

Charles et Arlette Testyler nous ont fait l’honneur et le plaisir de venir quelquefois témoigner auprès des jeunes lors de nos séances débats.

Déporté en 1942, Charles Testyler eut à subir l’enfer de pas moins de sept camps. En dehors de lui et de deux de ses frères toute la famille Testyler fut anéantie.

Charles et Arlette, rescapée du Vel d’Hiv et de Pithiviers, n’ont eu de cesse de lutter contre l’oubli notamment en témoignant auprès de jeunes scolaires.

C’est encore une voix essentielle qui s’éteint, mais gageons qu’elle aura laissé des traces dans le cœur et l’esprit de tous les jeunes qui ont eu la chance de l’entendre.

Nous adressons nos plus attristées condoléances à son épouse, ses enfants et petits-enfants.

Mémoire 2000

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Journal d’Octobre 2018 : Simone Veil au Panthéon

29 novembre 2018

“Un peuple, pour vivre, doit toujours pouvoir connaître son passé, le juger, l’assumer” disait Simone Veil dans un entretien accordé au Monde en 1983.

Le 1er juillet 2018, elle devient la cinquième femme qui entre au Panthéon, aux côtés de son mari Antoine, premier homme à y entrer en tant qu’époux.

Un an auparavant, au soir du décès de Simone Veil, le 30 juin 2017, un rassemblement féministe avait eu lieu sur la place de la République pour célébrer cette combattante de la cause des femmes.

15587338-15587604-article-simone-veil-pantheon-emmanuel-macron-jpg_5372130_660x281Revenons sur la cérémonie du 1er juillet. Les 29 et 30 juin 2018, les cercueils de Simone et Antoine Veil ont été exposés dans la crypte du Mémorial de la Shoah, pour un ultime hommage du peuple français. Le 1er juillet, les cercueils couverts du drapeau tricolore, quittent le Mémorial, escortés par la garde républicaine jusqu’au jardin du Luxembourg. Le cortège remonte la rue Soufflot tapissée de bleu, couleur de “la paix, l’entente entre les peuples et l’Europe “. Le long du parcours, cinq écrans géants retransmettent la cérémonie. Durant les pauses, sont projetés des films sur L’Europe et la Shoah. La chanson de Jean Ferrat nuit et brouillard accompagne le cortège.

La cérémonie fait écho aux étapes d’une vie hors du commun. Simone Jacob a 16 ans lorsqu’elle est déportée en mars 1944 avec sa sœur et sa mère qui ne reviendra pas. Au sortir de la guerre, Simone, devenue Veil par son mariage, entreprend des études de droit et entre dans la magistrature en 1957. Elle devient la première femme secrétaire générale du conseil de la magistrature en 1970. Nommée ministre de la santé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974, elle est chargée de faire adopter le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’est un dossier explosif. En novembre 1974, elle prononce devant l’Assemblée un discours historique. Trois jours plus tard, après des débats d’une grande violence, la loi est votée.

Simone Veil s’engage ensuite dans la construction de l’Europe, étape essentielle de la réconciliation franco-allemande. Elue au Parlement européen, elle en sera présidente de1979 à 1982. Elle dirige le service juridique du Parlement européen jusqu’en 1993, année où elle devient ministre d’Etat, ministre de la Santé, des Affaires sociales et de la Ville. Sa carrière s’achève au Conseil constitutionnel. Par ailleurs, Simone Veil a été membre fondateur du Mémorial de la Shoah et première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007.

La cérémonie publique se termine sur le parvis du Panthéon, nécropole laïque, entre deux immenses drapeaux français et européen, le président de la République prononce un discours, suivi d’une minute de silence, puis retentit la Marseillaise interprétée par Barbara Hendricks et le chœur de l’armée française, avant l’entrée sous la voute du Panthéon.

En cette fin d’été, nous apprenons que 14 panneaux de l’exposition consacrée à Simone Veil, sur les grilles du Panthéon, ont été dégradés. Son visage a été barré, sans autre texte ou mention. A quelle facette de cette femme exceptionnelle ce geste s’adresse-t-il ? A la féministe qui a obtenu la loi de dépénalisation de l’avortement ? A la déportée revenue des camps, qui fut présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah ? A la première femme présidente du Parlement Européen ? A l’académicienne qui a fait graver son matricule de déportée sur son épée ainsi que la devise de l’Union européenne “Unie dans la diversité” ?

Nous, qui souhaitons ne pas effacer le passé, nous souviendrons de cette femme profondément humaniste qui a toujours plaidé non pour un “devoir de mémoire” imposé à tous, mais pour la connaissance de notre histoire commune.

Jacinthe Hirsch


Journal d’Octobre 2018 : Une bonne prise de conscience

29 novembre 2018

“ En descendant les Champs-Elysées, tout à coup, je croise un homme et un enfant, bien habillés, remontant vers l’Arc de triomphe. Ils avaient le mot juif et l’étoile jaune cousus sur leur veste.

En vous le racontant aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, tellement ça a été un choc. Oui, un choc ! C’était inacceptable. Là, d’un coup, je me suis dit : mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ils soient juifs ou pas, qu’est-ce que ça peut faire ? Je ne sais pas comment vous dire, mais ça a brisé d’un coup mon antisémitisme.

Cela reste un moment unique dans ma vie. Cet homme et son fils, au fond, j’aurais voulu les serrer dans mes bras”.

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Daniel Cordier pendant la guerre et aujourd’hui

Ce sont les paroles de Daniel Cordier lors d’une interview accordée au Monde en mai dernier et qui explique de façon simple et émouvante, comment en quelques instants seulement il a pu prendre conscience de l’absurdité et de la violence de l’antisémitisme.

C’est sans doute, en partie, grâce à cette prise de conscience “fortuite” que cet ancien Camelot du roi, élevé dans une famille d’extrême droite, admiratrice de Maurras, antisémite, comme il était de bon ton de l’être à cette époque, s’engage dans la France libre et qu’il est devenu le personnage formidable que l’on connait.

Il dit lui-même qu’il fallait être fou pour faire certaines choses. Certaines folies sont d’une immense sagesse…

Il y a des leçons à écouter de cet homme “libre” qui pourtant ne souhaite pas en donner.


Journal de Juillet 2018 : Rwanda: “In Praise of Blood – The Crimes of the Rwandan Patriotic Front” de Judi Rever Random House – mars 2018

3 août 2018

ob_053d2a_judi-rever-igitabo-cya-1Ayant pour vocation de sensibiliser les jeunes aux atteintes contre les droits de l’homme, Mémoire 2000 informe son jeune public des crimes contre l’humanité et des génocides. C’est dans ce cadre que notre association suit les événements de la région des grands Lacs africains, en particulier ceux du Rwanda depuis le génocide des Tutsi rwandais de 1994. Rappelons que notre regretté Président, Bernard Jouanneau, avait ainsi participé aux travaux de la Commission d’enquête citoyenne (CEC) de 2004 sur l’éventuelle implication de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda.

Le génocide des Tutsi rwandais, perpétré par les forces étatiques Hutu et des civils Hutu entre le 7 avril et le début juillet 1994, est un fait historique incontestable, établi non seulement par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), mais aussi par les travaux de nombreux historiens du monde entier.

Relativiser ou minorer ce génocide, à l’instar du génocide des Arméniens ou des Juifs d’Europe, relève du négationnisme.

L’écriture de l’histoire des événements et du contexte dans lequel s’est déroulé le génocide des Tutsi se poursuit, et la récente publication en Anglais du livre “In praise of Blood. The crimes of the Rwandan Patriotic Front” de la journaliste canadienne Judi Rever est importante, au-delà de la large audience qu’il a rencontrée et d’une couverture médiatique internationale.

Ce livre est le fruit de près de 20 ans d’enquête de cette journaliste qui a couvert à partir de 1997 la guerre en République Démocratique du Congo et a éclairé l’implication des armées rwandaises et ougandaises des Présidents Kagame et Museveni. Un travail d’investigation qui gênait certains, puisque Judi Rever a été menacée au point de bénéficier de la protection des services de sécurité belges et canadiens (1).

Judi Rever croise et recoupe de nombreuses sources : les témoignages d’anciens officiers et soldats du FPR du Général-Président Paul Kagame, ceux de victimes civiles rwandaises, de témoins et d’enquêteurs occidentaux ; des rapports officiels de l’ONU et du TPIR mais aussi des rapports mis sous embargo qui lui ont été confidentiellement remis ; des rapports officiels d’ONG (HRW, Amnesty International, MSF etc.). Elle écrit une histoire dont la plupart des événements étaient connus et documentés mais de manière éparse : l’histoire des crimes contre l’humanité et possiblement des crimes de génocide (2) que le FPR du Président Kagame a commis contre les populations Hutu avant le génocide des Tutsi de 1994, pendant les trois mois du génocide et dans les années qui ont suivi.

S’appuyant notamment sur des témoignages inédits de soldats du FPR ayant participé aux massacres de civils Hutu, Judi Rever retrace minutieusement l’organisation de ces crimes de masse : formation d’unités de tueurs supervisés et encadrés par la division du renseignement militaire du FPR, massacres organisés de milliers de civils Hutu dès la première offensive du FPR en 1990, destructions secrètes des corps par crémation, notamment dans le parc de l’Akagera, élimination des témoins de ces massacres, en particulier occidentaux (exécutions de religieux canadiens et espagnols)…

Sur la base de témoignages d’anciens proches de Paul Kagame, mais aussi sur le contenu du rapport Hourigan (3) et les enquêtes de juges espagnol et français, Judi Rever conclut que l’attentat du 6 avril 1994 contre le Président Hutu, Juvénal Habyarimana, attentat qui est l’un des éléments déclencheurs du génocide des Tutsi, a été commis par le FPR, sur ordre de Paul Kagame et ses proches. Rappelons qu’aucune preuve définitive n’a pour le moment été apportée sur cet événement crucial. Mais l’hypothèse effroyable, celle qui fait du FPR le commanditaire de l’attentat du 6 avril, prend de plus en plus de consistance, à mesure que les années passent et que des proches de Kagame s’accusent de ce crime, tandis qu’aucun Hutu, y compris parmi les génocidaires condamnés par le TPIR, ne revendique cet attentat…

L’un des développements le plus perturbant du livre de Judi Rever est celui qui concerne la stratégie de déstabilisation du Rwanda par le FPR entre le début de son offensive pour la conquête du pouvoir (octobre 1990) et sa prise de la capitale en juillet 1994, avec l’organisation d’attentats dans le pays et des assassinats ciblés de personnalités rwandaises, y compris Tutsi, pour instaurer un climat de terreur dans le pays et attiser les peurs “ethniques” entre Hutu et Tutsi. Sur la base de témoignages d’anciens soldats du FPR, il est même question de l’infiltration des milices interahamwe (celles qui ont perpétré le génocide des Tutsi) par des soldats du FPR. Nous confesserons ici que nous n’avons pu nous empêcher de penser qu’il ne pourrait s’agir que d’horribles affabulations, tant cela dépasse l’entendement. Et nous rappelons que le génocide des Tutsi a été perpétré par près de 200 000 Hutus.

Le livre de Judi Rever, aussi gênants soient certains de ses développements, ne peut être balayé d’un revers de la main. Il doit être critiqué et discuté. Claudine Vidal, directrice émérite au CNRS et chercheuse reconnue et respectée, vient d’en donner une lecture critique (4). L’universitaire Filip Reyntjens a, quant à lui, conclut à un génocide contre les Hutu (indépendamment du génocide contre les Tutsi qu’il ne minimise pas) après sa lecture du livre de Rever.

“La vérité traverse le feu, jamais elle ne brûle”, dit un proverbe rwandais. A Mémoire 2000, comme pour de nombreuses personnes partout à travers le monde, nous continuerons de chercher la vérité sur ce qui s’est passé au Rwanda, y compris pour ce qui concerne la responsabilité de l’Etat français dans la tragédie rwandaise. La vérité sur le génocide des Tutsi est aujourd’hui établie. Mais la réconciliation et la paix civile de ce pays d’une douzaine de millions d’âmes ne pourront être pérennes si une partie du passé est interdite de parole et occultée, et si l’impunité demeure pour les crimes les plus graves.

Rose Lallier

N.B. : pour les Anglophones, nous recommandons vivement les deux articles que l’universitaire américaine Helen Epstein a consacré au livre de Judi Rever dans la New York Review of Books de juin 2018 (CLIQUEZ SUR LES LIENS)

The Mass Murder we don’t talk about 

A deathly Hush 

1 – Guy Rapaille, le Président du comité belge de contrôle des services de renseignements, a par ailleurs déclaré “Nous avons été informés de l’existence d’escadrons de la mort rwandais en Europe” (interview au journal Le Soir, juin 2018)

2 – Crime de génocide dont la possibilité était déjà évoquée par un rapport de l’ONU de 2010, dit Rapport Mapping, pour ce qui concerne les crimes commis par l’armée de Paul Kagame en RDC.

3 – Evoquant ce rapport qu’elle a contribué à mettre sous le boisseau, la canadienne Louise Arbour, ancienne procureur du TPIR aujourd’hui à la retraite, a confirmé les déclarations de son successeur, l’italienne Carla del Ponte. Toutes deux témoignent que Paul Kagame a empêché toute investigation sur les crimes du FPR par les équipes du TPIR (interview par le journal canadien The Globe and Mail, 2016)

4 – Claudine Vidal, https://theconversation.com/rwanda-judi-rever-et-la-recherche-a-tout-prix-dun-deuxieme-genocide-97508.


L’éditorial du journal d’Avril 2017: la voie des associations

1 avril 2017

Pas plus que les autres associations antiracistes, Mémoire 2000 n’a vocation à intervenir dans le débat politique. C’est la raison pour laquelle elle s’abstient de prendre parti dans le débat ouvert pour les élections présidentielles.

Il n’est pas question qu’elle change de position, sauf s’il s’agit de se dresser contre la menace que fait peser le Front National sur les valeurs que nous défendons.

Nous étions présents en 2002, sur la Place de la République lorsque cette menace s’est présentée pour la première fois avec la présence de Jean Marie Le Pen au deuxième tour des élections. Nous serions présents, avec la banderole si l’occasion devait se représenter avec Marine le 7 mai prochain.

Quels que soient les espoirs qu’elle suscite ou les désespoirs dont elle se prévaut, il est exclu que nous puissions rallier le Front National qui cultive et entretient l’hostilité à l’égard des immigrés et suspecte les réfugiés, en instaurant une discrimination que constitue la “préférence nationale”.

Mais en dehors de cette exclusive, les associations comme les nôtres doivent s’abstenir de prendre parti pour tel ou tel candidat. Est-ce à dire qu’elles ne peuvent profiter de l’occasion pour se faire entendre, alors que la loi leur donne la parole en justice au titre du droit de réponse, comme en présence de provocations à la haine raciale ? Si la campagne devait être l’occasion de dérapages de cet ordre, leur intervention serait justifiée. Mais tant qu’elle se bornera à présenter des projets ou des programmes, elles doivent s’abstenir, sauf à profiter de l’occasion que vont provoquer par la suite les élections législatives pour inciter les candidats à se préoccuper concrètement de la lutte contre le racisme et de la promotion des droits de l’homme.

L’accès à l’égalité et à la citoyenneté passe par les échanges avec les forces vives de la nation que sont les députés. On doit pouvoir compter sur les candidats pour susciter de leur part les réponses et les innovations attendues en la matière.

Ainsi par exemple :

*De la suppression du mot “race” dans notre législation dont on s’est borné à adopter le projet en 2013.

*De la rédaction anonyme des curriculum vitæ, pour la recherche d’un emploi.

*Des contrôles au faciès sans que l’identité de leurs agents puisse être relevée.

*De la détection et de la répression du négationnisme des génocides.

*De la mise en place effective de la “réserve citoyenne” et de la place que nous devrions occuper dans les établissements scolaires.

S’agissant de notre activité spécifique, qu’est-ce que Mémoire 2000 aurait à demander ?

*Que la provocation à la haine et à la violence raciale et le négationnisme soient traités comme des délits de droit commun et non comme une exception à la liberté d’expression.

*Que les discours racistes soient intrinsèquement considérés comme des délits en dehors même de toute injure, diffamation ou provocation.

*Que le parlement mette enfin en application la décision cadre du conseil des ministres de l’Union européenne du 28 novembre 2008 qui prévoit que devraient être poursuivis la négation, la banalisation grossière, la minoration outrancière comme la glorification et la sanctuarisation de tous les génocides, sans qu’il soit nécessaire d’établir qu’ils comportent un appel à la haine.

*Que les subventions accordées par les pouvoirs publics aux associations soient réparties en considération de l’intérêt et du mérite des actions qu’elles ont entreprises.

*Que les membres de l’enseignement (proviseurs, directeurs de collèges et professeurs), soient incités à accueillir dans leurs établissements les interventions des associations qui par leurs initiatives et actions culturelles, mémorielles développent les valeurs de la citoyenneté et de la laïcité.

*Que soient reconnus et mis en œuvre les droits universels de l’humanité et désigné par les Nations unies un représentant de l’humanité.

Toutes mesures qui ont été adoptées par l’assemblée générale de Mémoire 2000 dans le cadre d’un plan triennal en décembre 2016.

S’ils en étaient tous d’accord, il resterait à harmoniser les positions et à se faire entendre à l’occasion de la discussion et des travaux parlementaires à l’Assemblée Nationale.

Ainsi Mémoire 2000 participerait concrètement et utilement à la vie de la cité, sans pour autant prendre parti pour l’un plutôt que pour l’autre, tout en ayant voix au chapitre, en choisissant la bonne voie : celle des associations.

Bernard Jouanneau

 

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance du 13 décembre 2016

1 avril 2017

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Mustang

Thème : la condition féminine

Débattrice : Carol Mann, sociologue

 

Grande affluence pour ce film. C’est l’histoire de cinq sœurs élevées par leur grand-mère et leur oncle dans une région reculée de la Turquie. La classe finie, elles trainent sur le chemin du retour, jouent avec une bande de garçons, montent sur leurs épaules. Une voisine les dénonce. L’oncle est furieux. Les filles seront privées de sortie. La grand-mère décide de les marier au plus vite.

Chacune à sa façon essaie d’y échapper.

La discussion s’engage. Carol Mann : “ Qu’est-ce qui vous a le plus déplu ?” Une fille: “Leur vie est horrible, elles n’ont pas d’amies, elles subissent des mariages forcés, leur grand-mère les tape”. La débattrice demande ce qu’elles ont fait de mal. Pour un garçon, elles ont volé des pommes. Mais pour un autre : “Elles provoquent les garçons, elles se caressent en montant sur leurs épaules”. Réaction vigoureuse des filles : “Qu’est-ce qu’elles faisaient de mal ? C’est un jeu.” Carol Mann : ”Les gars vous êtes complètement obsédés, vous ne pensez qu’à ça et vous accusez les filles”. Un garçon : “C’est parce qu’on est des paquets de testostérone !” Carol Mann : “Vous êtes macho. Pour vous la sexualité des filles c’est mal mais celle des garçons c’est normal !”

Une fille: “Si on enferme les filles c’est pour leur bien, pour qu’elles fassent pas des mauvais trucs avec des mauvaises personnes”. La débattrice : “Tu crois, toi, que tu as vraiment besoin qu’on t’enferme pour ne pas faire de bêtises ?” Une autre fille: Les mariages forcés elle déteste. “Ils se connaissent pas. Ils prennent le thé une fois et c’est décidé. Ils vont se marier”.

Plusieurs garçons continuent à penser qu’il faut enfermer les filles parce qu’elles sont trop jeunes. La débattrice: “Pourquoi c’est normal d’enfermer les filles et pas les garçons ?”. Le débat tourne autour de l’âge des premiers rapports entre garçons et filles. Mais une professeure intervient : “Ce n’est pas le sujet du film. Le personnage de la plus jeune des filles, celle de 13 ans, est splendide. Ce qu’elle veut, c’est la liberté. Le débat, c’est la conquête de la liberté pour les filles”. Vifs applaudissements.

Une fille évoque le viol commis par l’oncle sur sa nièce et sa violence effrayante lorsqu’il est en colère. Une autre demande pourquoi la grand-mère n’empêche pas cela. Carol Mann : “C’est à cause de l’atmosphère de terreur dans la maison. Lorsque ça arrive, tout le monde a peur de la violence de l’homme. Dans les cas d’incestes familiaux en France, c’est pareil, on ne dit rien, on a peur”.

Une fille demande: “Pourquoi les femmes sont toujours en infériorité et les hommes en supériorité. C’est quoi l’origine?” Les garçons arguent de la supériorité physique. “Déjà les hommes préhistoriques, c’est eux qui chassaient”. Carol Mann rappelle que les femmes chassaient et nourrissaient la communauté lorsque les hommes partaient traquer le gros gibier. Elle propose un exercice. Elle charge tous les sacs à dos des élèves sur les épaules d’un garçon : “Avec tes 15 kilos sur le dos accroupis. C’est pas facile, hein? C’est ça la vie des femmes enceintes. Tu ne crois pas qu’il faut être forte ? L’histoire de la force physique, c’est un peu bidon. Dans une société patriarcale une femme ne compte que si elle a un fils. Avoir un fils, c’est obtenir une place dans la société”.

Les questions sont encore nombreuses. Carol Mann accepte une dernière intervention d’un garçon rouge d’émotion : “Moi, je veux dire, on parle de tout ça, on ne l’a pas vécu, c’est pas pareil si on le vit….”

– Tu as raison, ce n’est pas notre expérience. C’est différent si on l’a vécu répond Carol Mann qui propose aux élèves de venir prolonger l’échange dans leur collège.

Jacinthe Hirsch

 

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance débat du 24 janvier 2017

1 avril 2017

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Elle s’appelait Sarah

Thème : la Shoah

Débattrice : Larissa Cain

 

C’est l’histoire de la petite Sarah envoyée au Vel d’Hiv avec ses parents, sans son petit frère qu’elle a caché dans un placard, pensant ainsi le sauver.

Larissa Cain, notre débattrice, n’est pas une rescapée du Vel d’Hiv mais une survivante du ghetto de Varsovie.

Elle commence son récit par quelques rappels d’histoire. Hitler, dès 1933, met en application son programme : la race germanique, descendant des Aryens, est une race « supérieure » qui a des droits sur les races « inférieures ». La race juive étant la plus « inférieure » il faut l’éliminer. Pourtant, précise Laïssa Cain, cette histoire de race est un mythe. Nous avons tous, quelle que soit notre couleur de peau, les mêmes constantes biologiques dans le sang.

Septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne. Dès le mois de Novembre on impose aux Juifs le port d’un brassard blanc avec une étoile bleue et on leur supprime le droit à l’éducation. Avec l’occupation de Varsovie le 28 Septembre 1940, la pression sur les Juifs s’accroit : le 16 novembre on les parque dans un ghetto dont on leur fera construire les murs de trois mètres de haut.

En fait, il y a deux ghettos, le petit ghetto et le grand ghetto. Ils diffèrent seulement par leur taille. Impossible de passer de l’un à l’autre, ce qui empêche de s’entraider ou de se réunir pour résister.

Par chance, l’appartement des parents de Larissa est sur l’emprise du ghetto. Ils n’ont donc pas à déménager. Par contre ils hébergent famille et amis et se retrouvent jusqu’à huit dans leur minuscule appartement. Larissa y est restée de Novembre 1940 à Décembre 1942. Elle réussit à s’en échapper toute seule, à 10 ans, en montant par une longue échelle en haut du mur de séparation et, morte de peur, en sautant dans la neige où un oncle l’attend. Au détour d’une phrase on apprend que sa mère est morte d’une dysenterie et que son père a été arrêté sans qu’on n’ait plus jamais de ses nouvelles. C’est donc une petite orpheline qui est trimballée de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à ce qu’on l’envoie en France en 1946. Ce qui l’a sauvée, dit-elle, c’est le système éducatif de la France où, quelque soit sa nationalité, on est pris en charge par des professeurs qui savent vous encourager et vous permettre de vous réaliser.

Les élèves posent quelques questions : y avait-il du marché noir ? Du cannibalisme ?

Larissa Cain: « Je ne peux pas vous répondre, j’étais trop petite. Quand on meurt de faim tout est possible, probablement. »

Un adolescent noir demande: « Dans votre vie, avez-vous eu l’occasion d’avoir des affinités avec un Juif ? » Stupéfaction de tous. Le temps de reprendre son souffle : « Mais je suis juive ! J’ai des affinités avec des Juifs mais tout aussi bien avec des non Juifs. Les affinités c’est mystérieux. Il est important dans la vie de ne pas se cantonner à un petit cercle, de rencontrer des gens de toutes sortes pour mieux comprendre le monde où nous vivons. « 

Certes, contrairement aux prévisions, ce n’est pas du Vel d’Hiv qu’on aura parlé, mais la rencontre avec un vrai témoin, une petite fille de 10 ans dans le ghetto de Varsovie, quoi de plus frappant pour nos élèves ? Ils en garderont le souvenir à jamais.

A la question sur les « affinités » avec un Juif, peut-être pourrait-on essayer d’y répondre en organisant un débat avec ces jeunes qui n’entendent, dans leurs familles et ailleurs, que des propos antisémites : Qu’est-ce qu’un Juif ? Est-il si différent de moi ?

Hélène Eisenmann