Journal d’octobre 2019 : notre séance-débat sur le racisme anti noir

11 janvier 2020

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Séance du 8 octobre 2019

Thème : Le racisme anti noir

Débatteurs : Audrey Celestine et Dr Daniel Talleyrand.

Green book, Livre vert, guide touristique indiquant les hôtels et restaurants autorisés “aux gens de couleur” : The negro travelers’.

 

 

C’est l’histoire (vraie) de la relation entre le pianiste afro-américain Don Shirley et le “videur” italo-américain “Tony Latchach“ – de son vrai nom Frank Anthony Vallelonga. Les deux hommes se retrouvent ensemble sur les routes de l’Amérique profonde : celles, ségrégationnistes, du sud du pays, dans les années 60, à l’occasion d’une tournée de concerts.

Le sophistiqué Don Shirley a besoin d’un chauffeur garde du corps, alors que le bourru Tony Latchach a besoin d’argent. Les deux hommes, tous deux imbus de leur personne, vont apprendre à s’apprivoiser malgré leurs préjugés respectifs (l’un, raciste, envers les Noirs ; l’autre, hautain envers les prolos).

Le débat était animé, en binôme par Audrey Célestine, maître de conférence à Lille III, spécialiste des questions d’identités, de racisme de racialisation et de sociologie de la mémoire, ainsi que par le Docteur Daniel Talleyrand, pédiatre – santé communautaire, fondateur de l’association “Maison d’Haïti-France”, lieu d’échange et de partage entre la France et Haïti.

Salle comble ce mardi 7 octobre, 230 élèves, des adultes assis par terre, faute de place, on n’avait jamais connu une telle affluence ! Cependant, dès les premières images, le silence s’est imposé et c’est dans un respect total pour le film que pendant 2h10, nous n’entendons que les respirations ponctuées parfois de rires à l’évocation de la méconnaissance du chauffeur (il parle de l’opéra “les orphelins”, alors qu’il s’agit d’Orphée aux enfers, par exemple…). Salve d’applaudissements à la fin de ce film magnifique.

Une première interrogation de Moussa, élève de 3°: Y-a-t’il toujours du racisme aux Etats-Unis comme on le voit dans le film ?

– Certes, les préjugés ont baissé, répond Audrey Célestine, mais le côté systémique fait toujours partie du paysage américain. Dans les faits, le racisme s’exerce encore malgré l’illégalité. Date cruciale de l’Histoire des Etats-Unis : l’abolition de l’esclavage en 1865 a paradoxalement marqué pour la communauté noire le vrai début du combat pour l’égalité. Instaurés par un Sud revanchard, les codes noirs ont débouché sur la ségrégation et instauré un climat de terreur.

Emmanuel : Y-a-t’il actuellement une différence entre racisme Nord et Sud ?

– La ségrégation a commencé dans le Nord mais a été plus marquée dans le Sud par la suite, répond Daniel Talleyrand, mes ancêtres haïtiens ont fait la guerre auprès des américains, ils étaient ensuite à la bataille de Savana avec l’armée française. L’indépendance des USA n’a pas été proclamée d’un seul coup (1776). Les Haïtiens sont allés se battre seuls puisqu’ils étaient indépendants, ils ont fondé Chicago ! Prenons un peu le temps de la réflexion entre Blancs et Noirs !

Applaudissements de la salle. Visiblement, les enfants sont touchés par ce médecin haïtien qui prend la peine de leur parler avec son cœur.

Quelle est l’origine du racisme ? demande un garçon, avez-vous une réponse claire ?

– Le racisme, enchaine A. Célestine est ancré dans une haine pour celui qui est différent. Il y a 5 siècles, débarquait le premier groupe d’Africains pour remplacer les indiens (les peaux rouges), tous massacrés parce que différents. Ils ont été réduits à l’esclavage, il fallait des bras pour couper les cannes à sucre et faire les travaux durs des champs de coton en particulier ; en Haïti, ce sont également des noirs qui ont remplacé les Indiens. Quand l’esclavage a été aboli, la haine n’a pas disparu. Quand on parle de “Blancs” et de “Noirs”, on continue de diviser le monde ; les catégories raciales sont des constructions historiques. A la question d’une jeune fille : une des raisons données pour justifier l’esclavage : les noirs ont-ils une meilleure résistance au travail ?

– C’est une absurdité répond D. Talleyrand, après que les Amérindiens furent tous décimés par les Blancs, on a entendu tout et son contraire. Ne perdez pas de vue que l’esclavage est du travail forcé, le racisme justifie un système économique favorable aux exploiteurs. Les enfants, dès 14 ans, étaient enrôlés pour ce travail forcé gratuit bien entendu. Des millions de Noirs sont morts au travail après moins de 5 ans d’esclavage ! (rappel du Code Noir). Au Brésil, la reproduction intensive d’êtres humains était pratiquée précisément pour le renouvellement d’esclaves morts au travail !

Pourquoi, les esclaves ne se révoltaient –ils pas ?

– En effet, on pourrait penser que c’était simple vu le nombre : en 1789, il y avait 450 000 Noirs, 30 000 Métis, soit 1 Blanc pour 15 Noirs. Mais les armes étaient du côté des Blancs tout puissants. Cependant, une révolte plus sourde existait. Les femmes, par exemple avortaient dès qu’elles se savaient enceintes pour ne pas fournir de “chair d’esclaves”, empoisonnaient les maîtres avec des plantes trouvées sur place etc. Les propriétaires terriens ont eu peur du pourcentage élevé d’esclaves qui pourraient se révolter, ce qui a d’ailleurs aboutit plus tard à la guerre de Sécession.

Une élève demande : quand considère-t-on qu’on a un propos raciste ?

1 – La loi : le racisme et les propos racistes sont punis par la loi

2 – Le contexte d’énonciation imaginaire. Dans certains pays, parler de “pastèque” à propos d’un être humain est considéré comme propos raciste, dans d’autre c’est la banane…

3 – Ce qui se passe actuellement aux USA est préoccupant. Trump s’inscrit dans un contexte ancestral, le courant fort est le nativisme (né sur le territoire), et éliminant tout ce qui n’est pas anglo-saxon, ainsi que les catholiques et les juifs.

4 – Les catégories raciales changent. Dans le film on observe que l’italien n’est pas identifié comme blanc mais est traité de “moitié nègre”.

book_714_thumbnail_frEnfin une jeune fille pose la question suivante : Les enfants ne naissent pas racistes, qu’est-ce qui fait qu’au cours des siècles, ils le soient devenus ?

– En effet un enfant ne fait aucune différence quant à la couleur de peau de ses petits camarades, l’important pour eux étant de s’identifier.

Enfin, il n’est pas nécessaire d’avoir inventé des choses extraordinaires pour avoir le droit d’être reconnu. Le listing de tous ces Noirs formidables reconnus parce que sur le devant de la scène, est inutile. S’ils n’avaient rien inventé qui nous soit familier au quotidien, cela justifierait-il qu’on en fasse des sous-humains…? Jamais je n’ai douté de leur humanité. Nul besoin à moi de la prouver.”  a conclu notre débattrice Audrey Célestine,  auteur de Une famille française aux éditions Textuel, 2018 (cliquez sur le lien)

 

Joëlle Saunière

 

 


Journal d’octobre 2019 : “Mauvais juif” de Piotr Smolar aux éditions des Equateurs

11 janvier 2020

Equateurs1909_MauvaisJuifMauvais juif de Piotr Smolar aux éditions des Equateurs, 2019. (cliquez sur le lien)

Erosion intime et collective de la démocratie et de ses contre-pouvoirs.

Le livre commence par la rencontre à Jérusalem de Piotr Smolar avec Claude Lanzmann, “maître intimidant de la mémoire juive”, qui a interviewé trente-six ans auparavant son grand-père, Hersh Smolar. Celui-ci a fondé le réseau de résistance du ghetto de Minsk. Communiste passionné, il reste en Pologne après la guerre. Il finit par s’installer en Israël après les événements de 1968, la nouvelle vague d’antisémitisme qui conduit son fils, étudiant contestataire, en prison.

Piotr Smolar a lu les mémoires de son grand-père à 25 ans. Hanté par cette lecture, il souhaite retourner à cette histoire issue d’un passé sombre. Mais il diffère. 20 ans après, nommé correspondant du journal Le Monde en Israël en 2014, il ne peut plus échapper au “rendez-vous familial”. Il s’adresse à son grand-père. Pourquoi cette cécité devant les autorités communistes qui imposent après-guerre, une politique mémorielle opposant le Bien incarné par les communistes au Mal représenté par les nazis ? La résistance des juifs de Minsk doit-elle être effacée au profit des héros communistes ? Or, ce qui caractérise ce grand-père, c’est justement, le refus de la passivité, l’engagement actif dans la résistance. D’août 1941 à septembre 43, dix mille juifs ont pu fuir le ghetto grâce à l’organisation mise sur pied par Hersh Smolar. Après-guerre, l’URSS dénie la participation des juifs à la lutte contre les nazis.

Ce livre croise le parcours de trois générations.  Il est question de transmission et de loyauté envers ses origines. Les trois scènes se déroulent à Minsk pendant les années de guerre, à Varsovie dans les années soixante et aujourd’hui en Israël avec la brulante question de l’occupation. En 2014, 51 jours de guerre à Gaza ont fait deux mille cent morts côté palestinien et soixante-dix israéliens. La démocratie est mise sous tension par l’ethnicisation de la politique facilitée par la dérive identitaire de la droite israélienne. Piotr Solar se demande si son grand-père reconnaitrait le pays où il a immigré contre ses convictions premières.

En juillet 2018, lorsque meurt Claude Lanzmann, la bataille mémorielle en Pologne est aussi vive. Au mois de janvier, le parti ultraconservateur Droit et Justice a décrété une sanction pénale pouvant aller jusqu’à trois ans de prison contre toute personne imputant la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis à l’Etat ou à la nation polonaise. Les condamnations des Etats-Unis, d’Israël et de l’Europe sont immédiates. Quelques mois plus tard, la Pologne et Israël signent une déclaration commune supprimant ce délit. Le texte de cette déclaration contient cependant des contrevérités visant à blanchir la Pologne de ses crimes. Le centre Yad Vashem en dénonce les “erreurs graves et les tromperies”. La Pologne ne souhaite pas perdre la face en rejetant en juillet la loi décrétée en janvier. Les nécessités de la realpolitik  renvoient la “mémoire” aux orties.

Piotr Smolar interroge : est-il le mauvais juif pris pour cible à travers les réseaux sociaux lorsqu’il fait des reportages à Gaza ?

Lisez plutôt ce qu’il en dit :

Il n’existe pas de révélateur au sens photographique du terme permettant de mettre au jour une identité juive substantielle. Il n’y a qu’un dégradé infini et subtil. Ce qui lie les destins est souvent la volonté de préserver, quelle qu’en soit la forme, une petite lumière ; d’assurer la pérennité d’un héritage, malgré ses modifications au fil des décennies. Le lien entre toutes les nuances de ce dégradé, c’est le deuil des tragédies passées plutôt qu’une culture unique et homogène et un attachement sentimental plus ou moins intense à Israël, par les proches qui y vivent ou par la simple émotion de ce miracle de l’Histoire qu’est un foyer national.”

Plus largement il fait apparaitre l’érosion plus générale, pas seulement en Israël, de la démocratie :

Ces dernières années, l’assignation à résidence identitaire s’impose partout. Les pulsions nationalistes, l’ère néo tribale navrante, ont provoqué l’effacement d’un humanisme apaisé sans être naïf. La financiarisation du monde, la question migratoire, le vertige écologique donnent le sentiment qu’on vit entouré d’incendies. Quand on est angoissé, on cherche des remèdes simples. On désigne des boucs émissaires et les juifs ont toujours été tristement privilégiés sur ce plan. On est prêt à faire des sacrifices pour sa sécurité physique, culturelle, économique. La démocratie, les contre-pouvoirs, les valeurs libérales, l’idée de métissage et d’ouverture : on perçoit moins leur valeur et le privilège qui nous est donné d’en jouir. C’est ainsi que ces acquis se craquellent lentement. Il n’y a pas d’effondrement mais une érosion à la fois intime et collective.

Parler de droits de l’homme devient exotique, langue morte qu’on cultiverait avec des manuels à moitié déchirés. Chaque puissance du monde prétend dorénavant se draper dans sa spécificité. Depuis la guerre en Irak – ou celle au Kosovo, vue de Moscou –, les occidentaux ne font plus la leçon, ou ne sont plus jugés légitimes dans ce rôle d’instructeur. On discute en fonction de ses intérêts. L’universalisme est devenu une relique. Les tribus cognent sur leurs tambours. “

Jacinthe Hirsch


Journal d’octobre 2019 : Progression spectaculaire de l’extrême-droite allemande dans l’ancienne RDA

11 janvier 2020

La démocratie allemande est fragilisée par les scores importants de l’AfD lors des élections régionales de Saxe (autour de Leipzig, limitrophe de la République Tchèque et de la Pologne) et de Brandebourg (autour de Berlin) du 1er septembre 2019. Et l’on craint que le parti d’extrême-droite obtienne de nombreuses voix lors des élections régionales en Thuringe du 26 octobre prochain.

Le taux de participation a été élevé et si la CDU conserve la direction de la Saxe et le SPD celle du Brandebourg, l’AfD est désormais le deuxième parti de Saxe avec 27,5% des voix exprimées et du Brandebourg avec 22,8%. Une bien sinistre manière de commémorer le 80e anniversaire de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, comme l’ont relevé les forces démocratiques allemandes.

L’étude de la composition des électorats suggère le remplacement progressif du parti conservateur (CDU) par l’AfD et celui du parti social-démocrate (SPD) par les Verts dans ces länder de l’ancienne Allemagne de l’Est : l’AfD a devancé la CDU chez les moins de 60 ans (idem pour les Verts par rapport au SPD), et est arrivé en tête chez les 18-24 ans. Le parti de gauche radical Die Linke, lointain héritier du parti communiste dirigeant la RDA, s’est quant à lui effondré.

Rappelons qu’à l’échelle nationale, lors des élections européennes de mai 2019, la CDU-CSU a recueilli 29% des voix, les Verts 20,50%, le SPD 15,80% et l’AfD “seulement” 11%.

L’AfD (Alternativ für Deutschland) est née en 2013 à la suite de la crise de la zone Euro. Il était à l’origine un “parti de professeurs” qui préconisait la fin de l’Euro et refusait toute solidarité financière avec les pays du sud de l’Europe. Avec la crise migratoire de 2015 et l’arrivée en Allemagne de plus d’un million de réfugiés, l’AfD est devenu anti-immigration et anti-islam, et a véritablement commencé son ascension électorale.

Alice Weidel

Alice Weidel, 40 ans, coprésidente de l’AfD 

Arrivé en troisième position aux élections législatives de 2017 avec 12,64% des suffrages exprimés, l’AfD est représentée au Bundestag par des figures “présentables”. Ainsi Alice Weidel, 40 ans, coprésidente du groupe parlementaire, ancienne banquière chez Goldman Sachs et Allianz, s’inspirant des théories économiques de Friedrich Hayek et prônant une politique économique ultralibérale (supression des impôts sur les successions, supression du salaire minimum, diminution de l’Etat social et des politiques keynésiennes de redistribution). Alice Weidel doute de l’impact des activités humaines dans le réchauffement climatique et s’oppose aux fermetures des centrales à charbon, essentiel dans le mix énergétique allemand. Considérant l’Islam incompatible avec l’Allemagne, elle veut limiter l’immigration aux seules personnes hautement qualifiées et a critiqué la politique migratoire d’Angela Merkel, accusant les églises protestantes et catholique d’être aussi aveugles dans leur soutien à cette politique qu’elles le furent dans leur soutien au Troisième Reich… Jeune, charismatique et intelligente, rompue aux pratiques de la communication politique, Weidel codirige le groupe AfD au Bundestag aux côtés de Alexander Gauland, 78 ans, qui a déclaré être  “fier des performances des soldats allemands durant les deux guerres mondiales”.

Ces deux dernières années, les personnalités les moins extrémistes ont quitté le mouvement et l’AfD s’est radicalisé sous l’influence du courant “L’Aile” (der Flügel), ultra nationaliste et proche des néonazis, qui est surveillée par les services de renseignement intérieur allemands depuis le début 2019.

Les résultats des élections du 1er septembre dernier révèlent qu’il y a bien un problème spécifique aux länder de l’ancienne RDA.

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Björn Höcke, 47 ans, chef de l’AfD de Thuringe (Crédit: JENS MEYER/AP)

C’est là que le parti anti-musulman, xénophobe et raciste “Pegida” a rassemblé le plus de sympathisants lors des manifestations de rue de 2014 et 2015 (son fondateur, Lutz Bachmann, a dû démissionner après qu’il a traité les étrangers de “bétail” sur Facebook et posté une photographie de lui grimé en Adolf Hitler). C’est toujours là que les dirigeants de l’AfD sont les plus ultras :  Andreas Kalbitz pour le Brandebourg est un néonazi, Jörg Urban pour la Saxe est proche du mouvement Pegida ; tous deux sont membres de “L’Aile“ que dirige Björn Höcke (le chef AfD de Thuringe) qui plaide pour que l’Allemagne opère “un virage à 180 degrés” dans son rapport au passé et a déclaré au sujet du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, situé à Berlin,  “Nous, Allemands, sommes le seul peuple au monde ayant planté au cœur de sa capitale un monument de la honte“…

Ce succès de l’AfD peut s’expliquer par son opposition à la fermeture des mines de charbon et des centrales à charbon (même si le chômage est très faible en ex-RDA comme dans le reste de l’Allemagne, en raison du vieillissement de la population), mais aussi son habileté à profiter du mécontentement diffus des anciens Allemands de l’Est contre ceux de l’Ouest : malgré d’importants investissements dans l’ancienne RDA, les inégalités relatives entre l’Est et l’Ouest subsistent ; les protections dont bénéficiaient les citoyens sous le régime communiste ont disparu, notamment la sécurité de l’emploi, désormais souvent précaire, ainsi que la politique généreuse envers les femmes qui élevaient des enfants. L’AfD, expert en Agitprop, a su se présenter comme l’héritier des défenseurs des droits civiques de 1989 qui ont permis la chute du mur de Berlin, et il exploite la perte de confiance de nombre de citoyens envers les partis politiques traditionnels et la presse, traitée de presse mensongère (Lügenpresse).

Mais il serait dangereux de sous-estimer le danger que représente l’AfD dans le reste de l’Allemagne.

Selon un récent sondage de l’institut d’études d’opinion Pew, 49% des Allemands se déclarent mécontents du fonctionnement actuel de leur démocratie, et la progression des théories conspirationnistes chez une partie de nos voisins d’outre-Rhin est similaire à ce que nous observons en France.

Une partie de l’électorat est en colère face à l’accueil d’un million de réfugiés en 2015 et aux investissements publics importants fait en faveur de leur intégration, notamment sur le marché du travail.

Les lois Hartz, mises en place au début des années 2000 sous le Chancelier Schröder, ont conduit à une forte augmentation de la pauvreté, et notamment à l’apparition de nombreux travailleurs pauvres. Rappelons que l’allocation chômage est réduite à 12 mois, que les chômeurs de plus d’un an dépendent de l’aide sociale, souvent inférieure à 350 euros et proportionnée aux avoirs des chômeurs, et qu’ils sont dans l’obligation d’accepter des “mini-jobs” ainsi que des “emplois à 1 euro” (payés de 1 à 2,50 euros l’heure pour 15 à 30 heures par semaine). L’introduction en 2015 par le gouvernement d’un salaire minimum de 8,50 euros brut, n’a pas eu les effets escomptés et le déclassement social d’une partie de la population est bien réel.

L’évolution du marché du travail avec la précarisation des emplois peu qualifiés fragilise de nombreuses personnes.

Les politiques de réduction des services publics ont accentué les fractures sociales, tandis que les inégalités sociales ont nettement augmenté ces vingt dernières années.

Dans ce contexte, la progression des idées néonazies et l’apparition de groupes néonazis sont réelles. Cela a d’abord été dénié. C’est ainsi que les trois membres du groupe NSU (national-socialisme underground) ont pu passer sous les radars de la police allemande entre 2000 et 2011 et commettre au moins dix meurtres racistes et deux attentats à la bombe…Les services de police ne croyait pas à la résurgence possible de groupes néonazi violents. La réédition en 2016 pour la première fois depuis la guerre de “Mein Kampf” a connu un grand succès (plus de 85 000 exemplaires). L’assassinat à son domicile personnel le 2 juin dernier de Walter Lübcke,  président de la région de Hesse (Frankfort) et favorable à l’accueil des réfugiés, abattu à bout portant par un jeune néonazi a fini par réveiller les esprits.  L’Allemagne découvre la réalité du danger qui la menace : près de 12 700 personnes sont désormais fichées comme néonazis actifs et violents, et la police a saisi des listes de personnalités à abattre en raison de leurs positions favorables à l’accueil des réfugiés. Aussi grave est la perméabilité d’une partie des électeurs de la CDU-CSU aux idées de l’AfD, ainsi qu’une partie des fonctionnaires de police et de l’armée…

L’Allemagne qui a mené depuis des décennies une politique de mémoire des crimes du national-socialisme se trouve confronté aujourd’hui à la résurgence des idées d’extrême-droite.

Notre voisin d’outre-Rhin n’a plus de majorité politique stable et la classe politique démocratique est conduite à nouer d’improbables alliances politiques pour gouverner le pays. Et la crise économique qui vient, avec la profonde remise en cause du modèle économique allemand fondé sur l’industrie automobile et la chimie, n’est pas pour rassurer nos amis démocrates allemands, ni le reste des Européens…

Rose Lallier


Journal d’octobre 2019 : Les manifestations à Hong Kong

11 janvier 2020

Rappelons que Hong Kong fut cédé aux Anglais en 1842 lors du traité de Nankin, premier d’une série de traités inégaux signés dans le cadre des guerres de l’opium qui ont ruiné la Chine pendant près de 100 ans, le “siècle de la honte” comme l’appellent les Chinois.

A l’issue de longs pourparlers en 1984 entre le dirigeant chinois Deng Xiaoping et la première ministre britannique Margaret Thatcher, il fut décidé que Hong Kong, colonie britannique, serait rétrocédé à la Chine en 1997. La République populaire de Chine et le Royaume-Uni décidèrent alors d’adopter le principe de “un pays, deux systèmes”. L’économie libérale et capitaliste de Hong Kong, sa monnaie, son système politique, son appareil judiciaire indépendant, ses langues officielles (Anglais et Cantonnais), sa culture occidentalisée, la liberté de mouvement et de pensée furent préservés et Hong Kong devint une région autonome spéciale. Cette phase de transition doit durer jusqu’en 2047, date à laquelle l’île devra intégrer le système continental chinois. Précisons aussi que la population de Hong Kong, composée de Chinois qui ont fui le continent après la victoire de Mao Zedong en 1949, la Révolution culturelle de 1966 et la répression de Tienanmen de 1989, est particulièrement sensible aux questions identitaires et attachée aux libertés civiques.

Au printemps dernier, Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, a déposé un projet de loi autorisant l’extradition. Jusqu’alors, les criminels réfugiés sur l’île ne pouvaient être extradés, ni jugés. D’un point de vue strictement juridique, le projet de la loi excluait tout crime politique et comprenait de nombreux garde-fous, mais les avocats et les défenseurs des droits humains ont vu dans ce projet une nouvelle mise en cause de l’indépendance de la justice hongkongaise et la population hongkongaise s’est mobilisée dès le début juin, manifestant chaque samedi, jusqu’à ce que le projet de loi soit retiré.

Depuis lors, les manifestations continuent pour protéger l’identité hongkongaise et obtenir des nouvelles avancées démocratiques, les manifestants réclamant des élections au suffrage universel, cela malgré la répression du pouvoir local et les menaces des dirigeants chinois.

A cette crise identitaire s’ajoute une crise sociale. Hong Kong est très inégalitaire et près de 20 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, certaines personnes âgées étant dépourvues de retraite ou des employés précaires habitant des logements-cages de moins de 5 m2. Cette crise du logement s’est aggravée avec l’arrivée de riches Chinois qui ont fait grimper les prix de l’immobilier. Les jeunes Hongkongais voient avec inquiétude l’arrivée de jeunes cadres chinois du continent, formés dans les meilleures universités américaines, qui occupent les postes les plus intéressants et les mieux rémunérés. A ces frustrations sociales s’ajoute la peur de l’avenir : si Hongkong reste un hub financier essentiel, l’île est désormais dépassée par la ville voisine de Shenzhen, où se sont implantés les entreprises technologiques (Tencent Holdings, Huawei etc.). Cette situation explique que la mobilisation de la population soit aussi massive. Et qu’une partie des manifestants se radicalisent, parfois violemment.

Alors que la République populaire de Chine va fêter son 80ème anniversaire le 1er octobre 2019, la situation reste plus que jamais délicate pour la Chine et Hong Kong. Les dirigeants chinois craignent qu’une répression trop violente entraîne un rejet de la Chine continentale par les Hongkongais, avec une évolution vers l’indépendance. De leurs côtés, les Hongkongais craignent de voir leur identité disparaître. Les autorités américaines, si elles soutiennent les aspirations démocratiques des manifestants, évitent de jeter de l’huile sur le feu. En dehors des bellicistes, personne ne souhaite que la situation dégénère…

Rose Lallier


Journal d’octobre 2019 : Un rêve? Le Paradis ?

11 janvier 2020

Rémy Ourdan, journaliste, correspondant de guerre au journal Le Monde, a publié du 11 au 16 août 2019, une “reportage” en six volets intitulé “Sarajevo-Jérusalem”.

Ce reportage qui fait un parallèle entre deux villes, Sarajevo et Jérusalem, est un petit bijou qui nous rappelle ce que nous savions, mais que nous avons vite fait d’oublier.

S’agissant de Sarajevo, elle a toujours eu la réputation d’une ville particulièrement accueillante ; elle est le symbole d’une cohabitation “multiethnique”. Accueillante, elle l’a été pour les juifs, ce qui lui a valu le surnom de “petite Jérusalem”. On y trouve rassemblés, des juifs venus s’installer là après l’Inquisition, et des non juifs, majoritairement musulmans qui vivent dans une harmonie et une amitié extraordinaires et naturelles.

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Enluminure de la Haggadah de Sarajevo, rédigée à Barcelone vers 1350

Cette ville a l’habitude des envahisseurs. Son passé “ottoman puis austro-hongrois a façonné son identité si particulière entre Orient et Occident”. C’est une ville provinciale à majorité musulmane, mais également chrétienne et “très juive”. Les religions s’y côtoient tranquillement et la vraie religion qui s’y pratique avec ferveur, est la douceur de la coexistence et surtout ce que les Sarajeviens appellent “komsiluk”, le voisinage. Rien ne peut surpasser la relation aux voisins, ni la religion, ni la nation, ni la communauté. A Sarajevo on se soucie avant tout de sa famille et de ses voisins, dans le respect des traditions et religions de chaque communauté.

Cette valeur cardinale a permis, durant la guerre, à des juifs de Sarajevo d’échapper aux nazis, car cachés et protégés par des “voisins” musulmans qui les ont accueillis et les ont inclus à leurs propres familles.

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Derviš Korkut (1888-1969), humaniste et orientaliste musulman qui sauva la Haggadah juive de Sarajevo

C’est grâce au “voisinage” que le fameux et inestimable manuscrit du 14e siècle connu sous le nom de “Haggadah de Sarajevo”, convoité par les nazis en 1942, a pu échapper à la destruction. Ce sauvetage on le doit au courage du bibliothécaire du musée de Sarajevo, Dervis Korkut, homme cultivé aimant l’histoire et les traditions, qui a caché ce livre au péril de sa vie.

Cette Haggadah une fois encore a été sauvée en 1992, alors que Sarajevo est bombardée par l’armée serbe et que le musée est en première ligne. Cette fois, Enver Imamovic, archéologue et historien, accompagné de Hamo Karkelja, conservateur de musée, arrivent après maintes péripéties à mettre l’ouvrage en sécurité dans un coffre de la Banque centrale, l’endroit le plus sûr de la ville.

C’est toujours cet état d’esprit qui a dicté à la communauté juive pendant la guerre de Bosnie, de lancer une “incroyable opération humanitaire organisant l’évacuation de 2500 Sarajeviens et portant assistance aux assiégés.” Ainsi, de nombreux “juifs sarajeviens”, en réalité surtout des musulmans ou des chrétiens, ont pu trouver refuge en Israël. A Sarajevo, on a une façon très particulière de pratiquer la religion : sans fanatisme, ni sectarisme.

Ces dernières années, il y eut certes, quelques graffitis antisémites sur des tombes juives, mais il y a été vite mis bon ordre.

Depuis tant de temps, et tant de guerres, Sarajevo a su conserver cette “paix ethnique” et son caractère universaliste.

Il semble que cette “grâce” propre à cette ville ne soit ni exportable, ni partageable : on peut le déplorer.

Imaginons un instant que toutes les villes puissent fonctionner comme Sarajevo… Ce serait un rêve, ou …le paradis!!!

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2019 : un livre à ne pas manquer, Les Amnésiques de Géraldine Schwarz

11 janvier 2020

Les-Amnesiques

 

 

 

Les Amnésiques

Livre à ne pas manquer 

Les trous de la mémoire européenne

 

Géraldine Schwarz est journaliste, auteure et réalisatrice de documentaires.  Franco-allemande, elle interroge l’histoire de sa famille sur trois générations. Côté allemand, des Mitlaüfer, ni victimes, ni bourreaux qui “marchaient avec le courant” sous l’ordre nazi. Côté français, un grand-père gendarme sous Vichy. Ce faisant, elle analyse les lacunes mémorielles sur lesquelles s’est construite l’Europe, en France mais aussi en ex-RDA, en Autriche et en Italie. Rendre les citoyens victimes de l’Histoire au lieu de les responsabiliser, n’est-ce pas ouvrir la voie aux populistes ?

Le livre est digne de la note d’intention qui en fait l’ouverture : “Ne pas me perdre dans le labyrinthe de la mémoire, dans ses oublis et ses mensonges, ses replis et ses trop pleins. Vaincre les violeurs de mémoire, les faussaires de l’histoire, les bricoleurs de fausses identités et de fausses haines, les cultivateurs de fantasmes narcissiques.” Elle croise les fils de l’histoire familiale et de la grande Histoire en soumettant son récit “à la sagesse des historiens, ces détecteurs de mensonges et de mythes.”  Elle ne veut pas moins que “comprendre ce qui était pour savoir ce qui est, rendre à l’Europe ses racines que les amnésiques tentent de lui arracher.”

Sorti en 2017 chez Flammarion, Les Amnésiques vient de sortir en poche dans la collection Champs. Il a obtenu le Prix du Livre Européen en 2018.

Jacinthe Hirsch

 


Journal d’octobre 2019 : Mon identité n’est pas un cliché

11 janvier 2020

Agir contre le racisme dans les collèges.

Le 21 juin 2019, au collège Camille Claudel de Villepinte a lieu la projection d’un clip de sensibilisation contre les discriminations ”Mon identité n’est pas un cliché.”

Les élèves de la 4ème Bien-Etre, acteurs des trois séquences, sont entourés de Mme Manijean, professeur de français et Mme Jean-Alphonse, assistante sociale. Ils voient l’aboutissement du travail d’une année entière.

Discrimination, un mot compliqué pour des élèves qui entrent en 4ème bien qu’ils soient nombreux à pouvoir en témoigner.

Au cours de l’année, ils vont s’approcher des idées reçues liées à la couleur de peau, au physique, à l’appartenance sociale. Durant le premier trimestre ils étudient L’île des esclaves et s’initient au jeu théâtral. Durant le second trimestre, ils participent à un atelier théâtre animé par l’association Les Konkisadors pour vivre et éprouver leurs réactions autour des discriminations. Le troisième trimestre est consacré à écrire le scénario et à le mettre en scène. Les élèves, à cette étape du projet, sont très impliqués et réussissent à tourner les trois séquences en une journée.

Pas si simple, à cet âge, d’oser jouer devant une caméra et d’affronter le regard des autres. Mais le pari est réussi, déjouer les clichés autour de l’identité.

Le conseil d’administration du collège est présent, les applaudissements sont chaleureux. Le clip réalisé avec l’aide du Conseil Régional pourra être utilisé auprès d’autres publics scolaires. Dans de nombreux établissements, des professeurs agissent pour rendre les jeunes sensibles aux clichés sur l’identité, c’est chaque fois un marathon pour mener à bien ces projets. Nous saluons leur engagement.

J.H


Journal d’octobre 2019 : Un mot du Trésorier

11 janvier 2020

Mémoire 2000 vous le savez, est une offre de débat ouverte à des jeunes pour résister aux discours de haine, aux mensonges des négationnistes, au regain inexorable du racisme et de l’antisémitisme, à l’exclusion de l’autre.

Face à une jeunesse en perte de repères dans une actualité pleine de périls, le combat inlassable de Mémoire 2000 est plus que jamais nécessaire.

Votre association mène depuis 1992 cette action indispensable pour vivre ensemble dans notre société.

Inviter des collégiens et lycéens à venir débattre des atteintes aux Droits de l’Homme, aujourd’hui et dans l’Histoire, les sensibiliser aux sujets qu’ils rencontrent, les injustices, discriminations qu’ils côtoient dans leur environnement, qu’ils en soient victimes ou témoins, voilà le rôle de Mémoire 2000.

Les séances de cinéma, toujours riches de participation de la part des élèves et de leurs professeurs, les visites de lieux de Mémoire, notre journal que vous lisez en ce moment, tous les thèmes que nous abordons dans la défense des droits humains, contribuent à donner aux jeunes de meilleures armes pour accéder à une citoyenneté active.

Cette énergie déployée sans relâche, a nécessairement un coût.  Sans moyens, cela devient impossible.

Par votre adhésion et votre soutien financier, vous permettez à notre association de bénévoles de continuer son action.

Les subventions que nous recevons des organismes publics ne sont pas suffisantes pour assurer le fonctionnement minimum de l’association, déjà réduit à sa plus simple expression. Nous ne pouvons poursuivre que grâce à votre générosité et à votre fidélité. Nous comptons sur elles.

Votre cotisation pour 2019, qui n’est pas arrivée, nous fait cruellement défaut. Il est encore temps pour vous de la régulariser.

Merci d’avance

Maurice Benzaquen


Modification de notre programmation Cinéma : « Good Bye, Lenin! » pour commémorer le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, sera projeté le 19 novembre prochain

29 octobre 2019

Mardi 19 novembre 2019

Thème: la chute du mur de Berlin – 30 ans

Film : Good Bye, Lenin!

Réalisateur : Wolfgang Becker

Fiction,  2003, 121 minutes

 

 

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Notre programme Cinéma-débat pour l’année 2019-2020 (après modification)

16 juillet 2019


Edito du Journal de Juillet 2019 : Effacement / commémoration, que fait-on avec la mémoire ?

16 juillet 2019

 

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Un homme arrête une colonne de chars près de la place Tian’amnen, 4 juin 1989

Tian’anmen, un effacement. Le 4 juin 1989, le massacre de la place Tiananmen met fin au mouvement étudiant après sept semaines de manifestations pacifiques et d’appels à la démocratie. Deng Xiaoping a déclaré la loi martiale et fait appel à l’Armée populaire de libération pour écraser dans le sang ce mouvement qui prenait de l’ampleur. Le 4 juin 2019, 30 ans après, la place Tiananmen est étroitement surveillée afin d’effacer tout souvenir du massacre qui a fait 2600 morts, selon la Croix Rouge. Évoquer cette sanglante répression est interdit. Le parti glorifie
 les progrès accomplis en trente
 ans, chacun doit partager cette
 fierté. L’amnésie collective est
organisée par le pouvoir. Pas
une ligne dans les manuels 
d’Histoire, pas un mot sur les
 réseaux sociaux. Le 4 juin 1989
n’est qu’un incident qui a “vacciné la société chinoise contre toute agitation politique majeure” selon l’éditorialiste du Global Times, quotidien officiel.

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6 juin 1944, les soldats débarquent sur les plages normandes lors de l’opération Overlord (crédit: INTERPRESS)

juin 2019, célébration du D Day, le cœur n’y est pas. Le 75ème anniversaire du débarquement du 6 juin 1944 a un goût amer. Les alliés de 1944 ne le sont plus. La Grande Bretagne représentée par Theresa May est sur le point de quitter l’Union Européenne, née au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais surtout, Donald Trump, isolationniste et hostile envers l’Europe assiste à cette commémoration. Sa politique unilatéraliste et ses déclarations sont en totale opposition avec l’esprit de l’alliance transatlantique. Quel est le sens de ces commémorations en présence d’un Président américain ouvertement raciste, nationaliste et accroché àson slogan “America first” ?
 Des mots résonnent, le Président français lit la déchirante lettre d’adieu d’un jeune résistant de 16 ans, Henri Fertet, mort pour la France Libre. 
Combien aujourd’hui, nous semblent loin les idéaux qui portaient l’armée de libération le 6 juin 1944.

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Jacinda Ardern étreint une femme après l’attentat de Christchurch, 17 mars 2019  (photographe: Hagen Hopkins/Getty Images)

Instruits du passé, vivre le présent, Christ Church.
 Le 15 mars dernier, un terroriste australien, diffusant la vidéo de ses actes en direct, pénètre dans deux mosquées et abat 51 fidèles à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Le pays se mobilise, toutes religions et origines confondues, en soutien à la communauté musulmane. Jacinda Ardern, la Première ministre, se présente voilée et étreint les familles des victimes. Aux collégiens du quartier de Cashmere où se sont installés les premiers musulmans au XIX° siècle, elle vient dire sa compassion et son projet: “Construire un environnement dans lequel la violence ne peut pas s’épanouir, où nous ne laissons aucune place au racisme, car le racisme nourrit l’extrémisme. Faisons de la Nouvelle-Zélande un lieu qui ne tolère pas le racisme, en aucun cas”. Au président Trump qui propose son aide, elle suggère “d’envoyer de la compassion et de l’amour à l’égard des musulmans.” La Première ministre refuse de citer le nom du tueur pour ne pas lui offrir la notoriété qu’il recherchait. Elle envoie un message d’inclusion à ce pays qui compte 200 ethnies et répond ainsi au message de haine du terroriste. Cette figure de solidarité et de tolérance est réconfortante.

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2019 : notre séance-débat du 16 avril 2019

16 juillet 2019

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La désintégration

Séance du 16 avril 2019  

Thème : L’intégrisme religieux

Débattrice : Madame Manciaux

 

 

 

 

 

Achid Aousi est un jeune Français d’origine maghrébine, qui a réussi son intégration dans la société française. Il a un emploi, et une fiancée non-musulmane. La vie est plus difficile pour son frère cadet Ali qui, malgré de bons résultats à son bac professionnel, ne réussit pas à décrocher un stage en entreprise. Désespérant de trouver une place dans la société, Ali se laisse peu à peu approcher par Djamel : ce dernier va recruter Ali et ses amis d’enfance, Nasser et Hamza, dans une cellule salafiste.

Par un patient travail de manipulation mentale, Djamel s’ingénie à “désintégrer” les jeunes gens, en les persuadant que leur place n’est plus dans la société française, mais dans la voie de l’islam radical. Les jeunes gens vont basculer dans le djihad terroriste.

Projeté le 16 avril 2019 devant une salle de 110 élèves principalement de 3ème, ce film a semble-t-il « touché » ces jeunes gens. L’intervenante Madame Manciaux, détachée de l’Education Nationale au Ministère de l’intérieur au Comité Ministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation a eu quelques difficultés pour que les élèves, encore sous le « choc » du film, prennent la parole. Elle les amène par quelques questions à parler du film : « Il y a dans le film plusieurs façons de présenter l’Islam, lesquelles ? – Comment le recruteur repère-t-il les jeunes ? – Comment la famille d’Ali vit-elle ? – A quel moment sent-on qu’Ali commence à s’opposer à sa propre famille ?… Madame Manciaux donne ensuite des pistes sur :
 que faire si on ressent de l’inquiétude vis-à-vis du comportement d’un copain ou une copine ; Se méfier des théories complotistes, comment les vérifier ; Comment repérer les recruteurs ; Même si on sait que la société est injuste vis-à-vis de certaines minorités, ne pas baisser les bras, mais… se battre pour faire valoir ses droits.

La discussion a été trop courte et n’a pas permis beaucoup d’échanges. A quoi cela a-t-il été dû ? : classes un peu jeunes, sujet délicat, maladresses de l’intervenante (l’utilisation du mot “arabe” lui a été reproché), film “choc” qu’il aurait fallu plus argumenter ?
 Dommage, nous pensons que certaines classes sont restées sur “leur faim”. Mais d’autres ont encore une fois apprécié et remercié chaleureusement Mémoire 2000 pour ces rencontres entre film de fiction et faits réels.

Arlette Weber


Journal de Juillet 2019 : notre séance-débat du 14 mai 2019

16 juillet 2019

 

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The Elephant Man

Séance du 14 mai 2019

Thème : Le handicap

Débattrice : Nadine Eisenmann

 

 

 

 

 

John Merrick, l’homme éléphant, hideusement déformé, est exhibé dans des foires par son “propriétaire”.
 Un jeune chirurgien réussit à le faire admettre dans son hôpital et se bat pour lui rendre sa dignité d’homme. Ceux qui l’exploitent tâchent de le récupérer. Ce chef d’œuvre de David Lynch nous fait vivre l’évolution du regard sur cet objet de terreur qui se révèle le plus sensible des hommes.

Nadine Eisenmann, notre débattrice, a été secrétaire générale de l’Institut des jeunes sourds. Elle propose d’échanger autour de ce que l’on ressent, peur ou sympathie pour ce personnage. Dans un premier temps, les élèves ne sont pas prêts à exprimer leurs sentiments et évoquent le contexte historique ou questionnent sur la réalité de cet homme éléphant. Nadine Eisenmann interroge alors : “Est-ce un monstre ?” “Un moment très émouvant pour moi, dit une élève, c’est lorsqu’il dit : – Je suis un être humain”. Un autre: “J’ai compris que c’est le fait d’être aimé, l’attention qu’on nous porte qui fait de nous des humains. “
Puis le débat revient sur les personnages, ceux qui éprouvent de l’empathie pour John Merrick. Mais aussi, ceux qui viennent le voir dans sa chambre d’hôpital, la bonne société invitée le jour et la foule emmenée, la nuit, par le gardien qui fait payer la visite au monstre. Une élève conteste le classement des personnages en deux catégories, ceux qui auraient de l’empathie et ceux qui vont au spectacle de l’horreur. Elle précise : “On voit une évolution des personnages, ceux qui éprouvent d’abord de la peur puis progressivement de la sympathie, comme la jeune infirmière.” Le débat revient vers la question du handicap à notre époque. Une jeune fille : “Face à un handicapé, j’ai peur de mes propres réactions, d’en faire trop ou d’être maladroite.” “Souvent, notre ignorance peut nous amener à avoir de mauvaises réactions. C’est parce que l’on ne comprend pas.”

Nadine Eisenmann explique qu’un handicap invisible, comme la surdité, peut aussi susciter des réactions agressives : “pourquoi il ne réagit pas quand je lui parle !” Une élève note : “ Maintenant, on a l’impression qu’on va être plus ouvert d’esprit, mais on continue d’avoir des réactions de rejet.” Une autre propose : “Plus jeune on est confronté au handicap, mieux on le comprend.” Les élèves de Camille Sée évoquent les élèves autistes de la classe d’Ulis: “C’est bien qu’il y ait cette classe au collège, ça m’a appris, maintenant je suis habituée, je n’ai pas de réaction disproportionnée. Tous les élèves reçoivent une information à l’entrée en 6°”. Quelqu’un propose : “Les relations avec un handicapé seront différentes selon la proximité que l’on a avec lui, si c’est quelqu’un de notre famille, on le comprendra mieux qu’un inconnu.” Un autre n’est pas d’accord : “on peut très bien rejeter un handicapé dans sa propre famille”. Un garçon évoque son expérience : “En CM1 CM2, j’étais ami avec un enfant différent. J’essayais de l’aider mais je voyais bien que les autres me critiquaient et me rejetaient si j’allais avec lui. Je l’aidais quand les autres ne me voyaient pas.” Un camarade le critique de ne pas avoir eu le courage de le défendre malgré les moqueries des autres. Il lui est rappelé le poids de la pression du groupe, encore plus important à cet âge. Une fille rappelle l’importance de l’éducation, ce sont les parents qui apprennent à ne pas rejeter un handicapé. “Oui, reprend celui qui a évoqué son expérience en CM2, mais l’éducation, c’est difficile, ça prend du temps, parce qu’un enfant, c’est très têtu, ça préfère écouter ses camarades que ses parents.”

Le débat a été nourri et se prolongera. Mais après coup, je me demande si le choix de ce film autour d’un cas si spectaculaire était approprié pour traiter du regard porté sur le handicap. Les collégiens ont manifesté une grande aisance dans le débat, sachant confronter des points de vue contradictoires mais le thème proposé passait parfois au second plan devant l’intensité émotionnelle de cet objet d’effroi devenu si attachant.

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2019 : Programme 2019- 2020

16 juillet 2019

Nous reprenons comme toujours des thèmes, mais aussi des dates de commémoration.

En octobre, le premier film projeté sera Green book de Peter Farrelly. Mahershala Ali y interprète Don Shirley admirable pianiste noir qui fait une tournée dans le sud des Etats Unis. Il est accompagné d’un chauffeur blanc raciste qui découvre la réalité de la ségrégation, visible en particulier dans l’existence du “green book”, guide destiné aux afro américains qui voyagent, dans les années soixante, répertoriant les lieux où leur présence est auto- risée. Don Shirley court aussi le risque d’être agressé physique- ment, c’est pourquoi il choisit ce videur italien du Bronx pour l’accompagner. Les préjugés et la méfiance du chauffeur vont fondre devant le talent et l’élégance du pianiste raffiné et la découverte de la violence de la ségrégation.

En novembre, nous commémorons les 80 ans de la Retirada avec Le camp d’Argelès documentaire de Felip Solé qui sera présenté par le réalisateur. La guerre d’Espagne n’est pas dans les programmes d’Histoire, mais elle préfigure le second grand conflit mondial alors que les républicains espagnols fuient devant les troupes franquistes et les bombardements sur la Catalogne. En 1939, la guerre d’Espagne dure depuis trois ans. La guerre civile oppose les franquistes soutenus par les troupes de Mussolini et d’Hitler et les républicains, de différentes tendances de gauche, soutenus par des milliers de volontaires étrangers. Le 26 janvier 1939, Barcelone tombe devant les troupes de Franco. Les républicains qui s’étaient repliés en Catalogne, cherchent refuge en France. C’est la Retirada, un exode massif. Des centaines de milliers de réfugiés fuient les bombardements de l’aviation franquiste. La frontière est d’abord ouverte aux réfugiés civils, puis aux soldats. Mais l’accueil est plus que précaire. On construit à la hâte des camps dont celui d’Argelès-sur-Mer, sur la plage même. Le documentaire de Felip Solé présente la vie quotidien- ne de ce camp jusqu’à sa fermeture en 1941. Voir aussi sur ce sujet, en page 7, l’article de Joëlle Saunières.

Le 3 décembre, pour la journée internationale des personnes handicapées, les établissements scolaires sont invités à mieux faire connaître les personnes en situation de handicap. A cette date, nous programmons Le huitième jour, film de Jaco van Dor- mael sorti en 1996. La rencontre improbable entre deux hommes que tout oppose : l’homme d’affaires pressé, et le jeune handicapé mental.

Le 27 janvier est la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste. Le mardi 28 janvier, les élèves pourront voir le film de Louis Malle, Au revoir les enfants. Les professeurs connaissent la difficulté de la transmission de la mémoire de la Shoah avec la charge morale qui est associée à ce devoir de mémoire. Nous demanderons à Ginette Kolinka de venir dialoguer avec les classes. Elle est la dernière des trois “filles de Birkenau”, Simone Veil et Marceline Loridan-Ivens ont disparu en 2018. Au mois de mai, est paru en librairie Retour à Birkenau écrit avec Marion Ruggieri. On y retrouve le bouleversant témoignage qu’elle a tu pendant des années à ses proches, sa mère, son mari, son fils, “pas par honte, plutôt pour ne pas embêter les gens”. Et depuis qu’elle a pris la parole, le besoin de faire entendre pour qu’on n’oublie jamais.

En février, c’est autour de la place des femmes dans la société que nous présentons Les figures de l’ombre de Théodore Melfi. Des femmes afro-américaines, maintenues dans l’ombre de leurs collègues masculins, dans le monde de la recherche spatiale, voilà le film qui proposera de réfléchir à la place des femmes dans la société. Lutter contre le sexisme est toujours une priori- té. Nul doute que les prises de parole seront vives tant le sujet est à vif entre les adolescents. Les garçons se sentent souvent injustement remis en cause dès que l’on aborde cette question et les filles défendent leur place avec plus ou moins de conviction.

Le 17 mars. Cette année, la semaine citoyenne contre le racisme aura pour thème “Entrer en résistance, comprendre, refuser, résister.” Nous avons choisi pour illustrer ce thème, le film Monsieur Batignole de Gérard Jugnot, qui montre comment, dans certaines circonstances, en l’occurrence la guerre, un être peut basculer soit dans l’infamie et la lâcheté soit dans la résistance et l’honneur.

Le 28 avril, le film Harkis d’Alain Tasma aborde un pan d’Histoire méconnu. Celle des harkis forcés à l’exil en France, menacés en Algérie car associés au pouvoir colonisateur. Considérés comme des traitres dans leur pays ils sont accueillis comme des parias en France. Le film retrace le drame des musulmans pro- français engagés par l’armée française comme supplétifs pendant la guerre d’Algérie. Nous sollicitons Alice Zeniter, auteur du remarquable L’art de perdre, prix Goncourt des lycéens pour dia- loguer avec le public.

Le 12 mai, le dernier thème abordé sera l’homophobie, avec Philadelphia de Jonathan Demme sorti en 1994. Le malaise et les préjugés autour de l’homosexualité sont très présents dans les collèges. L’insulte “pédé“ domine encore dans le fond sonore des cours de récréation. Le débat après ce film sera l’occasion d’interroger le malaise et la haine toujours vivante envers les homo- sexuels.

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2019 : Concours national de la Résistance et de la Déportation

16 juillet 2019

L’association Mémoire 2000 a été invitée à la cérémonie de remise des prix aux lauréats.

Cette année, le thème retenu était : “Répressions et déportations en France et en Europe – 1935-1945 – espaces et histoire“.

C’est sous la présidence de Laurent Prévost, préfet du Val de Marne, Christian Favier, président du Conseil départemental et Guylène Mouquet-Burtin, directrice académique de l’Education nationale du Val de Marne, que le palmarès a été dévoilé le 29 mai dernier.

Vingt sept collèges et lycées ont concouru (550 élèves).

Quatre catégories : devoirs individuels catégorie lycées, catégorie collèges, devoirs collectifs série lycées, série collèges.

Les quatre premiers prix ont pris la parole pour remercier et exprimer ce que ce concours leur avait apporté. Nous avons choisi de transmettre le texte du premier prix des collèges qui nous a tous bouleversé et qui résume en quelque sorte l’intérêt d’un tel travail :

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Aminata Diallo, Christian Favier (g.) et Sébastien Lime (d.)

« Mesdames et Messieurs,

            Je m’appelle Aminata Diallo et je suis élève de troisième au collège Janusz Korczsak que je représente aujourd’hui. Participer à la remise des prix du concours national de la Résistance et de la Déportation est pour moi un grand honneur et je vous remercie de m’avoir primée.

            Je me suis tout d’abord engagée dans ce concours afin de compléter mon parcours citoyen et d’enrichir mes connaissances. Au fur et à mesure du temps, j’y ai accordé de plus en plus d’importance. En effet, au-delà d’un devoir, j’y ai vu une source de mémoire et le moyen de rendre hommage à ces personnes: aux hommes, aux femmes, aux vieillards, aux enfants, peu importe leurs origines ou leurs convictions politiques, à ceux qui se sont battus et à ceux qui ont péri pour leurs droits, aux victimes de la barbarie. D’ailleurs, notre collège lui-même rend hommage à l’une de ces personnes puisqu’il porte le nom d’un pédagogue polonais: Janusz Korczak. Il s’occupait d’un orphelinat et il n’a jamais abandonné ses enfants en les accompagnant jusque dans le four crématoire de Treblinka.

            Au travers de ce concours, j’ai appris que malgré les années qui passent, cette époque de notre histoire ne doit pas être oubliée et qu’il est important de continuer, encore aujourd’hui, de rendre hommage à ces personnes, pour à notre tour, être porteur de mémoire, car malheureusement les derniers survivants s’éteignent

            De plus, grâce à ce concours, j’ai compris que les valeurs républicaines de notre pays sont encore plus fortes, parce que des gens ont perdu la vie pour les recouvrer et les préserver. A l’heure où le temps était à la défaite et à l’occupation, des gens eux, ont su trouver les mots pour en faire une véritable révolution. Ils ont su soulever notre pays quand il était au plus bas, ils ont su conserver la flamme eux, ces étrangers que notre propre pays, basculé dans la folie, avait pour ambition d’éteindre. Ce combat, celui des résistants, restera pour moi l’une des meilleures choses que m’a appris ce concours.

            Mais il y a également autre chose que ce concours veut préserver, c’est l’histoire de la déportation. La déportation est un événement qui m’a particulièrement bouleversée: être séparé de sa famille, être amené dans une région lointaine à cause de ses origines ou de ses convictions, est quelque chose d’atroce, d’horrible et d’inimaginable. Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit lorsque j’ai compris ce qu’était réellement la déportation.

            La déportation des juifs, leurs souffrances ont été pour moi une source d’émotion in­descriptible, mais tout ceci s’est bel et bien déroulé dans notre histoire et sur notre sol. C’est pour cela que l’on ne doit pas oublier et par conséquent, pour moi, ce concours a lieu d’être et j’espère que le combat que vous menez afin de préserver cette histoire, ne soit jamais remis en cause.

            Ce concours a été pour moi une véritable découverte et je remercie mon collège qui m’a permis d’y participer et mes professeurs qui m’ont donné les clés et les enseignements nécessaires afin de ne pas oublier et d’être parmi vous aujourd’hui.

            Pour finir, j’aimerais partager avec vous le poème que j’ai écrit pour participer au concours dans l’épreuve collective. »

 

Une existence dans le silence, par Aminata Diallo

 

 » Le train avançait

Et les vies s’éteignaient

A son bord des ignorants

Ainsi que des enfants

Femmes, hommes et vieillards

Dans la nuit et le brouillard

A peine arrivés

Des corps à trier, à brûler

Leurs proches partaient

jamais ne revenaient

Leurs espoirs aussi allaient au feu

A l’arrivée du convoi des 45 000 malheureux.

A peine arrivés, leurs cheveux étaient rasés

A peine arrivés, ils étaient déjà humiliés

L’effroi s’emparait lentement de leurs coeurs

Ils ne comptaient désormais plus les heures

Le vide, c’est ce qu’on voyait dans leurs yeux.

C’était désormais la nouvelle vie qui s’offrait à eux.

Ils n’étaient plus que des nombres

Ils n’étaient plus que des ombres

Des petits corps nus

A l’humanité perdue

Des esclaves et du bétail

Qui arrivaient par rail.

La souffrance était devenue leur quotidien

Ils n’avaient dorénavant plus aucun bien

Ils n’avaient désormais plus aucune émotion

Ils ne pouvaient que vivre cette répression

La douleur, la peur, les violences des Kapos

Les SS et les chiens qui leur marquaient la peau.

Dans cet enfer, combien d’hommes avaient péri?

Dans cet enfer, combien de femmes avaient subi?

Combien de litres de sang avait-on laissé couler?

Combien de larmes avait-on laissé s’échapper?

Les Hommes avaient-ils réalisé ce qu’ils avaient laissé se produire?

Les Hommes avaient-ils compris

Que ces gens étaient en train de mourir?

Que ceux qui oublient, soient à jamais maudits

Que ceux qui ignorent, soient à jamais punis

Cette histoire est vraie, nous en faisons le serment

Maintenant accomplissez votre devoir et faites votre jugement

Et quand vos enfants vous demanderont ce qui s’est passé là-bas,

Répondez ! Et dites leur ce qu’était la Shoah. « 

 

Aminata Diallo,

Elève de troisième au collège Janusz Korczsak

Premier prix ex aequo 2019 du Concours national de la Résistance et de la Déportation 

 

Le thème retenu pour  l’année prochaine 2019/2020 sera :

“Entrer en résistance : comprendre, refuser, résister “.

Souhaitons une longue vie à ce concours !

 

Joëlle Saunière

Arlette Weber