Paroles de témoin…

Addy Fuchs parle de son travail de témoignage dans les écoles.

Vu au Café Pédagogique

Le point de vue du témoin
Par Nicole Mullier

Addy Fuchs est né le 26 février 1926 à Paris de parents polonais venus dans la France des droits de l’homme. Il est pris en voulant franchir la ligne de démarcation. Déporté en 1942 au camp de concentration de Blechhammer qui est rattaché au complexe d’Auschwitz en 1944, il passe au cours des marches de la mort par Gross-Rosen, le petit camp de Buchenwald, et Langenstein où il est sauvé par les Américains. Depuis longtemps, Addy témoigne dans les écoles, les collèges et les lycées.

Addy, tu témoignes dans les écoles primaires depuis longtemps, alors que les déportés étaient plutôt hostiles à cette action chez les petits. Comment cela se passe-t-il ?

Depuis que j’ai vu témoigner une enfant cachée au lycée Edgar Quinet, je me suis rendu compte qu’eux aussi avaient souffert. Cela m’a donné l’idée de faire témoigner dans une classe un enfant caché et un déporté.

Je fais partie d’une association, l’AMEJD (Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés) du Xe qui pose des plaques commémoratives dans les écoles avec les nom, prénom et âge des élèves nés juifs, déportés pendant la seconde mondiale.

Pour préparer cette cérémonie, nous rencontrons les professeurs des écoles, des parents d’élèves. Les enfants ont eu un cours d’histoire auparavant. Ils sont invités à poser des questions à un enfant caché et un déporté qui interviennent ensemble. Aussitôt une forêt de doigts se lèvent. Je montre aux enfants, mon étoile, mon tatouage et mon costume rayé.

Que penses-tu des injonctions au plus haut niveau de l’Etat sur l’enseignement de la Shoah à l’école primaire ?

Le président de la République finalement nous a rendu service, il nous a ouvert les portes des écoles, les enseignants invitent plus volontiers des témoins.

Est-ce que c’est devenu plus difficile de témoigner aujourd’hui ?

Je regarde la composition de mon auditoire et j’adapte mon discours. Je me présente, fils d’immigrés, j’explique ma démarche et je préviens que je suis là pour répondre à des questions, et que je n’admets pas l’intolérance, les attaques contre les personnes. Je demande aux élèves en les regardant : qu’est-ce que le racisme ? Il peut vous arriver la même chose. L’antisémitisme est une forme de la haine de l’autre.

Les élèves sont intéressés par le vécu. Ils sont très attentifs, car je raconte des histoires qui me sont arrivées et pas l’Histoire comme les profs. J’explique que j’ai vécu dans l’Histoire avec le fait qu’Hitler voulait me tuer. Je rappelle l’importance du droit à la différence.

Y a t-il des questions difficiles ? Est-ce que tu te heurtes à la concurrence des mémoires ?

Certains élèves m’interrogent sur l’esclavage, en utilisant le terme génocide. Il y a dans l’esclavage une exploitation de l’homme que j’ai connu par le travail forcé dans les camps, mais les enfants des esclaves ne sont pas tués. Ce n’est pas un génocide. Quand mon train du convoi 35 s’est arrêté à Kossel, sur les 800 qui ne sont pas descendus pas un seul n’est revenu. Ils ont tous été tués parce que juifs. Les 200 autres étaient des esclaves du travail. Sur 1000 déportés, 29 sont survivants en 1945.

Je désamorce le problème de la concurrence des victimes en leur montrant que ce n’est pas la même chose. J’explique qu’il y a eu d’autres massacres, d’autres génocides, au Rwanda par exemple.

Est-ce qu’on te pose des questions sur la politique d’Israël ?

Je ne refuse jamais la discussion. Il faut écouter l’autre. Je leur dis que je suis pour deux pays qui vivent en paix. Je montre, à travers l’idéologie raciste allemande, ce qui arrive quand on éduque dans la haine de l’autre. Cela donne sous Hitler des meurtriers, aujourd’hui cela donne des kamikazes.

Pourquoi les déportés témoignent-ils ?

En posant des plaques, en suscitant des questions, en parlant aux jeunes, les témoins mènent une action éducative qui ne concerne pas que la population juive.

Les élèves à 15 ans disent ce qu’ils pensent, ils n’ont pas de barrières. Le témoignage est un moment difficile. Quand l’émotion est trop forte, je lis un poème. Par les lettres que je reçois après les témoignages, je sais que les déportés exercent une influence positive sur les élèves et cela m’oblige à continuer, même si aujourd’hui, on ne témoigne pas comme avant. Certains m’écrivent, « Je ne savais pas que les juifs avaient souffert. », « Vous avez changé ma façon de voir. », « Vous m’avez fait réfléchir. ».

Transmettre, cela permet un contact privilégié avec les jeunes, suscite de l’émotion, mais surtout de la réflexion. Témoigner de cette histoire universelle, c’est un moyen de combattre le racisme, de lutter contre les extrémismes.

Addy demande aux jeunes de construire un monde avec moins de haine.

Propos recueillis par Nicole Mullier

ADDY FUCHS EN VIDEO

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