Journal d’Octobre 2018 : La nouvelle loi “Asile et immigration”

29 novembre 2018

Le projet de loi “pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif” a été voté par le Parlement en août dernier et validé par le Conseil constitutionnel en septembre 2018, malgré les critiques d’une partie de la gauche, du Défenseur des droits, des membres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), des avocats du droit d’asile, et des associations de défense des droits des étrangers.

Alors que le rétablissement d’un contrôle aux frontières françaises est effectif depuis les attentats de 2015 et l’application de l’état d’urgence, notre pays a reçu en 2017 environ 100 000 demandes d’asile et a accordé l’asile au titre du statut de réfugié et de la protection subsidiaire à 43.000 personnes. Pour la même année, près de 15 000 personnes en situation irrégulière ont été l’objet d’une expulsion forcée et près de 85 000 étrangers ont été repoussés aux frontières, en particulier à la frontière avec l’Italie. Rappelons que si notre pays est en crise avec un taux de chômage élevé (notamment pour les jeunes et les moins qualifiés) et que notre pacte républicain est attaqué, la France ne subit pas un choc migratoire, contrairement aux affirmations de l’extrême-droite et d’une partie de la droite traditionnelle. Mais les débats politiques portent toujours davantage sur les questions identitaires et la question de l’immigration, et la nouvelle loi ”Asile et immigration” marque un net recul du droit des étrangers.

Evoquons d’abord les quelques mesures plus protectrices des étrangers avec notamment la création d’un titre de séjour de 4 ans pour les personnes admises au séjour, une procédure de réunification familiale facilitée et étendue à leurs frères et sœurs pour les réfugiés mineurs, une protection facilitée pour les jeunes filles risquant l’excision dans leur pays d’origine.

Pour ce qui concerne le droit d’asile, la loi marque une régression des conditions de la demande d’asile et de protection. Les conditions de la demande d’asile sont rendues plus difficiles avec en particulier la réduction du délai pour déposer la demande d’asile à trois mois désormais (passé ce délai, leur demande fera l’objet d’une procédure accélérée, moins favorable) et n’auront plus que quinze jours pour faire appel des décisions de l’Ofpra s’ils sont déboutés de l’asile.

Pour les personnes originaires de pays dit “sûrs”, la demande d’appel de la décision d’asile ne leur permettra plus de suspendre une décision d’expulsion.

L’usage de la vidéo-audience pour auditionner une personne lors de l’examen de sa demande d’asile va être largement étendue, y compris contre la volonté du demandeur d’asile, dans un souci d’économie budgétaire. Des personnes arrêtées aux frontières, notamment aériennes, et placées en zone d’attente dans les aéroports, pourront ne jamais rencontrer physiquement un juge pour présenter leur demande d’asile. Elles devront défendre leur demande et exposer les raisons qui les ont conduites à demander l’asile devant une caméra (les juges les questionnant au cours de la vidéo-audience)… Cette mesure est à juste titre contestée par le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, des associations comme la Cimade, l’Anafé et Primo Levi. Très concrètement, le risque est grand que les personnes les plus fragiles, celles les plus à même d’être en droit de bénéficier de l’asile, soient déboutées de l’asile. Tous ceux qui ont été confrontés aux séquelles psychiques de la torture, en particulier les personnels soignants de l’association Primo Levi, attestent de la difficulté pour les victimes de violences extrêmes de témoigner de leur expérience. L’usage de la vidéo-audience rendra ces témoignages plus difficiles.

Pour ce qui concerne la lutte contre l’immigration irrégulière, la loi marque une régression des droits des étrangers et l’introduction d’une mesure discriminatoire lourde de signification pour l’avenir

La durée de “retenue administrative” des personnes étrangères interpellées lors d’un contrôle d’identité ou de titre de séjour est portée à 24 heures dans un centre de police ou de gendarmerie. Les associations qualifient cette mesure de “garde à vue des étrangers”, dont les effets sur la vie quotidienne des étrangers, y compris ceux qui sont parfaitement en règle, peuvent être dramatiques (perte d’un emploi régulier notamment).

La loi introduit une mesure inédite contre les étrangers qui utilisent un titre de séjour frauduleux (carte d’identité ou passeport d’une personne qui réside légalement sur le territoire français) pour travailler. Ce délit est punissable de cinq ans d’emprisonnement. Cette disposition consiste à pénaliser les travailleurs sans papiers qui sont déjà les plus précaires et les plus victimes d’exploitation.

Les délais de décision du juge des libertés sont allongés à trois jours maximum (contre une journée auparavant) pour la légalité du placement en rétention d’un étranger en situation irrégulière.

La durée de rétention administrative (enfermement dans les CRA fermés) des étrangers en situation irrégulière est allongée à 90 jours et peut être portée à 135 jours si la personne s’oppose à son expulsion. Les députés ont refusé de voter un amendement interdisant le placement en rétention des enfants. Rappelons que des centaines d’enfants, parfois en très bas âge, sont enfermés dans ces centres avec leurs parents. Les personnes déboutées du droit d’asile peuvent désormais être assignées à résidence.

Le franchissement des frontières extérieures de l’espace Schengen redevient un délit et la personne concernée encoure jusqu’à un an de prison.

Le “délit de solidarité” a été validé par le Conseil constitutionnel pour les personnes aidant des étrangers à franchir illégalement les frontières du pays. Des personnes secourant bénévolement des migrants et les ramenant du côté français, comme ce fut le cas notamment sur les sommets entourant la vallée de la Roya à la frontière italienne, pourront donc être condamnées. Les personnes aidant les étrangers présents sur le territoire dans un but humanitaire ne sont en revanche pas menacées de sanctions pénales. Le Conseil constitutionnel a précisé qu’une aide désintéressée au “séjour irrégulier“ ne saurait être passible de poursuites, au nom du “principe de fraternité”.

Enfin, la restriction du droit du sol à Mayotte marque une rupture gravissime avec le principe constitutionnel d’égalité. Il s’agit d’un grave précédent dans la rupture du principe d’égalité entre citoyens français.

La situation à Mayotte, devenu le 101e département français en 2011, est très difficile et ce département connaît une très forte immigration irrégulière depuis les autres îles de l’archipel des Comores devenues indépendantes.  C’est dans ce contexte que le sénateur de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi (La République en marche), a introduit deux amendements que le Sénat puis l’Assemblée nationale ont adoptés. Ces amendements instaurent une nouvelle condition pour être naturalisé : qu’au moins l’un des deux parents d’un enfant né à Mayotte réside de manière régulière sur le territoire français de Mayotte depuis plus de trois mois au jour de la naissance de l’enfant.

Rappelons qu’en France, le ”droit du sol” n’existe pas à proprement parler. Lorsqu’un enfant nait en France et que ses deux parents sont étrangers, l’enfant doit attendre d’atteindre ses treize ans et prouver cinq années de séjour en France pour pouvoir demander la nationalité française. La loi “Asile et immigration” introduit donc à Mayotte un droit de la nationalité française différent de celui qui s’applique au reste de la France, comme l’analyse et le dénonce à juste titre l’historien Patrick Weil. “A Mayotte, il y a donc un problème d’entrée et de séjour irrégulier et on attend des pouvoirs publics qu’ils le traitent comme tel et qu’ils ne s’en déchargent pas sur la nationalité. Cela ne résoudra aucun problème. Surtout cela installe une discrimination, deux catégories de Français dans un domaine, la nationalité, où la République est et doit rester une et indivisible”.

Le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ont donné leur aval à un droit spécial à Mayotte qui rompt avec le principe de l’indivisibilité de la République et instaure une discrimination entre enfants nés en France. C’est un précédent gravissime qui augure mal de l’avenir, vu la montée des sentiments xénophobes et identitaires en France, et plus largement en Europe…

La philosophie de la loi “Asile et immigration” est dangereuse. Elle consacre une régression des droits pour les personnes étrangères et entame sérieusement le principe d’égalité entre Français.

Rose Lallier

 

 


Journal d’Octobre 2018 : Valeurs de footballeurs, Champions du monde

29 novembre 2018

Plus que jamais, nous restons fidèles à nos engagements comme à notre raison d’être : sensibiliser les jeunes à toutes les atteintes aux droits de la personne humaine, leur apprendre à respecter l’Autre et à honorer son pays. Or, l’été sportif que nous venons de connaître nous a montré combien l’équipe de France de football, championne du monde, est composée de jeunes gens qui ont parfaitement intégré ces valeurs, et cela au cours d’une compétition qui les a vus surclasser tous leurs adversaires. Evidemment, cela n’a pas été du goût de tout le monde, mais ces esprits chagrins – et jaloux – en seront quittes pour ravaler leur rancœur et leur amertume.

France-Champion-du-Monde-Il faut bien connaître l’histoire de cette équipe de France : jusqu’à la Coupe du Monde 1998, remportée par les coéquipiers de Zidane et Deschamps (déjà !), la France était regardée comme une équipe de seconde zone, bien loin des cadors européens et sud-américains. Or, depuis près de 40 ans, le football français a tiré les leçons de ses échecs et progressé de façon fulgurante. L’accent a été mis sur la formation, l’esprit de corps, la détection et le recrutement de jeunes qui, finalement, n’étaient pas moins bons que les autres. Cette fameuse “équipe black-blanc-beur” de Zidane et du capitaine Deschamps a montré au monde que désormais, il faudrait compter avec elle. Certes, dans cette progression, rien n’a été linéaire ni facile – la crise du mondial 2010 est oubliée, joueurs et cadres n’ont pas ménagé leurs efforts, et aujourd’hui, ils en sont brillamment récompensés. Les joueurs de cette équipe -oui, on a assisté à la naissance d’une vraie équipe – nous ont gratifiés d’un spectacle réjouissant : sur le terrain tout d’abord, en pratiquant un jeu moderne et réaliste, mais aussi hors du terrain : c’était alors à qui exprimait sa fierté d’être Français, citoyen de la République, fierté de porter ce maillot à une étoile (deux désormais, grâce à eux). Et tous exprimaient pour leurs dirigeants, à commencer par leur sélectionneur et entraîneur, Monsieur Didier Deschamps, un respect et une reconnaissance sans limites. Respect et reconnaissance étendus à tous les membres du staff français, médecins, kinés, préparateurs physiques, etc… Même les remplaçants, dont certains n’ont pas joué une seule minute au cours de cette Coupe du Monde, ont entretenu une ambiance festive et fraternelle, heureux d’être ensemble et de vivre une aventure grandiose.

Or, il se trouve que cette belle mentalité, cet esprit d’équipe, cet amour du pays et du maillot et cette fierté d’être Français vont probablement se manifester et s’accentuer dans les mois qui viennent, plus précisément dans l’année 2019, qui verra la Coupe du Monde de football féminin se dérouler en France ! Et notre pays y sera représenté par des joueuses admirables qui font que la France figure aujourd’hui parmi les 4 meilleures équipes du monde. Alors, bienvenue à vous, les filles, on vous attend avec impatience, et on vous soutiendra. Rendez-nous heureux, comme vos copains les garçons, et ne tenez aucun compte des écrits misérables des frustrés, jaloux et surtout incompétents, qui ne manqueront pas de se manifester, comme certains l’ont fait avec eux.

A l’avance, merci à vous toutes, nous sommes déjà très fiers de vous !

Guy Zerhat

 


Journal d’Octobre 2018 : Claude Lanzmann (1925-2018) et Marceline Loridan-Ivens (1928-2018)

29 novembre 2018

Claude Lanzmann et Marceline Loridan-Ivens nous ont quitté en l’espace de quelques mois et avec eux sont partis deux personnes exceptionnelles dont les œuvres, irremplaçables, demeurent et resteront.

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Claude Lanzmann (Crédit : Flash90)

Claude Lanzmann a vécu plusieurs vies, comme il le raconte dans une prose magnifique et un grand art de la narration dans son livre autobiographique Le Lièvre de Patagonie paru chez Gallimard en 2009, mais ce qui se manifeste dès sa prime jeunesse est son sens de l’engagement total et entier, sans concession aucune.

Il fut journaliste, philosophe engagé dans la lutte contre le colonialisme – il fut l’un des signataires, aux côtés de Sartre, Beauvoir, Blanchot et Vidal-Naquet du Manifeste des 121 sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie – et directeur de la revue des Temps Modernes, l’ami de Sartre et de Frantz Fanon, le compagnon notamment de Simone de Beauvoir.

Mais c’est sans nul doute son œuvre cinématographique qui restera, avec son monumental Shoah, monument contre l’oubli, monument à la mémoire des millions de Juifs européens exterminés pendant la seconde guerre mondiale. Une œuvre que Claude Lanzmann porta en lui pendant près de 12 années, puisque la préparation et le tournage durèrent près de 7 ans et le montage des 9 heures du film presque 5 ans. Dès sa sortie en 1985, Shoah fut salué comme l’œuvre cinématographique majeure sur la destruction des Juifs d’Europe, une œuvre qui marque d’une manière radicale et inoubliable celles et ceux qui l’auront vue.

Défenseur acharné du droit à l’existence de l’Etat d’Israël, pays auquel il avait déjà consacré un film, Pourquoi Israël, en 1973, Claude Lanzmann réalise un film sur l’armée israélienne, Tsahal, en 1994.

Puis il travaillera à partir des centaines d’heures de rushes d’interviews réalisées pour Shoah pour éclairer plus avant des figures, des thèmes latéraux à l’œuvre centrale que constitue Shoah, et des questions éthiques fondamentales avec Un vivant qui passe (1999), construit sur le témoignage de Maurice Rossel, délégué de la Croix-Rouge qui fit une visite du camp d’Auschwitz en 1943 et du camp de Theresienstadt en 1944 sans rien remarquer d’anormal (le témoin fut dupé par les nazis, mais aussi aveuglé par son propre antisémitisme) ; Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001) sur la révolte des prisonniers du camp d’extermination de Sobibor ; Le Rapport Karski (2010) sur le résistant polonais Jan Karski qui a alerté en 1943 les Alliés, en particulier Roosevelt, de l’extermination des Juifs ; Le Dernier des injustes (2013) avec le rabbin Murmelstein, membre du Judenrat de Vienne puis du camp de Theresienstadt ; Les Quatre Sœurs (2018) consacré à quatre femmes déportées et rescapées de l’extermination.

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Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens, sœur de déportation de Simone Veil (1927-2017) avec laquelle elle resta liée par une amitié indéfectible, fut dans les années 1960 et 1970 une documentariste et réalisatrice engagée, luttant pour la décolonisation, la révolution communiste, et contre l’impérialisme. Voulant alors s’éloigner de l’Europe et de ses souvenirs de la guerre, Marceline Loridan-Ivens fit de nombreux voyages avec son mari, Joris Ivens, pour filmer les indépendances africaines, puis la lutte armée des Viêt-Cong contre les Américains et la Révolution Culturelle chinoise.

Le 17e Parallèle, sorti en France en 1968 (à la différence de nombreux films de Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivens qui seront diffusés dans les pays communistes, mais interdits de sortie en France), dépeint la lutte du peuple vietnamien sous les bombardements de l’armée américaine. Comment Yukong déplaça les montagnes est composé de douze films réalisés dans différentes régions de la Chine maoïste au début des années 70.

D’une franchise et d’une honnêteté remarquables, Marceline Loridan-Ivens reconnaîtra plus tard qu’elle avait été naïve sur la répression en Chine.

Après la mort de Joris Ivens (1989) et une grave dépression, Marceline Loridan-Ivens s’attelle à écrire et réaliser une fiction en partie autobiographique sur sa déportation à Auschwitz-Birkenau en avril 1944, alors qu’elle vient tout juste d’avoir 16 ans. Ce sera La Petite Prairie aux bouleaux, sorti en 2003 dans les salles des Ecrans de Paris et soutenu par Sophie Dulac et notre regretté Daniel Rachline. Myriam, magnifiquement incarnée par Anouk Aimée, retourne à Birkenau 50 ans après sa déportation et rencontre un jeune Allemand d’une vingtaine d’années qui photographie les vestiges du camp. Un film remarquable d’intelligence, de pudeur et de finesse. Y sont évoqués, dessinés, suggérés, les thèmes que Marceline Loridan-Ivens reprendra dans ses deux livres Et tu n’es pas revenu (2015) et pour partie dans L’Amour après (2018), ceux de l’absence, la douleur de n’avoir pas pu ramener son père vivant (Szlama Rozenberg fut déporté avec sa fille mais ne revint pas, les circonstances exactes et la date de sa mort à Birkenau demeurent inconnues), les blessures de l’intime, la violence extrême de l’univers concentrationnaire dont la transmission de la mémoire aux non-déportés se heurte au roc de l’imaginaire… « On ne vit pas après Auschwitz, on vit avec en permanence. » déclarait Marceline Loridan-Ivens dans une interview au Monde. Une vie après et avec Auschwitz que Marceline Loridan-Ivens a engagé contre l’injustice et la violence, contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme. Une vie après et avec Auschwitz, la vie d’une “Mensch”, une belle personne, droite, lumineuse et généreuse.

Rose Lallier

N.B.: Le 17e Parallèle de Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivenspeut être visionné à l’adresse suivante https://www.youtube.com/watch?v=btkltmMKdHA

Les douze films composant Comment Yukong déplaça les montagnes  peuvent être visionnés sur Youtube.

 


Journal d’Octobre 2018 : Charles Testyler

29 novembre 2018
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Charles Testyler (1927-2018) et son épouse Arlette en 2017

C’est avec une profonde émotion que nous avons appris le décès de Charles Testyler survenu le 22 juin dernier.

Charles et Arlette Testyler nous ont fait l’honneur et le plaisir de venir quelquefois témoigner auprès des jeunes lors de nos séances débats.

Déporté en 1942, Charles Testyler eut à subir l’enfer de pas moins de sept camps. En dehors de lui et de deux de ses frères toute la famille Testyler fut anéantie.

Charles et Arlette, rescapée du Vel d’Hiv et de Pithiviers, n’ont eu de cesse de lutter contre l’oubli notamment en témoignant auprès de jeunes scolaires.

C’est encore une voix essentielle qui s’éteint, mais gageons qu’elle aura laissé des traces dans le cœur et l’esprit de tous les jeunes qui ont eu la chance de l’entendre.

Nous adressons nos plus attristées condoléances à son épouse, ses enfants et petits-enfants.

Mémoire 2000


Journal d’Octobre 2018 : Simone Veil au Panthéon

29 novembre 2018

“Un peuple, pour vivre, doit toujours pouvoir connaître son passé, le juger, l’assumer” disait Simone Veil dans un entretien accordé au Monde en 1983.

Le 1er juillet 2018, elle devient la cinquième femme qui entre au Panthéon, aux côtés de son mari Antoine, premier homme à y entrer en tant qu’époux.

Un an auparavant, au soir du décès de Simone Veil, le 30 juin 2017, un rassemblement féministe avait eu lieu sur la place de la République pour célébrer cette combattante de la cause des femmes.

15587338-15587604-article-simone-veil-pantheon-emmanuel-macron-jpg_5372130_660x281Revenons sur la cérémonie du 1er juillet. Les 29 et 30 juin 2018, les cercueils de Simone et Antoine Veil ont été exposés dans la crypte du Mémorial de la Shoah, pour un ultime hommage du peuple français. Le 1er juillet, les cercueils couverts du drapeau tricolore, quittent le Mémorial, escortés par la garde républicaine jusqu’au jardin du Luxembourg. Le cortège remonte la rue Soufflot tapissée de bleu, couleur de “la paix, l’entente entre les peuples et l’Europe “. Le long du parcours, cinq écrans géants retransmettent la cérémonie. Durant les pauses, sont projetés des films sur L’Europe et la Shoah. La chanson de Jean Ferrat nuit et brouillard accompagne le cortège.

La cérémonie fait écho aux étapes d’une vie hors du commun. Simone Jacob a 16 ans lorsqu’elle est déportée en mars 1944 avec sa sœur et sa mère qui ne reviendra pas. Au sortir de la guerre, Simone, devenue Veil par son mariage, entreprend des études de droit et entre dans la magistrature en 1957. Elle devient la première femme secrétaire générale du conseil de la magistrature en 1970. Nommée ministre de la santé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974, elle est chargée de faire adopter le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’est un dossier explosif. En novembre 1974, elle prononce devant l’Assemblée un discours historique. Trois jours plus tard, après des débats d’une grande violence, la loi est votée.

Simone Veil s’engage ensuite dans la construction de l’Europe, étape essentielle de la réconciliation franco-allemande. Elue au Parlement européen, elle en sera présidente de1979 à 1982. Elle dirige le service juridique du Parlement européen jusqu’en 1993, année où elle devient ministre d’Etat, ministre de la Santé, des Affaires sociales et de la Ville. Sa carrière s’achève au Conseil constitutionnel. Par ailleurs, Simone Veil a été membre fondateur du Mémorial de la Shoah et première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007.

La cérémonie publique se termine sur le parvis du Panthéon, nécropole laïque, entre deux immenses drapeaux français et européen, le président de la République prononce un discours, suivi d’une minute de silence, puis retentit la Marseillaise interprétée par Barbara Hendricks et le chœur de l’armée française, avant l’entrée sous la voute du Panthéon.

En cette fin d’été, nous apprenons que 14 panneaux de l’exposition consacrée à Simone Veil, sur les grilles du Panthéon, ont été dégradés. Son visage a été barré, sans autre texte ou mention. A quelle facette de cette femme exceptionnelle ce geste s’adresse-t-il ? A la féministe qui a obtenu la loi de dépénalisation de l’avortement ? A la déportée revenue des camps, qui fut présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah ? A la première femme présidente du Parlement Européen ? A l’académicienne qui a fait graver son matricule de déportée sur son épée ainsi que la devise de l’Union européenne “Unie dans la diversité” ?

Nous, qui souhaitons ne pas effacer le passé, nous souviendrons de cette femme profondément humaniste qui a toujours plaidé non pour un “devoir de mémoire” imposé à tous, mais pour la connaissance de notre histoire commune.

Jacinthe Hirsch


Journal d’Octobre 2018 : Une bonne prise de conscience

29 novembre 2018

“ En descendant les Champs-Elysées, tout à coup, je croise un homme et un enfant, bien habillés, remontant vers l’Arc de triomphe. Ils avaient le mot juif et l’étoile jaune cousus sur leur veste.

En vous le racontant aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, tellement ça a été un choc. Oui, un choc ! C’était inacceptable. Là, d’un coup, je me suis dit : mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ils soient juifs ou pas, qu’est-ce que ça peut faire ? Je ne sais pas comment vous dire, mais ça a brisé d’un coup mon antisémitisme.

Cela reste un moment unique dans ma vie. Cet homme et son fils, au fond, j’aurais voulu les serrer dans mes bras”.

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Daniel Cordier pendant la guerre et aujourd’hui

Ce sont les paroles de Daniel Cordier lors d’une interview accordée au Monde en mai dernier et qui explique de façon simple et émouvante, comment en quelques instants seulement il a pu prendre conscience de l’absurdité et de la violence de l’antisémitisme.

C’est sans doute, en partie, grâce à cette prise de conscience “fortuite” que cet ancien Camelot du roi, élevé dans une famille d’extrême droite, admiratrice de Maurras, antisémite, comme il était de bon ton de l’être à cette époque, s’engage dans la France libre et qu’il est devenu le personnage formidable que l’on connait.

Il dit lui-même qu’il fallait être fou pour faire certaines choses. Certaines folies sont d’une immense sagesse…

Il y a des leçons à écouter de cet homme “libre” qui pourtant ne souhaite pas en donner.


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 18 octobre 2016

20 décembre 2016

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La désintégration

Séance du 18 octobre 2016

Thème : la radicalisation

Débattrice : Soad Baba Aïssa

 

C’est l’histoire de trois jeunes musulmans qui, pour des raisons diverses, sont en opposition avec leurs familles. L’un d’eux, Ali, bon élève, travailleur, cherche un job. Il envoie son curriculum vitae des dizaines de fois mais ne reçoit aucune proposition. Malgré le soutien de sa mère et de ses frères, malgré les conseils du genre « change de prénom », il se laisse embarquer avec les deux autres garçons par un recruteur habile qui les conduit jusqu’au jihad et au « sacrifice suprême ».

C’est avec un malaise grandissant que j’ai regardé ce film, à la pensée que nos jeunes de la diversité présents dans cette salle, et ils étaient nombreux, noirs à 95%, puissent s’assimiler aux trois « héros », tout particulièrement à Ali. Heureusement l’image finale de sa mère qui fait des ménages dans un hôpital et qui, entendant la radio, pousse un cri atroce: « ils ont tué mon fils », remet les choses en place. Il a fallu tout l’art de notre débattrice et la participation des professeurs pour amener les élèves à s’exprimer sur un sujet aussi délicat.

Une jeune fille, en écho au malaise que j’avais ressenti, crie sa fureur et son dégout pour ce film: « c’est pas parce qu’on est musulman qu’on se laisse tourner la tête! ».

Le chef de classe : “Les trois gars, ils sont bêtes: il y a un gars, ils savent même pas d’où il sort ni qui il est. Il leur met des trucs dans la tête et ils l’écoutent. Ils veulent faire des attentats. Ils ont tort. Mais Ali, il a envoyé 106 cv sans une seule réponse positive ».

Un professeur: « Ce qui est dérangeant c’est que certains de nos élèves pourraient se trouver dans cette situation ».

Autre professeur: « Nos élèves sont intelligents et ils ne se laisseront pas prendre. À nous, adultes, à trouver la réponse ». Applaudissements.

A la question: comment vous sentez-vous intégrés? Une jeune fille noire répond : « Là où nous vivons il y a plus de discrimination contre les Noirs que contre les Arabes. Pourtant on est tous pareils. La France c’est pas que pour les Français ». Applaudissements.

Une autre: « Je me sens bien à Beaugrenelle (son quartier). Il n’y a pas de discrimination. Ceux qui vont au djihad ce sont des faibles qui vont voir la mauvaise personne qui leur dit n’importe quoi ».

Une autre : ”Pourquoi le monsieur (le recruteur) il fait croire qu’ils vont aller au paradis et à la fin il y va pas lui-même? » Le chef de classe: « Franchement, on m’a pas fait de discrimination. On est tous égaux mais… ça dépend. C’est pas tous les Français, y en a qui, y en a d’autres qui sont pas racistes”. Un autre : « C’est le nom qui fait la religion ». « Non, mon frère s’appelle Tony …”

« Et moi je connais un syrien qui s’appelle Daesh! ».

Une élève parle de la liberté de croyance. Notre débattrice rectifie : plutôt que la liberté de croyance, l’important c’est la liberté de conscience. Toute la salle applaudit. Elle dit de la laïcité. « La France est le seul pays au monde vraiment laïc même si, oui, il y a du racisme. Avec mon prénom, Soad, c’était comme pour Ali. Je suis Algérienne, j’ai eu envie de partir vivre en Algérie. Mais là-bas l’Islam est la religion d’État et, comme femme, vous êtes moins que rien. Je suis retournée en France. Maintenant, je sais apprécier la liberté de conscience, le droit d’accès de tous au service public, à la protection sociale, aux soins. Rappelez-vous, dans le film, le vieux père malade. On le voit sur son lit d’hôpital. Bien que Musulman il a droit aux soins les plus en pointe. Alors en France, certes il y a du racisme, mais ne cédons pas au chant des sirènes. Nous devons construire ensemble notre pays de demain. Longs applaudissements.

 

Hélène Eisenmann

 

 


Journal de Janvier 2017: Chantage à l’islamophobie

20 décembre 2016

tribunal-correctionnelLe 25 janvier 2017, doit se tenir devant la 17° chambre correctionnelle de Paris, un procès à l’encontre de Georges Bensoussan. Cette action en justice a été initiée à l’initiative du Comité Contre l’Islamophobie en France (CCIF), pour “ incitation à la discrimination, la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine… en l’espèce, la communauté musulmane”.

Qu’a donc pu faire ou dire Georges Bensoussan pour mériter cela?

Rappelons d’abord qui est Georges Bensoussan. C’est un historien français spécialiste de l’histoire culturelle des 19° et 20° siècles et des mondes juifs.

91p7tzr4vxlC’est lui qui, en 2002, est à l’origine du livre “Les territoires perdus de la République”, ouvrage co-écrit avec de nombreux professeurs, qui faisait déjà état d’une offensive islamiste dans les écoles et de la difficulté pour les enseignants, d’aborder en classe certains sujets.

Cet ouvrage fut à l’époque ignoré et considéré comme “raciste.”

Quatorze ans et plusieurs attentats plus tard, la situation s’est beaucoup dégradée et même si la parole s’est quelque peu libérée, il n’en reste pas moins que tout comme en 2002, certains chefs d’établissements préfèrent encore “composer” pour ne pas avoir d’ennuis.

Bref, Georges Bensoussan, depuis de longues années, tire la sonnette d’alarme sur les dangers que représente la radicalisation des jeunes et de ses conséquences aussi bien sur les jeunes eux-mêmes que sur toute la société.

Son discours, on l’a compris, n’est pas, aux yeux de certains, très “comme il faut” et il semble avoir “aggravé son cas” lors d’une émission le 10 octobre 2015, sur France Culture, où, interrogé sur l’antisémitisme, il répondait, paraphrasant certains propos du sociologue Smaïn Laacher : “…dans les familles arabes… l’antisémitisme se tète avec le lait de la mère…” : d’où le procès !!

1158_2014-12-03_17-15-07_bensoussan-jpgBeaucoup d’intellectuels notamment maghrébins, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama et bien d’autres encore, ont largement décrit cet antisémitisme “domestique”, souvent véhiculé par un langage imagé et des expressions où le mot “juif” n’est ni un compliment, ni une valeur ajoutée, mais revient souvent, plutôt comme une “insulte”. Tous ceux qui ont vécu dans des pays arabes le savent bien et l’ont éprouvé. (Je peux moi-même en témoigner).

Nier cette réalité avérée, est d’une grande hypocrisie qui procède d’une volonté de censurer toute parole “vraie” sur cette forme d’antisémitisme, et d’inverser la proposition afin d’obérer toute possibilité d’analyse et de critique d’un nouvel ordre culturel qu’une frange de la population française tente d’imposer.

L’accusation d’islamophobie est de ce point de vue, très pratique. Elle est un bon moyen de culpabiliser et de contraindre. Il faut prendre garde à ne pas tomber dans le panneau.

Georges Bensoussan ne serait donc coupable que de “parler vrai”?

Belle accusation…

Lison Benzaquen

P.S.  G. Bensoussan est également l’auteur d’un livre très intéressant : “Juifs en pays arabes : le grand déracinement – 1850-1975”. Il y raconte dans le détail, les circonstances qui ont amené les communautés juives de 5 pays musulmans arabes et non-arabes, présentes dans ces lieux depuis deux millénaires, à disparaître en seulement deux décennies.

 

 


Journal d’Octobre 2016: Il n’y a pas de racisme “mineur”…

27 septembre 2016
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Manifestation à Paris, le 4 septembre 2016, en mémoire de Chaolin Zhang (AFP/ François Guillot)

On ne peut pas dire que la communauté asiatique française fasse beaucoup parler d’elle ou qu’elle fasse souvent la une des journaux.

Si cette communauté souffre de racisme, il faut reconnaitre que jusqu’à présent elle le faisait dans la discrétion, en silence.

Mais, depuis l’agression le 7 août dernier de Chaolin Zhang, couturier de 49 ans, père de deux enfants, et de son décès quelques jours plus tard, les langues se sont déliées.

On apprend que les vols avec violence visant la communauté chinoise ont triplé en un an. Sachant que les asiatiques n’osent pas porter plainte, le chiffre doit être revu à la hausse.

D’autre part, il est très courant que les femmes dans la rue, se fassent traiter de “putes” et dans les collèges et lycées il n’est pas rare de rire de leur accent ou de leurs yeux bridés, tout en les traitant de “petit jaune”, de “sale chinetoque”, “bol de riz” et autre “jaune d’œuf”…

Pour certains, “le mobile racial” du crime de Chaolin Zhang “ne semble pas prégnant”, mais d’après le maire du 19° arrondissement de Paris, Olivier Wang, c’est bien parce que Chaolin Zhang était “chinois” qu’il a été agressé, car victime de l’idée reçue selon laquelle “les Chinois possèdent des espèces sur eux.”

Le racisme anti-asiatique ne passionne ni les foules, ni les médias, ni les associations. Il aura fallu la mort de Chaolin Zhang pour qu’éclate la colère d’une communauté habituellement si réservée.

Cette colère s’est exprimée lors de la manifestation du 4 septembre qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes venues dénoncer la violence et réclamer la “sécurité pour tous”.

La communauté asiatique demande donc davantage de protection de la part des autorités et une prise en main du problème par les acteurs sociaux et les associations car, même si, comme le souligne Alain Jacubowicz, “le racisme anti-chinois ne constitue pas l’un des grands problèmes à venir”, cela n’empêche pas Emmanuel Ma Mung, chercheur au CNRS, de mettre en garde contre “l’émergence au sein de la communauté chinoise, d’un mouvement visant à défendre spécifiquement ses droits”.

Une telle initiative aggraverait encore le risque de communautarisation de la société française.

Tout cela doit nous rappeler qu’il n’existe pas de racisme “mineur” et qu’il ne faut, jamais, rien laisser passer.

Lison Benzaquen

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Deux Rwandais jugés coupables de crime de génocide et de crime contre l’Humanité

27 septembre 2016
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Mémorial du génocide à Kigali (crédit: AP / Ben Curtis)

La Cour d’assise de Paris a condamné le 6 juillet 2016 Tito Barahira, 65 ans, et Octavien Ngenzi, 58 ans, à la prison à vie pour “crimes contre l’humanité” et “génocide”.

Les deux hommes, successivement bourgmestres de la ville de Kabarondo, 35 000 habitants, à l’est du Rwanda, ont été jugés coupables d’avoir encouragé et directement participé à “une pratique massive et systématique d’exécutions sommaires” en application d’un “plan concerté tendant à la destruction” du groupe ethnique tutsi à Kabarondo, le 13 avril 1994, où plusieurs milliers de Tutsis furent massacrés.

La justice française a exercé pour la seconde fois de l’histoire, sa compétence universelle pour juger des crimes de génocide – la destruction totale ou partielle d’un groupe défini, en l’occurrence le groupe tutsi en 1994 – et de crime contre l’humanité – les exécutions massives de civils, les milliers de civils tués à Kabarondo. Le crime de génocide et le crime contre l’humanité sont imprescriptibles, et les deux accusés ont été jugés et condamnés 22 ans après les faits. La justice avait déjà condamné en 2014 le capitaine rwandais Pascal Simbikangwa à 25 ans de réclusion criminelle pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Cette condamnation clôt un procès hors norme qui s’est déroulé à Paris pendant 9 semaines entre mai et juillet 2016. Une condamnation que 3 magistrats et 6 jurés ont prononcée après avoir entendu près de 80 témoins, des experts, les plaidoiries des 7 avocats des parties civiles (dont le C.P.C.R., la F.I.D.H. et la LICRA), de 2 magistrats du parquet et de 2 avocats de la défense.

Tito Barahira et Octavien Ngenzi n’ont pas contesté la réalité des faits: le massacre sur la place du marché et dans l’église de Kabarondo de milliers de personnes tutsis venues y trouver refuge, les rafles et les assassinats. Mais les deux hommes ont nié et continuent de nier leur implication personnelle. C’est donc les témoignages qui ont été au fondement du verdict, extrêmement sévère, puisque c’est la peine maximale ou presque (pas assortie d’une période de sûreté). Les jurés de la cour d’assise ont suivi le réquisitoire de l’avocat général, Philippe Courroye, qui a qualifié Tito Barahira de “dirigeant” du génocide à Kabarondo, et Octavien Ngenzi “d’officiant de la machette”.

Cette condamnation par la justice française est particulièrement lourde. L’ex-Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a condamné deux bourgmestres sur 12 jugés à Arusha à cette peine maximale (10 condamnés, 2 déclarés non coupables). Le TPIR n’a jamais retenu “l’entente en vue de commettre le génocide” contre les bourgmestres jugés, à la différence de la cour d’assise de Paris.

Me Philippe Meilhac et Me Françoise Mathé, les avocats de Tito Barahira et Octavien Ngenzi, ont tenté pendant le procès et leurs plaidoiries d’insinuer le doute dans l’esprit des jurés. Ils ont regretté la nomination en dernière minute du procureur général, Philippe Courroye, le changement de la Présidence de la chambre au cours du procès, et la renonciation à venir témoigner du Professeur André Guichaoua, l’un des meilleurs spécialistes du Rwanda. Ils ont dénoncé le manque de moyens et de temps alloués à un procès où 80 témoins ont eu à déposer en peu de temps…

Cette condamnation a été saluée par les parties civiles et les victimes, satisfaites de voir Tito Barahira et Octavien Ngenzi répondre de leurs actes et déclarés coupables par la justice française.

Les associations constituées parties civiles et une vingtaine de personnes physiques ont reçu chacune 1 euro d’indemnité au titre du préjudice subi.

Les deux condamnés ont fait appel du jugement.

Rose Lallier

 

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
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Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen 


Suivi judiciaire…

24 avril 2016

On apprend que l’arrêt de la cour de Lyon qui avait confirmé la décision du conseil de l’ordre des avocats de Lyon en confirmant la radiation de Maître DUBRUEL  (l’avocat lyonnais qui avait récusé un magistrat parce qu’il était juif) a été cassé par la cour de cassation en date du 1er Juillet 2015.

Cette information ne remet nullement en cause les raisons des poursuites disciplinaires engagées contre cet avocat que Mémoire 2000 avait poursuivi pour provocation à la haine raciale (ces poursuites n’avaient pas abouti pour des raisons de forme et de procédure). Elle repose sur l’absence de communication directe à l’intéressé des réquisitions du Ministère public tendant à la confirmation de sa radiation qui avait été prononcée par le conseil de l’ordre. En clair la cour de cassation reproche à la cour de s’être prononcée, sans que l’intéressé, qui n’avait pas d’avocat devant la cour de cassation, n’ait eu connaissance des réquisitions prises contre lui. Il savait parfaitement ce qu’on lui reprochait, mais il n’avait pas eu accès à l’argumentation du Ministère public.

L’affaire a été renvoyée devant la cour d’appel de Paris qui va avoir à se prononcer.

Nul doute qu’à cette occasion on ne manquera pas de lui faire parvenir le mémoire du parquet.

Cette décision n’en est pas moins significative.

Les règles de procédure doivent être respectées en toute occasion et surtout, lorsque l’on est en présence de situations qui paraissent évidentes ; mais elle illustre aussi le fait que les principes ne peuvent être défendus que dans le strict respect des règles de procédure.

Bref, ce n’est pas parce que c’est évident que c’est joué.

Mémoire 2000 veillera à l’avenir à ce que soient respectées davantage les règles de forme procédure.

En l’occurrence nul ne peut se prévaloir de cet arrêt pour dire que l’antisémitisme progresse ou régresse.

Bernard JOUANNEAU


Considérations sur la condamnation de J.M. Le Pen par le Tribunal de Paris

7 avril 2016

Le tribunal de Paris vient de rendre sa décision dans les poursuites engagées par le Ministère public contre Jean-Marie LE PEN, pour les déclarations qu’il a faites le 2 avril 2015 a Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV qui l’interrogeait pour savoir s’il regrettait ce qu’il avait dit jadis sur les chambres à gaz.

Il avait déclaré: « A aucun moment, ce que j’ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la guerre, à moins d’admettre que ça soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz » en ajoutant « Je maintiens ces propos parce que je crois que c’est la vérité ».

Jean-Marie Le Pen qui n’avait pas comparu à l’audience avait refusé de se défendre au fond et imparti à son avocat (Maître Wagner) le mandat de se borner à soulever son immunité de député européen.

Sur ce point, faisant droit au moyen soutenu par notre avocat (Maître Serge Tavitian) le tribunal a répondu que les propos tenus sur l’antenne de BFMTV ne l’avaient pas été dans le cadre de l’exercice de son mandat de député, avec lequel ils n’avaient aucun rapport. Il a donc écarté le moyen, puis statuant au fond, en dépit de son absence volontaire aux débats, le tribunal a considéré que Jean-Marie Le Pen s’était bien rendu coupable de contestation de crimes contre l’humanité, délit prévu et réprimé par l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 (Loi Gayssot), au motif que « Force est de constater, que sous couvert d’admettre à la fois la réalité et le caractère « assez ignoble » des chambres à gaz, Jean-Marie Le Pen n’avait eu de cesse d’en relativiser l’importance, par delà sa persistance à employer le terme de « détail » et que « cette analyse qui vise à mettre à égalité l’ensemble des épisodes dramatiques de ce conflit, n’en faisant que des péripéties inhérentes à toute guerre, est effectué en toute conscience par Jean-Marie Le Pen, alors même qu’il a déjà été condamné pour des propos de même nature et qu’il est sans conteste rompu aux interviews »… 

En répression, le tribunal l’a condamné à 30 000  € d’amende et a ordonné en outre, à titre de peine complémentaire la publication d’un communiqué faisant état de sa condamnation dans les quotidiens LE FIGARO, LE MONDE et LIBERATION dans la limite de 5000€ par insertion, tout en ordonnant l’exécution provisoire de cette mesure de publication.

Sur les constitutions de partie civile, le tribunal a octroyé aux associations déclarées recevables, l’indemnisation qu’elles demandaient et en particulier à Mémoire 2000 la somme de 5000 € de dommages et intérêts+ 1500 € de frais.

On retiendra de cette décision l’analyse particulièrement détaillée de la notion de contestation.

Après la reconnaissance par le Conseil constitutionnel de la parfaite constitutionnalité de la loi Gayssot, par sa décision du 6 janvier dernier, le jugement de la 17 ° chambre du tribunal de Paris en renforce la portée.

Le président

Bernard JOUANNEAU


Journal d’Avril 2016: compte-rendu de notre séance-débat du 15 décembre 2015

30 mars 2016

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Kenny

Séance du 15 décembre 2015

Thème : le harcèlement à l’école

Débatteur : Gabriel Gonnet

 

Pour cette séance de décembre nous avions choisi le thème du harcèlement à l’école. Le choix du film de Gabriel Gonnet, aurait dû susciter l’intérêt des élèves et de leurs professeurs, quand on sait qu’un collégien sur dix, soit 1,2 millions d’élèves sont victimes, durant leur scolarité, de harcèlement caractérisé par une violence intentionnelle collective, répétée et gratuite.

L’instauration d’une journée mondiale du harcèlement scolaire les premiers jeudi de novembre et la mise en place d’une délégation interministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire auraient dû éveiller l’attention. Rien n’y a fait, et même le lycée Claude Bernard où le film a été tourné, s’est porté pâle. C’est le lycée La Fontaine, qui nous a ouvert ses portes, et nous a reçus, en présence des enseignants et d’un conseiller d’éducation. Le réalisateur, Gabriel Gonnet qui s’était proposé d’animer le débat a d’emblée imposé sa méthode. Après projection de son film qui dure environ 20 minutes, il distribue ses questionnaires et les fait remplir par les élèves pour les amener à prendre conscience du fonctionnement et du danger du harcèlement scolaire. Tout le contraire de ce que nous avons l’habitude de faire, mais l’expérience nous a paru mériter le détour. Les élèves semblaient tous avoir conscience du phénomène et de ses risques. Ils n’ont finalement réagi spontanément que lorsque Margaux, ma fille âgée de 24 ans, qui a vécu cette expérience du mauvais côté au même âge qu’eux, est venue leur dire comment se déclenche le cyber-harcèlement et les ravages qu’il peut faire.

Voici son témoignage : ”C’était important pour moi d’assister à cette intervention de Mémoire 2000. Le cyber-harcèlement est un sujet grave, et qui m’importe d’autant plus que j’y avais pris part, au sein d’un groupe d’amis, étant adolescente, au commencement des skyblogs et de la folie des réseaux sociaux. Ce n’est pas une chose dont je suis fière, mais c’est par contre une histoire que je tenais à raconter à des jeunes qui n’avaient peut-être pas conscience de la rapidité avec laquelle ces choses là peuvent arriver, sans qu’on s’en rende compte, dans un sens comme dans l’autre. Et comme on entend plus souvent l’histoire du côté des harcelés, je me suis dit que les “harceleurs” se devaient d’assumer et de parler aussi. Je me suis aussi dit qu’en n’ayant que 24 ans, la proximité que je pourrai avoir avec des jeunes de 14 ans les mettraient à l’aise et les forceraient à m’écouter. Mais j’avais oublié qu’à cet âge là, on vit dans son monde, et qu’il n’y a pas vraiment de proximité avec qui que ce soit de plus âgé. Cela dit, ils m’ont écoutée. Ils avaient l’air de très bien comprendre ce que je leur racontais, ils étaient même choqués par mon histoire. Certains ont posé des questions, intéressés, d’autres ont réagi vivement. Moi qui pensait que c’était un sujet qu’on connaissait peu, je suis ressortie de là avec une impression un peu différente.

Maintenant que les réseaux sociaux sont démocratisés, et que tous ces jeunes y ont accès, l’engouement m’a l’air de devenir un peu plus maitrisé. Ce n’est plus comme à l’époque, où l’on ne savait pas très bien quels étaient les tenants et aboutissants de tout ce qu’il se passait en ligne. Et puis les terribles histoires de ces adolescents qui ont succombé à ce cyber-harcèlement, je pense qu’ils en ont beaucoup entendu parler. Les adolescents d’aujourd’hui grandissent et murissent de plus en plus vite, donc il est raisonnable de penser qu’ils comprennent aussi plus vite les répercutions de leurs actes et de leurs paroles.

Cela étant dit, je pense qu’il est et qu’il sera toujours utile de les alarmer à ce sujet, car mon avis importe peu face à notre incompréhension à tous d’un cerveau d’adolescent”.
J’ai ressenti personnellement ce matin là, l’utilité irremplaçable de ces séances et des débats libres qu’elles permettent de provoquer.

Bernard Jouanneau


Journal d’Avril 2016: La vie comme tous les jours

30 mars 2016

La guerre vue de l’intérieur au fond d’une boutique de tailleur rue de Paris à Montreuil. A 13 ans, on n’y comprend rien, d’ailleurs à n’importe quel âge non plus, comme les parents du narrateur, Lazare et Clara, qui ne sont pas revenus de la rafle du 16 juillet 1942, sous les yeux de leur fils qu’ils avaient déménagé chez leurs voisins pour diminuer les risques. Ils lui ont sauvé la vie par leur prudence.

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Je ne comprends rien, sinon que c’était
la guerre des Juifs, comme à l’école
entre les cow-boys et les Indiens. Mais
nous, c’était pour rire. Eux, ils étaient
sérieux. L’école elle s’appelait Robespierre, 
le quartier parlait du communisme, du
socialisme, du monde à refaire. De Staline, 
d’Hitler. Il se souvient des rires, des cris, 
des discussions: tailleurs, fourreurs, ébénistes, couturières, tous membres de l’Amicale Israélite de Montreuil. Les parents font
faire des études à leurs enfants qui réussiront comme le juif polonais Blum, ou
deviendront docteurs-spécialistes avec une plaque dorée en bas. On parle aussi de l’antisémitisme des Polonais qui les a conduits à Montreuil. A propos, Chopin était-il antisémite? se demande le jeune garçon promis à de hautes destinées. Ses parents le forçaient donc à dormir chez les voisins qui avaient perdu leur fils. Bientôt tout s’embrouille, il y a ceux qui partent en laissant leurs meubles sur place, et bientôt l’obligation de se faire enregistrer au commissariat de la Croix-de-Chavaux. Ceux qui y vont parce que la loi c’est la loi, et ceux qui refusent cette France de la honte, France de petits fonctionnaires qui font leur métier…Les premiers ressortent avec leur visage défait. Sans un mot, ils ont montré leur carte d’identité tamponnée d’un JUIF majuscule. Ils sont en règle, rien de spécial ne s’est passé.

Et le travail a repris. Pourtant pour vivre c’était difficile. Plus beaucoup de costumes sur mesure. Papa et maman faisaient des retouches, rapiéçaient les habits usagés contre des légumes, du pain, des œufs. Et, collée sur la vitrine, une affiche ENTREPRISE JUIVE. Pourquoi as-tu cru ces salauds? ne cesse de demander le survivant. Et aussi: comment réparer l’irréparable? Avec de la colle et des ciseaux? Dans un monde perdu qui ne ressemble à rien de connu.

Car après la guerre il y a l’après-guerre et aussi le sionisme dont ses parents ne connaissaient même pas le nom. Il faut (re)prendre son destin en mains, rester ou partir en Israël? Il fait son choix loin de tous les embrigadements. La France est son pays natal même lorsqu’elle affichait ses portraits de juifs à long nez, aux cheveux crépus, etc…Chaque être humain nait avec des valises, parfois bien lourdes à porter. Heureux ceux qui n’ont qu’un baluchon.

Colette Gutman