Journal de Janvier 2017: Chantage à l’islamophobie

20 décembre 2016

tribunal-correctionnelLe 25 janvier 2017, doit se tenir devant la 17° chambre correctionnelle de Paris, un procès à l’encontre de Georges Bensoussan. Cette action en justice a été initiée à l’initiative du Comité Contre l’Islamophobie en France (CCIF), pour “ incitation à la discrimination, la haine ou la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine… en l’espèce, la communauté musulmane”.

Qu’a donc pu faire ou dire Georges Bensoussan pour mériter cela?

Rappelons d’abord qui est Georges Bensoussan. C’est un historien français spécialiste de l’histoire culturelle des 19° et 20° siècles et des mondes juifs.

91p7tzr4vxlC’est lui qui, en 2002, est à l’origine du livre “Les territoires perdus de la République”, ouvrage co-écrit avec de nombreux professeurs, qui faisait déjà état d’une offensive islamiste dans les écoles et de la difficulté pour les enseignants, d’aborder en classe certains sujets.

Cet ouvrage fut à l’époque ignoré et considéré comme “raciste.”

Quatorze ans et plusieurs attentats plus tard, la situation s’est beaucoup dégradée et même si la parole s’est quelque peu libérée, il n’en reste pas moins que tout comme en 2002, certains chefs d’établissements préfèrent encore “composer” pour ne pas avoir d’ennuis.

Bref, Georges Bensoussan, depuis de longues années, tire la sonnette d’alarme sur les dangers que représente la radicalisation des jeunes et de ses conséquences aussi bien sur les jeunes eux-mêmes que sur toute la société.

Son discours, on l’a compris, n’est pas, aux yeux de certains, très “comme il faut” et il semble avoir “aggravé son cas” lors d’une émission le 10 octobre 2015, sur France Culture, où, interrogé sur l’antisémitisme, il répondait, paraphrasant certains propos du sociologue Smaïn Laacher : “…dans les familles arabes… l’antisémitisme se tète avec le lait de la mère…” : d’où le procès !!

1158_2014-12-03_17-15-07_bensoussan-jpgBeaucoup d’intellectuels notamment maghrébins, comme Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama et bien d’autres encore, ont largement décrit cet antisémitisme “domestique”, souvent véhiculé par un langage imagé et des expressions où le mot “juif” n’est ni un compliment, ni une valeur ajoutée, mais revient souvent, plutôt comme une “insulte”. Tous ceux qui ont vécu dans des pays arabes le savent bien et l’ont éprouvé. (Je peux moi-même en témoigner).

Nier cette réalité avérée, est d’une grande hypocrisie qui procède d’une volonté de censurer toute parole “vraie” sur cette forme d’antisémitisme, et d’inverser la proposition afin d’obérer toute possibilité d’analyse et de critique d’un nouvel ordre culturel qu’une frange de la population française tente d’imposer.

L’accusation d’islamophobie est de ce point de vue, très pratique. Elle est un bon moyen de culpabiliser et de contraindre. Il faut prendre garde à ne pas tomber dans le panneau.

Georges Bensoussan ne serait donc coupable que de “parler vrai”?

Belle accusation…

Lison Benzaquen

P.S.  G. Bensoussan est également l’auteur d’un livre très intéressant : “Juifs en pays arabes : le grand déracinement – 1850-1975”. Il y raconte dans le détail, les circonstances qui ont amené les communautés juives de 5 pays musulmans arabes et non-arabes, présentes dans ces lieux depuis deux millénaires, à disparaître en seulement deux décennies.

 

 

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Journal d’Octobre 2016: Il n’y a pas de racisme “mineur”…

27 septembre 2016
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Manifestation à Paris, le 4 septembre 2016, en mémoire de Chaolin Zhang (AFP/ François Guillot)

On ne peut pas dire que la communauté asiatique française fasse beaucoup parler d’elle ou qu’elle fasse souvent la une des journaux.

Si cette communauté souffre de racisme, il faut reconnaitre que jusqu’à présent elle le faisait dans la discrétion, en silence.

Mais, depuis l’agression le 7 août dernier de Chaolin Zhang, couturier de 49 ans, père de deux enfants, et de son décès quelques jours plus tard, les langues se sont déliées.

On apprend que les vols avec violence visant la communauté chinoise ont triplé en un an. Sachant que les asiatiques n’osent pas porter plainte, le chiffre doit être revu à la hausse.

D’autre part, il est très courant que les femmes dans la rue, se fassent traiter de “putes” et dans les collèges et lycées il n’est pas rare de rire de leur accent ou de leurs yeux bridés, tout en les traitant de “petit jaune”, de “sale chinetoque”, “bol de riz” et autre “jaune d’œuf”…

Pour certains, “le mobile racial” du crime de Chaolin Zhang “ne semble pas prégnant”, mais d’après le maire du 19° arrondissement de Paris, Olivier Wang, c’est bien parce que Chaolin Zhang était “chinois” qu’il a été agressé, car victime de l’idée reçue selon laquelle “les Chinois possèdent des espèces sur eux.”

Le racisme anti-asiatique ne passionne ni les foules, ni les médias, ni les associations. Il aura fallu la mort de Chaolin Zhang pour qu’éclate la colère d’une communauté habituellement si réservée.

Cette colère s’est exprimée lors de la manifestation du 4 septembre qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes venues dénoncer la violence et réclamer la “sécurité pour tous”.

La communauté asiatique demande donc davantage de protection de la part des autorités et une prise en main du problème par les acteurs sociaux et les associations car, même si, comme le souligne Alain Jacubowicz, “le racisme anti-chinois ne constitue pas l’un des grands problèmes à venir”, cela n’empêche pas Emmanuel Ma Mung, chercheur au CNRS, de mettre en garde contre “l’émergence au sein de la communauté chinoise, d’un mouvement visant à défendre spécifiquement ses droits”.

Une telle initiative aggraverait encore le risque de communautarisation de la société française.

Tout cela doit nous rappeler qu’il n’existe pas de racisme “mineur” et qu’il ne faut, jamais, rien laisser passer.

Lison Benzaquen

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Deux Rwandais jugés coupables de crime de génocide et de crime contre l’Humanité

27 septembre 2016
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Mémorial du génocide à Kigali (crédit: AP / Ben Curtis)

La Cour d’assise de Paris a condamné le 6 juillet 2016 Tito Barahira, 65 ans, et Octavien Ngenzi, 58 ans, à la prison à vie pour “crimes contre l’humanité” et “génocide”.

Les deux hommes, successivement bourgmestres de la ville de Kabarondo, 35 000 habitants, à l’est du Rwanda, ont été jugés coupables d’avoir encouragé et directement participé à “une pratique massive et systématique d’exécutions sommaires” en application d’un “plan concerté tendant à la destruction” du groupe ethnique tutsi à Kabarondo, le 13 avril 1994, où plusieurs milliers de Tutsis furent massacrés.

La justice française a exercé pour la seconde fois de l’histoire, sa compétence universelle pour juger des crimes de génocide – la destruction totale ou partielle d’un groupe défini, en l’occurrence le groupe tutsi en 1994 – et de crime contre l’humanité – les exécutions massives de civils, les milliers de civils tués à Kabarondo. Le crime de génocide et le crime contre l’humanité sont imprescriptibles, et les deux accusés ont été jugés et condamnés 22 ans après les faits. La justice avait déjà condamné en 2014 le capitaine rwandais Pascal Simbikangwa à 25 ans de réclusion criminelle pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Cette condamnation clôt un procès hors norme qui s’est déroulé à Paris pendant 9 semaines entre mai et juillet 2016. Une condamnation que 3 magistrats et 6 jurés ont prononcée après avoir entendu près de 80 témoins, des experts, les plaidoiries des 7 avocats des parties civiles (dont le C.P.C.R., la F.I.D.H. et la LICRA), de 2 magistrats du parquet et de 2 avocats de la défense.

Tito Barahira et Octavien Ngenzi n’ont pas contesté la réalité des faits: le massacre sur la place du marché et dans l’église de Kabarondo de milliers de personnes tutsis venues y trouver refuge, les rafles et les assassinats. Mais les deux hommes ont nié et continuent de nier leur implication personnelle. C’est donc les témoignages qui ont été au fondement du verdict, extrêmement sévère, puisque c’est la peine maximale ou presque (pas assortie d’une période de sûreté). Les jurés de la cour d’assise ont suivi le réquisitoire de l’avocat général, Philippe Courroye, qui a qualifié Tito Barahira de “dirigeant” du génocide à Kabarondo, et Octavien Ngenzi “d’officiant de la machette”.

Cette condamnation par la justice française est particulièrement lourde. L’ex-Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a condamné deux bourgmestres sur 12 jugés à Arusha à cette peine maximale (10 condamnés, 2 déclarés non coupables). Le TPIR n’a jamais retenu “l’entente en vue de commettre le génocide” contre les bourgmestres jugés, à la différence de la cour d’assise de Paris.

Me Philippe Meilhac et Me Françoise Mathé, les avocats de Tito Barahira et Octavien Ngenzi, ont tenté pendant le procès et leurs plaidoiries d’insinuer le doute dans l’esprit des jurés. Ils ont regretté la nomination en dernière minute du procureur général, Philippe Courroye, le changement de la Présidence de la chambre au cours du procès, et la renonciation à venir témoigner du Professeur André Guichaoua, l’un des meilleurs spécialistes du Rwanda. Ils ont dénoncé le manque de moyens et de temps alloués à un procès où 80 témoins ont eu à déposer en peu de temps…

Cette condamnation a été saluée par les parties civiles et les victimes, satisfaites de voir Tito Barahira et Octavien Ngenzi répondre de leurs actes et déclarés coupables par la justice française.

Les associations constituées parties civiles et une vingtaine de personnes physiques ont reçu chacune 1 euro d’indemnité au titre du préjudice subi.

Les deux condamnés ont fait appel du jugement.

Rose Lallier

 

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
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Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen 


Suivi judiciaire…

24 avril 2016

On apprend que l’arrêt de la cour de Lyon qui avait confirmé la décision du conseil de l’ordre des avocats de Lyon en confirmant la radiation de Maître DUBRUEL  (l’avocat lyonnais qui avait récusé un magistrat parce qu’il était juif) a été cassé par la cour de cassation en date du 1er Juillet 2015.

Cette information ne remet nullement en cause les raisons des poursuites disciplinaires engagées contre cet avocat que Mémoire 2000 avait poursuivi pour provocation à la haine raciale (ces poursuites n’avaient pas abouti pour des raisons de forme et de procédure). Elle repose sur l’absence de communication directe à l’intéressé des réquisitions du Ministère public tendant à la confirmation de sa radiation qui avait été prononcée par le conseil de l’ordre. En clair la cour de cassation reproche à la cour de s’être prononcée, sans que l’intéressé, qui n’avait pas d’avocat devant la cour de cassation, n’ait eu connaissance des réquisitions prises contre lui. Il savait parfaitement ce qu’on lui reprochait, mais il n’avait pas eu accès à l’argumentation du Ministère public.

L’affaire a été renvoyée devant la cour d’appel de Paris qui va avoir à se prononcer.

Nul doute qu’à cette occasion on ne manquera pas de lui faire parvenir le mémoire du parquet.

Cette décision n’en est pas moins significative.

Les règles de procédure doivent être respectées en toute occasion et surtout, lorsque l’on est en présence de situations qui paraissent évidentes ; mais elle illustre aussi le fait que les principes ne peuvent être défendus que dans le strict respect des règles de procédure.

Bref, ce n’est pas parce que c’est évident que c’est joué.

Mémoire 2000 veillera à l’avenir à ce que soient respectées davantage les règles de forme procédure.

En l’occurrence nul ne peut se prévaloir de cet arrêt pour dire que l’antisémitisme progresse ou régresse.

Bernard JOUANNEAU


Considérations sur la condamnation de J.M. Le Pen par le Tribunal de Paris

7 avril 2016

Le tribunal de Paris vient de rendre sa décision dans les poursuites engagées par le Ministère public contre Jean-Marie LE PEN, pour les déclarations qu’il a faites le 2 avril 2015 a Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV qui l’interrogeait pour savoir s’il regrettait ce qu’il avait dit jadis sur les chambres à gaz.

Il avait déclaré: « A aucun moment, ce que j’ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la guerre, à moins d’admettre que ça soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz » en ajoutant « Je maintiens ces propos parce que je crois que c’est la vérité ».

Jean-Marie Le Pen qui n’avait pas comparu à l’audience avait refusé de se défendre au fond et imparti à son avocat (Maître Wagner) le mandat de se borner à soulever son immunité de député européen.

Sur ce point, faisant droit au moyen soutenu par notre avocat (Maître Serge Tavitian) le tribunal a répondu que les propos tenus sur l’antenne de BFMTV ne l’avaient pas été dans le cadre de l’exercice de son mandat de député, avec lequel ils n’avaient aucun rapport. Il a donc écarté le moyen, puis statuant au fond, en dépit de son absence volontaire aux débats, le tribunal a considéré que Jean-Marie Le Pen s’était bien rendu coupable de contestation de crimes contre l’humanité, délit prévu et réprimé par l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 (Loi Gayssot), au motif que « Force est de constater, que sous couvert d’admettre à la fois la réalité et le caractère « assez ignoble » des chambres à gaz, Jean-Marie Le Pen n’avait eu de cesse d’en relativiser l’importance, par delà sa persistance à employer le terme de « détail » et que « cette analyse qui vise à mettre à égalité l’ensemble des épisodes dramatiques de ce conflit, n’en faisant que des péripéties inhérentes à toute guerre, est effectué en toute conscience par Jean-Marie Le Pen, alors même qu’il a déjà été condamné pour des propos de même nature et qu’il est sans conteste rompu aux interviews »… 

En répression, le tribunal l’a condamné à 30 000  € d’amende et a ordonné en outre, à titre de peine complémentaire la publication d’un communiqué faisant état de sa condamnation dans les quotidiens LE FIGARO, LE MONDE et LIBERATION dans la limite de 5000€ par insertion, tout en ordonnant l’exécution provisoire de cette mesure de publication.

Sur les constitutions de partie civile, le tribunal a octroyé aux associations déclarées recevables, l’indemnisation qu’elles demandaient et en particulier à Mémoire 2000 la somme de 5000 € de dommages et intérêts+ 1500 € de frais.

On retiendra de cette décision l’analyse particulièrement détaillée de la notion de contestation.

Après la reconnaissance par le Conseil constitutionnel de la parfaite constitutionnalité de la loi Gayssot, par sa décision du 6 janvier dernier, le jugement de la 17 ° chambre du tribunal de Paris en renforce la portée.

Le président

Bernard JOUANNEAU


Journal d’Avril 2016: compte-rendu de notre séance-débat du 15 décembre 2015

30 mars 2016

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Kenny

Séance du 15 décembre 2015

Thème : le harcèlement à l’école

Débatteur : Gabriel Gonnet

 

Pour cette séance de décembre nous avions choisi le thème du harcèlement à l’école. Le choix du film de Gabriel Gonnet, aurait dû susciter l’intérêt des élèves et de leurs professeurs, quand on sait qu’un collégien sur dix, soit 1,2 millions d’élèves sont victimes, durant leur scolarité, de harcèlement caractérisé par une violence intentionnelle collective, répétée et gratuite.

L’instauration d’une journée mondiale du harcèlement scolaire les premiers jeudi de novembre et la mise en place d’une délégation interministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire auraient dû éveiller l’attention. Rien n’y a fait, et même le lycée Claude Bernard où le film a été tourné, s’est porté pâle. C’est le lycée La Fontaine, qui nous a ouvert ses portes, et nous a reçus, en présence des enseignants et d’un conseiller d’éducation. Le réalisateur, Gabriel Gonnet qui s’était proposé d’animer le débat a d’emblée imposé sa méthode. Après projection de son film qui dure environ 20 minutes, il distribue ses questionnaires et les fait remplir par les élèves pour les amener à prendre conscience du fonctionnement et du danger du harcèlement scolaire. Tout le contraire de ce que nous avons l’habitude de faire, mais l’expérience nous a paru mériter le détour. Les élèves semblaient tous avoir conscience du phénomène et de ses risques. Ils n’ont finalement réagi spontanément que lorsque Margaux, ma fille âgée de 24 ans, qui a vécu cette expérience du mauvais côté au même âge qu’eux, est venue leur dire comment se déclenche le cyber-harcèlement et les ravages qu’il peut faire.

Voici son témoignage : ”C’était important pour moi d’assister à cette intervention de Mémoire 2000. Le cyber-harcèlement est un sujet grave, et qui m’importe d’autant plus que j’y avais pris part, au sein d’un groupe d’amis, étant adolescente, au commencement des skyblogs et de la folie des réseaux sociaux. Ce n’est pas une chose dont je suis fière, mais c’est par contre une histoire que je tenais à raconter à des jeunes qui n’avaient peut-être pas conscience de la rapidité avec laquelle ces choses là peuvent arriver, sans qu’on s’en rende compte, dans un sens comme dans l’autre. Et comme on entend plus souvent l’histoire du côté des harcelés, je me suis dit que les “harceleurs” se devaient d’assumer et de parler aussi. Je me suis aussi dit qu’en n’ayant que 24 ans, la proximité que je pourrai avoir avec des jeunes de 14 ans les mettraient à l’aise et les forceraient à m’écouter. Mais j’avais oublié qu’à cet âge là, on vit dans son monde, et qu’il n’y a pas vraiment de proximité avec qui que ce soit de plus âgé. Cela dit, ils m’ont écoutée. Ils avaient l’air de très bien comprendre ce que je leur racontais, ils étaient même choqués par mon histoire. Certains ont posé des questions, intéressés, d’autres ont réagi vivement. Moi qui pensait que c’était un sujet qu’on connaissait peu, je suis ressortie de là avec une impression un peu différente.

Maintenant que les réseaux sociaux sont démocratisés, et que tous ces jeunes y ont accès, l’engouement m’a l’air de devenir un peu plus maitrisé. Ce n’est plus comme à l’époque, où l’on ne savait pas très bien quels étaient les tenants et aboutissants de tout ce qu’il se passait en ligne. Et puis les terribles histoires de ces adolescents qui ont succombé à ce cyber-harcèlement, je pense qu’ils en ont beaucoup entendu parler. Les adolescents d’aujourd’hui grandissent et murissent de plus en plus vite, donc il est raisonnable de penser qu’ils comprennent aussi plus vite les répercutions de leurs actes et de leurs paroles.

Cela étant dit, je pense qu’il est et qu’il sera toujours utile de les alarmer à ce sujet, car mon avis importe peu face à notre incompréhension à tous d’un cerveau d’adolescent”.
J’ai ressenti personnellement ce matin là, l’utilité irremplaçable de ces séances et des débats libres qu’elles permettent de provoquer.

Bernard Jouanneau