Journal d’Avril 2016: Jardin Lazare Rachline

30 mars 2016

Vendredi 5 février 2016, la maire de Paris, Anne Hidalgo, le maire du 3e arrondissement et président d’honneur de la LICRA, Pierre Aidenbaum, ainsi que Robert Badinter honoraient la mémoire de Lazare Rachline résistant pendant la guerre, et fondateur, aux côtés de Bernard Lecache, de la LICA. La ville de Paris lui rend hommage en baptisant l’ancien jardin de l’Hôtel Donon, Jardin Lazare Rachline.

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Inauguration du Jardin Lazare Rachline, le 5 février 2016 à Paris

A cette occasion, Robert Badinter a prononcé un très bel hommage dont nous reproduisons ici quelques extraits.

« Au nom de tous ceux qui sont ici réunis, permettez-moi de vous remercier de votre décision de donner à ce jardin, situé au cœur du vieux Paris, le nom d’un héros exemplaire de la Résistance, d’un Républicain épris de liberté et de justice, d’un juif patriote français qui, né le 25 décembre 1905 à Nijni Novgorod (Russie), dans le Yiddishland, a tant aimé et servi la France. A l’âge de trois mois et demi, bébé dans les bras de sa mère, il fit le long voyage… à travers l’Europe orientale et centrale qui les menait enfin Gare de l’Est. Là les attendait Zadoc Rachline, venu en France dès 1904, fuyant les pogroms organisés par la police tsariste.
Ainsi sa terre quasi-natale, en vérité sa patrie, ce fut pour ce bébé dès qu’il ouvrit les yeux, la France et Lucien Rachline n’en connut jamais d’autre.
En 1934, au moment où Hitler prenait le pouvoir (…), Lucien Rachline demanda sa naturalisation. Elle lui fut enfin accordée en 1938. Ce qu’il voulait, lui Lazare Rachline, c’était servir la France à l’heure du péril.
Fait prisonnier en juin 1940… Il réussit à s’évader du camp situé près de Dresde… Arrivé en France, démobilisé… Lucien n’avait en tête qu’une pensée, une obsession: rejoindre la Résistance. Il rallia en 1941 le réseau Vic, créé en zone libre… Chargé de faire évader et d’exfiltrer en Angleterre les aviateurs alliés prisonniers et les résistants…
Ainsi Lucien Rachline, paisible industriel, fut-il amené à faire évader en 1942 de la prison de Mauzac six détenus dont le député socialiste Jean-Pierre Bloch se trouvait être l’un de ses amis avant-guerre, vice-président comme lui de la LICA.
Après le coup d’éclat, d’autres évasions spectaculaires furent réalisées. Mais le filet se resserrait. (…) Il lui fallait, d’ordre supérieur, quitter la France… Avec quelques compagnons, dont son ami fraternel, Marcel Bleustein, devenu Blanchet dans la Résistance, ils franchirent les cols des Pyrénées. Arrêtés par la “guardia civil” de Franco, jetés en prison (…), ils croupirent-là plusieurs mois avant de pouvoir gagner Gibraltar et de là l’Angleterre… Le 23 mars 1944, le Général de Gaulle reçut Lucien Rachet à Londres. La Résistance intérieure en France traversait une période tragique. Après l’arrestation et la mort sous la torture de Jean Moulin, Pierre Brossolette, son successeur, avait été arrêté et s’était suicidé.
Le débarquement se préparait. Il fallait pour le Général de Gaulle s’assurer que la Résistance intérieure ne déclencherait d’insurrection armée que sur son ordre pour éviter des représailles terribles et des actions inutiles.
Pour faire passer ce message à toutes les composantes de la Résistance intérieure, il fallait un homme sûr (…) : ce fut Lucien Rachet qui fut choisi par le Général de Gaulle pour être son Délégué auprès des chefs de la Résistance intérieure… Sous le pseudonyme de Socrate… Lucien rencontre tous les principaux chefs de la Résistance entre avril et mai 1944. Il retourna à Londres fin mai en repassant par l’Espagne.

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Vila Rachline (à gauche) et Lazare Rachline en 1938 (source: http://www.lr-lelivre.com)

Le 5 juin 1944, à la veille du débarquement, Lucien Rachet rencontre à nouveau le Général de Gaulle à Londres. Il lui rendit compte de sa mission. Que le Général de Gaulle ait voulu s’entretenir avec Lucien Rachline ce jour-là témoigne de l’importance de sa mission et de la confiance absolue du Général dans la clairvoyance, le courage et le patriotisme de Rachet. On comprend alors pourquoi Lucien Rachet sera nommé le 28 juillet 1944 Délégué du Gouvernement provisoire de la République pour la zone nord. Il quittera Londres pour la France…

Le 24 août 1944, le jour même de la reddition des Allemands, Lucien Rachline arrive à Paris et gagne directement la Préfecture de police.
Le lendemain, Lucien est présent dans le cortège de généraux et de chefs de la Résistance qui escortèrent le Général de Gaulle dans sa triomphale descente des Champs Elysées. De telles heures justifient une vie.

Mais le destin est aussi tragédie. Tandis que Lucien sillonnait la France comme Délégué du Général de Gaulle, son frère cadet Vila, membre lui aussi du réseau Vic, fut arrêté à Lyon. Conduit au siège de la Gestapo, il ne livra aucun nom, même pas le sien…. Ongles arrachés, œil crevé, dents brisées, il ne dira rien de ce qu’il sait. Le 10 juin 1944, Vila, extrait de sa cellule au Fort de Montluc, monte dans un camion allemand avec 18 autres détenus. Ils sont abattus à la mitrailleuse dans un champ. Les nazis espéraient avoir arrêté le Délégué du Général de Gaulle, Lucien Rachline dit Rachet. Ils ont tué son frère Vila. Que chacun de nous, à cet instant solennel où nous honorons la mémoire de Lucien Rachline, pense à son frère cadet torturé et fusillé parce qu’on l’avait pris pour lui.

Lucien, toujours discret, a tu sa douleur, mais rempli son devoir vis-à-vis des siens. Mais il était un mutilé, amputé de ce jeune frère tant aimé à qui il devait de continuer à vivre. Je pense que c’est là, dans cette douleur jamais apaisée, dans cette culpabilité secrète, que se trouvent le foyer de sa bonté, de son attention pour les autres et de son engagement pour les justes causes qui a marqué le reste de sa vie.

C’est à ce héros discret, à ce patriote fervent, à ce républicain ardent que Paris, rend aujourd’hui hommage. Insensible aux honneurs, Lucien Rachline n’avait jamais sollicité les décorations qu’il portait, ni la Croix des Compagnons de la Libération qu’il méritait. Mais pour vous, ses enfants, ses proches, ses amis, à cet instant solennel où la Ville de Paris honore ici un de ses enfants adoptifs qui l’a tant aimée, je rappellerai simplement les mots que le Général de Gaulle a écrits à Suzanne Rachline à la mort de celui-ci en 1968 : “Lucien Rachet avait servi de façon exemplaire à l’époque où c’était le plus difficile et le plus méritoire, manifestant au combat les plus éminentes qualités de courage et de dévouement. Je garderai fidèlement son souvenir“. Merci, Lazare Rachline.”


Journal de Janvier 2016: Parce qu’ils aimaient la vie…

26 janvier 2016

Vendredi 13 Novembre 2015

Ils s’appelaient :

Stéphane, Nick, Jean-‐Jacques, Thomas, Halima, Hodda, Cloé, Emmanuel, Maxime, Quentin, Ludovic, Elodie, Ciprian, Claire, Nicolas, Baptiste, Nicolas, Manuel, Anne, Précilla, Aurélie, Elsa, Alban, Vincent, Asta, Romain, Julie, Elif, Fabrice, Romain, Thomas, Mathias, Germain, Grégory, Christophe, Julien, Suzon, Mayeul, Véronique, Michelli, Matthieu, Cédric, Nohémie, Juan Alberto, Pierre-­Yves, Thierry, Olivier, Pierre-­Antoine, Raphaël, Mathieu, Djamila, Mohamed, Pierre, Nathalie, Marion, Milko, Hyacinthe, Marie, Guillaume, Renaud, Gilles, Christophe, Antoine, Cédric, Charlotte, Emilie, Fanny, Yannick, Cécile, Lamia, Marie, Justine, Quentin, Christophe, Hélène, Victor, Bertrand, David, Manu, Anna, Marion, Lacramioara, Caroline, Sébastien, François-­Xavier, Richard, Valatin, Estelle, Thibault, Madeleine, Kheireddine, Lola, Patricia, Hugo, Maud, Valéria, Fabian, Ariane, Eric, Olivie, Stella, Luis Felipe…

Et les autres…Tous tombés sous les balles des terroristes.
Il y a eu 130 morts.


Journal de Janvier 2016: Encore…

26 janvier 2016

Encore une nuit de terreur, encore des attaques terroristes, encore à Paris. Encore des victimes en masse. Encore des destins brisés.

Madame ! Arrêtez-vous. Si vous faites un pas de plus, vous allez vous faire tirer dessus.
Le policier m’interpelle, fermement. Mais je ne peux pas m’arrêter. Je dois aller plus loin, le plus loin possible, le plus près de l’horreur. Ce n’est, mal- heureusement, pas la première fois, à Paris, à Madrid ou à Oslo. Ce n’est évidemment pas par un quelconque goût morbide que je cherche à aller au plus près, mais par nécessité, pour pouvoir témoigner de l’insupportable, de l’atroce.

Cette fois, il ne s’agit pas d’une bombe qui a explosé, mais de tirs continus. Même les journalistes sont tenus à une certaine distance, à 200-300 mètres du Bataclan. Mais nous voyons tout. Le ballet interminable des voitures de police, de pompiers et des ambulances. Les professionnels (impossible de les distinguer dans la nuit) avec leurs gilets fluorescents, les gyrophares.

Attendre des heures dans la nuit, avec seulement des informations saccadées et une visibilité de plus en plus limitée, est de plus en plus insupportable. Je comprends que le drame qui se joue tout près est particulièrement atroce, particulièrement meurtrier. Lorsque nous entendons des explosions et des nouveaux tirs, c’est intenable. Puis la nuit, de nouveau silencieuse, reprend le dessus. Sentiment irréel, que j’ai déjà connu. A Madrid en 2004, mais surtout dans mon propre pays en 2011, avec les attentats d’Anders Breivik. Vingt minutes avant que la première bombe explose à Oslo, j’étais sur la grande place de la ville, tout près de là où la première bombe avait explosé. Pour le massacre de jeunes d’Utøya, on ne l’apprit que plus tard dans la soirée. Le nombre de victimes fut tout d’abord complètement sous-estimé. Ça ne paraissait pas possible qu’un tireur isolé (Breivik) puisse atteindre autant de victimes, en une heure (69). C’est là que les deux attentats commencent à se ressembler. Par le nombre et le pro- fil des victimes. Breivik, tout comme les tueurs du Bataclan, ne supportaient pas ces jeunes, heureux et joyeux. A leurs yeux de fous, ils devaient mourir, punis pour, dans le cas de Bataclan, aimer la musique, et d’Utøya aimer la politique, le vivre-ensemble et l’été.

Breivik et les tueurs de Paris ont d’autre chose en commun, et notamment la préparation minutieuse de leurs actes, exécutés avec un grand professionnalisme. Mais alors que Breivik fut seul, les terroristes du 13 novembre furent nombreux, et sans doute avec un commanditaire éloigné, suivant les évènements au loin. Un membre du commando, on le sait, est revenu sur les lieux pendant la fin des opérations. Où se trouvait-il ? Il ne pouvait pas s’approcher davantage que les journalistes. Se cachait-il parmi nous ? Pas impossible. Rétrospectivement, j’en ai froid dans le dos. Mais c’est cela leur force. Ils sont parmi nous jusqu’au moment où ils passent à l’acte, insensé.

Tout le monde le disait : il va y avoir des attentats sanglants à Paris. Ils ont eu lieu. Tout le monde nous dit maintenant : il va y en avoir d’autres. Certains par- lent d’une menace réelle au moins pour les dix ans à venir. Inutile de se terrer chez soi, de peur. La meilleure réponse est de continuer à vivre, comme avant. Ils ne doivent pas gagner.

Même pas peur!

Vibeke Knoop

 


Mémoire 2000 condamne les propos de Nadine Morano

5 octobre 2015

La déclaration de Nadine MORANO à l’émission de samedi soir  « ON  N’EST  PAS COUCHÉS » de Laurent RUQUIER  a dépassé toutes les bornes. D’abord elle est fausse. « La France n’est pas un pays de race blanche « . Elle est ensuite contraire aux valeurs fondamentales de la RÉPUBLIQUE. Elle est l’expression d’une idée raciste, odieuse et insupportable, mais elle n’est pas susceptible de poursuites pénales, puisqu’en FRANCE la diffusion d’idées racistes n’est pas un délit.  En revanche il est inadmissible qu’elle puisse se présenter comme tête de liste dans une circonscription pour les élections régionales,  sans compter qu’elle est désormais disqualifiée pour participer à des élections primaires d’un parti politique pour les élections présidentielles

MÉMOIRE 2000


• LE « PLAN ANTIRACISTE DU GOUVERNEMENT » : Une Peau de chagrin ?

21 septembre 2015

CLIQUEZ ICI POUR TÉLÉCHARGER LE TEXTE DE BERNARD JOUANNEAU, PRÉSIDENT DE MÉMOIRE 2000.

Annoncé le 17 avril dernier, le nouveau plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme du Premier Ministre apparaissait comme la mise en œuvre de « la réserve citoyenne » mis en avant par le Président HOLLANDE au lendemain des événements de janvier 2015. Présenté aux médias au sein d’un lycée de Créteil ce jour-là, il était restreint :

1/ A l’annonce du renforcement des sanctions du délit d’injures raciales et de leur transfert de la Loi sur la Presse dans la liste des infractions de droit commun et de la généralisation de la circonstance aggravante de racisme pour toutes les infractions.

2/ A l’intervention plus déterminée des pouvoirs publics dans la diffusion des messages de haine raciale sur internet et sur les réseaux sociaux.

3/ A l’octroi d’une dotation de 100 millions d’euros sur 3 ans sans qu’il soit précisé à quel usage ils seraient affectés.

4/ A l’importance du volet éducatif revenant aux enseignants relayés par les associations et les volontaires de la réserve citoyenne.

On n’en savait guère plus sans d’ailleurs que les médias ne s’en préoccupent comme s’il ne s’agissait que d’une nouvelle initiative –une de plus- faisant appel aux valeurs républicaines dont on avait enregistré le sursaut lors de la manifestation du 11 janvier. Il se présente comme «  Le Plan National 2015-2017 de la République mobilisée contre le Racisme et l’antisémitisme ». Il est sensé répondre a l’Urgence.

Urgence devant la résurgence d’un antisémitisme que l’on croyait éteint.

Urgence devant la fracture sociale, territoriale et identitaire.

Urgence devant le torrent de haine charrié quotidiennement sur internet et les réseaux sociaux.

Urgence enfin quand les insultes racistes et antisémites s’installent dans les cours d’écoles et sur les terrains de sport.

Urgence déclarée mais toute relative puisqu’il m’a fallu insister à plusieurs reprises pour y avoir accès étant donné qu’il n’était toujours pas accessible sur le site de la DILCRA. Un mois et demi après sa promulgation et que les quatre mesures phares annoncées par les médias sont loin de couvrir les quarante mesures qu’il comporte.

Urgence déclarée qui prend son temps puisque plusieurs des dispositions adoptées sont d’ores et déjà transférées au second semestre 2015 et que le démarrage annoncé pour le printemps se trouve déjà décalée à l’automne.

Mais l’ampleur de celles-ci justifie sans doute ces délais qu’implique la mise en œuvre de plusieurs créations annoncées. Parmi celles-ci :

  • Une campagne de sensibilisation grand public sur les grands médias, nationaux et locaux dans l’hexagone comme dans les territoires d’Outre-Mer… à l’instar de ce qui a été accompli en matière de communication sur la sécurité routière. On peut comprendre qu’il faille laisser le temps aux agences de communication consultées de faire des propositions (action n° 1),
  • Plus nébuleuse apparaît la « campagne participative et virale nécessitant un appel d’offres auprès des associations ainsi que des artistes, des créateurs, des influenceurs du WEB qui doivent être sollicités. Bénévolement ? Semble-t-il ? (action n° 2)
  • La mobilisation de « grands parrains », personnalités à même de porter des messages et d’engager des initiatives médiatiques, artistiques, culturelles ou associatives fait penser à           (action n° 3) des personnes physiques plutôt qu’à des organisations impersonnelles, de celles qui mobilisent les énergies et les faveurs du public telles que Bernard-Henri LÉVY, Alain FINKIELKRAUT ou Michel PLATINI et Djamel DEBBOUZE ou Isabelle ADJANI et Charles AZNAVOUR.

Ceux et celles qu’on voit mal se mobiliser du jour au lendemain et dans la durée pour bénéficier du « soutien logistique » des pouvoirs publics. On ne doute pas de leurs capacités à se mobiliser mais pas sur ordre, ni dans la durée, ni dans la précipitation.

  • La participation de ces « grands parrains » à un club de mécènes de la citoyenneté évoque leur rassemblement sous l’égide de bienfaiteurs de l’humanité tels que SPIELBERG ou Pierre BERGÉ qui n’attendent évidemment que cela pour ajouter à leur notoriété naissante.

Mais au-delà de l’appel personnel et bénévole aux bienfaiteurs, on envisage de créer un certain nombre d’organes ou d’organismes qui vont venir s’ajouter à ceux qui existent déjà parmi les nouveaux arrivants.

  • Les CORA (assistés opérationnels de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme) qui au niveau du département vont remplacer les COPEC (Commission pour la Promotion de l’Egalité des Chances et la Citoyenneté) dont la création remonte au 13 décembre 2009, et qui avait déjà remplacé la CODAC (Commission Départementale d’Accès à la Citoyenneté) chargée de définir les actions de prévention contre toute discrimination directe ou indirecte fondée sur l’origine, le sexe, le handicap, l’orientation sexuelle ou l’appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion (action n° 5),
  • Les plans territoriaux de lutte contre le racisme et l’antisémitisme et pour la promotion de la citoyenneté qui devront désormais figurer dans les futures contrats de ville et faire l’objet d’avenants territoriaux opérationnels des conseils locaux, sécurité et prévention de la délinquance (CLSPD) qui nécessite de recréer une capacité d’impulsion et d’animation autour des Préfets et de leurs collaborateurs (action n° 6),
  • Très imprégnée de la crainte de la diffusion sur internet des messages de haine, propose la création d’une Unité Nationale de Lutte contre la Haine sur Internet (UNLCHI) par la mise en place d’une agence dédiée à la lutte contre la haine sur internet qui aurait pour objet de coordonner les acteurs institutionnels chargés d’édicter et de faire respecter les normes relatives à la protection contre les discours de haine.
  • La mise en place dès le printemps (qui est déjà largement dépassé) d’un groupe de travail rassemblant quelques associations pilotes, les acteurs du net, mais aussi des influenceurs « des community managers », des acteurs de la « e-représentation », des chercheurs, psychologues et sociologues afin de prototyper une boîte à outil de riposte en ligne.

D’ici que l’on parvienne à mettre d’accord tous ces intervenants d’horizons divers, le net aura continué à faire des ravages.

  • La création d’un conseil scientifique (article 2B) auprès de la DILCRA qui se composera de chercheurs, d’universitaires et d’intellectuels représentant toutes les disciplines permettant de faire progresser l’état des savoirs sur le développement des comportements, idéologies et préjugés racistes ainsi que des praticiens de l’action publique et qui aura pour mission de « formuler des recommandations et des avoirs ».
  • La création d’un site internet (article 24) dédié qui permettra notamment la valorisation et la mutualisation des initiatives de terrain et de ressources nationales publiques (CNDCH Observatoire de la Laïcité, Ministères et défenseur des droits).
  • La création d’un réseau de référents antiracisme, antisémitisme dans les établissements d’enseignement supérieur (article 27).
  • L’élaboration d’un guide de référence de rappel du droit et des sanctions à destination de l’ensemble des acteurs éducatifs (article 30).
  • La création d’un fonds d’intervention « MÉMOIRE ET HISTOIRES » pour mettre en réseau et mobiliser les institutions mémorielles (article 31).
  • La mise en place d’un parrainage citoyen cadre, un suivi personnalisé durant deux ans par un adulte volontaire issu de la réserve citoyenne qui permette aux jeunes d’approfondir leur appropriation des valeurs républicaines et de s’impliquer dans la vie de la collectivité sous diverses formes (article 34).
  • La formation de 1.000 ambassadeurs « valeurs du sport » qui bénéficieront d’une formation à la citoyenneté, la laïcité, la lutte contre les préjugés, contre le racisme et l’antisémitisme (article 39).
  • La mise en place d’un numéro vert dans chaque ligue sportive à destination de l’encadrement des clubs amateurs (article 40).

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ACCUEILLONS LES RÉFUGIÉS !

7 septembre 2015

Ils fuient les guerres, la violence, les pillages, les viols, la confiscation de leur vie par des régimes sans droit, par des hordes barbares, par des fanatiques aveugles, ils fuient la misère qui condamne leurs enfants à la faim, à la maladie, à la prostitution, à la drogue, à la soumission.

Ils fuient, comme nos parents, nos grands-parents ou nos arrières grands parents ont fui le génocide des Arméniens, les pogroms en Russie, la montée des fascismes en Europe, la misère en Afrique, les guerres en Asie. Comme eux ils ne demandent qu’à vivre honnêtement. Ils ne mendient pas de l’assistance, mais ils nous demandent de l’aide, pour retrouver le chemin de la vie par le travail, la création, l’apprentissage, dans la solidarité, et la sécurité.

Nos parents, nos grands-parents, ont trouvé cette aide en France, pas toujours sous le regard bienveillant de la population et des personnels politiques, mais avec le soutien majoritaire d’une France que la traditon des droits de l’Homme et d’une société de droit n’avait pas abandonnée. Grâce à ce soutien ils ont retrouvé l’espérance, le courage, la dignité. Et ils ont donné à la France leurs mains pour travailler, leurs cerveaux pour créer, leur cœur pour apprendre à aimer cette nouvelle patrie, la servir et la défendre, parfois en lui sacrifiant leur vie.

Ne nous laissons pas manipuler par ceux qui voudraient nous faire croire que la France n’a pas les moyens d’accueillir les milliers de réfugiés qui nous demandent de l’aide, mettons en commun notre réflexion pour rendre le goût de la vie à nos sœurs et frères chassés de leurs terres. Ils apporteront à notre pays ce que nos parents et grands-parents lui ont apporté. Ne fermons pas nos portes, soyons solidaires de nos frères humains. Notre frilosité d’aujourd’hui serait notre honte demain.

 

Nina Grojnowski-Kehayan, enseignante retraitée, traductrice.

Fille d’émigrés qui ont fui les pogroms antisémites et la misère en Pologne et Roumanie. Fille de Résistante, et d’Engagé volontaire dans la Seconde guerre mondiale.

 

 


Editorial du journal de Juillet 2015: « A l’aide! »

7 septembre 2015

L’actualité du trimestre requiert notre vigilance en ce début d’été  et justifie de plus fort notre intervention. Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme du gouvernement peine à se mettre en œuvre. Son ambition semble le dépasser. Aucune des 40 mesures annoncées le 17 avril n’a vu le jour, sauf l’action de groupe qui vient d’être adoptée par l’Assemblée. L’accumulation des réformes envisagées laisse les associations comme la nôtre sur la touche. En tous cas elles n’ont pas été consultées.

Les observations du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale  sur le rapport de la France viennent de paraître et elles sont plutôt sévères. La France se refuse toujours malgré les relances pressantes des Nations Unies à lever les réserves qu’elle a émises lors de l’adoption de la convention internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, lui permettant de ne pas déclarer punissable la propagation d’idées racistes

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Sur le camp de Roms de la Folie (Bobigny), lors de l’évacuation du 21 juillet 2015 (crédit: Julien Mignot)

Le rapport de la CNDCH contient des critiques persistantes sur la situation faite aux Roms installés en France dans des campements illicites qui se dégrade davantage. Des enfants meurent du défaut de traitements ou de suivi médical qui devaient pourtant être mis en place selon la circulaire interministérielle du 26 août 2012.

Le centième anniversaire du génocide des Arméniens ne s’accommode pas de la myopie persistante de la Turquie qui persiste dans la voie du négationnisme aux limites de l’absurde. Et la France ne se décide toujours pas à se mettre en conformité avec la décision cadre du conseil des ministres de l’Union Européenne du 28 novembre 2008 qui impartissait aux états membres l’obligation d’adopter un régime de protection de la Mémoire offensée par la négation, la minimisation et la banalisation des génocides.

Nos tentatives de susciter une réaction du corps enseignant après les événements de janvier se heurtent à la réticence du “Mammouth”. Ni les professeurs, ni les parents d’élèves, ni les proviseurs et directeurs d’établissements n’ont trouvé le temps, depuis le mois de février, pour répondre à nos questionnaires.

A force d’insister, nous avons été reçus par un délégué de l’adjoint au ministre de l’Education à qui nous avions écrit, le préfet Gilles Clavreul nouveau délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme qui a bien voulu nous transmettre son plan aux quarante mesures, puis par le chef de cabinet de l’adjointe à la culture  du Maire de Paris, mais rien de concret ne résulte pour l’instant de ces rencontres. Tout cela relève de nos préoccupations constantes.

Un groupe d’Afghans arrive sur l’île de Lesbos après avoir voyagé dans un canot pneumatique de la Turquie vers la Grèce. (Photo : UNHCR / A. McConnell, 2015)

Un groupe d’Afghans arrive sur l’île de Lesbos après avoir voyagé dans un canot pneumatique de la Turquie vers la Grèce. (Photo : UNHCR / A. McConnell, 2015)

Mais la situation faite, en ce moment, aux migrants en provenance d’Erythrée et de Lybie est alarmante. Les images qu’on en a vues à la télévision sont dégradantes  en dépit de l’appréciation du ministre de l’Intérieur qui les trouvent “humaines”.

Alors qu’ils ont eu le courage de quitter leurs familles  et leurs pays, de s’embarquer au péril de leur vie, dans des convois de passeurs rapaces en Méditerranée, les voici aujourd’hui, malmenés par les CRS et les forces de police qui ont décidé d’évacuer les campements parisiens insalubres et de les pourchasser partout où ils cherchent ou trouvent un refuge provisoire. On ne peut oublier le souvenir qu’à laissé l’expulsion des sans papiers de l’église saint Bernard en 1996.

Ceux qui n’ont pas demandé formellement l’asile, parce qu’ils ont d’autres projets en tête, se voient dirigés vers des centres de rétention. Encore moins que les ROMS de Hongrie et de Bulgarie qu’en septembre 2013 le ministre de l’intérieur alors en fonction voyaient plutôt raccompagnés vers leurs pays d’origine, alors qu’ils avaient droit de séjour en Europe, les migrants de l’Afrique subsaharienne de l’Est ne pourraient-ils se voir accorder quelques délais, le temps de se retourner et de s’aviser de leur avenir et de celui de leurs proches ?

On dirait qu’il n’y a rien de plus pressé que de faire respecter la loi, en les renvoyant dans leur pays qui les persécute.

Les associations qui leur viennent en aide accomplissent au quotidien le devoir humanitaire élémentaire qui nous incombe et qui éveille l’attention du Défenseur Des Droits. Pour une fois, il nous semble que l’appel à l’humanité lancé par Cécile Duflot au président de la République, devrait être entendu « Il est grand temps de résister au vent mauvais de la xénophobie qui souffle partout sur le continent européen et inspire de bien mauvaises solutions aux gouvernants ».

Il semble qu’à l’instigation de la Maire de Paris des solutions provisoires peuvent être mises en place, mais ça ne règle pas le problème de fond et comme tout ne passe pas par le politique il serait temps de se réveiller et de

s’ apercevoir que nous sommes encore des privilégiés et qu’il serait juste de partager, même dans les difficultés que nous traversons qui vont se prolonger, les maigres profits de l’aisance dans laquelle nous vivons.

Quelles que soient les préoccupations du gouvernement, en prévision des réactions de l’opinion, il y a de quoi s’inquiéter des réactions des autorités publiques françaises à l’afflux de ces migrants de la corne de l’Afrique qui disent vouloir seulement traverser la France pour se rendre en Angleterre, en Allemagne ou en Hollande, pour y rejoindre, qui un membre de sa famille qui y est déjà ou pour y chercher un emploi là où ils pensent en trouver.

On ne peut  a priori suspecter leurs intentions. Ils savent que la France n’accorde le droit d’asile que parcimonieusement et que la situation aussi bien économique que politique ne lui permet  pas de voler au secours de “toute la misère du monde”.

Mais est-ce une raison pour traiter ces migrants aussi brutalement qu’on le fait à la frontière italienne ?

Le ministre de l’Intérieur et le préfet du département des Alpes Maritimes s’en défendent si bien qu’on refoule ces migrants vers l’Italie d’où ils viennent et qui ne veut plus les reprendre.

« L’Humanité et la Fermeté » annoncées le 17 juin en réponse aux événements de la mi-juin sont déjà quelque chose, mais il ne s’agit que de demi mesures destinées à rassurer l’opinion qui ne va pas dans le sens de l’accueil.

On va créer 4000 places supplémentaires d’ici 2016 dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile alors qu’il en faudrait dix fois plus.

On va réserver aux migrants en transit 1500 places d’urgence, mais après cet été et seulement en Ile de France.

On va dédier 5000 places aux personnes accédant au statut de réfugié …d’ici 2017.

On va créer quelques places d’hébergement pour les déboutés du droit d’asile en attente de leur évacuation alors qu’il en manque 80%.

Moyennant quoi on se félicite d’avoir fait mieux qu’avant 2012 mais on promet de renforcer les contrôles d’identité dans les gares.

Des demi mesures qui font penser qu’on est déjà en campagne. En attendant que fait-on pour les migrants des Alpes Maritimes qui s’accrochent aux rochers de Vintimille ?

C’est ça la France ?

 

Bernard Jouanneau


Journal de Juillet 2015: compte-rendu de notre séance Cinéma du 19 mai 2015

7 septembre 2015
Le général Leclerc et ses troupes de la 2ème DB, sur sur les Champs-Elysées, après la libération de Paris (Georges Melamed  /  AFP/Archives)

Le général Leclerc et ses troupes de la 2ème DB, sur sur les Champs-Elysées, après la libération de Paris (Georges Melamed / AFP/Archives)

Séance du 19 mai 2015

Thème : la libération de Paris (70 ans)

Débatteur : François Rachline

 

50 élèves du collège Camille Sée avec leurs professeurs, sont venus apprendre et comprendre ce qu’avait été la libération de Paris

 

Ainsi, ont-ils pu entendre l’allocution historique du Général de Gaulle à l’Hôtel de Ville : « Paris ! Paris outragé! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré!..».

Ils y ont vu aussi nombre d’images et de témoignages inédits.

Tout n’y est pas blanc ou noir et c’est ce qui en fait l’intérêt. On y voit des actions héroïques mais aussi des bavures (cinq prisonniers allemands exécutés un à un par un jeune soldat).

On entend le fils du gouverneur Von Choltitz tenter d’expliquer pourquoi son père, qui participa à la destruction de Rotterdam et de Sébastopol, a épargné Paris.

Le calme total pendant la projection montre combien ces jeunes élèves ont suivi attentivement le film.

A l’heure des questions, comme souvent, ce sont les élèves de 3° normale, mieux que les 3° européennes qui participent de façon fort intéressante au débat.

Les autres hésiteraient-ils à se dévoiler ?­

Notre débatteur, François Rachline, frère de Daniel, l’un des membres de Mémoire 2000, est le fils de Lazare Rachline, Socrate, dans la Résistance.

Il brosse un tableau passionnant des méandres de la guerre, en s’appuyant sur l’action héroïque de son père. Il montre un talent exceptionnel à faire participer les élèves. En particulier il les pousse à prendre position personnellement : “Qu’aurais-je fait en telle circonstance? Que ferais-je aujourd’hui au risque de prendre des coups si j’étais témoin d’une injustice, d’un acte de racisme ou de toute atteinte à la liberté? “

A la fin du débat un élève demande à trois des membres de Mémoire 2000 qui ont connu la guerre de raconter leur histoire.

L’heure a tourné, la séance doit prendre fin. Les réponses seront brèves. Pour l’une c’est le récit des Justes qui ont sauvé sa famille en lui prêtant leur nom. Chez l’autre, le père a décrété qu’il ferait tout pour ne pas rencontrer un seul Allemand sur le sol de France et, après bien des péripéties, il y a réussi ! La troisième raconte comment son père a entendu l’Appel de Gaulle du 18 Juin et a pris la décision de partir immédiatement le rejoindre à Londres.

On le sait, les élèves sont toujours avides d’entendre des Témoins. Et ceux de la guerre 39-45 et des camps, bientôt il n’y en aura plus.

Mais d’autres générations, plus jeunes, seront témoins d’autres faits moins dramatiques.

Du moins, c’est ce qu’on leur souhaite.

Hélène Eisenmann


Journal de Juillet 2015: Soral condamné…

7 septembre 2015
Statue allégorique de la justice. Chancellerie

Statue allégorique de la justice. Chancellerie

Dans notre précédent numéro, notre avocat, Maître Serge Tavitian, relatait le procès intenté à Alain Soral par un certain nombre d’associations (dont la notre), pour avoir effectué le geste de “la quenelle” devant le Mémorial de la Shoah de Berlin.

Et bien le jugement a été rendu le 12 mai dernier et le tribunal a déclaré “Alain Soral coupable du délit d’injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur race, de leur religion ou de leur origine, par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique, faits commis courant décembre 2013 et jusqu’au 8 janvier 2014 à Paris”.

Alain Soral est donc condamné à 100 jours/amende d’un montant unitaire de 100 euros.

En cas de non-paiement, les jours amende deviennent des jours de détention

Outre l’amende pour injures à caractère racial, le tribunal a condamné l’essayiste d’extrême droite à verser 14.001 euros de dommages et intérêts au profit des sept associations qui s’étaient constituées parties civiles.

Une victoire pour notre association et les autres parties civiles.

Justice est rendue…

 

Mémoire 2000

 


Journal de Juillet 2015: François Hollande à Izieu

7 septembre 2015
© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le 6 avril 2015 François Hollande est allé à Izieu pour inaugurer une extension du musée, anciennement Maison d’Izieu et a rendu hommage aux 44 enfants juifs raflés avec les 7 adultes qui les accompagnaient, le 6 avril 1944. Le président y a prononcé un discours contre la montée des “fondamentalismes religieux” dont voici quelques extraits significatifs.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs… A chaque fois, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans. La barbarie n’a pas d’âge, n’a pas de couleur, n’a pas de limite.…

Plus que jamais, l’Histoire nous livre des leçons pour le présent. Elle nous rappelle qu’il y a besoin de combattants pour prévenir et pour vaincre la barbarie…

Les lieux de mémoire sont là pour mettre les consciences en éveil…Dans notre civilisation de l’image et de l’information continue, les lieux de mémoire et les outils qu’ils proposent sont aussi une indispensable école du discernement et du rappel aux faits historiques face à toutes les falsifications…

Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, prochainement présenté par le Premier ministre, fera une place essentielle à la mission éducative et prévoit que chaque élève entrera en contact avec un lieu de culture, d’histoire et de mémoire, à chaque temps de la scolarité, primaire, collège et lycée.…

Le tronc commun de formation de tous les futurs professeurs du premier comme du second degré fera également une place prioritaire à l’enseignement laïc du fait religieux et à la lutte contre les préjugés racistes et antisémites…

Puis, rappelant les “épreuves terribles” du début janvier à Paris, le Président a appelé les Français à “plus que jamais se réunir et à se rassembler”…

Et d’ajouter : Personne ne peut imaginer que la République serait à ce point fragile, que la France devrait se barricader, s’enfermer à double tour, fuir les échanges plutôt que de se rendre compte avec fierté de nos talents, de notre culture, de notre capacité industrielle, mais aussi de la richesse de notre diversité. »


Journal de Juillet 2015: Et si on essayait la fraternité ?

7 septembre 2015

9782226316219gCe début d’année 2015, marqué par les attentats barbares de janvier et la montée désastreuse mais hélas prévisible du Front National, n’est pas vraiment de nature à nous donner un moral d’acier.

Et pourtant, il faut plus que jamais croire en nous et en notre pays. Dans cette optique, je ne saurais trop vous recommander un essai qui vient de paraître chez Albin Michel : “Plaidoyer pour la Fraternité”, d’Abdennour Bidar. Voilà bien un ouvrage lumineux et roboratif, qui pourrait peut-être nous aider à passer de l’ère de la défiance à celle de la confiance.

L’auteur, normalien, agrégé et docteur en philosophie, fait partie de l’Observatoire de la Laïcité, et a participé à la rédaction de la Charte de la Laïcité, qui désormais trône dans nos écoles. Il nous parle de “l’urgence d’œuvrer tous ensemble à quelque chose de très simple, de très beau et de très difficile à la fois, la fraternité”, qui est ce qui manque le plus à notre vivre-ensemble et “qui réunirait ceux qui croient à tel ou tel ciel et ceux qui n’y croient pas”. Car “sans la chaleur humaine de la fraternité, alors la liberté, l’égalité, la laïcité, la citoyenneté, restent à jamais des valeurs froides”. Il nous faut en quelque sorte déconstruire la haine, “lutter pour notre fraternité par tous les outils de la culture, du dialogue, d’une mixité sociale retrouvée à la place de nos ghettos de pauvres et de riches”.

L’auteur a bien conscience de la déliaison, de la fracture qui s’est opérée avec une partie musulmane de notre population. Il sait que beaucoup d’entre eux viennent de pays où ils ne voudraient pas retourner vivre parce qu’il y règne d’épouvantables inégalités sociales, sans aucune mesure avec les nôtres. Nos musulmans n’ont rien à gagner, par conséquent, à s’enfermer dans la “culture du ressentiment”. Héritier des Lumières, amoureux de la France, monsieur Bidar cite ce mot de Lévinas à propos de l’affaire Dreyfus : “Un pays qui se déchire à un tel point pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut rapidement aller”. Par ailleurs, il apprécie à sa juste valeur notre laïcité, moyen de vivre ensemble, qu’il veut coupler avec “la fraternité comme amitié entre nous tous dans le vivre-ensemble”. Selon lui, nos valeurs – dignité, liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité, mixité – doivent être réapprises par notre société tout entière. Ceci pour nous prémunir contre la haine de l’autre, la peur de l’étranger, contre laquelle nous avait prévenus Camus.

Fraterniser, certes, mais avec qui, alors que la mixité sociale et culturelle n’existe plus ? “La fraternité, c’est l’école de la rue, une affaire d’éducation familiale. On est d’abord frères humains avant d’être frères en religion ou frères de classe”. Pour faire participer les musulmans à notre idéal, il faut responsabiliser l’Islam, sans l’accuser. Et Bidar évoque ici la figure du regretté Abdelwahab Meddeb, qui dénonçait il y a 20 ans déjà les racines profondes de “la maladie de l’Islam”. C’est donc avec les musulmans qu’il y a maintenant une “décision de fraternité” à prendre. “Il n’y a nul besoin de se ressembler pour se rassembler”. A condition évidemment, pour l’Islam, de se repenser de fond en comble, à la lumière spirituelle de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la démocratie et de la laïcité. Bidar veut aider les musulmans à “développer un rapport libre à l’Islam, grande culture et grand humanisme”. Une urgence pour cela : s’assurer de la formation des imams à nos valeurs. Il nous faut “oser parler du sacré tous ensemble, un sacré qui n’entre en concurrence ni avec les religions ni avec l’athéisme”. Et seule la fraternité remplit ces critères : valeur transversale, universelle, elle dit que “nous ne sommes rien les uns sans les autres”. Et c’est notre peuple français, celui de la République, qui a donné à la fraternité des êtres humains son acte de naissance historique, en les déclarant “libres et égaux en droits”.

Nous devons donc choisir entre fraternité universelle et repli sur soi. De ce souci pour autrui, seul un frère est capable, et peut alors œuvrer à la liberté et l’égalité de l’autre. Mais cette fraternité s’apprend par un travail sur soi. On ne naît pas fraternel, on le devient, en nous investissant dans la relation à l’Autre, en faisant un peu plus attention à lui, s’efforcer de déconstruire la haine, résultat de “déficits énormes de l’éducation familiale de trop de nos petits musulmans, et de zones d’ombre dans la conscience de beaucoup trop d’adultes”. Plus loin : “Toutes les civilisations, toutes les religions et toutes les morales du monde se rencontrent sur le commandement de fraternité”. Lorsque le proscrit Jean Valjean frappe à la porte de l’Evêque de Digne, celui-ci, qui ne l’a jamais vu, lui dit : “Je le connais, ton nom, tu t’appelles mon frère”. Et c’est vrai qu’ “il fait trop froid dans la vie en Occident”.

Et l’auteur termine par “Dix propositions pour une France fraternelle”. J’en retiendrai ici quelques-unes : mettre en route une politique de désenclavement, vers plus d’emplois, de mobilité  et de mixité  sociale, ethnique et culturelle ; centrer la morale à l’école sur la culture de la Fraternité (dans certains établissements sous contrat avec l’Etat, on apprendrait plutôt la haine de l’Autre !) ; apprendre aux élèves une éthique de la discussion, pour pouvoir débattre sur les valeurs ; multiplier les forums citoyens ; instituer un service civique obligatoire et efficace ; créer des espaces de fraternité, et instituer une Fête de la Fraternité.

J’entends déjà les commentaires railleurs et sceptiques : tout ça, c’est bien beau, mais ça fait un peu “bisounours” : pour fraterniser, il faut être deux, mais l’Autre est souvent mal disposé ou réticent. Soit, mais alors, est-ce là un motif pour renoncer ? Doit-on attendre de nouveaux attentats, voire, pourquoi pas, une guerre civile ? Il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre, dit-on. Aussi, je vous en prie, lisez-ce livre, et vous finirez peut-être par dire à votre tour : et si on essayait la Fraternité ? Chiche ?

 

Guy ZERHAT


Journal de Juillet 2015: Rue des Rosiers – 32 ans après

7 septembre 2015
(AFP)

(AFP)

Lundi 9 août 1982. Quatre hommes, armés de pistolets mitrailleurs et vêtus de costumes clairs, descendent d’une voiture blanche et font irruption dans le restaurant de Jo Goldenberg, rue des Rosiers à Paris.

Après avoir lancé une grenade, ils tirent “dans le tas”. Le carnage ne dure que quelques minutes. Après, tranquillement, le commando remonte la rue, en continuant à tirer dans tous les sens. Finalement, ils réussissent à s’enfuir, laissant derrière eux six morts et 22 blessés. C’est l’attentat antisémite le plus grave depuis la guerre.

L’enquête va durer plus de 32 ans. Les premiers soupçons se portent sur le groupe de dissidents palestiniens d’Abou Nidal, mais la piste doit être abandonnée faute de preuves. Et aussi à cause du contexte géopolitique de l’époque, avec la guerre du Liban et Yasser Arafat bloqué à Beyrouth. Au fil des années, les pistes les plus fantaisistes se succèdent – aucune ne menant aux véritables responsables de l’attentat.

En 2007, le dossier est confié au juge Marc Trévidic. Il reprend à zéro. L’expertise balistique prouve que les armes, retrouvées au Bois de Boulogne, avaient déjà servi dans d’autres attentats en Europe – du groupe Abou Nidal. Plus tard, plusieurs membres ayant appartenu à ce groupe acceptent de parler sous X. Ils désignent trois ex-membres du groupe, formellement identifiés par des témoins survivants. L’un vit en Jordanie, l’autre dans les territoires occupés et le troisième en Norvège. En février, le juge délivre trois demandes internationales d’extradition. Le plus grand espoir se porte sur la Norvège, démocratie ouverte, similaire à la France, et qui collabore activement à la lutte contre le terrorisme.

C’était sans compter avec les lois locales. Le suspect a obtenu la nationalité norvégienne, et le royaume n’extrade pas ces propres citoyens. D’autre part, selon la loi norvégienne (modifiée depuis), le crime, si odieux soit-il, est prescrit.

­—Nous ne comprendrons pas que la Norvège protège une personne soupçonnée de terrorisme, déclare Guillaume Denoix de Saint Marc, président de l’Association française des victimes. Pour lui il doit y avoir un procès, même si le box des accusés doit être vide.

Coup de théâtre : c’est le suspect jordanien qui est arrêté. La France demande son extradition, mais cela peut prendre longtemps. N’empêche. L’espoir renaît du côté des victimes. Xavier Yon est l’un des survivants de l’attaque dans le restaurant Goldenberg. Il a aujourd’hui 75 ans et pour lui, l’annonce de l’arrestation d’un des principaux suspects est une vraie raison de se réjouir.

—Ce que nous voulons tous, c’est qu’il y ait un procès. Je veux personnellement participer à ce procès jusqu’à la fin. Je veux voir le visage de cet homme. C’est un événement qui a changé ma vie, un traumatisme considérable.

Après 32 ans d’attente, quelques mois de plus ou de moins n’ont pas d’importance. Un procès aura bien lieu un jour. Ne pas clore un tel dossier, et ne jamais cesser de rechercher les coupables sont des signes importants que la justice française donne aux terroristes. Ils ne doivent jamais se sentir à l’abri. Dans ce sens, l’enquête du juge Trévidic est exemplaire. L’attitude d’un pays comme la Norvège beaucoup moins.

 

Vibeke Knoop


Journal de Juillet 2015: Les migrants

7 septembre 2015

En 1905, ma grand-mère paternelle avec mon père sur le dos, est entrée en France après avoir traversé une partie de la Russie à pied. Elle a été accueillie à bras ouverts par la police de l’époque.

Cette anecdote reste ancrée en ma mémoire profondément en regardant ce qui se passe avec ceux que l’on appelle aujourd’hui, les migrants.

Malgré tout ce que nous avons subi par la suite dans ce beau pays, il reste celui qui nous a permis de survivre. Que se passe-t-il pour qu’il soit bien changé?

En 1938, à Evian, fut organisée une conférence européenne et américaine (sans l’Allemagne et l’Italie), pour savoir quel sort il fallait réserver aux juifs expulsés d’Allemagne.

Aucune solution ne fut trouvée, laissant Hitler trouver la sienne.

Nous n’en sommes pas là, mais…

 

Daniel Rachline


Journal de Juillet 2015: la Résistance au féminin

7 septembre 2015

Le 27 mai, sont entrés au Panthéon, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Tous les quatre ont été des Résistants et honorés comme tels. La cérémonie a été émouvante, très digne et la jeunesse dont on espère qu’elle saura tirer les leçons de l’histoire de ces héros, était représentée en nombre.

Avec l’entrée de G. Tillion et G. de Gaulle, le Panthéon se féminise et double ainsi le nombre de femmes qui y sont inhumées. Elles viennent rejoindre Sophie Berthelot qui s’y trouve par respect de son choix d’être près de son mari le chimiste Marcellin Berthelot, et Marie Curie, prix Nobel de Physique-Chimie.

Avec ces deux femmes, c’est aussi la Résistance féminine qui, d’une certaine façon, est reconnue et consacrée, alors que depuis la fin de la guerre cette résistance a été minimisée sinon occultée.

Seules quelques grandes figures féminines, après guerre, ont été retenues. En réalité, des milliers de femmes se sont engagées dans la Résistance et leurs actions ont été souvent déterminantes. Elles ont comme les hommes pris des risques considérables, se sont montrées courageuses et parfois héroïques, sans calcul. Elles ont payé un lourd tribut à leur engagement. Beaucoup y ont laissé leur vie ou ont été déportées.

Après la guerre, modestement, elle ont retrouvé le chemin de la maison et leur rôle de ménagère, mère et épouse. Mais vivre une telle aventure transforme et les femmes ont compris qu’elles devaient prendre leur destin en main.

C’est alors que leur combat pour l’égalité a commencé avec pour première victoire le droit de vote en 1945. Depuis les femmes n’ont cessé de lutter pour s’émanciper, acquérir les droits les plus élémentaires…Et le combat continue…

L’entrée de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon est un symbole important…

Lison Benzaquen

 


Un Journal exceptionnel de Mémoire 2000 après les assassinats de Janvier 2015

2 mars 2015

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