Journal d’Avril 2016: La vie comme tous les jours

30 mars 2016

La guerre vue de l’intérieur au fond d’une boutique de tailleur rue de Paris à Montreuil. A 13 ans, on n’y comprend rien, d’ailleurs à n’importe quel âge non plus, comme les parents du narrateur, Lazare et Clara, qui ne sont pas revenus de la rafle du 16 juillet 1942, sous les yeux de leur fils qu’ils avaient déménagé chez leurs voisins pour diminuer les risques. Ils lui ont sauvé la vie par leur prudence.

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Je ne comprends rien, sinon que c’était
la guerre des Juifs, comme à l’école
entre les cow-boys et les Indiens. Mais
nous, c’était pour rire. Eux, ils étaient
sérieux. L’école elle s’appelait Robespierre, 
le quartier parlait du communisme, du
socialisme, du monde à refaire. De Staline, 
d’Hitler. Il se souvient des rires, des cris, 
des discussions: tailleurs, fourreurs, ébénistes, couturières, tous membres de l’Amicale Israélite de Montreuil. Les parents font
faire des études à leurs enfants qui réussiront comme le juif polonais Blum, ou
deviendront docteurs-spécialistes avec une plaque dorée en bas. On parle aussi de l’antisémitisme des Polonais qui les a conduits à Montreuil. A propos, Chopin était-il antisémite? se demande le jeune garçon promis à de hautes destinées. Ses parents le forçaient donc à dormir chez les voisins qui avaient perdu leur fils. Bientôt tout s’embrouille, il y a ceux qui partent en laissant leurs meubles sur place, et bientôt l’obligation de se faire enregistrer au commissariat de la Croix-de-Chavaux. Ceux qui y vont parce que la loi c’est la loi, et ceux qui refusent cette France de la honte, France de petits fonctionnaires qui font leur métier…Les premiers ressortent avec leur visage défait. Sans un mot, ils ont montré leur carte d’identité tamponnée d’un JUIF majuscule. Ils sont en règle, rien de spécial ne s’est passé.

Et le travail a repris. Pourtant pour vivre c’était difficile. Plus beaucoup de costumes sur mesure. Papa et maman faisaient des retouches, rapiéçaient les habits usagés contre des légumes, du pain, des œufs. Et, collée sur la vitrine, une affiche ENTREPRISE JUIVE. Pourquoi as-tu cru ces salauds? ne cesse de demander le survivant. Et aussi: comment réparer l’irréparable? Avec de la colle et des ciseaux? Dans un monde perdu qui ne ressemble à rien de connu.

Car après la guerre il y a l’après-guerre et aussi le sionisme dont ses parents ne connaissaient même pas le nom. Il faut (re)prendre son destin en mains, rester ou partir en Israël? Il fait son choix loin de tous les embrigadements. La France est son pays natal même lorsqu’elle affichait ses portraits de juifs à long nez, aux cheveux crépus, etc…Chaque être humain nait avec des valises, parfois bien lourdes à porter. Heureux ceux qui n’ont qu’un baluchon.

Colette Gutman


Journal d’Avril 2016: Jardin Lazare Rachline

30 mars 2016

Vendredi 5 février 2016, la maire de Paris, Anne Hidalgo, le maire du 3e arrondissement et président d’honneur de la LICRA, Pierre Aidenbaum, ainsi que Robert Badinter honoraient la mémoire de Lazare Rachline résistant pendant la guerre, et fondateur, aux côtés de Bernard Lecache, de la LICA. La ville de Paris lui rend hommage en baptisant l’ancien jardin de l’Hôtel Donon, Jardin Lazare Rachline.

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Inauguration du Jardin Lazare Rachline, le 5 février 2016 à Paris

A cette occasion, Robert Badinter a prononcé un très bel hommage dont nous reproduisons ici quelques extraits.

« Au nom de tous ceux qui sont ici réunis, permettez-moi de vous remercier de votre décision de donner à ce jardin, situé au cœur du vieux Paris, le nom d’un héros exemplaire de la Résistance, d’un Républicain épris de liberté et de justice, d’un juif patriote français qui, né le 25 décembre 1905 à Nijni Novgorod (Russie), dans le Yiddishland, a tant aimé et servi la France. A l’âge de trois mois et demi, bébé dans les bras de sa mère, il fit le long voyage… à travers l’Europe orientale et centrale qui les menait enfin Gare de l’Est. Là les attendait Zadoc Rachline, venu en France dès 1904, fuyant les pogroms organisés par la police tsariste.
Ainsi sa terre quasi-natale, en vérité sa patrie, ce fut pour ce bébé dès qu’il ouvrit les yeux, la France et Lucien Rachline n’en connut jamais d’autre.
En 1934, au moment où Hitler prenait le pouvoir (…), Lucien Rachline demanda sa naturalisation. Elle lui fut enfin accordée en 1938. Ce qu’il voulait, lui Lazare Rachline, c’était servir la France à l’heure du péril.
Fait prisonnier en juin 1940… Il réussit à s’évader du camp situé près de Dresde… Arrivé en France, démobilisé… Lucien n’avait en tête qu’une pensée, une obsession: rejoindre la Résistance. Il rallia en 1941 le réseau Vic, créé en zone libre… Chargé de faire évader et d’exfiltrer en Angleterre les aviateurs alliés prisonniers et les résistants…
Ainsi Lucien Rachline, paisible industriel, fut-il amené à faire évader en 1942 de la prison de Mauzac six détenus dont le député socialiste Jean-Pierre Bloch se trouvait être l’un de ses amis avant-guerre, vice-président comme lui de la LICA.
Après le coup d’éclat, d’autres évasions spectaculaires furent réalisées. Mais le filet se resserrait. (…) Il lui fallait, d’ordre supérieur, quitter la France… Avec quelques compagnons, dont son ami fraternel, Marcel Bleustein, devenu Blanchet dans la Résistance, ils franchirent les cols des Pyrénées. Arrêtés par la “guardia civil” de Franco, jetés en prison (…), ils croupirent-là plusieurs mois avant de pouvoir gagner Gibraltar et de là l’Angleterre… Le 23 mars 1944, le Général de Gaulle reçut Lucien Rachet à Londres. La Résistance intérieure en France traversait une période tragique. Après l’arrestation et la mort sous la torture de Jean Moulin, Pierre Brossolette, son successeur, avait été arrêté et s’était suicidé.
Le débarquement se préparait. Il fallait pour le Général de Gaulle s’assurer que la Résistance intérieure ne déclencherait d’insurrection armée que sur son ordre pour éviter des représailles terribles et des actions inutiles.
Pour faire passer ce message à toutes les composantes de la Résistance intérieure, il fallait un homme sûr (…) : ce fut Lucien Rachet qui fut choisi par le Général de Gaulle pour être son Délégué auprès des chefs de la Résistance intérieure… Sous le pseudonyme de Socrate… Lucien rencontre tous les principaux chefs de la Résistance entre avril et mai 1944. Il retourna à Londres fin mai en repassant par l’Espagne.

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Vila Rachline (à gauche) et Lazare Rachline en 1938 (source: http://www.lr-lelivre.com)

Le 5 juin 1944, à la veille du débarquement, Lucien Rachet rencontre à nouveau le Général de Gaulle à Londres. Il lui rendit compte de sa mission. Que le Général de Gaulle ait voulu s’entretenir avec Lucien Rachline ce jour-là témoigne de l’importance de sa mission et de la confiance absolue du Général dans la clairvoyance, le courage et le patriotisme de Rachet. On comprend alors pourquoi Lucien Rachet sera nommé le 28 juillet 1944 Délégué du Gouvernement provisoire de la République pour la zone nord. Il quittera Londres pour la France…

Le 24 août 1944, le jour même de la reddition des Allemands, Lucien Rachline arrive à Paris et gagne directement la Préfecture de police.
Le lendemain, Lucien est présent dans le cortège de généraux et de chefs de la Résistance qui escortèrent le Général de Gaulle dans sa triomphale descente des Champs Elysées. De telles heures justifient une vie.

Mais le destin est aussi tragédie. Tandis que Lucien sillonnait la France comme Délégué du Général de Gaulle, son frère cadet Vila, membre lui aussi du réseau Vic, fut arrêté à Lyon. Conduit au siège de la Gestapo, il ne livra aucun nom, même pas le sien…. Ongles arrachés, œil crevé, dents brisées, il ne dira rien de ce qu’il sait. Le 10 juin 1944, Vila, extrait de sa cellule au Fort de Montluc, monte dans un camion allemand avec 18 autres détenus. Ils sont abattus à la mitrailleuse dans un champ. Les nazis espéraient avoir arrêté le Délégué du Général de Gaulle, Lucien Rachline dit Rachet. Ils ont tué son frère Vila. Que chacun de nous, à cet instant solennel où nous honorons la mémoire de Lucien Rachline, pense à son frère cadet torturé et fusillé parce qu’on l’avait pris pour lui.

Lucien, toujours discret, a tu sa douleur, mais rempli son devoir vis-à-vis des siens. Mais il était un mutilé, amputé de ce jeune frère tant aimé à qui il devait de continuer à vivre. Je pense que c’est là, dans cette douleur jamais apaisée, dans cette culpabilité secrète, que se trouvent le foyer de sa bonté, de son attention pour les autres et de son engagement pour les justes causes qui a marqué le reste de sa vie.

C’est à ce héros discret, à ce patriote fervent, à ce républicain ardent que Paris, rend aujourd’hui hommage. Insensible aux honneurs, Lucien Rachline n’avait jamais sollicité les décorations qu’il portait, ni la Croix des Compagnons de la Libération qu’il méritait. Mais pour vous, ses enfants, ses proches, ses amis, à cet instant solennel où la Ville de Paris honore ici un de ses enfants adoptifs qui l’a tant aimée, je rappellerai simplement les mots que le Général de Gaulle a écrits à Suzanne Rachline à la mort de celui-ci en 1968 : “Lucien Rachet avait servi de façon exemplaire à l’époque où c’était le plus difficile et le plus méritoire, manifestant au combat les plus éminentes qualités de courage et de dévouement. Je garderai fidèlement son souvenir“. Merci, Lazare Rachline.”


Journal de Janvier 2016: Parce qu’ils aimaient la vie…

26 janvier 2016

Vendredi 13 Novembre 2015

Ils s’appelaient :

Stéphane, Nick, Jean-‐Jacques, Thomas, Halima, Hodda, Cloé, Emmanuel, Maxime, Quentin, Ludovic, Elodie, Ciprian, Claire, Nicolas, Baptiste, Nicolas, Manuel, Anne, Précilla, Aurélie, Elsa, Alban, Vincent, Asta, Romain, Julie, Elif, Fabrice, Romain, Thomas, Mathias, Germain, Grégory, Christophe, Julien, Suzon, Mayeul, Véronique, Michelli, Matthieu, Cédric, Nohémie, Juan Alberto, Pierre-­Yves, Thierry, Olivier, Pierre-­Antoine, Raphaël, Mathieu, Djamila, Mohamed, Pierre, Nathalie, Marion, Milko, Hyacinthe, Marie, Guillaume, Renaud, Gilles, Christophe, Antoine, Cédric, Charlotte, Emilie, Fanny, Yannick, Cécile, Lamia, Marie, Justine, Quentin, Christophe, Hélène, Victor, Bertrand, David, Manu, Anna, Marion, Lacramioara, Caroline, Sébastien, François-­Xavier, Richard, Valatin, Estelle, Thibault, Madeleine, Kheireddine, Lola, Patricia, Hugo, Maud, Valéria, Fabian, Ariane, Eric, Olivie, Stella, Luis Felipe…

Et les autres…Tous tombés sous les balles des terroristes.
Il y a eu 130 morts.


Journal de Janvier 2016: Encore…

26 janvier 2016

Encore une nuit de terreur, encore des attaques terroristes, encore à Paris. Encore des victimes en masse. Encore des destins brisés.

Madame ! Arrêtez-vous. Si vous faites un pas de plus, vous allez vous faire tirer dessus.
Le policier m’interpelle, fermement. Mais je ne peux pas m’arrêter. Je dois aller plus loin, le plus loin possible, le plus près de l’horreur. Ce n’est, mal- heureusement, pas la première fois, à Paris, à Madrid ou à Oslo. Ce n’est évidemment pas par un quelconque goût morbide que je cherche à aller au plus près, mais par nécessité, pour pouvoir témoigner de l’insupportable, de l’atroce.

Cette fois, il ne s’agit pas d’une bombe qui a explosé, mais de tirs continus. Même les journalistes sont tenus à une certaine distance, à 200-300 mètres du Bataclan. Mais nous voyons tout. Le ballet interminable des voitures de police, de pompiers et des ambulances. Les professionnels (impossible de les distinguer dans la nuit) avec leurs gilets fluorescents, les gyrophares.

Attendre des heures dans la nuit, avec seulement des informations saccadées et une visibilité de plus en plus limitée, est de plus en plus insupportable. Je comprends que le drame qui se joue tout près est particulièrement atroce, particulièrement meurtrier. Lorsque nous entendons des explosions et des nouveaux tirs, c’est intenable. Puis la nuit, de nouveau silencieuse, reprend le dessus. Sentiment irréel, que j’ai déjà connu. A Madrid en 2004, mais surtout dans mon propre pays en 2011, avec les attentats d’Anders Breivik. Vingt minutes avant que la première bombe explose à Oslo, j’étais sur la grande place de la ville, tout près de là où la première bombe avait explosé. Pour le massacre de jeunes d’Utøya, on ne l’apprit que plus tard dans la soirée. Le nombre de victimes fut tout d’abord complètement sous-estimé. Ça ne paraissait pas possible qu’un tireur isolé (Breivik) puisse atteindre autant de victimes, en une heure (69). C’est là que les deux attentats commencent à se ressembler. Par le nombre et le pro- fil des victimes. Breivik, tout comme les tueurs du Bataclan, ne supportaient pas ces jeunes, heureux et joyeux. A leurs yeux de fous, ils devaient mourir, punis pour, dans le cas de Bataclan, aimer la musique, et d’Utøya aimer la politique, le vivre-ensemble et l’été.

Breivik et les tueurs de Paris ont d’autre chose en commun, et notamment la préparation minutieuse de leurs actes, exécutés avec un grand professionnalisme. Mais alors que Breivik fut seul, les terroristes du 13 novembre furent nombreux, et sans doute avec un commanditaire éloigné, suivant les évènements au loin. Un membre du commando, on le sait, est revenu sur les lieux pendant la fin des opérations. Où se trouvait-il ? Il ne pouvait pas s’approcher davantage que les journalistes. Se cachait-il parmi nous ? Pas impossible. Rétrospectivement, j’en ai froid dans le dos. Mais c’est cela leur force. Ils sont parmi nous jusqu’au moment où ils passent à l’acte, insensé.

Tout le monde le disait : il va y avoir des attentats sanglants à Paris. Ils ont eu lieu. Tout le monde nous dit maintenant : il va y en avoir d’autres. Certains par- lent d’une menace réelle au moins pour les dix ans à venir. Inutile de se terrer chez soi, de peur. La meilleure réponse est de continuer à vivre, comme avant. Ils ne doivent pas gagner.

Même pas peur!

Vibeke Knoop

 


Mémoire 2000 condamne les propos de Nadine Morano

5 octobre 2015

La déclaration de Nadine MORANO à l’émission de samedi soir  « ON  N’EST  PAS COUCHÉS » de Laurent RUQUIER  a dépassé toutes les bornes. D’abord elle est fausse. « La France n’est pas un pays de race blanche « . Elle est ensuite contraire aux valeurs fondamentales de la RÉPUBLIQUE. Elle est l’expression d’une idée raciste, odieuse et insupportable, mais elle n’est pas susceptible de poursuites pénales, puisqu’en FRANCE la diffusion d’idées racistes n’est pas un délit.  En revanche il est inadmissible qu’elle puisse se présenter comme tête de liste dans une circonscription pour les élections régionales,  sans compter qu’elle est désormais disqualifiée pour participer à des élections primaires d’un parti politique pour les élections présidentielles

MÉMOIRE 2000


• LE « PLAN ANTIRACISTE DU GOUVERNEMENT » : Une Peau de chagrin ?

21 septembre 2015

CLIQUEZ ICI POUR TÉLÉCHARGER LE TEXTE DE BERNARD JOUANNEAU, PRÉSIDENT DE MÉMOIRE 2000.

Annoncé le 17 avril dernier, le nouveau plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme du Premier Ministre apparaissait comme la mise en œuvre de « la réserve citoyenne » mis en avant par le Président HOLLANDE au lendemain des événements de janvier 2015. Présenté aux médias au sein d’un lycée de Créteil ce jour-là, il était restreint :

1/ A l’annonce du renforcement des sanctions du délit d’injures raciales et de leur transfert de la Loi sur la Presse dans la liste des infractions de droit commun et de la généralisation de la circonstance aggravante de racisme pour toutes les infractions.

2/ A l’intervention plus déterminée des pouvoirs publics dans la diffusion des messages de haine raciale sur internet et sur les réseaux sociaux.

3/ A l’octroi d’une dotation de 100 millions d’euros sur 3 ans sans qu’il soit précisé à quel usage ils seraient affectés.

4/ A l’importance du volet éducatif revenant aux enseignants relayés par les associations et les volontaires de la réserve citoyenne.

On n’en savait guère plus sans d’ailleurs que les médias ne s’en préoccupent comme s’il ne s’agissait que d’une nouvelle initiative –une de plus- faisant appel aux valeurs républicaines dont on avait enregistré le sursaut lors de la manifestation du 11 janvier. Il se présente comme «  Le Plan National 2015-2017 de la République mobilisée contre le Racisme et l’antisémitisme ». Il est sensé répondre a l’Urgence.

Urgence devant la résurgence d’un antisémitisme que l’on croyait éteint.

Urgence devant la fracture sociale, territoriale et identitaire.

Urgence devant le torrent de haine charrié quotidiennement sur internet et les réseaux sociaux.

Urgence enfin quand les insultes racistes et antisémites s’installent dans les cours d’écoles et sur les terrains de sport.

Urgence déclarée mais toute relative puisqu’il m’a fallu insister à plusieurs reprises pour y avoir accès étant donné qu’il n’était toujours pas accessible sur le site de la DILCRA. Un mois et demi après sa promulgation et que les quatre mesures phares annoncées par les médias sont loin de couvrir les quarante mesures qu’il comporte.

Urgence déclarée qui prend son temps puisque plusieurs des dispositions adoptées sont d’ores et déjà transférées au second semestre 2015 et que le démarrage annoncé pour le printemps se trouve déjà décalée à l’automne.

Mais l’ampleur de celles-ci justifie sans doute ces délais qu’implique la mise en œuvre de plusieurs créations annoncées. Parmi celles-ci :

  • Une campagne de sensibilisation grand public sur les grands médias, nationaux et locaux dans l’hexagone comme dans les territoires d’Outre-Mer… à l’instar de ce qui a été accompli en matière de communication sur la sécurité routière. On peut comprendre qu’il faille laisser le temps aux agences de communication consultées de faire des propositions (action n° 1),
  • Plus nébuleuse apparaît la « campagne participative et virale nécessitant un appel d’offres auprès des associations ainsi que des artistes, des créateurs, des influenceurs du WEB qui doivent être sollicités. Bénévolement ? Semble-t-il ? (action n° 2)
  • La mobilisation de « grands parrains », personnalités à même de porter des messages et d’engager des initiatives médiatiques, artistiques, culturelles ou associatives fait penser à           (action n° 3) des personnes physiques plutôt qu’à des organisations impersonnelles, de celles qui mobilisent les énergies et les faveurs du public telles que Bernard-Henri LÉVY, Alain FINKIELKRAUT ou Michel PLATINI et Djamel DEBBOUZE ou Isabelle ADJANI et Charles AZNAVOUR.

Ceux et celles qu’on voit mal se mobiliser du jour au lendemain et dans la durée pour bénéficier du « soutien logistique » des pouvoirs publics. On ne doute pas de leurs capacités à se mobiliser mais pas sur ordre, ni dans la durée, ni dans la précipitation.

  • La participation de ces « grands parrains » à un club de mécènes de la citoyenneté évoque leur rassemblement sous l’égide de bienfaiteurs de l’humanité tels que SPIELBERG ou Pierre BERGÉ qui n’attendent évidemment que cela pour ajouter à leur notoriété naissante.

Mais au-delà de l’appel personnel et bénévole aux bienfaiteurs, on envisage de créer un certain nombre d’organes ou d’organismes qui vont venir s’ajouter à ceux qui existent déjà parmi les nouveaux arrivants.

  • Les CORA (assistés opérationnels de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme) qui au niveau du département vont remplacer les COPEC (Commission pour la Promotion de l’Egalité des Chances et la Citoyenneté) dont la création remonte au 13 décembre 2009, et qui avait déjà remplacé la CODAC (Commission Départementale d’Accès à la Citoyenneté) chargée de définir les actions de prévention contre toute discrimination directe ou indirecte fondée sur l’origine, le sexe, le handicap, l’orientation sexuelle ou l’appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion (action n° 5),
  • Les plans territoriaux de lutte contre le racisme et l’antisémitisme et pour la promotion de la citoyenneté qui devront désormais figurer dans les futures contrats de ville et faire l’objet d’avenants territoriaux opérationnels des conseils locaux, sécurité et prévention de la délinquance (CLSPD) qui nécessite de recréer une capacité d’impulsion et d’animation autour des Préfets et de leurs collaborateurs (action n° 6),
  • Très imprégnée de la crainte de la diffusion sur internet des messages de haine, propose la création d’une Unité Nationale de Lutte contre la Haine sur Internet (UNLCHI) par la mise en place d’une agence dédiée à la lutte contre la haine sur internet qui aurait pour objet de coordonner les acteurs institutionnels chargés d’édicter et de faire respecter les normes relatives à la protection contre les discours de haine.
  • La mise en place dès le printemps (qui est déjà largement dépassé) d’un groupe de travail rassemblant quelques associations pilotes, les acteurs du net, mais aussi des influenceurs « des community managers », des acteurs de la « e-représentation », des chercheurs, psychologues et sociologues afin de prototyper une boîte à outil de riposte en ligne.

D’ici que l’on parvienne à mettre d’accord tous ces intervenants d’horizons divers, le net aura continué à faire des ravages.

  • La création d’un conseil scientifique (article 2B) auprès de la DILCRA qui se composera de chercheurs, d’universitaires et d’intellectuels représentant toutes les disciplines permettant de faire progresser l’état des savoirs sur le développement des comportements, idéologies et préjugés racistes ainsi que des praticiens de l’action publique et qui aura pour mission de « formuler des recommandations et des avoirs ».
  • La création d’un site internet (article 24) dédié qui permettra notamment la valorisation et la mutualisation des initiatives de terrain et de ressources nationales publiques (CNDCH Observatoire de la Laïcité, Ministères et défenseur des droits).
  • La création d’un réseau de référents antiracisme, antisémitisme dans les établissements d’enseignement supérieur (article 27).
  • L’élaboration d’un guide de référence de rappel du droit et des sanctions à destination de l’ensemble des acteurs éducatifs (article 30).
  • La création d’un fonds d’intervention « MÉMOIRE ET HISTOIRES » pour mettre en réseau et mobiliser les institutions mémorielles (article 31).
  • La mise en place d’un parrainage citoyen cadre, un suivi personnalisé durant deux ans par un adulte volontaire issu de la réserve citoyenne qui permette aux jeunes d’approfondir leur appropriation des valeurs républicaines et de s’impliquer dans la vie de la collectivité sous diverses formes (article 34).
  • La formation de 1.000 ambassadeurs « valeurs du sport » qui bénéficieront d’une formation à la citoyenneté, la laïcité, la lutte contre les préjugés, contre le racisme et l’antisémitisme (article 39).
  • La mise en place d’un numéro vert dans chaque ligue sportive à destination de l’encadrement des clubs amateurs (article 40).

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ACCUEILLONS LES RÉFUGIÉS !

7 septembre 2015

Ils fuient les guerres, la violence, les pillages, les viols, la confiscation de leur vie par des régimes sans droit, par des hordes barbares, par des fanatiques aveugles, ils fuient la misère qui condamne leurs enfants à la faim, à la maladie, à la prostitution, à la drogue, à la soumission.

Ils fuient, comme nos parents, nos grands-parents ou nos arrières grands parents ont fui le génocide des Arméniens, les pogroms en Russie, la montée des fascismes en Europe, la misère en Afrique, les guerres en Asie. Comme eux ils ne demandent qu’à vivre honnêtement. Ils ne mendient pas de l’assistance, mais ils nous demandent de l’aide, pour retrouver le chemin de la vie par le travail, la création, l’apprentissage, dans la solidarité, et la sécurité.

Nos parents, nos grands-parents, ont trouvé cette aide en France, pas toujours sous le regard bienveillant de la population et des personnels politiques, mais avec le soutien majoritaire d’une France que la traditon des droits de l’Homme et d’une société de droit n’avait pas abandonnée. Grâce à ce soutien ils ont retrouvé l’espérance, le courage, la dignité. Et ils ont donné à la France leurs mains pour travailler, leurs cerveaux pour créer, leur cœur pour apprendre à aimer cette nouvelle patrie, la servir et la défendre, parfois en lui sacrifiant leur vie.

Ne nous laissons pas manipuler par ceux qui voudraient nous faire croire que la France n’a pas les moyens d’accueillir les milliers de réfugiés qui nous demandent de l’aide, mettons en commun notre réflexion pour rendre le goût de la vie à nos sœurs et frères chassés de leurs terres. Ils apporteront à notre pays ce que nos parents et grands-parents lui ont apporté. Ne fermons pas nos portes, soyons solidaires de nos frères humains. Notre frilosité d’aujourd’hui serait notre honte demain.

 

Nina Grojnowski-Kehayan, enseignante retraitée, traductrice.

Fille d’émigrés qui ont fui les pogroms antisémites et la misère en Pologne et Roumanie. Fille de Résistante, et d’Engagé volontaire dans la Seconde guerre mondiale.