Editorial de Juillet 2021: Faille démocratique

19 juillet 2021

“Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise.”

Bertolt Brecht

Au lendemain du second tour des élections régionales, la cassure profonde entre les citoyens et le vote est alarmante, l’abstention a atteint un niveau record : plus de 65% des électeurs, un écart de 20 points avec les régionales de 2015. Les gagnants de cette élection sont les sortants largement reconduits dans toutes les régions. Mais cette apparente stabilité des élus régionaux cache un profond séisme quand deux électeurs sur trois n’ont pas voté. 

Les perdants sont le parti présidentiel et le parti de Marine le Pen qui n’obtient aucune région, pas même la PACA où Thierry Mariani était en tête après le premier tour. Le front républicain a tenu. Le duel Macron / Le Pen n’est pas l’enjeu des élections régionales. Il semble aussi que la stratégie de normalisation du RN est décevante pour ses électeurs. Mais entendre, au lendemain des élections, Marine Le Pen et Louis Aliot, maire RN de Perpignan alerter sur le danger pour la démocratie n’est pas rassurant. 

La désaffection des urnes n’est pas nouvelle, elle progresse et devient spectaculaire lors d’élections régionales dont les enjeux sont peu lisibles. Il n’y a pas de message politique clair dont l’électeur peut se saisir. Le remodelage des grandes régions a contribué à éloigner les citoyens des élus. Et les mécaniques de retrait, fusion, alliance ou maintien coûte que coûte, entre les deux tours, ont confirmé le sentiment des électeurs réticents d’un entre soi des politiques qui ne s’intéressent pas aux “vraies gens”. 

Le résultat semble confirmer le désenchantement démocratique : “ça ne changera jamais, ce n’est pas la peine d’aller voter”. Le paradoxe étant que la démobilisation des électeurs fait le jeu des sortants et confirme le diagnostic désenchanté. Le déterminant principal de la non-participation est lié à l’âge. Les jeunes ne se sentent pas impliqués dans les enjeux politiques. Leur scepticisme devant le processus démocratique est manifeste. 80% de l’électorat populaire s’est aussi abstenu. 

Contrairement à ce que l’on craignait entre les deux tours, les mécontents ne se sont pas précipités vers les extrêmes. Mais est-ce bon signe ? Aujourd’hui la démocratie des urnes semble perdre du terrain par rapport à l’expression libre sur les réseaux sociaux où la brutalisation des échanges est inquiétante. Le succès de CNews, chaine d’information la plus regardée, est parlant. Il repose non sur la qualité des reportages mais sur des débats qui génèrent de l’audience par des clashs répétés sur des sujets clivants. Sous la bannière de la liberté d’expression, la chaine de Vincent Bolloré se nourrit de la défiance envers les médias et transforme les débats en rings où l’on va terrasser son adversaire par l’outrance.  

Réenchanter les urnes et la démocratie, c’est un projet ambitieux, une urgence même, mais comment ?

De notre côté, modestement, nous reprenons le cours de notre activité l’an prochain. Il y a un an, tout était incertain et menacé par l’urgence sanitaire. Les cinémas ont rouvert leurs portes. Le nôtre nous accueille de nouveau. Le jeune public pourra retrouver l’émotion devant les films et un débat qui ne se nourrit pas d’invectives. 

Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2021: Les projets arrivent…nos actions reprennent

19 juillet 2021

Les deux années écoulées n’ont pas été très fructueuses sur le plan de nos actions mais l’avenir se révèle porteur de trois beaux projets.

1. Projet “Campus d’été 2021” avec la Région Ile-de-France 

Cette initiative vise à offrir à la jeunesse francilienne de nouveaux moyens pour retrouver dynamisme et confiance via l’ouverture de certains lycées publics pendant la période estivale. 

Pour cela, la Région met à disposition des lycées un catalogue d’activités éducatives. Chaque établissement pourra prendre contact avec l’association inscrite s’il souhaite engager un projet. 

Nous nous sommes donc inscrits pour une séance de cinéma, le 26 août, dans le lycée demandeur avec le film “Greenbook” suivi d’un débat avec Pap Ndiaye, directeur du musée de l’immigration.

2.  Projet “Collèges pour l’égalité” avec la Mairie de Paris

L’appel à projets pour cette action a pour objectif de développer un dispositif de sensibilisation en milieu scolaire à l’égalité filles-garçons et à la lutte contre les discriminations. 

– Les réponses à l’appel à projets doivent être déposées au plus tard le 31 mai 2021 par voie dématérialisée sur le site Paris Asso. 

– vote en conseil de Paris de septembre 2021

– durée du projet : l’action doit avoir lieu entre octobre 2021 et juin 2022 

– un bilan des actions quantitatif et qualitatif écrit devra être remis au service à l’issue de la réalisation de l’action, mentionnant notamment les évaluations des établissements concernés.

Voici notre projet déposé

* Public cible : les élèves des collèges parisiens. Nous travaillons depuis plus de 20 ans auprès de collégiens de Paris et de sa proche banlieue afin de sensibiliser les élèves à propos des discriminations. Nous avons un fichier de professeurs auxquels nous nous adressons pour proposer notre programme d’action durant l’année scolaire. Notre public se compose de collégiens venant de quartiers et de milieux différents. 

* Lieu de l’action : nous donnons la possibilité aux élèves de venir dans un cinéma parisien (salle Beauregard 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris), mais s’il y a impossibilité de déplacement et si le collège est équipé d’une salle de projection, l’équipe de Mémoire 2000 et les intervenants peuvent venir in situ. Nous avons remarqué que la parole des élèves est plus aisée en dehors de l’enceinte scolaire ; cela permet également aux jeunes de rencontrer et échanger avec des collégiens d’autres secteurs scolaires de Paris.  

* Modalité d’action : Sur le temps scolaire, les collégiens accompagnés de leurs professeurs sont invités à la projection d’un film, puis à un débat où ils pourront échanger avec un spécialiste du thème abordé. La séance a lieu durant une matinée. Avant la séance, nous envoyons aux professeurs un dossier sur le thème et sur le film. Pour ce projet, nous interviendrons en amont auprès des professeurs des collèges concernés et nous les retrouverons pour une séance bilan après la projection-débat.

* Thème et film choisis :  L’homophobie et la stigmatisation des orientations sexuelles à partir du film “Baisers cachés” de Didier Bivel sorti en 2015. Le héros de 16 ans découvre son homosexualité et se retrouve la cible de brimades et de violences à la suite d’une photo prise à son insu et postée sur les réseaux sociaux. 

* Objectifs de l’action :

– Amener les élèves à prendre conscience des stéréotypes et préjugés dont chacun(e) peut être auteur(e) ou victime

– montrer comment la représentation stéréotypée entraîne des attitudes, des relations, des choix ou des actes qui peuvent constituer des limites au potentiel de chacune et chacun, voire engendrer des violences inacceptables

– informer sur les droits existants, présenter le rôle de la loi (rappel du code pénal) et son champ d’application en matière de lutte contre l’homophobie.

– créer un espace de parole où les jeunes se sentent autorisés à exprimer leurs réflexions et questionnements sur tous ces sujets.

* Profil des intervenants : Membres de l’association Mémoire 2000, retraités de l’éducation nationale, professeurs et formateurs, cadres de santé publique. 

Débatteurs : spécialistes du sujet abordé et/ou témoin. Les noms des intervenants et débatteurs seront donnés quand les dates des séances auront été fixées (Sylvie Schweitzer, SOS homophobie et Blandine Berthelot pour le témoignage).

3. Projet “Échange mémoriel” entre deux classes de lycées (Alpes-de-Haute-Provence – Val-de-Marne)

Notre association a été contactée par un collège des Alpes de-Haute-Provence pour un travail avec une classe de 3ème sur un projet mémoriel l’année prochaine.

Ayant eu connaissance d’une classe de Saint-Maur dans le Val-de-Marne intéressée par le même sujet, nous envisagions de proposer à ces deux classes un échange scolaire dont nous assurerions le côté technique.

Si pour des raisons de difficultés d’organisation pour cette année de reprise, l’échange scolaire ne pouvait avoir lieu, Mémoire 2000 propose de jouer un rôle de conseil en terme de contenu et de méthodologie auprès des collèges et de mettre en relation les professeures de Volx avec la professeure de Saint-Maur, afin qu’elles puissent travailler ensemble. 

Autres possibilités : Mémoire 2000 pourrait organiser, dans un premier temps avec la classe de Saint-Maur, un voyage au Mémorial de Caen, avec départ en car et retour dans la même journée, et/ou une visite du Mémorial de Drancy.

Dans chacun des prochains numéros de notre journal, nous vous donnerons des “nouvelles” de l’avancée de ces très intéressants projets.


Journal de Juillet 2021 : A lire…(ou pas)

19 juillet 2021

“ Liberté, Egalité, Fraternité” aux Editions de l’Aube

Ce livre rassemble trois brillantes intellectuelles : Mona Ozouf, spécialiste de la Révolution française et de l’école publique, Michelle Perrot professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Diderot et Cynthia Fleury professeure et psychanalyste.

Mona Ozouf dit de la Liberté qu’elle a “deux ennemis : les circonstances extraordinaires et le salut public ».

Pour Michelle Perrot “l’égalité est un but, un chemin, une bataille ». 

Quant à Cynthia Fleury, elle conclut en précisant que « ce sont les inégalités qui menacent la fraternité ». 

Ces trois mots qui forment la devise de la France sont revisités et nous amènent à réfléchir sur ce que nous pensions savoir de toute éternité de ces notions qui résonnent un peu comme un slogan.

Cependant ce que révèle cet ouvrage c’est que même si l’on peut relever des paradoxes ou des ambiguïtés liés à ces notions, elles forment “un idéal qui a le mérite de nous tirer vers le haut individuellement et collectivement… et dessinent un beau projet de société”.

A lire aujourd’hui plus que jamais !

“Historiciser le mal”, Une édition critique de Mein Kampf, aux Editions Fayard

On en parle depuis des années ! Dès 2011 alors que se profilait l’annonce de l’entrée dans le domaine public en 2016 du sinistre ouvrage d’Hitler “Mein Kampf,” on s’interrogeait sur la pertinence de publier ce brûlot et, si oui, de quelle façon le présenter afin d’offrir au lecteur une édition critique et explicative.

La question ne se pose plus car vient de paraître, le 2 juin, chez Fayard, le manifeste du nazisme assorti d’un appareillage critique intitulé : “Historiciser le mal”, une édition critique de Mein Kampf.

Pour Sophie de Closets, présidente des éditions Fayard, cette réalisation a une double ambition : ne pas être une simple réédition du livre de Hitler, paru en 1925… mais avant tout de proposer “une analyse critique, une mise en contexte, une déconstruction, ligne par ligne, de Mein Kampf, une des sources fondamentales pour comprendre l’histoire du XXe siècle”.

Les maîtres d’œuvre, Florent Brayard, historien, directeur de recherche au CNRS, et Andreas Wirsching, le directeur de l’IZM, ont réuni autour d’eux plus d’une dizaine de chercheurs, avec trois objectifs. “Contextualiser le texte, le déconstruire et faire le lien entre cette vision du monde antisémite, raciste, autoritaire et belliciste et la réalité barbare du nazisme… afin de fournir au lecteur les outils et les connaissances pour tenir à distance le discours hitlérien.”

Cela suffira-t-il ? Rien n’est moins sûr !

A lire (si le cœur vous en dit).


Journal de Juillet 2021: Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression de François Héran, une réflexion nécessaire après une année difficile

19 juillet 2021

Il y eut d’abord la lettre adressée aux professeurs d’histoire-géographie, le 30 octobre 2020, depuis le site “La vie des idées”. Cette lettre répondait à des professeurs d’histoire-géographie qui demandaient conseil à F. Héran à propos du cours d’ECM, éducation civique et morale, qu’ils devaient donner à la rentrée des vacances de la toussaint. Ces professeurs, après le choc, avaient besoin d’une réflexion construite avant de retrouver les élèves pour un moment symbolique dans lequel il fallait redonner du sens collectif après l’acte sidérant de la décapitation d’un professeur. Ils s’adressaient à une autorité intellectuelle, sociologue professeur au collège de France et auteur de “Avec l’immigration, mesurer, débattre, agir.”

Comment à la fois, rendre hommage à Samuel Paty assassiné par un djihadiste parce qu’il avait commenté devant ses élèves des caricatures de Mahomet et donner sens à la liberté d’expression, valeur républicaine au nom de laquelle des foules choquées se sont réunies après l’assassinat ? Dans l’urgence, François Héran donne des conseils : retour aux textes, il rappelle les droits et devoirs de la liberté d’expression, et interroge cette notion, liberté d’expression offensive ou tolérante ? Il termine sa lettre par un conseil de Paul Ricoeur aux éducateurs : pratiquer le compromis en intégrant l’existence d’autrui dans sa vision du monde. 

Dans les mois qui suivirent sa publication, ce texte a suscité de vives réactions. Une mise au point était nécessaire. François Héran était accusé de vouloir brider la liberté d’expression.  L’objectif de cet essai répond à deux aspirations : “1. Résister au chantage moral qui pèse sur les professeurs, consistant à les traiter de “lâches” ou de “couards” s’ils persistent à penser que les caricatures de Mahomet peuvent heurter la conscience des élèves et des parents. 2. Encourager les professeurs à exercer leur discernement : la critique des religions, si nécessaire soit-elle, n’exige pas l’outrage gratuit ; la liberté d’expression, l’un des biens les plus précieux pour préserver la démocratie, ne peut être érigée en absolu.”  

Il s’agissait de reprendre en profondeur la réflexion entreprise dans ce premier message, en analysant historiquement depuis 1789, l’évolution des lois sur la liberté de conscience et la liberté de la presse (devenue liberté d’expression après 1945). 

François Héran dénonce d’abord la posture paternaliste des Français qui proclament le droit de dénigrer les religions des autres sans retenue, car ce serait pour leur bien. Un message qui peut être bien mal perçu, lorsque la France, ancienne puissance coloniale en est l’auteur et prétend “administrer une leçon de liberté aux peuples qu’elle avait colonisés.” L’auteur revendique une méfiance envers la tentation de l’absolu qu’il soit religieux ou laïque et observe que se propage un besoin de sacraliser les caricatures dans le but de désacraliser les religieux. Les caricatures, dans l’émotion suscitée par les violences qu’elles déchainent, seraient devenues l’illustration suprême de notre liberté d’expression, un sommet de notre civilisation. Cela enferme les enseignants et les citoyens dans un étau politique et moral : l’injonction de défendre à tout prix les caricatures les plus offensantes sous peine de trahir les principes de l’école laïque et républicaine.  

L’auteur revient sur l’histoire de la liberté de conscience et la liberté d’expression, présentées comme “les tours jumelles de la démocratie … solidaires et distinctes, imposantes et fragiles”, cibles des djihadistes “dans le fol espoir d’imposer une croyance unique et d’étouffer toute liberté d’expression”. 

Les articles 10 et 11 de la déclaration de 1789, comportent chacun la modération de ces libertés et sont complétés par le principe de non-nuisance énoncé dans l’article 4 : “La liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui”. Dès leur rédaction, ces articles ont suscité tensions et réactions qui ne se sont jamais résorbées. La loi de 1789 sur la liberté de la presse, qui n’est pas encore la liberté d’expression, accorde le droit de critiquer dans les termes les plus vifs, “les gens en place”, ministres, dignitaires de l’église, membres de la famille royale. 

C’est en 1948, avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, approuvée par l’Assemblée générale des Nations unies que la notion de liberté d’expression est prononcée. Pour ses rédacteurs, instruits par les leçons de la Seconde Guerre mondiale, cette déclaration énonce la liberté de conscience dans son article 18 et la liberté d’opinion et d’expression dans l’article 19. Mais la portée de la Déclaration universelle des droits de l’homme est avant tout symbolique, sans dispositif de mise en œuvre. Contrairement à ce que l’on croit, le droit ne crée pas lui-même ce qu’il énonce. Il n’est suivi d’effet qu’avec la création de dispositifs concrets dépendants d’une volonté politique. 

Ensuite, ce sera la Convention européenne des droits de l’homme, en 1950 et la création de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg qui bâtiront un système juridique pour établir la garantie collective des droits. François Héran signale que l’on trouve dans la jurisprudence de la CEDH un matériel pédagogique de grande qualité. 

La lettre aux professeurs revient aussi sur la difficulté de séparer les croyances des croyants. La distinction savante entre agression ad ideam et agression ad personam. François Héran interroge : “Croit-on sérieusement que l’argument spécieux consistant à détacher les croyances des croyants soit de nature à resserrer le lien social ?”. 

Il observe avec intérêt les termes de la Charte de la laïcité à l’école, affichée dans tous les établissements scolaires. L’article 9 proclame que la laïcité “repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre”. Le programme d’EMC fait du respect d’autrui une priorité. “Respecter autrui, c’est respecter sa liberté, le considérer comme égal à soi en dignité, développer avec lui des relations de fraternité. C’est aussi respecter ses convictions philosophiques et religieuses, ce que permet la laïcité”. Pour régir la vie des établissements scolaires et promouvoir les valeurs républicaines il ne s’agit donc plus de dissocier les croyants de leurs croyances.  

 Jacinthe Hirsch


Journal de Juillet 2021: Qui se ressemble, s’assemble !

19 juillet 2021

Que ne ferait-il pour provoquer et faire parler de lui ?

Dieudonné, condamné à de multiples reprises pour propos racistes, antisémites, provocation à la haine, injure publique en raison de la religion, contestation de crime contre l’humanité… et bien d’autres motifs du même tabac, a présenté le 15 avril dernier, une demande d’asile politique pour lui et sa famille, auprès du président turc Erdogan.

La Turquie ? Une aubaine pour Dieudonné. Il pourra y retrouver quelques amis extrémistes accueillis ces dernières années, notamment le pianiste Stéphane Blet, complotiste proche d’Alain Soral. 

Le média public turc TRT, trop heureux de les recevoir en période de forte tension entre la France et la Turquie, a consacré une interview fleuve aux deux provocateurs. Interview réalisée par une propagandiste franco-turque, très active sur les réseaux sociaux. Dans cet article, les deux compères sont présentés comme des “artistes engagés”, “obligés de quitter la France en raison de leurs opinions politiques”, ajoutant que la Turquie est le seul pays à permettre une totale liberté d’expression à Dieudonné et consort. Mais ce que cet article omet soigneusement de mentionner ce sont les propos racistes des deux “artistes” et leurs nombreuses condamnations par la justice.

Quoiqu’il en soit, en Turquie Dieudonné et ses amis seront comme des poissons dans l’eau. Ils auront tout le loisir d’exprimer leurs haines en toute impunité. On connait la complaisance de la Turquie envers les antisémites, les islamistes comme Idriss Sihamidi, salafiste lié à l’islam radical et au terrorisme, les négationnistes de toutes natures comme Maxime Gauin, historien négateur du génocide arménien…tous deux “réfugiés” en Turquie ; mais on connait aussi la grande susceptibilité de ce pays, et son implacable intolérance à l’égard des journalistes ou intellectuels qui osent critiquer le pouvoir. 

La Turquie d’aujourd’hui, qui accueille chez elle tant de personnalités de la “fachosphère” européenne, rappelle un autre temps : celui de l’après guerre 1939-1945, où d’anciens nazis allaient trouver refuge et “liberté” dans certains pays d’Amérique Latine…

Alors, oui, pour Dieudonné, la Turquie est un pays de liberté. Reste à savoir ce que l’on entend par “liberté” ? Liberté de haïr, d’injurier, de nier et contester des crimes contre l’humanité…En réalité, liberté de bafouer et faire injure à toutes les valeurs humaines, républicaines et démocratiques !

Gageons que son départ de France ne provoquera pas un torrent de lamentations…Peut-être sera-t-il même salué d’un grand soulagement !

Lison Benzaquen

P.S.”25 juin : Dieudonné M’Bala M’Bala a été condamné en appel à trois ans de prison dont deux fermes, 200 000€ d’amende, et la confiscation de 535 000€ en espèces saisis chez lui lors de l’enquête, pour avoir détourné plus d’un million d’euros de recettes non comptabilisés de ses spectacles entre 2009 et 2014.

Le jugement confirme celui prononcé en première instance en 2009 à l’encontre du polémiste dont la peine sera aménagée”. 


Journal de Juillet 2021: Merci à la famille de Roald Dahl

19 juillet 2021

Qui ne connait pas Roald Dahl pour ses écrits portés à l’écran par Tim Burton ?

Je veux parler par exemple de “Charlie et la chocolaterie”, “Le bon gros géant” etc. ?

Des textes commentés à l’école par tant d’élèves, mais qui était vraiment Roald Dahl ?

Qui pouvait supposer que l’antisémitisme faisait partie de ses convictions ?

Qui enfin était au courant de ses déclarations dans une interview accordée au magazine britannique “New Statesman” en 1983 au cours de laquelle il légitimait et trouvait des justifications aux crimes d’Hitler ? “Il y a un trait de caractère chez les juifs qui provoque l’animosité, peut-être une sorte de manque de générosité envers les non-juifs. Je veux dire, il y a toujours une raison originelle à l’anti-quoique ce soit,” avant d’ajouter : “même un salopard comme Hitler ne les a pas choisis sans raison” !!

1990, il persiste en déclarant à nouveau : “Il n’existe aucun éditeur non- juif nulle part, ils contrôlent tout, les médias etc… “

Le 7 décembre dernier (30 ans après sa mort), la famille présente des excuses pour leur père au sujet de ces propos empreints de préjugés qu’ils désapprouvent et qui tranchent avec l’homme de “valeur” qu’ils ont connu.

Joëlle Saunière


Journal de Juillet 2021: « Race et sciences sociales » de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel

19 juillet 2021

La publication en février 2021 aux Editions Agone du livre “Race et sciences sociales – Essai sur les usages publics d’une catégorie”, de l’historien Gérard Noiriel et du sociologue Stéphane Beaud au début de l’année 2021 a suscité des critiques extrêmement partagées, les uns saluant un ouvrage salutaire pour le débat intellectuel et politique français, les autres critiquant l’analyse des deux chercheurs qui minoreraient l’importance de la “race” dans la réalité des discriminations que de nombreuses personnes subissent aujourd’hui en France. 

Dans un contexte de dégradation du débat intellectuel en France (et à l’étranger), à l’heure où l’activisme des “woke“1 sur les réseaux sociaux mondialisés et sur certains campus universitaires nord-américains veulent réduire au silence et invisibiliser (la “cancel culture”) celles et ceux qui ne pensent pas comme eux, alors même que sont commis des crimes racistes comme celui de George Floyd,  et que des manifestes d’intellectuels se répondent en s’accusant implicitement de racisme, le livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud vise à clarifier les enjeux des polémiques intellectuelles actuelles. Les deux chercheurs défendent également l’autonomie de la recherche en sciences sociales, qui est aujourd’hui attaquée par des hommes politiques, depuis le socialiste Manuel Valls jusqu’à l’extrême-droite. A quelques mois d’une élection présidentielle dont les sondages prédisent que Marine Le Pen sera au deuxième tour et que les partis de gauche sont devenus minoritaires dans le pays, ce livre est extrêmement important pour les débats actuels, mais aussi futurs, et nous en recommandons vivement la lecture. 

Commençons par préciser que l’historien Gérard Noiriel a participé à Mai 68, qu’il s’est engagé dans les années 1970 au Parti Communiste Français, et que son expérience de VSN au Congo Brazzaville l’a rendu particulièrement attentif aux formes extrêmes d’exploitation et de violences subies en France par les travailleurs immigrés des anciennes colonies françaises. Son premier ouvrage, “Vivre et lutter à Longwy” coécrit en 1980 avec le syndicaliste Benaceur Azzaoui, éclaire les formes spécifiques de discrimination que subissaient les travailleurs immigrés dans le milieu syndical de l’époque et entraîna sa rupture avec le PCF. Les thèmes de l’immigration et de l’intégration sont centraux dans toutes ses recherches et ses ouvrages (citons notamment “Le creuset français”, paru en 1988, qui constitue la première histoire générale de l’immigration en France, “Racisme, la responsabilité des élites”, coécrit avec Bertrand Richard (2007) et “Qu’est-ce qu’une nation”, 2015).

Stéphane Beaud fait partie de la génération Post 1968 et la question de l’immigration s’est imposée à lui dans les années 1980 avec la “marche contre le racisme et pour l’égalité des droits” de 1983, consécutive à des crimes racistes de jeunes arabes, à l’émergence du Front National et d’une parole publique ouvertement raciste, qui célébrait alors Vichy et l’OAS. Ses principaux travaux portent sur la classe ouvrière (“Retour sur la classe ouvrière – Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard”, coécrit avec Michel Pialoux, 1999), et sur les destins sociaux des enfants des milieux populaires de parents français et immigrés.  Le sociologue a mis en évidence le lien direct entre l’affaiblissement du groupe social des ouvriers à partir des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, et la montée des tensions à l’école, dans les lieux de résidence, et dans l’espace public. Son très beau livre, “La France des Belhoumi : Portraits de famille (1977-2017)”, paru en 2018, retrace et analyse l’intégration et l’ascension sociale sur trois générations d’une famille d’origine algérienne, la famille Belhoumi, à travers les parcours scolaires, professionnels, matrimoniaux et résidentiels des enfants et petits-enfants, sans occulter le poids des amalgames stigmatisants qui pèsent sur eux depuis les attentats islamistes de 2015.

Stéphane Beaud et Gérard Noiriel sont des universitaires de premier plan dans leurs disciplines, mais également des citoyens engagés, et ils ont ainsi écrit à quatre mains “Race et sciences sociales” pour donner des outils intellectuels à celles et ceux qui veulent dépasser les “cécités croisées” qui font que certains se focalisent exclusivement sur les questions raciale et postcoloniale, tandis que d’autres insistent sur le rôle central des classes sociales dans les inégalités et minorent la ségrégation que subissent des personnes immigrées ou leurs descendants. L’un des objectifs de leur ouvrage est de permettre aux forces progressives de s’unir à nouveau dans un combat commun contre le racisme et les discriminations, alors que la droite identitaire gagne de nombreux esprits, y compris dans la jeunesse.

La première partie du livre, écrite par Gérard Noiriel, retrace l’histoire de la catégorie de “race”2, et la manière dont cette catégorie s’est progressivement constituée et imposée dans le débat public depuis la fin du 17e siècle jusqu’au 19e siècle, et est devenue un objet d’étude pour les sciences sociales naissantes. L’historien montre que la “question raciale” n’a jamais été occultée en France, contrairement à ce que certains intellectuels affirment aujourd’hui, et que cette question a immédiatement suscité de vifs affrontements entre d’une part les fondateurs de la sociologie, le Français Émile Durkheim, l’Allemand Max Weber, et l’Américain W.E.B. Du Bois, et les tenants d’un courant identitaire de droite, essentialisant les individus et les communautés, incarnés en France par André Siegfried en sciences politiques et par Alfred Sauvy en démographie. Gérard Noiriel montre en particulier comment la volonté de se démarquer des penseurs allemands de l’époque, après la défaite de 1870, a conduit les identitaires de la droite française à renoncer à des discours unifiant les idéologies racialisante3 et biologisante qui seront à la genèse de l’idéologie nazie.

La seconde partie du livre, coécrite par les deux auteurs, s’attache à montrer comment le déclin du marxisme dans les années 70 et la montée d’un chômage de masse à partir des années 80, fragilise et divise la classe ouvrière, et favorise l’émergence d’un nouvel anti-racisme de gauche, avec la création de SOS Racisme, en réponse à des discours identitaires de droite. C’est à partir des années 1980 que la catégorie “race” s’impose à nouveau dans la presse écrite et audiovisuelle, et aujourd’hui sur les réseaux sociaux, et dans les discours publics. Gérard Noiriel et Stéphane Beaud analysent notamment de manière critique les travaux des universitaires Eric Fassin et Didier Fassin, Pap Ndiagne, enseignants à l’ENS, à l’EHESS et à Sciences Po, et de “l’entrepreneur identitaire” Pascal Blanchard.

Stéphane Beaud mène dans la troisième partie du livre une étude approfondie de l’affaire dite des quotas dans le football français en 2011, inspiré de ses ouvrages précédents sur le football. Il donne une toute autre analyse de ce qui fut présenté par Fabrice Arfi, journaliste d’investigation du journal Médiapart, comme un “scandale racial”. Stéphane Beaud montre comment les nouvelles règles de la FIFA4 ont profondément changé la donne au début des années 2000, influençant les décisions de certains joueurs binationaux de rejoindre l’équipe nationale du pays d’origine de leurs parents afin de jouer au plus haut niveau (dans l’équipe nationale, avec ce que cela implique de reconnaissance professionnelle et sociale, et en terme de rémunération), et créant de nouvelles contraintes pour les instances nationales du football français, soucieuses de ne pas former un trop grand nombre de jeunes joueurs susceptibles de rejoindre des équipes étrangères et potentiellement rivales de l’équipe nationale française.

Sans nier l’importance des discriminations “raciales”, mises en évidence lors des testing sur les CV anonymisés qui prouvent des discriminations à l’embauche, ou les contrôles au faciès par la police, Gérard Noiriel et Stéphane Beaud mettent implicitement en garde les forces progressistes contre les “assignations identitaires” portée par une partie de la gauche contemporaine, car chacun et chacune est porteur et constitué d’une pluralité d’histoires et d’attributs sociaux (classe sociale, sexe, génération, couleur de peau, religion, etc.). Leur livre offre des outils pour toutes celles et tous ceux qui veulent s’évader des assignations identitaires dans lesquelles un nombre toujours croissant des journalistes, experts et politiciens, veulent les enfermer.

Rose Lallier

1- Les “ éveillés” qui  sont conscients des problèmes liés à la justice sociale et à l’égalité raciale.

2 – La “race” n’a aucune réalité biologique, comme l’ont prouvé les travaux des généticiens.

3 – Le racialisme établit une hiérarchie entre les supposés “races”, la “race blanche” étant supérieure aux autres.

4 – Fédération Internationale de Football Association.


Journal de Juillet 2021: Mondial de foot au Qatar…Aberrant !

19 juillet 2021

Le 2 Décembre 2000, la Fédération Internationale de football a attribué l’organisation de la Coupe du Monde au Qatar. Depuis, ce pays a entrepris un vaste programme de modernisation de ses infrastructures dans le but d’accueillir des millions de spectateurs. Neuf stades doivent être construits, trois autres rénovés. En outre, la filiale nationale de VINCI a été chargée de construire une ligne de métro desservant les stades et les hôtels : marché de plusieurs millions de dollars.

Malheureusement, les conditions de travail des ouvriers au Qatar sont des plus pénibles : douze heures de travail par jour sous des températures presque toujours supérieures à 40 degrés l’été, humidité très importante, chambres exiguës super-occupées (VINCI emploie 6000 migrants de moins de 30 ans). 

Hélas, depuis le début de ces travaux colossaux, les conditions de travail exécrables ont causé un nombre important de décès par insuffisance respiratoire ou crise cardiaque. Des plaintes d’ONG internationales ont bien été enregistrées, sans aucun effet positif. Les Qataris vont jusqu’à retenir ces travailleurs dans des centres de détention, quand ils ne les expulsent pas, au mépris de toutes les conventions internationales, avec confiscation des passeports et retenue des salaires. Bangladais, Indiens, Népalais, Pakistanais meurent par centaines, atteints d’insuffisance cardio-respiratoire. Les patrons ont le pouvoir d’annuler leur permis de séjour, confisquent leurs passeports : forme plutôt moderne d’esclavage. 

Pour la première fois dans l’histoire, une multinationale est attaquée pour travail forcé et réduction en servitude, avec “omission de porter secours, blessures volontaires et recel de profits issus de ces infractions, considérant les conditions de travail et de logement incompatibles avec la dignité humaine”.

Quelques timides avancées ont été effectuées concernant les conditions de vie des travailleurs, avec un grand flou sur le nombre de morts. Selon The Guardian, plus de 6500 ouvriers venus d’Inde, Sri Lanka, Pakistan Bangladesh ont péri durant ces travaux exténuants. On promet des autopsies. 69% concluent à une mort naturelle, avec insuffisance cardio-respiratoire. Certains joueurs de foot allemands, hollandais ou danois ont dénoncé cette situation dramatique, qu’on aurait pu prévoir lors de Mondiaux d’athlétisme disputés dans ce pays, avec des défaillances spectaculaires, des insuffisances cardiaques aiguës.

Mais quittons ces constatations macabres et révoltantes. La responsabilité de ceux qui ont choisi ce pays est flagrante. Le Qatar ne reconnait pourtant que 37 décès ! Mais on promet des autopsies…Alors que 69% des des décès seraient des “morts naturelles”.

Devant ces constats affligeants, une seule question vient à l’esprit : Comment a-t-on pu en arriver là, qui sont les premiers et grands responsables ? Ils sont à mon sens faciles à trouver : ce sont les dirigeants de la Fédération Internationale de Football qui ont pris cette décision lamentable. 

Tous les Mondiaux Internationaux de Football ont été de grandes réussites sportives et populaires. Cette fois, on peut le dire et s’en désoler, les données politiques et financières ont hélas conduit à cette désignation aberrante : ces gens de la FIFA ont estimé qu’il fallait attribuer la Coupe du Monde à un pays qui n’avait jamais abrité cette compétition. Belle idée, je veux bien, mais dans ce cas, d’autres pays étaient possibles, bien mieux outillés pour cela : la Russie, Le Canada, le Japon et bien d’autres. Mais on voulait la donner à un pays du monde arabe : mais dans ce cas, l’Egypte, le Maroc ou d’autres, au climat plus clément, auraient bien mieux fait l’affaire, eux qui ont une solide culture du football.  

Cessons donc de nous lamenter. Puisqu’on vous dit que tout cela est clair, que ce fut une bonne décision, et que le spectacle promet d’être sublime, on va voir ce qu’on va voir !

Guy Zerhat


Journal de Juillet 2021 : Génération Covid, génération perdue?

19 juillet 2021

(copyright : Pixabay)

Stress, échec scolaire, dépression, passage à l’acte…la crise du covid qui aura duré plus d’un an a eu, sur les jeunes notamment, des effets dévastateurs. Ils paient un lourd tribut. 

Cette crise pour certains  équivaudrait à un tremblement de terre qui ébranlerait leur perception du monde. La reconstruction pourrait être longue et difficile.

Il n’est pas question ici d’en “remettre une couche” en répétant tout ce que tout le monde sait déjà sur les effets des confinements et autres mesures anticovid sur les jeunes. Il s’agit modestement d’essayer, chacun à son niveau de se montrer inventif, de réfléchir à des moyens, des astuces, des “trucs” qui pourraient aider ces jeunes en détresse à s’en sortir.

De nombreuses mesures ont déjà été mises en œuvre et à cette occasion on a pu malheureusement, se rendre compte que les structures d’accueil de jeunes existantes sont insuffisantes et manquent de moyens et de personnel. On compte en France un psychologue pour 30 000 étudiants : c’est consternant !

Il faut cependant signaler des initiatives intéressantes. 

– Celle de permettre à des enfants de 3 à 17 ans, de bénéficier gratuitement de dix séances avec un psychologue en est une. C’est un premier pas. Mettre des mots sur leur malaise permettra à ces enfants de tenir à distance le traumatisme engendré par la crise.

Ce ne sera probablement pas la panacée, mais un outil pour envisager le “redémarrage” d’une vie mise entre parenthèses durant la pandémie. 

Cependant, ces séances ne seront utiles que si elles viennent en complément d’un travail au sein des écoles et des familles où les adultes devront porter un regard vigilant et bienveillant sur ces enfants. Le rôle des enseignants sur lesquels tant d’espoir et de charge reposent est primordial.

Ce sont des projections positives et confiantes sur une jeunesse désorientée qui lui permettront de pouvoir se reconstruite. Et chacun peut y prendre part.

– La mise en place d’une formation, à la Sorbonne, pour apprendre à aider les étudiants en détresse, est aussi une mesure très utile car elle traite le problème en amont. Cette formation aux premiers secours en santé mentale apprend à de jeunes volontaires – filles et garçons – à explorer les troubles psychiques, les crises suicidaires et autres symptômes de la dépression. Au terme des quatorze heures de formation, tous deviendront  “secouristes en santé mentale”. “Il ne s’agit pas de se substituer aux soins, mais plutôt de se rendre compte de changements de comportements…Les étudiants s’entraînent à repérer des signes pour apporter une première aide.” Une approche qui peut être déterminante car elle agit comme une alerte et ouvre un accès plus rapide aux soins.

En dehors de ces initiatives “officielles” chacun peut agir et une association comme la nôtre a un rôle à jouer. L’Histoire et la Mémoire sont des outils essentiels pour démontrer que rien n’est jamais irrémédiablement inscrit et que l’on peut toujours se relever d’une crise.

Les exemples ne manquent pas. De tous temps, les guerres, la misère, les catastrophes de toutes natures ont traumatisé des générations d’enfants. Pourtant beaucoup s’en sont sortis grâce à des mécanismes de défense divers comme la ténacité, la créativité, l’engagement, la positivité et surtout l’aide et la confiance d’adultes. La transmission de ces valeurs cardinales est une des garanties de la réussite. 

De nombreux débatteurs ont déjà lors de nos séances, porté témoignage de telles “renaissances”…Il nous faudra donc continuer et sans doute affiner et intensifier notre action.

C’est grâce à la multiplicité d’initiatives que nos jeunes pourront rebondir.

Tout cela prendra assurément du temps et certains enfants surtout les plus fragiles, ne s’en sortiront probablement pas. Mais chaque geste compte et, n’oublions pas que, comme dit l’adage, “il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer”.

Lison Benzaquen


Editorial du journal d’Avril 2021 : l’école sous pression

13 avril 2021

Notre numéro de janvier n’est pas paru. Il s’agit de sortir du silence. Etions-nous paralysés par la fermeture des salles de cinéma et l’obligation de renoncer à nos séances devant les élèves ? Ou dans l’effroi devant la décapitation du professeur Samuel Paty par un islamiste, la veille des vacances de la toussaint ?  “La portée symbolique de ce crime est énorme. Par l’acte terrifiant de la décapitation bien sûr, mais aussi parce que, l’école, c’est notre tête à tous” a écrit Fethi Ben Slama dans Télérama, après l’attentat. 

Six mois après cet acte monstrueux, les professeurs continuent à faire cours avec toutes les difficultés liées à la pandémie qui se prolonge un an après le premier confinement. Tenir sur le respect des gestes barrières, assurer les cours en présence et avec masque dans les collèges et en partie à distance dans les lycées. Sorties dans les lieux culturels annulées, projets suspendus. Les conditions d’exercice des enseignants sont de plus en plus lourdes avec en arrière-plan, l’image insoutenable de leur collègue décapité.   

Notre numéro d’octobre rendait compte du procès des attentats de janvier 2015. Ce procès a donné lieu à une première réplique, devant les anciens locaux de Charlie, le mobile étant la volonté de “punir les défenseurs du blasphème.” Puis le 16 octobre, survient l’attentat contre Samuel Paty. Les circonstances sont maintenant établies, le mensonge de l’élève devant son père à propos du cours auquel elle n’a pas assisté et l’emballement sur les réseaux sociaux qui conduit le terroriste à commettre ce geste atroce en se croyant le vengeur du divin outragé, comme les frères Kouachi dans les locaux de Charlie. Nous reprenons en page intérieure une tribune parue en novembre sur la question des caricatures devenues le symbole des valeurs de la République française.  

Aujourd’hui, en mars 21, après le confinement strict du 16 mars au 10 mai 2020, la priorité est de maintenir les cours. Le nouveau confinement prévoit que les écoles et collèges restent ouverts et que les lycées fonctionnent tous en demi-jauge. L’ouverture des écoles est indispensable sur le plan de la santé mentale et des apprentissages. Des études en épidémiologie ont aussi prouvé que l’école n’est pas un accélérateur des contaminations. Enfin, il apparait que le premier confinement a accentué le fossé creusé avec les populations les plus précaires, il faut éviter que cela se reproduise. Les enseignants se retrouvent donc avec deux injonctions : continuer à faire cours, coûte que coûte et être les garants de la laïcité menacée par le terrorisme. Le débat sur la laïcité est aussi ancien que la loi de 1905, mais il se ravive après les attaques terroristes et les peurs qu’elles imposent. La pédagogie est délicate car les convictions religieuses familiales peuvent entrer en conflit avec le discours sur la laïcité. Il s’agit d’interroger les aprioris : non, la laïcité n’est pas un athéisme d’Etat ou une hostilité à la religion, chacun a le droit de croire ou de ne pas croire ainsi que le définit l’article 1 de la loi de 1905. Mais il faudra beaucoup de pédagogie et de distance pour faire passer le message sans réveiller les crispations.

Et comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle inquiétude frappe les établissements, le harcèlement scolaire. La mort d’Alisha Khalid, à Argenteuil, frappée puis jetée dans la Seine par une fille et un garçon de sa classe de 3ème a dramatiquement mis en lumière ce phénomène. Le harcèlement fait partie de la vie des collèges. C’est un phénomène de groupe propre à l’adolescence : pour avoir des copains et échapper au risque d’être harcelé, il est plus simple de faire partie du groupe des harceleurs et puis il suffit de se dire que c’est pour rire. Depuis plus de dix ans, le harcèlement sort des murs de l’école et se diffuse en ligne. Un collégien sur vingt est victime de cyberharcèlement. La France a tardé à prendre la mesure du phénomène et à proposer des réponses. Deux numéros verts ont été mis en place. Des formations sont proposées aux enseignants, à la demande des établissements. C’est encore trop peu. Le dispositif Sentinelles et Référents est testé cette année dans 300 établissements. L’objectif : casser la dynamique de groupe. Le harcèlement, c’est 10%, de victimes, 10% d’auteurs et 80% de témoins. On ne peut pas combattre cette situation si on ne combat pas les trois postures en même temps.” selon Éric Verdier*, psychothérapeute communautaire qui travaille depuis dix ans sur ce dispositif inspiré du Québec. Dans ces établissements, dix élèves et six adultes volontaires sont formés pendant quatre jours, les élèves seront les sentinelles, les adultes seront les référents. L’essentiel du travail consiste à casser le triangle de l’abus : un auteur, une victime et des spectateurs. Il s’agit d’abord de protéger la victime et de faire prendre conscience au groupe du poids de son attitude dans le phénomène. Ensuite, si le harcèlement persiste, les adultes s’adressent à l’harceleur. On sait que dans les établissements difficiles où le climat scolaire est dégradé, les cas de harcèlement sont en progression constante. Un programme anti-harcèlement “clé en main” devrait être étendu à toutes les académies à la prochaine rentrée. Espérons que ce programme se traduira autrement qu’en vœux pieux. 

Dans ce reconfinement qui ne dit pas son nom et cette incertitude sur l’avenir qui joue les prolongations, toutes nos pensées vont vers notre public, élèves et professeurs que nous souhaitons retrouver enfin à la rentrée de septembre pour de nouvelles séances. 

Jacinthe Hirsch

  • Violence et justice restauratrice” Éric Verdier et Max Tchung-Ming. Recueil de témoignages qui propose des outils concrets. 

Journal d’Avril 2021 : compte-rendu de notre séance-débat du 13 octobre 2021

13 avril 2021

Les héritiers

Séance du 13 octobre 2020

Thème : Education – transmission

Débattrice : Anne Anglès

Un film basé sur une histoire vraie : dans un lycée de Créteil, en 2008, une professeure d’histoire propose à une classe réputée dure de s’inscrire au Concours National de la Résistance et de la Déportation. Le thème de l’année : Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi.

La classe rejette d’abord cette proposition “encore parler des juifs, toujours ! Et puis on est nuls, on n’y arrivera pas.” Pourtant parce que leur professeure croit en eux, puis grâce à la rencontre avec un ancien déporté et au travail collectif durant toute l’année, la cohésion se fait et le travail commun aboutit à un prix. 

C’était notre première séance au cinéma Beauregard depuis le confinement du 15 mars 2020. La salle n’a pas rouvert mais nous avons été chaleureusement accueillis par Yann, le projectionniste, très impliqué dans notre action et vigilant sur les mesures barrière. Des applaudissements ont salué la fin du film et l’arrivée d’Anne Anglès, l’enseignante qui a inspiré le rôle d’Ariane Ascaride dans le film. 

Aux questions des élèves, Anne Anglès a répondu avec simplicité et empathie :                                                                                                  

 – Y a-t-il vraiment eu une rencontre avec un ancien déporté ? 

-Oui, et Léon Zygel, que j’ai revu après, était très inquiet après les attentats de 2015, il recommandait de continuer à transmettre la mémoire.                       

– La classe a-t-elle vraiment gagné le concours ? 

– Oui, le premier prix, en 2009. 

Pour une histoire aussi encourageante sur la réussite d’une classe qui se vit comme nulle, la question de la vérité du récit est importante.                                               

Un élève, croyant parler à la réalisatrice, demande à Anne Anglès comment elle a fait le film. Elle explique. C’est grâce à Ahmed Dramé, qui interprète le rôle de Malik, que le projet est né, sans que Anne Anglès n’y soit pour rien. C’est lui qui en a parlé à la réalisatrice, et le film est paru en 2014.                                                                                                                                           – Était-ce vraiment une classe catastrophe ? 

-C’est comme ça qu’Ahmed voyait sa classe. Les élèves n’écrivaient pas très bien, mais étaient intéressés en histoire géographie. Certaines personnalités étaient très fortes, par exemple celle qui joue Mélanie.   

Un élève, choqué par les chahuts dans cette classe, interroge :  

-Pourquoi y avait-t-il le bazar dans vos classes ? 

-Pendant mes cours, il n’y avait pas le bazar. Quand les élèves entrent en 6ème, ils ont tous envie de réussir. Mais ils ne réussissent pas comme ils voudraient, et beaucoup décrochent en 4ème. Ça bascule, c’est une vraie question… Les contestations des ados sont des rébellions liées à cette tranche d’âge. Mais ces rébellions, soit sont constructives, soit leur nuisent. Quand les élèves ont l’impression qu’ils peuvent choisir ce qu’ils voudraient faire et que chacun a sa place alors ce n’est pas le bazar. Les élèves qui sont violents sont aussi confrontés à la violence quotidienne.

-Tous les élèves ont-ils un souci en dehors du collège ?  

-L’adolescence est l’âge des soucis. Oui, parfois des parents divorcent, il faut remplir le frigo, il y a le chômage, la violence dans le couple. Votre monde est un monde dur, les mamans partent très tôt le matin et rentrent tard le soir. Il y a plus de problèmes aujourd’hui qu’il y a 50 ans. 

Anne Anglès évoque aussi le témoignage de Léon Zygel, combien cette rencontre avec un ancien déporté a marqué les élèves. Il avait rappelé que chacun attend d’être respecté, il faut mériter d’être respecté et ne jamais se laisser retirer sa dignité, ne jamais tolérer aucune insulte sur les origines. 

-Les droits de l’homme, est-ce respecté ? 

-Ce n’est pas respecté partout, il faut se battre pour la liberté de conscience, d’être éduqué, se battre contre les discriminations, la torture et la peine de mort. Par exemple, on massacre, en Chine, les Ouïghours, mais il y a aussi des entorses en France. 

Une dernière question : – qu’est devenu Ahmed Dramé, est-il toujours comédien ? Oui, il est actuellement sur un tournage au Sénégal. Sa carrière continue, sinon il aurait pu être là avec vous.  

La séance touchait à sa fin. Les classes sont reparties en laissant la salle impeccable. Les professeurs sont venus remercier Anne Anglès d’être venue animer la séance, après ce film très fort, dont elle est l’inspiratrice. 

Fracas de l’actualité, trois jours plus tard l’enseignant d’histoire Samuel Paty se fait odieusement assassiner par décapitation, pour avoir présenté des caricatures de Mahomet en classe. 

D’innombrables questions nous submergent. Que n’avons-nous pas vu ? La société saura-t-elle rester unie face à cette menace portée au cœur de l’institution qui fonde les liens communs des citoyens ? 

Elisabeth Roth-Jacques 


Journal d’Avril 2021 : A propos des caricatures

13 avril 2021

Dans Le Monde du 6 novembre, une tribune d’Olivier Mongin et Jean-Louis Schlegel, (anciens responsables de la revue Esprit) revient sur la question des caricatures devenues le symbole des valeurs de la République française. 

En voici quelques extraits.

“Après l’assassinat abominable d’un professeur de collège, qui ravive le terrible souvenir des morts de Charlie au moment où se tient le procès des complices, les caricatures de la religion, de ses croyances et de ses représentants sont devenues le symbole de la liberté et des valeurs de la République et de la France. Les dessins les plus virulents et les plus osés de Charlie Hebdo sur l’Islam, l’Eglise catholique et les protestants évangéliques, plus rarement sur le judaïsme, sont souvent reproduits, et dans presque tous les médias. Des intellectuels et d’autres personnalités, spécialistes de l’héroïsme de papier, ont réclamé qu’on les exhibe sur tous les murs de France et de Navarre. (…) On peut douter que cette mobilisation pour imposer à la vue de tous (au nom de la “liberté républicaine”) des caricatures extrêmes de la religion arrête le bras de tueurs fanatisés, perdus quelque part en France ou dans le monde, inconnus avant leur crime. (…)

Lors des débats créés par la publication des caricatures, il avait été justement rappelé qu’après tout, personne n’était obligé d’acheter Charlie Hebdo chez son marchand de journaux. (…) En droit, c’est le “contrat de lecture” qui exprime le principe qu’un journal, surtout s’il est satirique, s’adresse à un public particulier et non pas à tout un chacun. (…) Aujourd’hui, cette barrière ? cette “liberté de réserve” ? semble avoir totalement sauté, non seulement dans les médias mais jusque dans de hautes sphères de la société civile et politique. Sans parler, bien sûr, des réseaux sociaux qui s’en donnent à cœur joie pour en publier à foison, toujours dans le même sens et avec le même alibi : nos libertés sont menacées, la patrie est en danger, la République à l’agonie. (…) Désormais, la pédagogie, par définition non brutale et passant par des médiations ? celle de Samuel Paty, précisément ! ?, n’est plus de mise, tout comme le respect des convictions d’infâmes croyants sans pouvoir, c’est-à-dire plus d’une fois de pauvres de France et de Navarre, et surtout de millions de manants illettrés ou peu lettrés ? mais pacifiques ? d’immenses contrées de la Terre ! Saluons le courage vraiment émouvant des intellectuels et élus républicains pour leur enfoncer les principes laïques dans le crâne. Le paradoxe est que la et les libertés d’expression ne sont guère mises en cause en France. Ou alors, si vraiment un seul assassin fou les menace, il faudrait admettre qu’elles sont vraiment fragiles. (…)

Il est frappant que, durant l’hommage national à Samuel Paty, on ait lu des passages de la lettre de Jean Jaurès “aux instituteurs et institutrices” et la lettre d’Albert Camus à son instituteur, en ”oubliant”, contre la rhétorique de guerre actuelle, ce célèbre passage de la lettre du même Jules Ferry (qui savait encore faire des différences) aux instituteurs : “Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment.” 

De surcroît, enfermés dans le seul contexte français de la République souveraine et indivisible, les défenseurs de la caricature à tous les vents sont aveugles sur certaines conséquences concrètes de la mondialisation, entre autres concernant le blasphème. On a rappelé à satiété et à bon droit, depuis le 7 janvier 2015, que le blasphème n’était plus un délit en France depuis la Révolution (plutôt, en fait, depuis la fin du XIXe siècle). L’insulte au religieux peut certes relever des tribunaux, par exemple comme provocation à la haine, mais non comme “blasphème”. Sauf que ce n’est pas la liberté d’insulter et de caricaturer la religion en France qui fait problème : c’est l’inexistence de cette liberté dans de nombreux Etats du monde et son rejet de fait par certaines religions et d’autres cultures (…)

Il est abstrait ou idéaliste, de dire : ”Nous ne visons que les islamistes, les radicaux, les fous d’Allah, pas l’islam”. L’intention est bonne, mais très dangereuse, quand l’islam compte quelques milliers d’islamistes décidés à tuer au nom de Dieu, capables de manipuler pour leur combat nombre d’illettrés ou de semi-cultivés dans le monde, qui n’ont jamais entendu parler de liberté d’expression. A fortiori à l’heure d’Internet, où la diffusion des messages électroniques et des discours de haine est quasi illimitée et immédiate, et peut atteindre tous les publics. Au fond, ce que signifie la mondialisation religieuse n’est pas compris. Elle implique d’abord que la sécularisation inexistante ou partielle des uns entre en choc frontal avec la sécularisation des autres, que ce contact peut devenir violent et suspendre une épée de Damoclès au-dessus de tous, plus encore dans les pays qui ont réalisé la séparation des religions et de l’Etat et qui garantissent les libertés de tous, des croyants et des non-croyants.”


Journal d’Avril 2021 : compte-rendu de l’Assemblée Générale de Mémoire 2000

13 avril 2021

Le Lundi 7 décembre 2020 à 17 heures a débuté l’Assemblée Générale annuelle de Mémoire 2000, présidée par Jacinthe Hirsch. Cette année, en raison de la pandémie de la Covid 19, l’AG s’est déroulée par vidéo conférence.

I . RAPPORT MORAL DE LA PRESIDENTE

La présidente, avant de faire le bilan de l’année passée, commence par mentionner la particularité de cette année 2020. Particularité due à deux faits : la crise sanitaire due à la pandémie de COVID 19 et le choc produit par le retour des attentats terroristes dont l’assassinat d’un professeur par un fanatique islamiste. 

Puis vient le bilan de l’action de l’année : 

I. Cinéma et sorties

II. Le journal

III. Réunions du conseil et prises de contact

IV. Menaces sécuritaires en lien avec notre activité

V. Procès Charlie Hebdo : un procès pour l’histoire rattrapé par la violence terroriste

En conclusion, après avoir mentionné les attentats et l’assassinat de Samuel Paty, Jacinthe pense que c’est dans ces moments que M2000 doit être présente auprès des enseignants et des élèves et émet le vœu qu’au cours de 2021 la fin de la crise sanitaire nous permette de tenir notre rôle.

II. RAPPORT FINANCIER DU TRESORIER

Constatation d’une baisse importante des cotisations et faible niveau du renouvellement des adhésions. 

Sur le plan financier :

Dépenses : 21008€ 

Recettes :  21855€

Les deux rapports sont approuvés à l’unanimité.

L’assemblée procède à l’élection du conseil. Reconduction de tous les anciens membres du conseil plus Patricia Paperman et Marie Le Cœur.

Claudine Hanau est nommée Membre d’Honneur du conseil de Mémoire 2000.

L’intégralité des rapports moral et financier est à la disposition des adhérents qui en feront la demande au secrétariat.


Journal d’Avril 2021 : Coup d’Etat le 1er février 2021 en Birmanie, la persécution des musulmans continue de plus belle

13 avril 2021
© AFP / Lillian SUWANRUMPHA

La cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi est arrêtée ainsi que de nombreux artistes, enseignants, intellectuels birmans. Alors que les Rohingyas semblaient se réjouir de cette arrestation (il faut se souvenir que Aung San Suu Kyi avait brillé par son silence devant le massacre des musulmans par les bouddhistes en 2017), ces malheureux sont encore la cible de répressions ignobles par le nouveau gouvernement en place.

En effet, le dirigeant des armées Min Aung Hlaing s’est exprimé après les derniers massacres des Rohingyas en ces mots glaçants : “un travail inachevé” ! L’ONU reconnaît que les musulmans de Birmanie sont privés de leur citoyenneté et victimes d’un “nettoyage ethnique”. Ils sont désignés ”immigrants clandestins du Bengladesh” par la junte militaire, alors qu’ils furent, rappelons-le, soumis à l’esclavage, à la suite de l’invasion des Birmans en 1785. C’est un véritable cauchemar pour cette minorité musulmane, reléguée dans des ghettos où sont entassés 1,2 million de réfugiés Rohingyas.

-En août 2018, un rapport de L’ONU accuse l’armée de Myanmar (Birmanie) de génocide, de crimes de guerre et crimes contre l’humanité envers les Rohingyas. Les enquêteurs de l’ONU font état de meurtres, d’esclavages, viols collectifs sur les femmes et les enfants, incendies volontaires etc… Aung San Suu Kyi est vivement critiquée devant son inaction face à ce génocide.

-Septembre 2018, la Cour Pénale Internationale déclare être compétente pour enquêter et sanctionner la déportation de ce peuple, mais…la Birmanie n’étant pas signataire du statut de Rome, la CPI ne peut donc pas agir !

-Fin septembre 2018, le Canada vote à l’unanimité un texte qui qualifie de génocide la persécution des Rohingyas en Birmanie.

-Novembre 2019, la Gambie, au nom de l’Organisation de la coopération islamique, dépose une plainte auprès de la Cour Internationale de Justice contre le Myanmar pour les crimes perpétrés à l’encontre des Rohingyas.

Malgré toutes ces interventions non suivies d’effet, cette minorité musulmane apatride est toujours victime de persécutions, passe sa vie dans des camps de déplacés surpeuplés, sans liberté de mouvement, vivant dans des conditions qualifiées “d’apartheid“ (d’après les défenseurs des droits). 

De plus, compte tenu de l’absence totale de soins bien entendu, un tsunami sanitaire risque d’éclater avec l’arrivée de la pandémie mondiale du coronavirus, aggravant sérieusement encore leur situation.

La pression internationale : mars 2021

Les Etats-Unis menacent de bloquer les actifs et transactions de certains militaires responsables du putsch dans le secteur très lucratif des pierres précieuses.

-Les géants de l’internet ont un projet de loi sur la cybersécurité qui obligerait la Junte à transmettre les données des utilisateurs.

-Facebook a déclaré qu’il réduirait la visibilité du contenu géré par l’armée affirmant que celle-ci répandait de fausses informations.

-Mais la Chine et la Russie ont apporté un soutien sans faille, lors du Conseil des Nations Unies, à l’armée birmane.

Un mois après le coup d’État militaire en Birmanie, le 1er février dernier, les généraux ont lancé une campagne de répression sanglante dans tout le pays contre les manifestants birmans demandant le retour à la démocratie. On compte à ce jour (30/03/21) au moins 500 morts (dont des enfants) et plusieurs milliers d’arrestations.

Mais quid des Rohingyas ? 

Alors que ces derniers redoutent de nouvelles violences, marqués par tant d’années d’errance, on a l’impression qu’ils n’intéressent personne.

Au cours des siècles passés, combien de peuples (élus ou pas) ont été victimes d’extermination au nom d’une religion plus ou moins affirmée. Combien faudra-t-il encore de siècles pour que de telles exactions disparaissent enfin ?

Ne jamais baisser les bras, ne jamais dire “c’est comme ça, on ne changera rien !”

Apprenons à vivre ensemble dans les valeurs de la laïcité qui permettent d’accepter son voisin dans sa différence et sa diversité. Mesurons à quel point nous avons la chance de vivre dans un pays tel que la France dont le socle commun est (devrait être) le respect de l’autre.

Joëlle Saunière


Journal d’Avril 2021 : Après les élections américaines

13 avril 2021

Voilà, c’est fait : le navire américain a changé de commandant, et on peut s’en réjouir. Trump a fait ses bagages, il promet de revenir, mais on va faire sans lui, et c’est une bonne chose.

Cela dit, que peut-on attendre de la victoire de Joe Biden, nous européens ?

En premier lieu, je crois, il s’annonce bien plus “vert” que Trump : Il signe l’accord de Paris sur l’Ecologie, c’est un bon départ, de même que, sur le plan local, l’extension du programme fédéral de couverture santé “Medicare”. 

Ensuite, que peut-on espérer ? Sur le plan commercial, pas grand-chose : comme pour Obama, ne l’oublions pas, c’est toujours “America first”, ainsi que le dit Bruno Le Maire : Depuis de nombreuses années, les Etats-Unis ne sont plus un partenaire amical pour les Européens. Autrement dit, “Tout change pour que rien ne change”. Et puis, n’oublions pas que beaucoup de démocrates et de républicains sont les dignes héritiers de nombre d’évangélistes bigots qui souhaitent étendre la ”bonne parole” à l’ensemble de la planète. 

Sur le plan européen, Biden a promis de privilégier les rapports personnels avec les chefs d’Etats, joyeusement snobés par Trump. Excellente initiative, qui pourrait donner des résultats appréciables, à commencer par la Russie et Poutine. Certes, l’affaire Navalny ne va pas être facile à régler, tout comme les cyberattaques à répétition dont les Etats-Unis sont l’objet, ainsi que des pays européens, attaques attribuées à Moscou.

Quelle sera l’attitude de Biden contre la Turquie, dont la présence envahissante en Méditerranée et en Libye pose problème ? A quand un tête-à-tête entre Biden et Erdogan ? Ensuite, le Moyen-Orient, autre caillou dans la chaussure de Biden. N’oublions pas que si Biden s’était opposé à la première guerre du Golfe, il avait en 2003 voté pour l’intervention américaine en Irak qui a conduit au désastre actuel. Donc, méfiance, surtout que dans la région, c’est l’Iran qui pose problème avec sa politique nucléaire agressive. Enfin, quels rapports Biden va-t-il entretenir avec Israël ? Sans doute moins favorable que Trump (influencé par son gendre) ; mais Biden sera-t-il capable de rapprocher Palestiniens et Israéliens en vue peut-être d’une hypothétique solution à deux Etats ? On peut rêver…

Avec la Chine, rivalité sans doute commerciale avant tout. Mais Biden interrogera-t-il les Chinois sur le sort des Ouighours ? 

Pour ce qui est de l’Afrique, nous devrons sans doute attendre, car rien de très précis n’a encore été évoqué, mais ce continent sinistré intéressera-t-il Biden ?

Avec le Japon, les rapports sont essentiellement commerciaux, et devraient le demeurer.

Enfin, l’Amérique du sud intéressera-t-elle Biden ? On le souhaite bien évidemment, car l’Amazonie détruite et sinistrée offre un spectacle affligeant.

On relève dans les déclarations du nouveau Président une information importante : il souhaite organiser, au cours de cette première année de mandat, un efficace sommet des démocraties : excellente initiative, mais combien y aura-t-il de présents ?

Au total, nous devons souhaiter à Biden (77 ans quand-même !) une excellente santé, car il ne risque pas de s’ennuyer pendant un mandat que nous, Européens, lui souhaitons actif, et heureux.

Guy Zerhat