Séance Cinéma du mardi 19 mars 2019 : « N’oubliez pas que cela fut » de Stéphan Moszkowicz

9 février 2019

 

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Extrait du film, élèves du lycée Yabné

Mardi 19 mars 2019

Thème : L’antisémitisme

Film : N’oubliez pas que cela fut

Réalisateur : Stéphan Moszkowicz

Genre : Documentaire, 2008, 60 minutes

 

Résumé :

Un groupe d’élèves de première effectuent leur premier voyage en Pologne.

Encadrés par 4 guides spécialistes de la Shoah, ils partent visiter les restes des ghettos de Cracovie et Varsovie, ainsi que les camps d’Auschwitz-Birkenau et Maïdanek. Pour la première fois, ils sont face à la réalité de la Shoah.

En alternant l’explication des guides avec des images d’archives commentées par les jeunes eux-mêmes, ce film retrace les grandes dates de la Shoah, depuis la montée du nazisme, jusqu’à la libération des camps.

Raconté par des jeunes pour des jeunes, ce film est principalement destiné aux 13-25 ans, mais il s’adresse également à un public adulte.

 

 

 


Modification de la séance du 19 mars 2019 de notre programme Cinéma

9 février 2019

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L’éditorial du journal de Janvier 2019

12 janvier 2019

Comment témoigner lorsqu’auront disparu les derniers témoins de la Shoah ?

 

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A mémoire 2000, nous sommes convaincus de l’importance de la rencontre. Pour nos séances devant lycéens et collégiens chaque film est suivi d’un débat avec un spécialiste du  thème choisi, racisme, antisémitisme, lutte contre les discriminations, défense des droits des femmes et des droits de l’homme.

Tous les ans, la séance du mois de janvier est consacrée à la mémoire de la Shoah, pour l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Le débat qui suit le film est mené par un grand témoin, rescapé des camps.  Nous aurons encore, cette année le précieux concours de Francine Christophe qui saura toucher le jeune public par son dynamisme. Mais qu’en sera-t-il les années suivantes ? Les survivants des camps savent l’urgence et l’importance de ces derniers témoignages. Dans les années 80, une centaine de survivants revenus des camps intervenaient régulièrement dans les classes pour faire entendre l’indicible. En ce début 2019, ces témoins précieux ne sont plus qu’une quinzaine, dont certains peuvent difficilement se déplacer.

Il y eut, après 1945, un très long silence sur la déportation et l’extermination des juifs, et des tziganes. Parler n’allait pas de soi quand personne ne voulait entendre. La parole était donnée aux héros de la résistance, aux souffrances représentables de la guerre. Pas à l’impensable des camps. Ce silence était dû aussi à la nécessité pour les rescapés, de se tenir éloigné de la violence subie, pour survivre. La plupart se sont tus longtemps. Ils ont accepté de témoigner, 30 ou 40 ans après. Des interventions éprouvantes mais indispensables. Ils sont ainsi devenus des passeurs de relais. “Nous avons été les derniers témoins du génocide, mais vous êtes, vous, la dernière génération qui entendrez des témoins” disait Ida Grinspan disparue le 24 septembre 2018.  L’Union des Déportés d’Auschwitz sert de relais entre les rescapés des camps et les professeurs. Dès les années 80, l’UDA a organisé une vaste collecte de témoignages, anticipant l’après.

Le 19 octobre 2018, quelques semaines après la disparition d’Ida Grinspan, s’est tenue au lycée Montaigne une séance d’un nouveau type.  Sur l’estrade, quatre déportés de 88 à 93 ans, prêts à dialoguer avec la salle. Auparavant, la centaine d’élèves présents ont vu et entendu, sur grand écran, Ida Grinspan, dont la voix venait de s’éteindre, raconter l’enfance heureuse, l’arrestation, la déportation, les camps et la libération. En même temps, dans 40 établissements sur tout le territoire, des centaines d’élèves étaient connectés en direct à l’évènement. Ces séances de témoignage dématérialisées se multiplient.

La Fondation pour la Mémoire de la Shoah a collecté un fond considérable à disposition des enseignants. Elle organise cette transmission qui entre dans une nouvelle phase car la mémoire vivante s’éteint. Une autre façon d’enseigner se pratique comme on le découvre dans le film les Héritiers, pour lequel, Anne Anglés, professeur dans l’académie de Créteil, a servi de modèle. Elle explique ainsi cette nouvelle façon de faire faire de l’Histoire aux élèves : “Ils doivent chercher, enquêter, écrire. Ils ont consulté des témoignages et vu des rescapés par le biais d’enregistrements audiovisuels…” Au lieu de subir un cours imposé, ils deviennent chercheurs en s’appuyant sur la masse d’archives collectées.

Enseigner l’extermination des juifs d’Europe, est devenu difficile dans de nombreux établissements. Le concours national de la résistance et de la déportation est aussi un vecteur utilisé par les enseignants pour aborder ce chapitre. 47 000 élèves y ont participé en 2018. Les professeurs que nous avons rencontrés le 18 octobre aux cinémas du Palais de Créteil ont conduit 400 élèves à la projection de L’armée du crime. Le débat était mené par M. Duffau Epstein, fils de Joseph Epstein.

La transmission de la mémoire continue, appuyée sur les témoignages laissés par ceux dont la parole est irremplaçable.

Jacinthe Hirsch, Présidente de Mémoire 2000


Journal de Janvier 2019: notre séance débat du 16 octobre 2019

12 janvier 2019

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Dans la chaleur de la nuit

Séance du 16 octobre 2018

Thème : Le racisme anti noir

Débatteur : Romain Huret

 

 

 

Dans une petite ville du Mississippi, un crime vient d’être commis.

L’adjoint du shérif arrête un inconnu assis dans le hall de la gare. Il est directement accusé du meurtre : il est noir et a beaucoup d’argent sur lui. Après vérification de son identité, il s’avère que cet homme est Virgil Tibbs, un policier, membre de la brigade criminelle de Philadelphie.

Il est alors relâché sans un mot d’excuse.

Mardi 16 octobre 2018, nous avons projeté “Dans la chaleur de la nuit” à un public très nombreux (190 élèves  provenant de classes de 3ème des collèges Jean Macé de Clichy et Camille Sée de Paris et du lycée Louis Armand de Nogent), une version sous titrée qui a provoqué une vague d’effroi dès les premières minutes, aussitôt éteinte car les élèves ont parfaitement suivi le film.

Notre débatteur Romain Huret, professeur d’Histoire en faculté, a très habilement géré le débat. Après quelques questions concernant directement le film, l’intérêt s’est rapidement déplacé vers le contexte historique de l’époque : la naissance du racisme, la séparation des espaces Blancs/Noirs, la lutte de Martin Luther King, l’action de Rosa Parks, la loi sur l’avortement, l’existence du Ku Klux Klan…

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Romain Huret

À des élèves qui ont du mal à accepter que les noirs soient considérés à cette époque comme des sous-hommes aux EU, Romain Huret rappelle que en France, des Kanaks étaient en 1931 présentés dans des cages et observés comme des animaux…

Viennent ensuite des discussions sur le racisme actuel aux États-Unis et en France : les lois sur le port d’armes, sur le fait que aux Etats-Unis dans 9 cas sur 10 ce sont des noirs qui sont arrêtés au volant pour des contrôles, sur la différence de justice pour les Noirs ou pour les Blancs…ceci malgré les lois, ainsi que les mentalités qui chez certains n’ont pas beaucoup évolué ; en France le port d’arme n’est pas légal, les lois antiracistes sont respectées mais les mentalités continuent à évoluer dans le bon sens mais aussi dans l’autre sens et Romain Huret les appelle à la vigilance.

Enfin, s’amorce une discussion plus philosophique sur : ”les Noirs doivent-ils être parfaits pour être bien intégrés “. Les élèves s’appuient sur le constat que dans le film Virgil Tidds est extrêmement bien habillé, calme, intelligent et professionnel que Obama représente le noir sportif, diplomate, cultivé qui a réussi…

Romain Huret reconnait que  le mythe de l’excellence est toujours présent, mais que le vrai combat doit être de mettre en avant les gens “moyens” qui font la société et que chacun doit accepter les différences de chacun afin de créer  une société plus variée et plus “riche”.

Les jeunes ont semble-t-il été très sensibles au film et au débat qui a suivi et un très grand nombre est venu nous remercier pour cette matinée.

Arlette Weber

 


Journal de Janvier 2019 : notre séance débat du 13 novembre 2018

12 janvier 2019

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Mustang

Séance du 13 novembre 2018

Thème : L’injustice faite aux femmes

Débattrice : Soad Baba-Aïssa

 

 

 

Salve d’applaudissements à l’issue de cette superbe projection dans une salle quasiment remplie : 169 élèves présents, qui ont regardé, écouté le film dans un silence religieux.

La première question a permis de lancer le débat, c’est Mustapha qui avait trois interrogations essentielles au sujet du thème du film.

“Parle-t-on de la liberté de la femme ou du mariage ? A mon avis, une femme doit rester dans “le juste milieu”, elle ne doit pas avoir une liberté complète, c’est un joyau, un diamant que personne ne doit toucher, sinon elle ne sera plus respectée”…

– Réaction immédiate d’une jeune fille : Qu’appelles-tu “liberté complète” ? Tu dis “la femme est un objet précieux”, c’est très misogyne ce que tu affirmes, c’est inacceptable !

– Au Pakistan, qui est un pays libre, les femmes peuvent exiger d’épouser un homme qui connait parfaitement le Coran…Oussama demande, à propos du film : “qui est visé, les filles ou la religion ? dans le film, à la télé, on entend l’Imam… “

– Non, répond enfin Madame Baba-Aïssa, ce n’est pas l’Imam qui parle, mais c’est un discours d’Erdogan qui prétend que les femmes ne doivent pas rire en public, bien se tenir etc… la Turquie est devenue très conservatrice, nombre de parents considèrent que les filles de la famille, au nom de la virginité, peuvent être tuées, ce qu’on appelle “crime d’honneur”. Dans ce film, il n’est pas question de religion mais de traditions. Ceci dit, souvent, les religions sont utilisées pour satisfaire les mariages arrangés. On compte encore 200 000 femmes dans le Monde qui sont victimes de violences.

– Une médiatrice de collège prend la parole pour entériner ce qui vient de se dire. Elle a, dit-elle, rencontré de nombreuses jeunes filles qui ont été renvoyées dans leur pays d’origine, les familles se servant alors de leur religion pour justifier ces violences. En France, on dénombre encore 70 000 femmes qui ne sont pas à l’abri d’un mariage forcé. En un été, leur vie peut basculer, le travail des associations permet à certaines de pouvoir échapper à ces mariages arrangés (on leur demande de faire des copies de leurs papiers d’identité et de les laisser en France par exemple), mais le retour est souvent compliqué.

– Un jeune homme : “mais pourquoi la vie des cinq sœurs bascule-t-elle subitement ?”

– Précisément, parce qu’elles ont joué avec des garçons à la plage, on considère que leur honneur est perdu.

Puis les discussions se sont enflammées à propos de la virginité “a-t-on le droit de demander un certificat de virginité en France ? Parfois l’hymen n’est pas rompu pendant le premier rapport.

– Attention, on ne juge pas les femmes sur le fait qu’elles soient vierges ou non ; en effet, les médecins ne devraient pas se soumettre aux demandes de certificats de virginité. Mais n’oubliez pas les luttes de vos ancêtres, les conquêtes pour la contraception, la reconnaissance de la femme en tant qu’être humain tout simplement, le droit de vote (1944), le droit de posséder un carnet de chèques (1965) sans l’autorisation d’un homme majeur (père, mari, frère…)

Grâce à ces luttes, nous sommes des femmes libres et émancipées, il n’y a pas d’hommes supérieurs aux autres, mais juste l’égalité entre hommes et femmes.

Un jeune évoque la difficulté d’aider éventuellement une fille qui risque de ne pas accepter parce qu’il est garçon, celui-ci évoque également les débats “grammaticaux” (féminisation de certains mots) qui ne devraient pas avoir lieu. La cause féministe est plus noble et plus profonde et certaines féministes extrémistes en donnent une mauvaise image.

– Oui, mais n’oubliez pas que les femmes ont dû combattre pour faire avancer la société, n’arrêtons pas ce combat qui doit profiter à tous, femmes comme hommes ; au nom de l’égalité, le droit des hommes avance également : exemple le droit au congé paternité, droit de réversion de pension aux hommes veufs etc…

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Madame Soad Baba-Aïssa

À la question “pourquoi les femmes ne se défendent-elles pas mieux ? “, Soad Baba-Aïssa répond très justement que la société et les lois ont été fondées par et pour les hommes. Napoléon 1er avait déclaré et fait inscrire dans le Code Civil en 1804, que les femmes étaient des êtres mineurs. Le travail des féministes a été considérable pour lutter, faire changer les lois et faire respecter l’égalité hommes/femmes, malgré une éducation encore très sexiste.

Enfin, un élève demande “pourquoi Mustang” ?

– Un mustang est un cheval libre qui affronte tous les dangers pour garder sa liberté. Dans le scénario, la petite fille a la même fougue pour libérer ses sœurs pour la liberté.

Et la dernière scène du film est magnifique car les deux sœurs, arrivées à Istanbul, se réfugient chez leur ancienne professeure en se jetant dans ses bras.

Le réalisateur montre dans cette dernière image à quel point l’éducation est fondamentale dans tous les coins du monde et, encore une fois combien le travail des professeurs est indispensable et superbe. J’en profite pour remercier particulièrement celles et ceux qui ont eu le courage d’emmener leurs élèves aujourd’hui pour leur permettre de mieux réfléchir à cette égalité des sexes qui nous est chère.

Merci également à Madame Baba-Aïssa qui a su laisser les élèves s’exprimer en toute liberté mais aussi, faire rebondir les idées reçues avec beaucoup de tact et de talent.

Bravo à elle.

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2019 : notre séance-débat du 28 décembre 2018

12 janvier 2019

 

 

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Joyeux Noël

Séance du 18 décembre 2018

Thème : La guerre de 14/18 (Centenaire)

Débatteurs : Didier Cochet et Noël Genteur

 

 

 

 

Ce film présente un étonnant moment de fraternisation entre ennemis, lorsque les combattants britanniques, allemands et français, ont observé une trêve à l’occasion du premier Noël de la grande guerre.

Le scénario, fondé sur un important travail d’archives, reconstitue ce moment inimaginable où les ennemis qui se sont entretués massivement durant plusieurs mois, sortent de leurs tranchées, le 24 décembre, pour entendre un ténor allemand, écouter l’hymne écossais avec cornemuses et partager une soirée fraternelle, une bonne bouteille, un match de foot, une messe en latin.

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Noël Genteur, passeur de mémoire

En voyant ces images, on se demande si tout cela n’est pas  arrangé, trop joli pour être vrai. Mais notre débatteur, Noël Genteur, ancien maire de Craonne, répond aux doutes sur la vraisemblance de cette fraternisation. “Ce film est juste” déclare-t-il d’entrée.  Il connait la question et a recueilli le témoignage des anciens poilus. Il se présente aux élèves : “Je suis un paysan, ma ferme est sur le champ de bataille que vous avez vu. Dans le no man’s land. Pour moi, cette guerre n’est pas finie”. Depuis qu’il est petit, avant même qu’il commence à travailler, il a toujours vu la terre rendre des restes de cette guerre puisque ses champs se situent à l’endroit exact où étaient les tranchées et l’espace réduit entre belligérants. Il a sorti des corps, pendant des années. Il retrouve toujours des grenades, des obus, cinq ou six par an. Pour lui la guerre ne s’est pas arrêtée en 1918.

Un élève lui demande pourquoi. “Ce sont les conséquences de cette guerre avec lesquelles je vis toujours, au quotidien. Je suis éleveur. Mes troupeaux sont toujours touchés par les restes de cette guerre. La terre a été retournée des milliers de fois par les bombardements, les barbelés ont été enfouis et leurs piquants se sont accrochés aux racines de l’herbe que broutent nos vaches”. Cette confrontation permanente aux traces de cet immense champ de bataille où ont disparu tant d’êtres humains l’a conduit à devenir Veilleur de mémoire sur le chemin des Dames. Un garçon demande pourquoi les Allemands se battaient contre les Français et les Anglais. La réponse est difficile à suivre pour beaucoup d’élèves. Plusieurs classes d’UP2A accueillent des élèves nouvellement arrivés en France. Une jeune fille demande : “ Mais qui a commencé et pourquoi ? “ “Il s’agit, comme dans toutes les guerres, de question de territoire et de richesse à conquérir”.  “Mais, demande un garçon, ce n’est pas à cause de l’assassinat de l’archiduc à Sarajevo ?” “Oui, c’est la réponse des livres d’Histoire, ce fut la cause officielle de la déclaration de la guerre. Mais il y a aussi quantité de raisons plus complexes”. Didier Cochet qui intervient au nom de l’association Chemins de mémoire sociale, recommande aux élèves d’aller chercher dans les sites consacrés à la fraternisation durant la guerre de 14-18. Ils trouveront beaucoup d’archives et des photos, ils pourront continuer la réflexion commencée ici.

Le film a mis en lumière ce moment étonnant où fut suspendue la logique de la guerre qui veut que l’on tue son ennemi coûte que coûte sans se poser de questions. Ces épisodes de fraternisation ont été sévèrement condamnés, comme le montre le film. Il n’est pas question, pour le commandement militaire, de mettre en doute la légitimité de cette boucherie. Certains survivants interrogés par Noël Genteur, devenus centenaires, craignaient encore de parler de ces moments, comme s’ils redoutaient toujours une sanction pour avoir parlé.

La présence de Noël Genteur, témoin particulier, qui a rencontré cette guerre dans le sol des champs appartenant à sa famille depuis plusieurs générations, donne une vie particulière à ce moment sorti des livres d’Histoire.

Nous l’en remercions.

Jacinthe Hirsch


Journal de Janvier 2019 : Parc de Choisy, Parc de mémoire 2

12 janvier 2019

Je reviens vers le parc de Choisy, parc de détente et parc de mémoire. Le 17 avril 2018, avait lieu l’inauguration du monument à la mémoire des victimes des crimes contre l’humanité commis par les khmers rouges au Cambodge. 

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Le génocide au Rwanda en 1994

Après l’inauguration de la stèle, j’apprends l’existence d’une autre plaque mémorielle pour le génocide du Rwanda. Personne, ce jour-là, ne peut m’indiquer où est cette plaque. Je parcours les allées, sans cesser de demander. Alors que je suis prête à renoncer, je lève la tête vers un panneau émaillé sur fond bleu marine au-dessus d’un banc :

« Jardin de la mémoire du génocide des Tutsis au Rwanda »

« En 1994 au Rwanda, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants ont été exterminés en trois mois car nés Tutsi. Ce lieu est dédié à leur mémoire. »

Après cette découverte, je   retourne vers les deux livres de Jean Hatzfeld, Dans le nu de la vie, récit des marais rwandais, (Seuil 2000) témoignages des rescapés tutsis et Une saison de machettes, (Seuil 2003) témoignages des tueurs hutus emprisonnés.

9782020530569-475x500-1Ces récits nous plongent au cœur de ce génocide de proximité. Chaque matin, du 11 avril au 14 mai 1994, à 9h30, les tueurs hutus partent, avec leurs machettes, tuer leurs voisins comme ils partaient travailler aux champs les jours précédents. “On va couper” disent-ils. Les deux livres de Jean Hatzfeld cherchent à comprendre à travers ces témoignages des deux côtés, bourreaux et victimes,  comment une telle flambée de haine active a pu faire s’entretuer, durant quelques semaines,  deux peuples qui vivaient côte à côte. Le 6 avril 1994, le président de la République du Rwanda, Juvénal Habyarimana est assassiné dans l’explosion de son avion. La nuit même, les massacres commencent à Kigali et se propagent dans les villes de province et les villages des collines de Nyamata, au rythme des appels au meurtre de la radio des Mille collines.

Jean Hatzfeld compare l’Holocauste et le génocide des Tutsis. La spécificité du génocide rwandais tient au caractère rural de ce pays. Un génocide de proximité parce que les Hutus tuaient leurs voisins qu’ils identifiaient comme Tutsis. Il n’y a eu ni marquage, ni camp de concentration, juste un déplacement de l’activité agricole vers le massacre,  orchestré par un très petit groupe. Et ce massacre fut, malgré l’outillage archaïque et l’organisation rudimentaire, d’une redoutable efficacité.

Pour Dans le nu de la vie, récit des marais rwandais,  Jean Hatzfeld a recueilli la parole des survivants dans les collines de Nyamata où furent massacrés 50 000 Tutsis. “Au lendemain d’une guerre, les survivants civils éprouvent un fort besoin de témoigner, au lendemain d’un génocide, au contraire, les survivants aspirent à un étrange silence.” Le quotidien de ceux qui ont fui dans les marais ou dans les églises est terrifiant. Pourchassés et tués impitoyablement, ils n’ont aucun espoir de protection, car quiconque les protège est exécuté.

Ce que l’on retrouve dans l’acte des génocidaires, rwandais, khmers rouges ou nazis, c’est la volonté de déshumanisation. Pour tuer en masse, il est plus simple de ne pas avoir d’humains sous son regard. Des “schtuks”, dans les camps nazis, ou des animaux au Rwanda. Innocent Rwililiza, rescapé des massacres, témoigne à propos de celui qui le poursuit : “Maintenant, je pense que ce Hutu ne couvait pas la férocité dans le cœur. On fuyait sans répit au moindre bruit, on fouinait la terre à plat ventre en quête de manioc, on était bouffé de poux, on mourait coupé à la machette comme des chèvres au marché. On ressemblait à des animaux, puisqu’on ne ressemblait plus aux humains qu’on était auparavant, et eux, ils avaient pris l’habitude de nous voir comme des animaux. En vérité, ce sont eux qui étaient devenus des animaux. Ils avaient enlevé l’humanité aux Tutsis pour les tuer plus à l’aise.”

9782020679138Le témoignage des bourreaux rassemblé dans Une saison de machettes est terrifiant de tranquillité, les journées de massacres ont remplacé les journées de travaux des champs, il faut être bien nourri et en forme pour avoir un bon rendement, être le plus performant à la machette et appartenir sans hésitation au groupe de tueurs. L’organisation est des plus élémentaires. Le conseiller communal a convoqué tous les Hutus le 11 avril. Dorénavant, ils ne doivent pas avoir d’autres activités que tuer des Tutsis. Pancrace raconte : “La règle numéro un, c’était de tuer. La règle numéro deux, il n’y en avait pas. C’était une organisation sans complication”. Si quelques-uns se hasardent à poser des questions, le conseiller se fâche : “Il n’y a pas à demander par où commencer, droit devant dans les brousses et tout de suite sans s’attarder derrière des questions.”

L’expérience de Milgram analyse le processus de soumission à l’autorité et en tire des résultats effrayants. Ici s’ajoute la dimension de groupe d’appartenance et le moteur de l’ancienne rancœur contre les Tutsis considérés comme privilégiés. Jean Hatzfeld interroge les tueurs sur de possibles réticences à  assassiner des connaissances, ceux avec qui on jouait au football, on buvait des bières. Alphonse répond : “On tuait tout ce qu’on débusquait dans les papyrus. Il n’y avait pas à choisir … On était des coupeurs de connaissances, des coupeurs d’avoisinants, des coupeurs, tout simplement.” Elie ajoute : “on n’avait pas à choisir entre les hommes, les femmes, les nourrissons et les anciens, tout le monde devait être abattu avant la fin, le temps nous secouait, le boulot nous tirait les bras.” Jean Hatzfeld part à la recherche des justes hutus, il collecte des noms, un cultivateur hutu qui, le premier jour du massacre,  s’oppose et sermonne les massacreurs qui approchent. Il est abattu à coups de machette dans les rires du groupe et sous les yeux de son fils qui ne s’arrête pas pour se pencher sur lui.

En remontant les yeux vers cette plaque dans un parc tranquille d’un pays en paix, on demeure saisi d’effroi, au plus près du mal absolu et devant un abîme de questions.

 

Jacinthe Hirsch