Suivi judiciaire…

24 avril 2016

On apprend que l’arrêt de la cour de Lyon qui avait confirmé la décision du conseil de l’ordre des avocats de Lyon en confirmant la radiation de Maître DUBRUEL  (l’avocat lyonnais qui avait récusé un magistrat parce qu’il était juif) a été cassé par la cour de cassation en date du 1er Juillet 2015.

Cette information ne remet nullement en cause les raisons des poursuites disciplinaires engagées contre cet avocat que Mémoire 2000 avait poursuivi pour provocation à la haine raciale (ces poursuites n’avaient pas abouti pour des raisons de forme et de procédure). Elle repose sur l’absence de communication directe à l’intéressé des réquisitions du Ministère public tendant à la confirmation de sa radiation qui avait été prononcée par le conseil de l’ordre. En clair la cour de cassation reproche à la cour de s’être prononcée, sans que l’intéressé, qui n’avait pas d’avocat devant la cour de cassation, n’ait eu connaissance des réquisitions prises contre lui. Il savait parfaitement ce qu’on lui reprochait, mais il n’avait pas eu accès à l’argumentation du Ministère public.

L’affaire a été renvoyée devant la cour d’appel de Paris qui va avoir à se prononcer.

Nul doute qu’à cette occasion on ne manquera pas de lui faire parvenir le mémoire du parquet.

Cette décision n’en est pas moins significative.

Les règles de procédure doivent être respectées en toute occasion et surtout, lorsque l’on est en présence de situations qui paraissent évidentes ; mais elle illustre aussi le fait que les principes ne peuvent être défendus que dans le strict respect des règles de procédure.

Bref, ce n’est pas parce que c’est évident que c’est joué.

Mémoire 2000 veillera à l’avenir à ce que soient respectées davantage les règles de forme procédure.

En l’occurrence nul ne peut se prévaloir de cet arrêt pour dire que l’antisémitisme progresse ou régresse.

Bernard JOUANNEAU


Tribune: La condamnation de Radovan KARADZIC était un leurre

19 avril 2016

Ce verdict témoigne de la faillite du projet de justice internationale porté par le TPIY.

En même temps qu’il condamnait Radovan KARADZIC, il acquittait Vojislav STESEL, le chef historique de l’extrême droite serbe. Après treize ans de procédure, celui qui avait inspiré la répression et l’extermination des mâles en âge de combattre à SREBRENICZA est blanchi, alors que celui qui l’a fait exécuter par le général MLADIC est condamné.

Lors de la création en 1993 de ce tribunal international pour l’ex Yougoslavie, on avait interprété cette issue judiciaire comme l’expression de la mauvaise conscience des pays occidentaux qui s’étaient révélés incapables de faire cesser la guerre en BOSNIE. Il s’agissait de créer une juridiction internationale neutre et impartiale qui ne soit pas le tribunal des vainqueurs, capable de dire le droit alors que la guerre continuait de se poursuivre.

Mais en fait, l’intervention de cette juridiction n’aura été qu’un leurre permettant à ces pays issus de l’ex Yougoslavie de s’avancer sur la voie de l’intégration européenne. Les criminels de guerre croates et serbes sont devenus les héros de l’intégration européenne, messagers annonciateurs d’un avenir supposé radieux. Tous ont été accueillis à leur libération avec faste dans leurs pays respectifs: Ante GOTOVINA et Mladic MARKE à ZAGREB en 2012 et Dario KORDIC en Croatie en juin 2014 qui a été relâché après avoir effectué les deux tiers de sa peine.

On attend encore que le général MLADIC soit jugé et l’on se prend à se demander quand KARADZIC sera gracié.

Certains  voient dans le verdict du TPIY de la HAYE du 26 mars dernier, au contraire « un verdict exemplaire « .

  • 600 témoins sont  entendus
  • 48000 pages de PV
  • 8 ans de procédure
  • 40 ans de prison pour l’ancien chef des Serbes de Bosnie

« En infligeant cette peine à l’un des hommes responsables des pires crimes commis en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le TPIY n’a pas seulement rendu un verdict à la hauteur des faits commis, il a montré que la justice internationale ça peut marcher  » (Le Monde  du 26 mars 2016).

Sous couvert de l’homme fort de BELGRADE Slobodan MILOSEVIC (décédé en 2006 en prison) R. KARADZIC a mené une campagne d’épuration ethnique particulièrement féroce dans cette république pluri ethnique et pluri confessionnelle. Pour chasser les musulmans de Bosnie de leurs maisons,  de leurs terres ancestrales, on a tué, violé, et jeté des dizaines de milliers de malheureux sur les routes. Exode sanglant qui fera plus de 100 000 morts et déplacera deux millions de personnes au nom de la Grande Serbie. On verra éliminer physiquement 6000 hommes et garçons en âge de porter les armes, Musulmans de SREBRENICZA occupée par les Bosno-serbes, qui ont été abattus les mains liées derrière le dos. On assistera au siège impitoyable de SARAJEVO qui fera plus de 11000 morts.

Ce que l’on retiendra tout de même c’est que le TPIY a retenu la qualification de « génocide », alors que certains la contestait en faisant remarquer que l’extermination de ces 6000 victimes du général MLADIC à SREBRENICZA avait eu lieu parce qu’ils étaient en âge de porter les armes et non pas à cause de leur origine.

Mais on entend un autre son de cloche qui ne voit dans ce verdict qu’un leurre et un échec de la juridiction internationale.

Alors allez donc savoir ce  qu’il faut en retenir et convaincre les gens de se rendre au palais de justice pour assister au procès de Pascal SIMBIKANGWA devant la cour d’assises à Paris au mois de octobre prochain pour le génocide des Tutsis et des Hutus modérés au Rwanda.

Bernard JOUANNEAU


La visite du pape sur l’île de LESBOS

18 avril 2016
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Le pape François salue des enfants du camp de réfugiés de Moria sur l’île de Lesbos (epa/ORESTIS)

La visite que le pape a rendue le 17avril aux migrants sur l’île de LESBOS fait espérer un sursaut de l’EUROPE endormie, contre ce qu’il avait déjà appelé en 2013 à Lampedusa «la mondialisation de l’indifférence». Il n’y était pas seul, les deux patriarches orthodoxes d’Istanbul et d’Athènes l’accompagnaient, mais c’est lui qui a ramené à ROME ces douze réfugiés syriens.

Comment ne pas être impressionné de la portée de ce geste ? Depuis un mois que règne et s’impose la stratégie de la lâcheté et de l’abandon, il a  une haute signification qui devrait nous faire réfléchir.

« Ce que j’ai vu aujourd’hui au camp de réfugiés était à pleurer …les émigrants , avant d’être des numéros sont des personnes, des visages, des noms, des histoires » a-t-il déclaré et comme on lui demandait pourquoi il avait accompli ce geste il a répondu en reprenant les propos de mère TERESA à qui l’on demandait pourquoi elle faisait autant d’efforts pour aider les gens à mourir: « c’est une goutte d’eau dans la mer, mais après cette goutte la mer ne sera plus la même. C’est un petit geste que nous devons tous faire.Tendre la main à qui en a besoin ».

Avant d’être religieux ce geste est politique et il doit être entendu par l’humanité tout entière croyante ou non croyante, catholique, orthodoxe, chrétienne, musulmane, juive ou bouddhiste. Il est un réflexe humain de dignité sur lequel tous doivent se déclarer d’accord.

De retour au Vatican, il s’en est expliqué : « l’Europe a les instruments pour défendre la centralité de la personne humaine et pour trouver un juste équilibre entre le double devoir moral de protéger les droits de ses propres citoyens et celui de garantir l’accueil des migrants ».

Il n’y a pas besoin de catéchisme pour cela.

Alors que l’on s’enfonce dans le repli sur soi-même, la crainte du chômage et les menaces du terrorisme, ce message des trois dignitaires de la chrétienté doit nous inspirer et nous donner une raison d’espérer.

Bernard JOUANNEAU


Considérations sur la condamnation de J.M. Le Pen par le Tribunal de Paris

7 avril 2016

Le tribunal de Paris vient de rendre sa décision dans les poursuites engagées par le Ministère public contre Jean-Marie LE PEN, pour les déclarations qu’il a faites le 2 avril 2015 a Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV qui l’interrogeait pour savoir s’il regrettait ce qu’il avait dit jadis sur les chambres à gaz.

Il avait déclaré: « A aucun moment, ce que j’ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire de la guerre, à moins d’admettre que ça soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz » en ajoutant « Je maintiens ces propos parce que je crois que c’est la vérité ».

Jean-Marie Le Pen qui n’avait pas comparu à l’audience avait refusé de se défendre au fond et imparti à son avocat (Maître Wagner) le mandat de se borner à soulever son immunité de député européen.

Sur ce point, faisant droit au moyen soutenu par notre avocat (Maître Serge Tavitian) le tribunal a répondu que les propos tenus sur l’antenne de BFMTV ne l’avaient pas été dans le cadre de l’exercice de son mandat de député, avec lequel ils n’avaient aucun rapport. Il a donc écarté le moyen, puis statuant au fond, en dépit de son absence volontaire aux débats, le tribunal a considéré que Jean-Marie Le Pen s’était bien rendu coupable de contestation de crimes contre l’humanité, délit prévu et réprimé par l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 (Loi Gayssot), au motif que « Force est de constater, que sous couvert d’admettre à la fois la réalité et le caractère « assez ignoble » des chambres à gaz, Jean-Marie Le Pen n’avait eu de cesse d’en relativiser l’importance, par delà sa persistance à employer le terme de « détail » et que « cette analyse qui vise à mettre à égalité l’ensemble des épisodes dramatiques de ce conflit, n’en faisant que des péripéties inhérentes à toute guerre, est effectué en toute conscience par Jean-Marie Le Pen, alors même qu’il a déjà été condamné pour des propos de même nature et qu’il est sans conteste rompu aux interviews »… 

En répression, le tribunal l’a condamné à 30 000  € d’amende et a ordonné en outre, à titre de peine complémentaire la publication d’un communiqué faisant état de sa condamnation dans les quotidiens LE FIGARO, LE MONDE et LIBERATION dans la limite de 5000€ par insertion, tout en ordonnant l’exécution provisoire de cette mesure de publication.

Sur les constitutions de partie civile, le tribunal a octroyé aux associations déclarées recevables, l’indemnisation qu’elles demandaient et en particulier à Mémoire 2000 la somme de 5000 € de dommages et intérêts+ 1500 € de frais.

On retiendra de cette décision l’analyse particulièrement détaillée de la notion de contestation.

Après la reconnaissance par le Conseil constitutionnel de la parfaite constitutionnalité de la loi Gayssot, par sa décision du 6 janvier dernier, le jugement de la 17 ° chambre du tribunal de Paris en renforce la portée.

Le président

Bernard JOUANNEAU


Journal d’Avril 2016: témoignages des élèves après notre séance-débat sur le thème de l’esclavage

30 mars 2016

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Le passage du milieu

Séance du 16 février 2016

Thème : l’esclavage

Débatteur : Pap D’diaye

 

 

 

 

Cette fois, nous avons demandé aux élèves présents, de nous faire part de leurs impressions par écrit : ce qu’ils ont fait.
Ces élèves sont issus de Bac professionnel électro-technique et rencontrent souvent des difficultés en expression.
Ils appartiennent à la classe : TELKB du Lycée Louis Armand à Nogent sur Marne.
Voici leurs textes.

 

« Par choix, Je n’ai pas l’habitude de regarder des films sur le thème de l’Esclavage, mais “Le passage du Milieu” m‘a permis d’en savoir davantage et d’ouvrir les yeux sur la question humaine. J’ai particulièrement apprécié le débat. »

Fabien

 

« Ce film m’a beaucoup perturbé, j’ai vu des scènes abjectes, des images lourdes et souvent insoutenables. Le débat aide à surmonter les sentiments de révolte que l’on ressent jusqu’à la fin, grâce aux échanges entre les débatteurs et les élèves. »

Ryan

 

« J’ai apprécié le film même si il avait des moments très durs (finalement toutes les scènes du film étaient poignantes). Je pense qu’il faut ce genre d’images pour secouer les gens et lutter contre le racisme. Merci pour le débat, j’ai personnellement appris beaucoup de choses, des éléments historiques. Il faut continuer! »

Mohamed

 

« J’ai souvent détourné le regard pendant la projection du film, je me concentrais sur la voix, c’était plus supportable. J’ai vraiment été intéressé par le débat et le fait de pouvoir poser des questions. Merci pour tout ce que j’ai appris. »

Damien

 

« Ce film est terrible. Il m’a révolté et dégoûté d’être Humain, je n’arrive pas à croire ni à accepter que l’homme puisse faire ça. »

Mamadou

 

« J’ai eu du mal au début à me concentrer. Il n’y avait pas de dialogue seulement des images terribles que l’on reçoit en pleine figure avec comme fond sonore une voix douce presque mélodieuse, c’était très perturbant. Je trouve tellement intéressant qu’il y ait un débat, que l’on puisse poser des questions et s’exprimer. Merci…Je reviendrai. »

Jonathan


Mémoire 2000 vous recommande la lecture d’un article d’Éric KESLASSY sur l’antisémitisme en France

5 octobre 2015

Mémoire 2000 vous recommande l’article « De l’antisémitisme en France » d’Éric KESLASSY, paru en septembre 2015 dans Les notes de l’institut Diderot.

Vous pouvez téléchargez l’article en cliquant ICI.

Vous pouvez consulter cet article et les travaux de l’Institut Diderot vous rendant sur leur site en cliquant ICI 


Un Journal exceptionnel de Mémoire 2000 après les assassinats de Janvier 2015

2 mars 2015

Journal spécialCLIQUEZ ICI POUR ACCÉDER AU JOURNAL EXCEPTIONNEL DE JANVIER 2015


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance-débat du 14 janvier 2014

5 mai 2014

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Séance du 23 Janvier 2014

Thème : Les Justes

Débatteur : Mohammed Aïssaoui

 

Dure, dure, cette séance. Et pourtant elle a tout pour plaire : Une salle pleine. Pour moitié, des élèves de la “diversité”, pour l’autre, des “bourges”. Un très beau film sur les Justes musulmans, en cet anniversaire de la libération d’Auschwitz : la Grande Mosquée, grâce à son directeur Kaddour Benghabrit, sert de cachette à de nombreux juifs dont un jeune chanteur séfarade qui y restera 4 ans. Et enfin, un excellent débatteur, Mohammed Aïssaoui, auteur d’un livre que je recommande chaudement : L’étoile jaune et le croissant (éditions Gallimard).

Dès la première question on comprend que le débat sera difficile, pour ne pas dire impossible, car centré sur l’actualité des juifs et des musulmans. Et si le film où l’on voit des musulmans en prière dans la Grande Mosquée est regardé dans un silence quasi religieux, dès la première question s’instaure dans la salle un brouhaha qui ne cessera plus.

-Pourquoi ne parle-t-on que des juifs et seulement d’une minorité de musulmans ?

-Que pensez-vous de l’affaire Dieudonné ?

-Si la Shoah avait concerné des musulmans et non des juifs, est-ce qu’on en aurait tellement parlé ?

-Est-ce que l’état sioniste d’Israël est légitime dans sa totalité ?

N’oublions quand même pas quelques rares questions plus “soft” qui mettent un peu de baume au cœur telles que : pensez-vous qu’un jour musulmans et juifs marcheront main dans la main ?

Notre débatteur qui s’est, de prime abord, présenté comme journaliste, écrivain, musulman, fait tout pour donner une vision positive des juifs, expliquer combien juifs séfarades et musulmans d’Afrique du Nord ont de points communs. Lui-même habite dans un quartier de juifs pieux et il s’y sent parfaitement à l’aise. Rien n’y fait. Personne ne se donne même la peine d’admirer le courage du recteur Kaddour Benghabrit, sauveur de juifs.

La séance se termine. Un élève rejoint le débatteur, expose ses idées sur Dieudonné et termine sur l’affirmation qu’on n’avait jamais pu retrouver de plans d’un crématoire à Auschwitz.

Et aujourd’hui 27 Janvier, je lis dans un compte-rendu de presse : Avec l’affaire Dieudonné une digue morale vient de sauter dans les établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par Le Figaro. “La Shoah j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné”. Une élève, oubliant qu’elle est en cours sur la seconde guerre mondiale demande : “Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif et pas du génocide rwandais ou cambodgien ?”. Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle d’histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé plainte en raison d’attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle s’est ainsi entendu dire: “On ne veut pas d’une juive comme professeur dans notre classe”.

Oui, dur, dur !

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 18 mars 2014

5 mai 2014

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Séance du 18 mars 2014

Thème : l’éducation

Débatteur : François Rachline

 

Le film traite de l’accès au savoir, à l’instruction, dans les pays pauvres, plus précisément dans un Iran ravagé par une guerre cruelle et interminable avec l’Irak .

Notre débatteur, François Rachline, conseiller spécial du président du conseil économique, social et environnemental, et jusqu’en 2013 professeur d’économie à Sciences Po, saura susciter chez des élèves attentifs des questions de qualité, et y apporter des réponses percutantes. Nous vous livrons ici l’essentiel des interventions.

Premières impressions : on perçoit l’immense pauvreté, la peur permanente des bombardements, l’obstination du professeur, qui essaie de parler mais que l’on n’écoute pas. Ce Maître, avec son tableau noir, essaie de diffuser l’enseignement, c’est une lourde charge, mais les enfants ont d’autres priorités que l’instruction : ils fuient les bombardements (parfois chimiques), essaient de sauver leur marchandise.

Enfants et adultes sont tristes, et il est triste de voir que les élèves ne veulent pas apprendre. La contrebande leur permet de subsister, c’est leur vie de tous les jours. Tous ne sont pas illettrés, mais ils n’ont pas envie de comprendre, ils ont autre chose à faire que d’apprendre, ils n’en ont pas le temps.

Un élève remarque d’ailleurs que “l’éducation est refusée par nécessité”. Oui, mais la connaissance finit toujours par s’imposer : sur le tableau noir, il n’y a rien, mais dès que l’on y écrit, c’est la Connaissance qui arrive. Sans elle, on ne sait rien du monde qui nous entoure.

Quand le mari divorce, il donne à la femme le tableau noir, il transmet la Connaissance. Et cet hymne au Savoir dit autre chose : dans la vie, la Connaissance permet de ne plus avoir peur de vivre.

Dans cette Connaissance trois éléments : écrire, lire, compter. Lire, c’est communiquer ; écrire, c’est s’exprimer ; compter, c’est raisonner. A ce propos, il faut savoir que chaque année, en France, 850.000 élèves entrent à l’école primaire, mais à la sortie, 150.000 ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. En 20 ans, cela fait 3 millions d’élèves qui ne savent rien, qui n’ont aucune chance de s’en sortir.

Une remarque judicieuse : le Professeur veut-il enseigner simplement pour gagner sa vie? Certes oui, mais pas seulement : il propose de l’Education, ce qui lui paraît essentiel. Il dit achetez-moi de la Connaissance. Car quand on ne connaît rien, on n’a pas envie de connaître, on ne sait pas qu’il existe autre chose.

Suit une autre question d’une importance capitale : dans ces pays, les gens peuvent-ils apprendre sans l’aide des pays plus développés ? C’est là la question la plus importante sur la planète aujourd’hui : un mot s’impose, et doit être constamment martelé : Education, Education, Education : pour ne pas être victime des autres, il faut faire en sorte que le niveau de l’Education s’élève. La peur de l’étranger peut-elle être un obstacle à la Connaissance? Oui, il faut savoir apprendre de l’Autre.

Cependant, beaucoup reste à faire dans notre pays : en France, en effet, on travaille toujours par rapport à un programme, et on travaille essentiellement tout seul. Or, dans la vie professionnelle, on travaille par objectifs, et par équipes. Le but de l’Education française n’est pas de préparer les étudiants à entrer dans la société, mais de réussir de grands concours, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays.

Mais tout cela commence à changer. D’autant plus que, ainsi que le dit Michel Serres dans sa Petite Poucette, de nouveaux éléments interviennent : en plus de ce que nous avons dans la tête, nous avons dans notre main un véritable second cerveau : téléphone portable, ordinateur, accès à tous les moyens de nous informer et de savoir.

Mais assez pour aujourd’hui, la matinée a été des plus remarquables : un superbe film, des questions pertinentes, des réponses du débatteur claires et enrichissantes, 178 élèves présents et des enseignants captivés et heureux.

Merci à François Rachline!

Mémoire 2000 a bien travaillé.

Guy Zerhat

 


A titre exceptionnel, Mémoire 2000 a changé le thème de la séance-débat du 11 février 2014 qui portera sur la situation faite aux Roms

15 janvier 2014

En raison de l’actualité et des valeurs fondamentales qui inspirent Mémoire 2000 depuis sa création, l’association a décidé de remplacer la projection du film NO de Pablo Larrain sur le thème de la lutte contre la dictature par le film « Caravane 55 » de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sur les Roms.

Mémoire 2000 est particulièrement préoccupée par les discriminations et les graves atteintes aux droits de la personne dont les Roms sont aujourd’hui victimes en Europe. Notre association est aussi préoccupée par le climat général en France et certains discours politiques, y compris au plus haut niveau de l’État français, contre ces populations particulièrement pauvres et vulnérables. (CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA LETTRE QUE MÉMOIRE 2000 A ADRESSÉ AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR)

Mémoire 2000 fera une séance-débat autour de l’excellent film de Pablo Larrain (« No », Chili, 2013) ultérieurement en 2014-2015.

affiche-du-film-caravane-55Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal de Juillet 2013: Visite à Drancy de membres de Mémoire 2000, le 18 avril 2013

19 juin 2013

 

Vue depuis le Mémorial de la Shoah à Drancy de la Cité de la Muette, anciennement camp de Drancy, avec le monument commémoratif et le wagon de déportation

Vue depuis le Mémorial de la Shoah à Drancy de la Cité de la Muette, anciennement camp de Drancy, avec le monument commémoratif et le wagon de déportation

Cela faisait assez longtemps que les militants que nous sommes n’étaient pas allés à Drancy. La création du nouveau Mémorial nous a donné l’occasion de remédier à cette “négligence”. C’est ainsi que le 18 avril dernier, nous nous retrouvâmes, une dizaine de militants, à visiter ce magnifique mémorial.

En dehors de l’architecture du bâtiment, qui est d’une grande sobriété et d’une grande beauté, ce qu’on y voit ne laisse pas intact. Cela nous rappelle les raisons de notre engagement et redonne, malheureusement, “du cœur à l’ouvrage”, afin que de telles horreurs ou d’autres ne puissent se reproduire.

70 ans après on en est encore à se demander comment des hommes ont pu, le cœur de pierre, participer à l’horreur que fut pour des milliers de personnes, cet internement prélude à l’extermination.

Quand on voit les photos et qu’on lit des lettres écrites parfois par des enfants de 7 ans, on a honte d’appartenir à cette espèce que l’on dit humaine, et qui en cette occurrence, s’est montrée sauvage et sans pitié…

On s’interroge encore et toujours: Pourquoi ? Mais, comme répondait un nazi à cette même question : il n’y a pas de pourquoi. Et ça c’est difficile à avaler.

Je vous le redis, on ne sort pas indemne d’une telle visite, mais il est indispensable de la faire.

Lison Benzaquen

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Monument commémoratif et Mémorial de la Shoah à Drancy (fond, à droite)

Monument commémoratif et Mémorial de la Shoah à Drancy (fond, à droite)

Jean ne savait pas qu’il était juif.

Jean ne savait pas que sa mère était juive.

Jean ne savait pas que sa mère avait accouché à Drancy, au camp de l’enfer.

Jean est mon ami depuis 40 ans.

Je ne savais rien de lui !

Plus qu’un musée, c’est une fenêtre sur notre histoire qui nous est offerte et nous sommes pris de vertige, lorsque, au 3° étage, nous réalisons avec effroi, que le camp était bien réel, là, sous nos yeux.

C’est à la suite d’un travail d’investigations exceptionnel, que Patrick Rothman et son équipe, ont réussi à délier les langues du camp de “la Muette”, grâce à eux, Fanny Migdal, (mère de Jean) et bien d’autres ont pu libérer leur parole enfouie depuis tant d’années. Grâce encore à cette équipe, Jean a pu tisser la trame de son histoire, Fanny, sa mère a enfin trouvé en elle la force de la justesse de la vérité.

Merci infiniment à la Fondation de la Shoah, à la ville de Drancy pour cette initiative, ô combien nécessaire ! Ce musée en plein cœur d’une cité sensible dégage une émotion qui nous submerge !

Joëlle Saunière

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L’architecture du Mémorial par sa sobriété, son dépouillement, nous prend, nous absorbe, et par ses grandes baies vitrées nous plonge dans cette cité au lourd passé…

La mémoire est là, tellement présente qu’elle étouffe la vie de ses actuels habitants, on se sent presque voyeur de l’horreur…

Marie-Claude Godon

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Monument commémoratif du camp de Drancy, le wagon de déportation-témoin et la cité de la Muette en arrière plan

Monument commémoratif du camp de Drancy, le wagon de déportation-témoin et la cité de la Muette en arrière plan

Un bâtiment très design fait face au wagon de Drancy : c’est le Mémorial ouvert en 2012. A l’intérieur de grandes salles claires abritent panneaux explicatifs, écrans, photos et bien sûr audiophones…c’est remarquable et la sophistication n’exclut sûrement pas l’émotion…

Mais je ne peux m’empêcher de revoir le local plutôt sinistre, meublé de chaises où prenaient place les élèves bien sages que nous amenions des lycées et collèges de Paris et de banlieue pour visiter ce qu’il restait du Camp….Quelques photos, une petite télé : c’était tout et cependant, grâce au récit d’un témoin incomparable, Francine Christophe, ils pouvaient réaliser ce qu’avait été la vie dans ce prélude à l’enfer. Je suis sûre qu’ils n’ont pas oublié ce qu’ils ont entendu ces matins là mais je suis sûre aussi que d’autres élèves viendront nombreux aux futures visites que nous organiserons à la demande de leurs professeurs, et cela dans le Mémorial qui les attend et toujours en présence de témoins…

Enseignants, contactez nous vite! C’est important de transmettre la mémoire…

Claudine Hanau

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Les immeubles tristement célèbres en forme de U. Au milieu un modèle de wagon à bestiaux non moins tristement célèbre. Un petit monument du souvenir.

En face un superbe bâtiment à l’architecture audacieuse en guise de musée.

Une impression vague que cette cohabitation pose problème…Je ne sais l’exprimer, mais le ressent fortement.

Daniel Rachline

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La visite du Mémorial de Drancy s’imposait à notre association dont la vocation est bien de sauvegarder la mémoire de l’Holocauste des six millions de juifs exterminés par les nazis. Les derniers déportés survivants du camp de Drancy resteront toujours parmi nous grâce à leurs témoignages enregistrés, illustrant les coupures de presse et les photos de la vie du camp avec notamment le départ des enfants entassés dans un wagon  à destination des camps d’extermination.

La visite du président Hollande à l’inauguration du Mémorial, démontre fort bien la volonté, au plus haut niveau, de contribuer non seulement à maintenir la flamme du souvenir mais encore au travers d’une documentation toujours enrichie, d’une salle de conférences et d’outils informatiques adaptés,  permettre aux jeunes générations d’avoir une pleine connaissance d’un crime contre l’humanité, la Shoah, pour éviter le renouvellement d’une semblable tragédie.

Maxime Perrault

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Drancy. Un nom qui résonne toujours bizarrement pour moi, un nom attaché à ce passé qui ne passe pas.

Le Mémorial est une réussite. Des baies vitrées donnent sur le camp de Drancy, sur ces bâtiments de la cité de la Muette, aujourd’hui habitée par des familles, parfois immigrées, toujours de conditions modestes. Télescopage des temporalités, superposition de lieux imaginairement irréconciliables. Drancy, le camp où des dizaines de milliers de malheureux sous-alimentés furent internés dans l’attente d’un départ vers l’est, un départ dont nous savons où il allait les mener, et Drancy aujourd’hui, une cité HLM, ses habitants avec leurs difficultés et leurs joies, une cité absolument banale.

Un des étages du Mémorial est dédié aux recherches documentaires. L’une d’entre nous a demandé à l’une des documentalistes les informations qu’il y aurait peut-être sur l’internement de ses parents à Drancy, avant leur déportation sans retour. Aide précise de la documentaliste.

Lorsque nous avons retrouvé l’air libre, nous avons croisé un groupe de lycéens venu visiter le Mémorial. Ils étaient silencieux. Nous avons marché chacun à son rythme vers la sculpture en pierre et le wagon-témoin situés à l’entrée de la cité de la Muette. La mémoire du passé revient violemment, une mémoire constituée pour moi des paroles des témoins directs du camp de Drancy, de la chair de leurs mots, de leurs silences aussi. Leurs paroles, m’accompagnent et me reviennent aussi en mémoire les paroles de Claude Lanzmann dans son film sur Sobibor, “ici, c’est l’extérieur du camp, là, quelques mètres plus loin, c’est la mort”. Drancy, antichambre de la mort.

Je songe que ce lieu est absolument inhabitable. Quelque chose d’obscène à ce que la vie se déroule ici comme si de rien n’était. Comme une profanation. L’édification du Mémorial du camp de Drancy est un pas important, mais inachevé. Espérons que la cité de la Muette sera bientôt ce qu’elle aurait dû être depuis la fin de la guerre et de la Shoah. Le Mémorial de la déportation des juifs de France.

Rose Lallier


Téléchargez notre nouveau document de présentation de Mémoire 2000 et de ses activités!

10 avril 2013

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Journal d’Avril 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 24 Janvier 2013

4 avril 2013

VOD11245_majaqLE PROCES D’ADOLF EICHMANN

Thème : Il y 50 ans, le procès Eichmann

Débatteur : Michaël Prazan

Le film de Michaël Prazan et Annette Wieviorka a été réalisé en 2011 à l’occasion du cinquantième anniversaire du procès d’Adolf Eichmann. Léo Hurwitz, un réalisateur américain, avait obtenu l’autorisation de filmer le procès in extenso.

Grâce à une technique de vidéo-captation, il avait pu diffuser à toutes les télévisions du monde, en très léger différé, les différentes phases du procès, lui donnant un énorme retentissement. Et ainsi le monde entier pu enfin prendre connaissance de ce qu’avait été la Shoah.

Le procès terminé, s’était posée la question de la conservation de ces milliers de cassettes. Elles ont été confiées à une organisation juive à New York. Ses adhérents avaient le droit de les emprunter, si bien que maintenant, un grand nombre de ces cassettes a disparu.

C’est à partir du stock de cassettes restantes que Michaël Prazan a fait son choix pour retransmettre au mieux l’atmosphère du procès et la personnalité d’Eichmann.

Nos élèves de première et terminale ont suivi intensément ce film fascinant où l’on voit Eichmann, à l’abri dans sa cage de verre, confronté, sans aucun état d’âme apparent, aux témoignages poignants de rescapés de la Shoah. Par leurs questions, les élèves ont montré combien, avec leurs professeurs, ils avaient réfléchi en profondeur à cet aspect terrifiant de l’Histoire.

Michaël Prazan répond à leurs interrogations en resituant le film dans le contexte international d’alors. Le procès de Nuremberg s’était tenu dès 1945 et avait jugé les criminels de guerre. L’Allemagne était devenue une puissance alliée de l’Occident et personne n’avait envie de se replonger dans le passé.

En Israël, en revanche, Ben Gourion comprend qu’un grand procès de ce type permettrait d’apaiser les tensions internes entre les fondateurs du pays et les rescapés des camps, considérés par certains comme des lâches qui n’avaient pas su s’opposer aux nazis. A l’extérieur, il veut montrer au monde ce qui s’est réellement passé et prouver qu’Israël assume le devoir de mémoire.

De fait, le procès Eichmann a permis une réconciliation entre les différentes parties car les Israéliens de souche ont mieux compris les horreurs de la Shoah. Ils ont découvert à la fois qu’il y avait eu certains actes de résistance héroïque et que, demander une résistance à ces millions de gens, femmes, enfants, vieillards, à qui l’on avait menti, qu’on avait brutalisés, affamés, épuisés, était une méconnaissance totale de la situation réelle des Juifs d’Europe.

Quant à Eichmann, tout au long du procès il s’est efforcé de démontrer qu’il n’était qu’un simple exécutant. C’est d’ailleurs la théorie d’Hannah Arendt. Elle le voit comme une victime dans sa cage de verre, un simple criminel de bureau. C’est sa thèse sur “la banalité du mal” parue dans le New-Yorker. Pour Michaël Prazan, Arendt s’est beaucoup trompée, elle n’aimait pas Israël et a peu assisté au procès. En particulier, elle n’y était plus lors de la défense d’Eichmann qui s’est montré très brillant dialecticien, démentant, par sa virtuosité, sa prétendue médiocrité.

Joseph Kessel qui rendait compte du procès s’était ainsi exprimé : Quant le Président a interrogé Eichmann et lui a dit “levez vous”, Eichmann a bondi et s’est mis au garde à vous. C’est la seule fois où Eichmann s’est senti coupable.

Daniel Rachline conclut la séance en remerciant Michaël Prazan. Il rappelle le rôle de Mémoire 2000, la disparition progressive des témoins. Daniel est de ceux qui ont porté l’étoile jaune pendant la guerre. Quand nous aurons disparu, dit-il, c’est par des films comme celui-là que la Mémoire sera transmise.

Hélène Eisenmann