Journal d’Avril 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 12 février 2013

4 avril 2013

Autopsie+d+un+mensonge-27634AUTOPSIE D’UN MENSONGE

Thème : le négationnisme

Débatteur : Bernard Jouanneau

En introduction au débat, Bernard Jouanneau explique qu’il a consacré 30 ans de sa vie à se battre contre les négationnistes mais il s’est aperçu que c’était un combat sans fin. On croit les terrasser mais ils resurgissent toujours, en particulier via internet. Robert Badinter, dit-il, dont j’ai été le collaborateur, puis l’associé, puis le défenseur, avait déclaré, lors d’une émission de télévision : “J’ai fait condamner Robert Faurisson comme faussaire de l’histoire”. Attaqué à son tour par Faurisson, c’est Bernard Jouanneau qui assure sa défense. Il obtient que Faurisson soit débouté et condamné à payer les frais de justice.

Les questions des élèves montrent combien, avec leurs professeurs, ils dominent déjà le sujet.

Quels sont les rapports entre le FN et les négationnistes ? Comment se fait-il que le FN ait actuellement  plus d’écho qu’il n’en avait à l’époque du film ?

— C’est “grâce” au travail de Marine Le Pen. Elle a su faire évoluer son parti pour qu’il fasse moins peur : il n’y a plus les incartades de son père, les “durafourcrématoire” et autres.

Est-ce que les négationnistes avaient des preuves concrètes de ce qu’ils prétendaient ?

– J’ai consacré six mois à ce sujet. J’ai en vain recherché leurs preuves. J’ai été en Pologne, en Israël et j’ai ainsi pu montrer qu’ils avaient falsifié l’histoire. Leurs arguments, l’impossibilité de faire entrer 2000 à 3000 personnes dans un espace de 40m2, les heures qu’il faudrait pour asphyxier tant de monde, tous ces arguments ont pu être démontés. Il y a eu les déclarations des rescapés des sonderkommandos, les récits existent, ils ont été enregistrés par les historiens. Les chimistes ont prouvé que la chaleur et l’entassement des corps accéléraient l’asphyxie. Moi-même j’ai eu des preuves que les SS dissimulaient leurs crimes par des langages codés.

Après le retour des déportés, comment  a-t-il pu y avoir des négationnistes ?

– Certains, comme Rassinier, étaient des survivants des camps de concentration (Buchenwald, Dora) où les conditions de vie étaient épouvantables sans toutefois être comparables avec celles des camps d’extermination comme Auschwitz. Rassinier a ainsi pu affirmer qu’il n’avait pas vu de chambres à gaz ni de fours crématoires. Les rescapés d’Auschwitz, à leur retour, auraient voulu parler mais, la paix revenue, personne ne souhaitait les écouter. Ainsi, Sam Braun a attendu d’avoir 78 ans pour se sentir capable de témoigner.

Les négationnistes, quand on leur montrait les preuves concrètes, cheveux, photos, etc, ça ne les convainquait pas ?

– Les nazis avaient pris soin de détruire les chambres à gaz et de faire évacuer les camps. De toute façon les négationnistes se moquent de toutes les preuves. Ils ont des méthodes diaboliques, non scientifiques.

Pourquoi veulent-ils à ce point nier? Quelle est leur motivation ?

– Je suis convaincu que leur ressort fondamental est l’antisémitisme. Faurisson a passé sa vie entière à défendre ses thèses. J’ai toujours soutenu que le génocide est, en lui-même, une négation. Il en a été de même pour les Arméniens ou pour les Tutsis. Pour ma part, je continue à plaider mais, dans les salles d’audience, on se sent souvent bien seul. Les partisans de Faurisson sont dans la salle. On sent la haine qui vous pèse sur les épaules.

Daniel Rachline, trésorier de Mémoire 2000 prend la parole : Je suis né avant la guerre, je suis juif, 27 personnes de ma famille ont leur nom gravé au Mémorial. En leur nom, je remercie mon ami Bernard pour l’action qu’il mène avec tant de constance, bien que son éducation et sa tradition familiale n’aient eu, a priori, rien pour orienter son action en ce sens ».

Bernard Jouanneau : C’est exact, j’ai débarqué dans le négationnisme en 1970. C’était une question d’humanité et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Nous, les associations, agissons contre les débordements des négationnistes et d’internet pour défendre, non pas les Juifs, mais l’Homme.Vous, les jeunes, à vous de prendre le relai.

N’en aurait-il qu’un seul parmi vous, ce serait déjà une victoire.

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mars 2013

4 avril 2013

863407-l-affiche-du-film-637x0-1LES FEMMES DU BUS 678

Thème : La violence envers les femmes

Débattrice : Marie-France Hirigoyen

Lorsque nous avions choisi le thème de cette matinée, “La violence envers les femmes” et décidé de projeter ce récent film égyptien, nous pensions que le débat aborderait surtout les violences existant dans des pays de culture similaire. Or, bien que l’attitude des hommes dans les bus du Caire ait semblé choquer beaucoup notre jeune public, surtout les garçons, on a changé très vite de terrain et on a assisté à un débat très animé, un véritable règlement de compte, sur les relations filles/garçons, ici en France et même dans la classe présente ce matin!

Notre débattrice, Mme Hirigoyen, psychiatre psychothérapeute et victimologue, spécialisée dans ce domaine, a su très habilement diriger les vifs échanges, où l’on a entendu un jeune homme excédé par les histoires de filles violées, s’exclamer “et les garçons, ils ne sont pas violés eux ?” (grands rires dans la salle!)

Le débat porte surtout sur le fait que les garçons s’adjugent le droit de “collectionner” les conquêtes alors que les filles agissant de même se font traiter de “putes”, ce contre quoi elle s’indignent et vivement !

La question de fond surgit “pourquoi les hommes sont-ils dominants” ? Notre débattrice donne alors quelques explications historiques sur cette domination qui a ses racines dans le passé alors que les hommes étaient polygames. Cela a changé maintenant car l’autonomie des femmes remet en question le pouvoir qu’ils détenaient avant, mais à entendre les élèves, on en doute un peu… L’une des jeunes filles présentes s’exclame “cela ne changera donc jamais ! ”

Un mot revient souvent au cours du débat, celui de “respect”, un terme que semblent aimer les garçons et qu’ils ont proclamé plusieurs fois en parlant des filles. A leurs yeux, elles manquent de respect et aussi semblent ne pas se respecter elles-mêmes !

Cette agressivité affirmée des élèves masculins, que leurs enseignants ont eu parfois du mal à canaliser, nous a paru assez étrange et nous reporter bien en arrière, à nous les organisateurs à qui cette époque de soi-disant supériorité semblait bien terminée ! Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas fini de nous étonner !

Et si des parents et des grands-parents venaient assister à l’une de nos séances ? Sans doute seraient-ils aussi bien étonnés par ce genre de dialogue, spontané certes, mais oh combien dérangeant et qui leur apprendrait peut-être bien des choses !

Claudine Hanau

Mme Hirigoyen est l’auteure notamment d’ “Abus de faiblesse et autres manipulations”, paru en 2012 aux Editions J.C.Lattès.

 


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11 février 2013

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Journal de Janvier 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 16 octobre 2012

9 janvier 2013

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Thème : la rafle du Vel d’Hiv

Débattrice : Sarah Lichtsztejn-Montard

 

“Que pensez-vous du devoir de mémoire ?” Telle fut la première question posée ce matin là par une élève à Sarah Montard.

— La mémoire est un garde-fou contre la folie aimait à dire Sam Braun. Sarah Montard témoigne et transmettra jusqu’à sa mort dit-elle…

Une séance remarquable, une salle comble (200 élèves de tous les quartiers de Paris), un “silence habité” dès les premières images de ce film bouleversant magnifiquement adapté du livre de Tatiana de Rosnay…Applaudissements et émotion générale à l’issue de la projection.

Le témoignage poignant de notre débattrice, arrêtée à l’âge de 14 ans (elle raconte cette journée de terreur lorsqu’elle et sa mère furent emmenées avec violence au Vel d’Hiv), bouscula quelques certitudes des élèves. Son évasion exceptionnelle du Vel d’Hiv, sa nouvelle arrestation 2 ans après sur dénonciation, sa déportation à Auschwitz pendant un an, la marche de la mort, le typhus, sa rencontre avec Anne Frank, tout ce parcours hallucinant a secoué l’ensemble des élèves qui ont eu envie d’en savoir d’avantage :

— Comment vivez-vous tout cela ?

— Avez-vous pensé au suicide après ?

— Aucun être humain ne pourrait vivre ce que vous avez vécu !

— Comment continuer de vivre en France en sachant que ce sont des Français qui vous ont trahie et arrêtée ?

— Faut-il tourner la page ? etc…

S.M.: Nous avons tous été choqués effectivement. Pendant 40 ans, je n’ai pas parlé, comme bien d’autres, nous nous sommes tus. Le film La mémoire meurtrie, a été interdit en France pendant 40 ans, mémoire meurtrie par les actes inhumains et aussi par le silence imposé ! Mais vous savez, j’ai toujours eu le désir d’avancer, l’optimisme m’a gagnée et aidée (théorie du verre plein), mais soyez toujours attentifs à toute forme de discrimination quelle qu’elle soit, qui entraîne la haine et la violence. Applaudissements des élèves

Sarah Montard a su toucher le cœur des enfants qui vivent, pour certains, encore actuellement des situations discriminatoires. Elle a su leur faire passer de nombreux messages de paix et de résistance : On peut toujours désobéir aux ordres lorsqu’ils sont ignominieux, faisant référence aux policiers français du 16 juillet 1942. Ne pas tourner la page car l’histoire se répète, tout le monde est concerné : hier les juifs, aujourd’hui les arabes et les noirs, demain les blonds aux yeux bleus…la haine est une imbécilité, une horreur, mais non je ne ressens pas de haine, sinon je serais assimilée à mes bourreaux ! Mais je n’oublie pas, j’ai appris à vivre avec Auschwitz !

La salle fut alors à son comble de sidération mêlée d’une grande admiration pour cette femme hors du commun.

Rappel : Déportés résistants : 40% de survivants

Déportés juifs : 3% de survivants

En France :76 000 déportés, 2 500 survivants.

Vient de paraître Chassez les papillons noirs  de Sarah Lichtsztejn-Montard dans la collection Témoignages de la Shoah, à lire absolument !

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 15 novembre 2012

9 janvier 2013

El_Havre-934517564-largeLE HAVRE

Thème : l’immigration

Débatteur : Bernard Jouanneau

On boit et on fume beaucoup dans ce film. Mais tout le monde est si gentil. Le gentleman clochard recueilli par l’étrangère au grand cœur, victime de son excès de tabac. Les commerçants voisins qui ferment les yeux sur les chapardages du clochard et qui l’aident à sauver un charmant jeune noir sans papiers. Caché avec une centaine d’autres dans la cale d’un bateau, il vient de débarquer au Havre. Il rêve de rejoindre sa maman qui a déjà réussi à gagner Londres. Son gentil grand-père a moins de chance : il est bouclé dans un centre de rétention.

Le chef de la police, magnifiquement interprété par Jean-Paul Darroussin, est d’un courage exemplaire : au risque de sa carrière, il va participer à la cache du jeune noir et à son évasion. Toujours là pour poursuivre délinquants, trafiquants ou autres malfrats, il se refuse à mettre la main sur un enfant dont le seul tort est d’être sans papiers.

Deux cent élèves étaient venus de tous horizons, les beaux quartiers et aussi les autres, moins favorisés, qui connaissent au quotidien les regards inquisiteurs et l’importance des papiers en règle. Ce si beau film les a profondément touchés. Ils avaient visiblement déjà beaucoup réfléchi au sujet avec leurs professeurs. Leurs questions sont précises, sur les droits et devoirs des immigrés, sur l’accueil et la défense des “sans papiers”, sur la lutte contre le racisme. Notre président, Me Bernard Jouanneau, expose avec sa clarté habituelle les lois de la République, en particulier la loi de 1972 qui vise à réprimer les incitations au racisme.

Léopold se demande comment se situe la France en Europe pour l’accueil des étrangers.

Pendant longtemps, explique Me Jouanneau, par tradition républicaine, la France était un modèle. Mais les circonstances actuelles avec la crise et le chômage ont rendu chaque pays plus circonspect. Comme l’avait déjà dit Michel Rocard, la France ne peut accueillir toute la misère du monde. Et maintenant, en Europe, la France se situe dans une triste moyenne. En 2011 il y avait eu environ 35.000 reconduites à la frontière.

Lætitia est applaudie quand elle se désole qu’on en soit encore là au XXIème siècle. Me Jouanneau l’approuve tout en rappelant les difficultés engendrées par la crise mondiale. Il note toutefois une amélioration de taille : depuis le mois de juillet dernier, aider un étranger sans papiers n’est plus considéré comme un délit. De même, l’évolution de la garde à vue qui s’appelle maintenant, pour les sans-papiers, la retenue. Elle ne dépend plus de la police mais de la justice et ne peut excéder une durée de 16 heures.

En guise de conclusion, deux adhérentes de Mémoire 2000 prennent la parole :

Marie-Claude Godon, cinéaste, a un mot d’espoir. Elle constate que, depuis une dizaine d’années, les acteurs noirs sont de plus en plus prisés, non plus dans des rôles caricaturaux, mais tout simplement comme des représentants de la France plurielle.

Joelle Saunière insiste sur le fait qu’il y a presque autant de Français à l’étranger que d’étrangers en France. Ces étrangers, pour la plupart, travaillent et paient leurs impôts. Ceci montre à quel point la France peut et doit rester une terre d’accueil.

Tonnerre d’applaudissements de la part des élèves.

Allons, soyons optimistes, la jeunesse qui monte sera là pour que la France de la Révolution redevienne un phare pour les pays d’Europe.

Hélène Eisenmann


Le témoignage de François (Lycée Condorcet, Paris)

3 octobre 2012

Voyage à Izieu

Je n’ai jamais été particulièrement doué pour dire ce que je pensais de ce que je voyais, ou même pour m’exprimer à propos de sujets qui impliquent un engagement personnel.

Nous sommes arrivés là-bas le 5 mai 2009 au matin, un peu anxieux de ce que nous allions découvrir, mais pas non plus totalement abattus. On attendait de voir la maison.

L’exposition par laquelle nous avons débuté devait nous expliquer le contexte, et n’avait pour but que de nous transmettre un certain nombre de connaissances nécessaires à la compréhension de ce que nous allions voir quelques temps plus tard. Ainsi, un nombre important de panneaux concernant la situation en France et en Allemagne, ainsi que les différents contextes, y étaient entre autre exposés. Après une visite complète de «La Grange», lieu de l’exposition, nous nous sommes dirigés, avec notre guide, Pierre-Jérôme Biscarat, jusqu’à la maison proprement dît, là où ces enfants vivaient, pas vraiment cachés, mais pas vraiment libre de se montrer non plus Cette grande bâtisse était désignée comme «lieu de mémoire», par les plus habitués du site, au contraire de la place précédente, considérée, comme plus historique que mémorielle.

Une fois à l’intérieur de la maison, nous avons été libre de nous y déplacer comme bon nous semblait. Une mise en scène relativement simple qui se voulait plus représentative que réaliste nous entourait, alors que nous étions observés par les 44 portraits des enfants. Les pièces n’étaient pas complètement reproduites, et seule la mise en place des objet était respectée. Les sièges vides de la salle de classe étaient les uniques témoins de l’absence des élèves que la rafle avait provoquée. Au final, un résultat plutôt impressionnant. Pourtant, j’étais plutôt gêné. Autour de moi, tous les autres élèves de ma classe, ou la plupart, étaient tristes, parfois pleurant, alors que moi, loin de m’en moquer, je n’arrivais pas à éprouver de la douleur. J’étais impressionné, mais je n’ai pas ressenti de tristesse.

S’en est suivi la présentation d’une vidéo, nous montrant principalement les images d’archives issues du procès de Klaus Barbie, le responsable de la rafle d’Izieu. Encore une fois, la reconstitution fut plus choquante qu’autre chose et les images sont restées. Certaines personnes ont été très marquées, d’autres moins, mais au fond, je pense que chacun a pris pleinement conscience à ce moment précis, s’il ne l’avait pas déjà fait plus tôt, de la réalité de cette rafle.

Le lendemain s’est déroulé lui en deux parties. La matinée, après une marche dans les alentours du sites, nous sommes retournés à la maison, dans la salle de projection de la veille, dans le but de consulter à nouveau des images d’archives, à propos des camps d’internements français, ainsi que, plus largement, de l’antisémitisme du régime de Vichy. Elles furent expliquées une nouvelle fois par Pierre-Jérôme Biscarat. Des informations plutôt intéressante, qui m’ont permis en tout cas de porter un nouveau regard sur les systèmes d’internement présents en France à cette époque. Ceci occupa tout le matin, qui fut suivi d’un long déjeuner sur le site-même de la maison d’Izieu, avant de reprendre le car en direction de Lyon.

Arrivé au C.H.R.D. (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation) de la ville de Lyon, nous avions pour programme la consultation de l’exposition permanente, qui traitaient directement des sujets étudiés précédemment. Ainsi, une exposition, dont la scénographie, plutôt bien réalisée, m’a permis d’élargir encore un peu plus mes connaissances de cette période de l’Histoire de France, au travers de nombreux documents, essentiellement vidéos.

Enfin, en dernier lieu, et pour clore ce voyage à Izieu, le C.H.R.D. de Lyon nous a proposé une sorte d’atelier, où, par groupe de 5 ou 6, nous devions analyser une affiche de propagande française ou allemande des années 1939-1945. Bien que cette partie fut celle m’ayant le moins intéressé, elle nous permit quand même de réfléchir sur les moyens que se donnait le gouvernement de Vichy pour tenter de convaincre la population française, et elle nous permit de plus de confronter nos idées et nos arguments, qui étaient beaucoup plus différent de ce que j’imaginais.

Ce voyage de deux jours aura finalement été plutôt bien rempli, tant au niveau du volume d’informations apprises, qu’au niveau des souvenirs et des morceaux de mémoire soulevés. Pour ma part, cette mémoire n’a pas suscité de violentes émotions, comme cela a été le cas pour certains, bien qu’une part de ma famille ait été directement concernée par ce conflit, et par la violence de l’antisémitisme des deux régimes allemands et français. J’en ai probablement tiré quelques leçon, j’en ai tiré de l’intérêt, et je pense que je me souviendrais de ce voyage, sans que les souvenirs associés m’en soient pour autant douloureux.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que ce voyage, bien qu’un peu court selon moi, aura été plutôt bénéfique, aussi bien au niveau individuel, pour chaque élève, qu’au groupe dans son ensemble.

Merci.


Journal de Juillet 2012: Mémoire 2000 fête ses 20 ans!! On se souvient…

3 septembre 2012

C’était au siècle dernier, en 1992, nous étions une “petite bande” de militants venue d’une autre association (la LICRA) qui avons, pour des raisons diverses, décidé de créer une nouvelle association et de voler de nos propres ailes en quelque sorte…

20 ans après, (presque) toujours bon pied, bon œil, nous poursuivons notre action.

Plagiant Pérec (seul le talent est copié), nous vous livrons ici, les souvenirs de quelques uns de nos militants…

De la naissance…

Je me souviens, c’était le printemps, nous étions une petite quinzaine de personnes enthousiastes et déterméinées à faire mordre la poussière au racisme, en décidant de créer, sous la houlette de Bernard Jouanneau, une nouvelle association.

Je me souviens des réunions ani-mées, passionnées, voire hoûleuses, qui ont présidé à la naissance de nos statuts et des longues soirées passées à l’élaboration de notre action.

Je me souviens de l’énergie déployée pour essayer, souvent en vain, de convaincre des partenaires du bien fondé de cette action.

Je me souviens du plaisir que nous éprouvions à nous retrouver et à pas-ser, sans compter, des heures à débat-tre avec ferveur.

Je me souviens de l’effervescence intellectuelle qui régnait dans ces réu-nions où la confrontation des idées nous rendait plus intelligents, et de la folle énergie qui s’en dégageait.

Je me souviens de notre farouche volonté de donner à cette association un caractère inédit par les méthodes employées pour dénoncer et “vaincre” le racisme.

Bref j’ai aimé cette naissance. Et même si les années nous ont (un peu) fatigués, je suis heureuse que nous soyons encore là 20 ans après avec le même enthousiasme et la même détermination qu’au premier jour, à combat-tre le racisme et toutes les atteintes aux droits de l’homme.

Fière que Mémoire 2000 ait été beaucoup imitée.

Contente d’avoir participé à cette belle aventure.

L’état du monde ne nous permettant pas d’arrêter, je sais que nous serons là pour de nombreuses années encore et toujours aussi vindicatifs …

Lison Benzaquen

***

Des voyages…

Je me souviens à Drancy, de notre chère Francine Christophe montrant son étoile jaune à des élèves médusés.

Je me souviens de notre départ pour visiter Oradour où l’un de nos élèves s’est fait contrôler par la police, n’avait pas ses papiers en règle et a été empêché de partir avec nous. Son professeur était bien sûr resté à ses côtés !

Je me souviens lors de ce même voyage du témoignage de deux survivants, qui on pu s’échapper de la tuerie en rampant sous les cadavres des hommes du village, fusillés dans la grange.

Je me souviens des jeunes élèves de premier cycle entonnant le chant des partisans et un autre que je ne connaissais pas, “Le petit garçon qui avait une étoile à la place du cœur”, dans le car qui les ramenait de la visite de la Maison des Enfants d’Izieu. Et je me souviens de leur émerveillement lorsqu’ils avaient traversé la ville de Lyon qui leur avait semblé si belle ! Ils n’avaient pas eu beaucoup l’occasion de sortir de Paris.

Je me souviens de l’air si grave des jeunes sur l’étroit chemin qui, sur le Mont Valérien, va de la chapelle où les résistants condamnés ont passé leur dernière nuit et la clairière où sont encore dressés les poteaux auxquels ils étaient liés avant d’être fusillés.

Je me souviens de ces magnifiques témoignages d’un grand résistant normand, Jacques Vico, lors de visites au Mémorial de Caen.

Je me souviens enfin de notre beau voyage au Camp du Struthof où des élèves de l’Ecole Alsacienne avaient pu rencontrer d’autres élèves venant d’un lycée de Forêt Noire.

Je me souviens de tous ces voyages dont je veux croire que nombreux seront ceux parmi les jeunes qui en garderont la mémoire…

Claudine Hanau

***

Des séances…

Certaines de nos projections de films nous touchent plus que d’autres: le thème, les questions des élèves, les prestations des témoins ou des débat-teurs, tout cela peut marquer nos mémoires de façon indélébile.

Je me souviens de la séance consacrée au merveilleux film Va, vis et deviens, de Radu Mihaïleanu: après l’avoir mitraillé de questions, les élèves (c’étaient des terminales) s’étaient lit-téralement rués sur lui pour le féliciter, lui parler, le toucher, lui dire leur admiration. Jamais je n’avais vu une telle ferveur! Quand, après de très longues minutes, il nous fut enfin possible de l’approcher, il nous dit sa surprise, son émotion…et aussi son bonheur.

Je me souviens de mon ami Elie Buzyn, témoin et débatteur d’un film sur la Shoah, déporté à 11 ans à Buchenwald puis à Auschwitz. Quand un élève lui demanda pourquoi il avait une tendresse toute particulière pour les gens âgés, il eut une réponse qui bouleversa tout l’auditoire : “C’est parce que je n’ai pas eu le bonheur de voir mes parents vieillir, ou simplement être malades”. Pour la simple et terrible raison que ses parents furent gazés et son jeune frère abattu sous ses yeux par les nazis, et ceci dès leur arrivée à Buchenwald.

Je me souviens encore de la projection récente d’un film sur la guerre d’Algérie: mon ami Daniel Rachline, avec qui je devais assurer le débat (nous étions deux anciens de cette sale guerre), fut littéralement submergé par l’émotion, et ne parvint pas à pronon-cer une seule parole pendant plusieurs minutes. Et puis, tout rentra dans l’ordre, et Daniel put enfin s’exprimer et répondre aux questions pertinentes des élèves. Mais combien cette réaction, cette émotion, était légitime et compréhensible! Le seul fait d’évoquer cette fichue guerre faisait remonter à la surface tant et tant de choses vécues, endurées et enfouies…plus ou moins volontairement…

Enfin, je me souviens, au terme de cette même projection d’un film sur la guerre d’Algérie, de ces deux jeunes Algériens venus me dire leur bonheur de me savoir né, tout comme eux, sous le merveilleux soleil d’Alger, et m’inviter chaleureusement à y retourner: “C’est chez vous, monsieur, vous êtes là-bas chez vous, allez-y, vous verrez, vous y serez bien reçu”. Je n’en doute pas, et je pense que je vais finir par y aller. Ne serait-ce que pour leur faire plaisir, ils y mettaient tant de cœur!

Mais c’est égal: quand on éprouve de pareilles émotions, quand on côtoie ces jeunes qui, comme nous nous plaisons à le leur dire, constituent la France de demain, on ne peut qu’être heureux d’appartenir à une Association comme Mémoire 2000, et d’apporter ainsi sa toute petite pierre à la construction d’un monde (que nous espérons) meilleur.

Guy Zerhat

 


Journal de Juillet 2012: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 12 Janvier 2012

3 septembre 2012

Film projeté : QUEIMADA

Thème : l’esclavage

Débattrice : Christiane Taubira

Quittant la salle où ses élèves de seconde venaient d’assister à la projection de ce film qui décrit avec tant de force la colonisation et l’esclavage dans une île des Caraïbes, leur professeur a déclaré:   Grâce à Mémoire 2000, ces jeunes voient des films qu’ils n’auraient jamais l’occasion de voir dans toute leur vie !

Ils n’auront sans doute pas non plus l’occasion d’avoir devant eux pour répondre à leurs questions un député de la République…C’est en effet Mme Christiane Taubira, devenue depuis Garde des Sceaux, qui a aimablement accepté de mener le débat.

Ce très beau film de Pontecorvo montre comment étaient traités les esclaves, enchainés, fouettés, et exploités par les riches colons tandis que la population de l’île mourait de faim.

Un des leurs, sollicité par un envoyé de l’Angleterre (à noter que ce personnage énigmatique est remarquablement joué par …Marlon Brandon) qui cherche à évincer les Portugais au pouvoir dans l’île, prend la tête de la révolte mais capitule rapidement devant les forces armées et poursuit une révolte désespérée avant d’être exécuté par le pouvoir en place.

Un film assez complexe mais qui n’a pas découragé les élèves. Ainsi dès le début du débat, Charles a trouvé que la liberté réclamée par les esclaves faisait penser aux révolutions qui ont eu lieu dans les pays arabes…

On note un peu de racisme dans certaines questions ou plutôt une certaine incompréhension. Par exemple une élève demande s’il y avait une civilisation noire avant celle des blancs ? Notre débattrice explique alors comment des royaumes africains avaient au temps du Moyen Age en Europe atteint un grand degré de culture et d’organisation politique. Comment aussi plus tard, au Brésil, à la suite de grandes révoltes furent fondées les “Quilambos”, villes libres organisées selon le modèle européen.

En conclusion du débat, elle précise ce qu’a représenté la traite des esclaves, et comme, alors qu’elle avait été interdite après 1815, elle a pu continuer à exister presque jusqu’à la fin du siècle…

Mme Taubira conclut en insistant sur le rôle de “passerelle” qu’elle entend jouer entre les jeunes générations, poursuivant sans cesse son travail de liaison, se rendant trois fois par mois en Guyane dont elle est la représentante.

Espérons que ce matin d’avril a vu un petit bout de passerelle se construire …

Claudine Hanau


Journal de Juillet 2012: compte-rendu de notre séance Cinéma-débat du 31 mai 2012

3 septembre 2012

Film projeté : Le combat d’un homme

Thème : le Goulag

Débatteur : Marc Elie, historien

Témoin : Sonia Pancer

Marc Elie, chercheur au CERCEC (CNRS-EHESS), spécialiste de l’URSS, introduit le débat en resituant le film dans le contexte de l’époque: la guerre froide entre le bloc occidental et le bloc oriental. Il précise que ce n’est pas un film sur le Goulag à proprement parler mais sur la révélation du Goulag par Soljénitsyne. Tout le film est construit autour de la figure de Soljénitsyne et de son combat contre les instances officielles du parti communiste au pouvoir pour obtenir la publication de ses écrits.

Curieusement, Khrouchtchev en personne, alors premier secrétaire du parti communiste, autorisera la publication de son premier livre, Une Journée d’Ivan Denissovitch, qui décrit la vie dans les camps du Goulag. Devant la vague d’indignation soulevée par la découverte de la réalité des camps, il interdira toute autre publication des œuvres de Soljénitsyne. C’est en Occident que celles-ci paraîtront. Les éditeurs français de Soljénitsyne sont interviewés longuement dans le film. Ils nous brossent le tableau de la situation en France, le retard des intellectuels de gauche et communistes à reconnaitre le Goulag (“la cécité de l’intelligence”). Il faudra, non seulement le rapport Khrouchtchev en 1956, mais aussi l’écrasement de la révolte en Hongrie puis celle du Printemps de Prague pour que certains commencent à se poser des questions.

Puis notre témoin, Sonia Pancer, raconte l’épopée de sa famille. Juifs polonais, ils fuient la Pologne vers l’Est lorsque celle-ci est envahie par Hitler. Mais les Russes arrivent justement par l’Est et font déporter tous les Juifs en Sibérie. Les conditions de vie y sont terribles, le froid peut atteindre -40°. Grâce à la force et au courage de son père mis au travail forcé dans une mine de plomb, et à sa mère qui fait de la couture pour les femmes des surveillants, toute la famille survit. Après quelques mois de ce régime, les Juifs sont transférés en train en…Ouzbékistan. Après la guerre, la famille retourne en Pologne pour constater qu’ils ont perdu tous leurs biens et que les Polonais sont aussi antisémites qu’auparavant. Un long périple les mène enfin en France qui deviendra leur patrie, où ils découvrent les bienfaits de la laïcité et de la liberté. Sonia Pancer conclut en insistant auprès des élèves sur la grande chance que nous avons de vivre en France.

S’instaure ensuite un débat très animé. Les élèves posent des questions très pertinentes, en particulier sur la personnalité de Soljénitsyne dont ils connaissaient peu le rôle, le parcours et les œuvres, et sur le Goulag avec ses millions de morts.

La séance se terminera par la projection d’une interview de Soljénitsyne qui contribuera à fixer pour eux les détails de cette période si tragique du XX ème siècle.

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2012 : compte-rendu de notre séance du 16 février 2012 sur le film « Lucie Aubrac »

18 avril 2012

Lucie et Raymond Aubrac

Obligés “au pied levé” de remplacer le film Blanche et Marie qui avait été choisi pour illustrer le thème “les femmes dans la Résistance”, la pellicule étant défectueuse, nous avons projeté le beau film de Claude Berri consacré à Lucie Aubrac.

En préambule, nous avons Françoise Flieder et moi, désignées comme animatrices de la séance, donné quelques explications sur le rôle des femmes dans les mouvements de résistance.

Il faut reconnaître qu’elles ne représentaient que 10 à 20% des effectifs luttant en France contre l’ennemi. Pourquoi ce nombre relativement faible qui pourrait étonner les élèves d’aujourd’hui ? Le rôle de la femme à cette époque était très différent de celui qu’elles jouent de nos jours.

Elles étaient peu nombreuses, certes, mais très actives. Combien d’entre elles ont transporté des courriers compromettants, des tracts, parfois des armes, souvent à bicyclette et combien d’entre elles ont été arrêtées, torturées, assassinées ou déportées.

C’est d’ailleurs une des premières questions posées par les élèves : “qui étaient ces femmes de l’ombre ?”

Parmi les autres questions, on relève : “qu’est devenu Barbie après la guerre ?”, “comment Lucie Aubrac a-t-elle pu pénétrer par deux fois dans les locaux de la Gestapo et y rencontrer certains de ses chefs”, “que sont devenus les résistants qui avaient aidé Lucie à libérer son mari?”, et aussi une question posée par un professeur, “comment se fait-il que René Hardy n’ait pas été condamné à l’issue des deux procès qui lui ont été intentés après la guerre ?”, un autre élève pose une dernière question : “comment pouvait-on reconnaître les juifs parmi ceux qui étaient arrêtés ?”…

J’espère qu’ils retiendront de ce film le courage incarné par l’une des héroïnes de la Résistance, qui n’a pas cessé ensuite de témoigner auprès de centaines de jeunes lycéens et collégiens.

Mais il n’y avait pas que des héroïnes…Il y avait aussi ces femmes de l’ombre, à l’instar de ce professeur d’anglais qui devant les yeux ébahis des élèves de 6ème(j’en étais…), lors du premier cours de l’année, voulant leur montrer comment on écrit la lettre W dans cette langue, a pris sa craie et a écrit “Winston” sur le tableau noir.  J’ai appris bien plus tard qu’elle et sa sœur étaient mortes en déportation pour faits de résistance…

C’était à Lyon en 1942…

Claudine Hanau

 

 


Journal d’Avril 2012: compte-rendu de la séance du 15 mars 2012 « L’honneur d’un capitaine » de Pierre Schoendoerffer

18 avril 2012

Un hommage à

Pierre Schoendoerffer (1928-2012), romancier et réalisateur français

, mort à l’âge de 83 ans, la veille du jour de notre projection : L’honneur d’un capitaine, c’est ainsi qu’a commencé cette séance jeudi 15 mars 2012. Un film chargé d’émotion surtout pour nos témoins qui se sont retrouvés plongés 50 ans en arrière avec  toutes les blessures qu’ils pensaient cicatrisées mais encore intactes.

Emotion également pour les élèves qui avaient du mal à comprendre comment les “appelés du contingent” s’étaient laissés embarquer dans une guerre aussi terrible qu’incompréhensible. Après un bref rappel de la conquête de l’Algérie en 1830 par les français, Guy Zerhat exprime ô combien cette guerre  aurait dû être évitée, il cite Camus “Voyage en Kabylie” : ce peuple crève de faim, ils mangent des racines, si ça continue, ils se révolteront. Ils se sont révoltés en effet!

Elèves et professeurs avaient beaucoup de questions sur la torture :

—Que saviez-vous sur la torture?

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Journal d’Avril 2012: une visite au mémorial de Caen

18 avril 2012

Voyage de Mémoire 2000 avec des élèves de terminale en février 2012

Près de 200 élèves de terminale ont visité, le 3 février dernier, le superbe Mémorial sous l’égide de Mémoire 2000. Une journée très fructueuse dans ce musée, peut-être un peu trop riche. La très grande quantité de documents présentés multiplie les salles, ce qui rend la visite un peu confuse. La partie consacrée à l’après-guerre mériterait à elle seule, un musée. Une visite indispensable, cependant!

C’est au cœur de l’hiver que toute une promotion de première se rend dans ce haut lieu de la Mémoire. Le temps est beau et le froid sec, ce qui confère une dimension supplémentaire à la solennité de cet endroit qui nous accueille avec une inscription qui rappelle la douleur de la guerre mais aussi l’espoir et le courage de ceux qui se sont battus ou sont morts pour la liberté. Les élèves déambulent dans cet immense hall d’entrée qui donne le ton à ce conflit apocalyptique qui a endeuillé une nouvelle fois le siècle.

Albert, élève de première scientifique, nous livre ses impressions à l’issue de la visite qui dure la journée. “J’ai passé une journée émouvante au Mémorial de Caen qui m’a permis de redécouvrir et de mieux comprendre les conflits qui ont marqué le XXe siècle. De la Première Guerre mondiale à la chute de l’URSS, ce musée nous retrace l’intégralité du siècle le plus marquant de l’histoire. En plus d’être enrichissante, ce fut également une sortie bouleversante : j’ai été bouleversé par les films très courts dédiés aux témoignages d’habitants ayant assisté à l’exécution de Juifs par exemple : ils étaient tout simplement poignants ! Bref, en d’autres termes, ce musée est tout simplement incontournable et j’y retournerais volontiers!”

 Mémoire 2000


Visite à Izieu et au CHRD de Lyon, les 5-6 mai 2009

18 avril 2012

Les 5 et 6 mai 2009, Mémoire 2000 a amené une classe du lycée Condorcet à la Maison des Enfants d’Izieu et au Centre d’histoire sur la résistance et la déportation de Lyon.


Un grand merci à Pierre-Jérôme Biscarat et à toute l’équipe du Mémorial qui font un travail remarquable : ils reçoivent plus de 16 000 jeunes visiteurs par an.

A lire le livre de P.J. Biscarat Dans la tourmente de la Shoah – Les enfants d’Izieu (Michel Lafon) :

1943. Des enfants juifs, venus de toute l’Europe, trouvent refuge dans une colonie à Izieu, un petit village sur les contreforts du Jura, à quatre-vingt-dix kilomètres de Lyon. L’année suivante, le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants et leurs sept éducateurs sont arrêtés par la Gestapo locale, sur ordre du SS-Obersturmführer Klaus Barbie. Le 13 avril, ils sont déportés à Auschwitz. Aucun des enfants ne reviendra. Ils sont gazés le 15 avril. Le plus jeune, Albert Bulka, n’avait pas encore cinq ans ; le plus âgé, Arnold Hirsch, venait tout juste de fêter ses dix-sept ans.

Voici quelques témoignages des participants à ce voyage de mémoire :

Compte-rendu des accompagnateurs Mémoire 2000 :
Joëlle Saunière
Claudine Hanau

Témoignages d’élèves :
Eugénie
François
Lauriane
Léonore
Paul
Sixtine
Extraits de divers autres élèves

Sites pertinents :
Lycée Condorcet
Maison des Enfants d’Izieu
CHRD

Photos:


Séance du 12 novembre 2009 : Les Citronniers

18 avril 2012

Travaux d’élèves

Séance du jeudi 12 novembre 2009
Les Citronniers
Réalisé par Eran Riklis

C’est toute l’histoire du conflit du Moyen-Orient qui s’inscrit en filigrane dans Les Citronniers, le très beau film du réalisateur israélien Eran Riklis.

Une veuve palestinienne vit en Cisjordanie, juste à la limite de la frontière avec Israël, de l’exploitation de la culture des citronniers que lui ont laissé ses parents, avec l’aide d’un vieux jardinier arabe qui la considère comme sa fille.

De l’autre côté de la frontière, vient s’installer le ministre israélien de la Défense avec sa famille, et tout va changer, car il craint que des terroristes ne se cachent parmi les citronniers qu’il veut donc faire abattre.

Sa femme qui apprend le sort réservé à sa voisine est horrifiée. La veuve se rebelle et avec l’aide d’un jeune avocat (qui tombe amoureux d’elle) décide d’aller devant la Cour suprême pour demander que justice soit faite.

Malheureusement les arguments du ministre israélien sont les plus forts . Le jeune avocat se fiance, les citronniers seront tous arrachés et la femme du ministre, écoeurée par le sort réservé à la Palestinienne, repart vers Tel-Aviv.

Nous avons eu la chance d’avoir comme débatteur Monsieur David Chemla, président des Amis de la Paix Maintenant en France, qui non seulement connaît parfaitement Israël et les conflits qui s’y rattachent mais en revient tout dernièrement, ce qui a beaucoup intéressé nos spectateurs qui venaient de différents milieux, comme à l’accoutumée.

Suite à cette projection, nous avons reçu quelques textes rédigés par les élèves de la classe de 3ème A collège Pierre de Ronsard (Paris 17ème), que nous avons le plaisir de reproduire ici. Le thème proposé par leur professeur était le suivant : Salma et Mira se rencontrent et peuvent enfin se parler. Imaginez leur conversation.

Louise R.
Mathieu B.
Ilan A.


Journal d’Avril 2011 : compte-rendu de la séance du film « Marga » de Ludi Boeken

5 avril 2011

MARGA

Séance du 3 Février 2011

Thème : Les Justes

Débatteur : Ludi Boeken.

“J’ai voulu faire Marga pour montrer qu’il peut exister une once d’humanité au sein de l’enfer” Ludi Boeken.

Film remarquable, débatteur hors du commun, tels ont été les commentaires des professeurs et des élèves qui assistaient à la projection de Marga suivi d’un  débat animé par le réalisateur, Ludi Boeken.

Ce film, merveilleuse adaptation du livre de Marga Spiegel publié en 1965 sous le titre “Retter in der Nacht” (Sauveurs dans la nuit) est un hommage rendu aux familles des fermiers allemands, qui ont eu le courage de cacher pendant toute la guerre leurs compatriotes juifs.

Ce récit authentique, montre que si on voulait, on pouvait. Il jette une terrible culpabilité sur la majorité des Allemands qui est restée silencieuse et passive en laissant faire des crimes abominables.

Pourquoi avoir réalisé ce film fut la première question posée par un élève qui permit à Ludi Boeken, de nous raconter avec beaucoup d’humour, de passion et moult anecdotes truculentes la réalisation du film. Impressionné par le livre que Marga avait écrit sur son histoire pendant la guerre, un producteur allemand lui a demandé s’il accepterait de faire un film car il était impossible de trouver un réalisateur allemand, les jeunes étant encore obnubilés par le passé nazi de leur pays qu’ils voulaient effacer à tout prix. Il fallait donc un regard extérieur. Le film a eu un très grand succès en Allemagne ainsi qu’en Israël.

Pourquoi cette famille juive persécutée est-elle restée dans une Allemagne nazie au lieu de fuir, a demandé un professeur? Menne Spiegel, comme tous les juifs Allemands était extrêmement attaché à l’Allemagne, à sa langue, ses coutumes et sa culture; de plus, en tant qu’ancien combattant de la guerre de 14-18 et décoré de la Croix-de-Fer, il pensait être épargné par la chasse aux juifs. C’est pour toutes ces raisons qu’il refusa de partir en Palestine comme le souhaitait Marga.

Marga et sa fille Karin ont été cachées pendant trois ans chez des fermiers, les Aschoff, tandis que Menne est resté terré dans le grenier d’un autre paysan. L’hostilité, au début, de certains membres de la famille Aschoff, intrigue un élève.

Le débatteur lui explique que lorsque Heinrich Aschoff décide seul et sans en avertir sa famille de cacher au péril de leur vie Marga et Karin, sa femme Anni et sa fille se sont violemment rebellées. Tous les Aschoff étaient de farouches adeptes du nazisme: le fils, soldat de la Wehrmacht, fut tué sur le front russe et la fille était un membre actif et convaincu de la jeunesse hitlérienne. Cependant, au fur et à mesure que le temps a passé et que le sort des juifs devenait de plus en plus dramatique, le comportement d’Anni et de sa fille s’est progressivement modifié jusqu’à devenir tout à fait amical et chaleureux. Cette attitude était d’autant plus louable, qu’à cette époque, à la différence des pays occupés, aucun Allemand ne pensait que la chute de Hitler puisse arriver. Lorsqu’ils cachaient des juifs, c’était donc, dans leur esprit, pour la vie et sans possibilité de retour.

A la question suivante concernant l’attitude étrange de Menne à la libération, Ludi Boeken répond que Menne a été traumatisé par les trois années qu’il a passées caché dans un grenier sans jamais sortir. A sa libération, il fit une grave dépression. Le réalisateur a voulu accentuer cet aspect afin de symboliser, à travers ce personnage, les effets néfastes des traitements subis par toutes les victimes déportées ou non, les otages les prisonniers…  il a insisté sur le traumatisme de toutes ces personnes qui ont perdu leur identité et qui ressentent toujours un sentiment de culpabilité pour avoir survécu alors que tous les autres sont morts.

Quelles ont été les relations de Marga avec les Aschoff et particulièrement avec Anni après la guerre? Marga et Menne sont restés vivre en Allemagne à Ahlen et les Aschoff sont devenus leur vraie famille; il s’est créé des rapports extrêmement forts entre les deux femmes. Karin est partie s’installer aux Etats-Unis où elle a travaillé comme traductrice à l’ONU et a fondé un foyer.

Les noms de tous les membres de la famille Aschoff, ainsi que ceux des autres fermiers allemands qui ont sauvé les Spiegel, sont immortalisés comme “Justes parmi les nations” sur le mur d’honneur du Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

Françoise Flieder