Changement de programme pour notre séance du 18 décembre prochain avec un film suivi d’un débat sur la guerre de 1914-1918

29 novembre 2018

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Mardi 18 décembre 2018

Thème : Centenaire de la guerre 1914-1918

Film : Joyeux Noël

Réalisateur : Christian Carion 

Genre : Drame historique,  2005,  124 minutes

 

Projection au Cinéma Le Saint Germain des Prés, dans la salle Beauregard, au 22 rue Guillaume Apollinaire, 75006 Paris.

 

Résumé du film : 

Lorsque la guerre surgit à l’été 1914, elle surprend et emporte dans son tourbillon des millions d’hommes chargés chacun d’une histoire particulière.

Et puis arrive Noël, avec sa neige et son cortège de cadeaux des familles et des Etats majors.

Mais la surprise ne viendra pas des colis généreux qui jonchent les tranchées françaises, écossaises et allemandes…


Journal d’Octobre 2018 : Parc de Choisy, Parc de mémoire

29 novembre 2018

A deux pas de la mairie du XIII°, sur l’avenue de Choisy, à l’arrière du lycée Claude Monet, le promeneur peut trouver dans le parc de Choisy, un site de mémoire.

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Stèle à la mémoire des victimes des Khmers rouges dans le parc de Choisy à Paris

Le 17 avril 2018, a été inauguré, dans le parc de Choisy, un monument “à la mémoire de toutes les victimes des crimes contre l’humanité commis par les khmers rouges au Cambodge (1975-1979)”.

À droite de l’entrée principale du parc, une plaque de verre est dévoilée, on distingue un groupe fuyant une ville. Une femme marche en avant, un enfant à la main, portant une charge sur la tête. Evocation de la chute de Phnom Penh le 17 avril 1975.

Ce jour-là, les Khmers rouges prennent le pouvoir après cinq années de guerre. L’après-midi du 17 avril 1975, les soldats de l’Angkar (Parti communiste du Kampuchea) font évacuer dans l’urgence et dans des conditions dramatiques toute la population de Phnom Penh, environ deux millions de personnes. Plus de 15 000 malades sont tirés des hôpitaux, plus de 10 000 personnes vont trouver la mort, lors de cette évacuation. Puis, en quatre années de pouvoir, le régime de Pol Pot va anéantir deux millions d’individus, un cinquième de sa population. Le régime khmer rouge déporte à la campagne les habitants des villes, car pour l’Angkar, les citadins sont des ”exploiteurs” qui ont profité d’une vie facile pendant que les paysans souffraient des guerres. Il s’agit donc de les rééduquer en les mettant au travail dans les rizières. Les intellectuels sont menacés, posséder des livres est suspect. La quasi-totalité des photographes de presse disparaissent durant la dictature khmère rouge.

Après le départ des Khmers rouges, la mémoire des crimes se constitue : des ossuaires témoignent de l’horreur subie par le peuple cambodgien.  Le musée du génocide, Tuol Seng, ancienne prison S-21 ouvre ses portes en 1980. Tuol Seng était auparavant un lycée, devenu la plus connue des quelque 200 prisons de la dictature khmère rouge. À S 21, entre 1975 et 1979, plus de 17 000 prisonniers ont été torturés, interrogés, torturés de nouveau par des tortionnaires plus cruels si leurs aveux n’étaient pas jugés satisfaisants, puis exécutés. Les seuls survivants retrouvés en janvier 1979 étaient sept hommes et quatre enfants. La fonction de ce musée a été immédiatement de recueillir des preuves irréfutables des crimes des Khmers rouges.

Deux décennies plus tard, le cinéaste Rithy Panh, réalise le film S21, la machine de mort khmère rouge, œuvre de mémoire majeure. Dans ce documentaire, deux des sept adultes survivants reviennent dans ce lieu de détention, 25 ans après, témoigner lors d’une rencontre avec leurs bourreaux. L’un des deux survivants du film de Rithy Panh est le peintre Vann Nath qui par ses tableaux et ses textes donnera un témoignage exceptionnel de l’horreur pratiquée par le régime khmer rouge. Ses mémoires sont parues en France en 2008, Dans l’enfer de Tuol Seng, (Calmann Lévy)

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En 2009, Rithy Panh reprend ce travail de mémoire et d’élucidation. Afin de comprendre, à la façon de Claude Lanzmann, il réalise une œuvre puissante : Duch, le maitre des forges de l’enfer, un portrait de l’homme qui dirigea le centre S21 de torture et d’exécutions où ont péri plus de 12 000 adultes et enfants. Ce procès, pour Rithy Panh, est l’occasion de retrouver une écriture juste de l’Histoire. Ce n’est pas un spectacle. Le film est un long monologue entrecoupé d’images d’archives et de témoignages. Rithy Panh a eu l’autorisation de rencontrer Duch dans sa prison et celui-ci s’exprime librement devant les photos de ses victimes pour lesquelles il ne montre aucune empathie. Témoignage glaçant, dans cet éprouvant face à face, Rithy Panh s’efface pour saisir la complexité de cet homme, entre mensonges, rires et certitude d’avoir servi diligemment la juste cause de la révolution. Rithy Panh a consacré d’autres films à la mémoire de ce génocide dont l’émouvant L’image manquante. Film plus intime, toute la famille de Rithy Panh a succombé en quelques semaines, il en est le seul survivant, il tente de rendre vie aux absents par des figurines d’argile, des images d’archives, des musiques qui opèrent ce douloureux retour vers l’enfance anéantie.

On pense à l’artiste rom Ceija Stojka, déportée à 10 ans dans trois camps de concentration nazis, qui, à 55 ans, se met à peindre et écrire en autodidacte. Une partie de son œuvre bouleversante vient d’être présentée au public français à Marseille puis à la Maison Rouge à Paris.

L’œuvre de Rithy Panh, c’est aussi un livre, L’Elimination écrit avec Christophe Bataille, paru aux éditions Grasset en 20012. Trente ans après la fin du régime de Pol Pot il revient sur la folie meurtrière qui élimina sa famille et un cinquième de la population du Cambodge. Récit de sa confrontation avec Duch, ni démon, ni homme ordinaire, organisateur scrupuleux du massacre, ce livre interroge la question du mal, dans la lignée de Primo Lévi avec Si c’est un homme.

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Ainsi, cette plaque de verre, inaugurée le 17 avril 2018 dans le parc de Choisy, ramène à ma mémoire, avec les œuvres de Rithy Panh et de Vann Nath, les témoignages sur ces crimes de masse commis au nom d’une idéologie prétendant faire le bonheur d’un peuple.

Je me rends, ce 17 avril, à la mairie du 13ème arrondissement pour en savoir plus long sur l’installation de cette stèle de mémoire et j’apprends fortuitement qu’une autre stèle commémorant le génocide du Rwanda se trouve dans ce même parc de Choisy.

J’y reviendrai.

La présence de ces monuments discrets, dans les allées d’un parc qui résonne de cris d’enfants, rumeur de la vie paisible, me conduisent vers les grands témoins qui ont consacré leur œuvre à lutter contre l’effacement des crimes. Et je rends hommage à Claude Lanzmann qui vient de nous quitter.

Jacinthe Hirsch

 

 


Journal d’Octobre 2018 : Claude Lanzmann (1925-2018) et Marceline Loridan-Ivens (1928-2018)

29 novembre 2018

Claude Lanzmann et Marceline Loridan-Ivens nous ont quitté en l’espace de quelques mois et avec eux sont partis deux personnes exceptionnelles dont les œuvres, irremplaçables, demeurent et resteront.

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Claude Lanzmann (Crédit : Flash90)

Claude Lanzmann a vécu plusieurs vies, comme il le raconte dans une prose magnifique et un grand art de la narration dans son livre autobiographique Le Lièvre de Patagonie paru chez Gallimard en 2009, mais ce qui se manifeste dès sa prime jeunesse est son sens de l’engagement total et entier, sans concession aucune.

Il fut journaliste, philosophe engagé dans la lutte contre le colonialisme – il fut l’un des signataires, aux côtés de Sartre, Beauvoir, Blanchot et Vidal-Naquet du Manifeste des 121 sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie – et directeur de la revue des Temps Modernes, l’ami de Sartre et de Frantz Fanon, le compagnon notamment de Simone de Beauvoir.

Mais c’est sans nul doute son œuvre cinématographique qui restera, avec son monumental Shoah, monument contre l’oubli, monument à la mémoire des millions de Juifs européens exterminés pendant la seconde guerre mondiale. Une œuvre que Claude Lanzmann porta en lui pendant près de 12 années, puisque la préparation et le tournage durèrent près de 7 ans et le montage des 9 heures du film presque 5 ans. Dès sa sortie en 1985, Shoah fut salué comme l’œuvre cinématographique majeure sur la destruction des Juifs d’Europe, une œuvre qui marque d’une manière radicale et inoubliable celles et ceux qui l’auront vue.

Défenseur acharné du droit à l’existence de l’Etat d’Israël, pays auquel il avait déjà consacré un film, Pourquoi Israël, en 1973, Claude Lanzmann réalise un film sur l’armée israélienne, Tsahal, en 1994.

Puis il travaillera à partir des centaines d’heures de rushes d’interviews réalisées pour Shoah pour éclairer plus avant des figures, des thèmes latéraux à l’œuvre centrale que constitue Shoah, et des questions éthiques fondamentales avec Un vivant qui passe (1999), construit sur le témoignage de Maurice Rossel, délégué de la Croix-Rouge qui fit une visite du camp d’Auschwitz en 1943 et du camp de Theresienstadt en 1944 sans rien remarquer d’anormal (le témoin fut dupé par les nazis, mais aussi aveuglé par son propre antisémitisme) ; Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001) sur la révolte des prisonniers du camp d’extermination de Sobibor ; Le Rapport Karski (2010) sur le résistant polonais Jan Karski qui a alerté en 1943 les Alliés, en particulier Roosevelt, de l’extermination des Juifs ; Le Dernier des injustes (2013) avec le rabbin Murmelstein, membre du Judenrat de Vienne puis du camp de Theresienstadt ; Les Quatre Sœurs (2018) consacré à quatre femmes déportées et rescapées de l’extermination.

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Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens, sœur de déportation de Simone Veil (1927-2017) avec laquelle elle resta liée par une amitié indéfectible, fut dans les années 1960 et 1970 une documentariste et réalisatrice engagée, luttant pour la décolonisation, la révolution communiste, et contre l’impérialisme. Voulant alors s’éloigner de l’Europe et de ses souvenirs de la guerre, Marceline Loridan-Ivens fit de nombreux voyages avec son mari, Joris Ivens, pour filmer les indépendances africaines, puis la lutte armée des Viêt-Cong contre les Américains et la Révolution Culturelle chinoise.

Le 17e Parallèle, sorti en France en 1968 (à la différence de nombreux films de Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivens qui seront diffusés dans les pays communistes, mais interdits de sortie en France), dépeint la lutte du peuple vietnamien sous les bombardements de l’armée américaine. Comment Yukong déplaça les montagnes est composé de douze films réalisés dans différentes régions de la Chine maoïste au début des années 70.

D’une franchise et d’une honnêteté remarquables, Marceline Loridan-Ivens reconnaîtra plus tard qu’elle avait été naïve sur la répression en Chine.

Après la mort de Joris Ivens (1989) et une grave dépression, Marceline Loridan-Ivens s’attelle à écrire et réaliser une fiction en partie autobiographique sur sa déportation à Auschwitz-Birkenau en avril 1944, alors qu’elle vient tout juste d’avoir 16 ans. Ce sera La Petite Prairie aux bouleaux, sorti en 2003 dans les salles des Ecrans de Paris et soutenu par Sophie Dulac et notre regretté Daniel Rachline. Myriam, magnifiquement incarnée par Anouk Aimée, retourne à Birkenau 50 ans après sa déportation et rencontre un jeune Allemand d’une vingtaine d’années qui photographie les vestiges du camp. Un film remarquable d’intelligence, de pudeur et de finesse. Y sont évoqués, dessinés, suggérés, les thèmes que Marceline Loridan-Ivens reprendra dans ses deux livres Et tu n’es pas revenu (2015) et pour partie dans L’Amour après (2018), ceux de l’absence, la douleur de n’avoir pas pu ramener son père vivant (Szlama Rozenberg fut déporté avec sa fille mais ne revint pas, les circonstances exactes et la date de sa mort à Birkenau demeurent inconnues), les blessures de l’intime, la violence extrême de l’univers concentrationnaire dont la transmission de la mémoire aux non-déportés se heurte au roc de l’imaginaire… « On ne vit pas après Auschwitz, on vit avec en permanence. » déclarait Marceline Loridan-Ivens dans une interview au Monde. Une vie après et avec Auschwitz que Marceline Loridan-Ivens a engagé contre l’injustice et la violence, contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme. Une vie après et avec Auschwitz, la vie d’une “Mensch”, une belle personne, droite, lumineuse et généreuse.

Rose Lallier

N.B.: Le 17e Parallèle de Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivenspeut être visionné à l’adresse suivante https://www.youtube.com/watch?v=btkltmMKdHA

Les douze films composant Comment Yukong déplaça les montagnes  peuvent être visionnés sur Youtube.

 


Journal d’Octobre 2018 : Charles Testyler

29 novembre 2018
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Charles Testyler (1927-2018) et son épouse Arlette en 2017

C’est avec une profonde émotion que nous avons appris le décès de Charles Testyler survenu le 22 juin dernier.

Charles et Arlette Testyler nous ont fait l’honneur et le plaisir de venir quelquefois témoigner auprès des jeunes lors de nos séances débats.

Déporté en 1942, Charles Testyler eut à subir l’enfer de pas moins de sept camps. En dehors de lui et de deux de ses frères toute la famille Testyler fut anéantie.

Charles et Arlette, rescapée du Vel d’Hiv et de Pithiviers, n’ont eu de cesse de lutter contre l’oubli notamment en témoignant auprès de jeunes scolaires.

C’est encore une voix essentielle qui s’éteint, mais gageons qu’elle aura laissé des traces dans le cœur et l’esprit de tous les jeunes qui ont eu la chance de l’entendre.

Nous adressons nos plus attristées condoléances à son épouse, ses enfants et petits-enfants.

Mémoire 2000


Journal d’Octobre 2018 : Simone Veil au Panthéon

29 novembre 2018

“Un peuple, pour vivre, doit toujours pouvoir connaître son passé, le juger, l’assumer” disait Simone Veil dans un entretien accordé au Monde en 1983.

Le 1er juillet 2018, elle devient la cinquième femme qui entre au Panthéon, aux côtés de son mari Antoine, premier homme à y entrer en tant qu’époux.

Un an auparavant, au soir du décès de Simone Veil, le 30 juin 2017, un rassemblement féministe avait eu lieu sur la place de la République pour célébrer cette combattante de la cause des femmes.

15587338-15587604-article-simone-veil-pantheon-emmanuel-macron-jpg_5372130_660x281Revenons sur la cérémonie du 1er juillet. Les 29 et 30 juin 2018, les cercueils de Simone et Antoine Veil ont été exposés dans la crypte du Mémorial de la Shoah, pour un ultime hommage du peuple français. Le 1er juillet, les cercueils couverts du drapeau tricolore, quittent le Mémorial, escortés par la garde républicaine jusqu’au jardin du Luxembourg. Le cortège remonte la rue Soufflot tapissée de bleu, couleur de “la paix, l’entente entre les peuples et l’Europe “. Le long du parcours, cinq écrans géants retransmettent la cérémonie. Durant les pauses, sont projetés des films sur L’Europe et la Shoah. La chanson de Jean Ferrat nuit et brouillard accompagne le cortège.

La cérémonie fait écho aux étapes d’une vie hors du commun. Simone Jacob a 16 ans lorsqu’elle est déportée en mars 1944 avec sa sœur et sa mère qui ne reviendra pas. Au sortir de la guerre, Simone, devenue Veil par son mariage, entreprend des études de droit et entre dans la magistrature en 1957. Elle devient la première femme secrétaire générale du conseil de la magistrature en 1970. Nommée ministre de la santé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974, elle est chargée de faire adopter le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’est un dossier explosif. En novembre 1974, elle prononce devant l’Assemblée un discours historique. Trois jours plus tard, après des débats d’une grande violence, la loi est votée.

Simone Veil s’engage ensuite dans la construction de l’Europe, étape essentielle de la réconciliation franco-allemande. Elue au Parlement européen, elle en sera présidente de1979 à 1982. Elle dirige le service juridique du Parlement européen jusqu’en 1993, année où elle devient ministre d’Etat, ministre de la Santé, des Affaires sociales et de la Ville. Sa carrière s’achève au Conseil constitutionnel. Par ailleurs, Simone Veil a été membre fondateur du Mémorial de la Shoah et première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007.

La cérémonie publique se termine sur le parvis du Panthéon, nécropole laïque, entre deux immenses drapeaux français et européen, le président de la République prononce un discours, suivi d’une minute de silence, puis retentit la Marseillaise interprétée par Barbara Hendricks et le chœur de l’armée française, avant l’entrée sous la voute du Panthéon.

En cette fin d’été, nous apprenons que 14 panneaux de l’exposition consacrée à Simone Veil, sur les grilles du Panthéon, ont été dégradés. Son visage a été barré, sans autre texte ou mention. A quelle facette de cette femme exceptionnelle ce geste s’adresse-t-il ? A la féministe qui a obtenu la loi de dépénalisation de l’avortement ? A la déportée revenue des camps, qui fut présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah ? A la première femme présidente du Parlement Européen ? A l’académicienne qui a fait graver son matricule de déportée sur son épée ainsi que la devise de l’Union européenne “Unie dans la diversité” ?

Nous, qui souhaitons ne pas effacer le passé, nous souviendrons de cette femme profondément humaniste qui a toujours plaidé non pour un “devoir de mémoire” imposé à tous, mais pour la connaissance de notre histoire commune.

Jacinthe Hirsch


Journal d’Octobre 2018 : Une bonne prise de conscience

29 novembre 2018

“ En descendant les Champs-Elysées, tout à coup, je croise un homme et un enfant, bien habillés, remontant vers l’Arc de triomphe. Ils avaient le mot juif et l’étoile jaune cousus sur leur veste.

En vous le racontant aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, tellement ça a été un choc. Oui, un choc ! C’était inacceptable. Là, d’un coup, je me suis dit : mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ils soient juifs ou pas, qu’est-ce que ça peut faire ? Je ne sais pas comment vous dire, mais ça a brisé d’un coup mon antisémitisme.

Cela reste un moment unique dans ma vie. Cet homme et son fils, au fond, j’aurais voulu les serrer dans mes bras”.

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Daniel Cordier pendant la guerre et aujourd’hui

Ce sont les paroles de Daniel Cordier lors d’une interview accordée au Monde en mai dernier et qui explique de façon simple et émouvante, comment en quelques instants seulement il a pu prendre conscience de l’absurdité et de la violence de l’antisémitisme.

C’est sans doute, en partie, grâce à cette prise de conscience “fortuite” que cet ancien Camelot du roi, élevé dans une famille d’extrême droite, admiratrice de Maurras, antisémite, comme il était de bon ton de l’être à cette époque, s’engage dans la France libre et qu’il est devenu le personnage formidable que l’on connait.

Il dit lui-même qu’il fallait être fou pour faire certaines choses. Certaines folies sont d’une immense sagesse…

Il y a des leçons à écouter de cet homme “libre” qui pourtant ne souhaite pas en donner.


Journal de Juillet 2018 : Rwanda: “In Praise of Blood – The Crimes of the Rwandan Patriotic Front” de Judi Rever Random House – mars 2018

3 août 2018

ob_053d2a_judi-rever-igitabo-cya-1Ayant pour vocation de sensibiliser les jeunes aux atteintes contre les droits de l’homme, Mémoire 2000 informe son jeune public des crimes contre l’humanité et des génocides. C’est dans ce cadre que notre association suit les événements de la région des grands Lacs africains, en particulier ceux du Rwanda depuis le génocide des Tutsi rwandais de 1994. Rappelons que notre regretté Président, Bernard Jouanneau, avait ainsi participé aux travaux de la Commission d’enquête citoyenne (CEC) de 2004 sur l’éventuelle implication de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda.

Le génocide des Tutsi rwandais, perpétré par les forces étatiques Hutu et des civils Hutu entre le 7 avril et le début juillet 1994, est un fait historique incontestable, établi non seulement par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), mais aussi par les travaux de nombreux historiens du monde entier.

Relativiser ou minorer ce génocide, à l’instar du génocide des Arméniens ou des Juifs d’Europe, relève du négationnisme.

L’écriture de l’histoire des événements et du contexte dans lequel s’est déroulé le génocide des Tutsi se poursuit, et la récente publication en Anglais du livre “In praise of Blood. The crimes of the Rwandan Patriotic Front” de la journaliste canadienne Judi Rever est importante, au-delà de la large audience qu’il a rencontrée et d’une couverture médiatique internationale.

Ce livre est le fruit de près de 20 ans d’enquête de cette journaliste qui a couvert à partir de 1997 la guerre en République Démocratique du Congo et a éclairé l’implication des armées rwandaises et ougandaises des Présidents Kagame et Museveni. Un travail d’investigation qui gênait certains, puisque Judi Rever a été menacée au point de bénéficier de la protection des services de sécurité belges et canadiens (1).

Judi Rever croise et recoupe de nombreuses sources : les témoignages d’anciens officiers et soldats du FPR du Général-Président Paul Kagame, ceux de victimes civiles rwandaises, de témoins et d’enquêteurs occidentaux ; des rapports officiels de l’ONU et du TPIR mais aussi des rapports mis sous embargo qui lui ont été confidentiellement remis ; des rapports officiels d’ONG (HRW, Amnesty International, MSF etc.). Elle écrit une histoire dont la plupart des événements étaient connus et documentés mais de manière éparse : l’histoire des crimes contre l’humanité et possiblement des crimes de génocide (2) que le FPR du Président Kagame a commis contre les populations Hutu avant le génocide des Tutsi de 1994, pendant les trois mois du génocide et dans les années qui ont suivi.

S’appuyant notamment sur des témoignages inédits de soldats du FPR ayant participé aux massacres de civils Hutu, Judi Rever retrace minutieusement l’organisation de ces crimes de masse : formation d’unités de tueurs supervisés et encadrés par la division du renseignement militaire du FPR, massacres organisés de milliers de civils Hutu dès la première offensive du FPR en 1990, destructions secrètes des corps par crémation, notamment dans le parc de l’Akagera, élimination des témoins de ces massacres, en particulier occidentaux (exécutions de religieux canadiens et espagnols)…

Sur la base de témoignages d’anciens proches de Paul Kagame, mais aussi sur le contenu du rapport Hourigan (3) et les enquêtes de juges espagnol et français, Judi Rever conclut que l’attentat du 6 avril 1994 contre le Président Hutu, Juvénal Habyarimana, attentat qui est l’un des éléments déclencheurs du génocide des Tutsi, a été commis par le FPR, sur ordre de Paul Kagame et ses proches. Rappelons qu’aucune preuve définitive n’a pour le moment été apportée sur cet événement crucial. Mais l’hypothèse effroyable, celle qui fait du FPR le commanditaire de l’attentat du 6 avril, prend de plus en plus de consistance, à mesure que les années passent et que des proches de Kagame s’accusent de ce crime, tandis qu’aucun Hutu, y compris parmi les génocidaires condamnés par le TPIR, ne revendique cet attentat…

L’un des développements le plus perturbant du livre de Judi Rever est celui qui concerne la stratégie de déstabilisation du Rwanda par le FPR entre le début de son offensive pour la conquête du pouvoir (octobre 1990) et sa prise de la capitale en juillet 1994, avec l’organisation d’attentats dans le pays et des assassinats ciblés de personnalités rwandaises, y compris Tutsi, pour instaurer un climat de terreur dans le pays et attiser les peurs “ethniques” entre Hutu et Tutsi. Sur la base de témoignages d’anciens soldats du FPR, il est même question de l’infiltration des milices interahamwe (celles qui ont perpétré le génocide des Tutsi) par des soldats du FPR. Nous confesserons ici que nous n’avons pu nous empêcher de penser qu’il ne pourrait s’agir que d’horribles affabulations, tant cela dépasse l’entendement. Et nous rappelons que le génocide des Tutsi a été perpétré par près de 200 000 Hutus.

Le livre de Judi Rever, aussi gênants soient certains de ses développements, ne peut être balayé d’un revers de la main. Il doit être critiqué et discuté. Claudine Vidal, directrice émérite au CNRS et chercheuse reconnue et respectée, vient d’en donner une lecture critique (4). L’universitaire Filip Reyntjens a, quant à lui, conclut à un génocide contre les Hutu (indépendamment du génocide contre les Tutsi qu’il ne minimise pas) après sa lecture du livre de Rever.

“La vérité traverse le feu, jamais elle ne brûle”, dit un proverbe rwandais. A Mémoire 2000, comme pour de nombreuses personnes partout à travers le monde, nous continuerons de chercher la vérité sur ce qui s’est passé au Rwanda, y compris pour ce qui concerne la responsabilité de l’Etat français dans la tragédie rwandaise. La vérité sur le génocide des Tutsi est aujourd’hui établie. Mais la réconciliation et la paix civile de ce pays d’une douzaine de millions d’âmes ne pourront être pérennes si une partie du passé est interdite de parole et occultée, et si l’impunité demeure pour les crimes les plus graves.

Rose Lallier

N.B. : pour les Anglophones, nous recommandons vivement les deux articles que l’universitaire américaine Helen Epstein a consacré au livre de Judi Rever dans la New York Review of Books de juin 2018 (CLIQUEZ SUR LES LIENS)

The Mass Murder we don’t talk about 

A deathly Hush 

1 – Guy Rapaille, le Président du comité belge de contrôle des services de renseignements, a par ailleurs déclaré “Nous avons été informés de l’existence d’escadrons de la mort rwandais en Europe” (interview au journal Le Soir, juin 2018)

2 – Crime de génocide dont la possibilité était déjà évoquée par un rapport de l’ONU de 2010, dit Rapport Mapping, pour ce qui concerne les crimes commis par l’armée de Paul Kagame en RDC.

3 – Evoquant ce rapport qu’elle a contribué à mettre sous le boisseau, la canadienne Louise Arbour, ancienne procureur du TPIR aujourd’hui à la retraite, a confirmé les déclarations de son successeur, l’italienne Carla del Ponte. Toutes deux témoignent que Paul Kagame a empêché toute investigation sur les crimes du FPR par les équipes du TPIR (interview par le journal canadien The Globe and Mail, 2016)

4 – Claudine Vidal, https://theconversation.com/rwanda-judi-rever-et-la-recherche-a-tout-prix-dun-deuxieme-genocide-97508.