Journal de Janvier 2017: Un des derniers…

20 décembre 2016

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès le 1er décembre dernier, de notre ami

 

Serge BOUDER

 

Serge Bouder a été, pendant de nombreuses années, un fidèle soutien de Mémoire 2000.

Très jeune il a été interné au camp de Drancy. Il a été un de ceux qui, en septembre 1943, ont tenté de s’évader du camp en creusant un tunnel.

Projet insensé qui n’a malheureusement pas abouti. Les Allemands ayant découvert le tunnel ont ordonné qu’il soit muré.  Mais les détenus chargés de fermer le “tunnel de la résistance” ont laissé, gravé sur une plaque de plâtre, un témoignage de leur courageux exploit. Cette plaque ne fut   mise à jour qu’en 1980.

Après la découverte du tunnel par les Allemands, les “responsables” du creusement, parmi lesquels se trouvait Serge Bouder, ont été enfermés et torturés avant d’être mis dans le convoi N° 62 du 20 novembre 1943 pour Auschwitz. C’était sans compter sur leur courage et leur détermination.

Quelques uns de ces “futurs déportés”, purent après avoir arraché, à la main, les barreaux des fenêtres, sauter du train et ainsi échapper à une mort certaine. Serge faisait partie de ces “évadés”…

Puis ce fut la Résistance…

Toute sa vie Serge Bouder a été un homme engagé et courageux.

Un des derniers de cette tragique époque…

Qu’il repose en paix.

Nous adressons à sa famille nos plus affectueuses pensées.

 

Lison Benzaquen

 

 

 

Publicités

Journal de Janvier 2017: La Turquie manque l’occasion

20 décembre 2016

On a pu espérer un temps, au mois de mars une éclaircie dans le paysage de l’Europe, grâce à l’accord conclu entre A. Merkel et l’ex-premier ministre turc Davitoglu.

Bien qu’il ait été contesté de toutes parts, cet accord qui devait mettre un terme à l’exode des migrants par la route des Balkans, a eu effectivement ce premier résultat escompté.

Les migrants qui sont restés bloqués en Grèce, en raison du blocage opposé par la Macédoine n’ont pas voulu retourner en Turquie et se trouvent consignés dans des camps de rétention administrative dénoncés par le secrétaire général de L’ONU, par les Grecs qui verraient aussi revenir les réfugiés qui leur seraient renvoyés par Bruxelles, en vertu de l’accord de Dublin.

On ne peut faire grief à la Turquie qui a déjà accueilli plus de 3 millions de réfugiés syriens et se déclarait prête, en contrepartie, à mettre sa législation en conformité avec les principes de l’Union. On doit cependant constater dix mois plus tard que la Turquie n’a rien modifié dans sa législation, que l’Union européenne n’a pas accordé les visas que réclamait la Turquie pour ses nationaux et que les négociations en vue de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne sont dans l’impasse, au point que le gel de ces négociations a fait l’objet d’une résolution du conseil de l’Europe.

A qui la faute ? Aux européens et parmi eux à l’Allemagne ou aux membres de l’Europe de l’Est qui se sont barricadés, ou aux Turcs qui se sont rétractés, après avoir reçu les 6 milliards d’Euros que Mme Merkel leur avait accordés ?

Ce n’est pas à nous d’en décider. L’histoire devra s’en saisir et en rendre compte à l’humanité.

Il demeure que le nombre des exilés, réfugiés et migrants ne se réduit pas. On peut et on doit s’attendre à un accroissement du nombre des migrants qui chercheront inexorablement à rejoindre l’Europe.

Les arrestations arbitraires et les révocations de fonctionnaires à la suite du Putsch raté du mois de juillet ont provoqué en France un réaction menée par Robert Badinter qui a accepté de signer l’appel lancé par les avocats qui dénoncent : “la volonté du président Erdogan de museler toute opposition, les arrestations arbitraires qui s’inscrivent dans la dynamique de neutralisation des contre-pouvoirs à l’œuvre depuis plusieurs années et le gouvernement de la Turquie qui piétine les principes démocratiques”.

Cela n’a pas empêché le président Erdogan, qui tend à reprendre le costume de sultan, d’envisager le rétablissement de la peine de mort alors qu’il y avait renoncé en 2004 dans la perspective de l’adhésion de la Turquie à l’union Européenne.

On a même risqué de voir venir en discussion au parlement un projet de loi accordant l’amnistie aux coupables de viols, dès lors que leurs auteurs proposeraient le mariage à leurs victimes.

La liberté d’expression sévèrement contrôlée, se voit, désormais, asservie depuis l’arrestation du dirigeant du principal organe de presse le Curryet d’Istanbul… On est loin de satisfaire aux exigences de l’Union imposée par les accords de Bruxelles du mois de mars.

Quant à la reconnaissance du génocide arménien, autant en abandonner l’idée, malgré le vote du Bundestag, depuis le départ du premier ministre Davitoglu remplacé par Ylidrim qui ne veut pas en entendre parler.

Et pourtant il n’était pas nécessaire que la Turquie d’aujourd’hui reconnaisse la réalité du génocide, dès lors qu’il a été reconnu en 1919 par le régime ottoman resté en place jusqu’en 1922. Il suffisait que tout en le déplorant, le pouvoir en place admette que ce génocide avait été reconnu et même dénoncé et poursuivi par la “Sublime Porte”.

En assumant, au nom de ce principe universellement reconnu la responsabilité des actes commis par le régime ottoman, la République d’Atatürk a nécessairement reconnu la réalité de ce qui est advenu aux arméniens en 1915. Elle a donc bien manqué là une occasion.

Il demeure cependant une lueur d’espoir, si la communauté internationale voulait bien s’en saisir. Au lieu de poursuivre inlassablement cette course à la reconnaissance par les Etats, du génocide, mieux vaudrait instaurer un médiateur qui serait chargé de régler la question, en présence des réclamations de Arméniens, en examinant les possibilités de réparations collectives des préjudices subis, sans déclencher une série de recours individuels.

Cette médiation qui pourrait s’instaurer sous l’égide de l’ONU pourrait être confiée au représentant de l’humanité qui pourrait être élu par l’assemblée générale de l’ONU au même titre que son secrétaire général ainsi que par l’assemblée générale des Défenseurs des Droits, médiateurs et ombudsmans qui recevraient, au nom de l’Humanité, une mission institutionnelle qui mettrait fin aux querelles et permettraient aux Arméniens et aux Turcs de se retrouver.

C’est le vœu que je formule en ce début d’année, en espérant que ce projet d’accord qui passe par une “déclaration universelle des droits de l’humanité” dépasse les objectifs de l’accord de Bruxelles du 18 mars 2015 devenu caduc, et les polémiques sur la reconnaissance et l’indemnisation des génocides du XX ° siècle.

Bernard Jouanneau

 


Journal de Janvier 2017: “Bad News – Last journalists in a Dictatorship” de Anjan Sundaram

20 décembre 2016

16-02-23-1Ce livre de 192 pages, publié aux éditions Bloomsbury en janvier 2016, a été célébré comme un livre fondamental sur le Rwanda, et plus généralement sur la vie dans une dictature, et son auteur, jeune journaliste d’origine indienne, comparé au grand reporter Ryszard Kapuscinski et au prix Nobel de littérature V.S. Naipaul. Des critiques élogieuses absolument justifiées qui disent l’importance de l’ouvrage et la nécessité de sa traduction en Français.

Le Rwanda offre aujourd’hui l’image d’un pays en pleine reconstruction et en forte croissance, paisible et réconcilié, futur Singapour africain, un miracle vingt ans après le génocide contre les Tutsis qui a fait près de 800 000 victimes en cent jours. Des rues d’une propreté helvétique, un ordre et un calme presque ennuyeux, des citoyens souriants et polis qui participent avec application et enthousiasme aux travaux communautaires mensuels au bénéfice de la collectivité. Un havre de paix, dans la région tourmentée des grands lacs africains, qui ravit touristes occidentaux et travailleurs des organisations internationales et humanitaires. Un contributeur essentiel des casques bleus onusiens en Afrique et ailleurs, avec à sa tête, le Président Paul Kagame, célébré comme le libérateur du pays et l’homme providentiel qui a mis fin au génocide de 1994, l’ami de Bill Clinton et de Tony Blair, de l’influent pasteur évangéliste américain Rick Warren, de puissants hommes d’affaires dont le fils de la deuxième fortune mondiale, l’américain Warren Buffet.

Cette image idyllique va peu à peu se fissurer à partir du moment où Anjan Sundaram donne des cours de formation continue à une douzaine de journalistes rwandais (évoqués sous pseudonyme par souci de protection) de 2009 à 2012, et c’est à un passionnant et émouvant voyage au coeur du pays réel, physique et mental, au rythme des pas et des visages d’hommes et de femmes, pour certains admirables de courage, que nous convie le récit de Sundaram.

Gibson d’abord, journaliste chevronné et brillantissime, féru de philosophie allemande, Gibson qui veut traiter de la malnutrition dans le pays mais qui sait le sujet interdit au Rwanda, sous peine d’être arrêté, emprisonné, ou pire encore, Gibson qui écrit un article sur la bonne nutrition des enfants à l’attention des parents. Gibson qui sera suivi, menacé et rendu progressivement paranoïaque jusqu’à la folie par la police secrète du régime…

Moses, rescapé du génocide, qui se désigne comme un “walking dead”, le “mort marchant” au pays des morts, des vivants et des fantômes, celui qui veut écrire sur les crimes du président Kagame, celui qui emmène Sundaram voir des fosses communes non répertoriées, qui dénonce l’instrumentalisation du génocide pour susciter la pitié des nations, et pour entretenir la peur au coeur de chaque Rwandais.

Cato, le journaliste qui abandonne toute éthique et qui trahit ses pairs, qui dénonce à la police secrète, et qui rejoint les journalistes “Intore” (les “jeunes guerriers” sous la monarchie d’avant l’indépendance), ceux qui célèbrent les vertus et la grandeur du Président.

Agnes-Uwimana-Nkusi.jpg

La journaliste Agnès Uwimana Nkusi (libérée en 2014)

Agnès Uwimana Nkusi, la valeureuse et l’incorruptible, rescapée du génocide et infectée du virus du Sida par ses bourreaux, qui suit les cours de Sundaram jusqu’à sa nouvelle arrestation en 2010, toujours pour “divisionnisme” et “négation du génocide”…

Anjan Sundaram nous emmène sur quelques-unes des mille collines du Rwanda, à la rencontre d’un prisonnier génocidaire qui évoque un Etat dont on ne sait où il commence et où il prend fin, de paysans miséreux et terrifiés qui ont arraché la toiture de paille de leur maisonnette au risque de mourir de maladie, plutôt que de contrevenir à un ordre présidentiel, d’une mère fière d’avoir dénoncé aux autorités son propre fils, exécuté.

Un pays qui n’a pas de presse libre est semblable à un corps qui ne ressent pas les signes d’alerte que constitue la douleur, prévient-il. Loin d’être réconcilié et pacifié, le Rwanda risque de connaître des bouleversements violents et meurtriers…

Anjan Sundaram est aujourd’hui persona non grata au Rwanda.

Aucun des journalistes qu’il a formé en 2009 n’exerce aujourd’hui au Rwanda : certains ont changé de profession, d’autres sont emprisonnés, d’autres encore ont fui le pays, l’un d’entre eux a été assassiné.

La journaliste canadienne Judi Rever, l’opposant en exil David Himbara et trois autres intellectuels, ont été alertés en 2015 par les services intérieurs canadiens que leurs vies étaient menacées, après l’arrivée d’un “escadron de la mort” en provenance du Rwanda.

Aujourd’hui comme hier, les journalistes occidentaux se fondent sur leur coopération et leurs échanges avec les journalistes rwandais pour informer sur la situation au Rwanda.

Le Président Kagame, après un changement de la Constitution voté à plus de 98%, est assuré d’être réélu en 2017 et pourrait rester à la tête du pays jusqu’en 2034.

Les pays occidentaux donnent près d’un milliard de dollars d’aide annuel au Rwanda.

Rose Lallier

 


Journal de Janvier 2017: “Si je survis » de Moriz Scheyer – Ed. Flammarion

20 décembre 2016

cqnh3ngwaaaxavjMoriz Scheyer appartenait au monde littéraire et bourgeois de Vienne, et dut quitter l’Autriche au moment de l’Anschluss. Son récit décrit, sur le moment, sa fuite en France jusqu’à son arrivée au monastère de Dordogne, et sa vie et celles de ses proches.

De nombreux ouvrages témoignent de l’horreur que fut la Shoah, de l’effroyable condition de vie dans les ghettos ou des atrocités des camps d’extermination. Peu décrivent la douleur quotidienne, certes sans doute sans aucune commune mesure avec celle subie par les déportés, mais cruelle aussi, des personnes qui ayant pu fuir, se retrouvent traquées, spoliées et dépendantes de tous et de tout.

C’est de cela dont parle Moriz Scheyer : de cette “peur au ventre”, de cette humiliation, de ces angoisses permanentes.

Mais au delà, il parle de la condition humaine : de la petitesse, la mesquinerie de certains êtres, mais aussi de ses belles rencontres avec des hommes et des femmes généreux et désintéressés : de belles âmes. Parmi elles, les sœurs du monastère où Moriz, sa femme et leur fidèle Sláva Kolárová ont trouvé refuge, et surtout, la famille Rispal en Dordogne : Hélène, la mère, Gabriel, son époux, Jacques, le jeune et futur comédien à succès.

Ce récit interroge encore et toujours : comment cela a-t-il pu advenir ? 

Lison Benzaquen


L’Amendement Hypocrite par Bernard Jouanneau

7 novembre 2016

Après l’Assemblée nationale au mois de juillet, le Sénat vient d’adopter, à une courte majorité (10 voix) l’amendement à la loi « Egalité – citoyenneté » qui devrait permettre la poursuite de la négation de tous les génocides et des crimes contre l’humanité, court-circuitant ainsi le texte de la proposition de loi de Valérie BOYER qui tendait aux mêmes fins et qui a été renvoyé en commission le 4 décembre 2015.

Il ne concernait pas que le génocide arménien ; mais c’est bien de celui-ci qu’il s’agissait, inspiré ou suggéré par François Hollande qui en avait fait la promesse, après la consultation qu’il a demandée au président COSTA (l’ancien président français de la CEDH), il semble avoir été propulsé par la gauche et soutenu par une partie des sénateurs de la droite et du centre.

Quoiqu’il en soit ce n’est qu’un leurre destiné à satisfaire les Arméniens et à rassurer en même temps les Turcs, en renvoyant aux juges le soin de reconnaître chez les négationnistes du génocide arménien ceux qui se laissent inspirer par la haine de ceux qui entendent disposer seulement de leur liberté d’expression sur la question.

Pour comprendre la manœuvre politique et diplomatique, il faut se souvenir que pour le Conseil constitutionnel comme pour la CEDH, la négation de la Shoah peut être poursuivie parce qu’elle comporte implicitement un appel ou une provocation à l’antisémitisme, alors que la négation du génocide arménien qui remonte à 1915 ne présente pas intrinsèquement et partout le même risque d’entretenir chez les Turcs et leurs proches la haine envers les Arméniens (cf. arrêt du Conseil constitutionnel du 12 février 2012 ; CEDH du 15 octobre 2015 dans l’affaire PERINCEQ ; et CC du 8 janvier 2016 dans l’affaire Peyron).

On a eu beau s’interroger sur le principe d’égalité entre les victimes, en se demandant pourquoi, à trente ans de distance entre 1915 et 1945 les deux génocides qui ont marqué le siècle ne devraient pas être traités de la même manière, rien n’y a fait : dernier cadeau de Jean-Louis DEBRE en quittant le Conseil constitutionnel au mois de janvier 2016 : l’arrêt du 8 janvier 2016 a rejeté la QPC qui soulevait ce moyen de l’égalité visant la loi Gayssot.

Lorsque Valérie BOYER, au nom de l’UMP a déposé son second projet de loi venu en discussion le 4 déc. dernier, la gauche n’était pas prête. Elle voulait surtout réserver à François HOLLANDE le privilège de tenir ses promesses, en faisant à temps déposer cet amendement au Sénat, après l’avoir fait voter au mois de juillet à l’Assemblée, sans qu’on s’en aperçoive.

Entre temps, le président ERDOGAN a changé de Premier ministre et a repris la main, en imposant au mois de mars son accord avec l’UE au sujet des migrants. La tentative de coup d’Etat a été enrayée et les relations avec la Turquie se sont apaisées, sans pour autant que son entrée dans l’Union soit remise à l’ordre du jour. Il n’est pas jusqu’aux Arméniens eux-mêmes qui s’en soient contentés et pour certains félicités, sans se rendre compte que ce larguage dont ils venaient d’être victimes était un jeu de dupes.

Si le texte émanant du Sénat est accepté par la commission mixte paritaire et adopté en seconde lecture par l’Assemblée nationale avant les élections, François Hollande pourra dire qu’il a tenu ses promesses, grillant ainsi la politesse à Nicolas SARKOZY qui l’avait aussi promis en 2012. Il n’y a pas que les Arméniens qui seront floués. Les négationnistes l’emporteront.

Il leur suffira désormais prouver que la négation de ce génocide n’est que le résultat des recherches et des travaux entrepris de bonne foi par les historiens prompts à revendiquer leur liberté d’expression et en aucune façon une agression contre les Arméniens d’aujourd’hui, pour obtenir la relaxe et faire que ce texte reste lettre morte. Certains seront condamnés : Il y a parmi eux quelques fanatiques excités qui se feront prendre ; mais dans le principe, la contestation, la minimisation grossière ou la remise en question systématique du génocide de 1915 ne sera pas retenue par les juges qui se refusent à « écrire l’histoire » et à s’immiscer dans la liberté de la recherche.

Il n’en sera pas de même pour les tutsis, les Cambodgiens et les Yougoslaves dans la mesure où les génocides dont ils ont été victimes ont été reconnus par des décisions de justice nationales et/ou internationales.

Mais comme la communauté internationale qui s’en était avisé au mois de juillet 1915, par la déclaration des alliés, n’a pas donné suite au traité de Sèvres de 1920 et s’est inclinée à Lausanne en 1923 devant les exigences de Kemal ATATÜRK devenu président de la République turque, en abandonnant son projet de juridiction internationale annoncée par les alliés, ce n’est pas au nom de la communauté des nations (à l’époque de la SDN) que les cours martiales de la Sublime Porte se sont prononcées en 1919 en condamnant les responsables du génocide, ministres et dirigeant du parti Union et Progrès des jeunes turcs.

On le savait quand on a fait voter ce texte hypocrite.

Mais l’intérêt stratégique et diplomatique a pris le dessus. On avait besoin des Turcs pour enrayer l’afflux des migrants en mer Egée. C’est Angela MERKEL qui a trouvé la solution en imposant à ses partenaires européens l’accord du 18 mars 2016 qui a fermé la route des Balkans aux réfugiés Syriens, Soudanais, Afghans, Erythréens, Ethiopiens et Azerbaïdjanais qui se sont repliés vers la Libye, et en faisant adopter au Bundestag une loi reconnaissant le génocide arménien.

François Hollande s’en est accommodé. Pour lui, la page était tournée ; il allait pouvoir soutenir qu’il avait tenu ses promesses, même si l’Assemblée nationale renâclait.

Il y a bien d’autres amendements dans cette loi « Egalité – Citoyenneté » qui vont donner lieu à discussion ; ne serait-ce que tous ceux qui ont gravement altéré la loi de 1881 sur liberté de la presse.

Mais celui-ci devrait pouvoir être déjoué assez simplement. Comment ?

Dès lors qu’il est impossible de se référer à des décisions rendues par une juridiction internationale qui ait ou qui puisse condamner le génocide arménien et que par ailleurs la reconnaissance légale de ce génocide par les parlements étrangers et par le parlement français en particulier (loi du 29 janvier 2001) risque d’être jugée inconstitutionnelle comme étant une loi mémorielle, il faut trouver la voix de droit qui permette de retenir le génocide arménien pour acquis.

La reconnaissance par l’Etat qui s’en est rendu coupable doit pouvoir être retenu comme preuve. Alors qu’à Nuremberg, on n’a pas formellement retenu contre les nazis le crime de génocide qui n’existait pas, il est aujourd’hui communément admis que les dirigeants nazis se sont bien rendus coupables de génocide envers les juifs et les tziganes, dans le cadre de la « solution finale ».  L’Allemagne l’a reconnu en acceptant de prendre part aux réparations des préjudices subis par les survivants et par les héritiers des victimes de la Shoah. Contrairement à ce qu’on entend répété de toutes part, ce n’est pas le jugement de Nuremberg qui a reconnu le génocide juif, c’est l’Allemagne.

Le fait que la Turquie d’aujourd’hui, tout en reconnaissant les massacres de 1915, n’admette pas qu’il s’agisse d’un génocide, n’empêche pas de considérer que l’Etat turc, avant la République d’Atatürk l’a incarné à partir de 1923 et l’a reconnu du temps de l’Empire Ottoman qui a survécu jusque là. En décidant et en organisant des poursuites contre les dirigeants d’UNION et PROGRES contre les anciens ministres en exil, le pouvoir en place qui représentait légalement et légitimement l’Etat Turc, la Turquie a reconnu qu’il s’agissait d’un génocide, en tous cas de crimes contre l’humanité (Cf. Jugement à Istanbul de Tanner AKCAM).

Le principe universel de la continuité de l’Etat met à la charge de l’Etat qui subsiste, les droits et obligations qui pesaient sur sa représentation en place au moment des faits.

On peut donc admettre que la négation du génocide arménien soit poursuivie dès lors que ce génocide a été reconnu par l’Etat turc existant et en place à l’époque, sans que sa négation ultérieure fasse disparaitre cette reconnaissance

Il suffirait donc d’ajouter dans le texte de cet amendement :

«  Ou lorsqu’il aura été reconnu par l’Etat qui s’en sera rendu responsable » 

Pour que l’amendement voté ait un sens.

Bernard JOUANNEAU


Journal d’Octobre 2016: Disparition d’une conscience

27 septembre 2016
1c125f8107fa8d743065234384042b09

Elie Wiesel (1928-2016)

Le 2 juillet dernier, avec la mort d’Elie Wiesel, disparaissait tout un pan essentiel de la mémoire de la Shoah.

Tout le monde connait Elie Wiesel, son histoire, ses engagements.

Rescapé des camps nazis, il disait vouloir donner un sens à sa survie. Il le fit admirablement en devenant “le messager de la mémoire de la Shoah” d’une part, et une sorte de conscience universelle, ou “messager de l’humanité” d’autre part.

Son témoignage en 1987, au procès Barbie est exceptionnel. On n’y trouve aucune trace de haine ou désir de revanche. Simplement un profond souhait de justice et comme il l’a proclamé : “de rendre justice à la mémoire”.

A ses yeux : “une justice sans mémoire est une justice incomplète, fausse et injuste. L’oubli serait une injustice absolue au même titre que Auschwitz fut le crime absolu. L’oubli serait le triomphe définitif de l’ennemi… La dignité de l’homme: elle n’existe que dans la mémoire…”

Mais en plus de son inépuisable besoin de témoigner sur la Shoah, Elie Wiesel avait aussi “fait vœu” après la guerre, de “toujours et partout ou un être humain serait persécuté, de ne pas demeurer silencieux”. Il s’y est tenu.

Toute sa vie Elie Wiesel a été un infatigable “dénonciateur”.

Refusant de s’installer dans un système de pensée politique, psychologique ou théologique, il se méfiait du “confort intellectuel”. C’est cet inconfort qui a fait de lui un homme librement engagé contre l’injustice, l’indifférence et l’oppression d’où quelles viennent et qui qu’elles touchent. De l’Arménie, à la Bosnie, du Rwanda au Darfour…

Il craignait par dessus tout l’indifférence dont il disait qu’elle était “le mal”: “l’opposé de l’amour n’est pas la haine mais l’indifférence, l’opposé de la vie n’est pas la mort mais l’indifférence à la vie et à la mort”.

Cet homme “in-tranquille”, tourmenté, à la mémoire inquiète semblait toujours se demander si son message était bien passé et si son combat contre le mal avait servi à quelque chose. Mais ses doutes ne l’ont jamais rendu passif et seule la mort a eu raison de sa vigilance et de son attention aux autres.

Une voix essentielle s’est tue.

Il reste à espérer que d’autres voix prendront le relai et qu’elles ne laisseront pas le silence “encourager les persécuteurs” et les faussaires de tous genres.

Lison Benzaquen

 


Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
photo-ian-langsdon-afp

Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen