Journal d’Avril 2016: Jardin Lazare Rachline

30 mars 2016

Vendredi 5 février 2016, la maire de Paris, Anne Hidalgo, le maire du 3e arrondissement et président d’honneur de la LICRA, Pierre Aidenbaum, ainsi que Robert Badinter honoraient la mémoire de Lazare Rachline résistant pendant la guerre, et fondateur, aux côtés de Bernard Lecache, de la LICA. La ville de Paris lui rend hommage en baptisant l’ancien jardin de l’Hôtel Donon, Jardin Lazare Rachline.

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Inauguration du Jardin Lazare Rachline, le 5 février 2016 à Paris

A cette occasion, Robert Badinter a prononcé un très bel hommage dont nous reproduisons ici quelques extraits.

« Au nom de tous ceux qui sont ici réunis, permettez-moi de vous remercier de votre décision de donner à ce jardin, situé au cœur du vieux Paris, le nom d’un héros exemplaire de la Résistance, d’un Républicain épris de liberté et de justice, d’un juif patriote français qui, né le 25 décembre 1905 à Nijni Novgorod (Russie), dans le Yiddishland, a tant aimé et servi la France. A l’âge de trois mois et demi, bébé dans les bras de sa mère, il fit le long voyage… à travers l’Europe orientale et centrale qui les menait enfin Gare de l’Est. Là les attendait Zadoc Rachline, venu en France dès 1904, fuyant les pogroms organisés par la police tsariste.
Ainsi sa terre quasi-natale, en vérité sa patrie, ce fut pour ce bébé dès qu’il ouvrit les yeux, la France et Lucien Rachline n’en connut jamais d’autre.
En 1934, au moment où Hitler prenait le pouvoir (…), Lucien Rachline demanda sa naturalisation. Elle lui fut enfin accordée en 1938. Ce qu’il voulait, lui Lazare Rachline, c’était servir la France à l’heure du péril.
Fait prisonnier en juin 1940… Il réussit à s’évader du camp situé près de Dresde… Arrivé en France, démobilisé… Lucien n’avait en tête qu’une pensée, une obsession: rejoindre la Résistance. Il rallia en 1941 le réseau Vic, créé en zone libre… Chargé de faire évader et d’exfiltrer en Angleterre les aviateurs alliés prisonniers et les résistants…
Ainsi Lucien Rachline, paisible industriel, fut-il amené à faire évader en 1942 de la prison de Mauzac six détenus dont le député socialiste Jean-Pierre Bloch se trouvait être l’un de ses amis avant-guerre, vice-président comme lui de la LICA.
Après le coup d’éclat, d’autres évasions spectaculaires furent réalisées. Mais le filet se resserrait. (…) Il lui fallait, d’ordre supérieur, quitter la France… Avec quelques compagnons, dont son ami fraternel, Marcel Bleustein, devenu Blanchet dans la Résistance, ils franchirent les cols des Pyrénées. Arrêtés par la “guardia civil” de Franco, jetés en prison (…), ils croupirent-là plusieurs mois avant de pouvoir gagner Gibraltar et de là l’Angleterre… Le 23 mars 1944, le Général de Gaulle reçut Lucien Rachet à Londres. La Résistance intérieure en France traversait une période tragique. Après l’arrestation et la mort sous la torture de Jean Moulin, Pierre Brossolette, son successeur, avait été arrêté et s’était suicidé.
Le débarquement se préparait. Il fallait pour le Général de Gaulle s’assurer que la Résistance intérieure ne déclencherait d’insurrection armée que sur son ordre pour éviter des représailles terribles et des actions inutiles.
Pour faire passer ce message à toutes les composantes de la Résistance intérieure, il fallait un homme sûr (…) : ce fut Lucien Rachet qui fut choisi par le Général de Gaulle pour être son Délégué auprès des chefs de la Résistance intérieure… Sous le pseudonyme de Socrate… Lucien rencontre tous les principaux chefs de la Résistance entre avril et mai 1944. Il retourna à Londres fin mai en repassant par l’Espagne.

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Vila Rachline (à gauche) et Lazare Rachline en 1938 (source: http://www.lr-lelivre.com)

Le 5 juin 1944, à la veille du débarquement, Lucien Rachet rencontre à nouveau le Général de Gaulle à Londres. Il lui rendit compte de sa mission. Que le Général de Gaulle ait voulu s’entretenir avec Lucien Rachline ce jour-là témoigne de l’importance de sa mission et de la confiance absolue du Général dans la clairvoyance, le courage et le patriotisme de Rachet. On comprend alors pourquoi Lucien Rachet sera nommé le 28 juillet 1944 Délégué du Gouvernement provisoire de la République pour la zone nord. Il quittera Londres pour la France…

Le 24 août 1944, le jour même de la reddition des Allemands, Lucien Rachline arrive à Paris et gagne directement la Préfecture de police.
Le lendemain, Lucien est présent dans le cortège de généraux et de chefs de la Résistance qui escortèrent le Général de Gaulle dans sa triomphale descente des Champs Elysées. De telles heures justifient une vie.

Mais le destin est aussi tragédie. Tandis que Lucien sillonnait la France comme Délégué du Général de Gaulle, son frère cadet Vila, membre lui aussi du réseau Vic, fut arrêté à Lyon. Conduit au siège de la Gestapo, il ne livra aucun nom, même pas le sien…. Ongles arrachés, œil crevé, dents brisées, il ne dira rien de ce qu’il sait. Le 10 juin 1944, Vila, extrait de sa cellule au Fort de Montluc, monte dans un camion allemand avec 18 autres détenus. Ils sont abattus à la mitrailleuse dans un champ. Les nazis espéraient avoir arrêté le Délégué du Général de Gaulle, Lucien Rachline dit Rachet. Ils ont tué son frère Vila. Que chacun de nous, à cet instant solennel où nous honorons la mémoire de Lucien Rachline, pense à son frère cadet torturé et fusillé parce qu’on l’avait pris pour lui.

Lucien, toujours discret, a tu sa douleur, mais rempli son devoir vis-à-vis des siens. Mais il était un mutilé, amputé de ce jeune frère tant aimé à qui il devait de continuer à vivre. Je pense que c’est là, dans cette douleur jamais apaisée, dans cette culpabilité secrète, que se trouvent le foyer de sa bonté, de son attention pour les autres et de son engagement pour les justes causes qui a marqué le reste de sa vie.

C’est à ce héros discret, à ce patriote fervent, à ce républicain ardent que Paris, rend aujourd’hui hommage. Insensible aux honneurs, Lucien Rachline n’avait jamais sollicité les décorations qu’il portait, ni la Croix des Compagnons de la Libération qu’il méritait. Mais pour vous, ses enfants, ses proches, ses amis, à cet instant solennel où la Ville de Paris honore ici un de ses enfants adoptifs qui l’a tant aimée, je rappellerai simplement les mots que le Général de Gaulle a écrits à Suzanne Rachline à la mort de celui-ci en 1968 : “Lucien Rachet avait servi de façon exemplaire à l’époque où c’était le plus difficile et le plus méritoire, manifestant au combat les plus éminentes qualités de courage et de dévouement. Je garderai fidèlement son souvenir“. Merci, Lazare Rachline.”


Journal de Janvier 2016: compte-rendu de notre séance-débat sur « Les héritiers »

26 janvier 2016

Les-Heritiers

Séance du 6 octobre 2015

Thème : l’éducation

Débattrice : Anne Anglès

 

 

 

Ils étaient une centaine d’élèves, tous des 3ème, tous de quartiers dits “défavorisés”, pour voir un film fait pour eux avec, comme débattrice, une “prof” exceptionnelle. Elle croit en ses élèves, quels qu’ils soient.

Avec une classe terriblement difficile et pour essayer de les sortir de leur mal-être, elle tente de les entraîner à participer à un concours sur la Résistance sur le sujet : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi”. Pari difficile, sujet hasardeux pour ces Blacks et ces Beurs qui, au départ, chahutent et ne croient pas en leur capacité de se colleter à un tel sujet. Et pourtant, c’est eux qui gagneront le premier prix du concours. Ils en retireront une confiance en eux qui sera porteuse pour toute leur vie et qui a déjà produit ses premiers fruits.
Quant à nos élèves, leurs réactions pendant la projection m’a amusée : Tout d’abord, quand les élèves du film chahutaient, ils chahutaient avec eux. Ensuite, grand silence respectueux pendant la génuflexion pour la prière musulmane. A noter que les élèves qui n’étaient pas musulmans ont été tout aussi respectueux. On est bien loin des années 60 où cette génuflexion était sujette à plaisanterie dans les “pub” de l’époque. Le reste du film a été suivi avec grande attention. Ensuite commence le débat avec Anne Anglès, la vraie “prof” qui a servi de modèle au scénario du film. Comme toujours quand on a la chance d’avoir un personnage en “vrai” les élèves veulent tout savoir en détail :

“Pourquoi c’était pas vous l’actrice ?” — Oh là là ! Heureusement qu’on a choisi Ariane Ascaride !

“Vous-même, en vrai, avez-vous été agressée par un élève ?“ — Oui, une fois, dans le couloir, j’ai entendu un élève en traiter un autre de “sale mec de ta race”. Comme d’une façon générale je ne sup- porte pas les mots en “ite” (antisémite) ou en “phobe” (islamophobe) je suis intervenue et me suis fait agresser à mon tour. Ce sont les élèves de ma classe qui sont venus à ma rescousse.

“Pourquoi, à la rentrée, a-t-on vu une élève porter le voile de façon agressive ?” — Après le bac, à la rentrée à l’Université, le voile est toléré. Cette jeune femme avait le bac mais elle aurait dû comprendre la différence entre espace privé et espace public.

Il y a eu encore beaucoup d’autres questions, en particulier sur le chahut en classe.
“Pourquoi avez-vous eu envie de faire passer le concours à cette classe si difficile. Comment avez-vous eu confiance en vos élèves?”— J’ai l’habitude. Vous, “les agités du bocal”, je sais que vous saurez évoluer. Je n’accepte pas l’image que l’on renvoie de vous, les jeunes. Les élèves de cette classe si difficile – ils chahutaient et se battaient – je ne voulais pas qu’on se contente de dire qu’ils iraient droit dans le mur. J’étais moi-même fragilisée, je venais d’enterrer ma maman. Je n’avais pas envie de les revoir. Mais j’ai retrouvé le goût du combat. Et, pour cette classe qui allait mal, j’ai voulu tenter de les intéresser au sujet du concours qui me tenait à cœur. Cette fois-ci c’était la Shoah, une autre fois ce sera les Tutsi. “Pourquoi est-ce que le film s’appelle Les héritiers ?”— Selon le sociologue Pierre Bourdieu, l’héritage est totalement inégalitaire, que l’on vienne d’un quartier riche ou d’un quartier défavorisé. Personnellement, c’est le bon côté des héritages qui m’intéresse : vous avez entendu, dans le film, le témoignage terriblement émouvant d’un des derniers rescapés de la Shoah. Ce témoignage, vous l’avez recueilli. Il est maintenant vôtre. C’est vous, les élèves, qui êtes les héritiers de ce témoignage et c’est à vous qu’il reviendra de le transmettre. De même, je me sens l’héritière de toutes les classes que j’ai eues tout au long de ma carrière. Voilà que maintenant, comme on le laisse entendre, une section FN est créée à Sciences- Po. Alors je compte sur vous et vous dis : attention, allez-y, travaillez dur, ne leur laissez aucune place.

 

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2016: compte-rendu de notre séance-débat « Les incendiaires de la mémoire »

26 janvier 2016

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Séance du 10 novembre 2015


Thème : le négationnisme


Débattrice : Chantal Picault, réalisatrice

 

 

 

Par bonheur, la réalisatrice, Chantal Picault était notre débattrice. Elle s’est intéressée à 3 génocides du 20° siècle : la Shoah (juifs et tziganes), le génocide arménien, le génocide des Tutsis du Rwanda.

Il y a eu, hélas, d’autres génocides au 20ème siècle (Yougoslavie, Ukraine, Khmers Rouges au Cambodge), et un autre semble se préparer au Burundi ! Mais, comme l’a précisé notre Président B. Jouanneau, il existe des négationnistes qui nient ces génocides, qui veulent les effacer de la mémoire. A Mémoire 2000, nous cherchons à vous informer, car vous êtes la France de demain, et c’est à vous de vous positionner pour que cela ne se reproduise plus.

Q : De quand datent ces documents filmés ?

R : En 1995, date du génocide des Tutsis du Rwanda, il n’existait aucune image filmée. Pas d’images, donc on n’en parle pas ! Pas d’images non plus de la Shoah ! Dans leur avancée, les Alliés eux- mêmes avaient détruit des traces. Sur certains documents photo- graphiques, on voit bien des cadavres de déportés derrière les barbelés, mais aucune image des chambres à gaz ! Les nazis ont voulu faire disparaître toutes les traces de leurs crimes, d’où l’essor du négationnisme. Le négationniste Faurisson a dit que les déportés qui mouraient étaient des malades. Alors, le couvercle s’est refermé sur ces morts pendant des dizaines d’années. Bernard Jouanneau a longtemps porté la parole d’Auschwitz contre les négationnistes, et il a eu du mal à faire participer des historiens à cette recherche de la Vérité. Des historiens qui ne se sont réveillés qu’en 1980.

Q : Pourquoi et comment devient-on négationniste ?

R : Selon Mme Picault, un historien turc dit comment cela se passe : comme dans les livres d’histoire il n’y a aucun document, il est impossible de se renseigner, donc on y croit ! Et quand on grandit, on devient négationniste. Cette négation du génocide arménien représente un confort pour les Turcs. Pour ce qui concerne la Shoah, les négationnistes sont tout simplement des antisémites.

Q : Pourquoi n’y avait-il pas de journalistes au Rwanda ?

R : Parce que ce génocide s’est déclenché très brutalement, et qu’il a très vite été impossible d’y aller. Les massacres n’ont duré que 2 mois. Et, Kigali est très loin de Paris. A l’Elysée, le Président Mitterrand brillait par son silence. Actuellement, les projecteurs sont braqués sur la Syrie, mais qui regarde vers le Soudan du Sud, où un génocide s’installe dans le silence ?

Q : Existe-t-il des preuves du génocide juif ?

R : Pour Faurisson, pas besoin de preuves, ce génocide n’a pas existé. Et puis, les historiens ont poursuivi leurs recherches, et des listes ont été publiées, notamment par les Klarsfeld. On le sait main- tenant, les survivants ont mis plus de 20 ans avant de se raconter. Au procès de Nuremberg, le mot “juif” n’a pas été prononcé une seule fois. Madame Simone Veil a attendu 2009 pour aller à Auschwitz avec ses enfants. Quand Rudolf Höss a tout raconté, Faurisson a dit qu’il mentait…

Q : Entre Juifs et Palestiniens, y a-t-il eu génocide?

R : Voici 5 critères qui définissent un génocide. Je te laisse le soin d’y réfléchir, et d’élaborer ta réponse.

Q : Quel intérêt les journalistes ont-ils de ne pas en parler?

R : Les médias parlent de ce qui est supposé intéresser le public.

Q : Quelle différence entre Crime contre l’Humanité et Génocide ?

R : Crime contre l’Humanité, pas d’organisation, de planification. Un génocide est un massacre planifié, sur ordre venu d’un niveau supé- rieur. Il faut donc savoir de quoi on parle, utiliser les mots exacts. . Comme le dit Claude Lanzmann “il faut voir et savoir”.

Q : Qu’est-ce qui pousse les gens à détester à ce point les autres ?

R : Mémoire 2000 promet une forte récompense à qui trouvera la réponse.

Guy Zerhat


Journal de Janvier 2016: « Je me souviens… »

26 janvier 2016

Je me souviens de tout : des 30 000 soldats morts en Algérie; des 300000 Algériens morts pendant la même période; de la révolte des généraux contre la République et du risque de dictature militaire; de l’OAS et de la peur qui a secoué Paris; de la petite Delphine Renard…

Je me souviens des attentats : de la rue Copernic (4 morts); de la rue des Rosiers (6 morts); du drugstore Saint-Germain (2 morts); du Pub Renault (2 morts); de la rue de Rennes (7 morts); de la station Saint-Michel (8 morts)… et de bien d’autres encore; Charlie Hebdo, Hyper-Cacher, 12 morts…

Je me souviens qu’à chaque attentat aggravant le sentiment naturel d’insécurité, des lois supplémentaires pour réduire les libertés individuelles ont été votées pour traquer, punir plus sévèrement… Très souvent sans succès, comme on peut le voir ces jours-ci.

Je ne me souviens pas, mais je sais qu’en 1940 on a voté des lois plus que répressives pour certaines catégories de Français, édictées par un gouvernement légal, dont les pouvoirs lui furent donnés par une assemblée élue régulièrement, comme pour démontrer que des lois iniques n’ont pas forcément le droit pour elles.

Et aujourd’hui? Quoi faire? Quoi dire? Manifester? Crier? S’émouvoir, écrire? Pas facile!!

Mais sûrement plus de démocratie comme le disait le Premier ministre norvégien après l’attentat de 2011 -77 morts, dans un pays réputé paisible : “J’ai un message pour ceux qui nous ont attaqués. Vous ne nous détruirez pas, vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur…Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance”.

Peut-être faudrait-il essayer.

Daniel Rachline


Journal de Janvier 2016: Ne laissez pas Auschwitz-Birkenau dans son état actuel

26 janvier 2016

Je crie, je hurle pour que tous nos amis du monde entier puissent m’entendre et surtout ceux du World Jewish Congress.
Ne laissez pas Auschwitz-Birkenau dans son état actuel. C’est le lieu symbolique où s’est déroulé le plus grand massacre de Juifs au XX° siècle. C’est là que des hommes, des femmes, des enfants et des bébés ont été tués de la manière la plus atroce. Ce symbole doit être gravé à jamais.

Il ne s’agit pas de refaire un Mémorial comme à Auschwitz 1, mais au moins de prévoir une grande salle pour pouvoir passer en boucle témoignages, vidéos, photos de tout ce qui s’est passé sur ce lieu.

Il faut que les personnes qui viennent en ce lieu de mémoire puissent se recueillir, méditer, prier, pleurer. Il est indispensable que nos familles, dont la terre est pleine de sang et de cendres, ne tombent pas dans l’oubli.

Vous savez bien que si ce lieu ne dispose pas d’un abri, bientôt plus personne ne viendra à Auschwitz-Birkenau et c’est vous tous qui en serez responsables.
Je vous en supplie écoutez ma prière, mes pleurs, et ne laissez pas ce lieu sans la Mémoire du passé, de ce qu’il représente pour des millions de personnes.

Isabelle Choko (ghetto de Lodz en Pologne, déportation à Auschwitz-Birkenau, travaux forcés au camp de Waldeslust en Allemagne, camp de Bergen-Belsen, libérée par l’armée britannique le 15 Avril 1945, arrivée en France au mois de février 1946)


ACCUEILLONS LES RÉFUGIÉS !

7 septembre 2015

Ils fuient les guerres, la violence, les pillages, les viols, la confiscation de leur vie par des régimes sans droit, par des hordes barbares, par des fanatiques aveugles, ils fuient la misère qui condamne leurs enfants à la faim, à la maladie, à la prostitution, à la drogue, à la soumission.

Ils fuient, comme nos parents, nos grands-parents ou nos arrières grands parents ont fui le génocide des Arméniens, les pogroms en Russie, la montée des fascismes en Europe, la misère en Afrique, les guerres en Asie. Comme eux ils ne demandent qu’à vivre honnêtement. Ils ne mendient pas de l’assistance, mais ils nous demandent de l’aide, pour retrouver le chemin de la vie par le travail, la création, l’apprentissage, dans la solidarité, et la sécurité.

Nos parents, nos grands-parents, ont trouvé cette aide en France, pas toujours sous le regard bienveillant de la population et des personnels politiques, mais avec le soutien majoritaire d’une France que la traditon des droits de l’Homme et d’une société de droit n’avait pas abandonnée. Grâce à ce soutien ils ont retrouvé l’espérance, le courage, la dignité. Et ils ont donné à la France leurs mains pour travailler, leurs cerveaux pour créer, leur cœur pour apprendre à aimer cette nouvelle patrie, la servir et la défendre, parfois en lui sacrifiant leur vie.

Ne nous laissons pas manipuler par ceux qui voudraient nous faire croire que la France n’a pas les moyens d’accueillir les milliers de réfugiés qui nous demandent de l’aide, mettons en commun notre réflexion pour rendre le goût de la vie à nos sœurs et frères chassés de leurs terres. Ils apporteront à notre pays ce que nos parents et grands-parents lui ont apporté. Ne fermons pas nos portes, soyons solidaires de nos frères humains. Notre frilosité d’aujourd’hui serait notre honte demain.

 

Nina Grojnowski-Kehayan, enseignante retraitée, traductrice.

Fille d’émigrés qui ont fui les pogroms antisémites et la misère en Pologne et Roumanie. Fille de Résistante, et d’Engagé volontaire dans la Seconde guerre mondiale.

 

 


Journal de Juillet 2015: compte-rendu de notre séance Cinéma du 19 mai 2015

7 septembre 2015
Le général Leclerc et ses troupes de la 2ème DB, sur sur les Champs-Elysées, après la libération de Paris (Georges Melamed  /  AFP/Archives)

Le général Leclerc et ses troupes de la 2ème DB, sur sur les Champs-Elysées, après la libération de Paris (Georges Melamed / AFP/Archives)

Séance du 19 mai 2015

Thème : la libération de Paris (70 ans)

Débatteur : François Rachline

 

50 élèves du collège Camille Sée avec leurs professeurs, sont venus apprendre et comprendre ce qu’avait été la libération de Paris

 

Ainsi, ont-ils pu entendre l’allocution historique du Général de Gaulle à l’Hôtel de Ville : « Paris ! Paris outragé! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré!..».

Ils y ont vu aussi nombre d’images et de témoignages inédits.

Tout n’y est pas blanc ou noir et c’est ce qui en fait l’intérêt. On y voit des actions héroïques mais aussi des bavures (cinq prisonniers allemands exécutés un à un par un jeune soldat).

On entend le fils du gouverneur Von Choltitz tenter d’expliquer pourquoi son père, qui participa à la destruction de Rotterdam et de Sébastopol, a épargné Paris.

Le calme total pendant la projection montre combien ces jeunes élèves ont suivi attentivement le film.

A l’heure des questions, comme souvent, ce sont les élèves de 3° normale, mieux que les 3° européennes qui participent de façon fort intéressante au débat.

Les autres hésiteraient-ils à se dévoiler ?­

Notre débatteur, François Rachline, frère de Daniel, l’un des membres de Mémoire 2000, est le fils de Lazare Rachline, Socrate, dans la Résistance.

Il brosse un tableau passionnant des méandres de la guerre, en s’appuyant sur l’action héroïque de son père. Il montre un talent exceptionnel à faire participer les élèves. En particulier il les pousse à prendre position personnellement : “Qu’aurais-je fait en telle circonstance? Que ferais-je aujourd’hui au risque de prendre des coups si j’étais témoin d’une injustice, d’un acte de racisme ou de toute atteinte à la liberté? “

A la fin du débat un élève demande à trois des membres de Mémoire 2000 qui ont connu la guerre de raconter leur histoire.

L’heure a tourné, la séance doit prendre fin. Les réponses seront brèves. Pour l’une c’est le récit des Justes qui ont sauvé sa famille en lui prêtant leur nom. Chez l’autre, le père a décrété qu’il ferait tout pour ne pas rencontrer un seul Allemand sur le sol de France et, après bien des péripéties, il y a réussi ! La troisième raconte comment son père a entendu l’Appel de Gaulle du 18 Juin et a pris la décision de partir immédiatement le rejoindre à Londres.

On le sait, les élèves sont toujours avides d’entendre des Témoins. Et ceux de la guerre 39-45 et des camps, bientôt il n’y en aura plus.

Mais d’autres générations, plus jeunes, seront témoins d’autres faits moins dramatiques.

Du moins, c’est ce qu’on leur souhaite.

Hélène Eisenmann


Journal de Juillet 2015: Chassez le naturel…

7 septembre 2015
Günter Grass à droite, en 1944, lors de sa préparation à l'entrée dans les Waffen SS

Günter Grass à droite, en 1944, lors de sa préparation à l’entrée dans les Waffen SS

Lauréat du Prix Nobel de littérature en 1999, Günter Grass, est mort en avril dernier. Immense écrivain reconnu et respecté, il se présentait à la face du monde comme une autorité morale irréprochable, pacifiste et antimilitariste convaincu…

Mais en août 2006, sans doute pour se débarrasser comme il l’a dit lui-même d’un secret “qui le hantait depuis toujours”, il avoue s’être enrôlé, à l’âge de 17 ans, dans les Waffen SS… Stupeur et consternation!!

Günter Grass a mis plus de 60 ans avant de révéler son passé nazi. Mais il semble que ce fut là plus qu’une révélation : un véritable retour à “ses” sources, car dès lors il n’a cessé de se proclamer “amis des Ayatollahs iraniens” et de reprendre, sous couvert de critiques d’Israël, les poncifs antisémites les plus éculés. Günter Grass n’aurait-il donc jamais changé? A-t-il passé sa vie dans la posture et l’imposture? Probable…

C’est affligeant et désespérant.

 

Lison Benzaquen

 


Journal de Juillet 2015: François Hollande à Izieu

7 septembre 2015
© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le 6 avril 2015 François Hollande est allé à Izieu pour inaugurer une extension du musée, anciennement Maison d’Izieu et a rendu hommage aux 44 enfants juifs raflés avec les 7 adultes qui les accompagnaient, le 6 avril 1944. Le président y a prononcé un discours contre la montée des “fondamentalismes religieux” dont voici quelques extraits significatifs.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs… A chaque fois, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans. La barbarie n’a pas d’âge, n’a pas de couleur, n’a pas de limite.…

Plus que jamais, l’Histoire nous livre des leçons pour le présent. Elle nous rappelle qu’il y a besoin de combattants pour prévenir et pour vaincre la barbarie…

Les lieux de mémoire sont là pour mettre les consciences en éveil…Dans notre civilisation de l’image et de l’information continue, les lieux de mémoire et les outils qu’ils proposent sont aussi une indispensable école du discernement et du rappel aux faits historiques face à toutes les falsifications…

Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, prochainement présenté par le Premier ministre, fera une place essentielle à la mission éducative et prévoit que chaque élève entrera en contact avec un lieu de culture, d’histoire et de mémoire, à chaque temps de la scolarité, primaire, collège et lycée.…

Le tronc commun de formation de tous les futurs professeurs du premier comme du second degré fera également une place prioritaire à l’enseignement laïc du fait religieux et à la lutte contre les préjugés racistes et antisémites…

Puis, rappelant les “épreuves terribles” du début janvier à Paris, le Président a appelé les Français à “plus que jamais se réunir et à se rassembler”…

Et d’ajouter : Personne ne peut imaginer que la République serait à ce point fragile, que la France devrait se barricader, s’enfermer à double tour, fuir les échanges plutôt que de se rendre compte avec fierté de nos talents, de notre culture, de notre capacité industrielle, mais aussi de la richesse de notre diversité. »


Journal de Juillet 2015: “Le labyrinthe du silence”

7 septembre 2015
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Le Labyrinthe du silence a été réalisé par Giulio Ricciarelli (Allemagne, 2014)

Le 70° anniversaire de la libération des camps nazis et particulièrement le 27 janvier 1945 celui d’Auschwitz, permet de donner libre cours à la description (films, livres, articles de presse) de ce qui s’est passé. Fin de l’oubli ou du négationnisme, il est juste temps car les derniers témoins disparaissent les uns après les autres et la transmission en “vrai” va devenir plus difficile.

La débauche d’informations ne lèvera pas le silence voulu ou du à l’ignorance qui a perduré longtemps après la guerre.

C’est principalement l’objet de ce film dont le titre un peu mystérieux cache un film tiré au rasoir sur la description du procès de Düsseldorf en 1962 qui a fait juger des dirigeants nazis par des juges allemands.

Le film traite aussi de la quête d’un procureur allemand qui cherche la vérité de ce qui s’est passé alors que tout le monde nie ou cache la vérité qu’on n’ose pas encore regarder en face.

C’est un film phénoménal que vous garderez en mémoire.

 

Daniel Rachline

 


Journal de Juillet 2015: Un exposé passionnant…

7 septembre 2015

Nous avons eu le plaisir de recevoir, lors de notre réunion du conseil du 1° juin, l’historien Marcel Kabanda, venu nous éclairer sur la situation du Rwanda, principalement dans le domaine de la justice exercée après le génocide de 1992.

Nous avons découvert qu’en 1996 déjà, un tribunal international basé à Kigali menait les premières enquêtes et qu’en 1998 près de 80 personnes avaient été jugées.

Cependant, il y eut des jugements dès 1994, mais dans le contexte de l’époque, il était difficile de juger, le génocide ayant démantelé toutes les structures. Devant les carences d’une justice “normale”, les Rwandais ont eu recours à un mécanisme plus traditionnel : la Gacaca qui consistait à rendre la justice sur les collines où des gens se rassemblaient, élisaient des personnes considérées comme intègres et les chargeaient de conduire les jugements. Les jugements Gacaca servaient également à encourager la réconciliation en permettant aux victimes d’apprendre la vérité sur la mort de leurs proches. Ils donnaient aussi aux coupables l’occasion d’avouer leurs crimes, de déclarer leurs remords et de demander pardon devant la communauté. Les tribunaux Gacaca ont officiellement achevé leur mandat en 2012. Ils ont jugé près d’un million de personnes avec à peu près 60% d’acquittements et 40% de condamnations.

A l’international, la Belgique en 2011 a rendu six jugements. La France un jugement en 2015. Deux procès sont prévus pour 2016. La machine judiciaire est en marche et rien ne viendra l’arrêter, les faits étant imprescriptibles.

Dans l’avenir, la déclassification des archives permettra d’établir les responsabilités, notamment de la France… Mais ça prendra du temps!

On sait combien il est important pour les survivants, les victimes d’un génocide et leurs descendants que justice soit faite. C’est pour eux le seul moyen de recouvrer leur dignité, le courage d’aller de l’avant et de pardonner.

C’est un long et nécessaire travail et le Rwanda semble l’avoir bien compris et bien entrepris.

En tout cas un grand merci à Marcel Kabanda pour son exposé clair et précis.

Nous avons beaucoup appris.

Lison Benzaquen


Journal de Juillet 2015: Les migrants

7 septembre 2015

En 1905, ma grand-mère paternelle avec mon père sur le dos, est entrée en France après avoir traversé une partie de la Russie à pied. Elle a été accueillie à bras ouverts par la police de l’époque.

Cette anecdote reste ancrée en ma mémoire profondément en regardant ce qui se passe avec ceux que l’on appelle aujourd’hui, les migrants.

Malgré tout ce que nous avons subi par la suite dans ce beau pays, il reste celui qui nous a permis de survivre. Que se passe-t-il pour qu’il soit bien changé?

En 1938, à Evian, fut organisée une conférence européenne et américaine (sans l’Allemagne et l’Italie), pour savoir quel sort il fallait réserver aux juifs expulsés d’Allemagne.

Aucune solution ne fut trouvée, laissant Hitler trouver la sienne.

Nous n’en sommes pas là, mais…

 

Daniel Rachline


Journal de Juillet 2015: la Résistance au féminin

7 septembre 2015

Le 27 mai, sont entrés au Panthéon, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Tous les quatre ont été des Résistants et honorés comme tels. La cérémonie a été émouvante, très digne et la jeunesse dont on espère qu’elle saura tirer les leçons de l’histoire de ces héros, était représentée en nombre.

Avec l’entrée de G. Tillion et G. de Gaulle, le Panthéon se féminise et double ainsi le nombre de femmes qui y sont inhumées. Elles viennent rejoindre Sophie Berthelot qui s’y trouve par respect de son choix d’être près de son mari le chimiste Marcellin Berthelot, et Marie Curie, prix Nobel de Physique-Chimie.

Avec ces deux femmes, c’est aussi la Résistance féminine qui, d’une certaine façon, est reconnue et consacrée, alors que depuis la fin de la guerre cette résistance a été minimisée sinon occultée.

Seules quelques grandes figures féminines, après guerre, ont été retenues. En réalité, des milliers de femmes se sont engagées dans la Résistance et leurs actions ont été souvent déterminantes. Elles ont comme les hommes pris des risques considérables, se sont montrées courageuses et parfois héroïques, sans calcul. Elles ont payé un lourd tribut à leur engagement. Beaucoup y ont laissé leur vie ou ont été déportées.

Après la guerre, modestement, elle ont retrouvé le chemin de la maison et leur rôle de ménagère, mère et épouse. Mais vivre une telle aventure transforme et les femmes ont compris qu’elles devaient prendre leur destin en main.

C’est alors que leur combat pour l’égalité a commencé avec pour première victoire le droit de vote en 1945. Depuis les femmes n’ont cessé de lutter pour s’émanciper, acquérir les droits les plus élémentaires…Et le combat continue…

L’entrée de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon est un symbole important…

Lison Benzaquen

 


Éditorial du journal de Janvier 2015: Le « petit Monsieur »

2 mars 2015
Camp S-21, Phnom Penh, Cambodge

Camp S-21, Phnom Penh, Cambodge

Je rentre de Phnom Penh, le bout du monde, mais on n’en revient pas sans passer par S21 le centre de sécurité des Khmers Rouges de 1975 à 1979, le temps du règne de l’Angkar qui a mis en place le régime du Kampuchéa Démocratique. On ne sort pas de là, de cet endroit aujourd’hui transformé en musée du génocide cambodgien, indemne.

Sans m’y attendre, je l’ai vu ce petit Monsieur, l’un de huit rescapés du centre S21 de Phnom Penh où 17000 Cambodgiens sont passés entre le 7 avril 1975 et le 17 avril 1979, entre le mains de Kang Gukeav alias Douch, le responsable de ce centre, au service des Khmers Rouges du Kampuchéa Démocratique, sous l’appellation de Tuol Seng.

Il vendait et dédicaçait son livre « Le survivant » dans lequel il raconte son arrestation dont on ne lui a jamais dit les raisons, et les tortures qu’il a subies de la part des brigadistes Khmers Rouges agissant sous les ordres du commandant de ce centre qui sera finalement condamné, d’abord à 35 ans puis, en appel, à perpétuité par le tribunal international, constitué vingt ans après, à parité entre les Cambodgiens et l’ONU.

Chum Mey présentant son livre "Survivant"

Chum Mey présentant son livre « Survivant »

Il s’appelle Chum Mey. Il a aujourd’hui 83 ans. Grâce à lui notamment et à quelques très rares survivants, nous disposons pour l’histoire de témoignages directs sur ce qui s’est passé là-bas, avant que les négationnistes fassent leurs ravages. Il avait 45 ans lorsqu’il a été arrêté. Il était un simple mécanicien (et il semble que ce soit ses compétences techniques qui aient retenu l’attention des Khmers Rouges). Il a réussi miraculeusement à s’évader. Sa femme et ses enfants y sont restés et on ne les a jamais revus.

L’épreuve qu’il a vécue durant son incarcération est identique à celle des milliers d’autres Cambodgiens dont les visages scrutent aujourd’hui les visiteurs de ce musée, avec l’air de leur demander « Qu’avez-vous fait pour nous? » – Rien.

Pour avoir une idée de la condition réservée à toutes ces victimes des Khmers Rouges, il faut prendre connaissance du règlement affiché dans toutes les salles de torture et dont la lecture glace le sang et vous donne un aperçu de l’absurde et de l’esclavage auxquels se sont trouvés confrontées les victime, sans qu’on leur dise pourquoi (voir en bas de page).

Il était là, à la sortie du musée, avec sa pile de livres. Je l’ai vu, de mes yeux vu. Il ne parlait pas, mais il avait écrit ces lignes lors du procès de Douch : « Je ne dois pas condamner mes compatriotes qui m’ont torturé. S’ils étaient en vie et s’ils venaient me voir, je ne me fâcherais pas contre eux parce qu’ils faisaient ce qu’ils avaient à faire. Je les considérerais comme des victimes comme moi, puisqu’ils exécutaient les ordres d’autres personnes … Au cours des interrogatoires que j’ai subis, je me suis fâché, mais depuis après une longue période, ayant compris que ces personnes avaient à faire ce qu’on leur a dit de faire, je ne suis plus fâché contre qui que ce soit. Même les personnes qui m’ont torturé ont perdu leurs parents et les membres de leur famille… Selon le proverbe khmer, si un chien enragé vous mord, ne le mordez pas. Si vous le faites cela voudra dire que vous êtes vous même aussi enragé ». En rentrant je me suis dit en moi même que ce « petit monsieur » qui vendait ses souvenirs était un grand monsieur qui, en survivant aux épreuves qu’il avait du subir avait fait avancer l’humanité d’un grand pas.

A le lire, on ne peut s’empêcher de penser que c’est le malheur, l’horreur, l’impensable, l’inimaginable qui l’emportent et que malgré cela, on continue en France de stigmatiser les lois mémorielles et de refuser de sanctionner d’autres négations que celle de la Shoah, que la gangrène menace le monde entier et que nous devons tous tout faire pour ne pas l’oublier, pour ne pas supporter de l’entendre nier, y compris par le peuple qui en a été la victime, pour le voir escamoter par la justice.

Ce n’est pas l’affaire des Cambodgiens ni celle des Arméniens, ni celle des Juifs, ni celle des Tutsis, ni celle des Congolais, c’est l’affaire de l’humanité et nous en sommes chacun porteur d’une parcelle.

Bernard Jouanneau

 

Ce texte du règlement du centre S21 est aujourd’hui reproduit sur un panneau planté dans la cour de l’école. Il est destiné à l’édification de touristes qui le prennent en photo. Les détenus l’avaient sous les yeux dans leur cellule en permanence:

 

1 – Répond conformément à la question que je t’ai posée. N’essaie pas de me détourner de la mienne.

2 – N’essaie pas de t’échapper en prenant des prétextes selon tes idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contredire.

3 – Ne fais pas l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la Révolution.

4 – Répond immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir.

5 – Ne me parle pas de tes petits problèmes, parle moi de la Révolution.

6 – Pendant la bastonnade et l’électrochoc il et interdit de crier fort.

7 – Reste assis tranquillement, attend mes ordres. S’il n’y a pas d’ordres ne fais rien et si je te demande de faire quelque chose fais le immédiatement sans protester.

8 – Ne prends pas prétexte pour voiler ta gueule de traître.

9 – Si tu ne suis pas tous les ordres ci dessus tu recevras de coups.

10 – Si tu désobéis tu auras soit 10 coups de fouet soit 5 électrochocs.

 


Journal de Janvier 2015: Cent ans de négation et de solitude

2 mars 2015

2015 sera l’année du centenaire du génocide des Arméniens, et centenaire aussi de sa négation (à lire “Mémorial du génocide arménien” de Raymond Kévorkian, Yves Ternon).

A cette occasion Bernard Jouanneau a posé quelques questions à notre ami Serge Tavitian, avocat, membre du conseil de Mémoire 2000, très actif dans le lutte contre le négationnisme.

B.J. — Estimes-tu possible vraisemblable ou impossible que la Turquie reconnaisse le génocide de 1915 ? Quelles sont d’après toi les raisons qui empêchent la Turquie de le reconnaître, comme par exemple l’Allemagne l’a fait pour la shoah ? Crois-tu que la communauté internationale a les moyens de faire pression sur la Turquie pour l’amener à le reconnaître ?

S.T. — En l’état actuel des choses il est selon moi impossible que la Turquie reconnaisse le génocide arménien. Elle n’a toujours pas fait son retour vers le passé et ne l’assume pas. La société turque se ferme et s’arc-boute sur ses principes. Les Arméniens sont toujours victimes de discrimination dans ce pays. Revenir sur le génocide arménien c’est revenir sur la république de Turquie qui s’est construite sur les cendres du génocide arménien. C’est aussi revenir sur l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk qui a été l’artisan de la naissance de la Turquie moderne et de l’enterrement du traité de Sèvres qui a fait s’évanouir pour longtemps toute idée d’Etat indépendant. La Turquie s’est construite sur des cendres et un mensonge d’Etat.

B.J. — A l’inverse penses tu que la Turquie peut intervenir sur le plan politique, diplomatique ou économique pour empêcher les Etats de reconnaître le génocide?

S.T.— La Turquie intervient et ne se gêne pas pour toujours employer des moyens diplomatiques propres à stopper toutes velléités de reconnaissance et pour nier l’Histoire. Elle emploie toujours des moyens financiers importants pour poursuivre son œuvre négationniste.

B.J. — Y a-t-il des pays dans lesquels la communauté arménienne est aussi agissante qu’en France pour obtenir que la négation du génocide fasse l’objet d’une répression ?

S.T. — Aux États-Unis, la communauté est très active.

B.J. — Que sais-tu des initiatives en cours en France pour mettre en place une telle répression depuis que le conseil constitutionnel a déclaré inconstitutionnelle la loi que Valérie Boyer avait réussi à faire voter en ce sens par le Parlement au mois de janvier 2012 ? As-tu pris connaissance de la nouvelle proposition du groupe UMP qui tend à incriminer certaines pratiques négationnistes portant sur l’ensemble des génocides du XX° siècle, sous réserve de l’excuse absolutoire de l’histoire. Penses-tu qu’elle ait des chances de recueillir une approbation collective de l’ensemble des formations politiques y compris le Front National ? Est-il important ou seulement souhaitable d’y parvenir avant ou à l’occasion du centième anniversaire, alors qu’il ne reste que relativement peu de temps ?

S.T. — C’est à la fois important et souhaitable. Important car la commémoration est symbolique. Souhaitable car cela rendrait la négation de tout génocide interdite et donc instituerait un universalisme de la répression. Après tout, on raconte que Lemkine a assisté au procès de Tehlirian, cet Arménien qui a assassiné à Berlin au terme d’une des plus grandes chasse à l’homme de l’histoire, Talaat Pacha, le grand ordonnateur du génocide arménien. Jugé en cour d’assises, il fut acquitté. Lemkine est paraît-il sorti bouleversé de cette audience et je veux croire qu’elle a marqué son esprit de juriste et est au moins pour partie à l’origine de sa réflexion ayant conduit à la création de l’infraction de génocide.

B.J. — Estimes-tu préférable d’attendre, comme semblent le penser bon nombre de membres de l’AFAJA, que Le président François Hollande donne suite à sa promesse de revenir sur la question en 2016  ou que la cour européenne des droits de l’homme se soit prononcée sur le recours de la Suisse contre l’arrêt Perincek ?

S.T. — Attendre n’est jamais la solution. Il faut agir sur tous les fronts.