Journal de Janvier 2016: compte-rendu de notre séance-débat sur « Les héritiers »

Les-Heritiers

Séance du 6 octobre 2015

Thème : l’éducation

Débattrice : Anne Anglès

 

 

 

Ils étaient une centaine d’élèves, tous des 3ème, tous de quartiers dits “défavorisés”, pour voir un film fait pour eux avec, comme débattrice, une “prof” exceptionnelle. Elle croit en ses élèves, quels qu’ils soient.

Avec une classe terriblement difficile et pour essayer de les sortir de leur mal-être, elle tente de les entraîner à participer à un concours sur la Résistance sur le sujet : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi”. Pari difficile, sujet hasardeux pour ces Blacks et ces Beurs qui, au départ, chahutent et ne croient pas en leur capacité de se colleter à un tel sujet. Et pourtant, c’est eux qui gagneront le premier prix du concours. Ils en retireront une confiance en eux qui sera porteuse pour toute leur vie et qui a déjà produit ses premiers fruits.
Quant à nos élèves, leurs réactions pendant la projection m’a amusée : Tout d’abord, quand les élèves du film chahutaient, ils chahutaient avec eux. Ensuite, grand silence respectueux pendant la génuflexion pour la prière musulmane. A noter que les élèves qui n’étaient pas musulmans ont été tout aussi respectueux. On est bien loin des années 60 où cette génuflexion était sujette à plaisanterie dans les “pub” de l’époque. Le reste du film a été suivi avec grande attention. Ensuite commence le débat avec Anne Anglès, la vraie “prof” qui a servi de modèle au scénario du film. Comme toujours quand on a la chance d’avoir un personnage en “vrai” les élèves veulent tout savoir en détail :

“Pourquoi c’était pas vous l’actrice ?” — Oh là là ! Heureusement qu’on a choisi Ariane Ascaride !

“Vous-même, en vrai, avez-vous été agressée par un élève ?“ — Oui, une fois, dans le couloir, j’ai entendu un élève en traiter un autre de “sale mec de ta race”. Comme d’une façon générale je ne sup- porte pas les mots en “ite” (antisémite) ou en “phobe” (islamophobe) je suis intervenue et me suis fait agresser à mon tour. Ce sont les élèves de ma classe qui sont venus à ma rescousse.

“Pourquoi, à la rentrée, a-t-on vu une élève porter le voile de façon agressive ?” — Après le bac, à la rentrée à l’Université, le voile est toléré. Cette jeune femme avait le bac mais elle aurait dû comprendre la différence entre espace privé et espace public.

Il y a eu encore beaucoup d’autres questions, en particulier sur le chahut en classe.
“Pourquoi avez-vous eu envie de faire passer le concours à cette classe si difficile. Comment avez-vous eu confiance en vos élèves?”— J’ai l’habitude. Vous, “les agités du bocal”, je sais que vous saurez évoluer. Je n’accepte pas l’image que l’on renvoie de vous, les jeunes. Les élèves de cette classe si difficile – ils chahutaient et se battaient – je ne voulais pas qu’on se contente de dire qu’ils iraient droit dans le mur. J’étais moi-même fragilisée, je venais d’enterrer ma maman. Je n’avais pas envie de les revoir. Mais j’ai retrouvé le goût du combat. Et, pour cette classe qui allait mal, j’ai voulu tenter de les intéresser au sujet du concours qui me tenait à cœur. Cette fois-ci c’était la Shoah, une autre fois ce sera les Tutsi. “Pourquoi est-ce que le film s’appelle Les héritiers ?”— Selon le sociologue Pierre Bourdieu, l’héritage est totalement inégalitaire, que l’on vienne d’un quartier riche ou d’un quartier défavorisé. Personnellement, c’est le bon côté des héritages qui m’intéresse : vous avez entendu, dans le film, le témoignage terriblement émouvant d’un des derniers rescapés de la Shoah. Ce témoignage, vous l’avez recueilli. Il est maintenant vôtre. C’est vous, les élèves, qui êtes les héritiers de ce témoignage et c’est à vous qu’il reviendra de le transmettre. De même, je me sens l’héritière de toutes les classes que j’ai eues tout au long de ma carrière. Voilà que maintenant, comme on le laisse entendre, une section FN est créée à Sciences- Po. Alors je compte sur vous et vous dis : attention, allez-y, travaillez dur, ne leur laissez aucune place.

 

Hélène Eisenmann

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