Journal d’Avril 2016: La vie comme tous les jours

La guerre vue de l’intérieur au fond d’une boutique de tailleur rue de Paris à Montreuil. A 13 ans, on n’y comprend rien, d’ailleurs à n’importe quel âge non plus, comme les parents du narrateur, Lazare et Clara, qui ne sont pas revenus de la rafle du 16 juillet 1942, sous les yeux de leur fils qu’ils avaient déménagé chez leurs voisins pour diminuer les risques. Ils lui ont sauvé la vie par leur prudence.

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Je ne comprends rien, sinon que c’était
la guerre des Juifs, comme à l’école
entre les cow-boys et les Indiens. Mais
nous, c’était pour rire. Eux, ils étaient
sérieux. L’école elle s’appelait Robespierre, 
le quartier parlait du communisme, du
socialisme, du monde à refaire. De Staline, 
d’Hitler. Il se souvient des rires, des cris, 
des discussions: tailleurs, fourreurs, ébénistes, couturières, tous membres de l’Amicale Israélite de Montreuil. Les parents font
faire des études à leurs enfants qui réussiront comme le juif polonais Blum, ou
deviendront docteurs-spécialistes avec une plaque dorée en bas. On parle aussi de l’antisémitisme des Polonais qui les a conduits à Montreuil. A propos, Chopin était-il antisémite? se demande le jeune garçon promis à de hautes destinées. Ses parents le forçaient donc à dormir chez les voisins qui avaient perdu leur fils. Bientôt tout s’embrouille, il y a ceux qui partent en laissant leurs meubles sur place, et bientôt l’obligation de se faire enregistrer au commissariat de la Croix-de-Chavaux. Ceux qui y vont parce que la loi c’est la loi, et ceux qui refusent cette France de la honte, France de petits fonctionnaires qui font leur métier…Les premiers ressortent avec leur visage défait. Sans un mot, ils ont montré leur carte d’identité tamponnée d’un JUIF majuscule. Ils sont en règle, rien de spécial ne s’est passé.

Et le travail a repris. Pourtant pour vivre c’était difficile. Plus beaucoup de costumes sur mesure. Papa et maman faisaient des retouches, rapiéçaient les habits usagés contre des légumes, du pain, des œufs. Et, collée sur la vitrine, une affiche ENTREPRISE JUIVE. Pourquoi as-tu cru ces salauds? ne cesse de demander le survivant. Et aussi: comment réparer l’irréparable? Avec de la colle et des ciseaux? Dans un monde perdu qui ne ressemble à rien de connu.

Car après la guerre il y a l’après-guerre et aussi le sionisme dont ses parents ne connaissaient même pas le nom. Il faut (re)prendre son destin en mains, rester ou partir en Israël? Il fait son choix loin de tous les embrigadements. La France est son pays natal même lorsqu’elle affichait ses portraits de juifs à long nez, aux cheveux crépus, etc…Chaque être humain nait avec des valises, parfois bien lourdes à porter. Heureux ceux qui n’ont qu’un baluchon.

Colette Gutman

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