Journal d’Octobre 2018 : Une bonne prise de conscience

29 novembre 2018

“ En descendant les Champs-Elysées, tout à coup, je croise un homme et un enfant, bien habillés, remontant vers l’Arc de triomphe. Ils avaient le mot juif et l’étoile jaune cousus sur leur veste.

En vous le racontant aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, tellement ça a été un choc. Oui, un choc ! C’était inacceptable. Là, d’un coup, je me suis dit : mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ils soient juifs ou pas, qu’est-ce que ça peut faire ? Je ne sais pas comment vous dire, mais ça a brisé d’un coup mon antisémitisme.

Cela reste un moment unique dans ma vie. Cet homme et son fils, au fond, j’aurais voulu les serrer dans mes bras”.

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Daniel Cordier pendant la guerre et aujourd’hui

Ce sont les paroles de Daniel Cordier lors d’une interview accordée au Monde en mai dernier et qui explique de façon simple et émouvante, comment en quelques instants seulement il a pu prendre conscience de l’absurdité et de la violence de l’antisémitisme.

C’est sans doute, en partie, grâce à cette prise de conscience “fortuite” que cet ancien Camelot du roi, élevé dans une famille d’extrême droite, admiratrice de Maurras, antisémite, comme il était de bon ton de l’être à cette époque, s’engage dans la France libre et qu’il est devenu le personnage formidable que l’on connait.

Il dit lui-même qu’il fallait être fou pour faire certaines choses. Certaines folies sont d’une immense sagesse…

Il y a des leçons à écouter de cet homme “libre” qui pourtant ne souhaite pas en donner.


Modification de notre séance du 14 mars 2017: projection du film « Le Havre », suivi d’un débat sur l’immigration

6 décembre 2016

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Mardi 14 mars 2017

Thème: L’immigration 

Film: Le Havre (Finlande et France, 2011, 1h33)

Réalisation: Aki Kaurismaki

Principaux acteurs : André Wilm, Jean-Pierre Darroussin

Résumé : 

Sous forme d’un conte social, il s’agit d’un hymne à la fraternité et à la solidarité : comment aider son prochain, même s’il s’agit d’un clandestin, même s’il est pauvre et démuni.

 

Téléchargez le dossier pédagogique rédigé par Guy ZEHRAT, membre de Mémoire 2000 en CLIQUANT ICI.

 

 


Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
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Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen 


Journal de Juillet 2015: Et si on essayait la fraternité ?

7 septembre 2015

9782226316219gCe début d’année 2015, marqué par les attentats barbares de janvier et la montée désastreuse mais hélas prévisible du Front National, n’est pas vraiment de nature à nous donner un moral d’acier.

Et pourtant, il faut plus que jamais croire en nous et en notre pays. Dans cette optique, je ne saurais trop vous recommander un essai qui vient de paraître chez Albin Michel : “Plaidoyer pour la Fraternité”, d’Abdennour Bidar. Voilà bien un ouvrage lumineux et roboratif, qui pourrait peut-être nous aider à passer de l’ère de la défiance à celle de la confiance.

L’auteur, normalien, agrégé et docteur en philosophie, fait partie de l’Observatoire de la Laïcité, et a participé à la rédaction de la Charte de la Laïcité, qui désormais trône dans nos écoles. Il nous parle de “l’urgence d’œuvrer tous ensemble à quelque chose de très simple, de très beau et de très difficile à la fois, la fraternité”, qui est ce qui manque le plus à notre vivre-ensemble et “qui réunirait ceux qui croient à tel ou tel ciel et ceux qui n’y croient pas”. Car “sans la chaleur humaine de la fraternité, alors la liberté, l’égalité, la laïcité, la citoyenneté, restent à jamais des valeurs froides”. Il nous faut en quelque sorte déconstruire la haine, “lutter pour notre fraternité par tous les outils de la culture, du dialogue, d’une mixité sociale retrouvée à la place de nos ghettos de pauvres et de riches”.

L’auteur a bien conscience de la déliaison, de la fracture qui s’est opérée avec une partie musulmane de notre population. Il sait que beaucoup d’entre eux viennent de pays où ils ne voudraient pas retourner vivre parce qu’il y règne d’épouvantables inégalités sociales, sans aucune mesure avec les nôtres. Nos musulmans n’ont rien à gagner, par conséquent, à s’enfermer dans la “culture du ressentiment”. Héritier des Lumières, amoureux de la France, monsieur Bidar cite ce mot de Lévinas à propos de l’affaire Dreyfus : “Un pays qui se déchire à un tel point pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut rapidement aller”. Par ailleurs, il apprécie à sa juste valeur notre laïcité, moyen de vivre ensemble, qu’il veut coupler avec “la fraternité comme amitié entre nous tous dans le vivre-ensemble”. Selon lui, nos valeurs – dignité, liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité, mixité – doivent être réapprises par notre société tout entière. Ceci pour nous prémunir contre la haine de l’autre, la peur de l’étranger, contre laquelle nous avait prévenus Camus.

Fraterniser, certes, mais avec qui, alors que la mixité sociale et culturelle n’existe plus ? “La fraternité, c’est l’école de la rue, une affaire d’éducation familiale. On est d’abord frères humains avant d’être frères en religion ou frères de classe”. Pour faire participer les musulmans à notre idéal, il faut responsabiliser l’Islam, sans l’accuser. Et Bidar évoque ici la figure du regretté Abdelwahab Meddeb, qui dénonçait il y a 20 ans déjà les racines profondes de “la maladie de l’Islam”. C’est donc avec les musulmans qu’il y a maintenant une “décision de fraternité” à prendre. “Il n’y a nul besoin de se ressembler pour se rassembler”. A condition évidemment, pour l’Islam, de se repenser de fond en comble, à la lumière spirituelle de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la démocratie et de la laïcité. Bidar veut aider les musulmans à “développer un rapport libre à l’Islam, grande culture et grand humanisme”. Une urgence pour cela : s’assurer de la formation des imams à nos valeurs. Il nous faut “oser parler du sacré tous ensemble, un sacré qui n’entre en concurrence ni avec les religions ni avec l’athéisme”. Et seule la fraternité remplit ces critères : valeur transversale, universelle, elle dit que “nous ne sommes rien les uns sans les autres”. Et c’est notre peuple français, celui de la République, qui a donné à la fraternité des êtres humains son acte de naissance historique, en les déclarant “libres et égaux en droits”.

Nous devons donc choisir entre fraternité universelle et repli sur soi. De ce souci pour autrui, seul un frère est capable, et peut alors œuvrer à la liberté et l’égalité de l’autre. Mais cette fraternité s’apprend par un travail sur soi. On ne naît pas fraternel, on le devient, en nous investissant dans la relation à l’Autre, en faisant un peu plus attention à lui, s’efforcer de déconstruire la haine, résultat de “déficits énormes de l’éducation familiale de trop de nos petits musulmans, et de zones d’ombre dans la conscience de beaucoup trop d’adultes”. Plus loin : “Toutes les civilisations, toutes les religions et toutes les morales du monde se rencontrent sur le commandement de fraternité”. Lorsque le proscrit Jean Valjean frappe à la porte de l’Evêque de Digne, celui-ci, qui ne l’a jamais vu, lui dit : “Je le connais, ton nom, tu t’appelles mon frère”. Et c’est vrai qu’ “il fait trop froid dans la vie en Occident”.

Et l’auteur termine par “Dix propositions pour une France fraternelle”. J’en retiendrai ici quelques-unes : mettre en route une politique de désenclavement, vers plus d’emplois, de mobilité  et de mixité  sociale, ethnique et culturelle ; centrer la morale à l’école sur la culture de la Fraternité (dans certains établissements sous contrat avec l’Etat, on apprendrait plutôt la haine de l’Autre !) ; apprendre aux élèves une éthique de la discussion, pour pouvoir débattre sur les valeurs ; multiplier les forums citoyens ; instituer un service civique obligatoire et efficace ; créer des espaces de fraternité, et instituer une Fête de la Fraternité.

J’entends déjà les commentaires railleurs et sceptiques : tout ça, c’est bien beau, mais ça fait un peu “bisounours” : pour fraterniser, il faut être deux, mais l’Autre est souvent mal disposé ou réticent. Soit, mais alors, est-ce là un motif pour renoncer ? Doit-on attendre de nouveaux attentats, voire, pourquoi pas, une guerre civile ? Il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre, dit-on. Aussi, je vous en prie, lisez-ce livre, et vous finirez peut-être par dire à votre tour : et si on essayait la Fraternité ? Chiche ?

 

Guy ZERHAT


Journal de Janvier 2015: il y a 70 ans, le 1er décembre 1944 : le massacre de Thiaroye

2 mars 2015
© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

Voici 70 ans, des tirailleurs dits sénégalais rapatriés à Dakar étaient abattus par leurs frères d’armes! Ce massacre occulté, a cette année, bénéficié de commémorations pour ses 70 ans, mais surtout de l’engagement du président de la République au sommet de la Francophonie.

Les présidents sénégalais et français ont rendu un hommage commun sur les tombes des victimes de ce massacre. Le président Hollande a remis les archives françaises aux autorités sénégalaises. On peut s’interroger quant au contenu de ces archives puisque des historiens dont Armelle Mabon ont déjà travaillé sur des documents, ainsi que celles détenues par l’association Mémoire pour Thiaroye créée en 1998, après que des citoyens aient enfin pu voir en salle le film du regretté réalisateur Sembène Ousmane “le camp de Thiaroye”- film interdit sur les écrans français jusqu’à cette date. Ces archives sont elles les mêmes ou inédites ?

Ces tirailleurs ont été démobilisés car la France à la demande des Américains, blanchissait son armée. C’étaient d’anciens prisonniers de guerre rendus à la liberté par le succès de l’avance des troupes alliées.

Contrairement aux engagements qui voulaient que ces soldats touchent leurs pécules et leurs primes de désengagement sur le sol de la métropole, ils durent embarquer pour le Sénégal ….. Certains refusèrent l’embarquement. Ils seront détenus au camp de Morlaix dans des conditions qui scandaliseront la population civile et les gendarmes. Par la suite, ces hommes transférés vers Trévé dans les Côtes d’Armor verront même, le 11 novembre, des gendarmes leur tirer dessus! Ils resteront à Trévé jusqu’aux 18 janvier avant leur transfert à Guingamp.

Ceux qui ont embarqué sur le Circasia vont connaître un périple qui les conduira en Angleterre puis à Casablanca où d’abord débarqués ils seront à nouveau rembarqués, sauf 400 d’entre eux qui refuseront un nouvel embarquement. Le 21 novembre ce sont près de 1300 tirailleurs qui débarquent à Dakar avant d’être immédiatement conduits à la caserne de Thiaroye. Là, ils sont répartis suivant leur territoire d’origine. 500 d’entre eux en partance pour Bamako refusent de prendre le train. Le général Dagnan entame les palabres avec les tirailleurs. Ayant regagné l’état-major, l’officier parle de détachement en état de rébellion, de rétablir la discipline et l’obéissance autrement qu’avec des discours et que les revendications des tirailleurs ne sont que des prétextes à l’insubordination. Il met donc sur pied une démonstration de force. Le général de Boisboissel commandant supérieur, donne son accord pour cette intervention qui a donc lieu le 1er décembre. La troupe prend position et ouvre le feu sur les tirailleurs.

Bilan officiel: 24 tués, 11 décèdent des suites de leurs blessures, 35 blessés et 45 mutins emprisonnés. Du côté des forces armées, on déplore un blessé et 3 officiers contusionnés.

Mais le chiffre des tués est sujet à caution, alors combien de morts? Les chiffres varient: 25, 35, 70 (dans le rapport du général Dagnan le 5 décembre 1944)  … 100, 200 voire plus?

Reste que l’armée n’entend pas en rester là. Pour se justifier elle présente ces combattants comme des “désaxés” après 4 longues années de captivités, d’avoir été gagnés par le dénigrement de l’armée française et de ses cadres par la propagande nationaliste allemande. Elle avance, dans son rapport, d’autres raisons dignes “d’un apartheid colonial” et raciste pour justifier les raisons de cette mutinerie (solde, avancement trop rapide, manque d’intelligence et de discernement, vin, fréquentation de femmes blanches, métissage …). 34 “meneurs” sont jugés le 6 mars 1945. La loi d’amnistie générale adoptée par l’assemblée constituante d’avril 1946 sera, à la demande de Senghor, accordée aux territoires de l’AOF en novembre 1946, sans pour autant que les hommes de Thiaroye puissent en bénéficier suite à l’avis défavorable des autorités militaires. Les pressions des politiciens noirs et le départ du général de Boisboissel à la retraite aboutiront à la grâce des mutinés ainsi qu’à la libération des 18 derniers tirailleurs détenus par le président Vincent Auriol, en juin 1947 …. Aucune des veuves de Thiaroye ne percevra de pension.

Bien des zones d’ombre demeurent. De même, il serait temps que notre pays s’intéresse au sort des soldats coloniaux de notre armée, à leur vie de prisonniers sur le sol de la métropole et qui furent pour beaucoup, gardés par des gendarmes français après l’ouverture du front à l’Est, voire même par des officiers français eux-mêmes prisonniers de guerre. Ces coloniaux vivaient dans des conditions dramatiques et furent “réquisitionnés” pour différents travaux : terrassement, travaux agricoles, exploitation de la forêt, participation au mur de l’Atlantique.

Dans les Landes, on parlait de 4 ou 5 camps. Les dernières recherches réalisées par François Campa professeur d’histoire-géographie à la retraite et membre de l’AERI 40, parlent de 36 camps. Après le départ des Allemands ils participeront aux combats du Médoc et de la poche de Royan ou seront à leur tour gardiens de prisonniers allemands et ne rentreront, pour beaucoup, qu’après le 8 mai 1945.

La mémoire collective des communes fluctue entre reconnaissance immédiate, tardive, refus d’ouverture des archives et occultation. Mais il existe aussi un travail actuel de mémoire suite à des découvertes de vestiges de camps après le passage de tempête (comme Klaus en 2009). Pour ma part, suite à des recherches personnelles, j’étais arrivé au chiffre de 21 camps dans les Landes.

Alors quand, dans notre pays, aurons nous la volonté de rendre à ces hommes la dignité qu’on leur a confisquée par le silence, et qui semble un peu vaciller en cette 70ème commémoration ?

Patrick Grocq

 

 

 

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


A titre exceptionnel, Mémoire 2000 a changé le thème de la séance-débat du 11 février 2014 qui portera sur la situation faite aux Roms

15 janvier 2014

En raison de l’actualité et des valeurs fondamentales qui inspirent Mémoire 2000 depuis sa création, l’association a décidé de remplacer la projection du film NO de Pablo Larrain sur le thème de la lutte contre la dictature par le film « Caravane 55 » de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sur les Roms.

Mémoire 2000 est particulièrement préoccupée par les discriminations et les graves atteintes aux droits de la personne dont les Roms sont aujourd’hui victimes en Europe. Notre association est aussi préoccupée par le climat général en France et certains discours politiques, y compris au plus haut niveau de l’État français, contre ces populations particulièrement pauvres et vulnérables. (CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA LETTRE QUE MÉMOIRE 2000 A ADRESSÉ AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR)

Mémoire 2000 fera une séance-débat autour de l’excellent film de Pablo Larrain (« No », Chili, 2013) ultérieurement en 2014-2015.

affiche-du-film-caravane-55Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.


La lettre ouverte de Mémoire 2000 au Ministre de l’Intérieur, Monsieur Manuel Vals

7 novembre 2013
TÉLÉCHARGEZ CETTE LETTRE EN CLIQUANT ICI

Paris le 30 Octobre 2013

                                                                                  Monsieur Manuel VALLS

    Ministère de l’Intérieur

Monsieur le Ministre,

Notre association, œuvre depuis plus de vingt ans pour transmettre aux jeunes des lycées et collèges les valeurs républicaines qui font de notre pays ce qu’il est.

Ces valeurs de tolérance et d’hospitalité, inutile de vous les rappeler, nous savons qu’elles sont les vôtres.

Pourtant, Monsieur le Ministre, vos récentes prises de position concernant les Roms, vont véritablement à l’encontre de tout ce que nous tentons de transmettre aux générations qui feront la France de demain.

En effet, votre déclaration selon laquelle ces populations qui ont un mode de vie différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation avec les populations voisines… ont vocation à repartir en Bulgarie ou en Roumanie, non seulement remet en cause les valeurs qui sont le socle de notre pays, mais les arguments utilisés sont ceux, bien connus et pernicieux, de l’amalgame, de la généralisation, et de la stigmatisation par la désignation du bouc émissaire.

Nous estimons que cette déclaration tombe sous le coup de la loi.

En effet, vos propos « provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard  d’un groupe de personnes ( Les Roms) à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie,  » et il n’a pas fallu attenbdre bien longtemps pour qu’ils provoquent dans l’opinion des reactions hostiles aux Roms qui  ont choisi de vivre dans notre pays  et pas seulement à l’encontre de ceux qui sont en situation irrégulière.

Le plus grave est qu’outre le fait que vous n’avez exprimé aucun regret, vous ayez persisté en affirmant  que vous gérez une situation difficile et que vous ne pouvez pas faire autrement. Cette situation ne justifie  pas la dureté de vos propos.  On peut toujours faire autrement.

Les valeurs de la République qui font la grandeur de notre pays, ne doivent pas être bafouées au nom d’objectifs politiques, quels qu’ils soient.

Mieux encore, au lieu de vous acharner à démanteler des camps, expulser et désigner à la vindicte populaire une population faible et misérable, ne serait-il pas plus honorable de veiller à ce que les fonds octroyés par Bruxelles pour financer des programmes d’aide aux Roms, soient effectivement utilisés à cet usage?

Nous avons noté qu’en présence du Premier Ministre, puis en réunion avec d’importantes personnalités de la Majorité, vous auriez regretté avoir employé ces mots, et reconnu une maladresse.

Monsieur le Ministre, regretter des propos, reconnaître qu’on s’est trompé, ne diminue en rien l’homme politique, cela au contraire, le grandit. Faites le publiquement.

Les vertus pédagogiques de la reconnaissance d’une erreur sont immenses et frappent l’opinion.

Elle touche les jeunes au plus près.

Nous ne doutons pas que vous le ferez.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.

  Le Conseil de Mémoire 2000            


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 2013: « Indignes d’être Français » d’Alix Landau-Brijatoff

3 octobre 2013

9782283026526INDIGNES D’ÊTRE FRANÇAIS d’Alix Landau-Brijatoff, Éditions Buchet Chastel

— “Un pays qui se déchire pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut aller” ( le grand père d’E. Lévinas).

— “Juif russe, naturalisation sans intérêt national”. 21/03/1942, mention impliquant le retrait de la nationalité française à … Marc Chagall.

Que choisir entre ces deux citations? La première est pleine d’espoir.

La seconde démontre la bêtise et la haine dont peut être capable la France.

Ce livre raconte l’histoire édifiante des cas illustant la seconde.
 lI raconte aussi ce que sont devenus ceux qui ont enquêté, signé, appliqué toutes les consignes.

Les 22, 23 juillet et 7 octobre 1940 trois lois sont votées autorisant la dénaturalisation de quelques milliers de Français.

Mon père était de ceux-là.

Daniel Rachline


Journal de Juillet 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mai 2013

19 juin 2013

b0d6f4bef2f74dcc227b873dd4f618118f0ec052AU NOM DU PERE

Séance du 21 mai 2013

Thème : le terrorisme

Débatteur : Me. William Bourdon

Deux volets dans ce film : le terrorisme nord-irlandais et l’erreur judiciaire. Le débatteur était Me William Bourdon, spécialisé dans les atteintes aux Droits de l’Homme, qui a défendu un certain nombre de terroristes, notamment les Français de Guantanamo, ainsi que des jeunes de banlieue détenus pendant des mois. Il a participé à la rédaction d’ouvrages collectifs sur la difficulté, pour les démocraties, de lutter contre le terrorisme sans céder à la barbarie, ayant toujours à l’esprit la phrase de Voltaire: “Préférer 100 coupables en liberté à un innocent en prison”.

La lutte contre le terrorisme peut-elle justifier les mauvais traitements (torture, détention prolongée, faux témoignages, preuves “fabriquées ”)? Bien évidemment non. A ce sujet, que penser de l’usage de drones, qui permettent d’assassiner sur un simple clic, sans aucun procès? On met là le doigt dans un engrenage dangereux avec atteinte aux droits universalistes de l’homme. Serait-ce un terrorisme d’Etat?

Pourquoi voit-on des suspects qui, sans être torturés, avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis? Tout simplement parce qu’ils sont à bout, et ils “craquent”. Des aveux contre une souffrance infinie, le troc est malsain, il est certes rare, mais il existe!

Les Français de Guantanamo n’étaient pas très malins, beaucoup trimbalaient des problèmes identitaires, mais simplement, ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment (tout comme le héros du film). Mais il est vrai que pour un avocat, il est difficile de “tenir” sans céder à la colère ou au découragement. Et inévitablement, dans une lutte contre le terrorisme où il ne faut pas se laisser guider par l’émotion, il y a des innocents qui “trinquent”.

Autre chose: avec l’IRA, en Irlande, il y a eu des négociations, alors qu’avec certaines organisations terroristes d’aujourd’hui (AQMI, par exemple), on sait dès le départ qu’aucune négociation n’est possible; sans parler de l’auto radicalisation de certains…

Un des effets de l’hyper terrorisme est de conduire les démocraties à se saborder. C’est ainsi que certains intellectuels ont conceptualisé l’idée que “la fin justifie les moyens”, ce qui n’a jamais été démontré.

Dans le cas de Guantanamo, il est évident qu’Obama a échoué, qu’il n’a pas tenu sa promesse, ceci pour différentes raisons:

-Il n’avait la  majorité ni au Sénat ni à la Chambre des Représentants.

-Il n’a pas eu le courage politique d’affronter l’opinion publique.

Or, Guantanamo est un double fiasco:

-Fiasco d’image, car l’image des détenus a fait des dégâts considérables dans l’opinion publique arabe.

-Fiasco technique: sur 780 détenus, seuls 12 sont en voie d’être jugés, et beaucoup ne peuvent être renvoyés dans leurs pays.

Certes, face à un nouvel ennemi, il est normal que la loi s’adapte, mais l’avocat ne saurait en aucun cas transiger sur les deux principes fondamentaux que sont les droits de la défense et l’interdiction de la torture.

Question délicate: y a-t-il un “terrorisme légitime”? On doit répondre par la négative, tout en sachant que les choses peuvent évoluer:

-Certains ont été terroristes pendant plus de 30 ans, puis négociateurs de paix (Arafat).

-Des résistants français ont certes commis des crimes, et ont été plus tard “légalisés” par leur pays.

Quelle que soit la forme prise par le terrorisme, un curseur est infranchissable: il ne doit pas faire de victimes civiles. Ainsi, les opposants au régime iranien ne commettent d’attentats que contre des cibles militaires ou institutionnelles.

En fait, il n’y a pas de définition internationale du terrorisme, mais on peut penser que l’hyper terrorisme pourra un jour relever de la Cour Pénale Internationale.

Et l’on termine en revenant au film: dans une démocratie, on ne condamne jamais quelqu’un sans preuves. D’autre part, il ne faut pas fabriquer chez les policiers une “culture de l’impunité” (car aucun des policiers anglais qui ont torturé et fabriqué des preuves n’a jamais été inquiété ni puni).

Le film était certes long, mais très beau et très émouvant. Le débat aura été plus bref, mais clair et explicite, malgré la complexité du sujet.

Que tous en soient remerciés, c’était une belle matinée Mémoire 2000.

Guy Zerhat


Journal de Juillet 2013: Qu’est-ce qui se passe en Suède? Le fameux “modèle suédois” vacille-t-il?

19 juin 2013
Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Le 13 mai dernier un homme de 69 ans est mort à Husby, un quartier défavorisé de Stockholm. Abattu par la police, qu’il avait menacée. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Jets de pierre, voitures et bâtiments brûlés, violences et haine, surtout de la part des jeunes. Pendant une semaine, Husby ressemblait aux banlieues françaises en 2005. Mais ce qui paraît logique, voir “normal” en France a frappé le monde de stupeur en Suède. En cause : le fameux “modèle suédois”, surtout en matière d’intégration, que tous les pays envient.

Il serait plus juste de dire modèle scandinave, tant les pays voisins du Nord se rassemblent sur ce point. Ou plutôt se ressemblaient. Car le tronc commun, le fameux modèle d’Etat-providence et d’aspiration sociale s’est fissuré partout, depuis longtemps. Au Danemark, d’abord, ou l’extrême droite a une réelle influence politique depuis des années et a activement orienté une politique très restrictive en matière d’immigration et de droits des étrangers. Par ailleurs, le plus grand quotidien Jyllandsposten s’est distingué en publiant les caricatures de Mahomet en 2005, provoquant un incendie mondial.

En Norvège, c’est un blond de souche, Anders Breivik, qui a exprimé sa haine antimusulmane. En massacrant ceux qui selon lui sont les responsables d’une immigration massive, le parti travailliste. D’abord avec une bombe contre le bâtiment du gouvernement, ensuite en tuant un par un les jeunes de l’île d’Utøya.

Enfin en Suède, à Husby, et avant dans d’autres banlieues, toutes marquées par un fort taux d’immigration et identifiées comme des ghettos. Mais « attention! » s’exclament les sociologues scandinaves. Ce serait trop facile d’accuser les jeunes immigrés, ou issus de l’immigration – 85 % de la population de Husby. Les causes sont plus profondes. Les gouvernements ont surtout négligé le front de l’éducation et de l’emploi. D’après les chiffres de l’agence suédoise pour l’emploi, 20% des jeunes de Husby n’avaient aucune activité en 2010. Un jeune de 16 à 19 ans sur cinq était sans travail ou non scolarisé. Sur le papier, ils ne faisaient rien. Ils “glandaient” ou trouvaient des occupations amusantes, genre caillasser des voitures. Un lycéen sur cinq ne va plus à l’école. Il y a urgence. Et encore plus pour l’emploi, premier facteur d’intégration. Pour l’ensemble de la Suède, le taux d’activité est de 65% parmi les jeunes, mais à Husby seulement de 40%, comme dans des banlieues françaises…

Les incendies de Husby montrent que personne n’a le monopole de la violence. Celle-ci est toujours latente dans certains quartiers français, américains, anglais ou brésiliens, il suffit de s’y rendre pour le ressentir immédiatement. Il ne manque pas de gouttes pour faire déborder le vase, il déborde depuis longtemps. Il suffit d’une mèche, même verbale, comme le fameux mot “karcher” l’a démontré en France. Dans tous ces cas, les jeunes se plaignent de l’attitude de la police à leur égard. Il suffit peut-être de peu. A Oslo, la police s’efforce d’aborder les jeunes immigrés de la même façon que tout le monde depuis des années. Et elle n’est pas armée. A Groruddalen, le Husby norvégien, les jeunes commettent moins d’infractions qu’au niveau national. Mais dans cette banlieue d’Oslo, le chômage des jeunes n’est “que” de 8,5 %. La Norvège a du pétrole…

Le modèle scandinave semble avoir vécu. C’était avant tout un mythe, mort dans les flammes de Husby et à Utøya.

Mais à la différence de la France, les pays du Nord n’ont pas attendu plus de 40 ans pour chercher les remèdes.

Vibeke Knoop


Notre séance du Mardi 16 avril 2013: projection de «Coeur de tonnerre» de Michael Apted

9 octobre 2012


Coeur de tonnerre

un film de Michael Apted

Principaux acteurs: Sam Shepard, Val Kilmer

USA, 1992, 119 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

A la fin des années soixante dix, Raymond Levoi jeune et brillant agent du FBI (d’origine indienne) est chargé d’enquêter sur le meutre d’un Sioux Oglala dans les « Badlands » du Dakota et d’aider le responsable local des affaires indiennes à appréhender le suspect n°1 chef d’un mouvement traditionnaliste et militant des Droits Civiques Indiens.

Thème :

Les droits civiques aux États-Unis

Débat :

Le débatteur est Francis Geffard, fondateur de la librairie Mille pages à Vincennes, fondateur du Festival America et directeur de la collection Terres d’Amérique aux Éditions Albin Michel.

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal de Janvier 2012 : Trilogie autour de la Judéïte autrichienne, trois films d’Axel Corti

12 janvier 2012

Axel Corti

Le 30 novembre dernier est ressorti sur les écrans parisiens trois films d’Axel Corti :

1) Dieu ne croit plus en nous

2) Santa Fe

3) Welcome in Vienna.

Film sorti en 1982 pour la première partie et en 1986 pour la troisième.

C’est l’histoire de juifs de Vienne au moment de l’Anschluss et des persécutions juives. Juifs qui essaient par tous les moyens de fuir et d’obtenir des papiers, visas, etc…

Dans la deuxième partie, Santa Fe, certains se retrouvent en Amérique où l’intégration est tout aussi difficile.

Dans la troisième partie, retour à Vienne dévastée confrontée à la corruption, aux compromis et compromissions.

Un film, c’est comme un livre, il faut le voir ou le lire.

Celui-ci est indispensable, et si vous ne l’avez pas encore vu, il faut réparer cette erreur si c’est encore possible.

Qui plus est tourné en noir et blanc, la qualité de la mise en scène est exceptionnelle.

C’est l’histoire de nos parents, de nos grands parents et de tous les immigrés du monde entier.

Dans ce monde la quête d’un “papier” sous quelque forme que ce soit, devient l’obsession quotidienne.

Cette quête représente la sauvegarde espérée et jamais obtenue, que tous les immigrés d’aujourd’hui continuent à vivre.

Daniel Rachline

 


Journal d’octobre 2011 : Made in U.S.A.

9 octobre 2011

Elle a des cheveux magnifiques, de grands yeux verts, un teint et une silhouette de rêve… bref, elle a tout d’une“movie star” américaine, mais quand on entend son discours, on regrette qu’elle n’en soit pas une.

Il s’agit de Michelle Bachmann, la nouvelle égérie du mouvement ultra-conservateur américain le Tea Party.

Plus charismatique que Sarah Palin elle semble aussi plus toxique. Cette jeune femme de 55 ans (elle en paraît 40!), Républicaine, se dit directement inspirée par Dieu qui s’est d’ailleurs, dit- elle, déjà adressé directement à elle au moins cinq fois ! Elle est tombée en religion à 16 ans, et depuis elle se prend pour un porte-parole divin…

Elle a eu comme mentor intellectuel  le professeur, John Eidsmoe, qui n’était rien d’autre qu’un proche de la Suprématie Blanche…

Cela ne serait rien si, candidate à l’investiture républicaine pour les présidentielles de 2012, elle n’était déjà arrivée en tête en Iowa, lors d’un vote-test informel pour désigner les futurs adversaires d’Obama. Obama qu’elle considère avoir des “idées anti-américaines”. Elle est, bien entendu, farouchement hostile aux réformes entreprises et propose un programme simpliste mais populaire auprès de nombreux électeurs américains.

En substance, elle soutient l’enseignement du créationnisme, souhaite supprimer progressivement la sécurité sociale et le Medicare (système d’assurance santé géré par le gouvernement au bénéfice de personnes de plus de 65 ans, répondant à certains critères), et bien sûr interdire le mariage homosexuel. Elle n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuiller en qualifiant l’homosexualité d’“œuvre de Satan”.

Nonobstant l’indigence de son programme, cette évangéliste de talent a le discours convaincant et sait capter l’anxiété des gens en cette période de crise et de doute. Elle partage avec ses supporters ce que le journaliste américain Brian Lambert appelle “une vision apocalyptique de l’avenir du pays”, d’où sa popularité. En outre, comment résister à quelqu’un qui susurre aux oreilles des gens : “Vous êtes les citoyens de Dieu, vous êtes l’avenir de l’Amérique”?

Nous ne sommes pas très loin du fascisme et même s’il a un joli visage il n’en demeure pas moins effrayant. Il confirme la tendance mondiale de la montée rapide et vertigineuse, d’une extrême droite qui se développe sur un substrat religieux.

Cela confirme aussi autre chose : c’est que finalement, la femme est un homme comme les autres : it’s a pity!

Lison Benzaquen