Journal d’Octobre 2018 : Une bonne prise de conscience

29 novembre 2018

“ En descendant les Champs-Elysées, tout à coup, je croise un homme et un enfant, bien habillés, remontant vers l’Arc de triomphe. Ils avaient le mot juif et l’étoile jaune cousus sur leur veste.

En vous le racontant aujourd’hui, j’ai envie de pleurer, tellement ça a été un choc. Oui, un choc ! C’était inacceptable. Là, d’un coup, je me suis dit : mais pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ils soient juifs ou pas, qu’est-ce que ça peut faire ? Je ne sais pas comment vous dire, mais ça a brisé d’un coup mon antisémitisme.

Cela reste un moment unique dans ma vie. Cet homme et son fils, au fond, j’aurais voulu les serrer dans mes bras”.

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Daniel Cordier pendant la guerre et aujourd’hui

Ce sont les paroles de Daniel Cordier lors d’une interview accordée au Monde en mai dernier et qui explique de façon simple et émouvante, comment en quelques instants seulement il a pu prendre conscience de l’absurdité et de la violence de l’antisémitisme.

C’est sans doute, en partie, grâce à cette prise de conscience “fortuite” que cet ancien Camelot du roi, élevé dans une famille d’extrême droite, admiratrice de Maurras, antisémite, comme il était de bon ton de l’être à cette époque, s’engage dans la France libre et qu’il est devenu le personnage formidable que l’on connait.

Il dit lui-même qu’il fallait être fou pour faire certaines choses. Certaines folies sont d’une immense sagesse…

Il y a des leçons à écouter de cet homme “libre” qui pourtant ne souhaite pas en donner.

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Modification de notre séance du 14 mars 2017: projection du film « Le Havre », suivi d’un débat sur l’immigration

6 décembre 2016

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Mardi 14 mars 2017

Thème: L’immigration 

Film: Le Havre (Finlande et France, 2011, 1h33)

Réalisation: Aki Kaurismaki

Principaux acteurs : André Wilm, Jean-Pierre Darroussin

Résumé : 

Sous forme d’un conte social, il s’agit d’un hymne à la fraternité et à la solidarité : comment aider son prochain, même s’il s’agit d’un clandestin, même s’il est pauvre et démuni.

 

Téléchargez le dossier pédagogique rédigé par Guy ZEHRAT, membre de Mémoire 2000 en CLIQUANT ICI.

 

 


Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
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Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen 


Journal de Juillet 2015: Et si on essayait la fraternité ?

7 septembre 2015

9782226316219gCe début d’année 2015, marqué par les attentats barbares de janvier et la montée désastreuse mais hélas prévisible du Front National, n’est pas vraiment de nature à nous donner un moral d’acier.

Et pourtant, il faut plus que jamais croire en nous et en notre pays. Dans cette optique, je ne saurais trop vous recommander un essai qui vient de paraître chez Albin Michel : “Plaidoyer pour la Fraternité”, d’Abdennour Bidar. Voilà bien un ouvrage lumineux et roboratif, qui pourrait peut-être nous aider à passer de l’ère de la défiance à celle de la confiance.

L’auteur, normalien, agrégé et docteur en philosophie, fait partie de l’Observatoire de la Laïcité, et a participé à la rédaction de la Charte de la Laïcité, qui désormais trône dans nos écoles. Il nous parle de “l’urgence d’œuvrer tous ensemble à quelque chose de très simple, de très beau et de très difficile à la fois, la fraternité”, qui est ce qui manque le plus à notre vivre-ensemble et “qui réunirait ceux qui croient à tel ou tel ciel et ceux qui n’y croient pas”. Car “sans la chaleur humaine de la fraternité, alors la liberté, l’égalité, la laïcité, la citoyenneté, restent à jamais des valeurs froides”. Il nous faut en quelque sorte déconstruire la haine, “lutter pour notre fraternité par tous les outils de la culture, du dialogue, d’une mixité sociale retrouvée à la place de nos ghettos de pauvres et de riches”.

L’auteur a bien conscience de la déliaison, de la fracture qui s’est opérée avec une partie musulmane de notre population. Il sait que beaucoup d’entre eux viennent de pays où ils ne voudraient pas retourner vivre parce qu’il y règne d’épouvantables inégalités sociales, sans aucune mesure avec les nôtres. Nos musulmans n’ont rien à gagner, par conséquent, à s’enfermer dans la “culture du ressentiment”. Héritier des Lumières, amoureux de la France, monsieur Bidar cite ce mot de Lévinas à propos de l’affaire Dreyfus : “Un pays qui se déchire à un tel point pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut rapidement aller”. Par ailleurs, il apprécie à sa juste valeur notre laïcité, moyen de vivre ensemble, qu’il veut coupler avec “la fraternité comme amitié entre nous tous dans le vivre-ensemble”. Selon lui, nos valeurs – dignité, liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité, mixité – doivent être réapprises par notre société tout entière. Ceci pour nous prémunir contre la haine de l’autre, la peur de l’étranger, contre laquelle nous avait prévenus Camus.

Fraterniser, certes, mais avec qui, alors que la mixité sociale et culturelle n’existe plus ? “La fraternité, c’est l’école de la rue, une affaire d’éducation familiale. On est d’abord frères humains avant d’être frères en religion ou frères de classe”. Pour faire participer les musulmans à notre idéal, il faut responsabiliser l’Islam, sans l’accuser. Et Bidar évoque ici la figure du regretté Abdelwahab Meddeb, qui dénonçait il y a 20 ans déjà les racines profondes de “la maladie de l’Islam”. C’est donc avec les musulmans qu’il y a maintenant une “décision de fraternité” à prendre. “Il n’y a nul besoin de se ressembler pour se rassembler”. A condition évidemment, pour l’Islam, de se repenser de fond en comble, à la lumière spirituelle de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la démocratie et de la laïcité. Bidar veut aider les musulmans à “développer un rapport libre à l’Islam, grande culture et grand humanisme”. Une urgence pour cela : s’assurer de la formation des imams à nos valeurs. Il nous faut “oser parler du sacré tous ensemble, un sacré qui n’entre en concurrence ni avec les religions ni avec l’athéisme”. Et seule la fraternité remplit ces critères : valeur transversale, universelle, elle dit que “nous ne sommes rien les uns sans les autres”. Et c’est notre peuple français, celui de la République, qui a donné à la fraternité des êtres humains son acte de naissance historique, en les déclarant “libres et égaux en droits”.

Nous devons donc choisir entre fraternité universelle et repli sur soi. De ce souci pour autrui, seul un frère est capable, et peut alors œuvrer à la liberté et l’égalité de l’autre. Mais cette fraternité s’apprend par un travail sur soi. On ne naît pas fraternel, on le devient, en nous investissant dans la relation à l’Autre, en faisant un peu plus attention à lui, s’efforcer de déconstruire la haine, résultat de “déficits énormes de l’éducation familiale de trop de nos petits musulmans, et de zones d’ombre dans la conscience de beaucoup trop d’adultes”. Plus loin : “Toutes les civilisations, toutes les religions et toutes les morales du monde se rencontrent sur le commandement de fraternité”. Lorsque le proscrit Jean Valjean frappe à la porte de l’Evêque de Digne, celui-ci, qui ne l’a jamais vu, lui dit : “Je le connais, ton nom, tu t’appelles mon frère”. Et c’est vrai qu’ “il fait trop froid dans la vie en Occident”.

Et l’auteur termine par “Dix propositions pour une France fraternelle”. J’en retiendrai ici quelques-unes : mettre en route une politique de désenclavement, vers plus d’emplois, de mobilité  et de mixité  sociale, ethnique et culturelle ; centrer la morale à l’école sur la culture de la Fraternité (dans certains établissements sous contrat avec l’Etat, on apprendrait plutôt la haine de l’Autre !) ; apprendre aux élèves une éthique de la discussion, pour pouvoir débattre sur les valeurs ; multiplier les forums citoyens ; instituer un service civique obligatoire et efficace ; créer des espaces de fraternité, et instituer une Fête de la Fraternité.

J’entends déjà les commentaires railleurs et sceptiques : tout ça, c’est bien beau, mais ça fait un peu “bisounours” : pour fraterniser, il faut être deux, mais l’Autre est souvent mal disposé ou réticent. Soit, mais alors, est-ce là un motif pour renoncer ? Doit-on attendre de nouveaux attentats, voire, pourquoi pas, une guerre civile ? Il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre, dit-on. Aussi, je vous en prie, lisez-ce livre, et vous finirez peut-être par dire à votre tour : et si on essayait la Fraternité ? Chiche ?

 

Guy ZERHAT


Journal de Janvier 2015: il y a 70 ans, le 1er décembre 1944 : le massacre de Thiaroye

2 mars 2015
© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

Voici 70 ans, des tirailleurs dits sénégalais rapatriés à Dakar étaient abattus par leurs frères d’armes! Ce massacre occulté, a cette année, bénéficié de commémorations pour ses 70 ans, mais surtout de l’engagement du président de la République au sommet de la Francophonie.

Les présidents sénégalais et français ont rendu un hommage commun sur les tombes des victimes de ce massacre. Le président Hollande a remis les archives françaises aux autorités sénégalaises. On peut s’interroger quant au contenu de ces archives puisque des historiens dont Armelle Mabon ont déjà travaillé sur des documents, ainsi que celles détenues par l’association Mémoire pour Thiaroye créée en 1998, après que des citoyens aient enfin pu voir en salle le film du regretté réalisateur Sembène Ousmane “le camp de Thiaroye”- film interdit sur les écrans français jusqu’à cette date. Ces archives sont elles les mêmes ou inédites ?

Ces tirailleurs ont été démobilisés car la France à la demande des Américains, blanchissait son armée. C’étaient d’anciens prisonniers de guerre rendus à la liberté par le succès de l’avance des troupes alliées.

Contrairement aux engagements qui voulaient que ces soldats touchent leurs pécules et leurs primes de désengagement sur le sol de la métropole, ils durent embarquer pour le Sénégal ….. Certains refusèrent l’embarquement. Ils seront détenus au camp de Morlaix dans des conditions qui scandaliseront la population civile et les gendarmes. Par la suite, ces hommes transférés vers Trévé dans les Côtes d’Armor verront même, le 11 novembre, des gendarmes leur tirer dessus! Ils resteront à Trévé jusqu’aux 18 janvier avant leur transfert à Guingamp.

Ceux qui ont embarqué sur le Circasia vont connaître un périple qui les conduira en Angleterre puis à Casablanca où d’abord débarqués ils seront à nouveau rembarqués, sauf 400 d’entre eux qui refuseront un nouvel embarquement. Le 21 novembre ce sont près de 1300 tirailleurs qui débarquent à Dakar avant d’être immédiatement conduits à la caserne de Thiaroye. Là, ils sont répartis suivant leur territoire d’origine. 500 d’entre eux en partance pour Bamako refusent de prendre le train. Le général Dagnan entame les palabres avec les tirailleurs. Ayant regagné l’état-major, l’officier parle de détachement en état de rébellion, de rétablir la discipline et l’obéissance autrement qu’avec des discours et que les revendications des tirailleurs ne sont que des prétextes à l’insubordination. Il met donc sur pied une démonstration de force. Le général de Boisboissel commandant supérieur, donne son accord pour cette intervention qui a donc lieu le 1er décembre. La troupe prend position et ouvre le feu sur les tirailleurs.

Bilan officiel: 24 tués, 11 décèdent des suites de leurs blessures, 35 blessés et 45 mutins emprisonnés. Du côté des forces armées, on déplore un blessé et 3 officiers contusionnés.

Mais le chiffre des tués est sujet à caution, alors combien de morts? Les chiffres varient: 25, 35, 70 (dans le rapport du général Dagnan le 5 décembre 1944)  … 100, 200 voire plus?

Reste que l’armée n’entend pas en rester là. Pour se justifier elle présente ces combattants comme des “désaxés” après 4 longues années de captivités, d’avoir été gagnés par le dénigrement de l’armée française et de ses cadres par la propagande nationaliste allemande. Elle avance, dans son rapport, d’autres raisons dignes “d’un apartheid colonial” et raciste pour justifier les raisons de cette mutinerie (solde, avancement trop rapide, manque d’intelligence et de discernement, vin, fréquentation de femmes blanches, métissage …). 34 “meneurs” sont jugés le 6 mars 1945. La loi d’amnistie générale adoptée par l’assemblée constituante d’avril 1946 sera, à la demande de Senghor, accordée aux territoires de l’AOF en novembre 1946, sans pour autant que les hommes de Thiaroye puissent en bénéficier suite à l’avis défavorable des autorités militaires. Les pressions des politiciens noirs et le départ du général de Boisboissel à la retraite aboutiront à la grâce des mutinés ainsi qu’à la libération des 18 derniers tirailleurs détenus par le président Vincent Auriol, en juin 1947 …. Aucune des veuves de Thiaroye ne percevra de pension.

Bien des zones d’ombre demeurent. De même, il serait temps que notre pays s’intéresse au sort des soldats coloniaux de notre armée, à leur vie de prisonniers sur le sol de la métropole et qui furent pour beaucoup, gardés par des gendarmes français après l’ouverture du front à l’Est, voire même par des officiers français eux-mêmes prisonniers de guerre. Ces coloniaux vivaient dans des conditions dramatiques et furent “réquisitionnés” pour différents travaux : terrassement, travaux agricoles, exploitation de la forêt, participation au mur de l’Atlantique.

Dans les Landes, on parlait de 4 ou 5 camps. Les dernières recherches réalisées par François Campa professeur d’histoire-géographie à la retraite et membre de l’AERI 40, parlent de 36 camps. Après le départ des Allemands ils participeront aux combats du Médoc et de la poche de Royan ou seront à leur tour gardiens de prisonniers allemands et ne rentreront, pour beaucoup, qu’après le 8 mai 1945.

La mémoire collective des communes fluctue entre reconnaissance immédiate, tardive, refus d’ouverture des archives et occultation. Mais il existe aussi un travail actuel de mémoire suite à des découvertes de vestiges de camps après le passage de tempête (comme Klaus en 2009). Pour ma part, suite à des recherches personnelles, j’étais arrivé au chiffre de 21 camps dans les Landes.

Alors quand, dans notre pays, aurons nous la volonté de rendre à ces hommes la dignité qu’on leur a confisquée par le silence, et qui semble un peu vaciller en cette 70ème commémoration ?

Patrick Grocq

 

 

 

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


A titre exceptionnel, Mémoire 2000 a changé le thème de la séance-débat du 11 février 2014 qui portera sur la situation faite aux Roms

15 janvier 2014

En raison de l’actualité et des valeurs fondamentales qui inspirent Mémoire 2000 depuis sa création, l’association a décidé de remplacer la projection du film NO de Pablo Larrain sur le thème de la lutte contre la dictature par le film « Caravane 55 » de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sur les Roms.

Mémoire 2000 est particulièrement préoccupée par les discriminations et les graves atteintes aux droits de la personne dont les Roms sont aujourd’hui victimes en Europe. Notre association est aussi préoccupée par le climat général en France et certains discours politiques, y compris au plus haut niveau de l’État français, contre ces populations particulièrement pauvres et vulnérables. (CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA LETTRE QUE MÉMOIRE 2000 A ADRESSÉ AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR)

Mémoire 2000 fera une séance-débat autour de l’excellent film de Pablo Larrain (« No », Chili, 2013) ultérieurement en 2014-2015.

affiche-du-film-caravane-55Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.