La lettre ouverte de Mémoire 2000 au Ministre de l’Intérieur, Monsieur Manuel Vals

7 novembre 2013
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Paris le 30 Octobre 2013

                                                                                  Monsieur Manuel VALLS

    Ministère de l’Intérieur

Monsieur le Ministre,

Notre association, œuvre depuis plus de vingt ans pour transmettre aux jeunes des lycées et collèges les valeurs républicaines qui font de notre pays ce qu’il est.

Ces valeurs de tolérance et d’hospitalité, inutile de vous les rappeler, nous savons qu’elles sont les vôtres.

Pourtant, Monsieur le Ministre, vos récentes prises de position concernant les Roms, vont véritablement à l’encontre de tout ce que nous tentons de transmettre aux générations qui feront la France de demain.

En effet, votre déclaration selon laquelle ces populations qui ont un mode de vie différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation avec les populations voisines… ont vocation à repartir en Bulgarie ou en Roumanie, non seulement remet en cause les valeurs qui sont le socle de notre pays, mais les arguments utilisés sont ceux, bien connus et pernicieux, de l’amalgame, de la généralisation, et de la stigmatisation par la désignation du bouc émissaire.

Nous estimons que cette déclaration tombe sous le coup de la loi.

En effet, vos propos « provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard  d’un groupe de personnes ( Les Roms) à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie,  » et il n’a pas fallu attenbdre bien longtemps pour qu’ils provoquent dans l’opinion des reactions hostiles aux Roms qui  ont choisi de vivre dans notre pays  et pas seulement à l’encontre de ceux qui sont en situation irrégulière.

Le plus grave est qu’outre le fait que vous n’avez exprimé aucun regret, vous ayez persisté en affirmant  que vous gérez une situation difficile et que vous ne pouvez pas faire autrement. Cette situation ne justifie  pas la dureté de vos propos.  On peut toujours faire autrement.

Les valeurs de la République qui font la grandeur de notre pays, ne doivent pas être bafouées au nom d’objectifs politiques, quels qu’ils soient.

Mieux encore, au lieu de vous acharner à démanteler des camps, expulser et désigner à la vindicte populaire une population faible et misérable, ne serait-il pas plus honorable de veiller à ce que les fonds octroyés par Bruxelles pour financer des programmes d’aide aux Roms, soient effectivement utilisés à cet usage?

Nous avons noté qu’en présence du Premier Ministre, puis en réunion avec d’importantes personnalités de la Majorité, vous auriez regretté avoir employé ces mots, et reconnu une maladresse.

Monsieur le Ministre, regretter des propos, reconnaître qu’on s’est trompé, ne diminue en rien l’homme politique, cela au contraire, le grandit. Faites le publiquement.

Les vertus pédagogiques de la reconnaissance d’une erreur sont immenses et frappent l’opinion.

Elle touche les jeunes au plus près.

Nous ne doutons pas que vous le ferez.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.

  Le Conseil de Mémoire 2000            


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

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Journal d’octobre 2013: « Indignes d’être Français » d’Alix Landau-Brijatoff

3 octobre 2013

9782283026526INDIGNES D’ÊTRE FRANÇAIS d’Alix Landau-Brijatoff, Éditions Buchet Chastel

— “Un pays qui se déchire pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut aller” ( le grand père d’E. Lévinas).

— “Juif russe, naturalisation sans intérêt national”. 21/03/1942, mention impliquant le retrait de la nationalité française à … Marc Chagall.

Que choisir entre ces deux citations? La première est pleine d’espoir.

La seconde démontre la bêtise et la haine dont peut être capable la France.

Ce livre raconte l’histoire édifiante des cas illustant la seconde.
 lI raconte aussi ce que sont devenus ceux qui ont enquêté, signé, appliqué toutes les consignes.

Les 22, 23 juillet et 7 octobre 1940 trois lois sont votées autorisant la dénaturalisation de quelques milliers de Français.

Mon père était de ceux-là.

Daniel Rachline


Journal de Juillet 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mai 2013

19 juin 2013

b0d6f4bef2f74dcc227b873dd4f618118f0ec052AU NOM DU PERE

Séance du 21 mai 2013

Thème : le terrorisme

Débatteur : Me. William Bourdon

Deux volets dans ce film : le terrorisme nord-irlandais et l’erreur judiciaire. Le débatteur était Me William Bourdon, spécialisé dans les atteintes aux Droits de l’Homme, qui a défendu un certain nombre de terroristes, notamment les Français de Guantanamo, ainsi que des jeunes de banlieue détenus pendant des mois. Il a participé à la rédaction d’ouvrages collectifs sur la difficulté, pour les démocraties, de lutter contre le terrorisme sans céder à la barbarie, ayant toujours à l’esprit la phrase de Voltaire: “Préférer 100 coupables en liberté à un innocent en prison”.

La lutte contre le terrorisme peut-elle justifier les mauvais traitements (torture, détention prolongée, faux témoignages, preuves “fabriquées ”)? Bien évidemment non. A ce sujet, que penser de l’usage de drones, qui permettent d’assassiner sur un simple clic, sans aucun procès? On met là le doigt dans un engrenage dangereux avec atteinte aux droits universalistes de l’homme. Serait-ce un terrorisme d’Etat?

Pourquoi voit-on des suspects qui, sans être torturés, avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis? Tout simplement parce qu’ils sont à bout, et ils “craquent”. Des aveux contre une souffrance infinie, le troc est malsain, il est certes rare, mais il existe!

Les Français de Guantanamo n’étaient pas très malins, beaucoup trimbalaient des problèmes identitaires, mais simplement, ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment (tout comme le héros du film). Mais il est vrai que pour un avocat, il est difficile de “tenir” sans céder à la colère ou au découragement. Et inévitablement, dans une lutte contre le terrorisme où il ne faut pas se laisser guider par l’émotion, il y a des innocents qui “trinquent”.

Autre chose: avec l’IRA, en Irlande, il y a eu des négociations, alors qu’avec certaines organisations terroristes d’aujourd’hui (AQMI, par exemple), on sait dès le départ qu’aucune négociation n’est possible; sans parler de l’auto radicalisation de certains…

Un des effets de l’hyper terrorisme est de conduire les démocraties à se saborder. C’est ainsi que certains intellectuels ont conceptualisé l’idée que “la fin justifie les moyens”, ce qui n’a jamais été démontré.

Dans le cas de Guantanamo, il est évident qu’Obama a échoué, qu’il n’a pas tenu sa promesse, ceci pour différentes raisons:

-Il n’avait la  majorité ni au Sénat ni à la Chambre des Représentants.

-Il n’a pas eu le courage politique d’affronter l’opinion publique.

Or, Guantanamo est un double fiasco:

-Fiasco d’image, car l’image des détenus a fait des dégâts considérables dans l’opinion publique arabe.

-Fiasco technique: sur 780 détenus, seuls 12 sont en voie d’être jugés, et beaucoup ne peuvent être renvoyés dans leurs pays.

Certes, face à un nouvel ennemi, il est normal que la loi s’adapte, mais l’avocat ne saurait en aucun cas transiger sur les deux principes fondamentaux que sont les droits de la défense et l’interdiction de la torture.

Question délicate: y a-t-il un “terrorisme légitime”? On doit répondre par la négative, tout en sachant que les choses peuvent évoluer:

-Certains ont été terroristes pendant plus de 30 ans, puis négociateurs de paix (Arafat).

-Des résistants français ont certes commis des crimes, et ont été plus tard “légalisés” par leur pays.

Quelle que soit la forme prise par le terrorisme, un curseur est infranchissable: il ne doit pas faire de victimes civiles. Ainsi, les opposants au régime iranien ne commettent d’attentats que contre des cibles militaires ou institutionnelles.

En fait, il n’y a pas de définition internationale du terrorisme, mais on peut penser que l’hyper terrorisme pourra un jour relever de la Cour Pénale Internationale.

Et l’on termine en revenant au film: dans une démocratie, on ne condamne jamais quelqu’un sans preuves. D’autre part, il ne faut pas fabriquer chez les policiers une “culture de l’impunité” (car aucun des policiers anglais qui ont torturé et fabriqué des preuves n’a jamais été inquiété ni puni).

Le film était certes long, mais très beau et très émouvant. Le débat aura été plus bref, mais clair et explicite, malgré la complexité du sujet.

Que tous en soient remerciés, c’était une belle matinée Mémoire 2000.

Guy Zerhat


Journal de Juillet 2013: Qu’est-ce qui se passe en Suède? Le fameux “modèle suédois” vacille-t-il?

19 juin 2013
Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Le 13 mai dernier un homme de 69 ans est mort à Husby, un quartier défavorisé de Stockholm. Abattu par la police, qu’il avait menacée. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Jets de pierre, voitures et bâtiments brûlés, violences et haine, surtout de la part des jeunes. Pendant une semaine, Husby ressemblait aux banlieues françaises en 2005. Mais ce qui paraît logique, voir “normal” en France a frappé le monde de stupeur en Suède. En cause : le fameux “modèle suédois”, surtout en matière d’intégration, que tous les pays envient.

Il serait plus juste de dire modèle scandinave, tant les pays voisins du Nord se rassemblent sur ce point. Ou plutôt se ressemblaient. Car le tronc commun, le fameux modèle d’Etat-providence et d’aspiration sociale s’est fissuré partout, depuis longtemps. Au Danemark, d’abord, ou l’extrême droite a une réelle influence politique depuis des années et a activement orienté une politique très restrictive en matière d’immigration et de droits des étrangers. Par ailleurs, le plus grand quotidien Jyllandsposten s’est distingué en publiant les caricatures de Mahomet en 2005, provoquant un incendie mondial.

En Norvège, c’est un blond de souche, Anders Breivik, qui a exprimé sa haine antimusulmane. En massacrant ceux qui selon lui sont les responsables d’une immigration massive, le parti travailliste. D’abord avec une bombe contre le bâtiment du gouvernement, ensuite en tuant un par un les jeunes de l’île d’Utøya.

Enfin en Suède, à Husby, et avant dans d’autres banlieues, toutes marquées par un fort taux d’immigration et identifiées comme des ghettos. Mais « attention! » s’exclament les sociologues scandinaves. Ce serait trop facile d’accuser les jeunes immigrés, ou issus de l’immigration – 85 % de la population de Husby. Les causes sont plus profondes. Les gouvernements ont surtout négligé le front de l’éducation et de l’emploi. D’après les chiffres de l’agence suédoise pour l’emploi, 20% des jeunes de Husby n’avaient aucune activité en 2010. Un jeune de 16 à 19 ans sur cinq était sans travail ou non scolarisé. Sur le papier, ils ne faisaient rien. Ils “glandaient” ou trouvaient des occupations amusantes, genre caillasser des voitures. Un lycéen sur cinq ne va plus à l’école. Il y a urgence. Et encore plus pour l’emploi, premier facteur d’intégration. Pour l’ensemble de la Suède, le taux d’activité est de 65% parmi les jeunes, mais à Husby seulement de 40%, comme dans des banlieues françaises…

Les incendies de Husby montrent que personne n’a le monopole de la violence. Celle-ci est toujours latente dans certains quartiers français, américains, anglais ou brésiliens, il suffit de s’y rendre pour le ressentir immédiatement. Il ne manque pas de gouttes pour faire déborder le vase, il déborde depuis longtemps. Il suffit d’une mèche, même verbale, comme le fameux mot “karcher” l’a démontré en France. Dans tous ces cas, les jeunes se plaignent de l’attitude de la police à leur égard. Il suffit peut-être de peu. A Oslo, la police s’efforce d’aborder les jeunes immigrés de la même façon que tout le monde depuis des années. Et elle n’est pas armée. A Groruddalen, le Husby norvégien, les jeunes commettent moins d’infractions qu’au niveau national. Mais dans cette banlieue d’Oslo, le chômage des jeunes n’est “que” de 8,5 %. La Norvège a du pétrole…

Le modèle scandinave semble avoir vécu. C’était avant tout un mythe, mort dans les flammes de Husby et à Utøya.

Mais à la différence de la France, les pays du Nord n’ont pas attendu plus de 40 ans pour chercher les remèdes.

Vibeke Knoop


Notre séance du Mardi 16 avril 2013: projection de «Coeur de tonnerre» de Michael Apted

9 octobre 2012


Coeur de tonnerre

un film de Michael Apted

Principaux acteurs: Sam Shepard, Val Kilmer

USA, 1992, 119 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

A la fin des années soixante dix, Raymond Levoi jeune et brillant agent du FBI (d’origine indienne) est chargé d’enquêter sur le meutre d’un Sioux Oglala dans les « Badlands » du Dakota et d’aider le responsable local des affaires indiennes à appréhender le suspect n°1 chef d’un mouvement traditionnaliste et militant des Droits Civiques Indiens.

Thème :

Les droits civiques aux États-Unis

Débat :

Le débatteur est Francis Geffard, fondateur de la librairie Mille pages à Vincennes, fondateur du Festival America et directeur de la collection Terres d’Amérique aux Éditions Albin Michel.

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Journal de Janvier 2012 : Trilogie autour de la Judéïte autrichienne, trois films d’Axel Corti

12 janvier 2012

Axel Corti

Le 30 novembre dernier est ressorti sur les écrans parisiens trois films d’Axel Corti :

1) Dieu ne croit plus en nous

2) Santa Fe

3) Welcome in Vienna.

Film sorti en 1982 pour la première partie et en 1986 pour la troisième.

C’est l’histoire de juifs de Vienne au moment de l’Anschluss et des persécutions juives. Juifs qui essaient par tous les moyens de fuir et d’obtenir des papiers, visas, etc…

Dans la deuxième partie, Santa Fe, certains se retrouvent en Amérique où l’intégration est tout aussi difficile.

Dans la troisième partie, retour à Vienne dévastée confrontée à la corruption, aux compromis et compromissions.

Un film, c’est comme un livre, il faut le voir ou le lire.

Celui-ci est indispensable, et si vous ne l’avez pas encore vu, il faut réparer cette erreur si c’est encore possible.

Qui plus est tourné en noir et blanc, la qualité de la mise en scène est exceptionnelle.

C’est l’histoire de nos parents, de nos grands parents et de tous les immigrés du monde entier.

Dans ce monde la quête d’un “papier” sous quelque forme que ce soit, devient l’obsession quotidienne.

Cette quête représente la sauvegarde espérée et jamais obtenue, que tous les immigrés d’aujourd’hui continuent à vivre.

Daniel Rachline