« Débat » sur l’identité nationale : réponse de Mémoire 2000

jouanneauCe n’est pas parce qu’un ministre a décidé de lancer un débat sur « l’identité nationale », que je m’estime tenu de lui répondre. Verrait on le ministre de la justice convier les citoyens à participer à un débat sur la justice, et le ministre de l’intérieur sur le fonctionnement de la police ? Personnellement, j’ai passé là les examens, et suis plutôt rebelle à l’exercice.

En tant que Président MEMOIRE 2000, j’y suis carrément hostile, et je ne suis pas le seul. Il se trouve que je suis ici en mesure de parler au nom de l’association que j’ai consultée sur ce point. Convier les citoyens français à disserter sur leur identité, c’est déjà exclure les autres: ceux qui ne partagent pas cette nationalité. Qui ?

Les étrangers, les immigrés, les sans-papiers, qui font déjà suffisamment l’objet de discrimination.

Susciter un débat sur l’identité nationale, c’est faire toucher du doigt aux citoyens français, qu’ils disposent d’un privilège qui restera inaccessible aux autres, hors assimilation, intégration ou naturalisation. Au moment où on a le plus besoin d’une cohésion nationale, on nous propose de souligner ce qui nous divise.

La citoyenneté française, j’en dispose de naissance. C’est un fait acquis. Je n’y puis rien, je n’ai pas à en être fier, ni à le déplorer.
Ce serait mal pris, et au demeurant de mauvais goût. Je pense plutôt à l’identité nationale des autres : S’en préoccupe-t-on, de l’identité nationale des immigrés venus sur notre sol pour y accomplir les tâches que nous ne voulons plus remplir ?

Et après tout, pourquoi se préoccuper des « identités nationales » qui n’ont jamais fait que dresser les uns contre les autres ?

Mieux vaudrait se préoccuper de l’identité européenne, qui est l’avenir des générations futures, ou même des identités régionales qui font la richesse des peuples. Au lieu d’aller puiser dans la bataille de Bouvines ou celle de Valmy les fondements de notre identité nationale, on ferait mieux de se préoccuper du traité de Lisbonne ou des conséquences de la chute du mur de Berlin.

Il est trop évident que cette interrogation surgit à la veille des élections régionales, pour faire pièce à droit au fonds national qui se réjouit de cette bonne fortune qui lui est servie sur un plateau, et pour récupérer à gauche ceux qui ne voudront pas se révolter contre ce racolage nauséabond. On a eu tort de laisser s’instaurer en France un « ministère de l’identité nationale et de l’immigration », ce n’est pas une raison pour culpabiliser et lui donner des verges pour nous faire battre.

Pour toutes ces raisons, je ne répondrai pas à la question : « qu’est-ce qu’être français » ?

Je le suis ; mais cela ne résoud rien des problèmes de ceux qui ne le sont pas.

– Bernard Jouanneau

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