Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
photo-ian-langsdon-afp

Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen 


Mon frère en humanité… Un appel de Marc Knobel

8 juillet 2016

Nous reproduisons avec son autorisation le texte que Marc Knobel a publié le 8 juillet 2016 dans le Huffington Post (consultable en cliquant ICI).

 

« Mon frère en humanité, lorsque un attentat ensanglante ta ville, lorsque un attentat perfore tes poumons, lorsque un attentat pulvérise ton quartier, ton marché, ton train, ton métro, ton souk, ton café, ton restaurant, ton cinéma, ta salle de spectacle, ton avion, tu n’as pas/plus de religion, tu n’as pas/plus de couleur, tu n’as pas/plus de sexe, tu n’as pas/plus de classe sociale, tu n’es ni noir, ni jaune, ni blanc, ni français, ni arabe, ni juif, ni chrétien, ni bouddhiste. Tu n’es plus qu’une victime. Nous devrions nous en souvenir.

Et pourtant…

Mon frère en humanité, lorsque tu meurs si subitement, éventré, perforé, écrasé, laminé, sans même savoir pourquoi tu es mort, pourquoi tu dois quitter si brutalement ainsi les tiens, pourquoi on te fait ainsi souffrir, toi et tes proches, alors que tu es du genre humain.

Mon frère en humanité, tu ne dois pas te sentir léser parce que tu vivrais à Garissa, au Kenya ou à Sousse, en Tunisie, ou à Bagdad, en Irak. On te doit autant de considération que l’on en devrait à n’importe quelle victime d’un point à un autre de la planète, lorsque les terroristes frappent aveuglément.

Mon frère en humanité, tu as bien un visage, une voix, des yeux, une langue que ce fut l’arabe ou l’anglais, tu as bien une histoire, des amis, une famille, des proches, une vie sociale, tu as bien le droit que l’on se souvienne de ton regard, que l’on cherche ton nom, que l’on dise ton prénom, que l’on récite une prière, que l’on entonne une chanson, que l’on parle de toi comme si tu étais vivant.

Mon frère en humanité, même si ta langue maternelle n’est pas la mienne, même si ta peau est foncée, même si tes yeux sont noirs, même si ta religion diffère de la mienne, même si tu vis en un ailleurs que j’ignore, même si tu ne sais pas que j’existe, même si je ne sais pas que tu existes, tu as le droit au respect.

Mon frère en humanité, je n’accepte pas que l’on t’oublie, que l’on écrase l’information et qu’un attentat aussi terrible et dramatique que celui qui a frappé tes frères et tes sœurs en Irak, ne vaille que 13 secondes aux informations d’un journal télévisé du soir.

1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13 Secondes…

Tu as bien lu, il a fallu 13 secondes pour évoquer cette horreur et parler de vous tous, de vous toutes: 213 êtres humains que vous étiez, morts déjà en une fraction de seconde.

Mon frère en humanité, notre silence nous accable. Notre indifférence nous remplit de honte. Tu as le droit de réclamer que l’on se soucie des tiens, que l’on n’oublie pas ton prénom : Ahmed, Amal, Asma, Aïcha, Cherifa, Dalal, Djihane, Emna, Ezzeddine, Farid, Fahed, Ghita, Hanine, Haroun, Issam, Jamal, Kadir, Kenza, Lofti, Malika, Mansour, Nawal, Nuri, Omar, Racha, Rana, Riham, Salima, Sherine, Talat, Wassim…

Mon frère en humanité, ton prénom vaut bien les nôtres.

Pourquoi devrais-je seulement pleurer lorsque Monique, Sylvie, Joëlle, Armelle, Christine, Jean, Pierre, Frank, Didier ou Alain meurent ici, à Paris? Pourquoi devrais-je forcément manifester pour eux et taire ta mort et ta douleur?

Mon frère en humanité, pourquoi tous les Chefs d’Etat devraient-ils se rendre à Paris, et n’envoyer qu’un plat communiqué de presse -écrit par un sbire quelconque- lorsque ta ville est touchée, que ton sang est versé?

Mon frère en humanité, tu diffères de moi mais loin de différer tant que cela de moi, je me souviens que tu es frère en humanité.

Ta parcelle de vie en ton lieu de vie mérite le respect, car tu es aussi un puits de lumière humaine et/ou divine.

Mon frère en humanité, j’ai honte que nous en soyons là aujourd’hui et qu’il faille que je prenne la plume pour crier mon dégoût d’une telle inhumanité.

Plus grave encore que l’inhumanité, se trouve aussi l’indifférence. Elle ronge les cœurs, rends les hommes bêtes, incapables de verser une larme, d’avoir une conscience.

Mon frère en humanité, il me plait aujourd’hui de dire que je suis ton frère en humanité. Mon cher frère en humanité, s’il ne reste que la plume, je crierai cette injustice. »

Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au CRIF


Journal de Juillet 2015: Un exposé passionnant…

7 septembre 2015

Nous avons eu le plaisir de recevoir, lors de notre réunion du conseil du 1° juin, l’historien Marcel Kabanda, venu nous éclairer sur la situation du Rwanda, principalement dans le domaine de la justice exercée après le génocide de 1992.

Nous avons découvert qu’en 1996 déjà, un tribunal international basé à Kigali menait les premières enquêtes et qu’en 1998 près de 80 personnes avaient été jugées.

Cependant, il y eut des jugements dès 1994, mais dans le contexte de l’époque, il était difficile de juger, le génocide ayant démantelé toutes les structures. Devant les carences d’une justice “normale”, les Rwandais ont eu recours à un mécanisme plus traditionnel : la Gacaca qui consistait à rendre la justice sur les collines où des gens se rassemblaient, élisaient des personnes considérées comme intègres et les chargeaient de conduire les jugements. Les jugements Gacaca servaient également à encourager la réconciliation en permettant aux victimes d’apprendre la vérité sur la mort de leurs proches. Ils donnaient aussi aux coupables l’occasion d’avouer leurs crimes, de déclarer leurs remords et de demander pardon devant la communauté. Les tribunaux Gacaca ont officiellement achevé leur mandat en 2012. Ils ont jugé près d’un million de personnes avec à peu près 60% d’acquittements et 40% de condamnations.

A l’international, la Belgique en 2011 a rendu six jugements. La France un jugement en 2015. Deux procès sont prévus pour 2016. La machine judiciaire est en marche et rien ne viendra l’arrêter, les faits étant imprescriptibles.

Dans l’avenir, la déclassification des archives permettra d’établir les responsabilités, notamment de la France… Mais ça prendra du temps!

On sait combien il est important pour les survivants, les victimes d’un génocide et leurs descendants que justice soit faite. C’est pour eux le seul moyen de recouvrer leur dignité, le courage d’aller de l’avant et de pardonner.

C’est un long et nécessaire travail et le Rwanda semble l’avoir bien compris et bien entrepris.

En tout cas un grand merci à Marcel Kabanda pour son exposé clair et précis.

Nous avons beaucoup appris.

Lison Benzaquen


Journal de Juillet 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mai 2013

19 juin 2013

b0d6f4bef2f74dcc227b873dd4f618118f0ec052AU NOM DU PERE

Séance du 21 mai 2013

Thème : le terrorisme

Débatteur : Me. William Bourdon

Deux volets dans ce film : le terrorisme nord-irlandais et l’erreur judiciaire. Le débatteur était Me William Bourdon, spécialisé dans les atteintes aux Droits de l’Homme, qui a défendu un certain nombre de terroristes, notamment les Français de Guantanamo, ainsi que des jeunes de banlieue détenus pendant des mois. Il a participé à la rédaction d’ouvrages collectifs sur la difficulté, pour les démocraties, de lutter contre le terrorisme sans céder à la barbarie, ayant toujours à l’esprit la phrase de Voltaire: “Préférer 100 coupables en liberté à un innocent en prison”.

La lutte contre le terrorisme peut-elle justifier les mauvais traitements (torture, détention prolongée, faux témoignages, preuves “fabriquées ”)? Bien évidemment non. A ce sujet, que penser de l’usage de drones, qui permettent d’assassiner sur un simple clic, sans aucun procès? On met là le doigt dans un engrenage dangereux avec atteinte aux droits universalistes de l’homme. Serait-ce un terrorisme d’Etat?

Pourquoi voit-on des suspects qui, sans être torturés, avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis? Tout simplement parce qu’ils sont à bout, et ils “craquent”. Des aveux contre une souffrance infinie, le troc est malsain, il est certes rare, mais il existe!

Les Français de Guantanamo n’étaient pas très malins, beaucoup trimbalaient des problèmes identitaires, mais simplement, ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment (tout comme le héros du film). Mais il est vrai que pour un avocat, il est difficile de “tenir” sans céder à la colère ou au découragement. Et inévitablement, dans une lutte contre le terrorisme où il ne faut pas se laisser guider par l’émotion, il y a des innocents qui “trinquent”.

Autre chose: avec l’IRA, en Irlande, il y a eu des négociations, alors qu’avec certaines organisations terroristes d’aujourd’hui (AQMI, par exemple), on sait dès le départ qu’aucune négociation n’est possible; sans parler de l’auto radicalisation de certains…

Un des effets de l’hyper terrorisme est de conduire les démocraties à se saborder. C’est ainsi que certains intellectuels ont conceptualisé l’idée que “la fin justifie les moyens”, ce qui n’a jamais été démontré.

Dans le cas de Guantanamo, il est évident qu’Obama a échoué, qu’il n’a pas tenu sa promesse, ceci pour différentes raisons:

-Il n’avait la  majorité ni au Sénat ni à la Chambre des Représentants.

-Il n’a pas eu le courage politique d’affronter l’opinion publique.

Or, Guantanamo est un double fiasco:

-Fiasco d’image, car l’image des détenus a fait des dégâts considérables dans l’opinion publique arabe.

-Fiasco technique: sur 780 détenus, seuls 12 sont en voie d’être jugés, et beaucoup ne peuvent être renvoyés dans leurs pays.

Certes, face à un nouvel ennemi, il est normal que la loi s’adapte, mais l’avocat ne saurait en aucun cas transiger sur les deux principes fondamentaux que sont les droits de la défense et l’interdiction de la torture.

Question délicate: y a-t-il un “terrorisme légitime”? On doit répondre par la négative, tout en sachant que les choses peuvent évoluer:

-Certains ont été terroristes pendant plus de 30 ans, puis négociateurs de paix (Arafat).

-Des résistants français ont certes commis des crimes, et ont été plus tard “légalisés” par leur pays.

Quelle que soit la forme prise par le terrorisme, un curseur est infranchissable: il ne doit pas faire de victimes civiles. Ainsi, les opposants au régime iranien ne commettent d’attentats que contre des cibles militaires ou institutionnelles.

En fait, il n’y a pas de définition internationale du terrorisme, mais on peut penser que l’hyper terrorisme pourra un jour relever de la Cour Pénale Internationale.

Et l’on termine en revenant au film: dans une démocratie, on ne condamne jamais quelqu’un sans preuves. D’autre part, il ne faut pas fabriquer chez les policiers une “culture de l’impunité” (car aucun des policiers anglais qui ont torturé et fabriqué des preuves n’a jamais été inquiété ni puni).

Le film était certes long, mais très beau et très émouvant. Le débat aura été plus bref, mais clair et explicite, malgré la complexité du sujet.

Que tous en soient remerciés, c’était une belle matinée Mémoire 2000.

Guy Zerhat


Journal d’octobre 2012: les révolutions arabes au milieu du gué

22 octobre 2012

(Reuters)

L’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye et de trois membres de l’ambassade à Benghazi le 11 septembre et le déchaînement de la colère des fondamentalistes musulmans partout dans le monde en réponse à un film affligeant de stupidité réalisé par un escroc copte égypto-américain s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu, avec une épouvantable guerre civile en Syrie, une poursuite de la répression à Bahreïn, des situations explosives au Yémen, à Gaza et en Cisjordanie, un risque de guerre entre Israël et l’Iran. Que se passe-t-il en Tunisie, en Egypte et en Libye, les trois pays arabes qui ont vu des révolutions populaires renverser des régimes despotiques et corrompus en 2011 ?

Les multiples liens unissant la Tunisie et la France justifient une attention particulière portée à l’évolution de la Révolution de jasmin. La Tunisie est en proie à des tensions et des confrontations entre trois principaux groupes, les progressistes laïques, les religieux modérés et pragmatiques, et les religieux fondamentalistes. Ces derniers harcèlent, voire agressent physiquement les artistes, les féministes, les journalistes, et tous ceux qui s’habillent et vivent librement et qui sont autant d’“impies” à leurs yeux. La situation sociale et économique reste très difficile et le chômage élevé. Dès lors, les mises en garde des démocrates tunisiens, dont le Professeur Yadh Ben Achour, éminent juriste et président de la Haute commission de la réforme politique, contre le risque d’une dictature théocratique et la fin de la liberté d’expression, sont entendues avec inquiétude et constituent un défi lancé au Président Moncef Marzouki (Congrès Pour la République, centre-gauche) et à son Premier ministre, Hamadi Jebali, du parti Ennahda (conservateurs religieux) qui domine le gouvernement de transition. Le gouvernement actuel est tripartite et soumis à des pressions internes contradictoires. Les nouveaux dirigeants affirment leur volonté d’ancrer la Tunisie au sein du Maghreb où le souvenir des années noires algériennes modère les tentations extrémistes. Et ils ont besoin de ménager l’Union européenne et les États-Unis qui apportent une indispensable aide financière. Malgré la menace constituée par une minorité salafiste, une majorité politique semble se dégager pour faire évoluer le pays vers le “modèle” turc, conciliant islam, démocratie, et libéralisme économique et social. Le Président Marzouki a vivement condamné l’assassinat des diplomates américains à Benghazi et le gouvernement n’a pas hésité à envoyer la police protéger l’ambassade des Etats-Unis, après la diffusion de la vidéo insultant Mahomet.

La situation en Égypte diffère de celle de son voisin tunisien, non seulement par le poids géostratégique de cet immense pays de 80 millions d’habitants dont une importante minorité chrétienne copte, mais par l’effondrement des partis laïcs et libéraux et l’émergence de deux grandes forces fondamentalistes, le parti islamique des Frères musulmans et le parti fondamentaliste Al Nour qui ont remporté 40% et 27% des suffrages aux législatives de décembre 2011. Mohamed Morsi, des Frères musulmans, a été élu Président et a récemment accru son pouvoir en changeant l’état major de l’armée après l’attaque de djihadistes contre des soldats égyptiens aux frontières du Sinaï et d’Israël. Le sentiment anti-américain et anti-israélien d’une majorité de la population, le poids politique des salafistes et leur volonté de pratiquer une surenchère religieuse rendent incertaine l’évolution politique du pays. Le Président Morsi a tardé à condamner l’assassinat des diplomates américains, ce qui a conduit le Président Obama a qualifier l’Égypte de pays qui “n’est pas un allié, mais pas un ennemi” et à geler une partie de l’importante aide financière américaine. Le futur de la révolution égyptienne dépendra de la volonté et de la capacité des Frères musulmans à imposer un État de droit, démocratique, musulman et respectueux des minorités religieuses, suivant l’exemple turc dont les succès politiques et économiques sont enviés.

La situation en Libye est contrastée. Du point de vue politique, un Congrès général national a été élu en juillet 2012 et les partis libéraux ont été largement majoritaires, devant les islamistes fondamentalistes voulant établir l’intégralité de la Charia. Le Premier ministre de transition, Moustapha Abou Chagour, un modéré proche des Frères musulmans, a vivement condamné l’assassinat des diplomates américains et a rapproché son pays de Washington. La Libye semble s’orienter vers un régime démocratique musulman modéré. Mais rien n’est joué car la situation sécuritaire est très mauvaise. Des militaires américains sécurisent l’arsenal militaire, notamment chimique, mais les armes légères sont disséminées dans toute la zone subsaharienne. Et la sécurité de la population n’est pas assurée comme en témoigne le journaliste Nizar Sarieldin, basé à Benghazi: des groupes armés djihadistes sont dans la ville et terrorisent une population qui a spontanément manifesté contre l’assassinat de Christopher Stevens, l’ambassadeur américain…

Après l’euphorie qui a accompagné les Révolutions arabes, l’attentisme prévaut en ces temps de transition où rien n’est joué, ni le pire – l’instauration d’une théocratie, en particulier en Égypte – ni le meilleur – la construction d’une démocratie véritable et d’un État de droit.  Espérons que l’expérience de la liberté et de la démocratie que les Tunisiens, les Égyptiens et les Libyens vivent depuis 18 mois restera pérenne. Aujourd’hui, les révolutions arabes sont au milieu du gué.

Rose Lallier


Notre séance du Jeudi 24 janvier 2013: projection de «Le procès d’Adolf Eichmann» de Michaël Prazan et Annette Wieviorka

9 octobre 2012

VOD11245_majaq

Le procès d’Adolf Eichmann

Film documentaire de Michaël Prazan et Annette Wieviorka


France, 2011, 90 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

Ce documentaire retrace l’histoire du procès d’Eichmann, depuis sa capture jusqu’à sa condamnation à mort. Intégralement construit à partir d’images d’archives, il met en lumière le poids historique des témoignages. Par l’intérêt suscité dans la communauté internationale en révélant au monde entier l’ampleur des atrocités nazies, il marque un tournant dans la mémoire de la Shoah, le début d’un processus au cours duquel la Shoah, d’un traumatisme douloureux et tabou, s’est transformé en mémoire collective.

Après la Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, Eichmann, responsable du bureau des affaires juives, est chargé d’organiser et de coordonner la déportation de tous les Juifs, y compris les enfants, vers les camps d’extermination. Travaillant avec d’autres organismes allemands, les Services de sécurité (SD) et la Gestapo, il gère aussi la confiscation des biens des déportés. C’est encore lui qui organise la déportation de dizaines de milliers de Tsiganes.

Après la Seconde guerre mondiale, il s’enfuit d’Autriche et parvient en Argentine, où il se cachera sous le nom de Ricardo Klement.

En mai 1960, des agents du Mossad, le Service de renseignement israéliens, s’emparent d’Eichmann en Argentine et le transfèrent à Jérusalem pour qu’il soit jugé par un tribunal israélien. Tout au long de son procès, il se tiendra dans un box protégé par des vitres à l’épreuve des balles.

Les témoignages de survivants de la Shoah, en particulier ceux de combattants des ghettos tel que Zivia Lubetkin, l’une des dirigeantes de l’insurrection du ghetto de Varsovie, attirent l’attention sur la résistance juive et permet enfin à de nombreux survivants de la Shoah de se sentir capables de raconter leur histoire et leurs souffrances.

L’acte d’accusation, rédigé par le procureur général d’Israël, Gideon Hausner, comporte quinze chefs d’accusation, dont ceux de crimes contre le peuple juif et de crimes contre l’humanité.

Déclaré coupage de tous les chefs d’accusation, il est condamné à mort et pendu le 1er juin 1962.

Son corps est incinéré et ses cendres dispersées dans la mer, au-delà des eaux territoriales d’Israël.

C’est la seule fois, dans l’histoire de l’État d’Israël, qu’une peine capitale est appliquée.

TÉLÉCHARGEZ LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE EN CLIQUANT ICI

Thème :

il y a 50 ans, le procès Eichmann

Débat :

Le débatteur est Michaël Prazan, le réalisateur du film.

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI

 

Le dossier pédagogique de “L’honneur d’un capitaine” de Pierre Schoendoerffer est en ligne

20 février 2012

Séance du jeudi 15 mars 2012

Thème : La guerre d’Algérie

L’honneur d’un capitaine de Pierre Schoendoerffer

Débatteurs : Daniel Rachline et Guy Zerhat (anciens d’Algérie)

Le dossier pédagogique cliquez ICI




Journal de Juillet 2011: Qui perd gagne??

3 septembre 2011

Même si l’événement n’est plus de toute fraîcheur, nous ne pouvons passer sous silence ce qui a bouleversé, non seulement la France, mais une grande partie du monde. Je veux parler, vous l’avez compris, de l’affaire Dominique Strauss Kahn.

Que dire de plus qui n’ait déjà été dit ?

Comme pour tout le monde l’annonce de l’inculpation de DSK et surtout de la raison de son inculpation a été sidérante. Ce fut l’incompréhension et la stupeur.

Puis vint le temps de la réflexion, des analyses, et des bribes d’explications sont apparues.

Pour ma part (formation oblige) je privilégierai l’explication psychanalytique, tant la logique en cette occurrence est absente. DSK, homme intelligent et avisé ne peut pas avoir “délibérément” commis un acte aussi grave.

Il n’est pas rare qu’un homme arrivé au sommet de la gloire et de la puissance ne “s’arrange” pour en redescendre brutalement.

En 1641 déjà, Corneille, dans sa pièce Cinna, faisait dire à Auguste de très beaux vers qui pourraient s’appliquer à cette situation.…

Toujours vers quelque objet pousse quelque désir

Il se ramène en soi, n’ayant plus où se prendre

Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre…

Un beau résumé.

On a beaucoup parlé de “suicide politique”, “d’acte manqué”. Pour la psychanalyse un acte manqué représente la réalisation d’un désir inconscient ; et l’on sous-estime trop souvent le fonctionnement de l’inconscient. DSK n’a, semble-t-il, pas été avare d’actes manqués, il les a multipliés : “séduction forcée” d’une jeune femme, là au mauvais endroit au mauvais moment et à laquelle va toute notre compassion, oubli d’un téléphone portable, coup de fil de l’aéroport à l’hôtel…on croirait le Petit Poucet semant des cailloux ! Tout cela l’a mené “à l’insu de son plein gré” vraisemblablement, là où il souhaitait réellement aller, à savoir loin d’un pouvoir vers lequel il a été d’une certaine manière poussé par d’excessives pressions extérieures.

Sans doute s’est-il senti soulagé d’une tension insupportable et inexprimable, et ce qui, pour chacun d’entre nous serait une véritable catastrophe a pu être, on peut le supputer, pour DSK, une sorte de planche de salut.

C’est une libération quand même très chèrement payée !!

Lison Benzaquen

 


Journal de Juillet 2011: « Juger Eichmann », exposition au Mémorial de la Shoah jusqu’au 28 septembre 2011

9 août 2011

Rappel : Après l’arrivée des nazis et la création du grand Reich en avril 1938, la vague migratoire des juifs allemands et autrichiens vers les USA augmente terriblement.

Débordés les USA par le biais du président Roosevelt décident d’organiser une conférence internationale pour trouver une solution. C’est ainsi que la conférence d’Evian de juillet 1938 fut organisée en France. Son but : trouver une solution à l’immigration massive des juifs fuyant la mise en place du régime nazi.

Trente trois pays invités, l’Italie fasciste refuse de venir. On connaît la suite. Aucune solution ne sera trouvée, l’Allemagne crut avoir les mains libres pour envisager seule comment résoudre ce grave problème.

L’exposition, Juger Eichmann, met en valeur le rôle d’Eichmann dès ce moment. A l’aide des séquences filmées pendant le procès, la moins connue est celle où on voit et entend Eichmann s’expliquer devant le tribunal sur ces problèmes d’immigration dont il avait la charge dès 1938 justement. Il explique sa volonté de répondre aux problèmes de “l’immigration forcée” et ceux de “l’immigration choisie”. Langage qui résonne aujourd’hui à nos oreilles d’une manière inquiétante.

Il faut le voir expliquer technocratiquement les embûches et désordres créés par ces flux non contrôlés et parfois non contrôlables

La conférence d’Evian aurait peut-être pu éviter la suite — nul ne le saura jamais.

Ce que l’on sait par contre, c’est que c’est là que germa l’idée de la solution finale

Daniel Rachline


Nous vous recommandons le film «LIBRE PARCOURS », portrait de Maître Bernard Jouanneau, sur PLANETE JUSTICE

17 mars 2011

Maître Bernard Jouanneau

« Libre  parcours », le portrait consacré à Maître Bernard Jouanneau, est diffusé sur la chaîne Planète Justice en mars et avril 2011.

Ce film retrace les engagements et les principaux combats judiciaires et pour les Droits de la Personne Humaine de Maître Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

Le documentaire, d’une durée de 55 minutes, a été réalisé par Jacques Cortal et produit par Thelma Production.

Diffusion :
Le mardi 15 mars 2011 à 20h40
Le jeudi 17 mars 2011 à 2h35
Le vendredi 18 mars 2011 à 15h34
Le dimanche 20 mars 2011 à 16h07
Le jeudi 24 mars 2011 à 15h25
Le mardi 05 avril 2011 à 15h25
Le lundi 11 avril 2011 à 15h25


Compte-rendu du colloque sur «l’art, la science et l’expert», organisé à la Maison du Barreau le 10 février 2011

6 mars 2011

Le beau, le juste, le vrai

Un grand merci à Maître Bernard Jouanneau d’avoir convié les membres de l’association «Mémoire 2000» à participer au passionnant colloque : « l’art, la science et l’expert », organisé à la Maison du Barreau le 10 février dernier.

L’allégorie de l’esclavage, représentée par la négresse de Carpeaux : «la négresse, avec la corde qui lui attache le dos et lui froisse les seins, lève au ciel la seule chose encore libre : son regard désespéré et accusateur à la fois» disait Théophile Gautier, fut le fil conducteur symbolique de cette journée.

Tout au long de ce colloque, nous avons pris conscience du questionnement du magistrat, de l’avocat, qui s’en remettent, le plus souvent à leur «intime conviction», alors que la rigueur de la science et des techniques modernes implacables, opposent un verdict rédhibitoire.

C’est ainsi que des experts tels Stéphane Théfo d’Interpol, qui lutte contre le trafic illicite des biens culturels, ou Ian Lanson de Scotland Yard, ont exposé toutes les nouvelles techniques d’analyses mises à la disposition des spécialistes : thermoluminescence, microscope à balayage, scanner, faisceau à particules (utilisé par Philippe Walter, directeur de recherche au CNRS). L’intérêt de ces méthodes sophistiquées est qu’elles n’altèrent pas les oeuvres d’art et donnent en quelques minutes l’origine et la date de l’oeuvre, s’opposant aux analyses stylistiques,qui ouvrent parfois le feu du débat judiciaire! Exemple : la sculpture égyptienne de «Sésostis III», achetée 4,6 millions de francs par le Louvre, s’est avérée de facture moderne quelques années plus tard!

Mais, «il n’y a pas de vérité judiciaire absolue qui s’oppose à la vérité scientifique absolue». L’important est d’apprendre à se parler, à partager cette richesse du savoir.

« Savoir que le Savoir peut ne pas savoir, demeure le plus grand Savoir » Tchouang Tseu .

En synthèse, Anne Bouquillon (chercheuse au C2RMF) a justement commenté que «la révélation de l’authenticité passe par les savoirs croisés», ce qui devrait être la notion partagée par tous.

Tout au long de cette journée, on découvrait la difficulté du juge qui est «au carrefour de toutes les tensions de la société» (Marie-Christine Courboulay), celle aussi de l’avocat qui voit, évalue, mais peut se tromper comme tout un chacun (l’oeil ne voit que ce qu’il regarde et il ne regarde que ce qui est déjà dans l’esprit.) Apprendre à voir avec un oeil responsable, apprendre à communiquer, telles ont été les valeurs particulièrement soulignées. L’art est devenu une valeur transcendantale, au-delà de nous même, «l’art porte les valeurs de l’humain», ce qui est rassurant et fondamental.

Joëlle Saunière


L’éditorial du Journal de Janvier 2011 : le respect d’autrui

26 janvier 2011

Lorsqu’il y a dix-huit ans, nous avons hardiment décidé de prendre en charge la transmission de la mémoire à la génération de celles et ceux qui devaient atteindre leurs vingt ans en l’an 2000, la tâche entreprise nous paraissait si lourde et si lointaine, que nous pensions lui passer le relais afin qu’elle continue et la poursuive pour celle qui allait suivre.

Lorsque le nouveau siècle est arrivé, il a bien fallu se rendre à l’évidence : nous étions loin d’avoir terminé et nous nous sommes bravement remis à l’ouvrage, persuadés d’avoir tracé une voie et semé quelques graines qui porteraient leurs fruits. Personne ne nous en a dissuadés, et tous ceux qui nous voient à l’œuvre nous ont encouragés à continuer.

Nous n’avons pas changé la face ni les rides du vieux monde, ni les travers ni les tares des hommes et des maîtres du monde. Au rêve du “plus jamais ça” a succédé la course effrénée du profit, et le culte de la richesse, indifférente à l’aggravation du sort des plus pauvres.

Toujours plus d’argent, toujours plus vite, toujours moins d’égalité et plus de différence et de discrimination…

Au mépris des plus démunis, s’est ajouté le rejet des étrangers et des émigrés perçus comme une menace et un danger pour ceux qui possèdent et ont amassé les richesses. L’impuissance des états à assurer le respect des grands principes qu’ils n’ont cessé de cultiver, codifier et proclamer, a conduit la communauté internationale a laisser faire — au nom du libéralisme — ce qu’elle condamnait dans ses déclarations, pactes, sommets et conférences.

On n’a jamais tant fait pour se rencontrer, se parler et se rassurer, sans parvenir à éradiquer la solitude et l’a-solidarité qui semble aujourd’hui être la marque de l’humanité qui confine à l’inhumanité.

* Trop nombreux pour respirer ?

* Trop nombreux pour subsister ?

* Trop nombreux pour partager ?

* Trop nombreux pour écouter ?

Il est temps de réagir tous ensemble.

En réalité, nous ne sommes pas assez nombreux à nous préoccuper du sort de l’humanité, elle n’a de chances de survie que dans le respect de l’éminente dignité de l’individu, par les pouvoirs publics et les institutions, par les médias et les autorités, mais aussi par les individus eux-mêmes.

Quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, si pauvre et si petit soit-il, l’individu doit trouver sa place dans l’univers, et pour qu’il y parvienne il faut que les autres la lui fassent.

Chacun doit y mettre du sien et se demander chaque jour, ce qu’il fait, ce qu’il a fait, ce qu’il doit faire, pour permettre à l’autre de vivre, de respirer, de travailler, de parler, en un mot : d’“Etre”. La survie de l’Etre dépend de l’effort de tous et de chacun.

La lutte contre la discrimination qui reste le ressort de notre raison d’être, est d’abord un combat contre soi-même, une remise en question permanente de notre ego, qui tend à en imposer à autrui, pour prendre sa place et l’empêcher de vivre.

Ce n’est pas chez les autres qu’il faut détecter les risques de l’intolérance et de la violence, c’est en soi, et ce n’est pas du domaine du rêve ou de l’utopie, c’est la dure loi de la condition humaine.

Nous n’avons plus rien à transmettre. Tout est dit, et personne ne l’ignore. Il reste à faire les gestes essentiels qui consistent à se mettre à la place d’autrui, non pour le déloger, mais pour se demander ce dont il a besoin pour vivre, ou/et chercher à l’aider à se le procurer.

Une terre, un pays, une famille, une religion, des souvenirs, une passion, un public, une mémoire, une raison d’être, un savoir-faire.

Le respect d’autrui : première exigence de la fraternité, devrait être davantage notre préoccupation, au même titre que la défense de la liberté, et la poursuite de l’égalité, pour lesquelles nous avons choisi de nous réunir.

Bien sûr qu’il faut “s’indigner” et pas seulement pour suivre les conseils de Stéphane Hessel — ne rien laisser passer — ne jamais s’arrêter. Encore faut-il savoir pourquoi et à quelles fins?

Depuis le temps que je tiens cette chronique pour Mémoire 2000, je crois avoir enfin trouvé la réponse : la dignité passe par le respect d’autrui qui nous incombe.

Bernard Jouanneau

 


Journal de Janvier 2011 : témoignage d’un élève sur la séance du film « Promesses »

26 janvier 2011

Pour rendre compte de cette séance, il nous  a paru impératif de donner la parole  à Mehdi Hassouni, un des élèves présents  de Terminale du Lycée Saint-Dominique.

“Promesses” est un film unique en son  genre, de par le fait que le message de paix  qu’il prône a pour base les paroles d’enfants  palestiniens et israéliens, qui vivent le  conflit au quotidien.

Ces enfants ont une vision étonnamment  claire de la guerre, ou du moins des divisions sociales, tensions et souffrances humaines qu’elle engendre. De leur point de vue, la société, auparavant unie par la paix entre Musulmans, Chrétiens et Juifs locaux, apparaît divisée en deux camps : les Palestiniens et les Israéliens. Dans chacun des camps, certains aspirent à la paix, d’autres veulent l’éradication du camps adverse.

Aussi, malgré le fait qu’ils ne vivent qu’à quelques kilomètres les uns des autres, les protagonistes de ce film sont pourtant séparés par deux “murs”: le premier “mur” est celui de la guerre (barrages mis en place par l’armée israélienne) et le second est celui de leur appartenance sociale : (Arabes/Hébreux, Palestiniens/Israéliens, Musulmans/Juifs).

A travers leur discours, on voit très bien qu’ils ont d’ores et déjà reçu bien des préjugés quant à la société de l’autre côté des murs, des préjugés issus de leurs familles, ces préjugés auxquels on peut parfois adhérer sans réfléchir, en écoutant une discussion politique lors d’un repas de famille, laissant ainsi les sentiments l’emporter sur la raison. De plus, ils justifient leur droit de propriété sur le sol de la Palestine (et notament sur Jérusalem) grâce aux interprétations qu’ils ont de la Torah et du Coran.

Mais on dit bien que “la vérité sort de la bouche des enfants”. Alors, si certains de ces enfants croient en la paix israélo-palestinienne, peut-être est-elle vraiment possible. Cette croyance s’est vue partagée par les élèves du lycée Saint-Dominique à la sortie du débat sur ce conflit. Ce qui est encore plus apprécié est le fait que même les citoyens de pays bien loin du Proche-orient œuvrent à la résolution pacifique de ce conflit qui n’aura que trop duré. En tout cas, cette paix aujourd’hui demeure un idéal, non un fait, et le seul espoir que ces deux peuples puissent cohabiter pacifiquement, sur une même parcelle de terre, réside dans l’éventualité que les enfants apprennent à se connaître, se défaisant ainsi des préjugés que leur ont inculqués leurs prédécesseurs sur le camp adverse. Egalement, il faudra rendre justice à tous ces crimes de guerre commis lors de ce conflit avant de pouvoir entamer toute négociation pour la paix, car l’Homme a trop d’amour propre et, ne sachant souvent pas pardonner, il crie “justice” avant de penser “paix”.

Mehdi Hassouni

 

 


Journal de Janvier 2011 : Indignez-vous!

25 janvier 2011

C’est le titre d’un petit livre écrit par un jeune vieillard de 93 ans, (Stéphane Hessel). Il a raison.

A part certaines positions qu’il a sur Israël qui manquent singulièrement de retenue, que de raisons de s’indigner dans le monde et en France même.

L’énumération ressemble à une longue litanie qui n’a pas vraiment changé depuis de nombreuses années. On assiste plutôt à une régression des droits de l’homme un peu partout dans le monde.

Ce qui a changé ? Il semble qu’on s’y habitue et que nos voix soient devenues bien faibles.

Montée de l’extrême droite dans la plupart des pays d’Europe, xénophobie, islamophobie, et sans doute antisémitisme.

Et en France, un ministre de l’Intérieur qui soutient des policiers qui violent les valeurs fondamentales qu’ils sont censés défendre.

Dernièrement, une femme politique fille de… a osé comparer la présence des Musulmans en France à l’occupation nazie de 1940 à 45 et a ainsi ouvert une polémique !!

Et voilà…Il faudrait non seulement nous indigner, mais crier.

En sommes-nous encore capables?

Daniel Rachline

 


Journal de Janvier 2011 : la chaise vide

25 janvier 2011

Devant le regard médusé du monde entier, une chaise vide “reçut” le Prix Nobel de la Paix à Oslo vendredi.

Elle représenta symboliquement le lauréat, Liu Xiaobo, défenseur des droits de l’homme chinois. Celui-ci purge une peine de 11 ans de    prison, plus 2 ans de privations des droits civiques, pour “incitation à la subversion du pouvoir de l’état”.

Sa femme, Liu Xia, assignée à résidence, brilla également par son absence. Aucun autre membre de sa famille ne fut autorisé à quitter la Chine pour recueillir le prix.

D’autre part, pour s’assurer que personne ne puisse suivre la cérémonie, qualifiée par les autorités de “clownesque”, les retransmissions sur internet de CNN, BBC et la télévision    norvégienne NRK furent stoppées en Chine.

Enfin, il y eut quelques autres chaises vides parmi les ambassadeurs accrédités à Oslo, suite à la pression non diplomatique de Pékin. Le roi Harald V de Norvège, ayant subi les mêmes pressions, n’envisagea pas un instant de ne pas participer, au contraire.

En 1935, il y eut trois autres chaises vides, dont deux au sein même du comité Nobel. Cette année là, le prix Nobel de la paix fut decerné à l’intellectuel pacifiste allemand Carl von Ossietzky. Le ministre norvégien des affaires étrangères, Halvdan Koht et l’ancien premier ministre Johan Ludwig Mowinckel refusèrent de sièger lors de la réunion décisive du comité Nobel. Ils craignèrent la réaction d’un certain Adolf Hitler envers la Norvège si le ministre des affaires étrangères en exercice participait au choix du lauréat. Mowinckel ne partagea pas ce point de vue, mais suivit tout de même Koht. Le rois Haakon VII choisit exceptionellement de ne pas se rendre à la cérémonie de remise. Quant à Ossietzsky, le régime nazi lui interdit d’aller à Oslo chercher le prix. Il décéda peu après de tuberculose, contractée dans un camp de concentration.

Rappelons que le prix Nobel de la paix est décerné, conformement au testament d’Alfred Nobel (rédigé à Paris), par un comité de 5 membres. Ni par la Norvège toute entière, ni par le gouvernement. Le choix provoque presque toujours des réactions fortes. Surtout lorsque le prix met en cause une grande puissance, s’ingère dans un conflit en cours ou dans un jeu diplomatique parfois invisible. C’est parfaitement logique, puisque le comité Nobel, surtout depuis une vingtaine d’années, souhaite utiliser l’attribution du prix pour “créer ou soutenir une dynamique de paix”. Ce fut le cas en 2009, avec le choix de Barak Obama, qui ne pouvait se vanter d’avoir beaucoup fait pour la paix. Certes, mais il n’était qu’au début de son mandat, et il fallait encourager ses efforts, notamment au Moyen Orient.

Cette fois, la violence des réactions de la Chine montre que le comité a frappé là où ça fait mal. Le moment était venu. Cela fait plusieurs années que les rumeurs désignèrent un lauréat chinois, mais le comité “n’osait pas” franchir le pas. Cette année, avant même l’attribution, les pressions furent plus fortes que jamais. Les médias norvégiens ont révélé que l’ambassadeur de Chine à Oslo s’est rendu au Ministère des affaires étrangères la veille de l’attribution, pour mettre en garde les autorités encore une fois. Comme si Pékin était déjà au courant. Mais la Chine ne semblait pas savoir que le comité Nobel est complètement indépendant.

Avant, il était composé de 5 membres du Parlement. Maintenant, ils ne doivent plus y sièger. Certes, le président du comité, Thorbjørn Jagland, est un ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien président du Parlement, et actuel président du Conseil de l’Europe, mais farouchement indépendant. Dans son discours de vendredi, il souligna que ce prix n’est pas un prix contre la Chine, et qui ne veut offenser personne. Au contraire, il est attribué à un homme, Liu Xiaobo, depuis plus de 20 ans porte-parole des droits de l’homme en Chine. En 1989, il declencha une grève de la faim après le massacre de la place Tiananmen. En décembre 2008, à l’occasion des 60 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il fut à l’origine de la publication de la Charte 08 — manifeste sur les droits de l’homme. Il est de nouveau incarcéré depuis 2009.

Dans ses attendus, le comité Nobel ne condamne pas la Chine, mais l’encourage à mieux respecter les droits de l’homme. Comme le souligna M. Jagland, le développement économique a permis aux millions de Chinois de sortir de la pauvreté. Les droits de l’homme sont inscrits dans la constitution chinoise depuis 2004, et la Chine a signé de nombreux textes internatinaux — mais ne les respecte pas.

Oui, des sociétés norvégiennes vont perdre des contrats en Chine. A Cancun, les représentants de Pékin ont boycotté le Premier ministre norvégien. Selon les experts, l’ire de Pékin n’est pas prête de se calmer, au moins jusqu’au congrès du parti et aux changements du régime en 2012. Pour la Norvège, qui osa défier l’Empire du milieu, le pire serait à venir.

Mais puisque personne d’autre n’ose parler vrai à la Chine, et tant qu’ un seul homme, derrière les barreaux, dérange le pays le plus puissant du monde – oui, il faut se rappeler la chaise vide d’Oslo. Elle est tout un symbole.

Un vrai symbole de paix. A venir.

 

Vibeke Knoop