Modification de notre séance du 14 mars 2017: projection du film « Le Havre », suivi d’un débat sur l’immigration

6 décembre 2016

El_Havre-934517564-large

Mardi 14 mars 2017

Thème: L’immigration 

Film: Le Havre (Finlande et France, 2011, 1h33)

Réalisation: Aki Kaurismaki

Principaux acteurs : André Wilm, Jean-Pierre Darroussin

Résumé : 

Sous forme d’un conte social, il s’agit d’un hymne à la fraternité et à la solidarité : comment aider son prochain, même s’il s’agit d’un clandestin, même s’il est pauvre et démuni.

 

Téléchargez le dossier pédagogique rédigé par Guy ZEHRAT, membre de Mémoire 2000 en CLIQUANT ICI.

 

 


Journal de Juillet 2013: Qu’est-ce qui se passe en Suède? Le fameux “modèle suédois” vacille-t-il?

19 juin 2013
Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Le 13 mai dernier un homme de 69 ans est mort à Husby, un quartier défavorisé de Stockholm. Abattu par la police, qu’il avait menacée. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Jets de pierre, voitures et bâtiments brûlés, violences et haine, surtout de la part des jeunes. Pendant une semaine, Husby ressemblait aux banlieues françaises en 2005. Mais ce qui paraît logique, voir “normal” en France a frappé le monde de stupeur en Suède. En cause : le fameux “modèle suédois”, surtout en matière d’intégration, que tous les pays envient.

Il serait plus juste de dire modèle scandinave, tant les pays voisins du Nord se rassemblent sur ce point. Ou plutôt se ressemblaient. Car le tronc commun, le fameux modèle d’Etat-providence et d’aspiration sociale s’est fissuré partout, depuis longtemps. Au Danemark, d’abord, ou l’extrême droite a une réelle influence politique depuis des années et a activement orienté une politique très restrictive en matière d’immigration et de droits des étrangers. Par ailleurs, le plus grand quotidien Jyllandsposten s’est distingué en publiant les caricatures de Mahomet en 2005, provoquant un incendie mondial.

En Norvège, c’est un blond de souche, Anders Breivik, qui a exprimé sa haine antimusulmane. En massacrant ceux qui selon lui sont les responsables d’une immigration massive, le parti travailliste. D’abord avec une bombe contre le bâtiment du gouvernement, ensuite en tuant un par un les jeunes de l’île d’Utøya.

Enfin en Suède, à Husby, et avant dans d’autres banlieues, toutes marquées par un fort taux d’immigration et identifiées comme des ghettos. Mais « attention! » s’exclament les sociologues scandinaves. Ce serait trop facile d’accuser les jeunes immigrés, ou issus de l’immigration – 85 % de la population de Husby. Les causes sont plus profondes. Les gouvernements ont surtout négligé le front de l’éducation et de l’emploi. D’après les chiffres de l’agence suédoise pour l’emploi, 20% des jeunes de Husby n’avaient aucune activité en 2010. Un jeune de 16 à 19 ans sur cinq était sans travail ou non scolarisé. Sur le papier, ils ne faisaient rien. Ils “glandaient” ou trouvaient des occupations amusantes, genre caillasser des voitures. Un lycéen sur cinq ne va plus à l’école. Il y a urgence. Et encore plus pour l’emploi, premier facteur d’intégration. Pour l’ensemble de la Suède, le taux d’activité est de 65% parmi les jeunes, mais à Husby seulement de 40%, comme dans des banlieues françaises…

Les incendies de Husby montrent que personne n’a le monopole de la violence. Celle-ci est toujours latente dans certains quartiers français, américains, anglais ou brésiliens, il suffit de s’y rendre pour le ressentir immédiatement. Il ne manque pas de gouttes pour faire déborder le vase, il déborde depuis longtemps. Il suffit d’une mèche, même verbale, comme le fameux mot “karcher” l’a démontré en France. Dans tous ces cas, les jeunes se plaignent de l’attitude de la police à leur égard. Il suffit peut-être de peu. A Oslo, la police s’efforce d’aborder les jeunes immigrés de la même façon que tout le monde depuis des années. Et elle n’est pas armée. A Groruddalen, le Husby norvégien, les jeunes commettent moins d’infractions qu’au niveau national. Mais dans cette banlieue d’Oslo, le chômage des jeunes n’est “que” de 8,5 %. La Norvège a du pétrole…

Le modèle scandinave semble avoir vécu. C’était avant tout un mythe, mort dans les flammes de Husby et à Utøya.

Mais à la différence de la France, les pays du Nord n’ont pas attendu plus de 40 ans pour chercher les remèdes.

Vibeke Knoop


Journal de Janvier 2012 : Une étrangère en “étrangerie ”

12 janvier 2012

Etrangers attendant pour le renouvellement de leur titre de séjour, France, 2011

Il a fallu presque 40 ans avant que je me sente étrangère en France. Jusqu’à ce jour, au contraire, je me suis toujours sentie bien accueillie sur le sol français, depuis que j’ai quitté ma Norvège natale pour vivre auprès d’un citoyen de la république. Pas 100 pour cent d’origine française non plus, mais né en France, et ayant la nationalité qui va avec.

Certes, j’ai connu les queues interminables de la préfecture pour demander une carte de séjour, où votre sort dépendait d’une fonctionnaire qui préférait se limer les ongles plutôt que de s’occuper de vous, et qui créa une différence de traitement notable entre moi, blanche et européenne, et mon voisin dans la queue, ayant eu le malheur de naître dans une ancienne colonie nord-africaine. Tutoyé d’office, et questionné si durement qu’il en oubliait le nom de jeune fille de sa mère ou la date de naissance de son père. Mais j’ai toujours fini par avoir les sésames nécessaires, et aucun Claude Guéant n’existait à l’époque pour fixer des limites à mes études en France, ni m’indiquer la sortie dès qu’elles furent terminées. Il en va tout autrement pour les étudiants étrangers aujourd’hui, et le pire, à mes yeux, c’est le peu de réactions que les mesures draconiennes de M. Guéant suscitent chez les Francais. Désormais, les organisations étudiantes en Norvège et ailleurs déconseillent fortement aux jeunes bacheliers de venir en France, qui a désormais une très mauvaise réputation.

Lire le reste de cette entrée »


Journal de Janvier 2012 : Trilogie autour de la Judéïte autrichienne, trois films d’Axel Corti

12 janvier 2012

Axel Corti

Le 30 novembre dernier est ressorti sur les écrans parisiens trois films d’Axel Corti :

1) Dieu ne croit plus en nous

2) Santa Fe

3) Welcome in Vienna.

Film sorti en 1982 pour la première partie et en 1986 pour la troisième.

C’est l’histoire de juifs de Vienne au moment de l’Anschluss et des persécutions juives. Juifs qui essaient par tous les moyens de fuir et d’obtenir des papiers, visas, etc…

Dans la deuxième partie, Santa Fe, certains se retrouvent en Amérique où l’intégration est tout aussi difficile.

Dans la troisième partie, retour à Vienne dévastée confrontée à la corruption, aux compromis et compromissions.

Un film, c’est comme un livre, il faut le voir ou le lire.

Celui-ci est indispensable, et si vous ne l’avez pas encore vu, il faut réparer cette erreur si c’est encore possible.

Qui plus est tourné en noir et blanc, la qualité de la mise en scène est exceptionnelle.

C’est l’histoire de nos parents, de nos grands parents et de tous les immigrés du monde entier.

Dans ce monde la quête d’un “papier” sous quelque forme que ce soit, devient l’obsession quotidienne.

Cette quête représente la sauvegarde espérée et jamais obtenue, que tous les immigrés d’aujourd’hui continuent à vivre.

Daniel Rachline

 


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance du film Welcome de Philippe Lioret

25 janvier 2011

WELCOME

Film de Philippe Lioret

Séance du 7 décembre 2010

Thème : Les sans papiers

Débattrice : Sylvie Copyans de l’association Salam (Nord-Pas de Calais)

Quand le film projeté capte l’intérêt des jeunes spectateurs, et par le biais d’une fiction réussie les fait entrer dans la réalité, quand ensuite le débatteur grâce à son expérience personnelle, leur montre    ce qui se passe réellement, alors notre pari est sans doute gagné! Réjouissons nous donc que les 150 élèves présents lors de la séance consacrée au beau film de Philippe Lioret ont bénéficié d’une information exceptionnelle sur une situation grave, celle des migrants et tout particulièrement ceux qui attendent dans les pires conditions matérielles le“miracle” anglais…

Notre débattrice a suivi de près la réalisation du film et a pu donner des détails concrets sur le tournage : recherche difficile de l’acteur qui incarne le héros, Bilal, présence de l’équipe du film sur les lieux d’accueil et de distribution de nourriture. Le film a été présenté dans différents pays par les membres de l’Association Salam et a pu ainsi sensibiliser de nombreux publics à ce qui se passe là-bas.

Au début du débat, ce fut une pluie de questions surtout posées par les jeunes des CM2, montrant leur intérêt au sort de Bilal, joueur de foot kurde devenu nageur pour rejoindre sa fiancée à Londres. Comment est-il mort? Pourquoi a t-on mis son corps dans un sac en plastique? Pourquoi choisissent-ils tous l’ Angleterre?

Les enseignants des plus grandes classes s’impatientant un peu, on a vite donné la parole à leurs élèves. Mme Copyans a pu décrire la vie de ces hommes (peu de femmes, et d’ enfants…), qui sont régulièrement contrôlés, arrêtés et parfois même “raflés” par la police. Nous nous trouvons devant un problème politique majeur qui concerne toute l’Europe.

— Quel but poursuivez-vous dans votre Association? demande un élève de 3ème. Nous essayons qu’obtenir que l’on arrête de les maltraiter, que l’on crée des structures d’accueil, que l’on les aide à obtenir des papiers. Mais ce n’est pas facile et le flot des arrivants est continu. De plus nous subissons des difficultés avec les lois qui interdisent d’aider ces migrants et avons eu plusieurs procès qui ont couté très cher!

Notre débattrice tient à ajouter une note plus joyeuse à ce qui est un véritable drame. Elle tient à dire combien elle apprécie de partager leurs joies, leurs coutumes, leurs fêtes. “Nous avons tant gagné à les connaître!” ajoute-t-elle.

Et pour clore le débat elle interpelle nos élèves : “ces jeunes qui viennent là ne sont pas comme vous : ils n’ont souvent pas eu d’enfance, ils n’ont pas pu aller au lycée, ils doivent souvent travailler dur, et souvent tard dans la nuit!”.

En quittant la salle les professeurs nous ont dit combien ils avaient été intéressés par le thème et la façon dont il avait été traité : ils nous ont assurés qu’ils allaient continuer la discussion et faire travailler leurs élèves sur ce sujet.

Que demander de plus ?

Claudine Hanau


Programme 2010-2011: « Welcome »

14 octobre 2010

Séance du mardi 7 décembre 2010

Les sans papiers

Welcome

Date de sortie : 2008

Réalisateur : Philippe Lioret

Débatteur : Philippe Lioret

Durée : 1h50

Afin de se valoriser auprès de son épouse, un maître nageur de Calais prend le risque d’aider en secret un jeune homme kurde qui désire traverser la Manche à la nage pour retrouver son amie en Grande-Bretagne…


L’éditorial du journal d’octobre 2010

13 octobre 2010

« Etranges étrangers »

Le plus affligeant dans la tourmente que nous traversons, n’est sans doute pas l’atteinte portée à l’image de la France sur la scène internationale ni même la partie de bras de fer que mène le président avec la Commission de Bruxelles.

Dans cette réprobation presque unanime, il y a sans doute une bonne dose d’hypocrisie, chacun étant chez soi confronté à une réalité qui finit toujours par donner raison à ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. On ne peut cependant s’empêcher de faire le rapprochement de cette tentative de justification avec celle que le Front National a longtemps utilisée pour nourrir la propagation de ses idées.

Alors que l’amalgame est érigé partout en méthode de pensée, on se gardera bien de faire des rapprochements hors de propos, voire outranciers entre les évacuations des Roms aujourd’hui et la déportation des Juifs et des Tsiganes d’hier.

Depuis deux mois que la surenchère sécuritaire dirigée contre les immigrés fait surgir des mots et des circulaires, des propositions de lois et des “feuilles de route”, on a à peu près tout dit dans un débat sans fin qu’annonçait malheureusement déjà l’imprudente et inutile campagne sur la recherche de l’identité nationale.

Mémoire 2000 s’est joint aux appels lancés par les associations dont elle se sent proche que ce soit la Licra et/ou la Ligue des droits de l’homme. Elle s’est tenue à l’écart du débat politique qui oppose les partis et les candidats aux élections, respectant ainsi les engagements politiques de ses membres.

Tant qu’il s’agit du rappel des principes constitutionnels, européens et internationaux qui poursuivent la discrimination proposée ou mise en œuvre à l’égard de personnes ou de groupe de personnes à raison de leur origine, Mémoire 2000 s’en tient à ses statuts, et s’il le fallait, elle rejoindrait le combat mené pour les faire respecter

Mais il ne suffit pas de rester sur le qui-vive et d’être prêts à défiler, banderole en tête. Il nous faut prendre conscience et prendre garde au fait que sauf erreur ou manipulation, les sondages qui se multiplient donnent de l’audace si ce n’est raison, à ceux qui s’en prennent ouvertement non seulement aux étrangers, fussent-ils devenus citoyens de l’Union, mais aussi aux Français d’origine étrangère qui pourraient se voir dépouiller de cet élément de leur identité. Il ne suffit pas que les sondages leur donnent raison et les encouragent à persévérer dans la voie inacceptable de la xénophobie et de la discrimination pour clore la discussion. Il est grand temps de se réveiller et de se lever pour dire “non ! ça suffit”.

On a sûrement eu tort de faire des raccourcis et des rapprochements entre les camps de concentration nazis et les campements illicites que le gouvernement a décidé le 5 août d’évacuer en priorité. Rien de commun avec le sinistre passé nazi.

Que ceux qui protestent contre les rapprochements historiques qui fusent de toutes parts, à leurs yeux insultants, n’oublient pas que nombre des mesures qui ont conduit Adolf Hitler au pouvoir à partir de 1932 ont recueilli le vote et pas seulement l’avis de la majorité. S’il y avait eu des ligues ou des associations pour le dire à l’époque, l’Europe n’en serait pas arrivée à ce délabrement qu’elle s’est imposé et qu’elle a vécu jusqu’à la Libération.

Il est donc plus que jamais nécessaire que la liberté de la Presse et le droit de manifester soient respectés et partagés. Que les organes de presse et les citoyens y veillent eux-mêmes sans se soumettre au diktat des instituts de sondages.

Certes en démocratie c’est la majorité qui doit l’emporter et imposer sa loi. Mais la majorité qui s’exprime par les voies légales et dans le respect des principes fondamentaux qui ressortent de la Constitution ou de déclarations des droits de l’homme, selon la conception et l’interprétation des organes habilités à la dire… Pas la majorité des suffrages que l’on poursuit de ses vœux par le recours aux sondages.

A cet égard bien des projets actuels dont certains sont en passe d’être adoptés par le Parlement ne trouveraient pas grâce auprès du Conseil constitutionnel du conseil d’Etat, de la commission de Bruxelles et même des tribunaux ordinaires de droit commun.

On doit sans doute admettre que la publication de ces sondages relève d’une certaine manière de la liberté d’expression, en tout cas de la liberté de la presse et il ne saurait être question de suspendre ni de restreindre ni l’une ni l’autre, d’autant qu’ils pensent être soumis au libre débat démocratique. Mais s’ils ne l’étaient pas pourquoi ne pas ouvrir aux associations qui se sont donné pour mission de faire respecter ces principes, le droit de réponse ou de réplique, comme c’est déjà le cas en matière de provocation à la haine et à la discrimination en vertu de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse…

Mémoire 2000 n’a pas de recommandations à faire aux Etats, aux politiques, aux institutions. Elle ne peut s’adresser qu’à l’opinion et aux individus en attirant l’attention sur les dangers qui se profilent à l’horizon. La défense des valeurs et de la démocratie appartient à tous et nul n’en pourra se plaindre lorsque l’irréparable aura été commis et qu’il n’aura rien à répondre sur ce qu’il aura fait pour l’empêcher.

Quant à nous, nous attendons depuis le 30 Avril 2010 que le Premier ministre appose sa signature sur le document officiel qui permettra au secrétaire d’Etat H. Falco, de mettre en œuvre l’accord transactionnel que nous avons accepté en faveur les “déportés d’origine étrangère” devenus français à leur sortie des camps, à moins qu’on ne remette en cause la délibération de la HALDE de 2005.

Nous craignons qu’un nouveau remaniement ministériel annoncé empêche le secrétaire d’Etat de tenir parole, ce qui serait tout de même assez grave en cette période de troubles et de polémiques sur la discrimination et les “Français d’origine”. Les déportés survivants qui ne sont plus qu’au nombre d’une centaine et qui sont français à part entière depuis des dizaines d’années attendent toujours que l’égalité des droits à pension leur soit accordée pour qu’ils ne se retrouvent pas dans la situation de ces “Etranges Etrangers” devenus français seulement sur le papier.

Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000