Modification de notre séance du 14 mars 2017: projection du film « Le Havre », suivi d’un débat sur l’immigration

6 décembre 2016

El_Havre-934517564-large

Mardi 14 mars 2017

Thème: L’immigration 

Film: Le Havre (Finlande et France, 2011, 1h33)

Réalisation: Aki Kaurismaki

Principaux acteurs : André Wilm, Jean-Pierre Darroussin

Résumé : 

Sous forme d’un conte social, il s’agit d’un hymne à la fraternité et à la solidarité : comment aider son prochain, même s’il s’agit d’un clandestin, même s’il est pauvre et démuni.

 

Téléchargez le dossier pédagogique rédigé par Guy ZEHRAT, membre de Mémoire 2000 en CLIQUANT ICI.

 

 


Journal de Juillet 2013: Qu’est-ce qui se passe en Suède? Le fameux “modèle suédois” vacille-t-il?

19 juin 2013
Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Jonathan Nackstrand / AFP / Getty Images

Le 13 mai dernier un homme de 69 ans est mort à Husby, un quartier défavorisé de Stockholm. Abattu par la police, qu’il avait menacée. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Jets de pierre, voitures et bâtiments brûlés, violences et haine, surtout de la part des jeunes. Pendant une semaine, Husby ressemblait aux banlieues françaises en 2005. Mais ce qui paraît logique, voir “normal” en France a frappé le monde de stupeur en Suède. En cause : le fameux “modèle suédois”, surtout en matière d’intégration, que tous les pays envient.

Il serait plus juste de dire modèle scandinave, tant les pays voisins du Nord se rassemblent sur ce point. Ou plutôt se ressemblaient. Car le tronc commun, le fameux modèle d’Etat-providence et d’aspiration sociale s’est fissuré partout, depuis longtemps. Au Danemark, d’abord, ou l’extrême droite a une réelle influence politique depuis des années et a activement orienté une politique très restrictive en matière d’immigration et de droits des étrangers. Par ailleurs, le plus grand quotidien Jyllandsposten s’est distingué en publiant les caricatures de Mahomet en 2005, provoquant un incendie mondial.

En Norvège, c’est un blond de souche, Anders Breivik, qui a exprimé sa haine antimusulmane. En massacrant ceux qui selon lui sont les responsables d’une immigration massive, le parti travailliste. D’abord avec une bombe contre le bâtiment du gouvernement, ensuite en tuant un par un les jeunes de l’île d’Utøya.

Enfin en Suède, à Husby, et avant dans d’autres banlieues, toutes marquées par un fort taux d’immigration et identifiées comme des ghettos. Mais « attention! » s’exclament les sociologues scandinaves. Ce serait trop facile d’accuser les jeunes immigrés, ou issus de l’immigration – 85 % de la population de Husby. Les causes sont plus profondes. Les gouvernements ont surtout négligé le front de l’éducation et de l’emploi. D’après les chiffres de l’agence suédoise pour l’emploi, 20% des jeunes de Husby n’avaient aucune activité en 2010. Un jeune de 16 à 19 ans sur cinq était sans travail ou non scolarisé. Sur le papier, ils ne faisaient rien. Ils “glandaient” ou trouvaient des occupations amusantes, genre caillasser des voitures. Un lycéen sur cinq ne va plus à l’école. Il y a urgence. Et encore plus pour l’emploi, premier facteur d’intégration. Pour l’ensemble de la Suède, le taux d’activité est de 65% parmi les jeunes, mais à Husby seulement de 40%, comme dans des banlieues françaises…

Les incendies de Husby montrent que personne n’a le monopole de la violence. Celle-ci est toujours latente dans certains quartiers français, américains, anglais ou brésiliens, il suffit de s’y rendre pour le ressentir immédiatement. Il ne manque pas de gouttes pour faire déborder le vase, il déborde depuis longtemps. Il suffit d’une mèche, même verbale, comme le fameux mot “karcher” l’a démontré en France. Dans tous ces cas, les jeunes se plaignent de l’attitude de la police à leur égard. Il suffit peut-être de peu. A Oslo, la police s’efforce d’aborder les jeunes immigrés de la même façon que tout le monde depuis des années. Et elle n’est pas armée. A Groruddalen, le Husby norvégien, les jeunes commettent moins d’infractions qu’au niveau national. Mais dans cette banlieue d’Oslo, le chômage des jeunes n’est “que” de 8,5 %. La Norvège a du pétrole…

Le modèle scandinave semble avoir vécu. C’était avant tout un mythe, mort dans les flammes de Husby et à Utøya.

Mais à la différence de la France, les pays du Nord n’ont pas attendu plus de 40 ans pour chercher les remèdes.

Vibeke Knoop


Journal de Janvier 2012 : Une étrangère en “étrangerie ”

12 janvier 2012

Etrangers attendant pour le renouvellement de leur titre de séjour, France, 2011

Il a fallu presque 40 ans avant que je me sente étrangère en France. Jusqu’à ce jour, au contraire, je me suis toujours sentie bien accueillie sur le sol français, depuis que j’ai quitté ma Norvège natale pour vivre auprès d’un citoyen de la république. Pas 100 pour cent d’origine française non plus, mais né en France, et ayant la nationalité qui va avec.

Certes, j’ai connu les queues interminables de la préfecture pour demander une carte de séjour, où votre sort dépendait d’une fonctionnaire qui préférait se limer les ongles plutôt que de s’occuper de vous, et qui créa une différence de traitement notable entre moi, blanche et européenne, et mon voisin dans la queue, ayant eu le malheur de naître dans une ancienne colonie nord-africaine. Tutoyé d’office, et questionné si durement qu’il en oubliait le nom de jeune fille de sa mère ou la date de naissance de son père. Mais j’ai toujours fini par avoir les sésames nécessaires, et aucun Claude Guéant n’existait à l’époque pour fixer des limites à mes études en France, ni m’indiquer la sortie dès qu’elles furent terminées. Il en va tout autrement pour les étudiants étrangers aujourd’hui, et le pire, à mes yeux, c’est le peu de réactions que les mesures draconiennes de M. Guéant suscitent chez les Francais. Désormais, les organisations étudiantes en Norvège et ailleurs déconseillent fortement aux jeunes bacheliers de venir en France, qui a désormais une très mauvaise réputation.

Lire le reste de cette entrée »


Journal de Janvier 2012 : Trilogie autour de la Judéïte autrichienne, trois films d’Axel Corti

12 janvier 2012

Axel Corti

Le 30 novembre dernier est ressorti sur les écrans parisiens trois films d’Axel Corti :

1) Dieu ne croit plus en nous

2) Santa Fe

3) Welcome in Vienna.

Film sorti en 1982 pour la première partie et en 1986 pour la troisième.

C’est l’histoire de juifs de Vienne au moment de l’Anschluss et des persécutions juives. Juifs qui essaient par tous les moyens de fuir et d’obtenir des papiers, visas, etc…

Dans la deuxième partie, Santa Fe, certains se retrouvent en Amérique où l’intégration est tout aussi difficile.

Dans la troisième partie, retour à Vienne dévastée confrontée à la corruption, aux compromis et compromissions.

Un film, c’est comme un livre, il faut le voir ou le lire.

Celui-ci est indispensable, et si vous ne l’avez pas encore vu, il faut réparer cette erreur si c’est encore possible.

Qui plus est tourné en noir et blanc, la qualité de la mise en scène est exceptionnelle.

C’est l’histoire de nos parents, de nos grands parents et de tous les immigrés du monde entier.

Dans ce monde la quête d’un “papier” sous quelque forme que ce soit, devient l’obsession quotidienne.

Cette quête représente la sauvegarde espérée et jamais obtenue, que tous les immigrés d’aujourd’hui continuent à vivre.

Daniel Rachline

 


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance du film Welcome de Philippe Lioret

25 janvier 2011

WELCOME

Film de Philippe Lioret

Séance du 7 décembre 2010

Thème : Les sans papiers

Débattrice : Sylvie Copyans de l’association Salam (Nord-Pas de Calais)

Quand le film projeté capte l’intérêt des jeunes spectateurs, et par le biais d’une fiction réussie les fait entrer dans la réalité, quand ensuite le débatteur grâce à son expérience personnelle, leur montre    ce qui se passe réellement, alors notre pari est sans doute gagné! Réjouissons nous donc que les 150 élèves présents lors de la séance consacrée au beau film de Philippe Lioret ont bénéficié d’une information exceptionnelle sur une situation grave, celle des migrants et tout particulièrement ceux qui attendent dans les pires conditions matérielles le“miracle” anglais…

Notre débattrice a suivi de près la réalisation du film et a pu donner des détails concrets sur le tournage : recherche difficile de l’acteur qui incarne le héros, Bilal, présence de l’équipe du film sur les lieux d’accueil et de distribution de nourriture. Le film a été présenté dans différents pays par les membres de l’Association Salam et a pu ainsi sensibiliser de nombreux publics à ce qui se passe là-bas.

Au début du débat, ce fut une pluie de questions surtout posées par les jeunes des CM2, montrant leur intérêt au sort de Bilal, joueur de foot kurde devenu nageur pour rejoindre sa fiancée à Londres. Comment est-il mort? Pourquoi a t-on mis son corps dans un sac en plastique? Pourquoi choisissent-ils tous l’ Angleterre?

Les enseignants des plus grandes classes s’impatientant un peu, on a vite donné la parole à leurs élèves. Mme Copyans a pu décrire la vie de ces hommes (peu de femmes, et d’ enfants…), qui sont régulièrement contrôlés, arrêtés et parfois même “raflés” par la police. Nous nous trouvons devant un problème politique majeur qui concerne toute l’Europe.

— Quel but poursuivez-vous dans votre Association? demande un élève de 3ème. Nous essayons qu’obtenir que l’on arrête de les maltraiter, que l’on crée des structures d’accueil, que l’on les aide à obtenir des papiers. Mais ce n’est pas facile et le flot des arrivants est continu. De plus nous subissons des difficultés avec les lois qui interdisent d’aider ces migrants et avons eu plusieurs procès qui ont couté très cher!

Notre débattrice tient à ajouter une note plus joyeuse à ce qui est un véritable drame. Elle tient à dire combien elle apprécie de partager leurs joies, leurs coutumes, leurs fêtes. “Nous avons tant gagné à les connaître!” ajoute-t-elle.

Et pour clore le débat elle interpelle nos élèves : “ces jeunes qui viennent là ne sont pas comme vous : ils n’ont souvent pas eu d’enfance, ils n’ont pas pu aller au lycée, ils doivent souvent travailler dur, et souvent tard dans la nuit!”.

En quittant la salle les professeurs nous ont dit combien ils avaient été intéressés par le thème et la façon dont il avait été traité : ils nous ont assurés qu’ils allaient continuer la discussion et faire travailler leurs élèves sur ce sujet.

Que demander de plus ?

Claudine Hanau


Programme 2010-2011: « Welcome »

14 octobre 2010

Séance du mardi 7 décembre 2010

Les sans papiers

Welcome

Date de sortie : 2008

Réalisateur : Philippe Lioret

Débatteur : Philippe Lioret

Durée : 1h50

Afin de se valoriser auprès de son épouse, un maître nageur de Calais prend le risque d’aider en secret un jeune homme kurde qui désire traverser la Manche à la nage pour retrouver son amie en Grande-Bretagne…


L’éditorial du journal d’octobre 2010

13 octobre 2010

« Etranges étrangers »

Le plus affligeant dans la tourmente que nous traversons, n’est sans doute pas l’atteinte portée à l’image de la France sur la scène internationale ni même la partie de bras de fer que mène le président avec la Commission de Bruxelles.

Dans cette réprobation presque unanime, il y a sans doute une bonne dose d’hypocrisie, chacun étant chez soi confronté à une réalité qui finit toujours par donner raison à ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. On ne peut cependant s’empêcher de faire le rapprochement de cette tentative de justification avec celle que le Front National a longtemps utilisée pour nourrir la propagation de ses idées.

Alors que l’amalgame est érigé partout en méthode de pensée, on se gardera bien de faire des rapprochements hors de propos, voire outranciers entre les évacuations des Roms aujourd’hui et la déportation des Juifs et des Tsiganes d’hier.

Depuis deux mois que la surenchère sécuritaire dirigée contre les immigrés fait surgir des mots et des circulaires, des propositions de lois et des “feuilles de route”, on a à peu près tout dit dans un débat sans fin qu’annonçait malheureusement déjà l’imprudente et inutile campagne sur la recherche de l’identité nationale.

Mémoire 2000 s’est joint aux appels lancés par les associations dont elle se sent proche que ce soit la Licra et/ou la Ligue des droits de l’homme. Elle s’est tenue à l’écart du débat politique qui oppose les partis et les candidats aux élections, respectant ainsi les engagements politiques de ses membres.

Tant qu’il s’agit du rappel des principes constitutionnels, européens et internationaux qui poursuivent la discrimination proposée ou mise en œuvre à l’égard de personnes ou de groupe de personnes à raison de leur origine, Mémoire 2000 s’en tient à ses statuts, et s’il le fallait, elle rejoindrait le combat mené pour les faire respecter

Mais il ne suffit pas de rester sur le qui-vive et d’être prêts à défiler, banderole en tête. Il nous faut prendre conscience et prendre garde au fait que sauf erreur ou manipulation, les sondages qui se multiplient donnent de l’audace si ce n’est raison, à ceux qui s’en prennent ouvertement non seulement aux étrangers, fussent-ils devenus citoyens de l’Union, mais aussi aux Français d’origine étrangère qui pourraient se voir dépouiller de cet élément de leur identité. Il ne suffit pas que les sondages leur donnent raison et les encouragent à persévérer dans la voie inacceptable de la xénophobie et de la discrimination pour clore la discussion. Il est grand temps de se réveiller et de se lever pour dire “non ! ça suffit”.

On a sûrement eu tort de faire des raccourcis et des rapprochements entre les camps de concentration nazis et les campements illicites que le gouvernement a décidé le 5 août d’évacuer en priorité. Rien de commun avec le sinistre passé nazi.

Que ceux qui protestent contre les rapprochements historiques qui fusent de toutes parts, à leurs yeux insultants, n’oublient pas que nombre des mesures qui ont conduit Adolf Hitler au pouvoir à partir de 1932 ont recueilli le vote et pas seulement l’avis de la majorité. S’il y avait eu des ligues ou des associations pour le dire à l’époque, l’Europe n’en serait pas arrivée à ce délabrement qu’elle s’est imposé et qu’elle a vécu jusqu’à la Libération.

Il est donc plus que jamais nécessaire que la liberté de la Presse et le droit de manifester soient respectés et partagés. Que les organes de presse et les citoyens y veillent eux-mêmes sans se soumettre au diktat des instituts de sondages.

Certes en démocratie c’est la majorité qui doit l’emporter et imposer sa loi. Mais la majorité qui s’exprime par les voies légales et dans le respect des principes fondamentaux qui ressortent de la Constitution ou de déclarations des droits de l’homme, selon la conception et l’interprétation des organes habilités à la dire… Pas la majorité des suffrages que l’on poursuit de ses vœux par le recours aux sondages.

A cet égard bien des projets actuels dont certains sont en passe d’être adoptés par le Parlement ne trouveraient pas grâce auprès du Conseil constitutionnel du conseil d’Etat, de la commission de Bruxelles et même des tribunaux ordinaires de droit commun.

On doit sans doute admettre que la publication de ces sondages relève d’une certaine manière de la liberté d’expression, en tout cas de la liberté de la presse et il ne saurait être question de suspendre ni de restreindre ni l’une ni l’autre, d’autant qu’ils pensent être soumis au libre débat démocratique. Mais s’ils ne l’étaient pas pourquoi ne pas ouvrir aux associations qui se sont donné pour mission de faire respecter ces principes, le droit de réponse ou de réplique, comme c’est déjà le cas en matière de provocation à la haine et à la discrimination en vertu de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse…

Mémoire 2000 n’a pas de recommandations à faire aux Etats, aux politiques, aux institutions. Elle ne peut s’adresser qu’à l’opinion et aux individus en attirant l’attention sur les dangers qui se profilent à l’horizon. La défense des valeurs et de la démocratie appartient à tous et nul n’en pourra se plaindre lorsque l’irréparable aura été commis et qu’il n’aura rien à répondre sur ce qu’il aura fait pour l’empêcher.

Quant à nous, nous attendons depuis le 30 Avril 2010 que le Premier ministre appose sa signature sur le document officiel qui permettra au secrétaire d’Etat H. Falco, de mettre en œuvre l’accord transactionnel que nous avons accepté en faveur les “déportés d’origine étrangère” devenus français à leur sortie des camps, à moins qu’on ne remette en cause la délibération de la HALDE de 2005.

Nous craignons qu’un nouveau remaniement ministériel annoncé empêche le secrétaire d’Etat de tenir parole, ce qui serait tout de même assez grave en cette période de troubles et de polémiques sur la discrimination et les “Français d’origine”. Les déportés survivants qui ne sont plus qu’au nombre d’une centaine et qui sont français à part entière depuis des dizaines d’années attendent toujours que l’égalité des droits à pension leur soit accordée pour qu’ils ne se retrouvent pas dans la situation de ces “Etranges Etrangers” devenus français seulement sur le papier.

Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000


Journal d’octobre 2010 : article de Madame Chombart de Lauwe

13 octobre 2010

Marie-José Chombart de Lauwe,

Nous avons pris connaissance, sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, d’un article de Madame Chombart de Lauwe (présidente de la Fondation) qui nous a paru si intelligent et si pertinent que nous avons souhaité vous le faire partager.

Nous vous livrons ici cet article que l’on nous a autorisé à reproduire.

A méditer.

 

« L’Etat français est en charge de fonctions régaliennes, dont font partie la sécurité extérieure et la sécurité intérieure du pays, nul ne le conteste. L’histoire du XXèmesiècle marquée par les crimes de masse et les persécutions et génocides touchant les Juifs et les Tsiganes impose toutefois un regard rétrospectif dès lors que certains propos menacent l’âme du pays et sa cohésion.

L’instrumentalisation des thèmes sécuritaires dans le discours politique actuel doit être décryptée et dénoncée.

Le général de Gaulle évoquait la nécessité de hisser sans cesse la France vers les sommets.

Les déclarations récentes entendues aux plus hauts niveaux de l’Etat la tirent plutôt vers le bas.

 

Des vagues d’indésirables ?

La France a vécu des épisodes migratoires antérieurs. Elle n’en n’est pas morte…mais n’a pas  non plus lieu de se glorifier de la manière dont elle les a accueillis et traités. Faut-il rappeler les réticences d’une grande partie de la population française à l’égard des Républicains espagnols réfugiés de la Retirada, ces “gens sales, illettrés, voleurs et paresseux qui venaient ajouter aux difficultés quotidiennes de la vie des bons Français et manger leur pain”? C’était le discours repris par une certaine droite nationaliste, xénophobe et égoïste. Sans parler de l’embarras des pouvoirs publics totalement dépassés par un exode massif qu’ils s’étaient refusé à voir venir et qui déboucha sur la constitution des premiers grands camps d’internement.

L’on sait par la suite les pressions exercées pour contraindre cette population réfugiée à rentrer “volontairement” chez elle, où le régime fasciste de Franco l’attendait de pied ferme. Le rapprochement permet des doutes sérieux sur la notion de “retour volontaire”.

A l’opposé de ce discours, la ferveur populaire d’une partie de la France, cette France là, anonyme et modeste, qui s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés espagnols, a incarné l’honneur de la République.

 

Pas si indésirables…

Est-il nécessaire de rappeler la part courageuse et exemplaire prise à nos côtés dans la guerre contre l’Allemagne nazie par ces “gens sales, illettrés voleurs et paresseux” restés malgré tout en France, leur engagement dans la Résistance contre l’occupant après la défaite, celui héroïque de groupes espagnols dans les combats du plateau des Glières ou encore le prix très lourd payé par près de sept milles autres, prisonniers de guerre, ignorés honteusement par le Régime de Vichy et abandonnés à l’Allemagne nazie qui les traita en “apatrides” et les déporta, principalement au camp de concentration de Mauthausen, dont la plupart ne sont jamais rentrés ?

Faut-il rappeler que des soldats de la 2ème Division blindée entrés les premiers à Paris avec la colonne Dronne, étaient des Espagnols?

Ce seul exemple devrait inciter à la prudence et à la retenue dans le discours.

 

Une extermination que l’on occulte un peu vite

Les populations Sintis, Roms, Manouches, Gitans, qualifiées globalement de Zigeuner (Tsiganes) par le régime nazi et classées dans la catégorie la plus basse des “sous-hommes”, ont fait l’objet d’un génocide tout aussi systématique en Allemagne et en Europe centrale occupée, que celui des Juifs et ont subi des expérimentations médicales d’une cruauté qui font encore frémir la mémoire des survivants. En France elles furent visées surtout par la honte et la misère de l’internement administratif. On en parle moins, voire pas du tout, cette population étant discrète, effacée et peu prolixe. Qui s’en souvient aujourd’hui? Qui a évoqué ce martyre passé? A lui seul pourtant ce rappel justifierait des égards, marques de considération et de soutien, voire réparations, comparables à ceux consentis à d’autres. Qui y songe ?

 

Le cycle des violences de masse en marche ?

Jacques Sémelin* , auteur d’une encyclopédie sur les violences de masse, insiste sur le rôle des représentations, qu’il situe en amont de ce processus.

Pour lui, le massacre est le résultat d’une démarche mentale créant un “imaginaire de l’ennemi opposé à l’imaginaire de soi”, instaurant une perception négative de l’Autre dans l’imaginaire collectif.

Chaque être humain peut avoir des fantasmes de destruction de l’autre. Dans le cas du crime de masse ces fantasmes basculent dans la réalité collective. Il tente en conséquence d’analyser l’articulation entre imaginaire et réel, où l’exploitation de la peur et de l’inquiétude facilite la définition d’entités mythiques à partir desquelles se construisent en interaction un “Eux”, figuratif de l’ennemi et un Nous, censé incarner le bien.

Il place à l’origine du processus le discours des leaders d’opinion (politiques, intellectuels, médiatiques ou religieux) proposant chacun leur lecture de la situation, comme par exemple : le pays ne va pas bien, mais si nous commencions par nous débarrasser de ces gens là ça irait beaucoup mieux.

 

Un discours globalisant et accusateur irrecevable

C’est ce discours là, aménagé, mais emprunté à l’extrême droite française, qui tend aujourd’hui à s’imposer dans l’appareil d’Etat et qu’il faut dénoncer. En désignant dans un même discours, les “gens du voyage et les Roms” comme facteurs d’insécurité, le Chef de l’Etat divise la collectivité nationale, crée des entités négatives jugées “indésirables” opposées à des entités positives imaginaires. Il flatte les égoïsmes et exacerbe les crispations identitaires qui s’opposent, bref dresse les Uns contre les Autres.

Lorsqu’il parlait de la “racaille” (entité mythique sans consistance, auquel chacun donne le contenu qu’il veut bien selon ses fantasmes) il la livrait déjà à la vindicte populaire. Il eût été plus noble de mobiliser la collectivité nationale pour trouver les voies et moyens possibles d’une intégration économique et psychologique réussie, en tout cas d’une insertion dans la vie active. Cela n’exclut nullement les poursuites pénales individuelles, exercées sous l’autorité du pouvoir judiciaire et non de l’exécutif, dès lors qu’elles sont justifiées, ni la recherche de solutions à l’échelle européenne.

Mais que la France, souvent prompte à donner des leçons, donne d’abord l’exemple en l’Europe, à l’heure où les ultranationalismes refont surface un peu partout, avec tous les dangers dont sont potentiellement porteurs leurs égoïsmes et leur violence.

 

La France n’a pas les moyens ?

S’exprimant il y a quelques semaines sur France Culture, le ministre des affaires européennes, Pierre Lellouche, ancien Haut-représentant de la France en Afghanistan, tenait un discours à deux vitesses, dont la distorsion entre des propos constructifs à l’égard de l’afghanistan, justifiant la présence française, une pédagogie à développer à l’égard du peuple afghan, décrivant les menaces que cette région fait peser sur la sécurité du monde et l’aide indispensable à apporter à l’armée nationale afghane etc., contrastaient avec les propos soudainement raidis, brutaux et accusateurs visant les quelques Roms installés dans sa circonscription électorale du 3ème arrondissement de Paris. Il n’était soudain plus question de pédagogie: seulement d’opprobre, de dénonciation collective et d’exclusion. Exigences d’un certain électorat qui tendrait à se dérober?

Ainsi donc la France aurait les moyens de soutenir une guerre lointaine à l’issue bien incertaine en faveur du peuple Afghan et serait incapable de dégager quelques moyens humains, financiers et citoyens autres que sa Police, en faveur de quelques 15 000 Roms?

 

Les signaux de l’histoire

Le chef de l’Etat pourrait méditer d’autres signaux de l’histoire.

Pétain s’était voulu lui aussi recours et “référence” d’une France abasourdie par sa défaite militaire et privée de repères et de perspectives. Il a alors élaboré le concept d’anti-France. Après avoir bénéficié quelque temps de la confiance des Français, il la perdit lorsque leurs yeux se sont enfin ouverts sur les grandes rafles de Juifs. Une vague réprobatrice monta alors “de la France d’en bas”.

Le haut-le-cœur des consciences d’aujourd’hui contre la chasse aux Roms et les mesures touchant “les gens du voyage”, exécutées sans état d’âme par des fonctionnaires disciplinés, marque le début d’un réveil des consciences.

Il prouve que notre pays a encore un cœur et des tripes. Soyons en fiers.  C’est aussi cela l’âme de la France !

Appeler les Français à la solidarité pour aider et encadrer les Roms aurait une autre tenue et une autre valeur symbolique. L’ethnologue, ancienne déportée, Germaine Tillion ne disait-elle pas dans un de ses derniers entretiens que le désespoir faisait le lit des terroristes en puissance? Sémelin l’exprime autrement en mettant en garde contre les représentations négatives qui font de gens ordinaires des assassins en puissance.

Où est passée la devise de la République? La désobéissance civique comme forme de résistance à de telles dérives pourrait bien devenir l’ultime recours des consciences qui restent lucides dans la tourmente. »

Marie José Chombart de Lauwe

Résistante déportée

Grand officier de la Légion d’HonneurDirecteur de recherche honoraire du CNRS

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

*Directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) du CNRS.


Journal d’octobre 2010 : Mémoire 1940 ou : afin que nul n’en ignore…

13 octobre 2010

COMMISSARIAT GENERAL

aux questions juives                                                                                                                                                       ETAT FRANçAIS

Section d’Enquêtes et de Contrôle

Section Région parisienne                            Paris, le 9 décembre 1943

Affaire n°5.471

Inspecteur : FOURRIER, FERRY, LANDRY         7, rue Notre-Dame des Victoires

CEN : 01-52

GUT : 39-50

Rapport n°6.288                                                                               affaire : RACHLINE, Vice-Président de la L.I.C.A.

JB/DG – 670                                                                                        LIEU : 259, Boulevard Ornano à SAINT-DENIS (Seine)

ORIGINE : Section ProvinceRéférence à rappeler :

Reférence à rappeler :                                                     REFER : SM/AS du 8 octobre

SM/RL du 6 sept.1943                                                    OBJET : Vérifier si le juif RACHLINE Lazare est recensé,                                                                                                         et son activité.

ETAT CIVIL :

RACHLINE Lazare

Né le 25 décembre 1905 à GORKY (Russie)

D’origine russe.

A été naturalisé français par décret en date du 18.2.38

Il a fait l’objet du retrait de la nationalité française par Décret du 20.3.1942 (Journal Officiel du 26.3.1942)

Classé au Casier Général sous le n° 590.039

De race et de religion juive, a épousé le 9.6.32 à PARIS

La nommée ABRAHAM Suzanne, née le 19 Août 1911 à PARIS,

de nationalité française avant son mariage. Trois enfants :

Michel, né le 5.6.1933 à PARIS (18ème)

Daniel, né le 13.6.1936 à PARIS (18ème)

Jean-Claude, né le 30.9.1939 à TOURNAN.

L’intéressé, qui exerçait la profession d’industriel à SAINT-DENIS (Seine) est actuellement domicilié :

22, rue Léon Brauchet à BRIVE (Corrèze).

Papiers  personnels… Nous sommes très loin de cela, mais ce qui est arrivé une fois peut toujours se reproduire.

Ce qui arrive aujourd’hui aux gens du voyage et autres Gitans et Roms peut devenir à terme un élément d’un nouvel engrenage.

Ne rien laisser passer, toujours se souvenir, et toujours se battre, c’est notre lot.

Le document reproduit ici, que nous voulons “pédagogique” et “mémoriel” est bien entendu incomplet.

“L’enquête” menée relate sur plusieurs paragraphes les faits et gestes du “juif Rachline” depuis sa naissance.

Rien n’échappe aux enquêteurs, de la vie privée, voire intime, à la vie publique, professionelle et politique du “Juif Rachline” ainsi désigné à chacun des paragraphes.

En conclusion de l’enquête il est mentionné : “ Au cas où le juif Rachline serait en infraction, nous demandons à la Direction Régionale de Limoges (lieu de résidence des Rachline en 1943) de faire prendre à son égard toutes mesures prévues par la loi, et nous attirons spécialement l’attention de ces Services sur le fait que, par le passé, ce juif a eu une activité politique qui doit entraîner une surveillance toute particulière sur son activité présente”.

Il reste à souhaiter que plus jamais nous n’ayons l’occasion de voir ressurgir ce genre “d’enquêtes” menées sur des personnes pour ce qu’elles sont et non pas pour ce qu’elles font…

Nous sommes au XXIème siècle, nous avons l’expérience des siècles précédents, nous avons atteint une seuil de “civilisation” extraordinaire : n’est-il pas temps de penser enfin que l’“étranger”, le “différent” ne représente pas forcément un danger, mais qu’il n’est ni plus, ni moins qu’un alter ego !

Daniel Rachline


Journal d’octobre 2010 : « Etranges étrangers » de Jacques Prévert

13 octobre 2010

 

Jacques Prévert

Un magnifique poème de circonstance à lire attentivement !

Etranges étrangers de Jacques Prévert (1955)

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel

hommes de pays lointains

cobayes des colonies

doux petits musiciens

soleils adolescents de la porte d’Italie

Boumians de la porte de Saint-Ouen

Apatrides d’Aubervilliers

brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris

ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied au beau milieu des rues

Tunisiens de Grenelle

embauchés débauchés

manœuvres désœuvrés

Polaks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone

pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère

rescapés de Franco

et déportés de France et de Navarre

pour avoir défendu en souvenir de la votre la liberté des autres

Esclaves noirs de Fréjus

tiraillés et parqués

au bord d’une petite mer

où peu vous vous baignez

Esclaves noirs de Fréjus qui évoquez chaque soir

dans les locaux disciplinaires

avec une vieille boîte à cigares

et quelques bouts de fil de fer

tous les échos de vos villages

tous les oiseaux de vos forêts

et ne venez dans la capitale

que pour fêter au pas cadencé

la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal

déportés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois

jongleurs aux innocents couteaux

qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés

de jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés

qui dormez aujourd’hui de retour au pays le visage dans la terre

et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé

la monnaie de vos papiers dorés

on vous a retourné

vos petits couteaux dans le dos

Etranges étrangers

Vous êtes dans la ville

vous êtes dans la vie

même si mal en vivez, même si vous en mourez.

Jacques Prévert


Journal d’octobre 2010 : le creuset français et les questions de l’identité française

13 octobre 2010

Plafond de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Dans le contexte actuel, il est utile de mettre en perspective les questions de la citoyenneté et de la nationalité, et la place qui est faite aux étrangers. L’ouvrage désormais classique de Gérard Noiriel, “Le creuset  français”, éclaire utilement ces sujets de clivage et de tension dans la société française depuis les années 1880. Ce livre inscrit dans une perspective de longue durée comment l’identité française s’est façonnée par la diversité et comment des partis politiques ont manipulé cyniquement la question de l’immigration pour nourrir les réflexes xénophobes d’une partie de la population française. En France, c’est la IIIe République qui intègre les classes populaires au sein de l’État nation, avec le développement de la démocratie parlementaire, des lois sociales et du mouvement ouvrier, et qui promulgue les premières lois sur la nationalité. Apparaît alors le clivage national-étranger dans ses différentes dimensions, et l’enjeu désormais crucial des “papiers d’identité”.

Les moments de crise économique et sociale sont aussi ceux de crise de l’identité nationale. Ce fut le cas dans les années 1880-1890, avec la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme, et dans les années 1930, avec la montée des mêmes tensions xénophobe et antisémite et d’une extrême droite pour partie perméable à l’idéologie nazie… Nous n’échappons pas à une profonde crise identitaire aujourd’hui, avec tout ce que cela implique de confusions, d’amalgames et d’obscurantismes, alors que la société française est frappée par un chômage de masse depuis plus de trente ans et confrontée à un monde en profonde mutation.

Les symptômes de cette crise sont multiples et nous semblent s’aggraver par rapport aux étrangers, avec la création en 2007 d’un Ministère qui lie la notion d’identité nationale à celle de l’immigration, ce qui laisse entendre que les immigrés sont problématiques par rapport à l’identité nationale. Ou encore avec le faible budget et la faible fréquentation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui œuvre à la reconnaissance de l’apport des immigrés à la construction de la France. Ou très récemment avec la désignation d’un groupe de personnes sur une base ethnique et culturelle, les roms de Roumanie, dans une circulaire qui fait à juste titre scandale par rapport aux valeurs françaises héritées de la Révolution et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

La crise identitaire qui traverse la France nous semble aussi s’approfondir par rapport aux nationaux Français. Le discours du Président de la République à Latran en 2007 qui a parlé de “l’instituteur (qui) ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur”, ou l’imam devrait-on alors préciser à l’heure où l’Islam est la deuxième religion de France, marque une rupture avec la notion de laïcité fondée sur l’héritage des Lumières et qui a permis au pays la paix civile. Le discours que le Président a prononcé à Grenoble en août 2010 aggrave encore la dérive par rapport au socle républicain, en liant déchéance de la nationalité pour les Français d’origine étrangère et criminalité (la sanction pénale et la prison ne suffiraient-elles donc plus pour ces citoyens implicitement soupçonnés d’être de seconde catégorie?). Lorsque le premier des Français déclare à Grenoble que “nous subissons les conséquences de 50 années d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration (…) Il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la deuxième, voire de la troisième génération, se sentent moins Français que leurs parents ou leurs grands-parents”, il nous semble qu’une ligne jaune a été franchie. Un prétendu échec de l’intégration depuis 50 ans, soit le début des années 1960 ?

Nous savons tous que Nicolas Sarkozy désigne implicitement les Français qui ont des origines au Maghreb et en Afrique noire, parmi lesquels certains constituent une partie importante des habitants pauvres de nos banlieues. Si nous sommes conscients de la confusion identitaire de certains de nos concitoyens en particulier parmi les plus jeunes, cette stigmatisation par les plus hautes autorités de l’Etat de ceux qui sont parmi les moins intégrés et les plus fragilisés est révoltante. C’est aussi une façon d’aggraver leur défaut d’intégration et de construire très vite un cercle vicieux. Cette stigmatisation jette aussi la suspicion et la méfiance sur l’ensemble des Français qui ont des ascendants venus d’Afrique, des Français sommés de “prouver” leur appartenance nationale. Triste époque…

Face à ces confusions quasi diffamatoires et blessantes, gardons raison. La nation française s’est fondée et développée sur une langue devenue nationale tardivement (les patois et les langues régionales reculent avec l’école publique, gratuite et obligatoire), une culture et une histoire qui puisent autant dans le “souvenir du sacre de Reims” que “le récit de la fête de la Fédération” pour citer imparfaitement le grand historien et résistant que fut Marc Bloch.

La citoyenneté française se fonde sur une dette particulière à l’égard des Lumières et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui rejette toute discrimination ou caractérisation en fonction de la “race” ou de la religion. Un héritage précieux pour les Français, musulmans ou non, aux prises avec les dérives d’un islamisme totalitaire et meurtrier. Un héritage précieux pour les Français confrontés à l’émergence de nouvelles idéologies racistes, comme celle défendue par Thilo Sarrazin dans un best seller en Allemagne qui s’inspire d’une vision sociogénétique proprement effrayante (les populations turques ou africaines auraient un patrimoine génétique de moindre qualité en raison du grand nombre de mariages consanguins…).

Il est délicat d’évoquer l’apport à la France des étrangers devenus Français, ou de leurs enfants, ou même des étrangers qui ont choisi la France comme terre d’élection pour une période de leur vie. Cet apport ne relève pas d’une comptabilité de boutiquier, mais d’une part inestimable et incalculable qui a aussi trait au désir singulier et aux sentiments les plus généreux et nobles qui soient.

Songeons simplement, pour ne citer que quelques étrangers devenus Français, aux œuvres d’Apollinaire, de Cendrars, de Chagall et de Ngo Bao Chau, médaille Fields 2010 (l’équivalent du prix Nobel en mathématique) et Français d’origine vietnamienne. Songeons aussi aux contributions des Français qui ont des ascendants d’origine étrangère (près du quart d’entre nous), que ce soit Léon Gambetta, Emile Zola, Yves Montand, Serge Gainsbourg, ou aujourd’hui Marie Ndiaye… Songeons enfin à la tradition des artistes étrangers séjournant en France…

Que serait la peinture sans les œuvres crées par les artistes des années folles  autour du quartier de Montparnasse ou la musique contemporaine sans les musiciens de nombreux pays africains qui ont choisi Paris dans un rôle de capitale fédératrice?

La sensibilité est heurtée par quelque chose de profondément consternant et affligeant dans le slogan “la France, tu l’aimes ou tu la quittes”.

Rose Lallier


Mémoire 2000 signe la pétition « Touche pas à ma nation »

29 septembre 2010

En proposant d’étendre les possibilités de déchéance de la nationalité française à de nouvelles catégories de citoyens, Nicolas Sarkozy a franchi, avec le discours de Grenoble, un cap dangereux.

En effet, pour la première fois au plus haut de niveau de l’Etat, il aura été publiquement affirmé qu’il existe des « Français de souche » et des « Français de papier », comme le clame le Front National depuis sa création et au risque de crédibiliser ce dernier. Allant jusqu’à remettre en cause le droit du sol, le Président de la République voudrait en outre que les jeunes « d’origine étrangère » ne deviennent plus automatiquement français à leur majorité s’ils ont été délinquants !

Sous le faux prétexte d’assurer la sécurité des Français, le pouvoir tend en fait à imposer une idée aussi simple que malhonnête: les problèmes de notre société seraient le fait des étrangers et des Français d’origine étrangère.

De tels propos, relayés et amplifiés jusqu’à la nausée par nombre de responsables politiques poursuivent une lente mais sure dérive illustrée aussi bien par le débat sur l’identité nationale que par l’ignoble stigmatisation dont les Roms et les Gens du voyage sont depuis quelques semaines les victimes.

Ces propos constituent une atteinte intolérable aux principes constitutifs de la Nation.

Pour nous, la Nation, ce n’est pas la recherche frénétique de la mise au ban de citoyens. C’est tout au contraire l’affirmation de la légitimité de tous à participer en pleine égalité aux choix publics.

Pour nous, la Nation, ce n’est pas l’utilisation des étrangers comme boucs émissaires afin de masquer le marasme économique et social de notre pays.
C’est tout au contraire l’attachement à un traitement digne et égal de tous.

Malheureusement, cette atteinte aux valeurs d’égalité et de dignité s¹apprête aujourd’hui à trouver une concrétisation à travers le projet de loi Besson relatif à l’immigration et la batterie d’amendements d¹ores et déjà annoncés pour durcir un texte qui tournait déjà le dos aux principes humanistes les plus élémentaires.

Face à cette offensive, nous prononçons un triple « non » :

Non à l’extension des possibilités de déchéance de nationalité !

Non à la stigmatisation des Roms et des Gens du voyage !

Non au recul des droits des étrangers contenu dans le projet de loi Besson !

SIGNER ICI


Heureusement qu’on a les Musulmans…

26 avril 2010

Sinon ce seraient les Juifs les méchants du jour*

Un coup de gueule du posteur.

Comment expliquer la dernière histoire si bien trouvée pour alimenter la haine des Musulmans ? Pour créer une menace publique du voile intégral, alors qu’il n’y en a aucune, M. Hortefeux (Brice de Méchant) saute sur un PV de 22 euros, qui sera sans doute invalidé si jugé, sort une enquête sur le mari de la conductrice intégralement voilée**. Celui-ci, naturalisé français, aurait pas moins de quatre épouses. Intégriste, polygame, profiteur (car tous ses enfants qui remplissent de joie les politiques quand il s’agit de se vanter de la stabilité de la natalité française deviennent aussitôt de sales parasites sur le corps social français), le monsieur mérite, selon Brice, d’être déchu de sa nationalité cocoricotte.

Or, il n’est pas polygame, le droit français permettant aux hommes de coucher avec autant de femmes qu’il veut (ou peut). Il peut même faire des enfants avec. Et il peut vivre avec. C’est ça la liberté. Et en tout état de cause, la polygamie n’est pas un motif pour faire retirer son passeport bordeaux à un Français naturalisé.

Alors M. Hortefeux, ancien élu, ministre de l’Intérieur (celui de la police), semble ignorer la loi qu’il est censée faire appliquer. Ou bien il s’en fout, et ne cherche qu’à alimenter l’islamophobie trop présente en France de nos jours.

Un dernier mot : si établir plusieurs ménages avec de multiples femmes et des enfants avec chacune, et profiter de l’argent public pour ce faire, mérite la déchéance de la nationalité française, j’attends avec impatience une procédure à titre posthume à l’encontre de François Mitterrand.

* Mais merci à Jean-Marie Lepen de rappeler que les antisémites ne sont pas en reste.
**Je suis contre le port du voile intégral. Je suis également contre l’ingérence de l’Etat dans la pratique religieuse. Je pense qu’il y a un problème de la liberté réelle des femmes de Musulmans, mais je pense qu’interdire le port du voile traite un symptôme et non pas la maladie. Et si l’on veut l’interdire d’équipements et institutions publiques, le motif de la nécessaire visibilité du visage pour des raisons de sécurité ne suffit-il pas ?

La LICRA poursuivrait enfin Zemmour

20 avril 2010

Un petit coup de gueule suite à la lecture de l’article de presse ci dessous.

Après l’apologie de Hortefeux, on ne s’attendait pas à voir la LICRA s’attaquer à Eric Zemmour pour ces récents propos abjects.  Surprise alors lorsque l’association antiraciste a déclaré vouloir poursuivre la personnalité télé. La réalité nous a rattrapé avec la proposition de la LICRA de remplacer les poursuites pour racisme par un « débat » télévisé, projet assez absurde, mais bon à savoir. On sait désormais que pour la LICRA ne porte pas plainte pour racisme ou antisémitisme, il suffit de proposer un débat.  Après s’être décrédibilisée en matière de poursuites en annonçant qu’elle n’allait rien faire contre Hortefeux (et en couvrant ce que le procureur vient de qualifier d’injures racistes), puisque la victime n’avait pas porté plainte, on se doutait que la LICRA trouverait tout moyen pour ne pas agir contre Zemmour.

Hélas pour elle, la LICRA semble avoir quelques membres qui se rappellent qu’il y a bien la lettre R dans leur sigle, et elle annonce revenir sur sa décision de laisser filer Eric.

C’est un peu tard, mais c’est mieux que rien.

De 20 Minutes :

POLEMIQUE – La Licra a confirmé ce lundi poursuivre Eric Zemmour en justice, après avoir consulté ses militants…

Un nouvel épisode dans le feuilleton qui oppose la Licra Eric Zemmour, depuis les propos qu’il a tenus le 6 mars sur Canal + et France Ô. Dans cette sortie, il estimait que «la plupart des trafiquants sont des noirs et des arabes», ajoutant «c’est un fait».

La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme annonce en effet ce lundi sur son site qu’elle maintient sa décision de poursuivre le polémiste en justice, annoncée dès le 16 mars. Pourtant, l’affaire semblait presque close: Eric Zemmour avait finalement annulé le débat télévisé qu’il avait lui-même proposé, durant lequel il aurait dû être face au président de la Licra, Alain Jakubowicz. Alain Jakubowicz avait alors publié une lettre le 1er avril.

Plus de proposition de débat par Eric Zemmour
Acharnement? La Licra aurait en fait bien préféré «poursuivre le débat hors de l’enceinte judiciaire». Seulement voilà, Eric Zemmour ne lui aurait plus donné signe de vie depuis le débat télé annulé en dernière minute. «Il n’a pas souhaité ce débat, pas émis d’autre proposition. Comme je l’ai dit dans ma lettre, par ses propos du 6 mars, il a franchi la limite d’expression dans un état de droit. Or, ce genre de sujet ne se règle pas par voie épistolaire», plaide Alain Jakubowicz.

Autre fait, cette décision devait passer devant le Conseil fédéral de la Licra. «Nous avons voulu consulter nos militants lors d’un vote, qui s’est tenu lors Conseil fédéral samedi dernier. La majorité était assez significative», précise Alain Jakubowicz.
La Licra a demandé à ses avocats de saisir la Chambre de la presse du Tribunal de Grande Instance de Paris.


Un ministre de l’intérieur coupable d’injure raciale ?

17 avril 2010

Publique peut être pas, mais injure raciale, certainement…

Lu dans Le Point :

Des paroles qualifiées d' »outrageantes » par le procureur mais pas de condamnation requise : le parquet a joué les équilibristes pour analyser les propos adressés en septembre à un jeune militant UMP d’origine arabe par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, jugé par le tribunal correctionnel de Paris. Le procureur François Cordier a en effet émis un doute sur le caractère public de l’échange au cours duquel Brice Hortefeux s’est exprimé avec ces mots, à l’université d’été de l’UMP à Seignosse (Landes). A ses yeux, il n’est pas établi que le ministre avait connaissance qu’il était filmé et enregistré par une caméra de télévision. Or le ministre de l’Intérieur, absent à l’audience, était cité à comparaître par le Mrap pour « injure publique et raciale ».

Si le tribunal, qui a mis sa décision en délibéré au 4 juin, est d’avis que les propos poursuivis n’étaient pas publics, il peut requalifier les faits en « injure raciale », une infraction qui relève de la contravention, et non plus du délit. Sur la nature des paroles du ministre, le procureur a été sans ambiguïté. « Il me semble que le délit d’injure raciale est constitué au sens de la loi », a-t-il déclaré, parlant de « propos outrageants » et « méprisants ». Il a critiqué une conversation entamée sur un ton familier et qui « dérape ».

Lire le reste de cette entrée »