Un ministre de l’intérieur coupable d’injure raciale ?

Publique peut être pas, mais injure raciale, certainement…

Lu dans Le Point :

Des paroles qualifiées d' »outrageantes » par le procureur mais pas de condamnation requise : le parquet a joué les équilibristes pour analyser les propos adressés en septembre à un jeune militant UMP d’origine arabe par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, jugé par le tribunal correctionnel de Paris. Le procureur François Cordier a en effet émis un doute sur le caractère public de l’échange au cours duquel Brice Hortefeux s’est exprimé avec ces mots, à l’université d’été de l’UMP à Seignosse (Landes). A ses yeux, il n’est pas établi que le ministre avait connaissance qu’il était filmé et enregistré par une caméra de télévision. Or le ministre de l’Intérieur, absent à l’audience, était cité à comparaître par le Mrap pour « injure publique et raciale ».

Si le tribunal, qui a mis sa décision en délibéré au 4 juin, est d’avis que les propos poursuivis n’étaient pas publics, il peut requalifier les faits en « injure raciale », une infraction qui relève de la contravention, et non plus du délit. Sur la nature des paroles du ministre, le procureur a été sans ambiguïté. « Il me semble que le délit d’injure raciale est constitué au sens de la loi », a-t-il déclaré, parlant de « propos outrageants » et « méprisants ». Il a critiqué une conversation entamée sur un ton familier et qui « dérape ».

« Quand il y en a un, ça va »…

Début septembre, Brice Hortefeux s’était retrouvé au coeur d’une vive polémique après la diffusion par lemonde.fr d’une vidéo où il tenait des propos ambigus pendant qu’il posait avec un jeune militant, Amine, né de père algérien, au campus de l’UMP. Dans l’échange incriminé, une militante expliquait à Brice Hortefeux qu’Amine mangeait du cochon et buvait de la bière, ce à quoi le ministre rétorquait : « Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype ». Il avait ensuite ajouté : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».

Interrogé sur ces propos, Brice Hortefeux avait alors assuré n’avoir voulu faire « aucune référence à une origine ethnique, maghrébine, arabe, africaine et ainsi de suite ». Plus tard, il avait laissé entendre que les propos incriminés concernaient les Auvergnats. L’affaire avait provoqué un tollé à gauche et parmi les associations de lutte contre le racisme. L’avocat de Brice Hortefeux, Me Jean-Yves Dupeux, a contesté devant le tribunal toute « volonté d’opprimer » ou « d’avilir » qui que ce soit à travers les propos poursuivis. Mais l’émotion n’est pas retombée parmi les Français d’origine immigrée, a affirmé Mouloud Aounit, président du Mrap, face la 17ème chambre du TGI de Paris qui a visionné la scène à l’audience.

« Ces propos renvoient à cette population l’idée qu’ils ne sont pas des Français comme les autres, des Français à part entière (…) C’est d’une violence inouie, j’ai vu sur le terrain combien ces propos ont pu être blessants », a-t-il expliqué aux juges. Le Mrap a fait citer deux sociologues qui ont appelé à ne pas prendre à la légère les déclarations du ministre. « L’humour raciste n’est pas anodin mais extrêmement violent et usant », a estimé Véronique de Rudder, chercheuse au CNRS. Pour Me Pierre Mairat, avocat du Mrap, les « propos outrageants, humiliants » de Brice Hortefeux ont été « aggravés par les dénégations dans lesquelles il s’est enferré ».

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