Journal de Janvier 2017:“Génie de la laïcité” de Caroline Fourest

20 décembre 2016

le-genie-de-la-laicite-9782246709817_0Voilà bien un ouvrage qui devrait être “déclaré d’utilité publique”, voire même “remboursé par la Sécurité Sociale”. Caroline Fourest nous fait un état des lieux remarquable de lucidité et très inquiétant, nous exhortant à revenir à une laïcité fidèle aux origines, tant elle est en danger. Car nos gouvernants réagissent de façon lamentable à tous les crimes commis contre nous et contre ce que nous sommes.

Plus les assassins tuent, plus les “démocrates” leur trouvent des excuses, quand ils ne blâment pas leurs victimes. Mais la réalité s’impose : partout où l’intégrisme fait des ravages, le désir de laïcité monte. Or, il faut voir dans la laïcité le désir de protéger la liberté de conscience et la passion de l’égalité. Equilibre rare, presque unique eu monde, arraché aux forces de l’intolérance religieuse dans le sang et les larmes par des siècles de combat.

Après avoir rappelé l’horreur des attentats qui ont frappé notre pays depuis deux ans, l’auteur décrit la genèse de l’intégrisme et de la radicalisation, compliquée par notre “complexe colonial” qui nous frappe de cécité. En outre, certains, à trop vouloir bien faire contre le racisme, finissent par générer une image déformée de leur propre pays, parlant même de “racisme d’Etat”, et confortés en cela par certaines organisations nauséabondes et quelques associations qui débordent de racisme et d’antisémitisme.

Face aux menaces racistes et aux provocations intégristes, la laïcité tend plutôt à revenir à la mode au sein du continent européen, là où la France place l’enseignement du respect de l’égalité avant la liberté religieuse. C’est ainsi que, alors que les Américains se sont placés sous la protection de Dieu pour rester unis, la France a dû remettre Dieu à sa place pour rester en République.

Toute l’histoire des Etats-Unis est traversée par des “réveils religieux“, et leur patriotisme est assimilé à la foi religieuse. Ce qui vaudra à Régis Debray de dire que “la démocratie, c’est ce qui reste d’une république quand on éteint les lumières”.

Débute alors la lutte contre le cléricalisme, qui génère une laïcité de combat. C’est le siècle des Lumières, où les philosophes appellent à la Raison, avec Voltaire, Copernic, Galilée, Giordano Bruno, puis la mise sous tutelle des biens du clergé. La liberté de culte est proclamée. Entrent dans le combat Victor Hugo, Condorcet, Jules Ferry, Gambetta et surtout Ferdinand Buisson et Aristide Briand, qui inspira la future loi de 1905.

Mais le religieux, pour qui le laïcisme reste l’ennemi, repart à l’attaque. Jean Zay y laissera la vie. Enfin, après d’autres soubresauts, c’est la Loi de 2004, décriée et déformée par islamistes et gauchistes, puis foulée aux pieds par un “Président-prédicateur” de la République. Mais intégristes et radicalisation ne désarment pas, favorisés par certaines associations, gouvernementales ou non (on en apprend de belles !) jouant ainsi aux “idiots utiles”. On veut à nouveau “crucifier les laïcards”. Alors que la laïcité permet à ceux qui ne croient pas comme à ceux qui croient de “faire société ensemble, et pas seulement de coexister”.

Enfin, l’auteure plaide pour une “pédagogie de la laïcité” qui permet de considérer “l’espace civique comme un espace où la citoyenneté prime sur la liberté individuelle”. Et rien n’est passé sous silence : écoles, entreprises, piscines, hôpitaux, prisons, voie publique, jusqu’aux cimetières. En se méfiant d’un “clientélisme dangereux chez les élus locaux”.

Conclusion de l’auteure : La laïcité doit rester fidèle à son histoire : ni capitulation, ni persécution. “La laïcité n’est pas un glaive, mais un bouclier”. Et elle s’adresse à nous tous : si nous ne réagissons pas, ce sera “la laïcité ou le fascisme”.

Pour ce qui nous concerne, notre choix est fait.

 

Guy Zerhat

 


Journal d’Octobre 2016: Le Pape François et la laïcité

27 septembre 2016

VATICAN-FRANCE-ATTACKS-RELIGION-POPE

Il fallait s’y attendre : la LDH proteste contre la délégation de la municipalité de Nice qui a financé en partie le déplacement des élus à Rome pour la rencontre qui a eu lieu le 24 septembre avec le Pape François et ce au nom du principe de  laïcité en soutenant (on espère avec ironie) que “Christian Estrosi s’autorise à bafouer sans vergogne le principe de laïcité …Les victimes étant de toutes confessions, doit-on s’attendre bientôt à financer un pèlerinage à Jérusalem, à la Mecque ou à Bénarès? “Quant à la conseillère municipale EELV (Europe Ecologie Les Verts) dont on préfère oublier le nom, elle s’insurge contre cette initiative en disant : “exclure les autres confessions de ce type de consolation officielle relève de la muflerie et même de la provocation”. On n’est jamais mieux servi que par soi-même lorsqu’il s’agit de dénoncer le comportement qu’on aurait soi-même si l’on était placé dans la même situation.

Foin de polémique politique.

Il faut savoir raison garder.

Chacun s’accorde pour reconnaître que le pape François s’est penché sur le problème des réfugiés sans tenir compte de leur religion. Le fait qu’il ait tenu à recueillir au Vatican une famille musulmane parmi les migrants de Lesbos le lui a déjà été reproché par ceux qui soutenaient les chrétiens d’Orient victimes en première ligne des offensives terroristes de DAECH. Au demeurant ce voyage qui se voulait rassembleur comptait parmi les invités “des croyants de toutes confessions” et des “non croyants”.

Dans son discours le pape a renouvelé ses appels au dialogue entre tous, particulièrement entre chrétiens et musulmans en souhaitant “l’établissement d’un dialogue sincère et des relations fraternelles entre tous, en particulier entre ceux qui confessent un Dieu unique et miséricordieux.”

La sollicitude qu’il a tenu  à manifester aux victimes des attentats et en particulier à celles de Nice n’est pas une atteinte à la laïcité ou alors à la plus détestable qui soit.

La laïcité telle que nous la rappelle Guy Zerhat dans ce numéro du journal, n’est pas une laïcité étriquée mais celle qui cherche l’instauration “d’un FRONT LAIQUE OUVERT ET INTELLIGENT”, celle qui “interdit de faire passer sa foi avant les valeurs collectives”, “celle qui a ses exigences”, mais elle a aussi ses limites, toujours les mêmes, celles de l’humanité.

Pourquoi contester à ce pape le rôle qu’il tient dans cet univers qui ne se préoccupe que de ses intérêts et de ses  principes ? Il est en ce moment celui qui nous rappelle les exigences de l’humanité, “en se mêlant à la foule des victimes et de leurs familles en deuil pour les saluer, les étreindre  et parfois les réconforter de quelques mots” (cf. Le Figaro du 25 sept).

On ne peut mieux le comprendre et l’approuver lorsqu’on apprend que le 16 juillet Christian Estrosi a reçu un coup de fil sur son portable : “Est-ce que vous êtes monsieur Estrosi?” entend-il avec cet accent et ce timbre de voix si reconnaissables. “Je suis le pape François”.

Le saint père lui avait alors demandé de “porter auprès de tous sa prière, ses pensées, sa douleur et son soutien” : une marque d’humanité qu’il avait d’ailleurs publiquement exprimée au lendemain de l’attentat.

Bernard Jouanneau

 


Journal d’Octobre 2016: Plus que jamais, la laïcité

27 septembre 2016

affiche-230x230Depuis sa naissance, son inscription dans la Loi en 1905, les adversaires de la laïcité sont toujours aussi actifs. Répétons-leur donc que la laïcité est un principe de neutralité qui s’impose à l’Etat, mais aussi aux citoyens. Conquise de haute lutte contre le pouvoir temporel de l’Eglise catholique, c’est un état d’esprit, une façon de vivre en société.

Elle établit une délimitation profonde entre le Temporel et le Spirituel : dans la sphère privée, l’individu peut pratiquer la religion de son choix, ou n’en pratiquer aucune. Ce n’est donc pas l’athéisme. La liberté de conscience est totale. Dès que l’on sort de chez soi, Dieu n’a pas à intervenir, on est dans la sphère publique. Victor Hugo disait : “Je veux un Etat laïc, purement laïc, exclusivement laïc. Je veux l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui”. L’espace public est neutre, les individus y sont égaux, considérés en dehors de leurs convictions, leur origine ou leur sexe. Ainsi, frontière entre l’espace public et l’espace privé, la laïcité est la garantie la plus solide des libertés. Plus encore : Jaurès disait : “Il n’y a pas de démocratie sans laïcité “.

La laïcité protège les individus contre d’incessantes offensives religieuses visant à transformer la société pour mieux lui dicter son comportement. Or, elle est l‘arme la plus sûre pour lutter contre l’intégrisme et l’obscurantisme qui menacent. Certains individus refusent de s’intégrer car leur conception du religieux fait passer leur foi avant les valeurs collectives, ce qui est incompatible, non seulement avec la laïcité, mais aussi avec la citoyenneté et notre idéal républicain : la Loi qui prime, c’est la Loi de la République. La laïcité constitue l’obstacle principal à l’installation d’un communautarisme, dont elle protège la société.

Si la laïcité subit des attaques incessantes, la capitulation de nos élites en est en grande partie responsable, car elle nourrit les revendications communautaires. De dénis en soumissions ou en culpabilité coloniale, on n’a pas cessé de reculer depuis bientôt trente ans. En 1989, 7 intellectuels musulmans déclarent déjà au Nouvel Observateur : ”La laïcité est un acquis de la société française. Elle est une arme donnée aux adversaires des ghettos, un moyen offert à ceux et celles qui veulent s’attaquer au poids des traditions qui violent les jeunes consciences”. On ne saurait être plus clair…

Les attaques terroristes qui nous ont frappés depuis bientôt 2 ans ne peuvent que nous rendre plus déterminés que jamais à lutter contre nos adversaires, en mettant toujours en avant le caractère laïc de notre République.

En outre, il apparaît clairement qu’une pédagogie de la laïcité s’impose à tous les Français, adultes ou enfants des écoles. La présence sur les murs de l’école de la Charte de la Laïcité ne suffit pas, encore faut-il l’étudier en détail, la commenter. Comme le dit un professeur dans une école de Montreuil : “Ce que je veux qu’ils retiennent, c’est que la laïcité n’est pas coercitive, mais au contraire un idéal d’ouverture à l’Autre”. Selon Abdenour Bidar, “Assurer une pédagogie de la laïcité, c’est réussir à transmettre aux élèves la compréhension du sens et des enjeux de la laïcité dans nos institutions”. Et Boualem Sansal ajoute : “Il faut un front laïque ouvert et intelligent”. Les enseignants doivent “instituer “, former des citoyens responsables. Cette notion de citoyenneté semble toutefois secondaire aux membres de la Ligue des Droits de l’Homme : dans cet intitulé, on ajoutait d’ordinaire “… et du citoyen“. Peut-être est-ce un simple oubli, toujours est-il que la notion de “citoyen” mériterait plus de respect…

Cette pédagogie de la laïcité ne signifie absolument pas, comme ont pu le dire certains, que l’on néglige l’enseignement de l’Histoire des Religions : cet enseignement est largement dispensé dans nos établissements, et dès leur entrée au Collège, les élèves savent très bien ce que sont la Bible, le Nouveau Testament et le Coran, ainsi que les 5 piliers de l’Islam, Jésus, Moïse et Mahomet.

Terminons en écoutant Khaled Roumo, poète et chercheur syrien : “Le sens de la Laïcité, pour moi, touche à l’épanouissement spirituel et philosophique des individus. Elle constitue la garantie de cet épanouissement. Sans la laïcité, on s’expose à tous les risques possibles de théocratie, de prise de pouvoir d’une religion majoritaire qui, à son tour, impose à ses fidèles une seule interprétation du sens du message. Alors, toutes les minorités, religieuses ou non, sont opprimées. La théocratie, c’est la mort des religions”. Et des religions, ou plutôt des religieux, parlons-en : les plus grands ennemis de la laïcité sont souvent les religieux de tous bords, que nos politiques n’osent pas contrarier, car ils ont besoin de leur bulletin de vote…

La conclusion est simple : Plus que jamais, la défense de notre laïcité est vitale. C’est en grande partie elle qui nous permettra de résister aux assauts barbares de ceux qui sont attachés à notre perte. Croire en nous, et résister, ne jamais lâcher. Ainsi que vient de le déclarer le Président de la République : “Les démocraties finissent toujours par triompher”. Espérons…

Guy Zerhat

 

 


Nous vous recommandons le film «LIBRE PARCOURS », portrait de Maître Bernard Jouanneau, sur PLANETE JUSTICE

17 mars 2011

Maître Bernard Jouanneau

« Libre  parcours », le portrait consacré à Maître Bernard Jouanneau, est diffusé sur la chaîne Planète Justice en mars et avril 2011.

Ce film retrace les engagements et les principaux combats judiciaires et pour les Droits de la Personne Humaine de Maître Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

Le documentaire, d’une durée de 55 minutes, a été réalisé par Jacques Cortal et produit par Thelma Production.

Diffusion :
Le mardi 15 mars 2011 à 20h40
Le jeudi 17 mars 2011 à 2h35
Le vendredi 18 mars 2011 à 15h34
Le dimanche 20 mars 2011 à 16h07
Le jeudi 24 mars 2011 à 15h25
Le mardi 05 avril 2011 à 15h25
Le lundi 11 avril 2011 à 15h25


Journal de Janvier 2011 : Indignez-vous!

25 janvier 2011

C’est le titre d’un petit livre écrit par un jeune vieillard de 93 ans, (Stéphane Hessel). Il a raison.

A part certaines positions qu’il a sur Israël qui manquent singulièrement de retenue, que de raisons de s’indigner dans le monde et en France même.

L’énumération ressemble à une longue litanie qui n’a pas vraiment changé depuis de nombreuses années. On assiste plutôt à une régression des droits de l’homme un peu partout dans le monde.

Ce qui a changé ? Il semble qu’on s’y habitue et que nos voix soient devenues bien faibles.

Montée de l’extrême droite dans la plupart des pays d’Europe, xénophobie, islamophobie, et sans doute antisémitisme.

Et en France, un ministre de l’Intérieur qui soutient des policiers qui violent les valeurs fondamentales qu’ils sont censés défendre.

Dernièrement, une femme politique fille de… a osé comparer la présence des Musulmans en France à l’occupation nazie de 1940 à 45 et a ainsi ouvert une polémique !!

Et voilà…Il faudrait non seulement nous indigner, mais crier.

En sommes-nous encore capables?

Daniel Rachline

 


Journal d’octobre 2010 : le creuset français et les questions de l’identité française

13 octobre 2010

Plafond de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Dans le contexte actuel, il est utile de mettre en perspective les questions de la citoyenneté et de la nationalité, et la place qui est faite aux étrangers. L’ouvrage désormais classique de Gérard Noiriel, “Le creuset  français”, éclaire utilement ces sujets de clivage et de tension dans la société française depuis les années 1880. Ce livre inscrit dans une perspective de longue durée comment l’identité française s’est façonnée par la diversité et comment des partis politiques ont manipulé cyniquement la question de l’immigration pour nourrir les réflexes xénophobes d’une partie de la population française. En France, c’est la IIIe République qui intègre les classes populaires au sein de l’État nation, avec le développement de la démocratie parlementaire, des lois sociales et du mouvement ouvrier, et qui promulgue les premières lois sur la nationalité. Apparaît alors le clivage national-étranger dans ses différentes dimensions, et l’enjeu désormais crucial des “papiers d’identité”.

Les moments de crise économique et sociale sont aussi ceux de crise de l’identité nationale. Ce fut le cas dans les années 1880-1890, avec la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme, et dans les années 1930, avec la montée des mêmes tensions xénophobe et antisémite et d’une extrême droite pour partie perméable à l’idéologie nazie… Nous n’échappons pas à une profonde crise identitaire aujourd’hui, avec tout ce que cela implique de confusions, d’amalgames et d’obscurantismes, alors que la société française est frappée par un chômage de masse depuis plus de trente ans et confrontée à un monde en profonde mutation.

Les symptômes de cette crise sont multiples et nous semblent s’aggraver par rapport aux étrangers, avec la création en 2007 d’un Ministère qui lie la notion d’identité nationale à celle de l’immigration, ce qui laisse entendre que les immigrés sont problématiques par rapport à l’identité nationale. Ou encore avec le faible budget et la faible fréquentation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui œuvre à la reconnaissance de l’apport des immigrés à la construction de la France. Ou très récemment avec la désignation d’un groupe de personnes sur une base ethnique et culturelle, les roms de Roumanie, dans une circulaire qui fait à juste titre scandale par rapport aux valeurs françaises héritées de la Révolution et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

La crise identitaire qui traverse la France nous semble aussi s’approfondir par rapport aux nationaux Français. Le discours du Président de la République à Latran en 2007 qui a parlé de “l’instituteur (qui) ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur”, ou l’imam devrait-on alors préciser à l’heure où l’Islam est la deuxième religion de France, marque une rupture avec la notion de laïcité fondée sur l’héritage des Lumières et qui a permis au pays la paix civile. Le discours que le Président a prononcé à Grenoble en août 2010 aggrave encore la dérive par rapport au socle républicain, en liant déchéance de la nationalité pour les Français d’origine étrangère et criminalité (la sanction pénale et la prison ne suffiraient-elles donc plus pour ces citoyens implicitement soupçonnés d’être de seconde catégorie?). Lorsque le premier des Français déclare à Grenoble que “nous subissons les conséquences de 50 années d’immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l’intégration (…) Il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la deuxième, voire de la troisième génération, se sentent moins Français que leurs parents ou leurs grands-parents”, il nous semble qu’une ligne jaune a été franchie. Un prétendu échec de l’intégration depuis 50 ans, soit le début des années 1960 ?

Nous savons tous que Nicolas Sarkozy désigne implicitement les Français qui ont des origines au Maghreb et en Afrique noire, parmi lesquels certains constituent une partie importante des habitants pauvres de nos banlieues. Si nous sommes conscients de la confusion identitaire de certains de nos concitoyens en particulier parmi les plus jeunes, cette stigmatisation par les plus hautes autorités de l’Etat de ceux qui sont parmi les moins intégrés et les plus fragilisés est révoltante. C’est aussi une façon d’aggraver leur défaut d’intégration et de construire très vite un cercle vicieux. Cette stigmatisation jette aussi la suspicion et la méfiance sur l’ensemble des Français qui ont des ascendants venus d’Afrique, des Français sommés de “prouver” leur appartenance nationale. Triste époque…

Face à ces confusions quasi diffamatoires et blessantes, gardons raison. La nation française s’est fondée et développée sur une langue devenue nationale tardivement (les patois et les langues régionales reculent avec l’école publique, gratuite et obligatoire), une culture et une histoire qui puisent autant dans le “souvenir du sacre de Reims” que “le récit de la fête de la Fédération” pour citer imparfaitement le grand historien et résistant que fut Marc Bloch.

La citoyenneté française se fonde sur une dette particulière à l’égard des Lumières et de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui rejette toute discrimination ou caractérisation en fonction de la “race” ou de la religion. Un héritage précieux pour les Français, musulmans ou non, aux prises avec les dérives d’un islamisme totalitaire et meurtrier. Un héritage précieux pour les Français confrontés à l’émergence de nouvelles idéologies racistes, comme celle défendue par Thilo Sarrazin dans un best seller en Allemagne qui s’inspire d’une vision sociogénétique proprement effrayante (les populations turques ou africaines auraient un patrimoine génétique de moindre qualité en raison du grand nombre de mariages consanguins…).

Il est délicat d’évoquer l’apport à la France des étrangers devenus Français, ou de leurs enfants, ou même des étrangers qui ont choisi la France comme terre d’élection pour une période de leur vie. Cet apport ne relève pas d’une comptabilité de boutiquier, mais d’une part inestimable et incalculable qui a aussi trait au désir singulier et aux sentiments les plus généreux et nobles qui soient.

Songeons simplement, pour ne citer que quelques étrangers devenus Français, aux œuvres d’Apollinaire, de Cendrars, de Chagall et de Ngo Bao Chau, médaille Fields 2010 (l’équivalent du prix Nobel en mathématique) et Français d’origine vietnamienne. Songeons aussi aux contributions des Français qui ont des ascendants d’origine étrangère (près du quart d’entre nous), que ce soit Léon Gambetta, Emile Zola, Yves Montand, Serge Gainsbourg, ou aujourd’hui Marie Ndiaye… Songeons enfin à la tradition des artistes étrangers séjournant en France…

Que serait la peinture sans les œuvres crées par les artistes des années folles  autour du quartier de Montparnasse ou la musique contemporaine sans les musiciens de nombreux pays africains qui ont choisi Paris dans un rôle de capitale fédératrice?

La sensibilité est heurtée par quelque chose de profondément consternant et affligeant dans le slogan “la France, tu l’aimes ou tu la quittes”.

Rose Lallier


La laïcité mise à mal au barreau de Créteil

20 septembre 2010

Lu dans Le Parisien Val-de-Marne de ce jour :

CRÉTEIL
La messe du bâtonnier sème le trouble au tribunal

Des fonctionnaires couverts « en cas d’accident de trajet » pour se rendre…à une messe ce matin.C’est un des effets de l’invitation envoyée par le bâtonnier au personnel du tribunal.

C’est un mail envoyé par le bâtonnier du Val-de-Marne au tribunal de grande instance de Créteil qui a mis le feu aux poudres. Jeudi, Arnauld Bernard demande à la directrice de greffe de relayer auprès des fonctionnaires du tribunal son invitation à une messe célébrée ce matin, à 11 h 30, en la cathédrale de la ville-préfecture, pour « le monde judiciaire du département ».

Une première dans les annales du barreau de Créteil qui fait rapidement grincer des dents parmi ses collègues avocats. « A moins qu’il ne souhaite relancer la guerre des religions au tribunal de Créteil, l’initiative est maladroite, estime ce conseil, spécialisé en droit pénal. Tout cela relève du domaine de la vie privée. Il n’a pas à faire de prosélytisme au nom du barreau de Créteil. » Penaud, Arnauld Bernard rectifie rapidement le tir. Dans un second mail diffusé le lendemain, craignant sans doute de bafouer le principe de laïcité de l’ordre, il fait son mea culpa : « Je tiens à présenter mes excuses (…) Je reconnais avoir commis deux erreurs. La première en communiquant cette information au moyen du papier en-tête de l’ordre et en ma qualité de bâtonnier. La seconde en utilisant l’expression pratiquant ou non. Pour que les choses soient claires, je rappelle qu’il s’agit d’une initiative qui m’était tout à fait personnelle ».

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