Journal d’Octobre 2018 : Suède, une progression pour le moment contenue de l’extrême-droite

29 novembre 2018

Les résultats des élections législatives suédoises qui se sont déroulés le 9 septembre 2018 sont moins alarmants que ce que l’on craignait. Les électeurs de ce pays, connu pour sa solide tradition sociale-démocrate et son système de protection sociale parmi les plus fort au monde, ont résisté à plus de 80% aux sirènes d’un parti aux origines néo-nazies.

Ce parti d’extrême-droite suédois, les démocrates de Suède (DS), ont en effet obtenu 17,6% des voix, se plaçant ainsi en troisième position, après les sociaux-démocrates, qui conservent leur première place avec 28,4% des voix mais enregistrent une baisse de leur électorat et perdent 12 sièges et la droite modérée qui recueille 19,8% des voix et perd 14 sièges. Le Parti de gauche (proche des positions du parti de la France insoumise) arrive en 5° position et progresse avec 7,1% des voix et 8 sièges supplémentaires.

La progression de l’extrême-droite est donc pour le moment contenue. Mais ce soulagement pourrait n’être que de courte durée. Les politiques ultralibérales et de dérégulation mises en œuvre en Suède depuis la crise du début des années 1990 et renforcées après la crise de 2008 ont conduit à une croissance des inégalités avec une nette baisse de la fiscalité des plus aisés, une hausse de la pauvreté, le développement d’une bulle immobilière qui exclut des centres urbains les moins fortunés, la précarisation des emplois et la réduction des services publics. Même si l’Etat social suédois reste l’un des avancés au monde, les évolutions des deux dernières décennies ont conduit à la dégradation de l’accès à la santé et à la détérioration de l’éducation qui a été privatisée à plus d’un tiers, ce qui a conduit les deux grands partis traditionnels à vouloir réinvestir massivement dans la santé et l’éducation.

La dégradation relative des conditions de vie d’une partie de la population a fragilisé la cohésion de la société suédoise. S’ajoutent à cela les effets de la crise migratoire de 2015, année où la Suède a reçu la deuxième plus forte demande d’asile rapportée à sa population (après la Hongrie), ce qui a conduit la coalition gouvernementale à restreindre aux stricts minimums européens le système d’asile. L’extrême-droite a évidemment profité de la situation en désignant les étrangers et les nouveaux arrivants comme la cause principale des problèmes du pays…Et le DS a développé l’idée qu’il faudra choisir entre la préservation de l’Etat social et l’immigration…

Le nouveau Parlement suédois a refusé d’accorder sa confiance au gouvernement social-démocrate de Stefan Löfven, qui va devoir démissionner. Et les conservateurs ont gagné la Présidence de l’Assemblée le 24 septembre grâce aux voix de l’extrême-droite. L’arène politique suédoise n’a jamais été aussi fragmentée, ce qui pourrait mener à de nouvelles élections avant la fin de l’année. Là, comme ailleurs en Europe, l’évolution du paysage politique des prochaines années résidera dans la capacité des partis traditionnels de droite à refuser toute alliance avec l’extrême-droite.

R.L.

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


A titre exceptionnel, Mémoire 2000 a changé le thème de la séance-débat du 11 février 2014 qui portera sur la situation faite aux Roms

15 janvier 2014

En raison de l’actualité et des valeurs fondamentales qui inspirent Mémoire 2000 depuis sa création, l’association a décidé de remplacer la projection du film NO de Pablo Larrain sur le thème de la lutte contre la dictature par le film « Caravane 55 » de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sur les Roms.

Mémoire 2000 est particulièrement préoccupée par les discriminations et les graves atteintes aux droits de la personne dont les Roms sont aujourd’hui victimes en Europe. Notre association est aussi préoccupée par le climat général en France et certains discours politiques, y compris au plus haut niveau de l’État français, contre ces populations particulièrement pauvres et vulnérables. (CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA LETTRE QUE MÉMOIRE 2000 A ADRESSÉ AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR)

Mémoire 2000 fera une séance-débat autour de l’excellent film de Pablo Larrain (« No », Chili, 2013) ultérieurement en 2014-2015.

affiche-du-film-caravane-55Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 2013: le Mémorial du camp des Milles

3 octobre 2013

Le site Mémorial du camp des Milles est l’un des rares témoins préservé en Europe qui raconte le déroulement tragique des internements et déportations durant la Seconde Guerre mondiale.

Barrant la route en venant d’ Aix-en- Provence, se dresse l’ancienne fabrique de tuiles, rigide et rose, abandonnée en 1939, reprise par le gouvernement Pétain qui, à cette époque interna des ressortissants du Reich ayant fui le nazisme pour venir se réfugier en France. Dans cette usine désaffectée, où ils étaient considérés comme des ennemis, leur condition de vie était précaire.

À cette époque l’une des caractéristiques du Camp réside dans l’ampleur et la diversité de la production artistique des internés tels que Max Ernst, Ferdinand Spinger, des musiciens comme Adolphe Sibert, des sculpteurs, etc qui ont laissé des traces comme les fresques peintes sur les murs et que l’on peut admirer. Puis s’ouvre une seconde période de juillet 1940 à juillet 1942, avec la défaite française et la signature de l’armistice. À partir de juillet sous le régime de Vichy le camp est rapidement surpeuplé :3500 victimes en juin 1940 (anciens des Bri- gades Internationales, d’Espagne, Juifs expulsés du Palatinat , du Wurtenberg…)

À partir de 1940 le camp passe sous l’autorité du ministère de l’Intérieur : les conditions de vie se dégradent. Une troisième période correspond aux mois d’août et septembre 1950 qui voient la déportation vers Auschwitz via Drancy de plus de 2000 juifs, de “la zone libre” à l’Allemagne. Laval propose d’inclure les enfants âgés de moins de 16 ans dans la déportation.

Le pasteur H. Manen disait dans une note “ce qui était particulièrement douloureux à voir c’était le spectacle des tout petits enfants trébuchant de fatigue dans la nuit et le froid, pleurant de faim, tombant de sommeil et roulant par terre…, de jeunes pères et mères pleurant silencieusement, impuissants devant la souffrance de leurs enfants ; puis l’ordre de départ fut donné pour quitter la cour et gagner le train…”

Un parcours muséographique “inédit” s’offre au visiteur. Le volet mémoriel ouvre au public des lieux préservés ayant servi à l’internement et à la déportation: intérieur du bâtiment principal “la Tuile- rie”. Les hommes étaient parqués au premier étage, les femmes au second. Le parcours se poursuit par la riche exposition nationale réalisée par S. Klarsfeld “11400 enfants juifs déportés de France à Auschwitz”.

Le visiteur a ensuite accès aux espaces extérieurs du camp avec différentes stations mémorielles comme l’exceptionnel- le salle des peintures murales réalisées par les internés.

La visite se termine par un parcours sur le chemin des déportés se dirigeant vers les convois et qui aboutit au “wagon du souvenir” immobilisé sur le lieux mêmes du départ pour la mort.

Claude Lévy


Journal d’octobre 2013: « Indignes d’être Français » d’Alix Landau-Brijatoff

3 octobre 2013

9782283026526INDIGNES D’ÊTRE FRANÇAIS d’Alix Landau-Brijatoff, Éditions Buchet Chastel

— “Un pays qui se déchire pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut aller” ( le grand père d’E. Lévinas).

— “Juif russe, naturalisation sans intérêt national”. 21/03/1942, mention impliquant le retrait de la nationalité française à … Marc Chagall.

Que choisir entre ces deux citations? La première est pleine d’espoir.

La seconde démontre la bêtise et la haine dont peut être capable la France.

Ce livre raconte l’histoire édifiante des cas illustant la seconde.
 lI raconte aussi ce que sont devenus ceux qui ont enquêté, signé, appliqué toutes les consignes.

Les 22, 23 juillet et 7 octobre 1940 trois lois sont votées autorisant la dénaturalisation de quelques milliers de Français.

Mon père était de ceux-là.

Daniel Rachline


Journal de Juillet 2012: La progression d’une nouvelle extrême droite

3 septembre 2012

Groupuscule français d’extrême droite organisant des « Marche des cochons » dans les magasins et restaurants hallal (mai 2012)

La présence au cœur de l’Europe d’un parti nostalgique du fascisme (Le Jobbik, Hongrie) et la récente percée aux élections législatives grecques d’un parti ouvertement néonazi (L’Aube dorée, 7% des voix) sont des événements particulièrement alarmants, mais ils ne devraient pas occulter le mouvement de fond qui parcourt l’Europe, celui de l’implantation et la progression d’une nouvelle extrême-droite.

Le score élevé de Marine Le Pen aux Présidentielles de 2012, les résultats électoraux récents du Parti des Vrais Finlandais, du Parti pour la liberté autrichien, du Parti pour la liberté néerlandais, du Vlaams Belang flamand, de l’UDC suisse, du Parti du progrès norvégien, du Parti populaire danois sont particulièrement inquiétants, précisément parce que ces partis ont rompu avec l’idéologie fasciste, voire néonazie, qui inspirait les programmes des partis d’extrême-droite jusqu’aux années 1990, ce qui les cantonnait à n’être que des groupuscules politiques insignifiants.

Le souvenir des horreurs de la seconde guerre mondiale, la mémoire de la Shoah, le travail pédagogique effectué depuis trente ans auprès de la jeunesse des différents pays européens ont profondément influencé les esprits, et les mots de George Bernanos restent pleinement vrais aujourd’hui: “Antisémite: ce mot me fait de plus en plus horreur. Hitler l’a déshonoré à jamais”. Rares sont les personnes qui osent se déclarer antisémites ou racistes, les partis d’extrême-droite excluent désormais leurs militants néo-nazis les plus visibles, les dirigeant de ces partis n’hésitent plus à se rendre en Israël pour y déclarer leur amitié et leur soutien à l’Etat juif. La haine de l’autre et la recherche du bouc-émissaire expiatoire ont muté et s’affichent désormais sous des formes qui répondent à l’évolution des esprits et des mentalités.

C’est ainsi que si les partis d’extrême-droite se positionnent sur la question de la mondialisation et du libre-échange en fonction de l’opinion majoritaire des citoyens de leurs pays respectifs, ils défendent généralement des idées libérales sur les grandes questions de société comme l’union libre, le droit à l’avortement, le droit des femmes, le droit des homosexuels. Ces récentes mutations idéologiques brouillent dans l’esprit de certains les frontières qui existent entre l’extrême-droite et les partis de la droite classique.

La nouvelle extrême-droite européenne partage un socle idéologique commun qui se structure autour de l’idée d’une hiérarchie des cultures et des êtres humains, de la xénophobie et du racisme polarisés autour du rejet de l’Islam et des musulmans.

Profitant des tensions sociales qui existent dans nos sociétés marquées par la crise et de forts taux de chômage, les nouvelles extrêmes-droites désignent les musulmans européens ou étrangers à la vindicte populaire. En instrumentalisant les islamistes, ultra-minoritaires parmi les musulmans européens, et les militants du djihad, en polarisant les débats publics sur les questions des pratiques religieuses des musulmans traditionnalistes – le halal, le port du voile – l’extrême-droite cherche à convaincre l’opinion publique que le problème essentiel serait la présence des musulmans, l’Islam étant censé être incompatible avec la démocratie, Geerts Wilders allant jusqu’à demander l’interdiction du Coran en Hollande, Livre sacré qu’il ose comparer à Mein Kampf… Cette disqualification a priori de l’Islam et essentialiste des musulmans qui sont renvoyés à un statut d’éléments nuisibles et ennemis du reste de la population européenne est effrayante et nous rappelle les pires conceptions antisémites du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. A cela s’ajoute une vision délirante et paranoïaque du poids démographique des musulmans en Europe, notre continent étant censé devenir une terre “musulmane”, ce que démentent toutes les études sérieuses : le think tank américain “Pew Research Center” établit à 6 % le nombre de personnes supposées musulmanes (de par leurs parents) dans l’Europe de 2010, les projections montent à 8 % en 2030. Les démographes Youssef Courbage et Emmanuel Todd montrent que la fécondité des pays musulmans et celle des femmes musulmanes immigrées en Europe chutent fortement et rejoint la faible fécondité des autres femmes européennes.

Ce ne sont pas seulement les mesures réclamées par ces partis – immigration zéro, expulsion de tous les sans-papiers, préférence nationale – qui doivent nous alarmer, c’est la mutation idéologique des extrêmes-droites européennes qui façonnent et désignent toutes le même ennemi supposé de l’Europe et des Européens : les musulmans.

Rose Lallier

 

 


Journal de Juillet 2012: Démocratie irréprochable?

3 septembre 2012

La synagogue d’Oslo (Norvège)

Depuis quelques années, la Norvège, unanimement louée pour sa tolérance et ses efforts en faveur de la paix, a souvent été accusée d’antisémitisme. Pour mieux connaître la réalité, le gouvernement a commandé un rapport, rendu public il y a quelques semaines. L’enquête fut menée par Le centre de l’Holocauste, un musée et centre de recherche – situé dans l’ancienne villa de Vidkun Quisling, principal artisan de la collaboration avec l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale et premier ministre du gouvernement collaborateur.

Selon le rapport, 12,5% des Norvégiens sont antisémites et 19% pensent que les juifs dans le monde travaillent de manière occulte pour promouvoir les intérêts juifs. Un Norvégien sur quatre pensent que les juifs se croient meilleurs que les autres, 10% les trouvent antipathiques, 8% n’en veulent pas comme voisins.

-Ce n’est pas tolérable, conclut le chercheur responsable du rapport, Øivind Kopperud.

-Certains chiffres sont effrayants, dit-il. Ils ne sont pas toujours pires que dans d’autres pays européens, mais choquent davantage dans un pays politiquement et économiquement stable, l’une des meilleurs démocraties du monde. Surtout, dit M. Kopperud, il n’y a que très peu de juifs en Norvège (1500). Les sondés n’ont pas d’amis, voisins ou collègues juifs, mais parlent dans les sondages des “juifs imaginaires”, ou du “mythe juif”.

Contrairement à ce qu’on pensait, il n’y a pas de liens directs avec le conflit israélo-palestinien, même si une majorité de Norvégiens sont propalestiniens. En fait, ceux-ci sont moins antisémites…

Enfin, les sondés sont encore plus intolérants envers les Musulmans, les nombreux Somaliens refugiés en Norvège ou les Roms.

En dehors des chiffres, il y aussi une réalité. Des enfants juifs sont victimes de blagues antisémites, et des jeunes sont insultés avec des phrases telles que tu aurais dû brûler à Auschwitz. La synagogue d’Oslo a été l’objet de plusieurs attaques, dont une à l’arme automatique en 2006, et est aujourd’hui protégée par des barrières permanentes.

Pourquoi une telle attitude? Le rapport avance une explication: une partie est certainement due à l’ignorance. En fait, les juifs furent interdits d’accès au royaume pendant des siècles. Il fallait une autorisation particulière pour se rendre en Norvège, et seulement à titre provisoire.  Jusqu’en 1851, un paragraphe de la Constitution maintenait cette interdiction. Le paragraphe anti-juif fut enfin abrogé grâce au combat acharné de l’un des plus grands poètes norvégiens, Henrik Wergeland.

Øivind Kopperud au Centre de recherches sur l’Holocauste et les minorités religieuses (Oslo)

En 1940, il y avait environ 2000 juifs en Norvège. Quisling et la police norvégienne aida activement l’occupant à les arrêter. Au total 768 juifs norvégiens furent déportés, dont seulement 34  survécurent. 1100 juifs furent sauvés, la plupart en passant en Suède.

Il a fallu longtemps avant que les Norvégiens admettent que certains d’entre eux avaient participé à l’arrestation et la déportation des juifs. Ce n’est qu’en 2012 que le premier ministre, Jens Stoltenberg, demanda pardon au nom du gouvernement. Le 27 janvier, jour de l’Holocauste, M. Stoltenberg déclara: Aujourd’hui, je pense qu’il est opportun pour moi d’exprimer nos plus sincères excuses pour ce qui s’est produit sur le sol norvégien. Il ajouta : Les juifs d’aujourd’hui, dans notre pays, vivent dans la peur. Ils ont peur d’être “démasqués” en tant que juifs. Nous ne pouvons pas accepter cette réalité en Norvège. Personne ne devrait avoir à cacher sa foi, son identité culturelle ou orientation sexuelle. La Norvège devrait être un endroit sûr pour les Juifs, et nul – aucun individu, aucune minorité – ne devrait avoir à vivre dans la peur dans ce pays.

Ce fut quelques mois avant la publication du rapport, qui préconise un certain nombre de mesures: mieux enseigner l’histoire juive et combattre l’antisémitisme, refaire un sondage identique régulièrement et enregistrer sytématiquement tout acte d’antisémitisme et crimes dictés par la haine. Il faut que ces mesures et d’autres qui s’imposent soient mis en oeuvre d’urgence.

Nous savons que la Norvège se situe un peu dans la périphérie du monde. Ce qui fait que la petite population juive ici est un peu à la périphérie du monde juif, disait Ervin Kohn, leader du Culte Mosaïque à Oslo en accueillant la conférence des rabbins européens début mai.

Organiser une telle conférence en Norvège dans ce contexte ne fut pas neutre. La démocratie norvégienne se doit d’y répondre.

Vibeke Knoop

 

 


Journal de Janvier 2012 : Une étrangère en “étrangerie ”

12 janvier 2012

Etrangers attendant pour le renouvellement de leur titre de séjour, France, 2011

Il a fallu presque 40 ans avant que je me sente étrangère en France. Jusqu’à ce jour, au contraire, je me suis toujours sentie bien accueillie sur le sol français, depuis que j’ai quitté ma Norvège natale pour vivre auprès d’un citoyen de la république. Pas 100 pour cent d’origine française non plus, mais né en France, et ayant la nationalité qui va avec.

Certes, j’ai connu les queues interminables de la préfecture pour demander une carte de séjour, où votre sort dépendait d’une fonctionnaire qui préférait se limer les ongles plutôt que de s’occuper de vous, et qui créa une différence de traitement notable entre moi, blanche et européenne, et mon voisin dans la queue, ayant eu le malheur de naître dans une ancienne colonie nord-africaine. Tutoyé d’office, et questionné si durement qu’il en oubliait le nom de jeune fille de sa mère ou la date de naissance de son père. Mais j’ai toujours fini par avoir les sésames nécessaires, et aucun Claude Guéant n’existait à l’époque pour fixer des limites à mes études en France, ni m’indiquer la sortie dès qu’elles furent terminées. Il en va tout autrement pour les étudiants étrangers aujourd’hui, et le pire, à mes yeux, c’est le peu de réactions que les mesures draconiennes de M. Guéant suscitent chez les Francais. Désormais, les organisations étudiantes en Norvège et ailleurs déconseillent fortement aux jeunes bacheliers de venir en France, qui a désormais une très mauvaise réputation.

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Journal d’octobre 2011 : Made in U.S.A.

9 octobre 2011

Elle a des cheveux magnifiques, de grands yeux verts, un teint et une silhouette de rêve… bref, elle a tout d’une“movie star” américaine, mais quand on entend son discours, on regrette qu’elle n’en soit pas une.

Il s’agit de Michelle Bachmann, la nouvelle égérie du mouvement ultra-conservateur américain le Tea Party.

Plus charismatique que Sarah Palin elle semble aussi plus toxique. Cette jeune femme de 55 ans (elle en paraît 40!), Républicaine, se dit directement inspirée par Dieu qui s’est d’ailleurs, dit- elle, déjà adressé directement à elle au moins cinq fois ! Elle est tombée en religion à 16 ans, et depuis elle se prend pour un porte-parole divin…

Elle a eu comme mentor intellectuel  le professeur, John Eidsmoe, qui n’était rien d’autre qu’un proche de la Suprématie Blanche…

Cela ne serait rien si, candidate à l’investiture républicaine pour les présidentielles de 2012, elle n’était déjà arrivée en tête en Iowa, lors d’un vote-test informel pour désigner les futurs adversaires d’Obama. Obama qu’elle considère avoir des “idées anti-américaines”. Elle est, bien entendu, farouchement hostile aux réformes entreprises et propose un programme simpliste mais populaire auprès de nombreux électeurs américains.

En substance, elle soutient l’enseignement du créationnisme, souhaite supprimer progressivement la sécurité sociale et le Medicare (système d’assurance santé géré par le gouvernement au bénéfice de personnes de plus de 65 ans, répondant à certains critères), et bien sûr interdire le mariage homosexuel. Elle n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuiller en qualifiant l’homosexualité d’“œuvre de Satan”.

Nonobstant l’indigence de son programme, cette évangéliste de talent a le discours convaincant et sait capter l’anxiété des gens en cette période de crise et de doute. Elle partage avec ses supporters ce que le journaliste américain Brian Lambert appelle “une vision apocalyptique de l’avenir du pays”, d’où sa popularité. En outre, comment résister à quelqu’un qui susurre aux oreilles des gens : “Vous êtes les citoyens de Dieu, vous êtes l’avenir de l’Amérique”?

Nous ne sommes pas très loin du fascisme et même s’il a un joli visage il n’en demeure pas moins effrayant. Il confirme la tendance mondiale de la montée rapide et vertigineuse, d’une extrême droite qui se développe sur un substrat religieux.

Cela confirme aussi autre chose : c’est que finalement, la femme est un homme comme les autres : it’s a pity!

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2011 : le 22 juillet, deux mois après

9 octobre 2011

Dix ans après l’attentat des Twin  Towers, la terreur frappe un autre symbole: la démocratie et la tolérance en Norvège. Cette fois par un autochtone, extrêmiste.

Jens Stoltenberg, Premier ministre (travailliste) du royaume, était déjà au même poste le 11/9/2001. Malgré une sévère défaite électorale la veille, il dut gérer la crise jusqu’à la nomination de son successeur. Fidèle à son allié outre Atlantique, la Norvège s’engagea notamment en Afghanistan.

Revenu au pouvoir entre-temps, M. Stoltenberg se trouve malgré les vacan-ces, à Oslo le 22 juillet, lorsqu’une bombe explose devant l’immeuble du gouvernement. Il est rapidement évacué en lieu sûr et secret, d’où il s’adresse aux Norvégiens quelques heures plus tard. Son discours est exactement celui qu’il faut, tout en émotion contenue, mais aussi avec l’autorité necessaire. Jens, comme tout le monde l’appelle, se montre enfin comme un vrai leader. En apprenant plus tard dans la soirée et dans la nuit le deuxième drame, le massacre des jeunes de son parti à Utøya dont il connaissait certains personnellement, il garde un calme apparent. Il faut agir. Tout comme les Américains en 2001.

Les situations ne sont pas compara-bles. Mais j’ai beaucoup pensé à l’atmos-phère et aux inquiétudes, assez sembla-bles, et ce sentiment de danger, que la terreur peut frapper n’importe où, n’importe quand, explique-t-il au journal Aftenposten.

Pour M. Stoltenberg, dans les deux cas, ce que les auteurs, si différents soient-ils, ont voulu frapper, c’est la démocratie et la liberté. Ce sont des attaques contre une société où il est permis d’avoir une opinion divergente, et où l’on peut être engagé, voir s’opposer les uns aux autres, mais toujours sans violence.

Certaines personnes se croient au-dessus des lois, de la démocratie et des élus par le peuple, et pensent qu’elles peuvent les attaquer. C’est sur ces points que l’on trouve les similitudes entre le 11 septembre 2001 et le 22 juillet ici, dit-il. Il faut protéger la liberté. Ce qui signifie aussi l’ouverture et la tolérance. Avant que l’on sache que le tueur du 22 juillet était un Norvégien bien blond aux yeux bleus, Anders Behring Breivik, tous les soupçons allèrent vers les islamistes, AlQaïda. Les Musulmans en Norvège passèrent quelques heures très difficiles. Il y eut même des réactions violentes, voire des chasses à l’homme. Le lendemain, M. Stoltenberg alla assister à la prière dans une mosquée avec le Prince héritier Haakon. Un acte symbolique et nécessaire.

M. Breivik dit avoir accompli une révolution nécessaire, méticuleusement planifiée depuis neuf ans. Il pense avoir réussi, et accepte d’être jugé et de passer le reste de sa vie en prison. Mais avant, il voudrait utiliser son procès comme un coup de pub, si possible en uniforme ou en queue de pie.

Je commence à me demander s’il est fou, dit son avocat, Geir Lippestad. Mais il estime que son client est responsable de ses actes. Lippestad reçoit des centaines de messages de soutien. Sa décision est respectée par tout le monde. La défense d’un criminel, quels que soient ses actes, fait aussi partie de la démocratie.

Breivik reçoit aussi des lettres, surtout des lettres d’amour. C’est fréquent, paraît-il. Le pédophile meurtrier Marc Dutroux en Belgique recevait, lui, des centaines de jouets en peluche. Les psychologues expliqueront. Tout comme ils expliqueront les raisons qui ont fait que Breivik bascule dans l’horreur.

Les enquêteurs ne savent pas encore avec certitude s’il a agi seul. Il fut en tout cas lié à un réseau avec des ramifications internationales, qui s’est bâti sur la même révolte que lui, contre la sociétémulticulturelle, et surtout contre les Musulmans. Il admirait notamment Gert Wilders au Pays-Bas. Les experts terro-ristes, notamment d’Europol, sont en train de déméler les liens de ce réseau, réels ou pas. Au moins, les morts norvégiens auront permis une mise à jour salutaire de cette nébuleuse d’extrême droite. L’autre partie moins visible de l’iceberg se cache dans les résaux sociaux, où Breivik s’est façonné  plu-sieurs identités. Il adorait également les jeux violents et les BD. Peut-être un refuge après une enfance brisée par le divorce de ses parents, et ce qu’il a ressenti comme un abandon de son père, parti vivre à l’étranger. Là, il se démarque de la plupart des enfants norvégiens, très choyés, genre enfants rois.

Ses actes de terreur du 22 juillet furent loin d’être un jeu. A Oslo, c’était un vendredi après-midi, et beaucoup d’employés avaient déjà quitté leurs bureaux, ce qui évita un véritable massacre. A Utøya, il tira sur tout ce qui bougeait, utilisant des munitions à fragmentation, pour faire souffrir les victimes encore plus. La haine pure.

La haine peut tuer un homme, mais pas vaincre un peuple répliqua M. Stoltenberg. Son parti vient d’être renforcé dans des élections locales marquées surtout par un net recul du Parti du Progrès, dont Breivik fit partie pendant 7-8 ans. Il le quitta parce que ce parti établi, qui a tout de même frôlé les 25% d’électeurs, nétait pas assez radical à ses yeux. Il préféra les anonymes d’internet, avec qui il fonda non pas un parti, mais une idéologie. Qui l’amena à passer aux actes, froidement, minutieusement, tuant 77 personnes.

Vibeke Knoop


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Nuit noire » par Aurélien Djaafer, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film « Nuit noire » réalisé par Alain Tasma a été projeté lors de notre séance du 9 novembre 2010. Le débatteur était le réalisateur Alain Tasma.

Ce film d’Alain Tasma traite de la tuerie qui a eu lieu à Paris le 17 octobre 1961, durant laquelle de nombreux Algériens trouvèrent la mort, froidement abattus par les policiers français.

Ce film m’a touché par son objectivité, en effet, le réalisateur s’est appliqué à ne prendre partie pour aucun des deux camps. En suivant au fur et à mesure la vie de différents personnages (un policier, une journaliste, un travailleur algérien), le film nous montre de quelle façon fut vécu ce conflit entre le FLN, la police et les Parisiens. On assiste par exemple à l’assassinat en pleine rue d’un policier, par un membre du FLN, puis à celui d’un travailleur algérien par un groupe de policiers en civil. Cette façon qu’ont les deux camps de se rendre leurs coups nous force à nous interroger sur l’origine de ce conflit, et ne fait que renforcer notre incompréhension.

Le script ayant été écrit par un historien, les éléments de fiction ont été limités afin de se concentrer sur l’exactitude des conditions de l’époque et montrer la réalité des faits quant à cette tuerie du 17/10/61, dont on parle peu. Ceci est important car cela permet de transmettre à toutes les générations la mémoire de ces événements sombres au travers d’une projection divertissante.

Le spectateur évolue à travers le film dans une atmosphère pesante où l’être humain est montré sous son aspect le plus primitif : les personnages vivent dans la crainte et agissent par peur.

J’ai beaucoup apprécié cette projection, notamment par sa capacité à émouvoir. Le spectateur est partagé entre frustration et incompréhension tout au long du film (ex : le dépôt de déclaration de vol d’une camionnette par un Algérien). Le mal-être ressenti est parfois très fort, au point de se sentir gêné (ex: la scène de soumission d’un travailleur algérien par des policiers français).

Enfin, le film se termine tragiquement, fidèle à la réalité, laissant un sentiment amère au plus profond de soi.

Aurélien Djaafer.


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Nuit noire » par Demabisra Sissoko, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film « Nuit noire » réalisé par Alain Tasma a été projeté lors de notre séance du 9 novembre 2010. Le débatteur était le réalisateur Alain Tasma.

« Ce film est inspiré de faits réels et relate les événements qui se sont déroulés en octobre 1961 durant la guerre l’Algérie.

Ce qui m’a particulièrement touchée lors de cette projection c’est le mode de vie des personnages et leur rôle dans l’histoire parce qu’ils sont à la fois victimes et agresseurs. La police est terrorisée par le FLN et agresse la population maghrébine à Paris, les maghrébins sont victimes de l’injustice et des sévices de la police et du FLN qui est un groupe terroriste qui sème aussi la terreur et l’ordre auprès de cette population maghrébine civile qui est la réelle victime.

On a des points de vue divergents et des attitudes similaires des deux côtés comme les agressions verbales et physiques qui se présentent dans les camps opposés :

—Le FLN menace la population, tue si les opinions et les engagements envers leur nation ne sont pas conformes.

—La police agresse l’institutrice et le brigadier.

Les situations sont présentées sous un aspect un peu humoristique d’où la subtilité de mettre en œuvre une période de l’histoire qui fut longtemps niée par l’Etat. J’ai vraiment apprécié cette œuvre cinématographique. »

Demabisra Sissoko.


Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau

 


Journal de Juillet 2011: la montée des extrémismes en Europe

5 septembre 2011

Les scrutins révèlent depuis plusieurs années l’émergence de puissants partis de droite extrême partout en Europe. Dans les pays de l’ancien bloc soviétique, Hongrie en tête avec le parti Jobbik, les partis d’extrême-droite recueillent près d’un quart des suffrages. Dans les pays de l’Europe du Nord, ces partis (le parti des vrais Finlandais, le Parti norvégien du progrès, le Parti du peuple danois et le Parti pour la Liberté du Hollandais Geert Wilders) pèsent désormais sur les politiques gouvernementales. Il en va de même en Suisse avec l’UDC de Christoph Blocher, en Autriche avec le FPÖ de Heinz-Christian Strache. En Italie, la Ligue du Nord est entrée au gouvernement et détient notamment le ministère de l’intérieur (Roberto Maroni). En France, nombreux sont ceux qui craignent une situation semblable à celle de  2002 aux prochaines élections présidentielles avec Marine Le Pen qui serait présente au second tour…

Le contexte actuel, celui de mutations profondes et souvent anxiogènes pour les peuples et les individus, permet de comprendre ces évolutions inquiétantes et la crise identitaire que traverse l’Europe. Contexte économique d’abord, avec la mondialisation et la libéralisation des échanges qui entraînent des changements importants dans la hiérarchie de la puissance des nations, avec le sentiment que l’Europe est la grande perdante de cette évolution. Contexte économique toujours, avec la crise économique, aggravée par l’effondrement financier de 2008, et la montée d’un fort taux de chômage partout en Europe, chômage qui touche entre 20% et 40% de la jeunesse européenne, et qui fait craindre aux classes moyennes leur déclassement, tandis que les classes populaires sont précarisées et appauvries depuis plus de vingt ans. Contexte social, avec la montée des inégalités et le délitement des solidarités, avec l’émergence de discours qui instaurent une ère du soupçon – chasse aux fraudeurs, dénonciations des assistés etc. Contexte technique et scientifique, avec de formidables progrès mais aussi de nouveaux dangers, avec l’arrivée d’Internet et l’interconnection du “village planétaire”, source d’échanges mais aussi de campagnes de dénigrements médiatiques aux dimensions jamais vues, ou encore les progrès médicaux qui posent des problèmes éthiques inédits. Contexte écologique avec la montée des périls climatiques, la pollution croissante des sols, de l’eau et de l’air, sans parler de l’enjeu énergétique ravivé par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Contexte politique avec le sentiment de défiance, sinon de rejet, d’une partie des populations européennes face à une construction européenne jugée peu démocratique et face à leur classe politique, jugée incompétente et impuissante vis-à-vis de marchés financiers anonymes qui imposent des plans d’austérité dans toute l’Europe ; et peut-être plus grave encore avec le rejet croissant des discours de tolérance et d’ouverture à l’étranger, alors que l’ethnicisation des discours (nouvel avatar du racisme) empoisonne désormais les débats publics. Contexte démographique enfin, avec le vieillissement d’une population européenne qui se sent menacée par la montée en puissance de pays à la population jeune et dynamique, la Turquie, l’Inde, le Brésil pour n’en citer que trois.

Il nous faut souligner cette crise européenne, pour comprendre les origines de la poussée des droites extrêmes, des droites extrémistes qui se sont adaptées aux évolutions des sociétés européennes. Les pays de l’ancien bloc communiste où les mémoires et le travail historique ont été “gelés” pendant quarante ans, sont aux prises avec des partis d’extrême-droite dont l’idéologie et le programme ne sont pas sans évoquer les partis fascistes des années 30. Le parti hongrois Jobbik est à cet égard exemplaire, avec un nationalisme exacerbé, la formation de milices fascisantes, l’irrédentisme auprès des populations d’origine magyare vivant en Roumanie ou en Tchéquie, un antisémitisme exacerbé et un racisme anti-Rom violent. Les pays d’Europe de l’ouest voient l’émergence d’une nouvelle extrême droite qui prend ses distances par rapport à l’héritage fasciste et nazi des anciens partis d’extrême-droite qui poursuivent leur déclin. A cet égard, les partis de cette nouvelle extrême-droite défendent Israël, considéré comme un avant-poste occidental face à un monde musulman vu comme hostile, et ont officiellement rompu avec les traditionnels discours antisémites. Ces nouvelles extrême-droites européennes, le Parti pour la Liberté de Geert Wilders (Hollande), l’UDC de Christoph Blocher (Suisse), le FPÖ de Heinz-Christian Strache (Autriche), le Front National de Marine Le Pen notamment, défendent des programmes très divers, mais partagent un fort sentiment nationaliste, la xénophobie, le rejet de l’immigration et la limitation du droit d’asile, et un discours anti-musulmans exacerbé. Geert Wilders a ainsi déclaré en 2009 qu’il faut “extrader d’Europe (…) des millions, voire des dizaines de millions de musulmans”… Par ailleurs, la mutation idéologique de cette nouvelle extrême-droite brouille les lignes sociétales habituelles, ces partis affichant souvent des valeurs libérales sur le plan des mœurs, avec des discours en faveur du droit des femmes ou des homosexuels, et des valeurs écologistes.

Face à l’émergence de ces nouveaux partis d’extrême-droite, en particulier en Europe de l’ouest, les partis démocratiques traditionnels semblent pour le moment sur la défensive, pris en tenaille entre les contraintes de l’idéologie libérale et libre-échangiste de la construction européenne qui leur offrent peu de marge de manoeuvre en matière économique et financière, et les contradictions de cette même idéologie qui laisse le champ libre aux affirmations identitaires, avec la montée des revendications communautaires et régionalistes. C’est peut-être du côté d’une partie de la jeunesse européenne qu’il faut chercher des motifs d’espoirs. Cette jeunesse dont les indignés du sud de l’Europe ont donné récemment l’image, une jeunesse dont les enquêtes d’opinion révèle qu’elle est universaliste, tolérante, ouverte à la diversité des cultures, soucieuse des droits humains, et qu’elle pense les problèmes dans leurs véritables dimensions…la dimension européenne et mondiale.

Rose Lallier