Journal de Juillet 2012: Démocratie irréprochable?

3 septembre 2012

La synagogue d’Oslo (Norvège)

Depuis quelques années, la Norvège, unanimement louée pour sa tolérance et ses efforts en faveur de la paix, a souvent été accusée d’antisémitisme. Pour mieux connaître la réalité, le gouvernement a commandé un rapport, rendu public il y a quelques semaines. L’enquête fut menée par Le centre de l’Holocauste, un musée et centre de recherche – situé dans l’ancienne villa de Vidkun Quisling, principal artisan de la collaboration avec l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale et premier ministre du gouvernement collaborateur.

Selon le rapport, 12,5% des Norvégiens sont antisémites et 19% pensent que les juifs dans le monde travaillent de manière occulte pour promouvoir les intérêts juifs. Un Norvégien sur quatre pensent que les juifs se croient meilleurs que les autres, 10% les trouvent antipathiques, 8% n’en veulent pas comme voisins.

-Ce n’est pas tolérable, conclut le chercheur responsable du rapport, Øivind Kopperud.

-Certains chiffres sont effrayants, dit-il. Ils ne sont pas toujours pires que dans d’autres pays européens, mais choquent davantage dans un pays politiquement et économiquement stable, l’une des meilleurs démocraties du monde. Surtout, dit M. Kopperud, il n’y a que très peu de juifs en Norvège (1500). Les sondés n’ont pas d’amis, voisins ou collègues juifs, mais parlent dans les sondages des “juifs imaginaires”, ou du “mythe juif”.

Contrairement à ce qu’on pensait, il n’y a pas de liens directs avec le conflit israélo-palestinien, même si une majorité de Norvégiens sont propalestiniens. En fait, ceux-ci sont moins antisémites…

Enfin, les sondés sont encore plus intolérants envers les Musulmans, les nombreux Somaliens refugiés en Norvège ou les Roms.

En dehors des chiffres, il y aussi une réalité. Des enfants juifs sont victimes de blagues antisémites, et des jeunes sont insultés avec des phrases telles que tu aurais dû brûler à Auschwitz. La synagogue d’Oslo a été l’objet de plusieurs attaques, dont une à l’arme automatique en 2006, et est aujourd’hui protégée par des barrières permanentes.

Pourquoi une telle attitude? Le rapport avance une explication: une partie est certainement due à l’ignorance. En fait, les juifs furent interdits d’accès au royaume pendant des siècles. Il fallait une autorisation particulière pour se rendre en Norvège, et seulement à titre provisoire.  Jusqu’en 1851, un paragraphe de la Constitution maintenait cette interdiction. Le paragraphe anti-juif fut enfin abrogé grâce au combat acharné de l’un des plus grands poètes norvégiens, Henrik Wergeland.

Øivind Kopperud au Centre de recherches sur l’Holocauste et les minorités religieuses (Oslo)

En 1940, il y avait environ 2000 juifs en Norvège. Quisling et la police norvégienne aida activement l’occupant à les arrêter. Au total 768 juifs norvégiens furent déportés, dont seulement 34  survécurent. 1100 juifs furent sauvés, la plupart en passant en Suède.

Il a fallu longtemps avant que les Norvégiens admettent que certains d’entre eux avaient participé à l’arrestation et la déportation des juifs. Ce n’est qu’en 2012 que le premier ministre, Jens Stoltenberg, demanda pardon au nom du gouvernement. Le 27 janvier, jour de l’Holocauste, M. Stoltenberg déclara: Aujourd’hui, je pense qu’il est opportun pour moi d’exprimer nos plus sincères excuses pour ce qui s’est produit sur le sol norvégien. Il ajouta : Les juifs d’aujourd’hui, dans notre pays, vivent dans la peur. Ils ont peur d’être “démasqués” en tant que juifs. Nous ne pouvons pas accepter cette réalité en Norvège. Personne ne devrait avoir à cacher sa foi, son identité culturelle ou orientation sexuelle. La Norvège devrait être un endroit sûr pour les Juifs, et nul – aucun individu, aucune minorité – ne devrait avoir à vivre dans la peur dans ce pays.

Ce fut quelques mois avant la publication du rapport, qui préconise un certain nombre de mesures: mieux enseigner l’histoire juive et combattre l’antisémitisme, refaire un sondage identique régulièrement et enregistrer sytématiquement tout acte d’antisémitisme et crimes dictés par la haine. Il faut que ces mesures et d’autres qui s’imposent soient mis en oeuvre d’urgence.

Nous savons que la Norvège se situe un peu dans la périphérie du monde. Ce qui fait que la petite population juive ici est un peu à la périphérie du monde juif, disait Ervin Kohn, leader du Culte Mosaïque à Oslo en accueillant la conférence des rabbins européens début mai.

Organiser une telle conférence en Norvège dans ce contexte ne fut pas neutre. La démocratie norvégienne se doit d’y répondre.

Vibeke Knoop

 

 


Journal de Janvier 2012 : Une étrangère en “étrangerie ”

12 janvier 2012

Etrangers attendant pour le renouvellement de leur titre de séjour, France, 2011

Il a fallu presque 40 ans avant que je me sente étrangère en France. Jusqu’à ce jour, au contraire, je me suis toujours sentie bien accueillie sur le sol français, depuis que j’ai quitté ma Norvège natale pour vivre auprès d’un citoyen de la république. Pas 100 pour cent d’origine française non plus, mais né en France, et ayant la nationalité qui va avec.

Certes, j’ai connu les queues interminables de la préfecture pour demander une carte de séjour, où votre sort dépendait d’une fonctionnaire qui préférait se limer les ongles plutôt que de s’occuper de vous, et qui créa une différence de traitement notable entre moi, blanche et européenne, et mon voisin dans la queue, ayant eu le malheur de naître dans une ancienne colonie nord-africaine. Tutoyé d’office, et questionné si durement qu’il en oubliait le nom de jeune fille de sa mère ou la date de naissance de son père. Mais j’ai toujours fini par avoir les sésames nécessaires, et aucun Claude Guéant n’existait à l’époque pour fixer des limites à mes études en France, ni m’indiquer la sortie dès qu’elles furent terminées. Il en va tout autrement pour les étudiants étrangers aujourd’hui, et le pire, à mes yeux, c’est le peu de réactions que les mesures draconiennes de M. Guéant suscitent chez les Francais. Désormais, les organisations étudiantes en Norvège et ailleurs déconseillent fortement aux jeunes bacheliers de venir en France, qui a désormais une très mauvaise réputation.

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Journal d’octobre 2011 : Made in U.S.A.

9 octobre 2011

Elle a des cheveux magnifiques, de grands yeux verts, un teint et une silhouette de rêve… bref, elle a tout d’une“movie star” américaine, mais quand on entend son discours, on regrette qu’elle n’en soit pas une.

Il s’agit de Michelle Bachmann, la nouvelle égérie du mouvement ultra-conservateur américain le Tea Party.

Plus charismatique que Sarah Palin elle semble aussi plus toxique. Cette jeune femme de 55 ans (elle en paraît 40!), Républicaine, se dit directement inspirée par Dieu qui s’est d’ailleurs, dit- elle, déjà adressé directement à elle au moins cinq fois ! Elle est tombée en religion à 16 ans, et depuis elle se prend pour un porte-parole divin…

Elle a eu comme mentor intellectuel  le professeur, John Eidsmoe, qui n’était rien d’autre qu’un proche de la Suprématie Blanche…

Cela ne serait rien si, candidate à l’investiture républicaine pour les présidentielles de 2012, elle n’était déjà arrivée en tête en Iowa, lors d’un vote-test informel pour désigner les futurs adversaires d’Obama. Obama qu’elle considère avoir des “idées anti-américaines”. Elle est, bien entendu, farouchement hostile aux réformes entreprises et propose un programme simpliste mais populaire auprès de nombreux électeurs américains.

En substance, elle soutient l’enseignement du créationnisme, souhaite supprimer progressivement la sécurité sociale et le Medicare (système d’assurance santé géré par le gouvernement au bénéfice de personnes de plus de 65 ans, répondant à certains critères), et bien sûr interdire le mariage homosexuel. Elle n’y va d’ailleurs pas avec le dos de la cuiller en qualifiant l’homosexualité d’“œuvre de Satan”.

Nonobstant l’indigence de son programme, cette évangéliste de talent a le discours convaincant et sait capter l’anxiété des gens en cette période de crise et de doute. Elle partage avec ses supporters ce que le journaliste américain Brian Lambert appelle “une vision apocalyptique de l’avenir du pays”, d’où sa popularité. En outre, comment résister à quelqu’un qui susurre aux oreilles des gens : “Vous êtes les citoyens de Dieu, vous êtes l’avenir de l’Amérique”?

Nous ne sommes pas très loin du fascisme et même s’il a un joli visage il n’en demeure pas moins effrayant. Il confirme la tendance mondiale de la montée rapide et vertigineuse, d’une extrême droite qui se développe sur un substrat religieux.

Cela confirme aussi autre chose : c’est que finalement, la femme est un homme comme les autres : it’s a pity!

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2011 : le 22 juillet, deux mois après

9 octobre 2011

Dix ans après l’attentat des Twin  Towers, la terreur frappe un autre symbole: la démocratie et la tolérance en Norvège. Cette fois par un autochtone, extrêmiste.

Jens Stoltenberg, Premier ministre (travailliste) du royaume, était déjà au même poste le 11/9/2001. Malgré une sévère défaite électorale la veille, il dut gérer la crise jusqu’à la nomination de son successeur. Fidèle à son allié outre Atlantique, la Norvège s’engagea notamment en Afghanistan.

Revenu au pouvoir entre-temps, M. Stoltenberg se trouve malgré les vacan-ces, à Oslo le 22 juillet, lorsqu’une bombe explose devant l’immeuble du gouvernement. Il est rapidement évacué en lieu sûr et secret, d’où il s’adresse aux Norvégiens quelques heures plus tard. Son discours est exactement celui qu’il faut, tout en émotion contenue, mais aussi avec l’autorité necessaire. Jens, comme tout le monde l’appelle, se montre enfin comme un vrai leader. En apprenant plus tard dans la soirée et dans la nuit le deuxième drame, le massacre des jeunes de son parti à Utøya dont il connaissait certains personnellement, il garde un calme apparent. Il faut agir. Tout comme les Américains en 2001.

Les situations ne sont pas compara-bles. Mais j’ai beaucoup pensé à l’atmos-phère et aux inquiétudes, assez sembla-bles, et ce sentiment de danger, que la terreur peut frapper n’importe où, n’importe quand, explique-t-il au journal Aftenposten.

Pour M. Stoltenberg, dans les deux cas, ce que les auteurs, si différents soient-ils, ont voulu frapper, c’est la démocratie et la liberté. Ce sont des attaques contre une société où il est permis d’avoir une opinion divergente, et où l’on peut être engagé, voir s’opposer les uns aux autres, mais toujours sans violence.

Certaines personnes se croient au-dessus des lois, de la démocratie et des élus par le peuple, et pensent qu’elles peuvent les attaquer. C’est sur ces points que l’on trouve les similitudes entre le 11 septembre 2001 et le 22 juillet ici, dit-il. Il faut protéger la liberté. Ce qui signifie aussi l’ouverture et la tolérance. Avant que l’on sache que le tueur du 22 juillet était un Norvégien bien blond aux yeux bleus, Anders Behring Breivik, tous les soupçons allèrent vers les islamistes, AlQaïda. Les Musulmans en Norvège passèrent quelques heures très difficiles. Il y eut même des réactions violentes, voire des chasses à l’homme. Le lendemain, M. Stoltenberg alla assister à la prière dans une mosquée avec le Prince héritier Haakon. Un acte symbolique et nécessaire.

M. Breivik dit avoir accompli une révolution nécessaire, méticuleusement planifiée depuis neuf ans. Il pense avoir réussi, et accepte d’être jugé et de passer le reste de sa vie en prison. Mais avant, il voudrait utiliser son procès comme un coup de pub, si possible en uniforme ou en queue de pie.

Je commence à me demander s’il est fou, dit son avocat, Geir Lippestad. Mais il estime que son client est responsable de ses actes. Lippestad reçoit des centaines de messages de soutien. Sa décision est respectée par tout le monde. La défense d’un criminel, quels que soient ses actes, fait aussi partie de la démocratie.

Breivik reçoit aussi des lettres, surtout des lettres d’amour. C’est fréquent, paraît-il. Le pédophile meurtrier Marc Dutroux en Belgique recevait, lui, des centaines de jouets en peluche. Les psychologues expliqueront. Tout comme ils expliqueront les raisons qui ont fait que Breivik bascule dans l’horreur.

Les enquêteurs ne savent pas encore avec certitude s’il a agi seul. Il fut en tout cas lié à un réseau avec des ramifications internationales, qui s’est bâti sur la même révolte que lui, contre la sociétémulticulturelle, et surtout contre les Musulmans. Il admirait notamment Gert Wilders au Pays-Bas. Les experts terro-ristes, notamment d’Europol, sont en train de déméler les liens de ce réseau, réels ou pas. Au moins, les morts norvégiens auront permis une mise à jour salutaire de cette nébuleuse d’extrême droite. L’autre partie moins visible de l’iceberg se cache dans les résaux sociaux, où Breivik s’est façonné  plu-sieurs identités. Il adorait également les jeux violents et les BD. Peut-être un refuge après une enfance brisée par le divorce de ses parents, et ce qu’il a ressenti comme un abandon de son père, parti vivre à l’étranger. Là, il se démarque de la plupart des enfants norvégiens, très choyés, genre enfants rois.

Ses actes de terreur du 22 juillet furent loin d’être un jeu. A Oslo, c’était un vendredi après-midi, et beaucoup d’employés avaient déjà quitté leurs bureaux, ce qui évita un véritable massacre. A Utøya, il tira sur tout ce qui bougeait, utilisant des munitions à fragmentation, pour faire souffrir les victimes encore plus. La haine pure.

La haine peut tuer un homme, mais pas vaincre un peuple répliqua M. Stoltenberg. Son parti vient d’être renforcé dans des élections locales marquées surtout par un net recul du Parti du Progrès, dont Breivik fit partie pendant 7-8 ans. Il le quitta parce que ce parti établi, qui a tout de même frôlé les 25% d’électeurs, nétait pas assez radical à ses yeux. Il préféra les anonymes d’internet, avec qui il fonda non pas un parti, mais une idéologie. Qui l’amena à passer aux actes, froidement, minutieusement, tuant 77 personnes.

Vibeke Knoop


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Nuit noire » par Aurélien Djaafer, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film « Nuit noire » réalisé par Alain Tasma a été projeté lors de notre séance du 9 novembre 2010. Le débatteur était le réalisateur Alain Tasma.

Ce film d’Alain Tasma traite de la tuerie qui a eu lieu à Paris le 17 octobre 1961, durant laquelle de nombreux Algériens trouvèrent la mort, froidement abattus par les policiers français.

Ce film m’a touché par son objectivité, en effet, le réalisateur s’est appliqué à ne prendre partie pour aucun des deux camps. En suivant au fur et à mesure la vie de différents personnages (un policier, une journaliste, un travailleur algérien), le film nous montre de quelle façon fut vécu ce conflit entre le FLN, la police et les Parisiens. On assiste par exemple à l’assassinat en pleine rue d’un policier, par un membre du FLN, puis à celui d’un travailleur algérien par un groupe de policiers en civil. Cette façon qu’ont les deux camps de se rendre leurs coups nous force à nous interroger sur l’origine de ce conflit, et ne fait que renforcer notre incompréhension.

Le script ayant été écrit par un historien, les éléments de fiction ont été limités afin de se concentrer sur l’exactitude des conditions de l’époque et montrer la réalité des faits quant à cette tuerie du 17/10/61, dont on parle peu. Ceci est important car cela permet de transmettre à toutes les générations la mémoire de ces événements sombres au travers d’une projection divertissante.

Le spectateur évolue à travers le film dans une atmosphère pesante où l’être humain est montré sous son aspect le plus primitif : les personnages vivent dans la crainte et agissent par peur.

J’ai beaucoup apprécié cette projection, notamment par sa capacité à émouvoir. Le spectateur est partagé entre frustration et incompréhension tout au long du film (ex : le dépôt de déclaration de vol d’une camionnette par un Algérien). Le mal-être ressenti est parfois très fort, au point de se sentir gêné (ex: la scène de soumission d’un travailleur algérien par des policiers français).

Enfin, le film se termine tragiquement, fidèle à la réalité, laissant un sentiment amère au plus profond de soi.

Aurélien Djaafer.


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Nuit noire » par Demabisra Sissoko, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film « Nuit noire » réalisé par Alain Tasma a été projeté lors de notre séance du 9 novembre 2010. Le débatteur était le réalisateur Alain Tasma.

« Ce film est inspiré de faits réels et relate les événements qui se sont déroulés en octobre 1961 durant la guerre l’Algérie.

Ce qui m’a particulièrement touchée lors de cette projection c’est le mode de vie des personnages et leur rôle dans l’histoire parce qu’ils sont à la fois victimes et agresseurs. La police est terrorisée par le FLN et agresse la population maghrébine à Paris, les maghrébins sont victimes de l’injustice et des sévices de la police et du FLN qui est un groupe terroriste qui sème aussi la terreur et l’ordre auprès de cette population maghrébine civile qui est la réelle victime.

On a des points de vue divergents et des attitudes similaires des deux côtés comme les agressions verbales et physiques qui se présentent dans les camps opposés :

—Le FLN menace la population, tue si les opinions et les engagements envers leur nation ne sont pas conformes.

—La police agresse l’institutrice et le brigadier.

Les situations sont présentées sous un aspect un peu humoristique d’où la subtilité de mettre en œuvre une période de l’histoire qui fut longtemps niée par l’Etat. J’ai vraiment apprécié cette œuvre cinématographique. »

Demabisra Sissoko.


Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau