Journal 10/09 : La montée de l’extrême droite en Hongrie et en Roumanie

En intégrant l’Union européenne, la Hongrie et la Roumanie se sont engagées à respecter les droits de l’homme. Les propos racistes et antisémites sont interdits dans la presse, une journée commémorant la Shoah a été instituée et l’enseignement du génocide des juifs et des tziganes y est devenu obligatoire. La Roumanie a crée une commission internationale sur l’histoire de sa collaboration avec l’Allemagne nazie, les statues à la gloire du dictateur Ion Antonescu ont été enlevées et une loi contre le négationnisme promulguée. La Hongrie s’apprête à légiférer dans ce sens. La dynamique européenne a été très bénéfique à ce titre. Pourtant la situation des minorités religieuses et ethniques s’est récemment détériorée avec l’essor de partis ultranationalistes, xénophobes, antisémites et violemment anti-roms qui inquiètent désormais jusqu’aux instances de l’Union Européenne.

En dépit des efforts gouvernementaux, après quarante années de chape de plomb communiste, nombre de Hongrois et de Roumains ignorent ou dénient les responsabilités de leurs gouvernements et d’une partie de leur population dans l’extermination des juifs et des tsiganes européens. En Hongrie, plus de 500.000 juifs hongrois sur les 750.000 personnes qui formaient cette communauté furent exterminés par les Allemands et les “Flèches croisées”, le parti hongrois nazi dirigé par Szalasi. Quant à l’extermination des roms d’Europe centrale, notamment des roms hongrois à laquelle les “Flèches croisées” ont également pris part, elle est peu étudiée en raison du manque de documents les concernant et de leur propre tradition (le peuple tsigane n’est pas un peuple du souvenir, mais de l’oubli), mais elle concerne des milliers de roms hongrois. En Roumanie, la moitié des 760.000 juifs roumains furent exterminés par les soldats allemands et roumains, avec parfois le concours de la population civile. Et les historiens ont documenté que si le dictateur Antonescu a arrêté les déportations des juifs en 1943, c’est parce qu’il avait compris que l’Allemagne perdrait la guerre (nombre de Roumains considèrent Antonescu comme un “sauveur des juifs”). Quant aux roms de Roumanie, plus de 20.000 d’entre eux furent exterminés avec le concours des soldats roumains et d’une partie de la population.

Aujourd’hui, la Hongrie (10 millions d’habitants) compte 100.000 juifs dont 75.000 vivent à Budapest et de 600. 000 à 800 000 roms. La Roumanie (21,5 millions d’habitants) compte une population rom de 1,8 à 2,5 millions de personnes tandis que sa communauté juive est presque entièrement éteinte, avec moins de 6.000 personnes âgées (une grande partie des juifs roumains qui ont survécu sont partis en Israël dans l’après-guerre). Si la minorité juive est bien intégrée à Budapest, la situation des roms de Hongrie et de Roumanie est catastrophique. Sédentarisés depuis longtemps et vivant dans des zones rurales ou en marge des villes, les roms ont été les grands perdants du passage à l’économie de marché. Ils vivent pour la plupart dans des conditions de profonde insalubrité et sont souvent menacés d’expulsion avec la privatisation des terres. Plus de 70% des roms d’Europe Centrale sont sans emploi, une proportion inverse de celle des années 1970. Souvent illettrés ou analphabètes, leur faible degré de qualification professionnelle les pénalise, tandis que leurs enfants sont majoritairement orientés vers des écoles pour attardés mentaux.

Pour lutter contre leur mise à l’écart de la société, l’Open Society Institute (OSI), la fondation du richissime George Soros, a permis depuis 1991 la formation d’une élite intellectuelle rom en finançant un important réseau d’ONG locales. Et l’Union Européenne finance d’ambitieux programmes sociaux en faveur des roms d’Europe centrale centrés sur leurs problèmes de scolarisation, d’emploi et de logement. La Roumanie a même instauré une politique de discrimination positive en leur faveur. Mais l’amélioration de la condition des Roms est lente et les mentalités leur sont souvent hostiles.

C’est dans ce contexte et en pleine crise économique que les élections européennes ont vu la progression des partis d’extrême-droite dans toute l’Europe, notamment en Hongrie et en Roumanie. Le parti Jobbik en Hongrie a obtenu 15% des voix et le parti de la Grande Roumanie, 7% des voix. Au-delà des chiffres, ce qui inquiète est la violence de ces partis et de leurs milices contre les roms, et le soutien implicite d’une partie de la population.

En Hongrie, le parti Jobbik dispose d’un mouvement milicien et paramilitaire, la Garde hongroise qui se veut l’héritière des “Flèches croisés” de Szalasi. Le parti déclare vouloir rendre la Hongrie aux Hongrois et rétablir la pureté d’une nation chrétienne. Il vise la reconstitution de la grande Hongrie avec la réintégration des régions slovaques et roumaines où vivent d’importantes minorités hongroises. Et il parle de nettoyer le pays, accusant les juifs de voler l’argent du gouvernement et les roms de vivre de crimes. La violence des affiches du parti Jobbik pendant la campagne européenne a contraint la commission européenne et le gouvernement hongrois à réagir, sans réelle efficacité. En juillet 2009, une centaine de personnes ont attaquée la synagogue de la rue Dohany, l’un des plus beaux monuments de la ville. Quant aux exactions commises par la Garde hongroise contre les roms, elles se multiplient : injures, attaques au cocktail Molotov et des meurtres, comme ceux de Robert Csorba et de son fils, fauchés par des rafales de mitraillettes, en février 2009 tandis que leur maison était incendiée. La police locale conclut que l’incendie est dû à un court-circuit et que les victimes étaient décédées en raison de leurs brûlures. C’est grâce à l’action de la députée européenne Viktoria Mohaczi, elle-même rom et menacée de mort à plusieurs reprises, que l’enquête a été reprise par la police nationale.

En Roumanie, le parti de la Grande Roumanie dénonce l’influence occidentale, le délitement de l’Etat et de l’ancien ordre social, l’impéritie et la corruption des élites au pouvoir. Le parti mène une propagande antisémite, anti-hongroise et anti-rom avec des affiches dont les slogans sont notamment “Mort aux tsiganes” ou “Les roms hors de Roumanie”. Là aussi, les roms sont victimes d’injures raciales et d’agressions physiques, d’attaques contre leurs maisons et leurs villages…

La violence et les discriminations dont sont victimes les roms se multiplient partout ailleurs en Europe : en Italie, en Slovaquie, en Tchéquie où des clips télévisés ont appelé à une solution finale contre les roms. La montée de l’extrême-droite en Hongrie et en Roumanie est révélatrice du malaise européen et de la montée du racisme et de l’antisémitisme. Si le Conseil de l’Europe vient de publier voilà quelques jours un rapport très critique sur la situation des roms en Tchéquie, dénonçant la complicité “de responsables politiques de haut niveau, dont des ministres et des élus locaux” dans les violences contre les roms, l’Europe ne répond pour le moment qu’avec faiblesse à ces attaques, les qualifiant toujours d’actes isolés. Il est grand temps de parler ouvertement de la violence et du racisme dont souffrent les roms et de mobiliser l’opinion publique en leur faveur.

— Rose Lallier

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