Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


A titre exceptionnel, Mémoire 2000 a changé le thème de la séance-débat du 11 février 2014 qui portera sur la situation faite aux Roms

15 janvier 2014

En raison de l’actualité et des valeurs fondamentales qui inspirent Mémoire 2000 depuis sa création, l’association a décidé de remplacer la projection du film NO de Pablo Larrain sur le thème de la lutte contre la dictature par le film « Caravane 55 » de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sur les Roms.

Mémoire 2000 est particulièrement préoccupée par les discriminations et les graves atteintes aux droits de la personne dont les Roms sont aujourd’hui victimes en Europe. Notre association est aussi préoccupée par le climat général en France et certains discours politiques, y compris au plus haut niveau de l’État français, contre ces populations particulièrement pauvres et vulnérables. (CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA LETTRE QUE MÉMOIRE 2000 A ADRESSÉ AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR)

Mémoire 2000 fera une séance-débat autour de l’excellent film de Pablo Larrain (« No », Chili, 2013) ultérieurement en 2014-2015.

affiche-du-film-caravane-55Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau

 


Le nouvel enseignement du mépris, un texte de Guy Konopnicki que nous reproduisons à l’intention de nos lecteurs

5 septembre 2011

Une circulaire parue au Bulletin officiel de l’Education nationale recommande de remplacer le terme Shoah par « anéantissement ». Ce mot serait plus rigoureux, et le rôle de l’école étant d’assurer la défense et l’illustration de la langue française, il semble bien naturel de bannir toute importation de l’Hébreu. Respectant cette recommandation, le manuel d’histoire présenté par les éditions Hachette pour les classes de première évoque donc l’anéantissement des Juifs par l’Allemagne nazie, en évitant le mot. La chose effroyable est correctement décrite, mais sans le mot. Sauf, bien sûr, dans le titre de l’enseignant invité à rédiger ce chapitre, Lannis Roder, responsable des formations pédagogiques au Mémorial de la Shoah.

Or, on se souvient qu’une enseignante de Nancy, Catherine Pederzoli, faisant l’objet d’une suspension disciplinaire, s’était vue reprocher son emploi systématique et donc abusif du mot Shoah, et ce, dans un rapport à charge rédigé par les inspecteurs généraux d’histoire. Traduite devant un conseil de discipline, Catherine Pederzoli a été réintégrée, le conseil n’ayant pas retenu les charges concernant l’emploi du mot Shoah, ni celles portant sur le contenu de l’enseignement dispensé tant en classe que lors des voyages de la mémoire. Mais si l’affaire Pederzoli est close, la querelle portant sur le mot Shoah n’est nullement anecdotique.

L’inspection générale de l’Education nationale rejette un terme, au motif qu’il ne vient pas des historiens, mais du travail d’un cinéaste, Claude Lanzmann. Le mot Shoah peut, à la rigueur, être mentionné en tant que terme adopté par l’Etat d’Israël pour désigner l’anéantissement des Juifs d’Europe.

Passe que l’Education nationale ne parvienne toujours pas à admettre le cinéma comme moyen d’investigation historique! L’inventeur de ce procédé, Louis Lumière, était tout de même membre de l’Académie des Sciences. Il est vrai qu’il s’y distingua, en 1942, par un éloge des progrès scientifiques de l’Allemagne hitlérienne, mais l’engagement des frères Lumière dans la collaboration ne les empêche pas d’avoir été à l’origine d’un bouleversement des moyens de la pensée. Le paradoxe du cinéma, c’est d’avoir été rapidement considéré comme un instrument d’hégémonie culturelle placé entre les mains des juifs, en dépit de l’antisémitisme de ses inventeurs. La négation de la valeur historique du film de Claude Lanzmann s’enracine tout à la fois dans cette prévention vis-à-vis du cinéma et dans l’insupportable soupçon de manipulation, de partialité, qui s’éveille dès lors qu’un Juif aborde, en tant que tel, l’histoire de la Shoah.

Lanzmann n’a pas choisi par hasard le mot Shoah. Il s’agissait de désigner le caractère unique du génocide des Juifs, sa planification systématique par le régime nazi, sa place centrale et obsessionnelle dans la politique hitlérienne. Et, ce qui est plus difficile à faire admettre à nos esprits clairs et rationnels, la désignation en hébreu de la Shoah porte aussi la singularité du peuple Juif. Lire le reste de cette entrée »


Journal de Juillet 2011: la montée des extrémismes en Europe

5 septembre 2011

Les scrutins révèlent depuis plusieurs années l’émergence de puissants partis de droite extrême partout en Europe. Dans les pays de l’ancien bloc soviétique, Hongrie en tête avec le parti Jobbik, les partis d’extrême-droite recueillent près d’un quart des suffrages. Dans les pays de l’Europe du Nord, ces partis (le parti des vrais Finlandais, le Parti norvégien du progrès, le Parti du peuple danois et le Parti pour la Liberté du Hollandais Geert Wilders) pèsent désormais sur les politiques gouvernementales. Il en va de même en Suisse avec l’UDC de Christoph Blocher, en Autriche avec le FPÖ de Heinz-Christian Strache. En Italie, la Ligue du Nord est entrée au gouvernement et détient notamment le ministère de l’intérieur (Roberto Maroni). En France, nombreux sont ceux qui craignent une situation semblable à celle de  2002 aux prochaines élections présidentielles avec Marine Le Pen qui serait présente au second tour…

Le contexte actuel, celui de mutations profondes et souvent anxiogènes pour les peuples et les individus, permet de comprendre ces évolutions inquiétantes et la crise identitaire que traverse l’Europe. Contexte économique d’abord, avec la mondialisation et la libéralisation des échanges qui entraînent des changements importants dans la hiérarchie de la puissance des nations, avec le sentiment que l’Europe est la grande perdante de cette évolution. Contexte économique toujours, avec la crise économique, aggravée par l’effondrement financier de 2008, et la montée d’un fort taux de chômage partout en Europe, chômage qui touche entre 20% et 40% de la jeunesse européenne, et qui fait craindre aux classes moyennes leur déclassement, tandis que les classes populaires sont précarisées et appauvries depuis plus de vingt ans. Contexte social, avec la montée des inégalités et le délitement des solidarités, avec l’émergence de discours qui instaurent une ère du soupçon – chasse aux fraudeurs, dénonciations des assistés etc. Contexte technique et scientifique, avec de formidables progrès mais aussi de nouveaux dangers, avec l’arrivée d’Internet et l’interconnection du “village planétaire”, source d’échanges mais aussi de campagnes de dénigrements médiatiques aux dimensions jamais vues, ou encore les progrès médicaux qui posent des problèmes éthiques inédits. Contexte écologique avec la montée des périls climatiques, la pollution croissante des sols, de l’eau et de l’air, sans parler de l’enjeu énergétique ravivé par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Contexte politique avec le sentiment de défiance, sinon de rejet, d’une partie des populations européennes face à une construction européenne jugée peu démocratique et face à leur classe politique, jugée incompétente et impuissante vis-à-vis de marchés financiers anonymes qui imposent des plans d’austérité dans toute l’Europe ; et peut-être plus grave encore avec le rejet croissant des discours de tolérance et d’ouverture à l’étranger, alors que l’ethnicisation des discours (nouvel avatar du racisme) empoisonne désormais les débats publics. Contexte démographique enfin, avec le vieillissement d’une population européenne qui se sent menacée par la montée en puissance de pays à la population jeune et dynamique, la Turquie, l’Inde, le Brésil pour n’en citer que trois.

Il nous faut souligner cette crise européenne, pour comprendre les origines de la poussée des droites extrêmes, des droites extrémistes qui se sont adaptées aux évolutions des sociétés européennes. Les pays de l’ancien bloc communiste où les mémoires et le travail historique ont été “gelés” pendant quarante ans, sont aux prises avec des partis d’extrême-droite dont l’idéologie et le programme ne sont pas sans évoquer les partis fascistes des années 30. Le parti hongrois Jobbik est à cet égard exemplaire, avec un nationalisme exacerbé, la formation de milices fascisantes, l’irrédentisme auprès des populations d’origine magyare vivant en Roumanie ou en Tchéquie, un antisémitisme exacerbé et un racisme anti-Rom violent. Les pays d’Europe de l’ouest voient l’émergence d’une nouvelle extrême droite qui prend ses distances par rapport à l’héritage fasciste et nazi des anciens partis d’extrême-droite qui poursuivent leur déclin. A cet égard, les partis de cette nouvelle extrême-droite défendent Israël, considéré comme un avant-poste occidental face à un monde musulman vu comme hostile, et ont officiellement rompu avec les traditionnels discours antisémites. Ces nouvelles extrême-droites européennes, le Parti pour la Liberté de Geert Wilders (Hollande), l’UDC de Christoph Blocher (Suisse), le FPÖ de Heinz-Christian Strache (Autriche), le Front National de Marine Le Pen notamment, défendent des programmes très divers, mais partagent un fort sentiment nationaliste, la xénophobie, le rejet de l’immigration et la limitation du droit d’asile, et un discours anti-musulmans exacerbé. Geert Wilders a ainsi déclaré en 2009 qu’il faut “extrader d’Europe (…) des millions, voire des dizaines de millions de musulmans”… Par ailleurs, la mutation idéologique de cette nouvelle extrême-droite brouille les lignes sociétales habituelles, ces partis affichant souvent des valeurs libérales sur le plan des mœurs, avec des discours en faveur du droit des femmes ou des homosexuels, et des valeurs écologistes.

Face à l’émergence de ces nouveaux partis d’extrême-droite, en particulier en Europe de l’ouest, les partis démocratiques traditionnels semblent pour le moment sur la défensive, pris en tenaille entre les contraintes de l’idéologie libérale et libre-échangiste de la construction européenne qui leur offrent peu de marge de manoeuvre en matière économique et financière, et les contradictions de cette même idéologie qui laisse le champ libre aux affirmations identitaires, avec la montée des revendications communautaires et régionalistes. C’est peut-être du côté d’une partie de la jeunesse européenne qu’il faut chercher des motifs d’espoirs. Cette jeunesse dont les indignés du sud de l’Europe ont donné récemment l’image, une jeunesse dont les enquêtes d’opinion révèle qu’elle est universaliste, tolérante, ouverte à la diversité des cultures, soucieuse des droits humains, et qu’elle pense les problèmes dans leurs véritables dimensions…la dimension européenne et mondiale.

Rose Lallier


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance de « Liberté » de Tony Gatlif

25 janvier 2011

LIBERTE

Film de Tony Gatlif

Séance du 30 novembre 2010

Thème : les Roms

Débatteur : Denis Peschanski

Compte tenu de l’actualité de cet été concernant les Roms et de l’émotion qu’elle a suscitée, Mémoire 2000 a décidé de rajouter à son programme un film et un débat sur cette communauté.

L’histoire se déroule en France, sous l’occupation en 1943, après la décision d’octobre 1940 d’internement des Tziganes. Il montre les rapports des Roms, français, roumains, ou autres vivant avec la nature, jouant de la musique et souhaitant la liberté.

Puis nous assistons à leur enfermement dans des camps, par les Autorités françaises sur ordre des Allemands.

Deux personnes, le Maire, et l’institutrice Mlle Lundi, parviennent à les en faire sortir, mais cette famille est finalement rattrapée et déportée, les autorités ayant la tâche simplifiée par le carnet anthrométrique que les Roms avaient l’obligation de posséder.

La première question posée par les élèves porte sur leur étonnement de voir les autorités françaises obéir aveuglément aux Allemands. Le débatteur insiste sur la culture de l’époque : obéissance absolue à l’autorité représentée, et même parfois désir de faire du zèle.

Un autre élève lance : “Ils volent dans le métro”. Le débatteur répond : Oui, certains, comme certains blancs, noirs ou jaunes, mais toute la population n’est pas voleuse. Les voleurs doivent être punis, mais tous les Roms ne doivent pas être montrés du doigt.

Une autre question : pourquoi ceux qui sont Roumains ne restent-ils pas en Roumanie? D.Peschanski précise qu’ ils sont nomades,qu’ ils n’ont pas de pays,qu’ ils viennent d’Inde, d’Egypte, d’Espagne (les Gitans), et que d’autre part en Roumanie ils ont des conditions de vie atroces ils ne sont ni scolarisés, ni soignés.

A ce jour en France il n’y a plus de carnet anthropométrique, mais un livret de circulation et une obligation, non respectée, de créer des aires d’accueil pour les recevoir.

Notre débatteur insiste alors sur les expulsions de cet été qui ont eu lieu pour rassurer, alors qu’elles sont totalement inutiles. Les Roms sont européens, ils reviennent quand ils le veulent et les deux tiers des expulsés sont déjà revenus. Ces décisions d’expulsion sont en outre néfastes : un peuple ne peut que s’enrichir de la diversité.  D. Peschanski ajoute que tous les régimes d’oppression ont commencé à exclure leurs minorités et souvent à les expulser.

En conclusion notre débatteur insiste sur la responsabilité de l’Europe et le rôle qu’elle devrait jouer pour qu’enfin la question de l’amélioration du sort des populations Roms soit résolue.

Nicole Feugier


Journal de Janvier 2011 : Indignez-vous!

25 janvier 2011

C’est le titre d’un petit livre écrit par un jeune vieillard de 93 ans, (Stéphane Hessel). Il a raison.

A part certaines positions qu’il a sur Israël qui manquent singulièrement de retenue, que de raisons de s’indigner dans le monde et en France même.

L’énumération ressemble à une longue litanie qui n’a pas vraiment changé depuis de nombreuses années. On assiste plutôt à une régression des droits de l’homme un peu partout dans le monde.

Ce qui a changé ? Il semble qu’on s’y habitue et que nos voix soient devenues bien faibles.

Montée de l’extrême droite dans la plupart des pays d’Europe, xénophobie, islamophobie, et sans doute antisémitisme.

Et en France, un ministre de l’Intérieur qui soutient des policiers qui violent les valeurs fondamentales qu’ils sont censés défendre.

Dernièrement, une femme politique fille de… a osé comparer la présence des Musulmans en France à l’occupation nazie de 1940 à 45 et a ainsi ouvert une polémique !!

Et voilà…Il faudrait non seulement nous indigner, mais crier.

En sommes-nous encore capables?

Daniel Rachline

 


Compte-rendu de la séance « Liberté » de Tony Gatlif et dossier pédagogique sur l’histoire des Roms

25 novembre 2010

Séance du mardi 30 novembre 2010

Les Roms

Liberté de Tony Gatlif

Débatteur: Denis Pechanski

Synopsis : Théodore, vétérinaire et maire d’un village situé en zone occupée pendant la seconde guerre mondiale, a recueilli P’tit Claude, neuf ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. Mademoiselle Lundi, l’institutrice fait la connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s’arrange, avec l’aide de Théodore, pour que les enfants Tsiganes soient scolarisés.De son côté, P’tit Claude se prend d’amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de trente ans qui se promène partout avec son violon sur l’épaule. Mais les contrôles d’identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n’ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux bohémiens, désormais sédentarisés.Tandis que les enfants Tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P’tit Claude est de plus en plus fasciné par le mode de vie des Bohémiens – un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l’insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo s’intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l’ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route…

Compte rendu de la séance de « Liberté » de Tony Gatlif du 30 novembre 2010 (cliquez sur le lien qui précède)

Les Roms et leur histoire, dossier pédagogique préparé par Nicole Feugier (Mémoire 2000) (cliquez sur le lien qui précède)

Des familles Roms dans un refuge précaire à Villeneuve d'Ascq (Nord Eclair, août 2010)


Séance exceptionnelle du mardi 30 novembre 2010: Liberté de Toni Gatlif

23 novembre 2010

Séance du mardi 30 novembre 2010

Les Roms

Liberté de Tony Gatlif

Date de sortie : février 2010

Réalisateur : Toni Gatlif

Débatteur: Denis Pechanski

Durée : 1h51

Théodore, vétérinaire et maire d’un village situé en zone occupée pendant la seconde guerre mondiale, a recueilli P’tit Claude, neuf ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. Mademoiselle Lundi, l’institutrice fait la connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s’arrange, avec l’aide de Théodore, pour que les enfants Tsiganes soient scolarisés.De son côté, P’tit Claude se prend d’amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de trente ans qui se promène partout avec son violon sur l’épaule. Mais les contrôles d’identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n’ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux bohémiens, désormais sédentarisés.Tandis que les enfants Tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P’tit Claude est de plus en plus fasciné par le mode de vie des Bohémiens – un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l’insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo s’intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l’ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route…


L’éditorial du journal d’octobre 2010

13 octobre 2010

« Etranges étrangers »

Le plus affligeant dans la tourmente que nous traversons, n’est sans doute pas l’atteinte portée à l’image de la France sur la scène internationale ni même la partie de bras de fer que mène le président avec la Commission de Bruxelles.

Dans cette réprobation presque unanime, il y a sans doute une bonne dose d’hypocrisie, chacun étant chez soi confronté à une réalité qui finit toujours par donner raison à ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. On ne peut cependant s’empêcher de faire le rapprochement de cette tentative de justification avec celle que le Front National a longtemps utilisée pour nourrir la propagation de ses idées.

Alors que l’amalgame est érigé partout en méthode de pensée, on se gardera bien de faire des rapprochements hors de propos, voire outranciers entre les évacuations des Roms aujourd’hui et la déportation des Juifs et des Tsiganes d’hier.

Depuis deux mois que la surenchère sécuritaire dirigée contre les immigrés fait surgir des mots et des circulaires, des propositions de lois et des “feuilles de route”, on a à peu près tout dit dans un débat sans fin qu’annonçait malheureusement déjà l’imprudente et inutile campagne sur la recherche de l’identité nationale.

Mémoire 2000 s’est joint aux appels lancés par les associations dont elle se sent proche que ce soit la Licra et/ou la Ligue des droits de l’homme. Elle s’est tenue à l’écart du débat politique qui oppose les partis et les candidats aux élections, respectant ainsi les engagements politiques de ses membres.

Tant qu’il s’agit du rappel des principes constitutionnels, européens et internationaux qui poursuivent la discrimination proposée ou mise en œuvre à l’égard de personnes ou de groupe de personnes à raison de leur origine, Mémoire 2000 s’en tient à ses statuts, et s’il le fallait, elle rejoindrait le combat mené pour les faire respecter

Mais il ne suffit pas de rester sur le qui-vive et d’être prêts à défiler, banderole en tête. Il nous faut prendre conscience et prendre garde au fait que sauf erreur ou manipulation, les sondages qui se multiplient donnent de l’audace si ce n’est raison, à ceux qui s’en prennent ouvertement non seulement aux étrangers, fussent-ils devenus citoyens de l’Union, mais aussi aux Français d’origine étrangère qui pourraient se voir dépouiller de cet élément de leur identité. Il ne suffit pas que les sondages leur donnent raison et les encouragent à persévérer dans la voie inacceptable de la xénophobie et de la discrimination pour clore la discussion. Il est grand temps de se réveiller et de se lever pour dire “non ! ça suffit”.

On a sûrement eu tort de faire des raccourcis et des rapprochements entre les camps de concentration nazis et les campements illicites que le gouvernement a décidé le 5 août d’évacuer en priorité. Rien de commun avec le sinistre passé nazi.

Que ceux qui protestent contre les rapprochements historiques qui fusent de toutes parts, à leurs yeux insultants, n’oublient pas que nombre des mesures qui ont conduit Adolf Hitler au pouvoir à partir de 1932 ont recueilli le vote et pas seulement l’avis de la majorité. S’il y avait eu des ligues ou des associations pour le dire à l’époque, l’Europe n’en serait pas arrivée à ce délabrement qu’elle s’est imposé et qu’elle a vécu jusqu’à la Libération.

Il est donc plus que jamais nécessaire que la liberté de la Presse et le droit de manifester soient respectés et partagés. Que les organes de presse et les citoyens y veillent eux-mêmes sans se soumettre au diktat des instituts de sondages.

Certes en démocratie c’est la majorité qui doit l’emporter et imposer sa loi. Mais la majorité qui s’exprime par les voies légales et dans le respect des principes fondamentaux qui ressortent de la Constitution ou de déclarations des droits de l’homme, selon la conception et l’interprétation des organes habilités à la dire… Pas la majorité des suffrages que l’on poursuit de ses vœux par le recours aux sondages.

A cet égard bien des projets actuels dont certains sont en passe d’être adoptés par le Parlement ne trouveraient pas grâce auprès du Conseil constitutionnel du conseil d’Etat, de la commission de Bruxelles et même des tribunaux ordinaires de droit commun.

On doit sans doute admettre que la publication de ces sondages relève d’une certaine manière de la liberté d’expression, en tout cas de la liberté de la presse et il ne saurait être question de suspendre ni de restreindre ni l’une ni l’autre, d’autant qu’ils pensent être soumis au libre débat démocratique. Mais s’ils ne l’étaient pas pourquoi ne pas ouvrir aux associations qui se sont donné pour mission de faire respecter ces principes, le droit de réponse ou de réplique, comme c’est déjà le cas en matière de provocation à la haine et à la discrimination en vertu de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse…

Mémoire 2000 n’a pas de recommandations à faire aux Etats, aux politiques, aux institutions. Elle ne peut s’adresser qu’à l’opinion et aux individus en attirant l’attention sur les dangers qui se profilent à l’horizon. La défense des valeurs et de la démocratie appartient à tous et nul n’en pourra se plaindre lorsque l’irréparable aura été commis et qu’il n’aura rien à répondre sur ce qu’il aura fait pour l’empêcher.

Quant à nous, nous attendons depuis le 30 Avril 2010 que le Premier ministre appose sa signature sur le document officiel qui permettra au secrétaire d’Etat H. Falco, de mettre en œuvre l’accord transactionnel que nous avons accepté en faveur les “déportés d’origine étrangère” devenus français à leur sortie des camps, à moins qu’on ne remette en cause la délibération de la HALDE de 2005.

Nous craignons qu’un nouveau remaniement ministériel annoncé empêche le secrétaire d’Etat de tenir parole, ce qui serait tout de même assez grave en cette période de troubles et de polémiques sur la discrimination et les “Français d’origine”. Les déportés survivants qui ne sont plus qu’au nombre d’une centaine et qui sont français à part entière depuis des dizaines d’années attendent toujours que l’égalité des droits à pension leur soit accordée pour qu’ils ne se retrouvent pas dans la situation de ces “Etranges Etrangers” devenus français seulement sur le papier.

Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000


Journal d’octobre 2010 : article de Madame Chombart de Lauwe

13 octobre 2010

Marie-José Chombart de Lauwe,

Nous avons pris connaissance, sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, d’un article de Madame Chombart de Lauwe (présidente de la Fondation) qui nous a paru si intelligent et si pertinent que nous avons souhaité vous le faire partager.

Nous vous livrons ici cet article que l’on nous a autorisé à reproduire.

A méditer.

 

« L’Etat français est en charge de fonctions régaliennes, dont font partie la sécurité extérieure et la sécurité intérieure du pays, nul ne le conteste. L’histoire du XXèmesiècle marquée par les crimes de masse et les persécutions et génocides touchant les Juifs et les Tsiganes impose toutefois un regard rétrospectif dès lors que certains propos menacent l’âme du pays et sa cohésion.

L’instrumentalisation des thèmes sécuritaires dans le discours politique actuel doit être décryptée et dénoncée.

Le général de Gaulle évoquait la nécessité de hisser sans cesse la France vers les sommets.

Les déclarations récentes entendues aux plus hauts niveaux de l’Etat la tirent plutôt vers le bas.

 

Des vagues d’indésirables ?

La France a vécu des épisodes migratoires antérieurs. Elle n’en n’est pas morte…mais n’a pas  non plus lieu de se glorifier de la manière dont elle les a accueillis et traités. Faut-il rappeler les réticences d’une grande partie de la population française à l’égard des Républicains espagnols réfugiés de la Retirada, ces “gens sales, illettrés, voleurs et paresseux qui venaient ajouter aux difficultés quotidiennes de la vie des bons Français et manger leur pain”? C’était le discours repris par une certaine droite nationaliste, xénophobe et égoïste. Sans parler de l’embarras des pouvoirs publics totalement dépassés par un exode massif qu’ils s’étaient refusé à voir venir et qui déboucha sur la constitution des premiers grands camps d’internement.

L’on sait par la suite les pressions exercées pour contraindre cette population réfugiée à rentrer “volontairement” chez elle, où le régime fasciste de Franco l’attendait de pied ferme. Le rapprochement permet des doutes sérieux sur la notion de “retour volontaire”.

A l’opposé de ce discours, la ferveur populaire d’une partie de la France, cette France là, anonyme et modeste, qui s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés espagnols, a incarné l’honneur de la République.

 

Pas si indésirables…

Est-il nécessaire de rappeler la part courageuse et exemplaire prise à nos côtés dans la guerre contre l’Allemagne nazie par ces “gens sales, illettrés voleurs et paresseux” restés malgré tout en France, leur engagement dans la Résistance contre l’occupant après la défaite, celui héroïque de groupes espagnols dans les combats du plateau des Glières ou encore le prix très lourd payé par près de sept milles autres, prisonniers de guerre, ignorés honteusement par le Régime de Vichy et abandonnés à l’Allemagne nazie qui les traita en “apatrides” et les déporta, principalement au camp de concentration de Mauthausen, dont la plupart ne sont jamais rentrés ?

Faut-il rappeler que des soldats de la 2ème Division blindée entrés les premiers à Paris avec la colonne Dronne, étaient des Espagnols?

Ce seul exemple devrait inciter à la prudence et à la retenue dans le discours.

 

Une extermination que l’on occulte un peu vite

Les populations Sintis, Roms, Manouches, Gitans, qualifiées globalement de Zigeuner (Tsiganes) par le régime nazi et classées dans la catégorie la plus basse des “sous-hommes”, ont fait l’objet d’un génocide tout aussi systématique en Allemagne et en Europe centrale occupée, que celui des Juifs et ont subi des expérimentations médicales d’une cruauté qui font encore frémir la mémoire des survivants. En France elles furent visées surtout par la honte et la misère de l’internement administratif. On en parle moins, voire pas du tout, cette population étant discrète, effacée et peu prolixe. Qui s’en souvient aujourd’hui? Qui a évoqué ce martyre passé? A lui seul pourtant ce rappel justifierait des égards, marques de considération et de soutien, voire réparations, comparables à ceux consentis à d’autres. Qui y songe ?

 

Le cycle des violences de masse en marche ?

Jacques Sémelin* , auteur d’une encyclopédie sur les violences de masse, insiste sur le rôle des représentations, qu’il situe en amont de ce processus.

Pour lui, le massacre est le résultat d’une démarche mentale créant un “imaginaire de l’ennemi opposé à l’imaginaire de soi”, instaurant une perception négative de l’Autre dans l’imaginaire collectif.

Chaque être humain peut avoir des fantasmes de destruction de l’autre. Dans le cas du crime de masse ces fantasmes basculent dans la réalité collective. Il tente en conséquence d’analyser l’articulation entre imaginaire et réel, où l’exploitation de la peur et de l’inquiétude facilite la définition d’entités mythiques à partir desquelles se construisent en interaction un “Eux”, figuratif de l’ennemi et un Nous, censé incarner le bien.

Il place à l’origine du processus le discours des leaders d’opinion (politiques, intellectuels, médiatiques ou religieux) proposant chacun leur lecture de la situation, comme par exemple : le pays ne va pas bien, mais si nous commencions par nous débarrasser de ces gens là ça irait beaucoup mieux.

 

Un discours globalisant et accusateur irrecevable

C’est ce discours là, aménagé, mais emprunté à l’extrême droite française, qui tend aujourd’hui à s’imposer dans l’appareil d’Etat et qu’il faut dénoncer. En désignant dans un même discours, les “gens du voyage et les Roms” comme facteurs d’insécurité, le Chef de l’Etat divise la collectivité nationale, crée des entités négatives jugées “indésirables” opposées à des entités positives imaginaires. Il flatte les égoïsmes et exacerbe les crispations identitaires qui s’opposent, bref dresse les Uns contre les Autres.

Lorsqu’il parlait de la “racaille” (entité mythique sans consistance, auquel chacun donne le contenu qu’il veut bien selon ses fantasmes) il la livrait déjà à la vindicte populaire. Il eût été plus noble de mobiliser la collectivité nationale pour trouver les voies et moyens possibles d’une intégration économique et psychologique réussie, en tout cas d’une insertion dans la vie active. Cela n’exclut nullement les poursuites pénales individuelles, exercées sous l’autorité du pouvoir judiciaire et non de l’exécutif, dès lors qu’elles sont justifiées, ni la recherche de solutions à l’échelle européenne.

Mais que la France, souvent prompte à donner des leçons, donne d’abord l’exemple en l’Europe, à l’heure où les ultranationalismes refont surface un peu partout, avec tous les dangers dont sont potentiellement porteurs leurs égoïsmes et leur violence.

 

La France n’a pas les moyens ?

S’exprimant il y a quelques semaines sur France Culture, le ministre des affaires européennes, Pierre Lellouche, ancien Haut-représentant de la France en Afghanistan, tenait un discours à deux vitesses, dont la distorsion entre des propos constructifs à l’égard de l’afghanistan, justifiant la présence française, une pédagogie à développer à l’égard du peuple afghan, décrivant les menaces que cette région fait peser sur la sécurité du monde et l’aide indispensable à apporter à l’armée nationale afghane etc., contrastaient avec les propos soudainement raidis, brutaux et accusateurs visant les quelques Roms installés dans sa circonscription électorale du 3ème arrondissement de Paris. Il n’était soudain plus question de pédagogie: seulement d’opprobre, de dénonciation collective et d’exclusion. Exigences d’un certain électorat qui tendrait à se dérober?

Ainsi donc la France aurait les moyens de soutenir une guerre lointaine à l’issue bien incertaine en faveur du peuple Afghan et serait incapable de dégager quelques moyens humains, financiers et citoyens autres que sa Police, en faveur de quelques 15 000 Roms?

 

Les signaux de l’histoire

Le chef de l’Etat pourrait méditer d’autres signaux de l’histoire.

Pétain s’était voulu lui aussi recours et “référence” d’une France abasourdie par sa défaite militaire et privée de repères et de perspectives. Il a alors élaboré le concept d’anti-France. Après avoir bénéficié quelque temps de la confiance des Français, il la perdit lorsque leurs yeux se sont enfin ouverts sur les grandes rafles de Juifs. Une vague réprobatrice monta alors “de la France d’en bas”.

Le haut-le-cœur des consciences d’aujourd’hui contre la chasse aux Roms et les mesures touchant “les gens du voyage”, exécutées sans état d’âme par des fonctionnaires disciplinés, marque le début d’un réveil des consciences.

Il prouve que notre pays a encore un cœur et des tripes. Soyons en fiers.  C’est aussi cela l’âme de la France !

Appeler les Français à la solidarité pour aider et encadrer les Roms aurait une autre tenue et une autre valeur symbolique. L’ethnologue, ancienne déportée, Germaine Tillion ne disait-elle pas dans un de ses derniers entretiens que le désespoir faisait le lit des terroristes en puissance? Sémelin l’exprime autrement en mettant en garde contre les représentations négatives qui font de gens ordinaires des assassins en puissance.

Où est passée la devise de la République? La désobéissance civique comme forme de résistance à de telles dérives pourrait bien devenir l’ultime recours des consciences qui restent lucides dans la tourmente. »

Marie José Chombart de Lauwe

Résistante déportée

Grand officier de la Légion d’HonneurDirecteur de recherche honoraire du CNRS

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

*Directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) du CNRS.


Journal d’octobre 2010 : Mémoire 1940 ou : afin que nul n’en ignore…

13 octobre 2010

COMMISSARIAT GENERAL

aux questions juives                                                                                                                                                       ETAT FRANçAIS

Section d’Enquêtes et de Contrôle

Section Région parisienne                            Paris, le 9 décembre 1943

Affaire n°5.471

Inspecteur : FOURRIER, FERRY, LANDRY         7, rue Notre-Dame des Victoires

CEN : 01-52

GUT : 39-50

Rapport n°6.288                                                                               affaire : RACHLINE, Vice-Président de la L.I.C.A.

JB/DG – 670                                                                                        LIEU : 259, Boulevard Ornano à SAINT-DENIS (Seine)

ORIGINE : Section ProvinceRéférence à rappeler :

Reférence à rappeler :                                                     REFER : SM/AS du 8 octobre

SM/RL du 6 sept.1943                                                    OBJET : Vérifier si le juif RACHLINE Lazare est recensé,                                                                                                         et son activité.

ETAT CIVIL :

RACHLINE Lazare

Né le 25 décembre 1905 à GORKY (Russie)

D’origine russe.

A été naturalisé français par décret en date du 18.2.38

Il a fait l’objet du retrait de la nationalité française par Décret du 20.3.1942 (Journal Officiel du 26.3.1942)

Classé au Casier Général sous le n° 590.039

De race et de religion juive, a épousé le 9.6.32 à PARIS

La nommée ABRAHAM Suzanne, née le 19 Août 1911 à PARIS,

de nationalité française avant son mariage. Trois enfants :

Michel, né le 5.6.1933 à PARIS (18ème)

Daniel, né le 13.6.1936 à PARIS (18ème)

Jean-Claude, né le 30.9.1939 à TOURNAN.

L’intéressé, qui exerçait la profession d’industriel à SAINT-DENIS (Seine) est actuellement domicilié :

22, rue Léon Brauchet à BRIVE (Corrèze).

Papiers  personnels… Nous sommes très loin de cela, mais ce qui est arrivé une fois peut toujours se reproduire.

Ce qui arrive aujourd’hui aux gens du voyage et autres Gitans et Roms peut devenir à terme un élément d’un nouvel engrenage.

Ne rien laisser passer, toujours se souvenir, et toujours se battre, c’est notre lot.

Le document reproduit ici, que nous voulons “pédagogique” et “mémoriel” est bien entendu incomplet.

“L’enquête” menée relate sur plusieurs paragraphes les faits et gestes du “juif Rachline” depuis sa naissance.

Rien n’échappe aux enquêteurs, de la vie privée, voire intime, à la vie publique, professionelle et politique du “Juif Rachline” ainsi désigné à chacun des paragraphes.

En conclusion de l’enquête il est mentionné : “ Au cas où le juif Rachline serait en infraction, nous demandons à la Direction Régionale de Limoges (lieu de résidence des Rachline en 1943) de faire prendre à son égard toutes mesures prévues par la loi, et nous attirons spécialement l’attention de ces Services sur le fait que, par le passé, ce juif a eu une activité politique qui doit entraîner une surveillance toute particulière sur son activité présente”.

Il reste à souhaiter que plus jamais nous n’ayons l’occasion de voir ressurgir ce genre “d’enquêtes” menées sur des personnes pour ce qu’elles sont et non pas pour ce qu’elles font…

Nous sommes au XXIème siècle, nous avons l’expérience des siècles précédents, nous avons atteint une seuil de “civilisation” extraordinaire : n’est-il pas temps de penser enfin que l’“étranger”, le “différent” ne représente pas forcément un danger, mais qu’il n’est ni plus, ni moins qu’un alter ego !

Daniel Rachline


Journal d’octobre 2010 : « Mauvais signes! » de Lison Benzaquen

13 octobre 2010

Nous vivons une période étrange et pour tout dire trouble et inquiétante.

On a le sentiment qu’avec la crise, tous les vieux démons resurgissent. Il paraît que c’est une réaction humaine normale, elle n’en demeure pas moins angoissante.

L’illustration de cette atmosphère : le festival de petites phrases entendues cet été et qui en disent long : “déchéance de la nationalité”, “insécurité = Roms” etc….

Bref tout cela a des relents qui rappellent d’autres époques peu glorieuses de notre pays.

Dans le droit fil de cet état d’esprit, deux événements passés assez inaperçus et cependant significatifs.

Le premier, c’est la censure par le maire de Parthenay de la lecture à des élèves, d’une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, dans le cadre de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation.

Qu’y avait-il de choquant dans cette lettre? La vérité simplement. A savoir qu’Ida Grinspan dit avoir été arrêtée à l’âge de 14 ans, par trois gendarmes français. Horreur! cette révélation a heurté la sensibilité d’un gendarme. La vérité doit donc être tue. Ce ne sont pas des gendarmes français qui ont arrêté Ida, ce sont des gendarmes martiens !!! C’est comme ça qu’on écrit l’histoire…

Et à propos d’histoire justement : une professeure d’histoire de Nancy a été suspendue quatre mois de ses fonctions à la suite d’un rapport rédigé en juillet par des inspecteurs qui ont trouvé des “manquements aux obligations de neutralité et de laïcité” de cette professeure et ont estimé qu’elle “consacre trop de temps à l’organisation de voyages sur l’histoire des juifs comprenant des visites à des camps”.

Voilà donc que la Shoah devient un phénomène religieux et essentiellement juif? C’est nouveau. Je croyais naïvement que la Shoah était un phénomène universel hors catégorie, surtout pas religieux. La Shoah concerne me semble-t-il, l’humanité entière et la mémoire de l’histoire de la Shoah devrait être omniprésente pour rappeler à chacun et à tout moment ce à quoi l’homme peut arriver s’il manque de vigilance et s’il se laisse progressivement glisser et porter par la facilité de chercher (et trouver) un bouc émissaire à tous ses malheurs.

Ces deux exemples sont les mauvais signes du climat actuel où chacun suspecte l’autre, où chacun se recroqueville sur son identité survalorisée au détriment de celle de l’autre : c’est le terreau préféré de tous les racismes et dérives.

Alors, s’il nous est impossible d’être plus ouverts et meilleurs, au moins essayons d’être plus raisonnables, pour l’avenir de nos enfants…

Lison Benzaquen


Notre Journal de juillet 2010: La montée du nationalisme et de l’extrémisme en Hongrie menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale

30 août 2010

Défilé du parti Jobbik en Hongrie, 2010 La droite nationaliste hongroise a gagné les élections de mai 2010 et l’arithmétique électorale révèle une inquiétante montée de l’extrême droite. Le parti Jobbik, raciste, antisémite et souhaitant la restauration de la grande Hongrie, a recueilli 16.70% des votes. Le parti de droite Fidesz a recueilli 53% des voix et le tiers de son électorat est idéologiquement proche du parti Jobbik. Ces résultats sont très inquiétants dans un pays qui compte une communauté juive de près de 100 000 personnes et une communauté Rom de près de 800 000 personnes.

Une politique dangereuse et revancharde

Au moins aussi inquiétante est la surenchère nationaliste entre la droite et l’extrême droite qui menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale. Le parlement a voté en mai dernier à la quasi-unanimité une loi accordant la nationalité hongroise aux trois millions et demi d’habitants d’origine magyare qui vivent dans les pays voisins depuis le traité de Trianon du 4 juin 1920. Ce traité priva le pays des deux tiers de son territoire et de la moitié de sa population. A Budapest, il s’agit officiellement d’effacer “la honte du Traité de Trianon” et de proposer une “compensation morale symbolique” aux Hongrois d’origine qui ont été coupés de leur famille et de leur patrie.

Si la Roumanie, la Serbie et la Croatie n’ont guère réagi, la Slovaquie qui compte près 10% de sa population d’origine hongroise, a condamné cette loi et menacé ses ressortissants d’être déchus de leur nationalité s’ils optaient pour la nationalité hongroise. Fort heureusement, les 550 000 Slovaques d’origine hongroise ont très majoritairement confirmé leur attachement à la Slovaquie, moins de 5% souhaitant changer de nationalité, et les Slovaques dans leur ensemble n’ont pas cédé à la provocation puisqu’une coalition démocrate et centriste a gagné les élections législatives du 12 juin dernier et que l’extrême droite slovaque a recueilli moins de 5% des voix.

Mais la récente décision du gouvernement hongrois de faire du 4 juin une journée officielle de commémoration de l’éclatement de la grande Hongrie devrait empoisonner les relations avec les Slovaques dans les années à venir.

Le parti Jobbik et sa vision messianique de la Hongrie

Autre dérive délétère, celle du parti Jobbik qui s’enfonce dans un extrémisme religieux ouvertement hostile aux juifs hongrois. Avant leur entrée au Parlement, ses élus ont ostensiblement prié dans le temple calviniste dit du retour au pays dont le pasteur, Lorant Hegedüs, a défrayé la chronique en déclarant en 2002 “nous devons parquer les juifs à part parce que sinon, ils prendront notre place”. Il fut heureusement condamné à la prison avec sursis pour ses déclarations, ce qui ne l’a pas empêché d’accueillir le négationniste britannique David Irving et de lui apporter son soutien implicite.

Un risque de déstabilisation économique et social

Et la situation pourrait se dégrader encore, tant les dynamiques économiques et sociales sont négatives en Hongrie. Les partis du centre et de la gauche sont discrédités par leur mauvaise gestion économique et la corruption endémique qui sévit dans le pays. Quant au nouveau premier ministre Viktor Orban, un leader démagogue et populiste, il a été élu sur des promesses électorales irréalistes.

La Hongrie traverse une très grave crise économique depuis 2006. Malgré une importante aide financière du FMI et de l’Union Européenne, la récession n’est pas endiguée et la récente dévaluation du Forint a rendu la situation financière quasi intenable. Le pays risque un défaut de paiement et de nombreux Hongrois sont incapables de rembourser les emprunts qu’ils ont contractés en euro. Viktor Orban sera contraint de prendre des mesures d’austérité très douloureuses. Les déceptions à venir risquent de faire le jeu du parti Jobbik, et d’aggraver la situation pour les communautés juive et rom, déjà accusées d’être responsables de la crise.

Le silence assourdissant de l’U.E

Quid de l’Union Européenne dont la Hongrie est membre depuis 2004? La Commission réagit pour le moment par un silence assourdissant… Le ministre hongrois des affaires étrangères veut faire de la diversité culturelle et linguistique en Europe un axe de la présidence hongroise de l’UE en janvier 2011.

A l’heure où les mouvements extrémistes et régionalistes progressent, espérons que l’Union Européenne saura réaffirmer ses valeurs démocratiques — en particulier le respect du droit des minorités — et rappeler que le projet européen s’est construit sur les ruines d’une Europe qui avait succombé aux sirènes mortifères du nationalisme et de la haine de l’autre.

Rose Lallier