Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


A titre exceptionnel, Mémoire 2000 a changé le thème de la séance-débat du 11 février 2014 qui portera sur la situation faite aux Roms

15 janvier 2014

En raison de l’actualité et des valeurs fondamentales qui inspirent Mémoire 2000 depuis sa création, l’association a décidé de remplacer la projection du film NO de Pablo Larrain sur le thème de la lutte contre la dictature par le film « Caravane 55 » de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sur les Roms.

Mémoire 2000 est particulièrement préoccupée par les discriminations et les graves atteintes aux droits de la personne dont les Roms sont aujourd’hui victimes en Europe. Notre association est aussi préoccupée par le climat général en France et certains discours politiques, y compris au plus haut niveau de l’État français, contre ces populations particulièrement pauvres et vulnérables. (CLIQUEZ ICI POUR LIRE LA LETTRE QUE MÉMOIRE 2000 A ADRESSÉ AU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR)

Mémoire 2000 fera une séance-débat autour de l’excellent film de Pablo Larrain (« No », Chili, 2013) ultérieurement en 2014-2015.

affiche-du-film-caravane-55Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau

 


Le nouvel enseignement du mépris, un texte de Guy Konopnicki que nous reproduisons à l’intention de nos lecteurs

5 septembre 2011

Une circulaire parue au Bulletin officiel de l’Education nationale recommande de remplacer le terme Shoah par « anéantissement ». Ce mot serait plus rigoureux, et le rôle de l’école étant d’assurer la défense et l’illustration de la langue française, il semble bien naturel de bannir toute importation de l’Hébreu. Respectant cette recommandation, le manuel d’histoire présenté par les éditions Hachette pour les classes de première évoque donc l’anéantissement des Juifs par l’Allemagne nazie, en évitant le mot. La chose effroyable est correctement décrite, mais sans le mot. Sauf, bien sûr, dans le titre de l’enseignant invité à rédiger ce chapitre, Lannis Roder, responsable des formations pédagogiques au Mémorial de la Shoah.

Or, on se souvient qu’une enseignante de Nancy, Catherine Pederzoli, faisant l’objet d’une suspension disciplinaire, s’était vue reprocher son emploi systématique et donc abusif du mot Shoah, et ce, dans un rapport à charge rédigé par les inspecteurs généraux d’histoire. Traduite devant un conseil de discipline, Catherine Pederzoli a été réintégrée, le conseil n’ayant pas retenu les charges concernant l’emploi du mot Shoah, ni celles portant sur le contenu de l’enseignement dispensé tant en classe que lors des voyages de la mémoire. Mais si l’affaire Pederzoli est close, la querelle portant sur le mot Shoah n’est nullement anecdotique.

L’inspection générale de l’Education nationale rejette un terme, au motif qu’il ne vient pas des historiens, mais du travail d’un cinéaste, Claude Lanzmann. Le mot Shoah peut, à la rigueur, être mentionné en tant que terme adopté par l’Etat d’Israël pour désigner l’anéantissement des Juifs d’Europe.

Passe que l’Education nationale ne parvienne toujours pas à admettre le cinéma comme moyen d’investigation historique! L’inventeur de ce procédé, Louis Lumière, était tout de même membre de l’Académie des Sciences. Il est vrai qu’il s’y distingua, en 1942, par un éloge des progrès scientifiques de l’Allemagne hitlérienne, mais l’engagement des frères Lumière dans la collaboration ne les empêche pas d’avoir été à l’origine d’un bouleversement des moyens de la pensée. Le paradoxe du cinéma, c’est d’avoir été rapidement considéré comme un instrument d’hégémonie culturelle placé entre les mains des juifs, en dépit de l’antisémitisme de ses inventeurs. La négation de la valeur historique du film de Claude Lanzmann s’enracine tout à la fois dans cette prévention vis-à-vis du cinéma et dans l’insupportable soupçon de manipulation, de partialité, qui s’éveille dès lors qu’un Juif aborde, en tant que tel, l’histoire de la Shoah.

Lanzmann n’a pas choisi par hasard le mot Shoah. Il s’agissait de désigner le caractère unique du génocide des Juifs, sa planification systématique par le régime nazi, sa place centrale et obsessionnelle dans la politique hitlérienne. Et, ce qui est plus difficile à faire admettre à nos esprits clairs et rationnels, la désignation en hébreu de la Shoah porte aussi la singularité du peuple Juif. Lire le reste de cette entrée »


Journal de Juillet 2011: la montée des extrémismes en Europe

5 septembre 2011

Les scrutins révèlent depuis plusieurs années l’émergence de puissants partis de droite extrême partout en Europe. Dans les pays de l’ancien bloc soviétique, Hongrie en tête avec le parti Jobbik, les partis d’extrême-droite recueillent près d’un quart des suffrages. Dans les pays de l’Europe du Nord, ces partis (le parti des vrais Finlandais, le Parti norvégien du progrès, le Parti du peuple danois et le Parti pour la Liberté du Hollandais Geert Wilders) pèsent désormais sur les politiques gouvernementales. Il en va de même en Suisse avec l’UDC de Christoph Blocher, en Autriche avec le FPÖ de Heinz-Christian Strache. En Italie, la Ligue du Nord est entrée au gouvernement et détient notamment le ministère de l’intérieur (Roberto Maroni). En France, nombreux sont ceux qui craignent une situation semblable à celle de  2002 aux prochaines élections présidentielles avec Marine Le Pen qui serait présente au second tour…

Le contexte actuel, celui de mutations profondes et souvent anxiogènes pour les peuples et les individus, permet de comprendre ces évolutions inquiétantes et la crise identitaire que traverse l’Europe. Contexte économique d’abord, avec la mondialisation et la libéralisation des échanges qui entraînent des changements importants dans la hiérarchie de la puissance des nations, avec le sentiment que l’Europe est la grande perdante de cette évolution. Contexte économique toujours, avec la crise économique, aggravée par l’effondrement financier de 2008, et la montée d’un fort taux de chômage partout en Europe, chômage qui touche entre 20% et 40% de la jeunesse européenne, et qui fait craindre aux classes moyennes leur déclassement, tandis que les classes populaires sont précarisées et appauvries depuis plus de vingt ans. Contexte social, avec la montée des inégalités et le délitement des solidarités, avec l’émergence de discours qui instaurent une ère du soupçon – chasse aux fraudeurs, dénonciations des assistés etc. Contexte technique et scientifique, avec de formidables progrès mais aussi de nouveaux dangers, avec l’arrivée d’Internet et l’interconnection du “village planétaire”, source d’échanges mais aussi de campagnes de dénigrements médiatiques aux dimensions jamais vues, ou encore les progrès médicaux qui posent des problèmes éthiques inédits. Contexte écologique avec la montée des périls climatiques, la pollution croissante des sols, de l’eau et de l’air, sans parler de l’enjeu énergétique ravivé par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Contexte politique avec le sentiment de défiance, sinon de rejet, d’une partie des populations européennes face à une construction européenne jugée peu démocratique et face à leur classe politique, jugée incompétente et impuissante vis-à-vis de marchés financiers anonymes qui imposent des plans d’austérité dans toute l’Europe ; et peut-être plus grave encore avec le rejet croissant des discours de tolérance et d’ouverture à l’étranger, alors que l’ethnicisation des discours (nouvel avatar du racisme) empoisonne désormais les débats publics. Contexte démographique enfin, avec le vieillissement d’une population européenne qui se sent menacée par la montée en puissance de pays à la population jeune et dynamique, la Turquie, l’Inde, le Brésil pour n’en citer que trois.

Il nous faut souligner cette crise européenne, pour comprendre les origines de la poussée des droites extrêmes, des droites extrémistes qui se sont adaptées aux évolutions des sociétés européennes. Les pays de l’ancien bloc communiste où les mémoires et le travail historique ont été “gelés” pendant quarante ans, sont aux prises avec des partis d’extrême-droite dont l’idéologie et le programme ne sont pas sans évoquer les partis fascistes des années 30. Le parti hongrois Jobbik est à cet égard exemplaire, avec un nationalisme exacerbé, la formation de milices fascisantes, l’irrédentisme auprès des populations d’origine magyare vivant en Roumanie ou en Tchéquie, un antisémitisme exacerbé et un racisme anti-Rom violent. Les pays d’Europe de l’ouest voient l’émergence d’une nouvelle extrême droite qui prend ses distances par rapport à l’héritage fasciste et nazi des anciens partis d’extrême-droite qui poursuivent leur déclin. A cet égard, les partis de cette nouvelle extrême-droite défendent Israël, considéré comme un avant-poste occidental face à un monde musulman vu comme hostile, et ont officiellement rompu avec les traditionnels discours antisémites. Ces nouvelles extrême-droites européennes, le Parti pour la Liberté de Geert Wilders (Hollande), l’UDC de Christoph Blocher (Suisse), le FPÖ de Heinz-Christian Strache (Autriche), le Front National de Marine Le Pen notamment, défendent des programmes très divers, mais partagent un fort sentiment nationaliste, la xénophobie, le rejet de l’immigration et la limitation du droit d’asile, et un discours anti-musulmans exacerbé. Geert Wilders a ainsi déclaré en 2009 qu’il faut “extrader d’Europe (…) des millions, voire des dizaines de millions de musulmans”… Par ailleurs, la mutation idéologique de cette nouvelle extrême-droite brouille les lignes sociétales habituelles, ces partis affichant souvent des valeurs libérales sur le plan des mœurs, avec des discours en faveur du droit des femmes ou des homosexuels, et des valeurs écologistes.

Face à l’émergence de ces nouveaux partis d’extrême-droite, en particulier en Europe de l’ouest, les partis démocratiques traditionnels semblent pour le moment sur la défensive, pris en tenaille entre les contraintes de l’idéologie libérale et libre-échangiste de la construction européenne qui leur offrent peu de marge de manoeuvre en matière économique et financière, et les contradictions de cette même idéologie qui laisse le champ libre aux affirmations identitaires, avec la montée des revendications communautaires et régionalistes. C’est peut-être du côté d’une partie de la jeunesse européenne qu’il faut chercher des motifs d’espoirs. Cette jeunesse dont les indignés du sud de l’Europe ont donné récemment l’image, une jeunesse dont les enquêtes d’opinion révèle qu’elle est universaliste, tolérante, ouverte à la diversité des cultures, soucieuse des droits humains, et qu’elle pense les problèmes dans leurs véritables dimensions…la dimension européenne et mondiale.

Rose Lallier


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance de « Liberté » de Tony Gatlif

25 janvier 2011

LIBERTE

Film de Tony Gatlif

Séance du 30 novembre 2010

Thème : les Roms

Débatteur : Denis Peschanski

Compte tenu de l’actualité de cet été concernant les Roms et de l’émotion qu’elle a suscitée, Mémoire 2000 a décidé de rajouter à son programme un film et un débat sur cette communauté.

L’histoire se déroule en France, sous l’occupation en 1943, après la décision d’octobre 1940 d’internement des Tziganes. Il montre les rapports des Roms, français, roumains, ou autres vivant avec la nature, jouant de la musique et souhaitant la liberté.

Puis nous assistons à leur enfermement dans des camps, par les Autorités françaises sur ordre des Allemands.

Deux personnes, le Maire, et l’institutrice Mlle Lundi, parviennent à les en faire sortir, mais cette famille est finalement rattrapée et déportée, les autorités ayant la tâche simplifiée par le carnet anthrométrique que les Roms avaient l’obligation de posséder.

La première question posée par les élèves porte sur leur étonnement de voir les autorités françaises obéir aveuglément aux Allemands. Le débatteur insiste sur la culture de l’époque : obéissance absolue à l’autorité représentée, et même parfois désir de faire du zèle.

Un autre élève lance : “Ils volent dans le métro”. Le débatteur répond : Oui, certains, comme certains blancs, noirs ou jaunes, mais toute la population n’est pas voleuse. Les voleurs doivent être punis, mais tous les Roms ne doivent pas être montrés du doigt.

Une autre question : pourquoi ceux qui sont Roumains ne restent-ils pas en Roumanie? D.Peschanski précise qu’ ils sont nomades,qu’ ils n’ont pas de pays,qu’ ils viennent d’Inde, d’Egypte, d’Espagne (les Gitans), et que d’autre part en Roumanie ils ont des conditions de vie atroces ils ne sont ni scolarisés, ni soignés.

A ce jour en France il n’y a plus de carnet anthropométrique, mais un livret de circulation et une obligation, non respectée, de créer des aires d’accueil pour les recevoir.

Notre débatteur insiste alors sur les expulsions de cet été qui ont eu lieu pour rassurer, alors qu’elles sont totalement inutiles. Les Roms sont européens, ils reviennent quand ils le veulent et les deux tiers des expulsés sont déjà revenus. Ces décisions d’expulsion sont en outre néfastes : un peuple ne peut que s’enrichir de la diversité.  D. Peschanski ajoute que tous les régimes d’oppression ont commencé à exclure leurs minorités et souvent à les expulser.

En conclusion notre débatteur insiste sur la responsabilité de l’Europe et le rôle qu’elle devrait jouer pour qu’enfin la question de l’amélioration du sort des populations Roms soit résolue.

Nicole Feugier