Journal de Juillet 2011: la nuit du 4 juillet

9 août 2011

Le soir du 3 juillet 1987, il faisait une chaleur torride à Lyon. Une atmosphère écrasante, moite, dans l’attente du verdict du procès de Klaus Barbie. Nous étions nombreux autour du Palais de Justice, nous croisant sans cesse dans les rues aux alentours. Journalistes, avocats, parties civiles, mais aussi beaucoup de curieux. Attente presque sans mots en attendant ceux des jurés et de la cour. Moment d’histoire lorsque Klaus Barbie entre une dernière fois dans la salle d’audience, cette fois pour entendre le verdict. Après deux mois d’audience, mais plus de 40 ans après le faits.

A l’aube du 4 juillet, la Cour d’Assises juge l’ancien chef de la Gestapo de Lyon coupable. Coupable de la rafle du 9 février 1943, au siège de l’Union Générale des Israélites de France, ainsi que de celle des 44 enfants juifs et 6 adultes d’Izieu du 6 avril 1944 et enfin la déportation de 600 juifs le 11 août 1944. Coupable de crimes contre l’humanité, Klaus Barbie, dit Klaus Altmann, est condamné à la perpétuité. Il accueille le verdict le visage impas-sible. Pas un mot ne sort de ses lèvres fines, pas un mouvement. Cependant, le mépris rode. Cet homme n’a que faire de cette justice. Klaus Barbie sort de la salle comme il y est entré, menotté et entouré de gendarmes français. Il a hâte de regagner sa cellule, sa dernière demeure.

Dehors, la foule est encore plus nombreuse. Elle scande : Vergès, Vergès. L’avocat de Barbie a du mal à avancer devant ce mur d’hostilité. Les projecteurs éclairent son visage effrayé. Des coups fusent. Ce soir là, la foule l’aurait lynché, sans la protection des gendarmes. Trop de haine contenue. Trop de souvenirs douloureux. Certains auraient voulu en finir avec Klaus Barbie. C’est Vergès qui encaisse.

Je n’ai jamais oublié. Correspondante à l’époque du journal norvégien Dagbladet, j’ai suivi le procès, aux moments forts. L’arrivée de Klaus Barbie, à ce moment là avec un petit sourire aux lèvres. Dénonçant déjà un ”climat de lynchage”, et privant les parties civiles de la confrontation tant attendue.

Et la veille du procès, la découverte d’Izieu, où les avocats ont voulu se rendre, avec Sabine Zlatin, seule survivante. Toute sa vie, elle a attendu ce procès. Enfin pouvoir crier à Barbie, ou en l’occurrence à Vergès : “c’étaient quoi ces 44 enfants? Des terroristes? Des résistants? Non, des innocents!”

A l’époque, tout le procès fut enregistré. 145 heures. Arte vient de sortir un coffret de 6 DVD, coédité avec l’INA sous la direction de l’historien Dominique Missaka. Il faut tout regarder, comme le film ”Shoah” de Claude Lanzmann. Tout est là. Les crimes de l’offi-cier SS, les souvenirs des victimes, les réquisitoires et les plaidoiries. Il n’y a qu’un absent. Klaus Barbie.

Vibeke Knoop

 


Les films sur la 2ème Guerre Mondiale en plan de métro

28 janvier 2010

Vu sur le site des Clionautes :

C’est une excellente initiative que nous propose le magazine Télérama sur son site internet. La rédaction a répertorié 150 films sur la Seconde guerre Mondiale, sous la forme d’un plan de métro interactif ; les films étant classés par thèmes et parfois en sous-genres : thème de la résistance, films de commandos, guerre sur le front de l’Est…

Le mode d’emploi est simple : en cliquant sur n’importe quel titre, vous aurez la description de la « famille » à laquelle appartient le film. Les « correspondances », c’est-à-dire les titres appartenant à plusieurs familles, font l’objet d’un développement. Il suffit également de cliquer dessus pour en saisir l’essentiel.

Pour accéder au plan, cliquer ICI.


Quand un modèle d’intégration manque d’intégrité…

23 janvier 2010

Coup de gueule

Azouz Begag, dont le livre Le Gone du Chaâba a inspiré un film plusieurs fois programmé par Mémoire 2000, est aujourd’hui candidat du Modem aux régionales.

C’est dans le contexte de cette campagne qu’il a fait un entretien avec le journal suisse Le Temps (lire ci dessous), dans lequel il a sorti une phrase proprement abjecte :

« Dans 10 ans, on sera entouré de Chinois, alors il faudra que l’on se serre les coudes, les Français, les Arabes et les Africains, afin de protéger notre identité. »

Que l’ancien ministre délégué chargé de la promotion de l’égalité des chances, poste auquel il était particulièrement inefficace (je me rappelle d’un reportage lorsque M. Begag, confronté à des preuves réelles de discrimination raciale patente, a simplement répondu que c’était illégal… donc il n’y avait rien à faire de sa part), un politicien qui a fait carrière sur son statut « d’intégré », sorte ces horreurs les rendent d’autant plus répréhensibles.

Non content de prôner un racisme « anti-chinois », M. Begag semble approuver une distinction entre « Français », « Arabes » et « Africains ». Celle-ci n’a aucun sens lorsqu’il s’agit, comme c’est manifestement l’intention dans les propos de M. Begag, de parler « d’identité française ». Donc les Arabes et Africains français partagent l’identité française, mais ne sont pas français ??? Alors que fait « l’Arabe » Begoug en tant que candidat à une élection française ? S’il estime qu’il appartient à une catégorie autre que française, comment peut-il prétendre à un statut réservé aux Français ?

M. Begag a tenté de se rattraper dans un entretien sur RMC, effort qui n’a fait que l’enfoncer.

Pour ma part, et au niveau de notre association, je m’opposerai à toute exploitation future de l’oeuvre de ce raciste. Et me demander comment il se fait que les associations antiracistes bien implantées n’aient pas cru bon poursuivre M. Begag. C’est sans doute plus facile de s’offusquer du raciste Hortefeux que du raciste Begag. Et pour sa carrière politique, j’espère que cette tentative de séduction des électeurs racistes et xenophobes de la région Rhône-Alpes n’aura pas l’effet voulu pour M. le Ministre…

— Marc Naimark

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Voyage à Izieu : Témoignages divers

7 juillet 2009

Mémoire 2000 a emmené une classe du lycée Condorcet à Izieu et au CHRD de Lyon. Nous avons eu le plaisir de recevoir quelques travaux faits par ces élèves à leur retour, et que nous partageons ici. On continue avec des extraits de textes de différents élèves.

 

[…] La maison était un îlot dans un océan de verdure, entouré de “récifs” montagneux. 65 ans après, rien n’avait changé comme en témoignent les photographies de l’époque. Le jardin nous accueille comme il le fit, plus d’un demi-siècle plus tôt, avec les jeunes enfants d’Izieu.… Pourquoi eux davantage que les autres? Tout simplement parce qu’ils avaient 16 et 17 ans. Nous avons 16 et 17 ans. Ils étaient jeunes, joyeux et insouciants. Nous sommes jeunes, joyeux et insouciants. Ils sont morts et auront toujours 16 et 17 ans. Nous sommes dans le train et nous rentrons chez nous…
Marina F.

 

[…] Visiter des lieux tel que la Maison d’izieu, voir des photos, lire des lettres permet de mettre des visages, des noms sur ces enfants et c’est un moyen de leur rendre hommage… Cela permet également de lutter contre les gens qui nient l’existence des camps … Je n’avais jamais entendu prononcer les noms de Gurs et Rivesaltes. Je ne savais pas qu’avant les accords de Montoire, une politique d’exclusion de la population juive avait été mise en place par le gouvernement de Vichy. Cette expérience a profondément bouleversé ma vision de la France de cette époque…
Esther P.

 

[…] L’introduction de P. J. Biscarat puis la visite du musée m’ont permis d’effectuer un plongeon dans le contexte historique. J’ai pu me rendre compte à quel point la mémoire est indissociable de l’histoire… J’ai été émue de constater le travail effectué par des historiens pour donner un nom et un visage à chacun des enfants qui avaient vécu à Izieu…
Cyntia

 

[…] La visite de cette maison m’a particulièrement touchée : se retrouver dans les mêmes lieux que ces enfants, 65 ans après la rafle d’Izieu qui aura causé la mort de 44 d’entre eux a provoqué chez moi des sentiments forts et une véritable prise de conscience de la réalité. Plus loin que les cours d’histoire, les nombreuses expositions ou livres traitant du sujet, le fait de se rendre sur les lieux permet non seulement de se souvenir, de commémorer un événement terrible, cela rend l’Histoire plus concrète, abordable et la vérité plus poignante…
Laure M.

 

[…] Ma première réaction qui a sûrement été aussi celle de mes compagnons, a été la surprise : c’est donc dans ce lieu enchanteur, dominant le Rhône, offrant pour unique perspective une ouverture infinie sur les champs et le ciel que la liberté de vivre a été brutalement ôtée à 44 enfants et 5 adultes?…J’ai désormais sur ce sujet une opinion qui a pu se fonder, et non plus seulement des connaissances strictement historiques…
Bérangère D.

 

[…] Ce voyage m’a permis d’approfondir mes connaissances sur un sujet complexe que les chiffres dans nos manuels rendent parfois trop abstraites. Un tel voyage nous permet enfin et surtout d’acquérir des armes contre le négationnisme et les idéologies qui s’en inspirent.
Mathieu Z.

 

[…] J’ai marché dans la maison, j’ai essayé d’imaginer la vie des enfants, c’est là que j’ai ressenti le plus d’émotion…Les documents, les films sont faits dans un souci pédagogique, ils viennent éclairer, nous permettre de comprendre les événements. J’ai apprécié la dissociation entre le temps de l’émotion et le temps de l’histoire…
Cécile P.

 

[…]La réalité de ce voyage a été longue à m’apparaître… Je dois cependant reconnaître que l’idée d’un tel voyage est plutôt enthousiasmante. Sortir du cadre scolaire est un moyen efficace pour rendre la transmission des connaissances plus diverse et moins abstraite…
Marie P.


Photos d’Izieu en ligne !

24 juin 2009


Pour voir d’autres photos de notre visite à Izieu, cliquer ici.


Retour sur notre voyage à Izieu et au CHRD

18 juin 2009

Nous mettons en ligne aujourd’hui une page sous notre rubrique « Témoignages » qui réunit les témoignages de certains élèves ayant participé à cette visite à la Maison des enfants d’Izieu, qui s’est prolongée par une visite du Centre d’histoire sur la résistance et la déportation de Lyon. Vous y trouverez également des compte-rendu de nos accompagnatrices.


Voyage à Izieu : Témoignage de Sixtine

12 juin 2009

Le témoignage de Sixtine (Lycée Condorcet, Paris)

 

Voyage à Izieu
5 et 6 mai 2009

J’avoue que j’étais un peu inquiète à l’idée de passer deux jours exclusivement consacrés à l’histoire et à la mémoire des quarante-quatre enfants d’Izieu. En effet, les quelques heures de cours durant lesquelles nous avions travaillé sur la Shoah m’avaient paru plutôt difficiles, et avaient en conséquence un peu atteint mon moral. Disons donc que la veille du départ, je broyais du noir.

Le lendemain matin, j’étais tout de même plus enthousiaste. A croire que j’avais enfoui au cours de la nuit la plupart de mes appréhensions sous beaucoup d’insouciance, et sous la joie enfantine de partir en « voyage scolaire ». Il en a été ainsi tout au long du trajet, et ce jusqu’à la maison d’Izieu elle-même. Le paysage magnifique (et le temps qui ne l’était pas moins) ne m’ont pas aidé à quitter cet état d’esprit. Je me rappelle avoir pensé en descendant du car qu’il n’était pas évident d’imaginer qu’un tel drame avait pu se jouer dans un lieu en apparence si paisible et loin du monde.


C’est ainsi que j’ai été capable de faire des couronnes de pâquerettes pendant le déjeuner et de sautiller dans une prairie en envoyant de l’herbe coupée à la tête de quelques amies qui m’accompagnaient joyeusement… Je ne me suis calmée soudainement que lorsque je me suis vue faire ce à quoi avaient dû s’amuser les enfants d’Izieu, peut-être même jusqu’à la veille de leur arrestation. Pensée dérisoire et fantaisiste, certainement, mais qui a au moins eu le mérite de me rappeler au véritable objectif de notre déplacement.

L’introduction de Pierre-Jérôme Biscarat puis la visite du musée m’ont permis d’effectuer un plongeon dans le contexte historique qui nous concernait. J’ai pu me rendre compte au cours de ce voyage à quelle point la mémoire est indissociable de l’histoire. J’ai aussi eu l’occasion de voir sous un nouvel angle le régime de Vichy, dont je ne percevais pas assez la responsabilité quant à la déportation des Juifs de France. Les films que nous avons vu plus tard allaient également dans ce sens, avec notamment l’extrait du Journal de Rivesaltes. C’est l’un des aspects du voyage qui m’a le plus intéressé. En effet, je n’avais exactement appris cette version des faits en classe de troisième. Ainsi, quoiqu’étant par nature assez confiante, j’ai pu comprendre sur le terrain que l’enseignement de l’histoire, et sans doute l’enseignement en général comporte souvent une part de subjectivité.

En sortant de la grange, j’avais donc un carnet de note bien rempli, mais, plus important encore, j’étais prête pour ce qui allait suivre, c’est-à-dire la visite de la maison. J’ai été assez surprise de n’y voir aucune reconstitution (si ce n’est celle de la salle de classe). Mais finalement, c’était bien mieux comme cela. Il était plus intéressant de lire les lettres écrites par les enfants que de voir les tables d’un réfectoire, et de se trouver face à leurs photographies plutôt qu’aux lits d’un dortoir. J’ai été très émue de constater le travail effectué par des historiens pour donner un visage et un nom à chacun des enfants qui avaient vécu à Izieu. C’était tout d’un coup beaucoup plus parlant que d’entendre dire « Plus de 10% des victimes de la seconde guerre mondiale sont des Juifs, assassinés pendant la Shoah » Je me suis enfin rendue compte que si chacun des enfants passés par Izieu avait sa propre histoire familiale et sa propre trajectoire, alors c’était aussi le cas de chacune des six millions de victimes de l’Holocauste. Ça n’est pas facile d’évoquer ce qu’on peut ressentir dans ce genre de situation, tout voulant éviter de tomber dans le  »pathos », comme on dit. Je dirais simplement que ces considérations m’ont donné le vertige. Comment comprendre que l’homme ait pu pousser la cruauté jusque là ? Comment aurai-je réagi si j’été née en Allemagne dans les années 20 ? Je me suis posée bien d’autres questions qui sont restées sans réponse.

Les extraits du procès Barbie m’ont également interrogé : le coupable avait l’air si peu concerné, et ce même en face de mères éplorées qui lui reprochait la perte de leurs enfants. On y sentait la difficulté de témoigner, même des années après les faits. Comment exprimer la douleur et l’émotion, et comment se fier à la seule mémoire ? En effet, si on écoute le témoignage d’Edith Klebinder, qui a servie d’interprète entre le SS qui « triait » les déportés à la sortie du train et les éducatrices d’Izieu, on se rend compte qu’elle ne savait pas à ce moment-là à qui elle avait affaire ; le juge doit d’ailleurs lui demander plusieurs précisions à ce sujet. Ainsi, pendant ces deux jours, Pierre-Jérôme Biscarat comme notre professeur d’histoire, Alexandre Bande, ont souvent insisté sur le fait que l’histoire se construisaient en croisant les sources : témoignages, archives, images… Je n’avait jamais perçu aussi nettement le travail que pouvait représenter, par exemple, un simple manuel d’histoire.

Quant à mon avis sur le centre de la Résistance et de la Déportation à Lyon, j’avoue qu’il est un peu mitigé. J’ai trouvé la muséographie moins efficace qu’à Izieu. Il nous était présenté un grand nombre de personnages dont le rôle a sans aucun doute été très important. Mais tant de biographie deviennent vite indigestes… Surtout quand il faut s’efforcer de les lire dans la pénombre ! J’ai cependant apprécié certains panneaux plus synthétiques dans leur conception : ceux qui par exemple donnaient le profil socio-culturel des résistants de la première heure ou qui expliquaient leur principales motivations. Pour le reste, il est vrai que la reconstitution n’était pas mal faite, mais je me suis demandée ce qu’elle faisait là, et l’atelier sur les affiches de propagande aurait probablement pu être plus poussé.

J’ai donc été globalement satisfaite de ce voyage, qui s’est révélé très instructif sur bien des plans, tout en soulevant en moi beaucoup de questions, ce qui n’est pas très étonnant, compte tenu de son objet. J’en retiendrai particulièrement l’importance de la mémoire (que j’ai d’ailleurs vécu plus comme une nécessité que comme un devoir) et celle de la transmission de l’histoire. C’est pour ces raisons que je ne peux que remercier ceux qui l’ont organisé ainsi que ceux qui nous ont aidés à partir ou qui nous ont reçus, tout en les encourageant fortement à continuer ce genre d’action envers les jeunes qui viendront après nous.