Voyage à Izieu : témoignage de Lauriane

Le témoignage de Laurianne (Lycée Condorcet, Paris)

 

Le 5 et 6 mai 2009, moi et ma classe de 1ère L sommes allés à la maison d’Izieu et à Lyon dans le cadre de nos cours d’histoire traitant de la seconde guerre mondiale ; ce voyage s’effectuait également dans l’optique d’un devoir de mémoire sur l’extermination des Juifs d’Europe durant cette période de l’histoire.

Nous sommes arrivés à la maison d’Izieu le matin aux alentours de midi ; nous avons entrepris la visite de l’exposition présente dans ce qui était à l’époque la grange dont l’intérieur était très bien conservé malgré les aménagements, les vieilles pierres et les poutres demeuraient très belles. L’exposition retraçait le parcours de certains enfants de la maison d’Izieu à travers les faits historiques de la traque et du sort des Juifs en France à cette époque. Très intéressante, les documents étaient de qualité et j’ai même été étonnée que les recherches aient été poussées jusqu’à retrouver le billet de Klaus Barbie à propos de cette maison qui abritait des enfants juifs.

Dans la deuxième partie de l’après-midi, nous avons visité la maison dans laquelle habitaient tous les enfants lorsque la rafle a eu lieu. La visite était libre, nous pouvions commencer par la pièce que nous voulions, ce qui permettait pouvoir réaliser et prendre conscience seul sans avoir le poids souvent désintéressant de devoir suivre et se concentrer sur un programme prévu pour un groupe scolaire.

J’ai trouvé cette visite enrichissante et nécessaire ; en effet, je suis d’abord allée dans l’ancienne cantine où étaient disposées des lettres de tout genre de chaque enfant. Le genre de lettre intemporelle que n’importe quel gamin de ces âges-là aurait pu écrire aujourd’hui, avec les mêmes fautes, les mêmes petits dessins colorés, les mêmes espoirs de vivre et de vivre toujours. J’ai parcouru tout le rez-de-chaussée et une salle m’a particulière émue : celle où il y avait, sur une petite table de bois, tous les témoignages de chaque personne étant passée par ce lieu à cette époque qui ont pu être là pour laisser des mots sur leur vécu et sur ceux des disparus. Il y avait également une bande sonore par laquelle nous pouvions écouter ces témoignages ; j’ai trouvé cette salle très habile pour provoquer l’émotion : loin de faire pleurer dans les chaumières, elle rappelle que derrière les nombres, les noms, les papiers et tout ce qui est impalpable à nos yeux d’enfants du XXIe siècle se trouvaient des vies humaines avec tout ce que cela implique, c’est-à-dire des liens, des projets, des rêves, des voix. La visite était très intéressante, mais j’ai regretté le fait qu’il ne restait pas plus de meubles d’époque, ce qui aurait rendu la maison encore plus incarnée par une vie disparue.

A l’issue de cette visite, l’intervenant qui était avec nous nous a invités à prendre place dans la salle de classe dans laquelle il y avait encore la carte de géographie et deux pupitres d’époque. Il nous a expliqué et nous a aidé à approfondir ce qu’était l’antisémitisme allemand et français durant la seconde guerre mondiale, les principales lois, les principaux acteurs de cette sinistre période historique ; j’ai trouvé cette mise au clair intéressante car j’ai toujours pensé que l’antisémitisme français avait été déclenché par une impulsion allemande. On m’a toujours appris que la France était la patrie de la résistance qui avait du se plier sous les forces allemands mais n’imaginait pas un instant l’existence de « camps d’internements ».

Suite à cette heure qui m’a parue très utile, nous sommes allés regarder un extrait du procès de Klaus Barbie en 1987, qui était très émouvant. En effet, au-delà d’un procès classique, on a pu assister là au procès responsable de milliers de personnes, conséquence d’une idéologie révoltante. Ce moment de la journée était très fort en émotions : on a pu assister à des pleurs de mères, de pères, de gens qui étaient proches des enfants, qui les avaient vus, qui les aidait à grandir malgré la guerre. J’ai trouvé que de finir là-dessus était une très bonne manière de nous faire réaliser.

Le lendemain, le matin du 6 juin, nous sommes retournées à la maison d’Izieu afin d’approfondir la notion de camps d’internements, de traques et de rafles en France sous le régime de Vichy. C’était intéressant parce qu’illustré et concret, ce qui ne donnait pas l’impression d’assister à un cours classique et d’être bien plus proche d’une réalité.

L’après-midi, nous sommes allés à Lyon visiter le Centre National de la Déportation. Ce musée était bien fait, la disposition des archives, des documents et des représentations picturales était réfléchie et bien choisie, de manière à ce que le visiteur comprenne les subtilités et la gravité de la situation à l’époque. Le travail sur les affiches de propagande que nous avons effectué en groupe était également intéressant car on a pu remarquer que la mise en place de ce genre de régime ne peut se détacher d’une esthétique et d’un art de la désinformation qui lui est propre, en utilisant tous les outils dont il peut disposer.

Ce voyage m’a donc permis de concrétiser cette partie de l’histoire qui me paraissait alors lointaine malgré le témoignage de mes grands-parents ; j’ai pu enfin donner un sens aux paradoxes qui se posaient suite à des cours que j’avais eus au collège et surtout cela m’a assez marqué pour que j’en reconnaisse l’influence dans le quotidien et dans l’histoire de certaines populations ; comprendre cette période c’est à la fois éviter qu’un tel phénomène ne se reproduise mais aussi comprendre le monde qui m’entoure, avec ses conflits et ses accords.

 

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One Response to Voyage à Izieu : témoignage de Lauriane

  1. […] […] J’ai pu enfin donner un sens aux paradoxes qui se posaient suite à des cours que j’avais eus au collège et surtout cela m’a assez marquée pour que je reconnaisse l’influence de cet événement dans le quotidien et dans l’histoire de certaines populations. Comprendre cette période c’est à la fois éviter qu’un tel phénomène ne se reproduise mais aussi comprendre le monde qui m’entoure… – Lauriane Stissi […]

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