Journal d’octobre 2010 : Lettre à la jeunesse, lettre à la France d’Emile Zola

13 octobre 2010

 

Lettre à la jeunesse, lettre à la France

 

C’est toujours intéressant de relire ses classiques. Ces deux conférences rééditées il y a dix ans chez Stock sont absolument prémonitoires.

Ecrites au moment de l’affaire Dreyfus, Zola pressentait tout ce qui allait se passer au XXème siècle. Il stigmatisait les errements de la justice, la raison d’Etat, les discours de haine. “Des jeunes gens antisémites, ça existe donc cela? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés? Quelle tristesse, quelle inquiétude pour le 20èmesiècle qui va s’ouvrir!”

A méditer aussi pour le XXIème siècle…

Daniel Rachline.


Les rendez-vous de Ciné Histoire

13 octobre 2010

L’association Ciné Histoire, présidée par notre amie Nicole Dorra poursuit cette année encore ses rendez-vous au cinéma La Pagode, avec la projection de films suivis de débats, tous les premiers samedis de chaque mois à 10h30.

Voici le programme de la saison 2010/2011 :

– 2 octobre (10h) : Laisser passer  de Bertrand Tavernier.

– 6 novembre : Section spéciale de Costa Gavras.

– 4 décembre : Le temps de la désobéissance de Patrick Volton.

– 8 janvier : Sétif un certain 8 mai 1945 de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois.

– 5 février : Lumumba de Raoul Peck.

– 13 mars : Mon colonel  de Costa Gavras.

– 2 avril : Le génocide arménien de Laurence Jourdan.

– 7 mai : Autopsie d’un mensonge de J. Tarnéro et B. Cohn.

– 11 juin : Kigali  de J.C. Klotz.

 

Prix des places : 6 €


Notre journal de juillet 2010: « I have a dream »

30 août 2010

En 2011 nous aurons 20 ans et j’en aurai 70. Je n’aurais jamais cru que nous y parviendrions. En 1991 nous prétendions nous adresser à ceux qui auraient 20 ans en l’an 2000, en leur promettant que nous allions faire en sorte que cela change, que le respect des droits humains s’imposerait d’ici là, pour peu que l’on s’en occupe et qu’on le veuille.

Nous avons donné naissance en même temps à une association tournée vers l’avenir et ancrée dans la mémoire, à un formidable espoir en l’humanité, fiers de nous tourner vers cette nouvelle génération affranchie des préjugés, des intolérances et des hypocrisies qui s’étaient perpétuées après les années de plomb et l’horreur des crimes contre l’humanité érigés en dogme par le régime nazi du III° Reich. Nous avons renoncé à donner des leçons à l’humanité, préoccupés seulement de défendre l’humanité.

Nous avons résolument choisi d’agir par l’image et par la parole auprès de cette génération-là pour lui montrer que la conquête universelle des droits de l’homme impliquait un combat incessant de tous, qui devait se transmettre entre les générations.

Maintenant que nous sommes devenus majeurs, il nous faut tout recommencer comme si l’humanité ne faisait que régresser et imposer partout l’intolérance, l’exclusion et la discrimination.

Les nouvelles que nous révèlent les sondages nous font craindre une remontée de cette intolérance et une avancée des idées et des propos racistes qui ont libéré la parole du même nom. Le fait qu’on le dise et qu’on le publie est sans doute la seule consolation qu’on puisse en éprouver, mais pas qu’on s’y résigne.

Aujourd’hui je m’aperçois que je n’aurai vécu que de rêves et d’espoirs. Certains se sont réalisés, d’autres demeurent dans leur état d’origine. Oui j’ai rêvé que le respect de la dignité de la personne humaine impose aux Etats et aux organisations internationales d’adopter des lois et des résolutions qui garantissent à chacun le droit de s’en prévaloir au même titre que la Constitution.

Oui, j’ai rêvé tout haut qu’au nom de cette dignité qui appartient à tous les humains sans distinction d’aucune sorte ni discrimination, chacun puisse défendre la mémoire des siens qui fait partie de son identité et que la négation des crimes contre l’humanité et des génocides soit réprimée et poursuivie partout sans exclusion, ni privilège.

Oui, je continue de rêver qu’au nom de ce principe universel de dignité et du principe constitutionnel d’égalité, chaque citoyen puisse accéder à cette élémentaire protection sans être suspecté d’imposer son histoire ou de porter atteinte à la liberté d’expression ou à la recherche historique, dès lors que sa mémoire aura été, au cours du siècle passé, affectée par un génocide reconnu par les instances internationales.

Oui, j’ai rêvé que l’appel des Arméniens, des Tutsis et des Bosniaques dont les parents ou les grands parents ont été au cours du siècle victimes de génocides selon la définition qu’en donne la Convention internationale de 1948 sur la répression et la prévention des crimes de génocide soit entendu des pouvoirs publics appelés à parfaire l’œuvre entreprise en 1990 avec la loi Gayssot.

Oui, j’ai rêvé que cette loi du 13 juillet 1990, qui réprime le négationnisme de la Shoah soit étendue à tous les autres génocides reconnus, maintenant qu’elle a été épargnée par le Parlement et par la Cour de cassation qui a mis un coup d’arrêt au vote des lois mémorielles et compassionnelles, qui vient de reconnaître qu’il n’était pas permis au nom de la liberté d’expression d’en contester la constitutionnalité. J’ai même imaginé que la Haute autorité de lutte contre la discrimination et pour l’égalité comme le défenseur des droits que le Sénat vient d’instaurer invite solennellement les députés et les sénateurs à franchir ce pas, sans pour autant banaliser ou méconnaître la spécificité de la Shoah.

Qu’il n’y ait pas besoin des Arméniens, des Yougoslaves ni des Tutsis pour la demander, mais qu’il suffise de se revendiquer de l’humaine condition et de l’égalité des droits entre tous ceux qui y participent pour y parvenir.

En attendant et au réveil je voudrais bien que ce soit à Mémoire 2000 que revienne l’honneur de mener cette lutte et de la faire aboutir. L’association que nous formons et que nous faisons vivre y retrouverait sa raison d’être et ses origines, ses adhérents et ses militants, ses promesses et ses espoirs. Nul ne pourrait nous reprocher de nous occuper trop des uns et pas assez des autres puisque c’est de la dignité de la personne humaine que nous nous occuperions.

Bernard Jouanneau


Notre Journal de juillet 2010: notre séance-débat du film « Le plafond de verre »

30 août 2010

Le plafond de verre de Yamina Benguigui

Film de Yamina Benguigui

Séance du 13 Avril 2010

Thème : travail et discrimination

Débatteur : Guy Zerhat

“Pourquoi ce titre”? fut la première question posée par une élève. Guy Zerhat rappelle alors que c’est une expression américaine qui désigne le fait que, dans une structure hiérarchisée, les niveaux supérieurs ne sont pas accessibles à une certaine catégorie de personnes en raison de leurs particularités ethniques ou de sexe (les noirs par exemple, les femmes etc.).

Voilà, le ton était donné, les élèves présents étaient très réactifs face à ce film. Un documentaire fondamental qui rappelle que les enfants et petits enfants issus de l’immigration, ont pu, grâce à l’école publique, accéder à la connaissance, acquérir des diplômes de haut niveau, mais ne peuvent prétendre aux carrières professionnelles auxquelles ils sont formés.

Les Français ne se reconnaissent toujours pas dans une société pluriethnique. Le plafond de verre pèse sur la tête des candidats dont les patronymes n’ont pas une consonance “gauloise” ou à cause d’une couleur de peau.

Beaucoup d’interrogations chez ces élèves de 4ème.

— Qu’est-ce qu’un cadre? Demande Malo, pourquoi n’y a-t-il que des Africains?

—Le problème me semble-t-il, est le même pour les Asiatiques, les Pakistanais etc., interroge le petit Jaoued?

C’est vrai que Yasmina Benguigui a choisi de ne traiter que les personnes issues des anciennes colonies françaises africaines, mais on peut transposer.

—Peut-on porter plainte? En effet, en France une minorité de racistes est toujours présente, aux aguets, mais nous avons un certain nombre de structures qui ont été mises en place pour permettre aux personnes victimes de discriminations de se défendre.

A l’intérieur de l’entreprise : des délégués de personnel, des syndicats. A l’extérieur : des associations de lutte contre les discriminations au travail, la charte de la diversité et surtout la HALDE, qu’on peut saisir à tout moment pour dénoncer de telles pratiques.

—Comment persuader les racistes de ne plus l’être? On sent le désarroi de cet enfant qui a envie de lutter contre ce fléau qu’il doit rencontrer à l’école ou ailleurs.

Puis une sorte de questions-réponses s’instaure entre les élèves :

—Pourquoi la discrimination entre hommes et femmes est-elle toujours d’actualité? On entend encore des très jeunes vivant en France tenir des propos sexistes.

—La culture maghrébine favorise encore la domination masculine par rapport à la femme, comment faire changer ces hommes subitement lorsqu’ils mettent les pieds en France pour la 1ère fois?

—Se peut-il qu’il y ait des “pères au foyer“?

—Le racisme est aussi la haine de l’autre, sans raison apparente, qui débouche toujours sur la violence.

En fait, tous ces enfants se posent vraiment la question de savoir, comment à notre époque, on peut encore parler de racisme et pourquoi? Ils semblent tous convaincus qu’un enrichissement naît de nos différences.

Et enfin, une jeune fille se lève et prend la parole dans un silence religieux : Les jeunes d’aujourd’hui seront les adultes de demain et c’est à nous de faire tomber les barrières du racisme !

Et on a envie d’y croire, rien ne sera plus comme avant, la jeunesse est en marche !

Joëlle Saunière



Notre Journal de juillet 2010: séance débat du film « Autopsie d’un mensonge »

30 août 2010

Autopsie d'un mensonge de Jacques Tarnéro

Documentaire de Jacques Tarnéro et Bernard Cohn.

Séance du 18 mai 2010

Thème : le négationnisme

Débatteur : Bernard Jouanneau

Il fallait que Mémoire 2000 passe ce film et montre à des jeunes ce qu’est le négationnisme, ses ravages et hélas sa permanence.

De nombreux historiens, journalistes et bien entendu notre président Bernard Jouanneau qui ce matin là va animer le débat, ont participé à cet intéressant documentaire de Jacques Tarnéro.

Le film va démontrer que le négationnisme est une idéologie, basée sur le déni de faits avérés, dénonçant l’assassinat de millions de juifs, et de tziganes, en niant notamment l’existence des chambres à gaz. Un film ardu peut-être mais qui a été projeté devant une centaine d’élèves de 1ère et de 3ème très attentifs.

Dès la première question, on est dans le vif du sujet : “Quelle est la différence entre le négationnisme et le révisionnisme?”

Ceci donne à notre débatteur l’occasion de bien définir ce que recouvrent ces deux termes et de montrer qu’à l’inverse du premier qui est un véritable mensonge, le second terme concerne une démarche critique d’historiens. Mais il n’en reste pas à ces définitions, il aborde d’emblée un de ses sujets favoris : que tout génocide porte en soi la démarche négationniste et que ce danger a continué d’exister bien après le nazisme. Une phrase résume son propos “ le génocide est une négation de l’autre parce qu’il est l’autre”…

Le débat se poursuit et s’approfondit grâce à un élève qui lui pose une bonne question “qu’est-ce qui a pu pousser des gens à être des négationnistes ?” Bien sûr l’antisémitisme est la base permanente de leur politique, mais il y a aussi l’utilisation des médias qui ont donné audience à ces idéologues, comme les interviews de Faurisson à Europe 1 (on voit dans le film Ivan Levaï s’en repentir amèrement…) ou dans le journal Le Monde. Et aujourd’hui Internet a pris le relais et les sites négationnistes se multiplient et sont difficilement contrôlables.

“Est-ce que les négationnistes ont apporté des preuves de ce qu’ils avancent ?” demande un élève. Un autre élève lui répond par la négative. B. Jouanneau cite les propos d’Eichmann lors de son procès, la découverte de factures de la fabrication des portes des chambres à gaz avec les “œilletons”, des boîtes de zyklon B, des plans des camps d’extermination, résultats des décisions prises lors de la conférence de Wannsee en janvier 1942 sur la solution finale.

Mais la bête est toujours là dit en conclusion le Président de Mémoire 2000 dont on connaît les succès dans la dénonciation des dires des négationnistes et dans la condamnation de certains d’entre eux.

Il interpelle les jeunes : “Soyez vigilants, veillez à lutter contre toute idée fausse, et engagez-vous ! Faites le au nom de notre dénominateur commun : l’humanité”.

Belle conclusion n’est-ce pas, pour notre dernière séance de l’année ? Aussi donnons-nous rendez-vous aux fidèles enseignants qui ont permis à 1500 élèves depuis octobre dernier de voir des films traitant autant de la mémoire que de la réalité d’aujourd’hui, et de participer à des débats toujours très animés et espérons le, instructifs !

Un grand merci à tous et à l’année scolaire prochaine !

Claudine Hanau


Notre Journal de juillet 2010: Commentaires

30 août 2010

I. Le général Bigeard vient de mourir.

Pluie d’éloges, biographie exemplaire, officier français le plus décoré, héros de Dien Bien Phu (une défaite), héros avec Massu de la bataille d’Alger… Oui mais défenseur de l’utilisation de la torture en particulier lors de la bataille d’Alger. Méthode qu’il n’a jamais reniée, ni regrettée. Dans une démocratie qui se respecte et que l’on respecte, il y a des limites à ne pas franchir — la torture en était une.

II. Crime contre l’humanité, crime de guerre, bain de sang, 11 septembre, barbarie, carnage, massacre… et j’en passe. Autant de termes employés par presque tous les commentateurs à propos de l’attaque de la flottille dite “humanitaire”. Disproportionnée, cette attaque, a dit Nicolas Sarkozy. Il se trompe de camp, c’est le mot démesure qu’on doit utiliser pour tous ces termes improprement employés.

III. Rappel à l’ordre pour ne pas oublier

Un livre : Paroles de l’ombre, lettres et carnets des Français sous l’occupation (1939-1945). Editions les Arènes.

Documents, cartes d’alimentation, cartes d’identités avec le tampon “Juif”, lettres, photos, lettres de dénonciations, misères de la vie de tous les jours, compromissions, héroïsmes, radio … tout y passe.  Passionnant et terrible pour ceux qui ne veulent ni oublier, ni croire ceux qui nous disent encore aujourd’hui : on n’avait pas le choix.

Si, on a toujours le choix.

Et puis, pour couronner le tout, un extrait d’un article d’Hitler publié par un journaliste appelé Joseph Hell dans le journal allemand Der Gerade Weg, en 1922 : “Lorsque je serai réellement au pouvoir, ma toute première tâche consistera à annihiler les juifs… Je ferai construire autant de rangés de potences, puis les juifs seront pendus… Et ainsi de suite jusqu’à ce que le dernier juif ait été exterminé…”

On ne peut pas dire que personne ne savait.

IV. Pour ne pas être en reste : la coupe du monde de football…

L’attitude inqualifiable des joueurs dévoile et illustre clairement de ce qu’est devenue notre société : incivile, irrespectueuse, grossière, inculte, sans honneur… avec l’argent comme valeur cardinale.

Tout le contraire de ce que le sport doit représenter pour la jeunesse : une école de morale, de courage, de justice et de probité…

Daniel Rachline


Notre Journal de juillet 2010: La montée du nationalisme et de l’extrémisme en Hongrie menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale

30 août 2010

Défilé du parti Jobbik en Hongrie, 2010 La droite nationaliste hongroise a gagné les élections de mai 2010 et l’arithmétique électorale révèle une inquiétante montée de l’extrême droite. Le parti Jobbik, raciste, antisémite et souhaitant la restauration de la grande Hongrie, a recueilli 16.70% des votes. Le parti de droite Fidesz a recueilli 53% des voix et le tiers de son électorat est idéologiquement proche du parti Jobbik. Ces résultats sont très inquiétants dans un pays qui compte une communauté juive de près de 100 000 personnes et une communauté Rom de près de 800 000 personnes.

Une politique dangereuse et revancharde

Au moins aussi inquiétante est la surenchère nationaliste entre la droite et l’extrême droite qui menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale. Le parlement a voté en mai dernier à la quasi-unanimité une loi accordant la nationalité hongroise aux trois millions et demi d’habitants d’origine magyare qui vivent dans les pays voisins depuis le traité de Trianon du 4 juin 1920. Ce traité priva le pays des deux tiers de son territoire et de la moitié de sa population. A Budapest, il s’agit officiellement d’effacer “la honte du Traité de Trianon” et de proposer une “compensation morale symbolique” aux Hongrois d’origine qui ont été coupés de leur famille et de leur patrie.

Si la Roumanie, la Serbie et la Croatie n’ont guère réagi, la Slovaquie qui compte près 10% de sa population d’origine hongroise, a condamné cette loi et menacé ses ressortissants d’être déchus de leur nationalité s’ils optaient pour la nationalité hongroise. Fort heureusement, les 550 000 Slovaques d’origine hongroise ont très majoritairement confirmé leur attachement à la Slovaquie, moins de 5% souhaitant changer de nationalité, et les Slovaques dans leur ensemble n’ont pas cédé à la provocation puisqu’une coalition démocrate et centriste a gagné les élections législatives du 12 juin dernier et que l’extrême droite slovaque a recueilli moins de 5% des voix.

Mais la récente décision du gouvernement hongrois de faire du 4 juin une journée officielle de commémoration de l’éclatement de la grande Hongrie devrait empoisonner les relations avec les Slovaques dans les années à venir.

Le parti Jobbik et sa vision messianique de la Hongrie

Autre dérive délétère, celle du parti Jobbik qui s’enfonce dans un extrémisme religieux ouvertement hostile aux juifs hongrois. Avant leur entrée au Parlement, ses élus ont ostensiblement prié dans le temple calviniste dit du retour au pays dont le pasteur, Lorant Hegedüs, a défrayé la chronique en déclarant en 2002 “nous devons parquer les juifs à part parce que sinon, ils prendront notre place”. Il fut heureusement condamné à la prison avec sursis pour ses déclarations, ce qui ne l’a pas empêché d’accueillir le négationniste britannique David Irving et de lui apporter son soutien implicite.

Un risque de déstabilisation économique et social

Et la situation pourrait se dégrader encore, tant les dynamiques économiques et sociales sont négatives en Hongrie. Les partis du centre et de la gauche sont discrédités par leur mauvaise gestion économique et la corruption endémique qui sévit dans le pays. Quant au nouveau premier ministre Viktor Orban, un leader démagogue et populiste, il a été élu sur des promesses électorales irréalistes.

La Hongrie traverse une très grave crise économique depuis 2006. Malgré une importante aide financière du FMI et de l’Union Européenne, la récession n’est pas endiguée et la récente dévaluation du Forint a rendu la situation financière quasi intenable. Le pays risque un défaut de paiement et de nombreux Hongrois sont incapables de rembourser les emprunts qu’ils ont contractés en euro. Viktor Orban sera contraint de prendre des mesures d’austérité très douloureuses. Les déceptions à venir risquent de faire le jeu du parti Jobbik, et d’aggraver la situation pour les communautés juive et rom, déjà accusées d’être responsables de la crise.

Le silence assourdissant de l’U.E

Quid de l’Union Européenne dont la Hongrie est membre depuis 2004? La Commission réagit pour le moment par un silence assourdissant… Le ministre hongrois des affaires étrangères veut faire de la diversité culturelle et linguistique en Europe un axe de la présidence hongroise de l’UE en janvier 2011.

A l’heure où les mouvements extrémistes et régionalistes progressent, espérons que l’Union Européenne saura réaffirmer ses valeurs démocratiques — en particulier le respect du droit des minorités — et rappeler que le projet européen s’est construit sur les ruines d’une Europe qui avait succombé aux sirènes mortifères du nationalisme et de la haine de l’autre.

Rose Lallier


Notre Journal de juillet 2010: témoignage de Matthieu Basselier de sa visite du Mont Valérien avec Mémoire 2000

30 août 2010

Mont-Valérien

Le mardi 6 avril, la 3èmeA s’est rendue au Mont Valérien, pas très loin de Paris, où ont été fusillés les Résistants pendant la seconde Guerre Mondiale. Le Mont Valérien est devenu, le 18 juin 1960, le mémorial de la Résistance, mais ce projet avait était envisagé par le Général de Gaulle 15 ans auparavant, en 1945, à la fin de la guerre.

Lorsque nous sommes arrivés, nous avons “atterri” sur une grande esplanade bleu-blanc-rouge avec une allée en forme de croix au bout de laquelle se dresse une grande croix de Lorraine (le symbole du général de Gaulle et des Résistants) devant laquelle se trouve, normalement, la flamme de la Résistance, qu’on allume pour les cérémonies mais qui reste éteinte le reste du temps pour éviter les actes de vandalisme. De part et d’autre de cette croix, il y avait 16 sculptures carrées (8 à droite, 8 à gauche) exposées sur 100m de long qui représentent des grands faits, différentes formes de Résistance ou des batailles importantes de la guerre.

Après que la guide nous eut expliqué la signification de chacune (elles sont souvent difficiles à comprendre car ce sont beaucoup d’allégorie et de symboles), nous avons pénétré dans la crypte du mémorial, située juste derrière la croix de Lorraine. On y voit notamment 16 tombeaux de Résistants décorés de l’Ordre de la Libération, dont les corps ont été donnés par leurs familles à l’inauguration du mémorial en 1960. Un des caveaux reste vide pour le moment car il est destiné à recevoir le corps du dernier membre de l’Ordre de la Libération qui mourra (c’est un ordre qui fut décerné à quelques Résistants et quelques villes par le général de Gaulle qui l’avait créé pour honorer de grands services rendus pour libérer la France). Il fait plutôt sombre dans cette crypte et l’ambiance, assez grave, est tournée vers le recueillement.

Suite à la visite du monument lui-même, nous avons suivi le chemin qu’empruntaient les Résistants pour être fusillés : “chemin du souvenir”. Nous avons vu, en premier, la chapelle ou ils attendaient quelques temps avant d’être conduits aux poteaux d’exécution dont nous avons vus quelques “exemplaires” dans la chapelle. Par ailleurs, cette chapelle, peu grande, avait accueilli jusqu’à plus de 100 prisonniers lors de la plus importante exécution ! Et un lors de la plus petite….

En face de la chapelle se trouve une sculpture en forme de cloche, de plus de 2 mètres de haut, où sont gravés en lettres d’or les noms des Résistants et des otages fusillés ici, classés par année de mort. Il y a des centaines de noms, mais beaucoup plus de résistants et d’otages furent tués ici, cependant on n’a pas retrouvé leur identité sur les registres allemands dont une bonne partie a été détruite à la fin de la guerre.

Enfin, nous sommes arrivés dans une petite clairière retirée et assez calme : la “clairière des fusillés”. C’est ici qu’otages et Résistants étaient abattus, parfois à cinq ou six d’un seul coup. Les corps étaient ensuite transférés dans des caisses en bois (dont nous avons vu quelques “exemplaires” dans la chapelle) pour pouvoir être chargés en masse dans des camions qui paraissaient transporter de simples marchandises lorsqu’ils quittaient le Mont Valérien pour acheminer les corps dans des fosses ou ceux-ci étaient enterrés. Une des élèves de notre classe a lu une lettre d’un Résistant qu’on allait fusiller, à ses parents : c’était assez émouvant et fort car il ne s’effondrait pas devant la mort ; au contraire, il était heureux d’avoir servi son pays et avait de l’espoir dans le sauvetage de celui-ci. Au terme de cette lettre, nous avons fait marche arrière et quitté le Mont Valérien.

Je trouve que c’est un lieu troublant car c’est incroyable que dans un lieu si paisible, au milieu de la campagne — et pourtant si proche de Paris — il y ait eu tant de crimes. Heureusement, le mémorial permet de rendre un bel hommage aux Résistants car à la fois le “chemin du souvenir” aide à se recueillir dans le calme de la nature et le mémorial en lui-même (la crypte, la croix, les sculptures, la flamme) célèbre avec monumentalisme les actes d’héroïsme perpétrés pendant la seconde guerre mondiale qui ont permis la Libération de notre pays.

Matthieu Basselier

Elève de 3ème A du Collège Pierre de Ronsard (Paris)


Notre Journal de juillet 2010: Visite du Mont Valérien le 6 avril 2010

30 août 2010

Exécution de résistants français au Mont-Valérien le 21 février 1944

Sous un beau soleil printanier, les 40 élèves des collèges Pierre de Ronsard et Alexandre Dumas, gravissent avec leurs professeurs et deux accompagnants de Mémoire 2000, la colline “mémorial” du Mont Valérien.

Depuis la crypte impressionnante, au fur et à mesure de la montée, ponctuée par les commentaires de notre guide, l’émotion grandit.

Tout d’abord dans la chapelle où les condamnés passaient leur dernière nuit et où l’on voit encore des poteaux criblés de balles et quelques pauvres cercueils de bois, puis devant la sculpture en forme de cloche où sont gravés les noms de plus de mille résistants, dont ceux de Manouchian et de ses compagnons des MOI, et surtout lorsque l’on découvre la clairière, lieu de leur exécution.

Notre guide montre quelques photos où l’on voit les corps des fusillés encore attachés au poteau…

Comme on peut l’imaginer, c’est dans un grand silence qu’a eu lieu la descente de la colline.

Claudine Hanau


Notre Journal de juillet 2010: lettre des élèves de l’école Henri Hatrel sur leur voyage à Izieu

30 août 2010

Chers lecteurs,

Nous sommes des élèves de CM2 de l’école Henri Hatrel à Deuil la Barre. Cette année avec notre maîtresse, Mme Di Biase Séverine, nous avons travaillé sur un album de jeunesse qui s’intitule: “Ita-Rose”.

Cet album raconte l’histoire tragique d’une famille juive pendant la seconde guerre mondiale. Après avoir terminé la lecture de cette album, la maîtresse nous a dit que 2 des enfants d’Ita-Rose étaient encore en vie et qu’elle les connaissait.

Alors nous avons écrit à Alexandre Halaunbrenner pour qu’il vienne témoigner dans notre classe.

En parallèle, nous sommes allés visiter le camp d’internement de Drancy où les deux petites soeurs d’Alex ont été internées après avoir été raflées à Izieu par la gestapo de Lyon.

Notre rencontre avec Alexandre fut très émouvante et magique!!! Ce jour là, la maîtresse nous a appris qu’elle avait organisé pour la fin de l’année notre voyage à Izieu afin que nous puissions découvrir, en vrai, l’endroit où les enfants d’Izieu avaient vécu.

Le 20 et le 21 mai nous sommes donc partis pour Lyon où un car nous attendait pour aller à Izieu. Cette journée fut très intéressante! La visite de la maison nous a permis de nous confronter à la réalité et surtout de partager pour un court instant, la vie que ces enfants ont eue! Voir d’aussi beaux paysages rend encore plus dur d’imaginer qu’un tel drame ait pu s’y dérouler! Tout nous a plu, les projections, les dessins et les lettres des enfants, les photos, les panneaux explicatifs et la nature qui nous entourait!

Nous sommes revenus en classe avec des images plein la tête et surtout une énorme envie d’en savoir plus sur l’histoire des enfants d’Izieu et sur la seconde guerre en général.

Depuis notre retour nous lisons tout ce que nous trouvons sur le sujet et nous allons faire un journal de classe avec une expo photos pour expliquer tout notre travail! Nous profitons de ces quelques lignes pour remercier de tout notre coeur Mémoire 2000 sans qui nous n’aurions jamais pu partir. Et nous adressons aussi un petit coucou à notre ami Maxime avec qui nous nous sommes perdus en forêt lors de notre retour de la maison d’Izieu!!!


Notre Journal de juillet 2010 : Pour la mémoire et l’histoire, notre voyage à Izieu du 20 Mai 2010…

30 août 2010

Comme à l’habitude, la préparation de la visite des 23 élèves de CM2 du collège de Deuil-la-Barre a été très sérieusement assurée par Séverine Simon, l’institutrice, bien connue de Mémoire 2000.

Préalablement, pour sensibiliser les élèves à la Shoah, elle a organisé une visite à Drancy en compagnie du grand témoin Alexandre Halaunbrenner dont les deux petites soeurs, Mina 3 ans et Claudine 9 ans, figurent parmi les 44 victimes enfants du 6 avril 1944 et leurs sept éducateurs, arrêtés et déportés sur ordre de Klaus Barbie.

Alexandre bien que participant au voyage, a dû renoncer à dialoguer avec les élèves à la Maison d’Izieu, car trop fatigué par les épreuves subies pendant la guerre: internement à 15 ans au camp de Rivesaltes avec les réfugiés républicains espagnols, et puis au camp de Gurs. Au bout de plusieurs mois la famille est libérée puis 1944, son père est fusillé et son frère déporté. Il prend en charge sa mère Ita-Rosa et la petite dernière et vivent sous un faux nom jusqu’à la Libération…

Cependant, grâce à Alexandre, les élèves ont été particulièrement sensibles à la première partie de la visite, sur le rôle de Klaus Barbie et la part prise par Ita-Rosa pour le jugement dans des extraits du film du procès. En effet en plus du témoignage émouvant de Ita-Rosa, il est rappelé son rôle essentiel avec Beate Klarsfeld pour aller, à 68 ans en Bolivie faire capituler le gouvernement bolivien pour l’extradition de Barbie et permettre ainsi la tenue du procès et la condamnation pour crime contre l’Humanité. Horrifiés par l’attitude de Barbie refusant toute responsabilité dans la tragédie, plusieurs élèves ont posé la question de la réalité de sa mort en prison.

Le second film projeté, insistait sur le caractère raciste de l’extermination des juifs considérés par les nazis comme des sous-hommes, et dont il fallait interdire la reproduction en tuant les enfants pour préserver la pureté de la race aryenne.

Le troisième film démontrait bien la stupidité et l’horreur de pareille théorie par des images d’archives de la vie paisible des juifs polonais avant les massives mesures d’élimination dès le contrôle de la Pologne par les nazis en septembre 1930.

Le film fait également ressortir le peu d’empressement des autres pays occidentaux à accorder des visas aux juifs fuyant les persécutions avec toutefois l’attitude plus ouverte de la France avant la défaite de 1940 et les premières lois antijuives du gouvernement de Vichy.

Malgré tout en zone libre, profitant d’une certaine tolérance des autorités de Vichy et également du contrôle italien, sous l’impulsion de sa fondatrice Sabine Zlatin et de son mari, a été créée la Maison d’Izieu, petit village à 90 kms de Lyon. La maison a donc été légalement reconnue et abrita plus de 150 enfants juifs. L’enseignement et les conditions matérielles ont été relativement convenables comme en témoignent les lettres aux parents écrites par les enfants peu de temps avant le funeste 6 avril 1944.

Le retentissement du procès Barbie a permis à Sabine Zlatin de convaincre les autorités françaises de la nécessité d’un Mémorial sur les lieux mêmes pour qu’à jamais le souvenir de ce crime contre l’Humanité soit perpétué pour les générations futures et notamment les jeunes: d’où déjà la troisième participation de Mémoire 2000 au voyages d’Izieu.

Les élèves, très émus par la projection des films se sont presque “battus” pour avoir l’honneur de lire les plaques sur la façade extérieure de la Maison. La première dédiée aux fondateurs de la Maison, Sabine et Miron Zlatin, la seconde à l’inauguration par le président François Mitterrand en 1994 et la troisième, la plus émouvante, reprenant par liste alphabétique et par âge des 44 enfants et sept adultes victimes du 6 avril 1944.

Après ce moment d’intense émotion, les différentes pièces font revivre les activités de la Maison grâce à la photo des participants : élèves et leurs pupitres avec cartes de géographie accrochées aux murs et, en dépit du peu d’ameublement, les élèves ont bien apprécié tous les aspects de la vie de la maison.

Ainsi les pensionnaires et l’équipe d’éducateurs restent malgré tout, à jamais vivants et gravés dans la mémoire des visiteurs toujours plus nombreux de la Maison d’Izieu.

Maxime Perrault


Notre Journal de juillet 2010: Burqa, la face cachée

30 août 2010

Encore la burqa ! direz-vous. Et bien oui. Et même s’il y a en France de nombreux problèmes importants et urgents à résoudre, la “burqa” ou plus exactement le “niqab” en est un et pas des moindres. Alors pourquoi serions-nous les seuls à ne pas en parler?

Ce vêtement est devenu un “phénomène” social, un sujet de débats et de polémiques. La burqa est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, et même, on propose la création d’une loi rien que pour elle. Ce n’est donc pas rien!!

De plus en plus de femmes s’affublent de ce vêtement par respect, dit-on, des lois de la religion musulmane. Or, cet attribut qui se prétend le signe d’une observance religieuse n’est en réalité ni islamique, ni islamiste. Il relève, selon le Cheik du grand institut théologique du Caire, “de la tradition et non pas du culte”. Il est même décrié dans certains pays musulmans dans lesquels il est interdit.

Ce voile intégral a été remis au goût du jour par le mouvement intégriste salafiste introduit en France dans les années 1990. Pour faire simple et rapide, rappelons que le salafisme est un courant musulman qui prône un Islam des origines expurgé des “innovations blâmables” qui pervertissent la religion. Pour ce mouvement traditionnel, rigoriste, puritain et moyenâgeux, tout non-salafiste est un impie. Mouvement communautariste, il sait faire parler de lui par son activisme bien que minoritaire dans le monde musulman.

Radical et prosélyte (on y compte de nombreux convertis), le Salafisme en très nette progression, s’est politisé au cours du temps, il est désormais en totale rupture avec la République et ses valeurs fondamentales. Il refuse toute influence occidentale, en particulier la démocratie et la laïcité, qu’il accuse de corrompre la foi musulmane.

Une des visées de ce mouvement en instaurant le port obligatoire de la burqa, est de rendre les femmes invisibles aux regards des autres. La femme représentant aux yeux des Salafistes, tout ce qu’il y a de plus impur, de plus troublant qui détourne l’homme de Dieu. Mais aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit car ces femmes se retrouvent projetées sur le devant de la scène, exhibées à outrance, instrumentalisées. Plus visibles que n’importe quelles autres femmes.

Paradoxal, non? Certes, mais pas anodin. Ce paradoxe dévoile la face cachée de la burqa. Elle est devenue un instrument politique, et les femmes encore une fois, ne sont là que pour servir la cause. Que la dignité de la femme soit bafouée, qu’elle n’existe pas comme individu identifiable qu’importe!! Les Salafistes, en dépit de leurs assertions, se soucient comme d’une guigne du sort des femmes.

Une autre de leur volonté est d’exercer une pression sur les musulmans français, de les culpabiliser en leur faisant croire qu’ils sont de “mauvais musulmans”, ce qui malheureusement réussit souvent auprès de jeunes sans repaires et sans espoir.

La burqa sert de prétexte à un défi lancé aux pouvoirs publics. C’est une épreuve de force qui se joue entre des intégristes à tendance communautaire et la République. Les intégristes sachant pertinemment utiliser les lois et principes démocratiques mis à leur disposition, pour précisément atteindre cette même démocratie faible par nature et nécessité. Une loi serait-elle nécessaire et suffisante pour endiguer ce phénomène ? Peut-être. Partiellement…

En tout cas elle aurait l’avantage de rappeler qu’en République tout n’est pas permis et que la liberté, la sécurité pour tous passe nécessairement par la restriction de quelques libertés individuelles. Aussi ne peut-on sortir nus, ou masqués, boire sur la place publique, ou s’adonner à des fantaisies susceptibles de “déranger” le plus grand nombre…

Se parler à visage découvert, se regarder est signe d’altérité, de respect auquel nul ne devrait pouvoir se soustraire. C’est une condition minimum nécessaire au vivre ensemble. Si l’on refuse de se soumettre à cette élémentaire règle : on peut très bien rester chez soi…C’est aussi ça la liberté !!

Lison Benzaquen


Notre Journal de juillet 2010: Encore les caricatures

30 août 2010

Dans les pays scandinaves, les caricatures de Mahomet — parues d’abord dans le journal danois Jyllandsposten — sont encore d’une actualité brûlante.

Le 15 mai dernier, quelqu’un jeta une bombe incendiaire dans la maison de Lars Vilks, caricaturiste suédois, ayant récemment dessiné Mahomet sous les traits d’un chien. Quelques jours auparavant, il fut attaqué alors qu’il faisait une conférence dans une université. “Je suppose que je ne peux plus habiter chez moi”, écrivit-il sur son blog.

Au Danemark, son collègue Kurt Westergaard déclara récemment qu’il abandonnait les caricatures. Westergaard avait dessiné l’une des caricatures de Mahomet (avec une bombe dans son turban) parues dans Jyllandsposten, qui déclencha l’ire mondiale en 2005. Le soir du nouvel an cette année, Westergaard fut la cible d’une attaque à la hache à son domicile, en présence d’un de ses petits-enfants, et dut son salut au fait que la police avait sécurisé sa salle de bains contre les attaques terroristes.

En Norvège, le journal Dagbladet choisit la provocation en publiant le 3 février, une nouvelle caricature représentant Mahomet sous les traits d’un cochon, les pattes posées sur le Coran. Quelques jours après, une violente manifestation eut lieu dans les rues d’Oslo. “Nous sommes musulmans, pas terroristes” ou “Stop au dénigrement des musulmans”, disaient les jeunes manifestants, avant de lancer des pierres sur la police et de brûler des cocktails Molotov. Ce fut la première fois depuis des années qu’une manifestation aussi violente eut lieu à Oslo. A la suite, des rencontres “de dialogue” furent organisées entre les jeunes manifestants, la police et les représentants de la ville d’Oslo ce qui calma les esprits.

Dans les pays scandinaves, la liberté d’expression est totale. Il n’y a aucune loi ressemblant à la loi Gayssot, et on peut proférer des propos racistes, antisémites ou anti-islamiques sans risquer une condamnation. L’affaire des caricatures de Mahomet et surtout les réactions dans le monde entier ont cependant fait réfléchir. Mais seul le grand journal danois Politiken a conclu un accord avec des islamistes, pour éviter d’être la cible d’attaques éventuelles. Tous les autres médias ont condamné cet accord.

Lorsque le quotidien norvégien Aftenposten décida de publier les caricatures déjà parues dans Jyllandsposten, après l’attaque contre M. Westergaard, il y eut des nouvelles réactions hostiles, notamment au Pakistan. La diplomatie norvégienne sembla gênée, et selon des médias pakistanais, l’ambassadeur norvégien s’est excusé, promettant une loi plus restrictive. Cela semble peu probable, une fois les esprits apaisés.

Les pays scandinaves tiennent à la totale liberté d’expression comme à la prunelle de leurs yeux. Cependant, la Norvège mit quelques freins en 2004, notamment contre le racisme, qui peut désormais faire l’objet de poursuites judiciaires. D’autre part, le blasphème n’est pas toléré, et plusieurs écrivains furent condamnés pour cette raison, jusqu’au début du XXème siècle. Après les publications des dessins de Mohamet en 2005, certaines associations tentèrent de faire condamner Jyllandsposten pour blasphème, sans y parvenir.

Cela reste néanmoins un sujet sensible, et beaucoup souhaitent soit l’annulation, soit un changement radical de ce paragraphe de la loi.

Vibeke Knoop


Notre Journal de juillet 2010: Un siècle au milieu des tombes

30 août 2010

Une tombe au creux des nuages

Essais sur l’Europe d’hier et d’aujourd’hui

Georges Semprun (Climats)

Une vie comme un roman, traversée par les passions du siècle. Dirigeant du Parti communiste espagnol clandestin, ministre de la Culture vingt ans plus tard dans l’Espagne démocratique, militant de l’Europe aujourd’hui. Des années 40 à la chute du communisme, la réunification allemande et la construction européenne, le livre se présente comme le témoignage d’un intellectuel européen, et comme le “laboratoire intellectuel” de notre avenir commun. Jorge Semprun y rassemble des conférences prononcées en allemand et en Allemagne dans ces vingt dernières années, à Vienne, Weimar, Buchenwald…, comme à Jérusalem et à Paris.

Mon rapport avec l’Allemagne, avec l’histoire et la culture allemande, est ancien, il est complexe, il est multiple et sans doute fécond dans ma trajectoire d’écrivain, dans ma morale et ma formation intellectuelle, écrit-il, se présentant comme une sorte de “schizophrène” bilingue, amoureux des écrivains d’avant le désastre, les Musil, Thomas Mann, Heine…., profitant de ses dernières minutes à Buchenwald pour prendre congé de l’arbre centenaire de Goethe que le “raffinement culturel” des cadres SS avait conservé à l’intérieur du camp “entre le crématoire et le magasin général”. Lorsqu’on lui demande qui il est vraiment, Français ou Espagnol, écrivain ou homme politique, il a envie de répondre ex-déporté de Buchenwald.

La réunification doit permettre à l’Allemagne d’aujourd’hui de devenir un facteur de stabilité en Europe, cette Europe qui n’est rien d’autre que le résultat de longs siècles d’affrontements et de brassages, d’invasions et de résistance, et que deux systèmes totalitaires ont dominé le siècle dernier. On oublie parfois que le camp de Buchenwald a aussi été, à sa libération, un camp de concentration soviétique et que s’y retrouvent dans des fosses communes des milliers de morts, reposant “dans l’interminable inquiétude d’une mort anonyme”. Toutefois, pour structurer “moralement le paysage de la mort violente au XXème siècle”, il faudrait nuancer les comparaisons. Et face à l’Europe démocratique, comment ne pas se méfier aujourd’hui des sociétés à visée totalitaire, qui veulent un homme à leur image, et où tout “déviant” est traité en ennemi? Il est urgent de réévaluer le sens et les objectifs des valeurs de notre siècle. C’est ce que le militant, écrivain, ministre, exprime lorsqu’il préconise le principe d’un “laboratoire intellectuel” de notre avenir commun.

Le titre? Il est emprunté à un poème de Paul Celan. Les poètes savent mieux que personne décrire les catastrophes que produit la barbarie, et les perpétuer dans notre mémoire : alors vous montez en fumée dans les airs / alors vous avez une tombe au creux des nuages / on n’y est pas couché à l’étroit.

Colette Gutman


Notre Journal de juillet 2010 : Hammerstein ou l’intransigeance de Hans Magus Enzensberger, Ed. Gallimard.

30 août 2010

Un livre un peu dans la lignée de celui de L. Binet “HHhH” dont nous avons parlé dans notre dernier numéro.

Enzensberger nous dit lui-même: “même en dérapant à l’écart des faits, on peut fort bien parvenir à des vues justes”. Hammerstein, chef d’état major général de la Reichswehr en 1933, choisit de s’opposer à Hitler, un des premiers et presque le seul. Il a jusqu’à sa mort exprimé sa détestation du régime nazi.

C’est son histoire et celle de sa nombreuse famille. Ses 7 enfants seront aussi, d’une façon ou d’une autre, engagés dans la résistance par fidélité à leur père.

Un grand livre instructif et surprenant.

Daniel Rachline