Journal de Janvier 2015: Abdelwahab Meddeb, Islam de paix et des lumière

2 mars 2015

Abdelwahab-meddeb-1003x1024Un grand Monsieur a disparu : Abdelwahab Meddeb, poète, islamologue, essayiste et romancier, vient de décéder d’un cancer du poumon. Né à Tunis, pétri de culture musulmane et occidentale, il plaidait pour un Islam des Lumières. Il enseignait la littérature comparée, dirigeait la revue Dédale, et produisait le dimanche sur France Culture l’émission “Cultures d’Islam”.

Fortement traumatisé par les attentats du 11 Septembre 2001, il écrivit en 2002 “La maladie de l’Islam”, ouvrage qui connut un grand succès. “Si, selon Voltaire, l’intolérance fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l’Allemagne, l’intégrisme est la maladie de l’Islam”. Il invitait alors le monde musulman à rompre la spirale de la violence et du ressentiment. Depuis, il n’a cessé de combattre l’islamisme radical, tout en luttant avec énergie contre les critiques systématiques de l’Islam en Occident. Tout récemment, il s’indignait contre les égorgements d’otages pratiqués par l’Etat Islamique, et enjoignait aux siens de protester, en tant que musulmans, devant cette barbarie commise “en leur nom” et qui souillait le mot Islam. Il combattait avant tout le fondamentalisme, cette interprétation maximaliste de l’Islam selon laquelle le Coran c’est la parole même de Dieu dans sa lettre. D’où sa volonté constante de questionner le texte et de s’intéresser à toutes ses interprétations.

Il faisait toujours état de sa “double généalogie”, européenne et islamique, française et arabe. Portant un œil à la fois critique et lucide sur l’Histoire, il avait conscience de l’écart qui s’était creusé entre le monde arabe et l’Occident, écart qui a généré un ressentiment. Selon lui, le colonialisme a été une conséquence de la fin de la créativité de la civilisation islamique et non la cause de son déclin, et le ressentiment est créé du fait de ne plus participer à la domination du monde (politique, technologique, scientifique). Pour lui, les causes externes n’ont qu’une responsabilité mineure dans la maladie de l’Islam. Des facteurs internes de régression existent, qu’il envisage sans concessions.

Cultivé, érudit et brillant, il s’efforçait de rapprocher les héritiers des trois monothéismes, avec une certaine nostalgie de la cohabitation judéo-tunisienne de son enfance. Il a d’ailleurs consacré un volumineux ouvrage à “L’Histoire des relations judéo-arabes”, document d’un très grand intérêt coécrit avec Benjamin Stora. Selon lui, l’Islam a la même genèse que le Judaïsme, mais il demande aux Juifs d’adhérer à la religion nouvelle, qui authentifie la Révélation et la rectifie. Il y a dans l’Islam un “processus de récupération des origines”. Le statut de “dhimmi” (citoyen protégé et soumis) devient complètement obsolète et insuffisant avec la naissance du citoyen au sens européen à partir de 1789. Les Juifs sont alors reconnus come citoyens à part entière.

Selon Meddeb, l’Islam a besoin d’un Spinoza. Il faut absolument qu’un travail profond se fasse, en touchant au tabou, au statut divin de la lettre et à toutes les questions réputées intouchables. C’est en train de se faire, de façon certes chaotique, mais c’est un début…Pour lui, l’unique façon pour les musulmans de dépasser l’antisémitisme est d’admettre que les Juifs se sont affranchis du statut inférieur du dhimmi. “Il faut accepter les Juifs comme sujets de souveraineté et de gloire”. Cette reconnaissance est préalable à toute réflexion politique et militaire sur les problèmes posés par Israël.

Meddeb était certes un grand intellectuel, un grand érudit, mais surtout un homme d’un immense courage, physique et moral, pour ses prises de position, notamment contre l’intégrisme religieux. Il combattait l’obscurantisme, mais c’était aussi un grand défenseur de l’Islam, qu’il ne supportait pas de voir attaqué, souvent fort injustement.

Pour lutter contre l’intégrisme, il proposa de rechercher dans la tradition du soufisme d’Ibn Arabi la voie d’un Islam ouvert à la pluralité des mondes (“Portrait du poète en Soufi”, son dernier ouvrage). Car, comme on a pu le dire, c’était “un poète qui faisait taire les fanatiques”, un homme contre toutes les violences, un homme de Paix.

Mais c’était avant tout un homme des Lumières, pas suffisamment apprécié à sa valeur en France, malgré sa présence régulière sur les ondes et sa bibliographie abondante.

Oui, une belle Lumière vient de s’éteindre, qui aurait pu continuer d’être précieuse, et pas seulement pour le monde musulman. Mais heureusement, d’autres voix de musulmans éclairés commencent à se faire entendre et à reprendre cette belle parole.

Espérons que l’avenir leur rendra justice, et que l’Histoire évoluera dans le sens que ce grand humaniste appelait de ses vœux.

Guy Zerhat


Journal de Janvier 2015: Collaboration, le pacte entre Hitler et Hollywood de Ben Urwand

2 mars 2015

Le pacte entre Hitler et Hollywood, de Ben Urwand, aux éditions Bayard

Business is business.

Ce qui est fascinant c’est la découverte permanente d’histoires qui nous concernent et auxquelles on ne pensait même pas.

Saviez-vous qu’entre 1933 et 1941 (date d’entrée en guerre des Américains) il existait un pacte entre Hitler qui adorait paraît-il le cinéma américain, et les patrons des studios hollywoodiens, dont la plupart étaient des juifs allemands ou autrichiens émigrés?

Lisez ce livre et vous irez de surprise en surprise. Pendant cette période, pour conserver le marché allemand les juifs ont disparu complètement des écrans, ni acteurs, ni productions, ni films les concernant…Les films antinazis sont venus plus tard, bien plus tard.

C’est une histoire absolument passionnante. 0n découvre même une lettre de la 20th Fox adressée à Hitler se terminant par Heil Hitler! Que ne fait-on pas pour faire des affaires!

Tout au long de cette période jusqu’en 1941, date de l’entrée en guerre des USA après Pearl Harbour, les relations furent fructueuses entre les nazis et les studios américains.

Mais rassurons-nous, après 1941, ils commencèrent par changer et faire des films anti allemands. Aucun des dirigeants, ni des metteurs en scène ou acteurs n’a jamais été inquiété.

Ainsi va le monde…

Daniel Rachline


Journal de Janvier 2013: « Sauve toi, la vie t’appelle » de Boris Cyrulnik aux éditions Odile Jacob

9 janvier 2013

…“Une nuit j’ai été arrêté par des hommes armés qui entouraient mon lit. Ils venaient me chercher pour me mettre à mort.Mon histoire est née cette nuit là…”

Livre sur la mémoire, ce que je peux simplement en dire est qu’il nous concerne tous et qu’il faut absolument le lire.

Daniel Rachline


Journal de Janvier 2013: « l’héritage de Vichy » de Cécile Desprairies aux éditions Armand Colin

9 janvier 2013

 

Les économistes nous inondent de comparaisons avec l’Allemagne qui devient le leader incontesté de l’Europe dans tous les domaines.

Le livre dont il est question nous indique que l’influence allemande est encore plus grande que l’on croit.

Elle date de Vichy – Allons-y : l’heure allemande, l’heure d’été date du 0/6/1940, rétablie en 1976. L’ordre des médecins, des architectes, le comité d’entreprise, la médecine du travail, le code de la route, les stations de sports d’hiver telles que Courchevel, Val d’Isère, la fête des mères bien sûr, les tickets-repas, la police nationale et bien entendu la carte d’identité

Grâce à ce livre très instructif on s’aperçoit que Vichy c’était aussi la France et qu’il en reste beaucoup de choses.

C’est très édifiant.

Daniel Rachline


Journal de Janvier 2012: « Les dépossédés » Steve Sem-Sandberg

12 janvier 2012

Nous vous recommandons la lecture du livre « Les dépossédés » de Steve Sem-Sandberg, édité chez Robert Laffont.

C’est l’histoire du ghetto de la ville de Lodz, créé en 1940 et qui survit jusqu’en 1944. Les nazis voulaient exterminer la population en moins d’un an. “Grâce” à un homme, Mordechaï Chaïm Rumkowski, président du Conseil juif il obtient un sursis de 3 ans.

Afin d’essayer d’épargner des juifs, Rumkowski transforma le ghetto en un effort de guerre allemand. Il abandonna ainsi tous les malades, vieillards et enfants…

C’est cette histoire racontée dans ce livre. Terrifiant mais indispensable.

Une fois encore…

 Daniel Rachline

 


Journal de Janvier 2012 : « Les derniers jours de Stefan Zweig » par Laurent Seksik

12 janvier 2012

 

 

Le 22 février 1942 au Brésil, Stefan Zweig et sa femme décident de se suicider.

Cette nouvelle, qui apparaît dans le film de Corti, démontre que “la nuit était tombée pour toujours” pas uniquement pour eux, mais pour l’humanité.

Ce livre permet de mieux comprendre ce que Stefan Zweig ressentait dans les derniers moments de sa vie. Une grande solitude au milieu de ses amis.

Comme chacun sait il a fait partie de ces juifs autrichiens dont le film d’Axel Corti donne une image si précise et si pertinente.

Plus rien ne le rattachait à la vie. De son exil au Brésil, plus rien ne le rattachait à son monde.

Daniel Rachline

 


Journal de Janvier 2012 : Trilogie autour de la Judéïte autrichienne, trois films d’Axel Corti

12 janvier 2012

Axel Corti

Le 30 novembre dernier est ressorti sur les écrans parisiens trois films d’Axel Corti :

1) Dieu ne croit plus en nous

2) Santa Fe

3) Welcome in Vienna.

Film sorti en 1982 pour la première partie et en 1986 pour la troisième.

C’est l’histoire de juifs de Vienne au moment de l’Anschluss et des persécutions juives. Juifs qui essaient par tous les moyens de fuir et d’obtenir des papiers, visas, etc…

Dans la deuxième partie, Santa Fe, certains se retrouvent en Amérique où l’intégration est tout aussi difficile.

Dans la troisième partie, retour à Vienne dévastée confrontée à la corruption, aux compromis et compromissions.

Un film, c’est comme un livre, il faut le voir ou le lire.

Celui-ci est indispensable, et si vous ne l’avez pas encore vu, il faut réparer cette erreur si c’est encore possible.

Qui plus est tourné en noir et blanc, la qualité de la mise en scène est exceptionnelle.

C’est l’histoire de nos parents, de nos grands parents et de tous les immigrés du monde entier.

Dans ce monde la quête d’un “papier” sous quelque forme que ce soit, devient l’obsession quotidienne.

Cette quête représente la sauvegarde espérée et jamais obtenue, que tous les immigrés d’aujourd’hui continuent à vivre.

Daniel Rachline