Identité nationale : un défouloir à la portée de tous

Paru dans le Journal de Janvier 2010

Alors, Monsieur le Ministre, « il paraît que l’identité nationale est un sujet dangereux (sic) »?

Que se passe-il donc en France depuis qu’Eric Besson a ouvert un débat sur le net pour connaître l’opinion des Français? Des horreurs que l’on croyait d’un autre temps – on avait tort, il se vérifie que les crises économiques et le retour du racisme-xénophobie-antisémitisme, entretiennent de solides, et anciennes, relations. Il faudrait donc peut-être éviter de rendre l’enseignement de l’histoire optionnel. On pourrait le regretter.

Fallait-il ouvrir cette boîte de Pandore pour d’obscures (sic) raisons électorales? Au départ, nous a-t-on dit, l’intention était généreuse : il fallait trouver le moyen de rassembler autour d’une notion (nation) commune les diversités de cultures et d’origines. D’accord, l’Europe et la France sont bousculées par l’irruption d’une modernité multiculturelle et multiethnique. D’accord, les problèmes existent, les incompatibilités doivent être contournées ou supprimées, au bénéfice de l’indépendance du pouvoir politique. Des sondages ont montré que les Français jugeaient le débat utile, mais mal présenté.

Cher et vieux pays
Quelques morceaux choisis sur le site du Ministère, destinés à aider le ministre à rassembler les Français :

Etre français, c’est déjà être né en France, de parents français eux-mêmes nés en France et ainsi de suite. A la rigueur :…depuis cinq générations. Ne me dites pas que c’est la première fois que vous entendez parler de cela.

Nostalgique : Avant, la France avait des colonies, maintenant elle est coloni – sée.

Incontournable : Etre français, ce n’est pas : profiter des allocs, ne pas travailler, imposer une culture discriminante, demander à être intégré. Enfin, après la votation suisse : La France et notre identité nationale, c’est une cathédrale au centre de Paris et non pas une mosquée.

Il paraît que la majorité des contributions sont de “belles” contributions, les autres ont échappé à la vigilance des équipes chargées de repérer ce genre de
réponses, à la limite de la légalité. C’est bien connu : arroseur arrosé ou apprenti sorcier, ce n’est de la faute de personne.

Les valeurs de la République

C’est vrai, les religions — puisque c’est de cela qu’il s’agit — doivent composer avec l’indépendance du pouvoir politique. Le débat n’est pas inutile, mais la forme est odieuse. Les élites musulmanes — puisque c’est de cela qu’il s’agit— de France sont conscientes de la nécessité d’avancer par étapes vers une adaptation harmonieuse de l’Islam à la société. Il faut de la persévérance et du courage, face aux terribles ravages de l’islamisme intégriste. Nous sommes à la veille d’une considérable réforme, comparable à celles qu’ont connues d’autres religions. Et, dans ce cas, alors, oui, pourquoi pas un contrat d’intégration républicaine, suivi d’une cérémonie solennelle, cela se fait ailleurs. Mais, de la façon dont ce débat putride est engagé, le vrai courage serait de l’annuler.

PS : Je reçois à l’instant un mail d’amis américains, stupéfaits d’avoir appris par leurs réseaux universitaires l’existence du débat. Le message est court : “La France sombre dans la folie.”

— Colette Gutman

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