Journal d’octobre 2011 : le 22 juillet, deux mois après

9 octobre 2011

Dix ans après l’attentat des Twin  Towers, la terreur frappe un autre symbole: la démocratie et la tolérance en Norvège. Cette fois par un autochtone, extrêmiste.

Jens Stoltenberg, Premier ministre (travailliste) du royaume, était déjà au même poste le 11/9/2001. Malgré une sévère défaite électorale la veille, il dut gérer la crise jusqu’à la nomination de son successeur. Fidèle à son allié outre Atlantique, la Norvège s’engagea notamment en Afghanistan.

Revenu au pouvoir entre-temps, M. Stoltenberg se trouve malgré les vacan-ces, à Oslo le 22 juillet, lorsqu’une bombe explose devant l’immeuble du gouvernement. Il est rapidement évacué en lieu sûr et secret, d’où il s’adresse aux Norvégiens quelques heures plus tard. Son discours est exactement celui qu’il faut, tout en émotion contenue, mais aussi avec l’autorité necessaire. Jens, comme tout le monde l’appelle, se montre enfin comme un vrai leader. En apprenant plus tard dans la soirée et dans la nuit le deuxième drame, le massacre des jeunes de son parti à Utøya dont il connaissait certains personnellement, il garde un calme apparent. Il faut agir. Tout comme les Américains en 2001.

Les situations ne sont pas compara-bles. Mais j’ai beaucoup pensé à l’atmos-phère et aux inquiétudes, assez sembla-bles, et ce sentiment de danger, que la terreur peut frapper n’importe où, n’importe quand, explique-t-il au journal Aftenposten.

Pour M. Stoltenberg, dans les deux cas, ce que les auteurs, si différents soient-ils, ont voulu frapper, c’est la démocratie et la liberté. Ce sont des attaques contre une société où il est permis d’avoir une opinion divergente, et où l’on peut être engagé, voir s’opposer les uns aux autres, mais toujours sans violence.

Certaines personnes se croient au-dessus des lois, de la démocratie et des élus par le peuple, et pensent qu’elles peuvent les attaquer. C’est sur ces points que l’on trouve les similitudes entre le 11 septembre 2001 et le 22 juillet ici, dit-il. Il faut protéger la liberté. Ce qui signifie aussi l’ouverture et la tolérance. Avant que l’on sache que le tueur du 22 juillet était un Norvégien bien blond aux yeux bleus, Anders Behring Breivik, tous les soupçons allèrent vers les islamistes, AlQaïda. Les Musulmans en Norvège passèrent quelques heures très difficiles. Il y eut même des réactions violentes, voire des chasses à l’homme. Le lendemain, M. Stoltenberg alla assister à la prière dans une mosquée avec le Prince héritier Haakon. Un acte symbolique et nécessaire.

M. Breivik dit avoir accompli une révolution nécessaire, méticuleusement planifiée depuis neuf ans. Il pense avoir réussi, et accepte d’être jugé et de passer le reste de sa vie en prison. Mais avant, il voudrait utiliser son procès comme un coup de pub, si possible en uniforme ou en queue de pie.

Je commence à me demander s’il est fou, dit son avocat, Geir Lippestad. Mais il estime que son client est responsable de ses actes. Lippestad reçoit des centaines de messages de soutien. Sa décision est respectée par tout le monde. La défense d’un criminel, quels que soient ses actes, fait aussi partie de la démocratie.

Breivik reçoit aussi des lettres, surtout des lettres d’amour. C’est fréquent, paraît-il. Le pédophile meurtrier Marc Dutroux en Belgique recevait, lui, des centaines de jouets en peluche. Les psychologues expliqueront. Tout comme ils expliqueront les raisons qui ont fait que Breivik bascule dans l’horreur.

Les enquêteurs ne savent pas encore avec certitude s’il a agi seul. Il fut en tout cas lié à un réseau avec des ramifications internationales, qui s’est bâti sur la même révolte que lui, contre la sociétémulticulturelle, et surtout contre les Musulmans. Il admirait notamment Gert Wilders au Pays-Bas. Les experts terro-ristes, notamment d’Europol, sont en train de déméler les liens de ce réseau, réels ou pas. Au moins, les morts norvégiens auront permis une mise à jour salutaire de cette nébuleuse d’extrême droite. L’autre partie moins visible de l’iceberg se cache dans les résaux sociaux, où Breivik s’est façonné  plu-sieurs identités. Il adorait également les jeux violents et les BD. Peut-être un refuge après une enfance brisée par le divorce de ses parents, et ce qu’il a ressenti comme un abandon de son père, parti vivre à l’étranger. Là, il se démarque de la plupart des enfants norvégiens, très choyés, genre enfants rois.

Ses actes de terreur du 22 juillet furent loin d’être un jeu. A Oslo, c’était un vendredi après-midi, et beaucoup d’employés avaient déjà quitté leurs bureaux, ce qui évita un véritable massacre. A Utøya, il tira sur tout ce qui bougeait, utilisant des munitions à fragmentation, pour faire souffrir les victimes encore plus. La haine pure.

La haine peut tuer un homme, mais pas vaincre un peuple répliqua M. Stoltenberg. Son parti vient d’être renforcé dans des élections locales marquées surtout par un net recul du Parti du Progrès, dont Breivik fit partie pendant 7-8 ans. Il le quitta parce que ce parti établi, qui a tout de même frôlé les 25% d’électeurs, nétait pas assez radical à ses yeux. Il préféra les anonymes d’internet, avec qui il fonda non pas un parti, mais une idéologie. Qui l’amena à passer aux actes, froidement, minutieusement, tuant 77 personnes.

Vibeke Knoop


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Nuit noire » par Aurélien Djaafer, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film « Nuit noire » réalisé par Alain Tasma a été projeté lors de notre séance du 9 novembre 2010. Le débatteur était le réalisateur Alain Tasma.

Ce film d’Alain Tasma traite de la tuerie qui a eu lieu à Paris le 17 octobre 1961, durant laquelle de nombreux Algériens trouvèrent la mort, froidement abattus par les policiers français.

Ce film m’a touché par son objectivité, en effet, le réalisateur s’est appliqué à ne prendre partie pour aucun des deux camps. En suivant au fur et à mesure la vie de différents personnages (un policier, une journaliste, un travailleur algérien), le film nous montre de quelle façon fut vécu ce conflit entre le FLN, la police et les Parisiens. On assiste par exemple à l’assassinat en pleine rue d’un policier, par un membre du FLN, puis à celui d’un travailleur algérien par un groupe de policiers en civil. Cette façon qu’ont les deux camps de se rendre leurs coups nous force à nous interroger sur l’origine de ce conflit, et ne fait que renforcer notre incompréhension.

Le script ayant été écrit par un historien, les éléments de fiction ont été limités afin de se concentrer sur l’exactitude des conditions de l’époque et montrer la réalité des faits quant à cette tuerie du 17/10/61, dont on parle peu. Ceci est important car cela permet de transmettre à toutes les générations la mémoire de ces événements sombres au travers d’une projection divertissante.

Le spectateur évolue à travers le film dans une atmosphère pesante où l’être humain est montré sous son aspect le plus primitif : les personnages vivent dans la crainte et agissent par peur.

J’ai beaucoup apprécié cette projection, notamment par sa capacité à émouvoir. Le spectateur est partagé entre frustration et incompréhension tout au long du film (ex : le dépôt de déclaration de vol d’une camionnette par un Algérien). Le mal-être ressenti est parfois très fort, au point de se sentir gêné (ex: la scène de soumission d’un travailleur algérien par des policiers français).

Enfin, le film se termine tragiquement, fidèle à la réalité, laissant un sentiment amère au plus profond de soi.

Aurélien Djaafer.


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Nuit noire » par Demabisra Sissoko, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film « Nuit noire » réalisé par Alain Tasma a été projeté lors de notre séance du 9 novembre 2010. Le débatteur était le réalisateur Alain Tasma.

« Ce film est inspiré de faits réels et relate les événements qui se sont déroulés en octobre 1961 durant la guerre l’Algérie.

Ce qui m’a particulièrement touchée lors de cette projection c’est le mode de vie des personnages et leur rôle dans l’histoire parce qu’ils sont à la fois victimes et agresseurs. La police est terrorisée par le FLN et agresse la population maghrébine à Paris, les maghrébins sont victimes de l’injustice et des sévices de la police et du FLN qui est un groupe terroriste qui sème aussi la terreur et l’ordre auprès de cette population maghrébine civile qui est la réelle victime.

On a des points de vue divergents et des attitudes similaires des deux côtés comme les agressions verbales et physiques qui se présentent dans les camps opposés :

—Le FLN menace la population, tue si les opinions et les engagements envers leur nation ne sont pas conformes.

—La police agresse l’institutrice et le brigadier.

Les situations sont présentées sous un aspect un peu humoristique d’où la subtilité de mettre en œuvre une période de l’histoire qui fut longtemps niée par l’Etat. J’ai vraiment apprécié cette œuvre cinématographique. »

Demabisra Sissoko.


Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau

 


Journal de Juillet 2011: la montée des extrémismes en Europe

5 septembre 2011

Les scrutins révèlent depuis plusieurs années l’émergence de puissants partis de droite extrême partout en Europe. Dans les pays de l’ancien bloc soviétique, Hongrie en tête avec le parti Jobbik, les partis d’extrême-droite recueillent près d’un quart des suffrages. Dans les pays de l’Europe du Nord, ces partis (le parti des vrais Finlandais, le Parti norvégien du progrès, le Parti du peuple danois et le Parti pour la Liberté du Hollandais Geert Wilders) pèsent désormais sur les politiques gouvernementales. Il en va de même en Suisse avec l’UDC de Christoph Blocher, en Autriche avec le FPÖ de Heinz-Christian Strache. En Italie, la Ligue du Nord est entrée au gouvernement et détient notamment le ministère de l’intérieur (Roberto Maroni). En France, nombreux sont ceux qui craignent une situation semblable à celle de  2002 aux prochaines élections présidentielles avec Marine Le Pen qui serait présente au second tour…

Le contexte actuel, celui de mutations profondes et souvent anxiogènes pour les peuples et les individus, permet de comprendre ces évolutions inquiétantes et la crise identitaire que traverse l’Europe. Contexte économique d’abord, avec la mondialisation et la libéralisation des échanges qui entraînent des changements importants dans la hiérarchie de la puissance des nations, avec le sentiment que l’Europe est la grande perdante de cette évolution. Contexte économique toujours, avec la crise économique, aggravée par l’effondrement financier de 2008, et la montée d’un fort taux de chômage partout en Europe, chômage qui touche entre 20% et 40% de la jeunesse européenne, et qui fait craindre aux classes moyennes leur déclassement, tandis que les classes populaires sont précarisées et appauvries depuis plus de vingt ans. Contexte social, avec la montée des inégalités et le délitement des solidarités, avec l’émergence de discours qui instaurent une ère du soupçon – chasse aux fraudeurs, dénonciations des assistés etc. Contexte technique et scientifique, avec de formidables progrès mais aussi de nouveaux dangers, avec l’arrivée d’Internet et l’interconnection du “village planétaire”, source d’échanges mais aussi de campagnes de dénigrements médiatiques aux dimensions jamais vues, ou encore les progrès médicaux qui posent des problèmes éthiques inédits. Contexte écologique avec la montée des périls climatiques, la pollution croissante des sols, de l’eau et de l’air, sans parler de l’enjeu énergétique ravivé par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Contexte politique avec le sentiment de défiance, sinon de rejet, d’une partie des populations européennes face à une construction européenne jugée peu démocratique et face à leur classe politique, jugée incompétente et impuissante vis-à-vis de marchés financiers anonymes qui imposent des plans d’austérité dans toute l’Europe ; et peut-être plus grave encore avec le rejet croissant des discours de tolérance et d’ouverture à l’étranger, alors que l’ethnicisation des discours (nouvel avatar du racisme) empoisonne désormais les débats publics. Contexte démographique enfin, avec le vieillissement d’une population européenne qui se sent menacée par la montée en puissance de pays à la population jeune et dynamique, la Turquie, l’Inde, le Brésil pour n’en citer que trois.

Il nous faut souligner cette crise européenne, pour comprendre les origines de la poussée des droites extrêmes, des droites extrémistes qui se sont adaptées aux évolutions des sociétés européennes. Les pays de l’ancien bloc communiste où les mémoires et le travail historique ont été “gelés” pendant quarante ans, sont aux prises avec des partis d’extrême-droite dont l’idéologie et le programme ne sont pas sans évoquer les partis fascistes des années 30. Le parti hongrois Jobbik est à cet égard exemplaire, avec un nationalisme exacerbé, la formation de milices fascisantes, l’irrédentisme auprès des populations d’origine magyare vivant en Roumanie ou en Tchéquie, un antisémitisme exacerbé et un racisme anti-Rom violent. Les pays d’Europe de l’ouest voient l’émergence d’une nouvelle extrême droite qui prend ses distances par rapport à l’héritage fasciste et nazi des anciens partis d’extrême-droite qui poursuivent leur déclin. A cet égard, les partis de cette nouvelle extrême-droite défendent Israël, considéré comme un avant-poste occidental face à un monde musulman vu comme hostile, et ont officiellement rompu avec les traditionnels discours antisémites. Ces nouvelles extrême-droites européennes, le Parti pour la Liberté de Geert Wilders (Hollande), l’UDC de Christoph Blocher (Suisse), le FPÖ de Heinz-Christian Strache (Autriche), le Front National de Marine Le Pen notamment, défendent des programmes très divers, mais partagent un fort sentiment nationaliste, la xénophobie, le rejet de l’immigration et la limitation du droit d’asile, et un discours anti-musulmans exacerbé. Geert Wilders a ainsi déclaré en 2009 qu’il faut “extrader d’Europe (…) des millions, voire des dizaines de millions de musulmans”… Par ailleurs, la mutation idéologique de cette nouvelle extrême-droite brouille les lignes sociétales habituelles, ces partis affichant souvent des valeurs libérales sur le plan des mœurs, avec des discours en faveur du droit des femmes ou des homosexuels, et des valeurs écologistes.

Face à l’émergence de ces nouveaux partis d’extrême-droite, en particulier en Europe de l’ouest, les partis démocratiques traditionnels semblent pour le moment sur la défensive, pris en tenaille entre les contraintes de l’idéologie libérale et libre-échangiste de la construction européenne qui leur offrent peu de marge de manoeuvre en matière économique et financière, et les contradictions de cette même idéologie qui laisse le champ libre aux affirmations identitaires, avec la montée des revendications communautaires et régionalistes. C’est peut-être du côté d’une partie de la jeunesse européenne qu’il faut chercher des motifs d’espoirs. Cette jeunesse dont les indignés du sud de l’Europe ont donné récemment l’image, une jeunesse dont les enquêtes d’opinion révèle qu’elle est universaliste, tolérante, ouverte à la diversité des cultures, soucieuse des droits humains, et qu’elle pense les problèmes dans leurs véritables dimensions…la dimension européenne et mondiale.

Rose Lallier


Journal de Juillet 2011 : Mémoire….Mémoires

3 septembre 2011

Lors de la dernière réunion de la Commission “Témoins-témoignages” à l’Union des Déportés d’Auschwitz, j’ai pris en charge le témoignage au lycée Suger de la Plaine Saint-Denis, car la démarche de M. Rochdi Siddiki m’intéressait. J’ai donc, à sa demande,  témoigné dans son Lycée.

M. Siddiki, professeur principal et professeur de mathématiques a décidé de sensibiliser les élèves aux différentes formes de génocides et à la négation de l’être humain en général. De nombreuses personnalités étaient présentes dans la salle.

Arrivée avec un léger retard, j’ai entendu une partie de la présentation faite par une jeune élève du voyage qu’elle avait effectué au camp  d’Auschwitz-Birkenau. Elle avait du mal à restituer l’émotion qu’elle avait ressentie sur place, mais M. Siddiki m’a ensuite raconté les détails de ce voyage auquel il avait participé avec le recteur de la Mosquée de Taverny. Ensuite j’ai pu m’exprimer pendant une dizaine de minutes afin de laisser le temps aux élèves de poser des questions.

J’ai donc résumé mon témoignage au maximum et, au fur et à mesure que les questions des élèves affluaient j’ai mieux compris la situation et j’ai essayé de trouver le lien avec leur voyage et le manque de témoin sur place.

Il y a eu ensuite un discours du recteur de la Mosquée de Taverny, remarquable. Il a insisté sur l’esprit du “vivre ensemble”, du respect et de l’amour de son prochain. Il a parlé de paix, de compréhension mutuelle et du respect des droits de l’homme.

De son côté M. Rahim Rezigat, ancien prisonnier d’Algérie, a évoqué assez rapidement cette période de l’histoire. Et après avoir raconté sa visite à Buchenwald il a précisé que le camp où il a été détenu en France, représentait en comparaison un “paradis”. Il a du exagérer un peu…

Puis le Maire adjoint a tenu un discours sans surprise, en insistant sur la laïcité.

Le prochain projet de visite se situe à l’Ile de Gorée. A ce propos j’ai évoqué mon voyage sur le lieu et mon émotion de constater que des familles “normales” vivaient dans la maison où dans les caves se trouvaient entassés les esclaves avant leur départ par bateaux.. Cette Maison des esclaves est jumelée avec Drancy.

Le point commun concernant ces deux génocides est bien la déshumanisation. Mais l’énorme différence réside dans le fait que l’on considérait les esclaves comme une marchandise, donc à ménager, tandis que les Juifs et les Tziganes faisaient l’objet de la “solution finale”, c’est à dire de l’extermination pure et simple.

Pour son initiative de transmettre la Mémoire, les multiples Mémoires, M. Rachdi Siddiki mérite un soutien inconditionnel de son entourage.

Isabelle Choko


Journal de Juillet 2011: la nuit du 4 juillet

9 août 2011

Le soir du 3 juillet 1987, il faisait une chaleur torride à Lyon. Une atmosphère écrasante, moite, dans l’attente du verdict du procès de Klaus Barbie. Nous étions nombreux autour du Palais de Justice, nous croisant sans cesse dans les rues aux alentours. Journalistes, avocats, parties civiles, mais aussi beaucoup de curieux. Attente presque sans mots en attendant ceux des jurés et de la cour. Moment d’histoire lorsque Klaus Barbie entre une dernière fois dans la salle d’audience, cette fois pour entendre le verdict. Après deux mois d’audience, mais plus de 40 ans après le faits.

A l’aube du 4 juillet, la Cour d’Assises juge l’ancien chef de la Gestapo de Lyon coupable. Coupable de la rafle du 9 février 1943, au siège de l’Union Générale des Israélites de France, ainsi que de celle des 44 enfants juifs et 6 adultes d’Izieu du 6 avril 1944 et enfin la déportation de 600 juifs le 11 août 1944. Coupable de crimes contre l’humanité, Klaus Barbie, dit Klaus Altmann, est condamné à la perpétuité. Il accueille le verdict le visage impas-sible. Pas un mot ne sort de ses lèvres fines, pas un mouvement. Cependant, le mépris rode. Cet homme n’a que faire de cette justice. Klaus Barbie sort de la salle comme il y est entré, menotté et entouré de gendarmes français. Il a hâte de regagner sa cellule, sa dernière demeure.

Dehors, la foule est encore plus nombreuse. Elle scande : Vergès, Vergès. L’avocat de Barbie a du mal à avancer devant ce mur d’hostilité. Les projecteurs éclairent son visage effrayé. Des coups fusent. Ce soir là, la foule l’aurait lynché, sans la protection des gendarmes. Trop de haine contenue. Trop de souvenirs douloureux. Certains auraient voulu en finir avec Klaus Barbie. C’est Vergès qui encaisse.

Je n’ai jamais oublié. Correspondante à l’époque du journal norvégien Dagbladet, j’ai suivi le procès, aux moments forts. L’arrivée de Klaus Barbie, à ce moment là avec un petit sourire aux lèvres. Dénonçant déjà un ”climat de lynchage”, et privant les parties civiles de la confrontation tant attendue.

Et la veille du procès, la découverte d’Izieu, où les avocats ont voulu se rendre, avec Sabine Zlatin, seule survivante. Toute sa vie, elle a attendu ce procès. Enfin pouvoir crier à Barbie, ou en l’occurrence à Vergès : “c’étaient quoi ces 44 enfants? Des terroristes? Des résistants? Non, des innocents!”

A l’époque, tout le procès fut enregistré. 145 heures. Arte vient de sortir un coffret de 6 DVD, coédité avec l’INA sous la direction de l’historien Dominique Missaka. Il faut tout regarder, comme le film ”Shoah” de Claude Lanzmann. Tout est là. Les crimes de l’offi-cier SS, les souvenirs des victimes, les réquisitoires et les plaidoiries. Il n’y a qu’un absent. Klaus Barbie.

Vibeke Knoop

 


Journal de Juillet 2011 : « Un juif improbable » de Dominique Moïsi

9 août 2011

UN JUIF IMPROBABLE

Dominique Moïsi

Flammarion.

A la découverte d’un homme que tout le monde croit connaître et qui dévoile ses jardins secrets.

“Si l’on n’oublie pas que le monde est tragique et que la bête immonde du racisme rôde toujours…on peut en un mot sans être dupe, vivre avec confiance.”

Dernière phrase de son livre ; lire tout ce qu’il y a avant pour comprendre.

Daniel Rachline

 


Journal de Juillet 2011: compte-rendu de notre séance du 7 avril 2011

9 août 2011

LA CONTROVERSE DE VALLADOLID

Thème : Défense des droits de l’homme : premier procès

Débatteurs: J.C. Carrière, B. Jouanneau.

Plus de 140 élèves assistèrent à la projection du film de J.C. Carrière sur cette controverse sur la “nature” des Indiens d’Amérique au 16èmesiècle après la conquête espagnole.

Sous l’autorité du Légat du Pape, s’affrontent le défenseur de l’identité indienne : créature de Dieu, et le négationniste qui ne l’admet pas.

Le défenseur (J.P Marielle) souligne les atrocités commises au nom de Dieu par les Espagnols, avec la volonté de piller les richesses (en particulier l’or) qui profite au roi et à l’église. Cette politique systématique s’est traduite par la diminution de la population indienne de 15 millions à 1 500 000 environ en deux siècles

Finalement le Légat du pape reconnaîtra la qualité de créatures de Dieu aux Indiens mais avec nécessité économique de travaux peu qualifiés et avec aussi la possibilité de faire appel aux Noirs.

Dans l’ensemble, la projection comme le démontrent les questions même parfois naïves, a suscité l’intérêt.

Première intervention d’un élève : Qui a gagné à l’issue du procès ?

—La sentence est globalement favorable aux Indiens, répond B. Jouanneau, mais le codicille du Légat reste ambigu.

—Quel est le but de la conquête ? Financier ; les métaux précieux et en particulier l’or, vont enrichir le roi et le Pape.

Un autre élève : Quelle est la raison de la présence d’acrobates et de “comiques”?

Réponse : le rire est le propre de l’homme, si les Indiens rient ou font rire c’est qu’ils sont des hommes.

Jamel: Pourquoi le “Noir” passe le balai?

B.Jouanneau : La société exploite encore les Noirs et le balai est le symbole d’une quasi-gratuité du travail.

Un autre élève : combien a duré l’extermination et combien de morts ?

—Plusieurs dizaines de milliers en moins d’un siècle.

J.C. Carrière est finalement arrivé avec un peu de retard et captive immédiatement l’auditoire.

La première question porte sur la genèse du film qui a été commandé par la TV française en 1992 pour le 500ème anniversaire de la découverte de l’Amérique.

J. C. Carrière parle également de sa pièce de théâtre reprenant le même thème “quelle est la nature de l’autre” en rappelant qu’au 16ème siècle la méconnaissance de l’autre est la règle : la science n’existe pas. Ambroise Paré parlait d’accouchement de crapauds par les femmes et on doit attendre Linné pour admettre la notion d’espèces et que, scientifiquement, la notion de race n’existe pas.

A une question sur le personnage, J.C. Carrière souligne qu’il a fait très attention a se replacer dans le contexte d’ignorance scientifique et souligne l’importance de Dieu, et la primauté de la religion au 16èmesiècle, d’où la question de la liberté humaine face à l’enseignement de Dieu.

Un élève demande de quand date l’abolition de l’esclavage ?

J.C. Carrière parle alors de l’Abbé Grégoire sous la Convention, puis de Napoléon puis de son abolition définitive en 1848. Cependant l’esclavage moderne existe toujours comme, par exemple, au Népal où il y a un marché d’esclaves “volontaires” pour travailler dans les champs de pétrole sans contrat.

En conclusion notre débatteur insiste auprès des jeunes pour qu’ils gardent l’espoir en dépit du pessimisme ambiant car  les progrès de la condition humaine au 20èmesiècle sont incontestables : allongement de la durée de la vie, progrès de l’agriculture qui permet de nourrir près de 7 milliards d’hommes.

En dépit de la réalité des problèmes liés à des dérives comme la pollution, et le réchauffement de la planète, la prise de conscience des dirigeants de la nécessité d’une maîtrise du progrès doit absolument redonner confiance aux jeunes en leur avenir.

Maxime Perrault


Journal de Janvier 2011 : Mémoire des massacres

25 janvier 2011

Il y a eu des milliers de massacres dans l’histoire de l’humanité et il est indispensable d’en conserver la mémoire. Mais il y en a eu de plusieurs catégories.

Pendant des siècles, les “pays développés” ont conquis d’immenses territoires sur tous les continents et transformé en esclaves les habitants de ces régions considérés comme racialement inférieurs. Beaucoup de ces indigènes ont été tués parce qu’ils refusaient d’abandonner leurs terres ou de travailler pour leurs maîtres.

Au XXème siècle, l’Etat allemand a massacré 6 millions de Juifs et 300 000 Tziganes sous le seul prétexte qu’ils étaient juifs ou tziganes, un crime monstrueux sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Ce massacre a été mené industriellement dans les camps d’extermination et des centaines de milliers d’Allemands y ont participé à tous les niveaux de l’appareil d’Etat, le plus souvent comme des fonctionnaires zélés qui connaissaient parfaitement le but de leur activité quotidienne ; d’autres Allemands ont tué de leurs mains dans les camps. Mais le pire a été la “Shoah par balles” : dans des centaines de villages de Pologne, d’Ukraine et d’URSS, des milliers d’Allemands ont tué plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants juifs avec des fusils ou des mitraillettes, souvent à bout portant. On découvre encore des fosses communes dans ces régions. Examinés après la guerre, ces assassins se sont révélés des êtres humains parfaitement normaux.

Comment le peuple allemand a-t-il pu en arriver là ? Après la Première guerre mondiale, ce peuple a subi un désastre : d’abord, la défaite de son armée qui était considérée comme invincible, puis la faillite de la République de Weimar où socialistes et communistes ne se sont jamais entendus, puis la crise économique de 1923 due aux réparations exigées par les Alliés (Traité de Versailles) et dont le paiement a mis bien des millions d’Allemands au chômage et, enfin, la crise économique mondiale de 1929 qui a encore beaucoup augmenté le chômage. Durant toute cette période, pour rassembler le peuple allemand autour de lui, Hitler, avec le parti nazi, a constamment dénoncé un ennemi commun, un bouc émissaire responsable de tous les malheurs de l’Allemagne : le Juif qu’il disait être le seul capable de vaincre. Le racisme a été érigé en doctrine officielle basée sur la supériorité raciale des Allemands : la race des maîtres. Les nazis ont ainsi obtenu 37% des voix aux élections de 1932 et, avec l’appui des possédants, Hitler est devenu Chancelier du Reich. L’invasion de la Pologne et l’entrée en guerre ont été justifiées par le “danger juif”, l’entrée en guerre des USA attribuée aux “judeo-ploutocrates” et l’invasion de l’URSS présentée comme nécessaire pour lutter contre la menace  “judeo-bolchevique”. Tout cela a été répété aux Allemands jour après jour dès qu’ils savaient lire ! Et c’est ce qui doit nous aider à comprendre comment, dans un contexte de guerre, des Allemands ordinaires ont été capables de se conduire en groupes comme des monstres convaincus d’agir pour le plus grand bien de leur pays en assassinant des gens désarmés.

En 1933, Hitler est donc arrivé légalement au pouvoir en mobilisant son peuple contre un bouc émissaire. Soixante ans plus tard, en 1990-1995, en Yougoslavie, le dictateur Milosevic a dû faire face à de graves problèmes économiques qui pesaient très lourd sur la population. Craignant de perdre le pouvoir, il a alors tout fait pour convaincre la majorité serbe de son peuple que toutes ses difficultés étaient causées par la minorité musulmane du sud du pays. Beaucoup de Serbes se sont alors jetés sur les Musulmans, leur ont volé leurs biens et en ont tué plusieurs dizaines de milliers : pour rester au pouvoir, et il y a réussi, Milosevic avait utilisé le racisme braqué contre un bouc émissaire.

Ces deux crimes ont été rendus possibles par une exploitation du racisme. Dans le monde d’aujourd’hui, beaucoup d’autres crimes sanglants se produisent qui sont souvent interprétés comme dus à une profonde haine raciale entre communautés. Il est exact que tous les humains, comme beaucoup d’animaux, ont tendance, même très jeunes, à se méfier des étrangers à leur communauté. Ce seul sentiment ne mène généralement pas des hommes au crime mais il peut être, dans un but politique, exacerbé par des ambitieux et transformé en haine sanguinaire collective. Cela peut se produire dans tous les pays, surtout en période de crise grave et en utilisant les media modernes. Comme nous ne sommes pas des animaux, nous devons à tout prix lutter contre cette tendance. L’entretien de la mémoire des massacres est un outil efficace pour nous y aider à condition d’y inclure la mémoire des mécanismes qui les ont rendus possibles.

Jean-Louis Steinberg

 


Journal de Janvier 2011 : Indignez-vous!

25 janvier 2011

C’est le titre d’un petit livre écrit par un jeune vieillard de 93 ans, (Stéphane Hessel). Il a raison.

A part certaines positions qu’il a sur Israël qui manquent singulièrement de retenue, que de raisons de s’indigner dans le monde et en France même.

L’énumération ressemble à une longue litanie qui n’a pas vraiment changé depuis de nombreuses années. On assiste plutôt à une régression des droits de l’homme un peu partout dans le monde.

Ce qui a changé ? Il semble qu’on s’y habitue et que nos voix soient devenues bien faibles.

Montée de l’extrême droite dans la plupart des pays d’Europe, xénophobie, islamophobie, et sans doute antisémitisme.

Et en France, un ministre de l’Intérieur qui soutient des policiers qui violent les valeurs fondamentales qu’ils sont censés défendre.

Dernièrement, une femme politique fille de… a osé comparer la présence des Musulmans en France à l’occupation nazie de 1940 à 45 et a ainsi ouvert une polémique !!

Et voilà…Il faudrait non seulement nous indigner, mais crier.

En sommes-nous encore capables?

Daniel Rachline

 


Journal de Janvier 2011 : Omerta dans la police de Sihem Souid

25 janvier 2011

OMERTA DANS LA POLICE

Sihem Souid

Le Cherche Midi

Sihem Souid est dans la police (elle vient d’ailleurs d’être suspendue à cause de ce livre). Elle croit en la République, en la démocratie, aux valeurs que l’on croit être les nôtres.

Alors elle dénonce les abus de pouvoir, le racisme, la xénophobie qu’elle rencontre chaque jour dans son métier. Elle pense que la police se doit de respecter ces valeurs. Elle s’adresse à sa hiérarchie naïvement.

Elle n’est pas entendue alors elle écrit, elle croit encore qu’on peut dialoguer. Elle va être déçue, elle va être broyée, c’est presque fait.

Comment réagir? Au moins indignons nous comme le demande ce vieux monsieur qui a nom Stéphane Hessel dans un petit livre qu’il faut aussi lire.

Daniel Rachline

 


L’éditorial du journal d’octobre 2010

13 octobre 2010

« Etranges étrangers »

Le plus affligeant dans la tourmente que nous traversons, n’est sans doute pas l’atteinte portée à l’image de la France sur la scène internationale ni même la partie de bras de fer que mène le président avec la Commission de Bruxelles.

Dans cette réprobation presque unanime, il y a sans doute une bonne dose d’hypocrisie, chacun étant chez soi confronté à une réalité qui finit toujours par donner raison à ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. On ne peut cependant s’empêcher de faire le rapprochement de cette tentative de justification avec celle que le Front National a longtemps utilisée pour nourrir la propagation de ses idées.

Alors que l’amalgame est érigé partout en méthode de pensée, on se gardera bien de faire des rapprochements hors de propos, voire outranciers entre les évacuations des Roms aujourd’hui et la déportation des Juifs et des Tsiganes d’hier.

Depuis deux mois que la surenchère sécuritaire dirigée contre les immigrés fait surgir des mots et des circulaires, des propositions de lois et des “feuilles de route”, on a à peu près tout dit dans un débat sans fin qu’annonçait malheureusement déjà l’imprudente et inutile campagne sur la recherche de l’identité nationale.

Mémoire 2000 s’est joint aux appels lancés par les associations dont elle se sent proche que ce soit la Licra et/ou la Ligue des droits de l’homme. Elle s’est tenue à l’écart du débat politique qui oppose les partis et les candidats aux élections, respectant ainsi les engagements politiques de ses membres.

Tant qu’il s’agit du rappel des principes constitutionnels, européens et internationaux qui poursuivent la discrimination proposée ou mise en œuvre à l’égard de personnes ou de groupe de personnes à raison de leur origine, Mémoire 2000 s’en tient à ses statuts, et s’il le fallait, elle rejoindrait le combat mené pour les faire respecter

Mais il ne suffit pas de rester sur le qui-vive et d’être prêts à défiler, banderole en tête. Il nous faut prendre conscience et prendre garde au fait que sauf erreur ou manipulation, les sondages qui se multiplient donnent de l’audace si ce n’est raison, à ceux qui s’en prennent ouvertement non seulement aux étrangers, fussent-ils devenus citoyens de l’Union, mais aussi aux Français d’origine étrangère qui pourraient se voir dépouiller de cet élément de leur identité. Il ne suffit pas que les sondages leur donnent raison et les encouragent à persévérer dans la voie inacceptable de la xénophobie et de la discrimination pour clore la discussion. Il est grand temps de se réveiller et de se lever pour dire “non ! ça suffit”.

On a sûrement eu tort de faire des raccourcis et des rapprochements entre les camps de concentration nazis et les campements illicites que le gouvernement a décidé le 5 août d’évacuer en priorité. Rien de commun avec le sinistre passé nazi.

Que ceux qui protestent contre les rapprochements historiques qui fusent de toutes parts, à leurs yeux insultants, n’oublient pas que nombre des mesures qui ont conduit Adolf Hitler au pouvoir à partir de 1932 ont recueilli le vote et pas seulement l’avis de la majorité. S’il y avait eu des ligues ou des associations pour le dire à l’époque, l’Europe n’en serait pas arrivée à ce délabrement qu’elle s’est imposé et qu’elle a vécu jusqu’à la Libération.

Il est donc plus que jamais nécessaire que la liberté de la Presse et le droit de manifester soient respectés et partagés. Que les organes de presse et les citoyens y veillent eux-mêmes sans se soumettre au diktat des instituts de sondages.

Certes en démocratie c’est la majorité qui doit l’emporter et imposer sa loi. Mais la majorité qui s’exprime par les voies légales et dans le respect des principes fondamentaux qui ressortent de la Constitution ou de déclarations des droits de l’homme, selon la conception et l’interprétation des organes habilités à la dire… Pas la majorité des suffrages que l’on poursuit de ses vœux par le recours aux sondages.

A cet égard bien des projets actuels dont certains sont en passe d’être adoptés par le Parlement ne trouveraient pas grâce auprès du Conseil constitutionnel du conseil d’Etat, de la commission de Bruxelles et même des tribunaux ordinaires de droit commun.

On doit sans doute admettre que la publication de ces sondages relève d’une certaine manière de la liberté d’expression, en tout cas de la liberté de la presse et il ne saurait être question de suspendre ni de restreindre ni l’une ni l’autre, d’autant qu’ils pensent être soumis au libre débat démocratique. Mais s’ils ne l’étaient pas pourquoi ne pas ouvrir aux associations qui se sont donné pour mission de faire respecter ces principes, le droit de réponse ou de réplique, comme c’est déjà le cas en matière de provocation à la haine et à la discrimination en vertu de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse…

Mémoire 2000 n’a pas de recommandations à faire aux Etats, aux politiques, aux institutions. Elle ne peut s’adresser qu’à l’opinion et aux individus en attirant l’attention sur les dangers qui se profilent à l’horizon. La défense des valeurs et de la démocratie appartient à tous et nul n’en pourra se plaindre lorsque l’irréparable aura été commis et qu’il n’aura rien à répondre sur ce qu’il aura fait pour l’empêcher.

Quant à nous, nous attendons depuis le 30 Avril 2010 que le Premier ministre appose sa signature sur le document officiel qui permettra au secrétaire d’Etat H. Falco, de mettre en œuvre l’accord transactionnel que nous avons accepté en faveur les “déportés d’origine étrangère” devenus français à leur sortie des camps, à moins qu’on ne remette en cause la délibération de la HALDE de 2005.

Nous craignons qu’un nouveau remaniement ministériel annoncé empêche le secrétaire d’Etat de tenir parole, ce qui serait tout de même assez grave en cette période de troubles et de polémiques sur la discrimination et les “Français d’origine”. Les déportés survivants qui ne sont plus qu’au nombre d’une centaine et qui sont français à part entière depuis des dizaines d’années attendent toujours que l’égalité des droits à pension leur soit accordée pour qu’ils ne se retrouvent pas dans la situation de ces “Etranges Etrangers” devenus français seulement sur le papier.

Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000


Journal d’octobre 2010 : article de Madame Chombart de Lauwe

13 octobre 2010

Marie-José Chombart de Lauwe,

Nous avons pris connaissance, sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, d’un article de Madame Chombart de Lauwe (présidente de la Fondation) qui nous a paru si intelligent et si pertinent que nous avons souhaité vous le faire partager.

Nous vous livrons ici cet article que l’on nous a autorisé à reproduire.

A méditer.

 

« L’Etat français est en charge de fonctions régaliennes, dont font partie la sécurité extérieure et la sécurité intérieure du pays, nul ne le conteste. L’histoire du XXèmesiècle marquée par les crimes de masse et les persécutions et génocides touchant les Juifs et les Tsiganes impose toutefois un regard rétrospectif dès lors que certains propos menacent l’âme du pays et sa cohésion.

L’instrumentalisation des thèmes sécuritaires dans le discours politique actuel doit être décryptée et dénoncée.

Le général de Gaulle évoquait la nécessité de hisser sans cesse la France vers les sommets.

Les déclarations récentes entendues aux plus hauts niveaux de l’Etat la tirent plutôt vers le bas.

 

Des vagues d’indésirables ?

La France a vécu des épisodes migratoires antérieurs. Elle n’en n’est pas morte…mais n’a pas  non plus lieu de se glorifier de la manière dont elle les a accueillis et traités. Faut-il rappeler les réticences d’une grande partie de la population française à l’égard des Républicains espagnols réfugiés de la Retirada, ces “gens sales, illettrés, voleurs et paresseux qui venaient ajouter aux difficultés quotidiennes de la vie des bons Français et manger leur pain”? C’était le discours repris par une certaine droite nationaliste, xénophobe et égoïste. Sans parler de l’embarras des pouvoirs publics totalement dépassés par un exode massif qu’ils s’étaient refusé à voir venir et qui déboucha sur la constitution des premiers grands camps d’internement.

L’on sait par la suite les pressions exercées pour contraindre cette population réfugiée à rentrer “volontairement” chez elle, où le régime fasciste de Franco l’attendait de pied ferme. Le rapprochement permet des doutes sérieux sur la notion de “retour volontaire”.

A l’opposé de ce discours, la ferveur populaire d’une partie de la France, cette France là, anonyme et modeste, qui s’est mobilisée pour venir en aide aux réfugiés espagnols, a incarné l’honneur de la République.

 

Pas si indésirables…

Est-il nécessaire de rappeler la part courageuse et exemplaire prise à nos côtés dans la guerre contre l’Allemagne nazie par ces “gens sales, illettrés voleurs et paresseux” restés malgré tout en France, leur engagement dans la Résistance contre l’occupant après la défaite, celui héroïque de groupes espagnols dans les combats du plateau des Glières ou encore le prix très lourd payé par près de sept milles autres, prisonniers de guerre, ignorés honteusement par le Régime de Vichy et abandonnés à l’Allemagne nazie qui les traita en “apatrides” et les déporta, principalement au camp de concentration de Mauthausen, dont la plupart ne sont jamais rentrés ?

Faut-il rappeler que des soldats de la 2ème Division blindée entrés les premiers à Paris avec la colonne Dronne, étaient des Espagnols?

Ce seul exemple devrait inciter à la prudence et à la retenue dans le discours.

 

Une extermination que l’on occulte un peu vite

Les populations Sintis, Roms, Manouches, Gitans, qualifiées globalement de Zigeuner (Tsiganes) par le régime nazi et classées dans la catégorie la plus basse des “sous-hommes”, ont fait l’objet d’un génocide tout aussi systématique en Allemagne et en Europe centrale occupée, que celui des Juifs et ont subi des expérimentations médicales d’une cruauté qui font encore frémir la mémoire des survivants. En France elles furent visées surtout par la honte et la misère de l’internement administratif. On en parle moins, voire pas du tout, cette population étant discrète, effacée et peu prolixe. Qui s’en souvient aujourd’hui? Qui a évoqué ce martyre passé? A lui seul pourtant ce rappel justifierait des égards, marques de considération et de soutien, voire réparations, comparables à ceux consentis à d’autres. Qui y songe ?

 

Le cycle des violences de masse en marche ?

Jacques Sémelin* , auteur d’une encyclopédie sur les violences de masse, insiste sur le rôle des représentations, qu’il situe en amont de ce processus.

Pour lui, le massacre est le résultat d’une démarche mentale créant un “imaginaire de l’ennemi opposé à l’imaginaire de soi”, instaurant une perception négative de l’Autre dans l’imaginaire collectif.

Chaque être humain peut avoir des fantasmes de destruction de l’autre. Dans le cas du crime de masse ces fantasmes basculent dans la réalité collective. Il tente en conséquence d’analyser l’articulation entre imaginaire et réel, où l’exploitation de la peur et de l’inquiétude facilite la définition d’entités mythiques à partir desquelles se construisent en interaction un “Eux”, figuratif de l’ennemi et un Nous, censé incarner le bien.

Il place à l’origine du processus le discours des leaders d’opinion (politiques, intellectuels, médiatiques ou religieux) proposant chacun leur lecture de la situation, comme par exemple : le pays ne va pas bien, mais si nous commencions par nous débarrasser de ces gens là ça irait beaucoup mieux.

 

Un discours globalisant et accusateur irrecevable

C’est ce discours là, aménagé, mais emprunté à l’extrême droite française, qui tend aujourd’hui à s’imposer dans l’appareil d’Etat et qu’il faut dénoncer. En désignant dans un même discours, les “gens du voyage et les Roms” comme facteurs d’insécurité, le Chef de l’Etat divise la collectivité nationale, crée des entités négatives jugées “indésirables” opposées à des entités positives imaginaires. Il flatte les égoïsmes et exacerbe les crispations identitaires qui s’opposent, bref dresse les Uns contre les Autres.

Lorsqu’il parlait de la “racaille” (entité mythique sans consistance, auquel chacun donne le contenu qu’il veut bien selon ses fantasmes) il la livrait déjà à la vindicte populaire. Il eût été plus noble de mobiliser la collectivité nationale pour trouver les voies et moyens possibles d’une intégration économique et psychologique réussie, en tout cas d’une insertion dans la vie active. Cela n’exclut nullement les poursuites pénales individuelles, exercées sous l’autorité du pouvoir judiciaire et non de l’exécutif, dès lors qu’elles sont justifiées, ni la recherche de solutions à l’échelle européenne.

Mais que la France, souvent prompte à donner des leçons, donne d’abord l’exemple en l’Europe, à l’heure où les ultranationalismes refont surface un peu partout, avec tous les dangers dont sont potentiellement porteurs leurs égoïsmes et leur violence.

 

La France n’a pas les moyens ?

S’exprimant il y a quelques semaines sur France Culture, le ministre des affaires européennes, Pierre Lellouche, ancien Haut-représentant de la France en Afghanistan, tenait un discours à deux vitesses, dont la distorsion entre des propos constructifs à l’égard de l’afghanistan, justifiant la présence française, une pédagogie à développer à l’égard du peuple afghan, décrivant les menaces que cette région fait peser sur la sécurité du monde et l’aide indispensable à apporter à l’armée nationale afghane etc., contrastaient avec les propos soudainement raidis, brutaux et accusateurs visant les quelques Roms installés dans sa circonscription électorale du 3ème arrondissement de Paris. Il n’était soudain plus question de pédagogie: seulement d’opprobre, de dénonciation collective et d’exclusion. Exigences d’un certain électorat qui tendrait à se dérober?

Ainsi donc la France aurait les moyens de soutenir une guerre lointaine à l’issue bien incertaine en faveur du peuple Afghan et serait incapable de dégager quelques moyens humains, financiers et citoyens autres que sa Police, en faveur de quelques 15 000 Roms?

 

Les signaux de l’histoire

Le chef de l’Etat pourrait méditer d’autres signaux de l’histoire.

Pétain s’était voulu lui aussi recours et “référence” d’une France abasourdie par sa défaite militaire et privée de repères et de perspectives. Il a alors élaboré le concept d’anti-France. Après avoir bénéficié quelque temps de la confiance des Français, il la perdit lorsque leurs yeux se sont enfin ouverts sur les grandes rafles de Juifs. Une vague réprobatrice monta alors “de la France d’en bas”.

Le haut-le-cœur des consciences d’aujourd’hui contre la chasse aux Roms et les mesures touchant “les gens du voyage”, exécutées sans état d’âme par des fonctionnaires disciplinés, marque le début d’un réveil des consciences.

Il prouve que notre pays a encore un cœur et des tripes. Soyons en fiers.  C’est aussi cela l’âme de la France !

Appeler les Français à la solidarité pour aider et encadrer les Roms aurait une autre tenue et une autre valeur symbolique. L’ethnologue, ancienne déportée, Germaine Tillion ne disait-elle pas dans un de ses derniers entretiens que le désespoir faisait le lit des terroristes en puissance? Sémelin l’exprime autrement en mettant en garde contre les représentations négatives qui font de gens ordinaires des assassins en puissance.

Où est passée la devise de la République? La désobéissance civique comme forme de résistance à de telles dérives pourrait bien devenir l’ultime recours des consciences qui restent lucides dans la tourmente. »

Marie José Chombart de Lauwe

Résistante déportée

Grand officier de la Légion d’HonneurDirecteur de recherche honoraire du CNRS

Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

*Directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) du CNRS.


Journal d’octobre 2010 : Mémoire 1940 ou : afin que nul n’en ignore…

13 octobre 2010

COMMISSARIAT GENERAL

aux questions juives                                                                                                                                                       ETAT FRANçAIS

Section d’Enquêtes et de Contrôle

Section Région parisienne                            Paris, le 9 décembre 1943

Affaire n°5.471

Inspecteur : FOURRIER, FERRY, LANDRY         7, rue Notre-Dame des Victoires

CEN : 01-52

GUT : 39-50

Rapport n°6.288                                                                               affaire : RACHLINE, Vice-Président de la L.I.C.A.

JB/DG – 670                                                                                        LIEU : 259, Boulevard Ornano à SAINT-DENIS (Seine)

ORIGINE : Section ProvinceRéférence à rappeler :

Reférence à rappeler :                                                     REFER : SM/AS du 8 octobre

SM/RL du 6 sept.1943                                                    OBJET : Vérifier si le juif RACHLINE Lazare est recensé,                                                                                                         et son activité.

ETAT CIVIL :

RACHLINE Lazare

Né le 25 décembre 1905 à GORKY (Russie)

D’origine russe.

A été naturalisé français par décret en date du 18.2.38

Il a fait l’objet du retrait de la nationalité française par Décret du 20.3.1942 (Journal Officiel du 26.3.1942)

Classé au Casier Général sous le n° 590.039

De race et de religion juive, a épousé le 9.6.32 à PARIS

La nommée ABRAHAM Suzanne, née le 19 Août 1911 à PARIS,

de nationalité française avant son mariage. Trois enfants :

Michel, né le 5.6.1933 à PARIS (18ème)

Daniel, né le 13.6.1936 à PARIS (18ème)

Jean-Claude, né le 30.9.1939 à TOURNAN.

L’intéressé, qui exerçait la profession d’industriel à SAINT-DENIS (Seine) est actuellement domicilié :

22, rue Léon Brauchet à BRIVE (Corrèze).

Papiers  personnels… Nous sommes très loin de cela, mais ce qui est arrivé une fois peut toujours se reproduire.

Ce qui arrive aujourd’hui aux gens du voyage et autres Gitans et Roms peut devenir à terme un élément d’un nouvel engrenage.

Ne rien laisser passer, toujours se souvenir, et toujours se battre, c’est notre lot.

Le document reproduit ici, que nous voulons “pédagogique” et “mémoriel” est bien entendu incomplet.

“L’enquête” menée relate sur plusieurs paragraphes les faits et gestes du “juif Rachline” depuis sa naissance.

Rien n’échappe aux enquêteurs, de la vie privée, voire intime, à la vie publique, professionelle et politique du “Juif Rachline” ainsi désigné à chacun des paragraphes.

En conclusion de l’enquête il est mentionné : “ Au cas où le juif Rachline serait en infraction, nous demandons à la Direction Régionale de Limoges (lieu de résidence des Rachline en 1943) de faire prendre à son égard toutes mesures prévues par la loi, et nous attirons spécialement l’attention de ces Services sur le fait que, par le passé, ce juif a eu une activité politique qui doit entraîner une surveillance toute particulière sur son activité présente”.

Il reste à souhaiter que plus jamais nous n’ayons l’occasion de voir ressurgir ce genre “d’enquêtes” menées sur des personnes pour ce qu’elles sont et non pas pour ce qu’elles font…

Nous sommes au XXIème siècle, nous avons l’expérience des siècles précédents, nous avons atteint une seuil de “civilisation” extraordinaire : n’est-il pas temps de penser enfin que l’“étranger”, le “différent” ne représente pas forcément un danger, mais qu’il n’est ni plus, ni moins qu’un alter ego !

Daniel Rachline