Journal de Janvier 2011 : Omerta dans la police de Sihem Souid

25 janvier 2011

OMERTA DANS LA POLICE

Sihem Souid

Le Cherche Midi

Sihem Souid est dans la police (elle vient d’ailleurs d’être suspendue à cause de ce livre). Elle croit en la République, en la démocratie, aux valeurs que l’on croit être les nôtres.

Alors elle dénonce les abus de pouvoir, le racisme, la xénophobie qu’elle rencontre chaque jour dans son métier. Elle pense que la police se doit de respecter ces valeurs. Elle s’adresse à sa hiérarchie naïvement.

Elle n’est pas entendue alors elle écrit, elle croit encore qu’on peut dialoguer. Elle va être déçue, elle va être broyée, c’est presque fait.

Comment réagir? Au moins indignons nous comme le demande ce vieux monsieur qui a nom Stéphane Hessel dans un petit livre qu’il faut aussi lire.

Daniel Rachline

 


Notre Journal de juillet 2010: notre séance-débat du film « Le plafond de verre »

30 août 2010

Le plafond de verre de Yamina Benguigui

Film de Yamina Benguigui

Séance du 13 Avril 2010

Thème : travail et discrimination

Débatteur : Guy Zerhat

“Pourquoi ce titre”? fut la première question posée par une élève. Guy Zerhat rappelle alors que c’est une expression américaine qui désigne le fait que, dans une structure hiérarchisée, les niveaux supérieurs ne sont pas accessibles à une certaine catégorie de personnes en raison de leurs particularités ethniques ou de sexe (les noirs par exemple, les femmes etc.).

Voilà, le ton était donné, les élèves présents étaient très réactifs face à ce film. Un documentaire fondamental qui rappelle que les enfants et petits enfants issus de l’immigration, ont pu, grâce à l’école publique, accéder à la connaissance, acquérir des diplômes de haut niveau, mais ne peuvent prétendre aux carrières professionnelles auxquelles ils sont formés.

Les Français ne se reconnaissent toujours pas dans une société pluriethnique. Le plafond de verre pèse sur la tête des candidats dont les patronymes n’ont pas une consonance “gauloise” ou à cause d’une couleur de peau.

Beaucoup d’interrogations chez ces élèves de 4ème.

— Qu’est-ce qu’un cadre? Demande Malo, pourquoi n’y a-t-il que des Africains?

—Le problème me semble-t-il, est le même pour les Asiatiques, les Pakistanais etc., interroge le petit Jaoued?

C’est vrai que Yasmina Benguigui a choisi de ne traiter que les personnes issues des anciennes colonies françaises africaines, mais on peut transposer.

—Peut-on porter plainte? En effet, en France une minorité de racistes est toujours présente, aux aguets, mais nous avons un certain nombre de structures qui ont été mises en place pour permettre aux personnes victimes de discriminations de se défendre.

A l’intérieur de l’entreprise : des délégués de personnel, des syndicats. A l’extérieur : des associations de lutte contre les discriminations au travail, la charte de la diversité et surtout la HALDE, qu’on peut saisir à tout moment pour dénoncer de telles pratiques.

—Comment persuader les racistes de ne plus l’être? On sent le désarroi de cet enfant qui a envie de lutter contre ce fléau qu’il doit rencontrer à l’école ou ailleurs.

Puis une sorte de questions-réponses s’instaure entre les élèves :

—Pourquoi la discrimination entre hommes et femmes est-elle toujours d’actualité? On entend encore des très jeunes vivant en France tenir des propos sexistes.

—La culture maghrébine favorise encore la domination masculine par rapport à la femme, comment faire changer ces hommes subitement lorsqu’ils mettent les pieds en France pour la 1ère fois?

—Se peut-il qu’il y ait des “pères au foyer“?

—Le racisme est aussi la haine de l’autre, sans raison apparente, qui débouche toujours sur la violence.

En fait, tous ces enfants se posent vraiment la question de savoir, comment à notre époque, on peut encore parler de racisme et pourquoi? Ils semblent tous convaincus qu’un enrichissement naît de nos différences.

Et enfin, une jeune fille se lève et prend la parole dans un silence religieux : Les jeunes d’aujourd’hui seront les adultes de demain et c’est à nous de faire tomber les barrières du racisme !

Et on a envie d’y croire, rien ne sera plus comme avant, la jeunesse est en marche !

Joëlle Saunière



Notre Journal de juillet 2010: Burqa, la face cachée

30 août 2010

Encore la burqa ! direz-vous. Et bien oui. Et même s’il y a en France de nombreux problèmes importants et urgents à résoudre, la “burqa” ou plus exactement le “niqab” en est un et pas des moindres. Alors pourquoi serions-nous les seuls à ne pas en parler?

Ce vêtement est devenu un “phénomène” social, un sujet de débats et de polémiques. La burqa est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, et même, on propose la création d’une loi rien que pour elle. Ce n’est donc pas rien!!

De plus en plus de femmes s’affublent de ce vêtement par respect, dit-on, des lois de la religion musulmane. Or, cet attribut qui se prétend le signe d’une observance religieuse n’est en réalité ni islamique, ni islamiste. Il relève, selon le Cheik du grand institut théologique du Caire, “de la tradition et non pas du culte”. Il est même décrié dans certains pays musulmans dans lesquels il est interdit.

Ce voile intégral a été remis au goût du jour par le mouvement intégriste salafiste introduit en France dans les années 1990. Pour faire simple et rapide, rappelons que le salafisme est un courant musulman qui prône un Islam des origines expurgé des “innovations blâmables” qui pervertissent la religion. Pour ce mouvement traditionnel, rigoriste, puritain et moyenâgeux, tout non-salafiste est un impie. Mouvement communautariste, il sait faire parler de lui par son activisme bien que minoritaire dans le monde musulman.

Radical et prosélyte (on y compte de nombreux convertis), le Salafisme en très nette progression, s’est politisé au cours du temps, il est désormais en totale rupture avec la République et ses valeurs fondamentales. Il refuse toute influence occidentale, en particulier la démocratie et la laïcité, qu’il accuse de corrompre la foi musulmane.

Une des visées de ce mouvement en instaurant le port obligatoire de la burqa, est de rendre les femmes invisibles aux regards des autres. La femme représentant aux yeux des Salafistes, tout ce qu’il y a de plus impur, de plus troublant qui détourne l’homme de Dieu. Mais aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit car ces femmes se retrouvent projetées sur le devant de la scène, exhibées à outrance, instrumentalisées. Plus visibles que n’importe quelles autres femmes.

Paradoxal, non? Certes, mais pas anodin. Ce paradoxe dévoile la face cachée de la burqa. Elle est devenue un instrument politique, et les femmes encore une fois, ne sont là que pour servir la cause. Que la dignité de la femme soit bafouée, qu’elle n’existe pas comme individu identifiable qu’importe!! Les Salafistes, en dépit de leurs assertions, se soucient comme d’une guigne du sort des femmes.

Une autre de leur volonté est d’exercer une pression sur les musulmans français, de les culpabiliser en leur faisant croire qu’ils sont de “mauvais musulmans”, ce qui malheureusement réussit souvent auprès de jeunes sans repaires et sans espoir.

La burqa sert de prétexte à un défi lancé aux pouvoirs publics. C’est une épreuve de force qui se joue entre des intégristes à tendance communautaire et la République. Les intégristes sachant pertinemment utiliser les lois et principes démocratiques mis à leur disposition, pour précisément atteindre cette même démocratie faible par nature et nécessité. Une loi serait-elle nécessaire et suffisante pour endiguer ce phénomène ? Peut-être. Partiellement…

En tout cas elle aurait l’avantage de rappeler qu’en République tout n’est pas permis et que la liberté, la sécurité pour tous passe nécessairement par la restriction de quelques libertés individuelles. Aussi ne peut-on sortir nus, ou masqués, boire sur la place publique, ou s’adonner à des fantaisies susceptibles de “déranger” le plus grand nombre…

Se parler à visage découvert, se regarder est signe d’altérité, de respect auquel nul ne devrait pouvoir se soustraire. C’est une condition minimum nécessaire au vivre ensemble. Si l’on refuse de se soumettre à cette élémentaire règle : on peut très bien rester chez soi…C’est aussi ça la liberté !!

Lison Benzaquen


Heureusement qu’on a les Musulmans…

26 avril 2010

Sinon ce seraient les Juifs les méchants du jour*

Un coup de gueule du posteur.

Comment expliquer la dernière histoire si bien trouvée pour alimenter la haine des Musulmans ? Pour créer une menace publique du voile intégral, alors qu’il n’y en a aucune, M. Hortefeux (Brice de Méchant) saute sur un PV de 22 euros, qui sera sans doute invalidé si jugé, sort une enquête sur le mari de la conductrice intégralement voilée**. Celui-ci, naturalisé français, aurait pas moins de quatre épouses. Intégriste, polygame, profiteur (car tous ses enfants qui remplissent de joie les politiques quand il s’agit de se vanter de la stabilité de la natalité française deviennent aussitôt de sales parasites sur le corps social français), le monsieur mérite, selon Brice, d’être déchu de sa nationalité cocoricotte.

Or, il n’est pas polygame, le droit français permettant aux hommes de coucher avec autant de femmes qu’il veut (ou peut). Il peut même faire des enfants avec. Et il peut vivre avec. C’est ça la liberté. Et en tout état de cause, la polygamie n’est pas un motif pour faire retirer son passeport bordeaux à un Français naturalisé.

Alors M. Hortefeux, ancien élu, ministre de l’Intérieur (celui de la police), semble ignorer la loi qu’il est censée faire appliquer. Ou bien il s’en fout, et ne cherche qu’à alimenter l’islamophobie trop présente en France de nos jours.

Un dernier mot : si établir plusieurs ménages avec de multiples femmes et des enfants avec chacune, et profiter de l’argent public pour ce faire, mérite la déchéance de la nationalité française, j’attends avec impatience une procédure à titre posthume à l’encontre de François Mitterrand.

* Mais merci à Jean-Marie Lepen de rappeler que les antisémites ne sont pas en reste.
**Je suis contre le port du voile intégral. Je suis également contre l’ingérence de l’Etat dans la pratique religieuse. Je pense qu’il y a un problème de la liberté réelle des femmes de Musulmans, mais je pense qu’interdire le port du voile traite un symptôme et non pas la maladie. Et si l’on veut l’interdire d’équipements et institutions publiques, le motif de la nécessaire visibilité du visage pour des raisons de sécurité ne suffit-il pas ?

Nos séances-débats : Persépolis

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Film d’animation de Marjane Satrapi
Séance du 18 février 2010
Thème : l’intégrisme
Débattrice : Leyli Daryoush

Est-ce l’absence de décors, ou des décors à peine suggérés, qui nous permettent d’entrer d’emblée dans le film, d’oublier qu’il s’agit d’un dessin animé et de ne regarder que les visages si expressifs des “acteurs”?

En tous cas, le très jeune public de cette séance, des CM2, des 4èmes et quelques plus grands, ont semblé fascinés par l’histoire de la petite Marjane qui grandit dans un pays difficile, un pays qui doit leur sembler si étrange et si lointain.

“N’ais pas d’amertume, ni de vengeance, avant tout reste digne, intègre avec toi-même”.

Les jeunes élèves entendent-ils ce discours qu’adresse à la petite fille sa merveilleuse grand-mère? On ne le saura pas, mais dès la fin du film, c’est une avalanche de questions qui s’adressent à notre jeune débattrice iranienne, amie de Marjane Satrapi, Mlle Leyli Daryoush.

Ce sont les CM2 qui démarrent et qui vont quasiment monopoliser les questions!

Extrait de Persépolis - la police des moeurs

Les femmes sont-elles obligées de porter le voile? C’est vrai qu’on n’a pas le droit de mâcher du chewing-gum, de mettre des lunettes de soleil?

—Oui c’est tout à fait vrai répond la débattrice, mais les choses se sont un peu assouplies ces dernières années. Il y a un peu plus de liberté aujourd’hui et répond-t-elle à un professeur, il y a des touristes libres de circuler et de visiter le pays.

Dans le film, on voit les terribles dégâts causés par la guerre entre l’Iran et l’Irak qui a duré près de dix ans…Pourquoi cette guerre interroge un élève?

—La raison première indique Leyli Daryoush ce sont les puits de pétrole, qui attiraient les Irakiens. Mais c’était aussi, insiste-t-elle, le souhait des religieux qui gouvernaient l’Iran. Ils voulaient ainsi mobiliser le peuple qui aurait pu se révolter contre leur pouvoir autoritaire! C’est la guerre qui leur a permis d’exacerber le pouvoir de la religion et de l’intégrisme.

La débattrice raconte comment des femmes ont été emprisonnées pendant plus de vingt ans car elles étaient soupçonnées d’être communistes. On leur a fait subir de véritables lavages de cerveau, leur faisant apprendre à longueur de journée le Coran par coeur et ce sont elles qui endoctrinent maintenant les nouvelles prisonnières…

Les élèves ne semblent pas très intéressés de parler de l’Iran d’aujourd’hui. Mais un détail vestimentaire aurait pu attirer leur attention (et la nôtre !) : Mlle Leyli Daryoush portait une grande écharpe de couleur verte. Cela ne vous dit rien? C’est bien sûr la couleur portée par ceux qui se rebellent contre le pouvoir actuel qui essaye de se maintenir à tout prix, et c’est ce qu’elle nous confirmé!

Sur cette note d’espoir les jeunes spectateurs sont repartis, en appréciant peut-être un peu plus, souhaitons le, de ne pas avoir eu une jeunesse aussi dure que celle de Marjane.

Claudine Hanau


Nos séances-débat : Le Cahier

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Le cahier d'Hana Makhmalbaf

LE CAHIER
Film d’Hana Makhmalbaf
Séance du 18 mars 2010
Thème : droit des filles à l’éducation
Débattrice : Carol Mann

Dans un pauvre village d’Afghanistan une fillette de 6 ans n’a qu’un rêve : aller à l’école pour apprendre à lire. Pour cela il lui faut un cahier et un crayon mais elle n’a pas un sou pour les acheter. Alors elle essaie de vendre quatre oeufs à qui voudra, ce qui la conduit et nous avec elle, d’échoppe en échoppe au milieu d’un paysage sublime, désertique, avec les montagnes enneigées au loin; et à proximité, l’immense vide laissé par les Talibans à la place des Bouddhas géants qu’ils ont démolis en 2001.

C’est bien difficile pour une petite fille de trouver une école en Afghanistan. Et le chemin est parsemé d’embûches. Une bande de gamins s’en prend à elle. Ils jouent aux Talibans : une fillette ne doit pas aller en classe, elle ne doit pas avoir de beaux yeux, son visage doit être masqué et même, on va la lapider. Son seul vrai copain lui crie : “fait la morte, tu seras libre!”. La petite se jette au sol tandis qu’explosent une nouvelle fois les Bouddhas géants. Fin du film.

Nos jeunes élèves ont suivi avec une passion perceptible les aventures de cette merveilleuse petite actrice : le bébé dont elle a la charge, son petit voisin qui répète ses leçons à tue tête la jambe attachée à une corde pour qu’il ne se sauve pas, les trajets qu’elle effectue seule dans un environnement sauvage, les animaux domestiques, l’école en plein air où l’on vous envoie “au coin”, les jeux trop cruels, son courage face aux “Talibans”, ils comprennent tout et vibrent avec la petit héroïne.

Aussi les questions fusent, celles de base pour expliciter certains détails du film, mais aussi des questions de fond sur la réalité des Talibans, le voile, la lapidation. Et même un jeune garçon qui a tout compris se demande comment ce pays va pouvoir évoluer.

Carole Mann, sociologue qui se rend plusieurs fois par an en Afghanistan où elle agit pour la défense des femmes et la scolarisation des filles, sait canaliser les échanges pour qu’il n’y ait pas d’amalgame entre Talibans et Islam. Elle centre son intervention sur l’importance de l’éducation qui seule peut permettre à la femme d’accéder à la liberté de décider de son sort. Elle en profite pour faire passer le même message à tous ceux qui, dans la salle, auraient préféré la télé et les jeux vidéos plutôt que d’aller en classe!

Hélène Eisenmann


« Machisme machinal »

29 janvier 2010

La voix des politiques appelant à la parité hommes-femmes aux conseils d’administration aurait plus de poids si les politiques respectaient eux même la parité…

Chronique de Gérard Courtois
LE MONDE | 25.01.10 | 13h42 • Mis à jour le 25.01.10 | 13h42

Sonnez trompettes et résonnez hautbois : depuis deux siècles et même un peu plus, la France est la patrie des droits de l’homme et du citoyen. C’est inscrit, en quelque sorte, sur sa carte d’identité nationale. Pour les droits de la femme et de la citoyenne, en revanche, c’est une autre histoire.

Sans doute, l’article premier de la Constitution proclame-t-il fièrement, depuis les réformes de 1999 et 2008, que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Ainsi, le 20 janvier, à l’initiative de l’UMP, les député(e)s examinaient une proposition de loi « relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance » des entreprises. Légitime ambition, ont déclaré, la main sur le coeur, tous les orateurs et oratrices. Et pour cause : les femmes représentent aujourd’hui près de 40 % des cadres des entreprises, mais n’occupent que 8 % des sièges des conseils d’administration ou de surveillance des 500 plus grandes sociétés françaises.

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