Journal d’Octobre 2018 : Simone Veil au Panthéon

29 novembre 2018

“Un peuple, pour vivre, doit toujours pouvoir connaître son passé, le juger, l’assumer” disait Simone Veil dans un entretien accordé au Monde en 1983.

Le 1er juillet 2018, elle devient la cinquième femme qui entre au Panthéon, aux côtés de son mari Antoine, premier homme à y entrer en tant qu’époux.

Un an auparavant, au soir du décès de Simone Veil, le 30 juin 2017, un rassemblement féministe avait eu lieu sur la place de la République pour célébrer cette combattante de la cause des femmes.

15587338-15587604-article-simone-veil-pantheon-emmanuel-macron-jpg_5372130_660x281Revenons sur la cérémonie du 1er juillet. Les 29 et 30 juin 2018, les cercueils de Simone et Antoine Veil ont été exposés dans la crypte du Mémorial de la Shoah, pour un ultime hommage du peuple français. Le 1er juillet, les cercueils couverts du drapeau tricolore, quittent le Mémorial, escortés par la garde républicaine jusqu’au jardin du Luxembourg. Le cortège remonte la rue Soufflot tapissée de bleu, couleur de “la paix, l’entente entre les peuples et l’Europe “. Le long du parcours, cinq écrans géants retransmettent la cérémonie. Durant les pauses, sont projetés des films sur L’Europe et la Shoah. La chanson de Jean Ferrat nuit et brouillard accompagne le cortège.

La cérémonie fait écho aux étapes d’une vie hors du commun. Simone Jacob a 16 ans lorsqu’elle est déportée en mars 1944 avec sa sœur et sa mère qui ne reviendra pas. Au sortir de la guerre, Simone, devenue Veil par son mariage, entreprend des études de droit et entre dans la magistrature en 1957. Elle devient la première femme secrétaire générale du conseil de la magistrature en 1970. Nommée ministre de la santé par Valéry Giscard d’Estaing en 1974, elle est chargée de faire adopter le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. C’est un dossier explosif. En novembre 1974, elle prononce devant l’Assemblée un discours historique. Trois jours plus tard, après des débats d’une grande violence, la loi est votée.

Simone Veil s’engage ensuite dans la construction de l’Europe, étape essentielle de la réconciliation franco-allemande. Elue au Parlement européen, elle en sera présidente de1979 à 1982. Elle dirige le service juridique du Parlement européen jusqu’en 1993, année où elle devient ministre d’Etat, ministre de la Santé, des Affaires sociales et de la Ville. Sa carrière s’achève au Conseil constitutionnel. Par ailleurs, Simone Veil a été membre fondateur du Mémorial de la Shoah et première présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2001 à 2007.

La cérémonie publique se termine sur le parvis du Panthéon, nécropole laïque, entre deux immenses drapeaux français et européen, le président de la République prononce un discours, suivi d’une minute de silence, puis retentit la Marseillaise interprétée par Barbara Hendricks et le chœur de l’armée française, avant l’entrée sous la voute du Panthéon.

En cette fin d’été, nous apprenons que 14 panneaux de l’exposition consacrée à Simone Veil, sur les grilles du Panthéon, ont été dégradés. Son visage a été barré, sans autre texte ou mention. A quelle facette de cette femme exceptionnelle ce geste s’adresse-t-il ? A la féministe qui a obtenu la loi de dépénalisation de l’avortement ? A la déportée revenue des camps, qui fut présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah ? A la première femme présidente du Parlement Européen ? A l’académicienne qui a fait graver son matricule de déportée sur son épée ainsi que la devise de l’Union européenne “Unie dans la diversité” ?

Nous, qui souhaitons ne pas effacer le passé, nous souviendrons de cette femme profondément humaniste qui a toujours plaidé non pour un “devoir de mémoire” imposé à tous, mais pour la connaissance de notre histoire commune.

Jacinthe Hirsch


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 15 novembre 2016

20 décembre 2016

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Les femmes du bus 678

Séance du 15 novembre 2016

Thème : la violence faite aux femmes

Débattrice : Bérénice Poussin (Association Terre des Femmes)

 

Vingt trois élèves d’une même classe, en majorité d’origine africaine ou maghrébine, ont assisté à la projection de ce très beau film où trois femmes égyptiennes, Fayza, Seba, Nelly, s’opposent, chacune selon son tempérament, au machisme ambiant.

L’une d’elles, Fayza, agressée, “pelotée” chaque fois qu’elle monte dans un bus toujours bondé, décide de se défendre par ses propres moyens avec une aiguille à chapeau violemment piquée dans les “parties” de son agresseur. Drames, enquêtes, prison. Tout comme ses deux amies elle se refuse à toute concession et à toute excuse.

Il a fallu la patience de notre débattrice aidée de Joëlle Saunière et de Guy Zerhat pour que la discussion s’engage. Mais ensuite les élèves ont suivi. Tous de la même classe et se connaissant bien, ils ont eu des échanges très vifs sur des sujets qu’ils n’avaient probablement jamais abordés entre eux. Ils se sont vite focalisés sur ce qui se passe dans le bus avec Fayza et son épingle, laissant de côté des aspects passionnants de ce film.

Sur le fond de l’histoire une fille s’exprime : “Au début ça m’énervait qu’on demande à la fille de retirer sa plainte, mais c’était touchant que son fiancé la soutienne”. Puis la discussion s’oriente sur la façon de s’habiller des filles.

Un garçon :”Il y a des filles qui s’habillent très mal. En Egypte c’est inacceptable, en France ça l’est.”

Une fille : “Les filles peuvent s’habiller comme elles le veulent. Les garçons n’ont qu’à se retenir.”

Une autre : “Même si une femme provoque avec une minijupe ça ne devrait pas faire ça. Il y a des femmes qui provoquent, d’autres pas.”

Un garçon :”Mais aller jusqu’à castrer les garçons? Jusqu’à taper dessus? Ça fait mal !”

Joëlle : “Tu ne perçois pas la violence de l’agression pour une femme? Tu aimerais qu’on fasse ça à ta sœur?”

Le garçon : “Mais on a tous droit à une deuxième chance. Castré c’est fini !”

La fille : “Ils sont pas castrés et la deuxième fois ils referont pareil !”.

Joëlle : “En France il ne faut pas se faire justice soi-même”.

La fille : “Elle s’est fait justice soi-même parce que personne ne la défendait. Elle voulait pas porter plainte pour que sa famille ne soit pas déshonorée”.

La débattrice: “Savez-vous combien de femmes portent plainte en France? Une sur dix !”

Guy: “N’oublions jamais la dignité de la personne humaine. Une fille bien roulée tu la regardes, d’accord, mais tu ne sautes pas dessus. On doit maitriser ses pulsions. On n’est pas des chiens. Même dans le bus. C’est ignoble”. Applaudissements.

La discussion dévie sur le fait divers jugé en ce moment en France : la femme qui a tué son mari après 40 ans de vie commune.

Une fille : “C’est pas normal qu’il la batte mais c’est pas normal qu’elle le tue. Elle aurait dû partir”.

Un garçon : “Si elle avait pas pu partir?”

Une fille : “Tu peux et tu dois partir.”

Une autre : “Moi je ne me fais pas battre, je pars à la première claque !”

La débattrice : “Et s’il s’excuse ?”

La même : “Tu pars !”

Une autre : “Le mari est plus fort, elle voulait pas le tuer.”

Une autre : “Avec un fusil elle l’a pas fait exprès ! On peut toujours partir, chez des parents, chez des amis.”

La débattrice: “Vous êtes jeunes, vous ne connaissez pas encore la vie, mais plus tard, n’oubliez pas vos bonnes résolutions.”

Guy, en conclusion : “Vous, les filles, faites vous respecter et vous, les garçons, on n’est pas des bêtes !” Longs applaudissements.

Belle leçon de morale.

 

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2017:“Génie de la laïcité” de Caroline Fourest

20 décembre 2016

le-genie-de-la-laicite-9782246709817_0Voilà bien un ouvrage qui devrait être “déclaré d’utilité publique”, voire même “remboursé par la Sécurité Sociale”. Caroline Fourest nous fait un état des lieux remarquable de lucidité et très inquiétant, nous exhortant à revenir à une laïcité fidèle aux origines, tant elle est en danger. Car nos gouvernants réagissent de façon lamentable à tous les crimes commis contre nous et contre ce que nous sommes.

Plus les assassins tuent, plus les “démocrates” leur trouvent des excuses, quand ils ne blâment pas leurs victimes. Mais la réalité s’impose : partout où l’intégrisme fait des ravages, le désir de laïcité monte. Or, il faut voir dans la laïcité le désir de protéger la liberté de conscience et la passion de l’égalité. Equilibre rare, presque unique eu monde, arraché aux forces de l’intolérance religieuse dans le sang et les larmes par des siècles de combat.

Après avoir rappelé l’horreur des attentats qui ont frappé notre pays depuis deux ans, l’auteur décrit la genèse de l’intégrisme et de la radicalisation, compliquée par notre “complexe colonial” qui nous frappe de cécité. En outre, certains, à trop vouloir bien faire contre le racisme, finissent par générer une image déformée de leur propre pays, parlant même de “racisme d’Etat”, et confortés en cela par certaines organisations nauséabondes et quelques associations qui débordent de racisme et d’antisémitisme.

Face aux menaces racistes et aux provocations intégristes, la laïcité tend plutôt à revenir à la mode au sein du continent européen, là où la France place l’enseignement du respect de l’égalité avant la liberté religieuse. C’est ainsi que, alors que les Américains se sont placés sous la protection de Dieu pour rester unis, la France a dû remettre Dieu à sa place pour rester en République.

Toute l’histoire des Etats-Unis est traversée par des “réveils religieux“, et leur patriotisme est assimilé à la foi religieuse. Ce qui vaudra à Régis Debray de dire que “la démocratie, c’est ce qui reste d’une république quand on éteint les lumières”.

Débute alors la lutte contre le cléricalisme, qui génère une laïcité de combat. C’est le siècle des Lumières, où les philosophes appellent à la Raison, avec Voltaire, Copernic, Galilée, Giordano Bruno, puis la mise sous tutelle des biens du clergé. La liberté de culte est proclamée. Entrent dans le combat Victor Hugo, Condorcet, Jules Ferry, Gambetta et surtout Ferdinand Buisson et Aristide Briand, qui inspira la future loi de 1905.

Mais le religieux, pour qui le laïcisme reste l’ennemi, repart à l’attaque. Jean Zay y laissera la vie. Enfin, après d’autres soubresauts, c’est la Loi de 2004, décriée et déformée par islamistes et gauchistes, puis foulée aux pieds par un “Président-prédicateur” de la République. Mais intégristes et radicalisation ne désarment pas, favorisés par certaines associations, gouvernementales ou non (on en apprend de belles !) jouant ainsi aux “idiots utiles”. On veut à nouveau “crucifier les laïcards”. Alors que la laïcité permet à ceux qui ne croient pas comme à ceux qui croient de “faire société ensemble, et pas seulement de coexister”.

Enfin, l’auteure plaide pour une “pédagogie de la laïcité” qui permet de considérer “l’espace civique comme un espace où la citoyenneté prime sur la liberté individuelle”. Et rien n’est passé sous silence : écoles, entreprises, piscines, hôpitaux, prisons, voie publique, jusqu’aux cimetières. En se méfiant d’un “clientélisme dangereux chez les élus locaux”.

Conclusion de l’auteure : La laïcité doit rester fidèle à son histoire : ni capitulation, ni persécution. “La laïcité n’est pas un glaive, mais un bouclier”. Et elle s’adresse à nous tous : si nous ne réagissons pas, ce sera “la laïcité ou le fascisme”.

Pour ce qui nous concerne, notre choix est fait.

 

Guy Zerhat

 


Journal de Juillet 2015: compte-rendu de notre séance Cinéma du 16 avril 2015

7 septembre 2015

3610150606075_230Séance du 16 avril 2015

Thème : le vote des femmes (70 ans)

Débattrice : Michèle Dominici

 

Les suffragettes, ni paillasson, ni prostituées

Michèle Dominici, réalisatrice de ce documentaire nous a fait le cadeau de sa présence ce matin et s’est prêtée avec beaucoup de compétence et d’humilité, aux interrogations des élèves de 3° du collège Camille Sée. Merci à elle.

Le film retrace l’histoire de la révolution des femmes en Grande Bretagne dès 1884, et le parcours de 5 suffragistes et suffragettes, qui ont consacré leur vie au combat pour l’égalité hommes-femmes et pour obtenir le droit de vote.

Attentifs pendant la projection, les élèves ont été très vifs et intéressés pendant le débat. Beaucoup de questions sur le combat lui-même, sur la torture dont il est fait mention dans le film (gavage forcé des femmes qui faisaient la grève de la faim), la soumission aux maris, pourquoi ce sous-titre? La motivation de Mme. Dominici pour cet engagement…

“Il est nécessaire de rafraîchir les mémoires, dit alors Michèle D., le féminisme n’est pas toujours bien vu, j’avais envie de lui redonner une certaine noblesse. L’histoire se répète, le film a des résonnances avec les événements d’aujourd’hui : rôle politique des Femen, les immigrés payent des impôts mais n’ont pas le droit de vote, exactement comme ces femmes qui décident lors d’une manifestation de ne plus payer leurs impôts tant qu’elles n’auront pas accès au suffrage : “No vote, no tax”. Quant au “gavage”, les Américains le pratiquent encore à Guantanamo.

A propos du sous-titre, il n’est pas d’elle : au début du film, on aperçoit une femme : Rebecca West qui dit “on ne me considère femme que, si je suis paillasson ou prostituée”, il était intéressant de reprendre l’image qui fait résonnance avec “ni putes, ni soumises”, mouvement créé en 2003 en France par F. Amara, pour lutter contre les violences faites aux femmes.

– Y-a-t-il eu un combat en France pour les droits de vote des femmes? demande une élève.

-Alors que la France avait été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel en 1789, les femmes étaient considérées comme “citoyens passifs”, exclusion du droit de vote maintenue par la Constitution de 1791. Leur identité était subordonnée à celle de leurs maris ! Malheureusement, une autre guerre (1939-1945) semble avoir été nécessaire pour que les hommes se rendent compte que leurs femmes, résistantes, messagères clandestines, activistes contre l’ennemi, méritaient qu’elles aient au moins le droit de vote ! Celui-ci a été acté en 1944 par le gouvernement provisoire du général de Gaulle à Alger ; les femmes ont voté pour la 1ère fois en 1945. Mais ce n’est qu’en 1967 que les femmes, en France ont pu détenir un compte en banque sans l’autorisation du conjoint.

Une élève s’étonne de la répression policière et en particulier de la facilité avec laquelle les femmes se laissaient embarquer.

-Il faut savoir, répond M. Dominici, qu’à cette époque, il n’y avait aucun moyen de communication. Donc, la seule façon de se faire entendre était de provoquer des procès, qui étaient relayés par la presse écrite. C’était alors un formidable espace pour revendiquer et faire savoir leur lutte à toute la population. Tandis que les “réformistes” passaient des heures interminables au Parlement, les “activistes” avaient un autre mode d’action, dont celui-ci.

Un autre élève, demande enfin si, dans le monde, il y a eu d’autres luttes de femmes pour le droit de vote.

-Depuis l’Antiquité, les femmes ont toujours été exclues des procédures démocratiques. Partout dans le monde (encore actuellement dans certains pays), elles ont été l’objet d’une discrimination abominable, et c’est à force de manifestations, toujours pacifiques, sans heurts, mais avec des arguments de poids, qu’elles ont réussi à se faire entendre.

Le droit de vote nous appartient désormais. Je pense que ces élèves en ont pris conscience ce matin et que, jamais, ils n’oublieront d’aller voter lorsqu’ils auront l’âge requis!

 

Joëlle Saunière


Journal d’octobre 2012: les révolutions arabes au milieu du gué

22 octobre 2012

(Reuters)

L’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye et de trois membres de l’ambassade à Benghazi le 11 septembre et le déchaînement de la colère des fondamentalistes musulmans partout dans le monde en réponse à un film affligeant de stupidité réalisé par un escroc copte égypto-américain s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu, avec une épouvantable guerre civile en Syrie, une poursuite de la répression à Bahreïn, des situations explosives au Yémen, à Gaza et en Cisjordanie, un risque de guerre entre Israël et l’Iran. Que se passe-t-il en Tunisie, en Egypte et en Libye, les trois pays arabes qui ont vu des révolutions populaires renverser des régimes despotiques et corrompus en 2011 ?

Les multiples liens unissant la Tunisie et la France justifient une attention particulière portée à l’évolution de la Révolution de jasmin. La Tunisie est en proie à des tensions et des confrontations entre trois principaux groupes, les progressistes laïques, les religieux modérés et pragmatiques, et les religieux fondamentalistes. Ces derniers harcèlent, voire agressent physiquement les artistes, les féministes, les journalistes, et tous ceux qui s’habillent et vivent librement et qui sont autant d’“impies” à leurs yeux. La situation sociale et économique reste très difficile et le chômage élevé. Dès lors, les mises en garde des démocrates tunisiens, dont le Professeur Yadh Ben Achour, éminent juriste et président de la Haute commission de la réforme politique, contre le risque d’une dictature théocratique et la fin de la liberté d’expression, sont entendues avec inquiétude et constituent un défi lancé au Président Moncef Marzouki (Congrès Pour la République, centre-gauche) et à son Premier ministre, Hamadi Jebali, du parti Ennahda (conservateurs religieux) qui domine le gouvernement de transition. Le gouvernement actuel est tripartite et soumis à des pressions internes contradictoires. Les nouveaux dirigeants affirment leur volonté d’ancrer la Tunisie au sein du Maghreb où le souvenir des années noires algériennes modère les tentations extrémistes. Et ils ont besoin de ménager l’Union européenne et les États-Unis qui apportent une indispensable aide financière. Malgré la menace constituée par une minorité salafiste, une majorité politique semble se dégager pour faire évoluer le pays vers le “modèle” turc, conciliant islam, démocratie, et libéralisme économique et social. Le Président Marzouki a vivement condamné l’assassinat des diplomates américains à Benghazi et le gouvernement n’a pas hésité à envoyer la police protéger l’ambassade des Etats-Unis, après la diffusion de la vidéo insultant Mahomet.

La situation en Égypte diffère de celle de son voisin tunisien, non seulement par le poids géostratégique de cet immense pays de 80 millions d’habitants dont une importante minorité chrétienne copte, mais par l’effondrement des partis laïcs et libéraux et l’émergence de deux grandes forces fondamentalistes, le parti islamique des Frères musulmans et le parti fondamentaliste Al Nour qui ont remporté 40% et 27% des suffrages aux législatives de décembre 2011. Mohamed Morsi, des Frères musulmans, a été élu Président et a récemment accru son pouvoir en changeant l’état major de l’armée après l’attaque de djihadistes contre des soldats égyptiens aux frontières du Sinaï et d’Israël. Le sentiment anti-américain et anti-israélien d’une majorité de la population, le poids politique des salafistes et leur volonté de pratiquer une surenchère religieuse rendent incertaine l’évolution politique du pays. Le Président Morsi a tardé à condamner l’assassinat des diplomates américains, ce qui a conduit le Président Obama a qualifier l’Égypte de pays qui “n’est pas un allié, mais pas un ennemi” et à geler une partie de l’importante aide financière américaine. Le futur de la révolution égyptienne dépendra de la volonté et de la capacité des Frères musulmans à imposer un État de droit, démocratique, musulman et respectueux des minorités religieuses, suivant l’exemple turc dont les succès politiques et économiques sont enviés.

La situation en Libye est contrastée. Du point de vue politique, un Congrès général national a été élu en juillet 2012 et les partis libéraux ont été largement majoritaires, devant les islamistes fondamentalistes voulant établir l’intégralité de la Charia. Le Premier ministre de transition, Moustapha Abou Chagour, un modéré proche des Frères musulmans, a vivement condamné l’assassinat des diplomates américains et a rapproché son pays de Washington. La Libye semble s’orienter vers un régime démocratique musulman modéré. Mais rien n’est joué car la situation sécuritaire est très mauvaise. Des militaires américains sécurisent l’arsenal militaire, notamment chimique, mais les armes légères sont disséminées dans toute la zone subsaharienne. Et la sécurité de la population n’est pas assurée comme en témoigne le journaliste Nizar Sarieldin, basé à Benghazi: des groupes armés djihadistes sont dans la ville et terrorisent une population qui a spontanément manifesté contre l’assassinat de Christopher Stevens, l’ambassadeur américain…

Après l’euphorie qui a accompagné les Révolutions arabes, l’attentisme prévaut en ces temps de transition où rien n’est joué, ni le pire – l’instauration d’une théocratie, en particulier en Égypte – ni le meilleur – la construction d’une démocratie véritable et d’un État de droit.  Espérons que l’expérience de la liberté et de la démocratie que les Tunisiens, les Égyptiens et les Libyens vivent depuis 18 mois restera pérenne. Aujourd’hui, les révolutions arabes sont au milieu du gué.

Rose Lallier


Notre séance du Jeudi 23 mai 2013: projection de «Les femmes du bus 678» de Mohamed Diab

9 octobre 2012


Les femmes du bus 678

un film de Mohamed Diab

Principaux acteurs: Naheb El Sebaï, Bushra Rozza

Egypte, 2012, 100 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

De nos jours, au Caire, les chemins de trois femmes se croisent. Fayza ne supporte plus de prendre le bus bondé où des hommes se livrent sur elle à des attouchements. Seba, violée un soir de match et délaissée par son fiancé, donne des cours d’autodéfense. Nelly, comédienne délurée, veut porter plainte contre l’homme qui l’a molestée. Fondé sur le premier procès pour harcèlement sexuel qui s’est tenu en Égypte en 2008, ce premier long métrage soulève des tabous sociétaux énormes. Il le fait avec un certain manichéisme, mais aussi avec une dose indéniable de courage et de justesse.

C’est le film qui a sans doute suscité le plus de débats et de larmes en Egypte depuis sa sortie. Projeté sur les écrans un mois avant la révolution, Les femmes du bus 678 a provoqué une onde de choc incomparable à propos d’un phénomène social, le harcèlement sexuel des femmes dans leur moindre déplacement quotidien.

Rien ne prédestinait le réalisateur Mohamed Diab, 34 ans, à devenir le porte-étendard d’un combat contre la violence faite aux femmes. Connu pour ses scénarios de film d’action c’est par le net, en 2005, qu’il va prendre conscience du phénomène du harcèlement collectif : le regroupement de dizaines d’hommes inconnus, qui, dans la rue, décident de fondre sur une proie, une femme, choisie au hasard, qui ne pourra en parler à personne sous peine d’être rejetée.

Ni les policiers qui participent parfois à des attouchements ou viols collectifs, ni la justice n’entendent les victimes. Phénomène de foule, frustration sexuelle, Mohamed Diab a frôlé le drame pendant le tournage quand l’actrice principale du film, filmée à la sortie d’un match de foot, a elle-même été agressée. Les femmes du bus 678 raconte la révolte de trois d’entre elles. En Egypte le film a suscité plusieurs procès (toujours gagnés) et rapporté deux millions de dollars de recettes.

Poignant, révoltant, porté par un trio de comédiennes qui ne lâchent rien, cet instantané dans la vie de trois Égyptiennes fissurées est le plus beau des combats de cinéma mené depuis longtemps pour la dignité de la femme. (Christophe Chadefaud Studio Ciné Live).

Thème :

La violence envers les femmes

TÉLÉCHARGEZ LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE EN CLIQUANT ICI

Débat :

La débattrice est le docteur Marie-France Hirigoyen, psychiatre-psychothérapeute, victimologue spécialisée dans l’étude de toutes les formes de violences (sexuelles, familiales, perverses etc), et auteur de plusieurs livres importants, notamment en 1998 Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien (réédition en poche chez Pocket). Son livre le plus récent est Abus de Faiblesse et autres manipulations (2012, Éditions Jean-Claude Lattès).

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Le dossier pédagogique de “Chaos” est en ligne

17 décembre 2011

 Le dossier pédagogique du film, cliquez ICI 


Journal de Janvier 2011 : Omerta dans la police de Sihem Souid

25 janvier 2011

OMERTA DANS LA POLICE

Sihem Souid

Le Cherche Midi

Sihem Souid est dans la police (elle vient d’ailleurs d’être suspendue à cause de ce livre). Elle croit en la République, en la démocratie, aux valeurs que l’on croit être les nôtres.

Alors elle dénonce les abus de pouvoir, le racisme, la xénophobie qu’elle rencontre chaque jour dans son métier. Elle pense que la police se doit de respecter ces valeurs. Elle s’adresse à sa hiérarchie naïvement.

Elle n’est pas entendue alors elle écrit, elle croit encore qu’on peut dialoguer. Elle va être déçue, elle va être broyée, c’est presque fait.

Comment réagir? Au moins indignons nous comme le demande ce vieux monsieur qui a nom Stéphane Hessel dans un petit livre qu’il faut aussi lire.

Daniel Rachline

 


Notre Journal de juillet 2010: notre séance-débat du film « Le plafond de verre »

30 août 2010

Le plafond de verre de Yamina Benguigui

Film de Yamina Benguigui

Séance du 13 Avril 2010

Thème : travail et discrimination

Débatteur : Guy Zerhat

“Pourquoi ce titre”? fut la première question posée par une élève. Guy Zerhat rappelle alors que c’est une expression américaine qui désigne le fait que, dans une structure hiérarchisée, les niveaux supérieurs ne sont pas accessibles à une certaine catégorie de personnes en raison de leurs particularités ethniques ou de sexe (les noirs par exemple, les femmes etc.).

Voilà, le ton était donné, les élèves présents étaient très réactifs face à ce film. Un documentaire fondamental qui rappelle que les enfants et petits enfants issus de l’immigration, ont pu, grâce à l’école publique, accéder à la connaissance, acquérir des diplômes de haut niveau, mais ne peuvent prétendre aux carrières professionnelles auxquelles ils sont formés.

Les Français ne se reconnaissent toujours pas dans une société pluriethnique. Le plafond de verre pèse sur la tête des candidats dont les patronymes n’ont pas une consonance “gauloise” ou à cause d’une couleur de peau.

Beaucoup d’interrogations chez ces élèves de 4ème.

— Qu’est-ce qu’un cadre? Demande Malo, pourquoi n’y a-t-il que des Africains?

—Le problème me semble-t-il, est le même pour les Asiatiques, les Pakistanais etc., interroge le petit Jaoued?

C’est vrai que Yasmina Benguigui a choisi de ne traiter que les personnes issues des anciennes colonies françaises africaines, mais on peut transposer.

—Peut-on porter plainte? En effet, en France une minorité de racistes est toujours présente, aux aguets, mais nous avons un certain nombre de structures qui ont été mises en place pour permettre aux personnes victimes de discriminations de se défendre.

A l’intérieur de l’entreprise : des délégués de personnel, des syndicats. A l’extérieur : des associations de lutte contre les discriminations au travail, la charte de la diversité et surtout la HALDE, qu’on peut saisir à tout moment pour dénoncer de telles pratiques.

—Comment persuader les racistes de ne plus l’être? On sent le désarroi de cet enfant qui a envie de lutter contre ce fléau qu’il doit rencontrer à l’école ou ailleurs.

Puis une sorte de questions-réponses s’instaure entre les élèves :

—Pourquoi la discrimination entre hommes et femmes est-elle toujours d’actualité? On entend encore des très jeunes vivant en France tenir des propos sexistes.

—La culture maghrébine favorise encore la domination masculine par rapport à la femme, comment faire changer ces hommes subitement lorsqu’ils mettent les pieds en France pour la 1ère fois?

—Se peut-il qu’il y ait des “pères au foyer“?

—Le racisme est aussi la haine de l’autre, sans raison apparente, qui débouche toujours sur la violence.

En fait, tous ces enfants se posent vraiment la question de savoir, comment à notre époque, on peut encore parler de racisme et pourquoi? Ils semblent tous convaincus qu’un enrichissement naît de nos différences.

Et enfin, une jeune fille se lève et prend la parole dans un silence religieux : Les jeunes d’aujourd’hui seront les adultes de demain et c’est à nous de faire tomber les barrières du racisme !

Et on a envie d’y croire, rien ne sera plus comme avant, la jeunesse est en marche !

Joëlle Saunière



Notre Journal de juillet 2010: Burqa, la face cachée

30 août 2010

Encore la burqa ! direz-vous. Et bien oui. Et même s’il y a en France de nombreux problèmes importants et urgents à résoudre, la “burqa” ou plus exactement le “niqab” en est un et pas des moindres. Alors pourquoi serions-nous les seuls à ne pas en parler?

Ce vêtement est devenu un “phénomène” social, un sujet de débats et de polémiques. La burqa est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, et même, on propose la création d’une loi rien que pour elle. Ce n’est donc pas rien!!

De plus en plus de femmes s’affublent de ce vêtement par respect, dit-on, des lois de la religion musulmane. Or, cet attribut qui se prétend le signe d’une observance religieuse n’est en réalité ni islamique, ni islamiste. Il relève, selon le Cheik du grand institut théologique du Caire, “de la tradition et non pas du culte”. Il est même décrié dans certains pays musulmans dans lesquels il est interdit.

Ce voile intégral a été remis au goût du jour par le mouvement intégriste salafiste introduit en France dans les années 1990. Pour faire simple et rapide, rappelons que le salafisme est un courant musulman qui prône un Islam des origines expurgé des “innovations blâmables” qui pervertissent la religion. Pour ce mouvement traditionnel, rigoriste, puritain et moyenâgeux, tout non-salafiste est un impie. Mouvement communautariste, il sait faire parler de lui par son activisme bien que minoritaire dans le monde musulman.

Radical et prosélyte (on y compte de nombreux convertis), le Salafisme en très nette progression, s’est politisé au cours du temps, il est désormais en totale rupture avec la République et ses valeurs fondamentales. Il refuse toute influence occidentale, en particulier la démocratie et la laïcité, qu’il accuse de corrompre la foi musulmane.

Une des visées de ce mouvement en instaurant le port obligatoire de la burqa, est de rendre les femmes invisibles aux regards des autres. La femme représentant aux yeux des Salafistes, tout ce qu’il y a de plus impur, de plus troublant qui détourne l’homme de Dieu. Mais aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit car ces femmes se retrouvent projetées sur le devant de la scène, exhibées à outrance, instrumentalisées. Plus visibles que n’importe quelles autres femmes.

Paradoxal, non? Certes, mais pas anodin. Ce paradoxe dévoile la face cachée de la burqa. Elle est devenue un instrument politique, et les femmes encore une fois, ne sont là que pour servir la cause. Que la dignité de la femme soit bafouée, qu’elle n’existe pas comme individu identifiable qu’importe!! Les Salafistes, en dépit de leurs assertions, se soucient comme d’une guigne du sort des femmes.

Une autre de leur volonté est d’exercer une pression sur les musulmans français, de les culpabiliser en leur faisant croire qu’ils sont de “mauvais musulmans”, ce qui malheureusement réussit souvent auprès de jeunes sans repaires et sans espoir.

La burqa sert de prétexte à un défi lancé aux pouvoirs publics. C’est une épreuve de force qui se joue entre des intégristes à tendance communautaire et la République. Les intégristes sachant pertinemment utiliser les lois et principes démocratiques mis à leur disposition, pour précisément atteindre cette même démocratie faible par nature et nécessité. Une loi serait-elle nécessaire et suffisante pour endiguer ce phénomène ? Peut-être. Partiellement…

En tout cas elle aurait l’avantage de rappeler qu’en République tout n’est pas permis et que la liberté, la sécurité pour tous passe nécessairement par la restriction de quelques libertés individuelles. Aussi ne peut-on sortir nus, ou masqués, boire sur la place publique, ou s’adonner à des fantaisies susceptibles de “déranger” le plus grand nombre…

Se parler à visage découvert, se regarder est signe d’altérité, de respect auquel nul ne devrait pouvoir se soustraire. C’est une condition minimum nécessaire au vivre ensemble. Si l’on refuse de se soumettre à cette élémentaire règle : on peut très bien rester chez soi…C’est aussi ça la liberté !!

Lison Benzaquen


Heureusement qu’on a les Musulmans…

26 avril 2010

Sinon ce seraient les Juifs les méchants du jour*

Un coup de gueule du posteur.

Comment expliquer la dernière histoire si bien trouvée pour alimenter la haine des Musulmans ? Pour créer une menace publique du voile intégral, alors qu’il n’y en a aucune, M. Hortefeux (Brice de Méchant) saute sur un PV de 22 euros, qui sera sans doute invalidé si jugé, sort une enquête sur le mari de la conductrice intégralement voilée**. Celui-ci, naturalisé français, aurait pas moins de quatre épouses. Intégriste, polygame, profiteur (car tous ses enfants qui remplissent de joie les politiques quand il s’agit de se vanter de la stabilité de la natalité française deviennent aussitôt de sales parasites sur le corps social français), le monsieur mérite, selon Brice, d’être déchu de sa nationalité cocoricotte.

Or, il n’est pas polygame, le droit français permettant aux hommes de coucher avec autant de femmes qu’il veut (ou peut). Il peut même faire des enfants avec. Et il peut vivre avec. C’est ça la liberté. Et en tout état de cause, la polygamie n’est pas un motif pour faire retirer son passeport bordeaux à un Français naturalisé.

Alors M. Hortefeux, ancien élu, ministre de l’Intérieur (celui de la police), semble ignorer la loi qu’il est censée faire appliquer. Ou bien il s’en fout, et ne cherche qu’à alimenter l’islamophobie trop présente en France de nos jours.

Un dernier mot : si établir plusieurs ménages avec de multiples femmes et des enfants avec chacune, et profiter de l’argent public pour ce faire, mérite la déchéance de la nationalité française, j’attends avec impatience une procédure à titre posthume à l’encontre de François Mitterrand.

* Mais merci à Jean-Marie Lepen de rappeler que les antisémites ne sont pas en reste.
**Je suis contre le port du voile intégral. Je suis également contre l’ingérence de l’Etat dans la pratique religieuse. Je pense qu’il y a un problème de la liberté réelle des femmes de Musulmans, mais je pense qu’interdire le port du voile traite un symptôme et non pas la maladie. Et si l’on veut l’interdire d’équipements et institutions publiques, le motif de la nécessaire visibilité du visage pour des raisons de sécurité ne suffit-il pas ?

Nos séances-débats : Persépolis

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Film d’animation de Marjane Satrapi
Séance du 18 février 2010
Thème : l’intégrisme
Débattrice : Leyli Daryoush

Est-ce l’absence de décors, ou des décors à peine suggérés, qui nous permettent d’entrer d’emblée dans le film, d’oublier qu’il s’agit d’un dessin animé et de ne regarder que les visages si expressifs des “acteurs”?

En tous cas, le très jeune public de cette séance, des CM2, des 4èmes et quelques plus grands, ont semblé fascinés par l’histoire de la petite Marjane qui grandit dans un pays difficile, un pays qui doit leur sembler si étrange et si lointain.

“N’ais pas d’amertume, ni de vengeance, avant tout reste digne, intègre avec toi-même”.

Les jeunes élèves entendent-ils ce discours qu’adresse à la petite fille sa merveilleuse grand-mère? On ne le saura pas, mais dès la fin du film, c’est une avalanche de questions qui s’adressent à notre jeune débattrice iranienne, amie de Marjane Satrapi, Mlle Leyli Daryoush.

Ce sont les CM2 qui démarrent et qui vont quasiment monopoliser les questions!

Extrait de Persépolis - la police des moeurs

Les femmes sont-elles obligées de porter le voile? C’est vrai qu’on n’a pas le droit de mâcher du chewing-gum, de mettre des lunettes de soleil?

—Oui c’est tout à fait vrai répond la débattrice, mais les choses se sont un peu assouplies ces dernières années. Il y a un peu plus de liberté aujourd’hui et répond-t-elle à un professeur, il y a des touristes libres de circuler et de visiter le pays.

Dans le film, on voit les terribles dégâts causés par la guerre entre l’Iran et l’Irak qui a duré près de dix ans…Pourquoi cette guerre interroge un élève?

—La raison première indique Leyli Daryoush ce sont les puits de pétrole, qui attiraient les Irakiens. Mais c’était aussi, insiste-t-elle, le souhait des religieux qui gouvernaient l’Iran. Ils voulaient ainsi mobiliser le peuple qui aurait pu se révolter contre leur pouvoir autoritaire! C’est la guerre qui leur a permis d’exacerber le pouvoir de la religion et de l’intégrisme.

La débattrice raconte comment des femmes ont été emprisonnées pendant plus de vingt ans car elles étaient soupçonnées d’être communistes. On leur a fait subir de véritables lavages de cerveau, leur faisant apprendre à longueur de journée le Coran par coeur et ce sont elles qui endoctrinent maintenant les nouvelles prisonnières…

Les élèves ne semblent pas très intéressés de parler de l’Iran d’aujourd’hui. Mais un détail vestimentaire aurait pu attirer leur attention (et la nôtre !) : Mlle Leyli Daryoush portait une grande écharpe de couleur verte. Cela ne vous dit rien? C’est bien sûr la couleur portée par ceux qui se rebellent contre le pouvoir actuel qui essaye de se maintenir à tout prix, et c’est ce qu’elle nous confirmé!

Sur cette note d’espoir les jeunes spectateurs sont repartis, en appréciant peut-être un peu plus, souhaitons le, de ne pas avoir eu une jeunesse aussi dure que celle de Marjane.

Claudine Hanau


Nos séances-débat : Le Cahier

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Le cahier d'Hana Makhmalbaf

LE CAHIER
Film d’Hana Makhmalbaf
Séance du 18 mars 2010
Thème : droit des filles à l’éducation
Débattrice : Carol Mann

Dans un pauvre village d’Afghanistan une fillette de 6 ans n’a qu’un rêve : aller à l’école pour apprendre à lire. Pour cela il lui faut un cahier et un crayon mais elle n’a pas un sou pour les acheter. Alors elle essaie de vendre quatre oeufs à qui voudra, ce qui la conduit et nous avec elle, d’échoppe en échoppe au milieu d’un paysage sublime, désertique, avec les montagnes enneigées au loin; et à proximité, l’immense vide laissé par les Talibans à la place des Bouddhas géants qu’ils ont démolis en 2001.

C’est bien difficile pour une petite fille de trouver une école en Afghanistan. Et le chemin est parsemé d’embûches. Une bande de gamins s’en prend à elle. Ils jouent aux Talibans : une fillette ne doit pas aller en classe, elle ne doit pas avoir de beaux yeux, son visage doit être masqué et même, on va la lapider. Son seul vrai copain lui crie : “fait la morte, tu seras libre!”. La petite se jette au sol tandis qu’explosent une nouvelle fois les Bouddhas géants. Fin du film.

Nos jeunes élèves ont suivi avec une passion perceptible les aventures de cette merveilleuse petite actrice : le bébé dont elle a la charge, son petit voisin qui répète ses leçons à tue tête la jambe attachée à une corde pour qu’il ne se sauve pas, les trajets qu’elle effectue seule dans un environnement sauvage, les animaux domestiques, l’école en plein air où l’on vous envoie “au coin”, les jeux trop cruels, son courage face aux “Talibans”, ils comprennent tout et vibrent avec la petit héroïne.

Aussi les questions fusent, celles de base pour expliciter certains détails du film, mais aussi des questions de fond sur la réalité des Talibans, le voile, la lapidation. Et même un jeune garçon qui a tout compris se demande comment ce pays va pouvoir évoluer.

Carole Mann, sociologue qui se rend plusieurs fois par an en Afghanistan où elle agit pour la défense des femmes et la scolarisation des filles, sait canaliser les échanges pour qu’il n’y ait pas d’amalgame entre Talibans et Islam. Elle centre son intervention sur l’importance de l’éducation qui seule peut permettre à la femme d’accéder à la liberté de décider de son sort. Elle en profite pour faire passer le même message à tous ceux qui, dans la salle, auraient préféré la télé et les jeux vidéos plutôt que d’aller en classe!

Hélène Eisenmann


« Machisme machinal »

29 janvier 2010

La voix des politiques appelant à la parité hommes-femmes aux conseils d’administration aurait plus de poids si les politiques respectaient eux même la parité…

Chronique de Gérard Courtois
LE MONDE | 25.01.10 | 13h42 • Mis à jour le 25.01.10 | 13h42

Sonnez trompettes et résonnez hautbois : depuis deux siècles et même un peu plus, la France est la patrie des droits de l’homme et du citoyen. C’est inscrit, en quelque sorte, sur sa carte d’identité nationale. Pour les droits de la femme et de la citoyenne, en revanche, c’est une autre histoire.

Sans doute, l’article premier de la Constitution proclame-t-il fièrement, depuis les réformes de 1999 et 2008, que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ». Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Ainsi, le 20 janvier, à l’initiative de l’UMP, les député(e)s examinaient une proposition de loi « relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance » des entreprises. Légitime ambition, ont déclaré, la main sur le coeur, tous les orateurs et oratrices. Et pour cause : les femmes représentent aujourd’hui près de 40 % des cadres des entreprises, mais n’occupent que 8 % des sièges des conseils d’administration ou de surveillance des 500 plus grandes sociétés françaises.

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Baromètre HALDE/OIT

29 janvier 2010

Augmentation des personnes s'estimant victimes de la discrimination au travail

Lu dans 20 Minutes :

ETUDE – La direction et les supérieurs hiérarchiques sont essentiellement désignés par les salariés…

La crise, un engrais pour les discriminations D’après le baromètre de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) révélé hier, le nombre de personnes s’estimant victimes de discrimination au travail serait en constante augmentation depuis trois ans : 36 % dans le privé en 2010 (contre 28 % en 2009) et 26 % dans la fonction publique (contre 22 % en 2009). « Ces chiffres ne reflètent pas totalement la réalité car beaucoup de personnes n’ont pas conscience d’être discriminées. Elles ont totalement interiorisé l’injustice qu’elles subissent », souligne Louis Schweitzer, président de la Halde. Sans surprise, l’origine reste le premier motif de discrimination cité par les salariés du privé, suivi par la grossesse et l’âge. L’ordre diffère dans la fonction publique où la grossesse arrive en premier, suivi de l’âge.

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