Le témoignage de François (Lycée Condorcet, Paris)

3 octobre 2012

Voyage à Izieu

Je n’ai jamais été particulièrement doué pour dire ce que je pensais de ce que je voyais, ou même pour m’exprimer à propos de sujets qui impliquent un engagement personnel.

Nous sommes arrivés là-bas le 5 mai 2009 au matin, un peu anxieux de ce que nous allions découvrir, mais pas non plus totalement abattus. On attendait de voir la maison.

L’exposition par laquelle nous avons débuté devait nous expliquer le contexte, et n’avait pour but que de nous transmettre un certain nombre de connaissances nécessaires à la compréhension de ce que nous allions voir quelques temps plus tard. Ainsi, un nombre important de panneaux concernant la situation en France et en Allemagne, ainsi que les différents contextes, y étaient entre autre exposés. Après une visite complète de «La Grange», lieu de l’exposition, nous nous sommes dirigés, avec notre guide, Pierre-Jérôme Biscarat, jusqu’à la maison proprement dît, là où ces enfants vivaient, pas vraiment cachés, mais pas vraiment libre de se montrer non plus Cette grande bâtisse était désignée comme «lieu de mémoire», par les plus habitués du site, au contraire de la place précédente, considérée, comme plus historique que mémorielle.

Une fois à l’intérieur de la maison, nous avons été libre de nous y déplacer comme bon nous semblait. Une mise en scène relativement simple qui se voulait plus représentative que réaliste nous entourait, alors que nous étions observés par les 44 portraits des enfants. Les pièces n’étaient pas complètement reproduites, et seule la mise en place des objet était respectée. Les sièges vides de la salle de classe étaient les uniques témoins de l’absence des élèves que la rafle avait provoquée. Au final, un résultat plutôt impressionnant. Pourtant, j’étais plutôt gêné. Autour de moi, tous les autres élèves de ma classe, ou la plupart, étaient tristes, parfois pleurant, alors que moi, loin de m’en moquer, je n’arrivais pas à éprouver de la douleur. J’étais impressionné, mais je n’ai pas ressenti de tristesse.

S’en est suivi la présentation d’une vidéo, nous montrant principalement les images d’archives issues du procès de Klaus Barbie, le responsable de la rafle d’Izieu. Encore une fois, la reconstitution fut plus choquante qu’autre chose et les images sont restées. Certaines personnes ont été très marquées, d’autres moins, mais au fond, je pense que chacun a pris pleinement conscience à ce moment précis, s’il ne l’avait pas déjà fait plus tôt, de la réalité de cette rafle.

Le lendemain s’est déroulé lui en deux parties. La matinée, après une marche dans les alentours du sites, nous sommes retournés à la maison, dans la salle de projection de la veille, dans le but de consulter à nouveau des images d’archives, à propos des camps d’internements français, ainsi que, plus largement, de l’antisémitisme du régime de Vichy. Elles furent expliquées une nouvelle fois par Pierre-Jérôme Biscarat. Des informations plutôt intéressante, qui m’ont permis en tout cas de porter un nouveau regard sur les systèmes d’internement présents en France à cette époque. Ceci occupa tout le matin, qui fut suivi d’un long déjeuner sur le site-même de la maison d’Izieu, avant de reprendre le car en direction de Lyon.

Arrivé au C.H.R.D. (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation) de la ville de Lyon, nous avions pour programme la consultation de l’exposition permanente, qui traitaient directement des sujets étudiés précédemment. Ainsi, une exposition, dont la scénographie, plutôt bien réalisée, m’a permis d’élargir encore un peu plus mes connaissances de cette période de l’Histoire de France, au travers de nombreux documents, essentiellement vidéos.

Enfin, en dernier lieu, et pour clore ce voyage à Izieu, le C.H.R.D. de Lyon nous a proposé une sorte d’atelier, où, par groupe de 5 ou 6, nous devions analyser une affiche de propagande française ou allemande des années 1939-1945. Bien que cette partie fut celle m’ayant le moins intéressé, elle nous permit quand même de réfléchir sur les moyens que se donnait le gouvernement de Vichy pour tenter de convaincre la population française, et elle nous permit de plus de confronter nos idées et nos arguments, qui étaient beaucoup plus différent de ce que j’imaginais.

Ce voyage de deux jours aura finalement été plutôt bien rempli, tant au niveau du volume d’informations apprises, qu’au niveau des souvenirs et des morceaux de mémoire soulevés. Pour ma part, cette mémoire n’a pas suscité de violentes émotions, comme cela a été le cas pour certains, bien qu’une part de ma famille ait été directement concernée par ce conflit, et par la violence de l’antisémitisme des deux régimes allemands et français. J’en ai probablement tiré quelques leçon, j’en ai tiré de l’intérêt, et je pense que je me souviendrais de ce voyage, sans que les souvenirs associés m’en soient pour autant douloureux.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que ce voyage, bien qu’un peu court selon moi, aura été plutôt bénéfique, aussi bien au niveau individuel, pour chaque élève, qu’au groupe dans son ensemble.

Merci.


Journal d’Avril 2012: une visite au mémorial de Caen

18 avril 2012

Voyage de Mémoire 2000 avec des élèves de terminale en février 2012

Près de 200 élèves de terminale ont visité, le 3 février dernier, le superbe Mémorial sous l’égide de Mémoire 2000. Une journée très fructueuse dans ce musée, peut-être un peu trop riche. La très grande quantité de documents présentés multiplie les salles, ce qui rend la visite un peu confuse. La partie consacrée à l’après-guerre mériterait à elle seule, un musée. Une visite indispensable, cependant!

C’est au cœur de l’hiver que toute une promotion de première se rend dans ce haut lieu de la Mémoire. Le temps est beau et le froid sec, ce qui confère une dimension supplémentaire à la solennité de cet endroit qui nous accueille avec une inscription qui rappelle la douleur de la guerre mais aussi l’espoir et le courage de ceux qui se sont battus ou sont morts pour la liberté. Les élèves déambulent dans cet immense hall d’entrée qui donne le ton à ce conflit apocalyptique qui a endeuillé une nouvelle fois le siècle.

Albert, élève de première scientifique, nous livre ses impressions à l’issue de la visite qui dure la journée. “J’ai passé une journée émouvante au Mémorial de Caen qui m’a permis de redécouvrir et de mieux comprendre les conflits qui ont marqué le XXe siècle. De la Première Guerre mondiale à la chute de l’URSS, ce musée nous retrace l’intégralité du siècle le plus marquant de l’histoire. En plus d’être enrichissante, ce fut également une sortie bouleversante : j’ai été bouleversé par les films très courts dédiés aux témoignages d’habitants ayant assisté à l’exécution de Juifs par exemple : ils étaient tout simplement poignants ! Bref, en d’autres termes, ce musée est tout simplement incontournable et j’y retournerais volontiers!”

 Mémoire 2000


Visite à Izieu et au CHRD de Lyon, les 5-6 mai 2009

18 avril 2012

Les 5 et 6 mai 2009, Mémoire 2000 a amené une classe du lycée Condorcet à la Maison des Enfants d’Izieu et au Centre d’histoire sur la résistance et la déportation de Lyon.


Un grand merci à Pierre-Jérôme Biscarat et à toute l’équipe du Mémorial qui font un travail remarquable : ils reçoivent plus de 16 000 jeunes visiteurs par an.

A lire le livre de P.J. Biscarat Dans la tourmente de la Shoah – Les enfants d’Izieu (Michel Lafon) :

1943. Des enfants juifs, venus de toute l’Europe, trouvent refuge dans une colonie à Izieu, un petit village sur les contreforts du Jura, à quatre-vingt-dix kilomètres de Lyon. L’année suivante, le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants et leurs sept éducateurs sont arrêtés par la Gestapo locale, sur ordre du SS-Obersturmführer Klaus Barbie. Le 13 avril, ils sont déportés à Auschwitz. Aucun des enfants ne reviendra. Ils sont gazés le 15 avril. Le plus jeune, Albert Bulka, n’avait pas encore cinq ans ; le plus âgé, Arnold Hirsch, venait tout juste de fêter ses dix-sept ans.

Voici quelques témoignages des participants à ce voyage de mémoire :

Compte-rendu des accompagnateurs Mémoire 2000 :
Joëlle Saunière
Claudine Hanau

Témoignages d’élèves :
Eugénie
François
Lauriane
Léonore
Paul
Sixtine
Extraits de divers autres élèves

Sites pertinents :
Lycée Condorcet
Maison des Enfants d’Izieu
CHRD

Photos:


Notre Journal de juillet 2010: témoignage de Matthieu Basselier de sa visite du Mont Valérien avec Mémoire 2000

30 août 2010

Mont-Valérien

Le mardi 6 avril, la 3èmeA s’est rendue au Mont Valérien, pas très loin de Paris, où ont été fusillés les Résistants pendant la seconde Guerre Mondiale. Le Mont Valérien est devenu, le 18 juin 1960, le mémorial de la Résistance, mais ce projet avait était envisagé par le Général de Gaulle 15 ans auparavant, en 1945, à la fin de la guerre.

Lorsque nous sommes arrivés, nous avons “atterri” sur une grande esplanade bleu-blanc-rouge avec une allée en forme de croix au bout de laquelle se dresse une grande croix de Lorraine (le symbole du général de Gaulle et des Résistants) devant laquelle se trouve, normalement, la flamme de la Résistance, qu’on allume pour les cérémonies mais qui reste éteinte le reste du temps pour éviter les actes de vandalisme. De part et d’autre de cette croix, il y avait 16 sculptures carrées (8 à droite, 8 à gauche) exposées sur 100m de long qui représentent des grands faits, différentes formes de Résistance ou des batailles importantes de la guerre.

Après que la guide nous eut expliqué la signification de chacune (elles sont souvent difficiles à comprendre car ce sont beaucoup d’allégorie et de symboles), nous avons pénétré dans la crypte du mémorial, située juste derrière la croix de Lorraine. On y voit notamment 16 tombeaux de Résistants décorés de l’Ordre de la Libération, dont les corps ont été donnés par leurs familles à l’inauguration du mémorial en 1960. Un des caveaux reste vide pour le moment car il est destiné à recevoir le corps du dernier membre de l’Ordre de la Libération qui mourra (c’est un ordre qui fut décerné à quelques Résistants et quelques villes par le général de Gaulle qui l’avait créé pour honorer de grands services rendus pour libérer la France). Il fait plutôt sombre dans cette crypte et l’ambiance, assez grave, est tournée vers le recueillement.

Suite à la visite du monument lui-même, nous avons suivi le chemin qu’empruntaient les Résistants pour être fusillés : “chemin du souvenir”. Nous avons vu, en premier, la chapelle ou ils attendaient quelques temps avant d’être conduits aux poteaux d’exécution dont nous avons vus quelques “exemplaires” dans la chapelle. Par ailleurs, cette chapelle, peu grande, avait accueilli jusqu’à plus de 100 prisonniers lors de la plus importante exécution ! Et un lors de la plus petite….

En face de la chapelle se trouve une sculpture en forme de cloche, de plus de 2 mètres de haut, où sont gravés en lettres d’or les noms des Résistants et des otages fusillés ici, classés par année de mort. Il y a des centaines de noms, mais beaucoup plus de résistants et d’otages furent tués ici, cependant on n’a pas retrouvé leur identité sur les registres allemands dont une bonne partie a été détruite à la fin de la guerre.

Enfin, nous sommes arrivés dans une petite clairière retirée et assez calme : la “clairière des fusillés”. C’est ici qu’otages et Résistants étaient abattus, parfois à cinq ou six d’un seul coup. Les corps étaient ensuite transférés dans des caisses en bois (dont nous avons vu quelques “exemplaires” dans la chapelle) pour pouvoir être chargés en masse dans des camions qui paraissaient transporter de simples marchandises lorsqu’ils quittaient le Mont Valérien pour acheminer les corps dans des fosses ou ceux-ci étaient enterrés. Une des élèves de notre classe a lu une lettre d’un Résistant qu’on allait fusiller, à ses parents : c’était assez émouvant et fort car il ne s’effondrait pas devant la mort ; au contraire, il était heureux d’avoir servi son pays et avait de l’espoir dans le sauvetage de celui-ci. Au terme de cette lettre, nous avons fait marche arrière et quitté le Mont Valérien.

Je trouve que c’est un lieu troublant car c’est incroyable que dans un lieu si paisible, au milieu de la campagne — et pourtant si proche de Paris — il y ait eu tant de crimes. Heureusement, le mémorial permet de rendre un bel hommage aux Résistants car à la fois le “chemin du souvenir” aide à se recueillir dans le calme de la nature et le mémorial en lui-même (la crypte, la croix, les sculptures, la flamme) célèbre avec monumentalisme les actes d’héroïsme perpétrés pendant la seconde guerre mondiale qui ont permis la Libération de notre pays.

Matthieu Basselier

Elève de 3ème A du Collège Pierre de Ronsard (Paris)


Notre Journal de juillet 2010: Visite du Mont Valérien le 6 avril 2010

30 août 2010

Exécution de résistants français au Mont-Valérien le 21 février 1944

Sous un beau soleil printanier, les 40 élèves des collèges Pierre de Ronsard et Alexandre Dumas, gravissent avec leurs professeurs et deux accompagnants de Mémoire 2000, la colline “mémorial” du Mont Valérien.

Depuis la crypte impressionnante, au fur et à mesure de la montée, ponctuée par les commentaires de notre guide, l’émotion grandit.

Tout d’abord dans la chapelle où les condamnés passaient leur dernière nuit et où l’on voit encore des poteaux criblés de balles et quelques pauvres cercueils de bois, puis devant la sculpture en forme de cloche où sont gravés les noms de plus de mille résistants, dont ceux de Manouchian et de ses compagnons des MOI, et surtout lorsque l’on découvre la clairière, lieu de leur exécution.

Notre guide montre quelques photos où l’on voit les corps des fusillés encore attachés au poteau…

Comme on peut l’imaginer, c’est dans un grand silence qu’a eu lieu la descente de la colline.

Claudine Hanau


Notre Journal de juillet 2010: lettre des élèves de l’école Henri Hatrel sur leur voyage à Izieu

30 août 2010

Chers lecteurs,

Nous sommes des élèves de CM2 de l’école Henri Hatrel à Deuil la Barre. Cette année avec notre maîtresse, Mme Di Biase Séverine, nous avons travaillé sur un album de jeunesse qui s’intitule: “Ita-Rose”.

Cet album raconte l’histoire tragique d’une famille juive pendant la seconde guerre mondiale. Après avoir terminé la lecture de cette album, la maîtresse nous a dit que 2 des enfants d’Ita-Rose étaient encore en vie et qu’elle les connaissait.

Alors nous avons écrit à Alexandre Halaunbrenner pour qu’il vienne témoigner dans notre classe.

En parallèle, nous sommes allés visiter le camp d’internement de Drancy où les deux petites soeurs d’Alex ont été internées après avoir été raflées à Izieu par la gestapo de Lyon.

Notre rencontre avec Alexandre fut très émouvante et magique!!! Ce jour là, la maîtresse nous a appris qu’elle avait organisé pour la fin de l’année notre voyage à Izieu afin que nous puissions découvrir, en vrai, l’endroit où les enfants d’Izieu avaient vécu.

Le 20 et le 21 mai nous sommes donc partis pour Lyon où un car nous attendait pour aller à Izieu. Cette journée fut très intéressante! La visite de la maison nous a permis de nous confronter à la réalité et surtout de partager pour un court instant, la vie que ces enfants ont eue! Voir d’aussi beaux paysages rend encore plus dur d’imaginer qu’un tel drame ait pu s’y dérouler! Tout nous a plu, les projections, les dessins et les lettres des enfants, les photos, les panneaux explicatifs et la nature qui nous entourait!

Nous sommes revenus en classe avec des images plein la tête et surtout une énorme envie d’en savoir plus sur l’histoire des enfants d’Izieu et sur la seconde guerre en général.

Depuis notre retour nous lisons tout ce que nous trouvons sur le sujet et nous allons faire un journal de classe avec une expo photos pour expliquer tout notre travail! Nous profitons de ces quelques lignes pour remercier de tout notre coeur Mémoire 2000 sans qui nous n’aurions jamais pu partir. Et nous adressons aussi un petit coucou à notre ami Maxime avec qui nous nous sommes perdus en forêt lors de notre retour de la maison d’Izieu!!!


Aux funérailles de la mémoire

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Auschwitz-Birkenau, commémoration du 27 janvier 2010

Tous les ans, le 27 janvier, est commémorée la libération du camp d’Auschwitz. Cette année, pour le 65ème anniversaire de cette libération, la commémoration se devait d’être plus solennelle qu’à l’accoutumée et les derniers témoins plus et mieux entendus encore. Apparemment ce ne fut pas le cas et cette cérémonie “sans âme et sans égard pour les victimes”, n’a été, semble-til, qu’“officielle”. Cest en tout cas ce qui ressort du remarquable témoignage paru dans le Libération du 14 février dernier, de l’écrivain Catherine Herszberg qui, avec beaucoup de talent et d’humour (il en faut une sacrée dose dans certains cas), raconte sa visite à Auschwitz en compagnie de l’une des deux rescapés de sa famille. Intéressés par ce témoignage et surtout par le problème qu’il pose au “passeur” de mémoire que notre association s’applique à être, nous avons contacté Catherine Herszberg qui avec une grande gentillesse et générosité, nous a proposé de publier l’extrait ci-dessous.

“Je viens d’une de ces tribus où les camps ont une puissance de réalité telle que leur évocation ponctue les causeries les plus ordinaires. Sans drame, ou exceptionnellement, ou en passant, ou juste comme ça, le camp surgit dans la phrase puis la quitte aussitôt comme il en va du vocabulaire quotidien. Aussi n’ai-je jamais eu envie de voir Auschwitz- Birkenau, jamais. Mais tout récemment, à l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp, l’une des deux rescapés de ma famille a manifesté le désir de s’y rendre une fois encore, la dernière, sur les traces de sa mémoire et pour dire adieu aux siens.

Y aller avec Régine, cette toute petite femme rétrécie au fil des ans, 90 ans, d’une vitalité à épuiser un enfant, était une occasion sans doute sans lendemain. “Je viens avec toi. – Ah ! quel bonheur…” Plus question de reculer.

Pourtant l’affaire m’a vite paru mal engagée. Et d’abord le courrier de la puissance invitante, le secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants. “Il m’est particulièrement agréable de vous convier (…) à accompagner le ministre pour ce déplacement symbolique.” J’ai pensé : Auschwitz est j’espère trop réel pour devenir symbolique.

Et aussi : les déportés n’accompagnent personne dans les camps, ils y reçoivent.

Et encore : a-t-on besoin de figurants pour la photo?

Mais il y a des sujets, comme celui-là, où on est très pointilleux et on avance tous sens dégainés. Il fallait tempérer. La formulation était maladroite mais le coeur devait y être. J’avais mauvais esprit. A quelques jours du départ, on a reçu le programme de la journée dans une enveloppe aux couleurs de la France, certifiée ministère de la Défense. Au milieu de l’enveloppe, imprimé sur un sticker, mon nom ès qualité : C. H., Accompagnatrice, Union des déportés d’Auschwitz. “Allo, t’as reçu ta convocation? – Oui, Régine. – Ils ont mis quoi sur ton enveloppe? –Accompagnatrice. Et sur la tienne? –Ancienne déportée. – Sur l’enveloppe?… Ils ont mis ça sur l’enveloppe?! – Oui, sur l’enveloppe.” Ils auraient dû mettre le numéro, m’a dit un ami. Mes amis aussi ont mauvais esprit.

Le 27 janvier, à 5h du matin, on a rejoint l’avion officiel. A bord, quelque 170 passagers, le ministre et sa troupe, des personnalités, des parlementaires, des lycéens… et seize anciens déportés de 80 ans bien passés. Nous nous sommes posés à Cracovie par – 17° pour embarquer dans des bus direction Oswiecim. A chaque bus son “chef de groupe”. La nôtre fit preuve d’un talent certain pour l’animation collective. Puisque le bus transportait des déportés et des lycéens – lauréats, qui plus est, du concours national de la Résistance –, ils allaient se causer.

A voix haute. Au micro. On appelle ça la transmission de mémoire. La chef de groupe : “Madame M. venez, venez vous asseoir devant, prenez le micro, venez témoigner pour les jeunes et eux vous poseront des questions”. La voix de Madame M. s’élève dans le bus, au micro, entraînée malgré elle dans le circuit découverte de l’extermination. “Mes parents et dix de mes frères et soeurs ont été gazés dès le départ…”

Trois jeunes lycéens ont pris place à ses pieds, tendus vers la transmission de mémoire… “Et le SS était capable de prendre mon numéro et de me fusiller…”

Madame M. sollicite les adolescents pour qu’ils posent des questions…“Vous n’imaginez pas ce qu’était l’appel, dans le froid glacial, nus, pendant des heures…” Madame M. insiste pour entendre des questions, les lycéens sont à la peine… “Et la faim? heureusement vous ne savez pas ce qu’est la faim…”

Au fond du bus, la conversation a repris normalement – la mémoire y avait sans doute déjà été transmise…“Les cheminées brûlaient constamment…” Les lycées ont fini par dénicher quelques questions…“Il y avait une odeur à Auschwitz qu’on ne peut pas oublier…” J’ai pensé que cette voix allait sans fin s’écouler du micro, couvrant sans l’effacer le brouhaha des conversations et soudain, ce fut irrépressible, j’ai bondi au fond du bus vers la chef de groupe: “Vous allez nous faire subir ça jusqu’au bout? C’est obscène!…” La chef de groupe (professionnelle) : “Pour toute réclamation, adressez-vous au service du protocole”. Autour de nous quelques parlementaires avaient écouté, surpris et muets.

Ce n’était donc pas obscène. J’avais mauvais esprit.

[…] Dans l’avion, au retour, les langues se sont déliées sur cette invraisemblable commémoration, la dernière où s’étaient joints des survivants a répété la presse du jour et du lendemain qui n’y avait rien vu.

Quant à moi, ce 27 janvier 2010 à Auschwitz-Birkenau, j’ai eu la sensation bouleversante d’avoir participé au cortège funéraire de la mémoire.”

Catherine Herszberg


Visite à Izieu

17 mars 2010

Nouvelle visite d’un lieu de mémoire

Mémoire 2000 organise au mois de mai une visite à la Maison des Enfants d’Izieu avec une classe de CM2 de l’école Henry Hatrel de Deuil-la-Barre.

Nous sommes à votre disposition pour vous aider à organiser des voyages à Izieu, au Centre de l’Histoire de la Déportation et de la Résistance de Lyon, au camp du Strutthof, et aiutres lieux de mémoire. Merci de nous contacter ICI.


La Pologne change… dans le bon sens

24 janvier 2010

Paru dans le Journal de Janvier 2010

Isabelle Choko à Lodz

Cette année, pour la première fois, la commémoration de la liquidation du ghetto de Lodz a été célébrée en présence du Président de Pologne, M. Lech Kaczynski, ainsi que du Maire de la ville, M. Jerzy lropiwnicki.

Il est vrai que cette fois-ci, à côté des émouvantes célébrations concernant l’extermination des Juifs et des Tziganes en Pologne et de la liquidation du ghetto de Lodz, l’accent a été mis sur l’inauguration du monument “des Justes entre les nations”. Un livre vient également d’être consacré à ces courageux catholiques polonais qui, au mépris du danger de mort pour eux et leurs familles, ont sauvé des Juifs. Soixante cinq ans se sont écoulés depuis la liquidation du ghetto de Lodz. Le plus grand avec celui de Varsovie, et le plus peuplé ghetto de Pologne où progressivement ont été rassemblés tous les Juifs venant des autres ghettos et également de différents pays, comme l’Autriche, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne et le Luxembourg.

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Auschwitz-Birkenau sur le net

16 octobre 2009

Le site d’Auschwitz-Birkenau (EN/PL)

Nouvelle page Facebook du Mémorial Auschwitz


Journal 10/09 : la commémoration des rafles du Vel d’Hiv de Juillet 1942

9 octobre 2009

Nous avons assisté à cette émouvante cérémonie, Maître Bernard Jouanneau et moi-même, en compagnie d’anciens déportés et des différentes personnalités officielles.

La parole a été donnée successivement à notre nouveau ministre d’Etat aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre, Monsieur Hubert Falco qui a rappelé ces terribles journées, fruit de la collaboration du gouvernement français avec les Allemands.

Mais cette fois il a surtout insisté sur le travail secret des Justes, lesquels, au mépris du danger, ont sauvé de nombreux juifs.

Des interventions de Messieurs Delanoë, Jean-François Guttman, Alain Goldmann, Olivier Kaufman, Richard Prasquier, David de Rothschild, et de Madame Florence Yaubman, ont été touchantes et celle de Simone Veil, remarquable comme d’habitude.

Mais je souhaiterais mettre l’accent sur le témoignage de Sarah Montard, une rescapée, une jeune fille âgée à l’époque de 14 ans. Elle a été arrêtée avec sa mère, mais celle-ci, assistant sur place à l’arrivée des invalides et des mourants, ne croyait plus aux promesses faites par les policiers français concernant leur futur travail. De toutes ses forces elle a poussé sa fille à s’évader.

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Journal d’octobre 2009 – Editorial : Une visite en enfer

6 octobre 2009

Il fallait y aller.

Pas seulement parce que le Pape s’y est rendu, après François Mitterrand et bien d’autres. Parce qu’il s’agit d’un lieu de mémoire de l’humanité et qu’il a donné lieu à bien des contestations relatives au devoir de mémoire et à la place que doivent tenir les institutions en la matière.

C’est de l’Ile de Gorée qu’il s’agit, qui porte ce nom que lui ont donné les Français qui considéraient que l’on y traitait les esclaves “comme des cochons”. On y accoste en longue file de touristes ou de pèlerins, entassés sur la chaloupe qui déverse toutes les heures sa cargaison de visiteurs “libres” qui viennent ici accomplir leur devoir, ou satisfaire leur curiosité.

On vous prévient à l’avance, il n’y a pas de guide pour la visite de la Maison des Esclaves, construite sur l’île par les Hollandais en 1776. Le Conservateur est seul autorisé à faire la visite, mais les groupes qui se forment à l’entrée sont le plus souvent accompagnés, tantôt de leur professeur, lorsqu’il s’agit de scolaires, tantôt de guides locaux qui font payer leurs services, qui consistent à accompagner les visiteurs dans leur périple, qui les conduit du débarcadère à la Maison des Esclaves, puis à travers un dédale de ruelles en pente vers le sommet de l’île (136 mètres), d’où l’on aperçoit toute la ville de Dakar et l’ensemble de la rade. Nous révélant là notre raison d’être venus à cet endroit, c’est essentiellement un lieu de pèlerinage où il ne reste aucune trace de séquestration des esclaves, parqués à cet endroit pendant trois mois, avant d’embarquer sur les voiliers qui les conduisaient, soit aux Amériques, soit au Brésil et à Cuba ou en Haïti.

On est prié de se souvenir, ou plutôt de se représenter ce que fut leur calvaire et le discours du Conservateur est empreint de cette douleur et du calvaire qu’ils ont dû subir en ce lieu. On vous apprend que la traite des noirs a duré 350 ans, que la traite triangulaire vers l’ouest y a été pratiquée d’abord par les Portugais, puis par les Espagnols, les Hollandais, les Anglais et les Français jusqu’en 1848, date de son abolition par la IIème République à l’instigation de Victor Schoelcher.

Concentrés dans l’Ile de Gorée avant d’être embarqués pour la traversée périlleuse de l’océan, les esclaves, souvent arrêtés en famille, se voyaient séparés à jamais, dès leur arrivée sur l’île. Les hommes valides pour y être engraissés comme du bétail, les femmes séparées de leur progéniture, ainsi que les jeunes filles vierges, réservées à d’autres usages que le travail forcé. Parqués dans des cellules de 2m40 sur 2m40, à trente, assis le long du mur, entassés, les pieds entravés par des chaînes, empêchant leur révolte et leur évasion, ils ne pouvaient sortir qu’une seule fois par jour, lorsqu’ils ne l’avaient pas déjà fait sur place, pour satisfaire leurs besoins.

Ceux qui se rebellaient au cours de leur séjour, considérés comme des récalcitrants, étaient placés à l’isolement dans des cellules plus petites et soumis au gardiennage plus tatillon que celui des autres. Les malades et les mourants ne recevaient naturellement aucun soin, et leurs cadavres étaient évacués immédiatement par la porte de la mer, celle du départ sans retour.

Mais qui gardait tout ce monde? Des gardes du cru, recrutés par les autorités du moment, des locaux qui ont trempé dans la traite pendant tout le temps qu’elle a duré, sans l’ombre d’un scrupule. On ne peut manquer d’être frappé par cette concentration d’inhumanité en un lieu si exigu. La Maison des Esclaves que l’on visite — et il y en avait plus d’une — ne devait pas contenir plus de 3 à 4000 esclaves, retenus ici pendant 3 mois, quelquefois plus. Et même en comptant les déchets éliminés par la maladie et jetés aux requins, la vitesse d’élimination de traitement de cette pâte humaine n’a pas donné lieu à un traitement industriel accéléré, comme si on prenait son temps, persuadé que cela durerait toujours.

On ignore le temps que les gardiens passaient en cet endroit et la promotion dont ils bénéficiaient. Quoiqu’il en soit, on imagine qu’il y a bien de quoi s’interroger et le travail des historiens si jaloux de leurs prérogatives, ne laisse pas l’impression d’une véritable réponse à toutes ces questions. On comprend peut-être mieux que certains aient eu la préoccupation de provoquer une réponse institutionnelle, paradoxalement aujourd’hui, unanimement réprouvée. On comprend que l’on s’efforce ici, au nom des droits humains, de préserver le site et d’y installer des monuments à la libération des esclaves, pour marquer le passage de la barbarie à la civilisation. Celle-ci se rattrape sur le reste de l’île sur laquelle les touristes appelés à gravir la rampe des baobabs n’échappent pas à la contemplation d’oeuvres d’art de toutes sortes. Il y a tout en haut des vestiges d’artillerie, un monument installé ici par les Américains en 1999, une voile de bateau en béton, tournée vers l’ouest où “ils“ sont tous partis.

Certains y reviennent, tout au moins leurs descendants qui viennent ici à la recherche du passé de leurs ancêtres. Il y a un jour de visite qui leur est réservé : le mardi, jour de fermeture. Ce jour là est réservé aux Américains noirs : aucun blanc n’est toléré en leur présence afin d’éviter les affrontements et leur permettre de faire seuls le deuil de leurs ancêtres.

Dies ire, dies illa.

— Bernard Jouanneau

Visite virtuelle de l’Ile de Gorée ICI.


Tournage d’un film sur la rafle du Vél d’Hiv

26 août 2009

Lu dans Le Parisien :

HIER APRÈS-MIDI, BOIS DE VINCENNES (XIIe). Les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13 000 juifs sont arrêtés par la police française, et emmenés au Vélodrome d’Hiver, avant leur déportation vers les camps de la mort. Drame de la barbarie nazie, le réalisateur Gilles Paquet-Brenner (« les Jolies Choses, « Gomez et Tavarè ») reconstitue depuis hier la rafle du Vél d’Hiv au vélodrome Jacques-Anquetil du bois de Vincennes (XIIe).

Adapté du best-seller du même nom signé Tatiana de Rosnay, « Elle s’appelait Sarah », le film raconte le destin de deux femmes à deux époques différentes : celui de Sarah, une jeune juive déportée en 1942 à l’âge de 10 ans, et celui de Julia (Kristin Scott Thomas), une journaliste américaine qui, soixante ans plus tard, décide de partir sur les traces de la fillette. Au côté de Kristin Scott Thomas, l’affiche réunit entre autres Niels Arestrup et Michel Duchaussoy.

Le tournage des scènes reconstituant le Vél d’Hiv — qui mobilise entre 200 et 300 figurants en costume — se poursuivra jusqu’à vendredi. Sortie prévue au deuxième semestre 2010.


Une petite fille « privilégiée… »

15 août 2009

Tiré de notre journal numéro 61 de juillet 2009.

Le 5 juin, au lycée Fénelon Sainte-Marie, deux classes de seconde écoutent dans un grand silence le témoignage de cette “petite fille privilégiée », l’indéfectible, la merveilleuse témoin qu’est notre amie, Francine Christophe.

Débordée par les demandes, elle a réalisé un DVD de son témoignage qui est projeté dans les établissements scolaires de toute la France, et elle s’est réservée de venir répondre aux élèves. Et, croyez-moi, il y eut beaucoup de questions !

Parmi elles certaines sont classiques, d’autres sont dérangeantes, comme par exemple :“Que pensez-vous des personnes qui nient les chambres à gaz?”, “Que pensez-vous du rôle de l’Eglise?”, “De ce qu’on fait les Justes?”, “Y a-t-il eu des viols dans les camps?”… “ Avez-vous pardonné?”. A cette interrogation, la réponse est invariable : Non. Francine Christophe argumente en disant qu’au procès de Nuremberg, personne n’a demandé pardon aux victimes. On n’accorde son pardon qu’à ceux qui le demandent…

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Vos vacances « mémoire » ?

26 juillet 2009

Moi-même je me trouve pour un long week-end à Copenhague.

Je suis tombé sur le musée de la Résistance, à côté de la Citadelle.

Dans ce petit musée fort intéressant, j’ai vu cette vitrine, montrant des objets de culte laissés dans la famille d’accueil qui hébergeait un jeune Juif allemand réfugié au Danemark, et qui a préféré partir en Suède avec l’exode organisé spontanément par des Danois ordinaires et la Résistance danoise à la fuite du plan de déportation massive des Juifs du Danemark après la prise de contrôle direct des Nazis.

Une carte montrant le nombre de Juifs morts… où l’on constate le peu de Danois, même compte tenu du faible nombre de Juifs dans le pays.

La question qu’on se pose, que je me pose, c’est si je serais capable d’agir de la sorte pour sauver mon voisin. Je ne sais pas, mais je sais que je suis admiratif devant les hommes et femmes de la Résistance, de ces Danois ordinaires qui ont fait ce qu’il fallait, de ces Suédois qui ont regardé ailleurs pour laisser travailler les ouvriers du bien.

Vous avez des histoires de vos vacances ? Partagez-les sur notre blog !