La Pologne change… dans le bon sens

Paru dans le Journal de Janvier 2010

Isabelle Choko à Lodz

Cette année, pour la première fois, la commémoration de la liquidation du ghetto de Lodz a été célébrée en présence du Président de Pologne, M. Lech Kaczynski, ainsi que du Maire de la ville, M. Jerzy lropiwnicki.

Il est vrai que cette fois-ci, à côté des émouvantes célébrations concernant l’extermination des Juifs et des Tziganes en Pologne et de la liquidation du ghetto de Lodz, l’accent a été mis sur l’inauguration du monument “des Justes entre les nations”. Un livre vient également d’être consacré à ces courageux catholiques polonais qui, au mépris du danger de mort pour eux et leurs familles, ont sauvé des Juifs. Soixante cinq ans se sont écoulés depuis la liquidation du ghetto de Lodz. Le plus grand avec celui de Varsovie, et le plus peuplé ghetto de Pologne où progressivement ont été rassemblés tous les Juifs venant des autres ghettos et également de différents pays, comme l’Autriche, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne et le Luxembourg.

Avant la guerre, un tiers de la population de Lodz était constitué par les Juifs polonais, environ 231 000 personnes. Plus de la moitié des usines et des ateliers artisanaux appartenaient aux Juifs. Dès l’occupation de la Pologne, en septembre 1939, les Allemands ont pris des mesures antijuives et ont confisqué tous leurs biens. Ils ont également liquidé la plupart des intellectuels. Certains, ainsi que quelques familles aisées ont pu quitter la Pologne à temps, mais tous les autres ont été enfermés dans un ghetto situé dans la partie la plus misérable de la ville. Tous les Juifs ont été parqués dans ce périmètre réduit, dans des maisons vétustes et des pièces exiguës. Ils avaient droit à environ 5m2 par personne. Ensuite ce ghetto appelé “Litzmannstadt Ghetto” a été entouré de barbelés et surveillé nuit et jour par des soldats en armes. Il était impossible de sortir ou de rentrer au ghetto sans un permis spécial. Les Allemands y ont enfermé environ 230 000 Juifs, dont plusieurs familles connues au niveau international comme celles de Kafka, de Freud etc…

Déjà avant la liquidation définitive, c’est à dire la déportation massive du mois d’août 1944, les persécutions, la faim, le travail forcé, les maladies et les rafles constantes ont décimé la population du ghetto. Ensuite, après la déportation dans les camps d’extermination et de concentration il y a eu très peu de survivants. Plus de 90% de la population a été exterminée. Après la guerre, il ne restait plus qu’environ 12 000 personnes. Actuellement, la Pologne compte parmi ses habitants entre 3000 à 4000 Juifs.

Cette année j’assistais donc pour la première fois, à la commémoration de la liquidation du ghetto de Lodz où pratiquement toute ma famille a été exterminée. Seules une cousine germaine et moi sommes restées en vie après la déportation à Auschwitz, Celle et Bergen-Belsen.

La ville de Lodz a beaucoup changé. J’ai bien retrouvé l’immeuble où j’habitais, la pharmacie de mes parents, aujourd’hui une boutique de mode, mais plus personne, plus aucun objet familier.

Par contre, les lieux de la Mémoire, construits ou rénovés, dont le cimetière juif, la gare “Radegast”, et les différents monuments, rappellent et honorent les massacres des Juifs et des Résistants par les nazis. Dans le parc dédié aux survivants il est prévu la plantation d’un arbre pour chacun d’entre eux. Le chemin qui mène aux monuments est pavé de pierres gravées à leurs noms. Tout cet ensemble a été construit avec le concours d’excellents architectes et artistes.

Il en est de même concernant un important complexe culturel, hôtelier et commercial édifié et reconstruit dans le domaine de la famille Israël Poznanski qui possédait des usines et un palais. Le palais, magnifiquement décoré abrite des locaux appartenant à la communauté juive. Les usines en briques, admirablement restaurées, et les terrains attenants comportent un musée, un hôtel quatre étoiles, des restaurants, des magasins et un énorme parc, dont une partie est aménagée pour les enfants.

Par l’accueil et par la qualité apportée à la sauvegarde de “la Mémoire juive” en Pologne, nous devons constater qu’un énorme effort est fait dans ce sens.

Il ne reste qu’une ombre dans ce tableau plein d’espoir, il s’agit de la radio Maryja. Tant que la parole sera laissée à cette radio raciste, antisémite et xénophobe, une tâche persistera sur la terre polonaise.

— Isabelle Choko

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