Journal d’octobre 2011 : un guide historique d’Auschwitz

Guide historique d’Auschwitz, de Jean-François Forges et Pierre-Jérôme Biscarat, Préface de Piotr Cywinski, aux Éditions Autrement (cliquez sur le lien qui précède pour accéder à la page des Éditions Autrement)

“Courage !” prévient le directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, Piotr M.A Cywinski, dans sa préface au Guide historique d’Auschwitz (*). Ou plutôt, pour reprendre une expression célèbre : “N’ayez pas peur”. Et aussi : ne soyez pas choqués.

Car pourquoi éditer un “guide”, qui renvoie à des allusions touristiques et vacancières ? Et comment “montrer” le site ? Le présenter ? L’aborder ? Par une histoire factuelle, rigoureuse, chronologique. Ce livre dont les récits submergent notre imaginaire, est le fruit d’années de voyages et de visites scolaires, institutionnelles, professionnelles. Et d’un séminaire d’études mené depuis 2005 pendant les vacances scolaires d’automne sur “Le camp D’Auschwitz, les traces juives de Cracovie et le crime contre l’humanité”. Pour savoir avant de voir – pour que le voyage soit vraiment “accompagné ”.

Histoires

Auschwitz en allemand, Oshpitzin en Yiddish, une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Cracovie, 43000 habitants. La première mention de la ville remonte à 1117. Dès 1315 les Juifs sont invités à s’y installer par les rois polonais successifs. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils étaient 8000. En 1940, Auschwitz fait partie des territoires polonais conquis par les Allemands. Les nazis souhaitent alors y édifier une cité idéale national-socialiste, avec une administration et des infrastructures, des exploitations agricoles et industrielles. Et des camps de concentration, plus un centre de mise à mort pour les Juifs.

Dès novembre 1940, Herman Göring négocie avec la société IG Farbenindustrie pour implanter en Silésie une usine de Buna (butadiène-natrium [sodium] – caoutchouc synthétique). Le 1er mars 1941, Himmler annonce son projet de fournir 10 000 détenus, affectés à la construction d’une zone industrielle. En mai 1941, 700 travailleurs forcés y travaillent. En juillet 1944, ils sont près de 12 000. Parmi les prisonniers restés à l’hôpital du camp lors de son évacuation le 18 juillet 1945, Primo Levi.

Soixante-dix photos contemporaines, vingt-cinq d’archives, quinze de plans. Une chronologie générale détaille la sociologie des effectifs recrutés et des autorités SS, donne les chiffres officiels, indique les pays d’origine des Juifs.

Les premières chambres à gaz ont été aménagées en 1942. Les crématoires ont été construits par la firme Topf und Söhne, fondée en 1878, initialement spécialisée dans la fourniture de matériel pour brasseries. Dans les années 1930, la firme diversifie ses activités : construction de chaudières à vapeur, fours industriels, silos à grains pourvus d’un système de ventilation. La maintenance des silos, notamment la désinsectisation, est assurée par le Zyklon B. La suite est à lire. Noter que la construction des crématoires pour l’incinération des corps ne représentait que 3% des activités de la firme. Pourtant, les deux frères Topf, directeurs de l’entreprise, s’étaient inscrits dès avril 1933 au NSDAP, Parti national-socialiste des travailleurs allemands. L’un d’eux, Ludwig, s’est suicidé à la fin de la guerre.

Quelques “événements”

Le crématoire IV aurait cessé de fonctionner dès la fin de mai 1943, après une visite de l’ingénieur de la Topf, Kurt Prüfner. Celui-ci constata en effet que le four et les cheminées étaient “hors d’usage”, alors que la durée de la garantie prenait fin le 22 mai…

En été 1944, un membre inconnu du Sunderkommando du crématoire V, probablement un Juif grec appelé Alex, réussit à prendre les photos devenues symboliques de corps avant qu’ils ne soient brûlés, et celles de femmes sorties de la baraque de déshabillage avant d’entrer dans la chambre à gaz. David Szmulewski, Juif polonais membre de la résistance du camp, avait caché à son intention l’appareil photo dans un seau à double fond, alors qu’il réparait le toit. Le Guide donne également des indications précieuses sur la révolte du Sonderkommando du crématoire IV, le 7 octobre 1944, sous la direction de Zalmen Gradowski. Plus de 450 hommes furent tués, dont Zalmen Gradowski. Il y eut 3 morts parmi les SS.

Parmi les photos contemporaines en couleurs figure une fraîche rivière entourée de verdure, la Sola. Ses berges de gravier – gravières- étaient des lieux de travail forcé et d’exécutions, mais servaient aussi de dépôt de cendres des victimes brûlées. Ces mêmes rives étaient un lieu de promenade pour les familles des SS, et de baignade pour leurs enfants. Car la cité idéale national-socialiste avait aussi ses villas et ses immeubles pour les travailleurs extérieurs des firmes privées.

Les ravages de la Shoah sont encore plus grands que nous le pensons.  Ils nous ont rendus sourds aux crimes de masse perpétrés aujourd’hui. Il suffit de constater la quasi-indifférence générale aux génocides contemporains. C’est aussi pour cette raison qu’il nous faut repenser complètement ce lieu incontournable, cet anus mundi. Comme si, depuis, notre civilisation était en manque d’empathie, celle qui a manqué, précisément.

Colette Gutman

 

 

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