Tribune: La condamnation de Radovan KARADZIC était un leurre

19 avril 2016

Ce verdict témoigne de la faillite du projet de justice internationale porté par le TPIY.

En même temps qu’il condamnait Radovan KARADZIC, il acquittait Vojislav STESEL, le chef historique de l’extrême droite serbe. Après treize ans de procédure, celui qui avait inspiré la répression et l’extermination des mâles en âge de combattre à SREBRENICZA est blanchi, alors que celui qui l’a fait exécuter par le général MLADIC est condamné.

Lors de la création en 1993 de ce tribunal international pour l’ex Yougoslavie, on avait interprété cette issue judiciaire comme l’expression de la mauvaise conscience des pays occidentaux qui s’étaient révélés incapables de faire cesser la guerre en BOSNIE. Il s’agissait de créer une juridiction internationale neutre et impartiale qui ne soit pas le tribunal des vainqueurs, capable de dire le droit alors que la guerre continuait de se poursuivre.

Mais en fait, l’intervention de cette juridiction n’aura été qu’un leurre permettant à ces pays issus de l’ex Yougoslavie de s’avancer sur la voie de l’intégration européenne. Les criminels de guerre croates et serbes sont devenus les héros de l’intégration européenne, messagers annonciateurs d’un avenir supposé radieux. Tous ont été accueillis à leur libération avec faste dans leurs pays respectifs: Ante GOTOVINA et Mladic MARKE à ZAGREB en 2012 et Dario KORDIC en Croatie en juin 2014 qui a été relâché après avoir effectué les deux tiers de sa peine.

On attend encore que le général MLADIC soit jugé et l’on se prend à se demander quand KARADZIC sera gracié.

Certains  voient dans le verdict du TPIY de la HAYE du 26 mars dernier, au contraire « un verdict exemplaire « .

  • 600 témoins sont  entendus
  • 48000 pages de PV
  • 8 ans de procédure
  • 40 ans de prison pour l’ancien chef des Serbes de Bosnie

« En infligeant cette peine à l’un des hommes responsables des pires crimes commis en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le TPIY n’a pas seulement rendu un verdict à la hauteur des faits commis, il a montré que la justice internationale ça peut marcher  » (Le Monde  du 26 mars 2016).

Sous couvert de l’homme fort de BELGRADE Slobodan MILOSEVIC (décédé en 2006 en prison) R. KARADZIC a mené une campagne d’épuration ethnique particulièrement féroce dans cette république pluri ethnique et pluri confessionnelle. Pour chasser les musulmans de Bosnie de leurs maisons,  de leurs terres ancestrales, on a tué, violé, et jeté des dizaines de milliers de malheureux sur les routes. Exode sanglant qui fera plus de 100 000 morts et déplacera deux millions de personnes au nom de la Grande Serbie. On verra éliminer physiquement 6000 hommes et garçons en âge de porter les armes, Musulmans de SREBRENICZA occupée par les Bosno-serbes, qui ont été abattus les mains liées derrière le dos. On assistera au siège impitoyable de SARAJEVO qui fera plus de 11000 morts.

Ce que l’on retiendra tout de même c’est que le TPIY a retenu la qualification de « génocide », alors que certains la contestait en faisant remarquer que l’extermination de ces 6000 victimes du général MLADIC à SREBRENICZA avait eu lieu parce qu’ils étaient en âge de porter les armes et non pas à cause de leur origine.

Mais on entend un autre son de cloche qui ne voit dans ce verdict qu’un leurre et un échec de la juridiction internationale.

Alors allez donc savoir ce  qu’il faut en retenir et convaincre les gens de se rendre au palais de justice pour assister au procès de Pascal SIMBIKANGWA devant la cour d’assises à Paris au mois de octobre prochain pour le génocide des Tutsis et des Hutus modérés au Rwanda.

Bernard JOUANNEAU

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Notre séance du Jeudi 17 octobre 2013: projection de «Le temps du ghetto» de Frédéric Rossif

3 octobre 2013

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LE TEMPS DU GHETTO

Documentaire de Frédéric Rossif

France – 1961 – 90 mn

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé : 

Témoignage original sur le ghetto de Varsovie. «Nous ne voulions pas faire une œuvre scientifique ou un documentaire d’histoire, nous voulions retrouver à travers la mémoire des hommes la réalité telle qu’elle est vécue.» (F. Rossif)

Thème :

La révolte du ghetto de Varsovie

TÉLÉCHARGEZ LE DOSSIER PÉDAGOGIQUE EN CLIQUANT ICI

Débat :

La débattrice  est Larissa Cain, écrivain, qui est rescapée du ghetto de Varsovie et a participé à l’insurrection de Varsovie de 1944.

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal d’octobre 2013: « Le hareng et le saxophone » de Sylvie Weil

3 octobre 2013

91-I63lhZzL._AA1500_1LE HARENG ET LE SAXOPHONE de Sylvie Weil aux éditions Buchet Chastel

La difficulté, quand on veut parler d’un livre qu’on a adoré, est extrême.

Je pourrais vous dire : achetez-le, lisez-le et vous comprendrez. C’est toutefois un peu court.

Il faut savoir que c’est l’histoire de beaucoup d’entre nous, d’ une famille grande et complexe, venant de l’Ukraine, chassée par les pogroms de Petlioura en 1905 en Ukraine (comme mes grands parents, par le même) et qui va s’installer aux USA.

Quel régal, plein d’histoires, de rires, de pleurs, d’intelligence, de langues…

Tout y est décrit avec talent.

C’est trop beau pour ne pas être vrai.

Daniel Rachline


Journal d’octobre 2013: « La littérature des ravins – écrire sur la Shoah en URSS » par Annie Apelboin et Assia Kovriguina

3 octobre 2013

9782221128527LA LITTÉRATURE DES RAVINS – Écrire sur la Shoah en URSS, par Annie Apelboin
 et Assia Kovriguina
, Editions Robert Laffont.

Les ravins, symboles de l’extermination systématique des juifs par les Allemands avançant en URSS.

6 millions d’entre eux ont été exterminés. Plus de la moitié dans les camps, l’autre moitié en URSS

jetés dans ces ravins. Babi Yar est le plus célèbre.

Ce livre raconte comment le silence perdure sur ces massacres sans traces apparentes.

Daniel Rachline


Journal d’octobre 2011: justice pour une Juste

12 octobre 2011

On le sait, la justice n’est pas de ce monde et certains héros ne seront jamais récompensés ou reconnus ici bas.

C’est le cas d’Iréna Sendler, récemment décédée à 98 ans.

Qui était-elle? Qu’a-t-elle fait d’extraordinaire? Et bien, pendant la Seconde Guerre Mondiale, cette Allemande demanda à aller travailler dans le ghetto de Varsovie comme plombier, serrurier. Elle n’a pas demandé ce poste pour le plaisir, mais parce qu’elle connaissait les plans d’extermination des juifs par les nazis.

Elle sauva ainsi 2500 enfants de la mort  les faisant sortir du ghetto en les cachant dans sa boîte à outils ou dans des grands sacs à l’arrière de sa voiture. Pour éviter de faire repérer les enfants, elle avait  entraîné un chien à aboyer quand les soldats allemands la contrôlaient : Pas bête!

Elle a quand même été arrêtée et torturée copieusement par les nazis sans révéler aucun nom des enfants. Noms dont elle garda la liste dans une jarre en verre enterrée au fond de son jardin.

Après la guerre elle essaya de localiser les parents qui avaient pu survivre et de réunir les famille. Mais la plupart avaient été gazés et les enfants sauvés ont été placés dans des familles d’accueil ou adoptés.

Belle histoire non ?

Cette Juste parmi les Justes a été proposés pour le prix Nobel de la Paix, mais on lui a préféré Al Gore…

Pour lui rendre justice essayons au moins de conserver sa mémoire.

Lison Benzaquen


Journal d’octobre 2011 : un guide historique d’Auschwitz

9 octobre 2011

Guide historique d’Auschwitz, de Jean-François Forges et Pierre-Jérôme Biscarat, Préface de Piotr Cywinski, aux Éditions Autrement (cliquez sur le lien qui précède pour accéder à la page des Éditions Autrement)

“Courage !” prévient le directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, Piotr M.A Cywinski, dans sa préface au Guide historique d’Auschwitz (*). Ou plutôt, pour reprendre une expression célèbre : “N’ayez pas peur”. Et aussi : ne soyez pas choqués.

Car pourquoi éditer un “guide”, qui renvoie à des allusions touristiques et vacancières ? Et comment “montrer” le site ? Le présenter ? L’aborder ? Par une histoire factuelle, rigoureuse, chronologique. Ce livre dont les récits submergent notre imaginaire, est le fruit d’années de voyages et de visites scolaires, institutionnelles, professionnelles. Et d’un séminaire d’études mené depuis 2005 pendant les vacances scolaires d’automne sur “Le camp D’Auschwitz, les traces juives de Cracovie et le crime contre l’humanité”. Pour savoir avant de voir – pour que le voyage soit vraiment “accompagné ”.

Histoires

Auschwitz en allemand, Oshpitzin en Yiddish, une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Cracovie, 43000 habitants. La première mention de la ville remonte à 1117. Dès 1315 les Juifs sont invités à s’y installer par les rois polonais successifs. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils étaient 8000. En 1940, Auschwitz fait partie des territoires polonais conquis par les Allemands. Les nazis souhaitent alors y édifier une cité idéale national-socialiste, avec une administration et des infrastructures, des exploitations agricoles et industrielles. Et des camps de concentration, plus un centre de mise à mort pour les Juifs.

Dès novembre 1940, Herman Göring négocie avec la société IG Farbenindustrie pour implanter en Silésie une usine de Buna (butadiène-natrium [sodium] – caoutchouc synthétique). Le 1er mars 1941, Himmler annonce son projet de fournir 10 000 détenus, affectés à la construction d’une zone industrielle. En mai 1941, 700 travailleurs forcés y travaillent. En juillet 1944, ils sont près de 12 000. Parmi les prisonniers restés à l’hôpital du camp lors de son évacuation le 18 juillet 1945, Primo Levi.

Soixante-dix photos contemporaines, vingt-cinq d’archives, quinze de plans. Une chronologie générale détaille la sociologie des effectifs recrutés et des autorités SS, donne les chiffres officiels, indique les pays d’origine des Juifs.

Les premières chambres à gaz ont été aménagées en 1942. Les crématoires ont été construits par la firme Topf und Söhne, fondée en 1878, initialement spécialisée dans la fourniture de matériel pour brasseries. Dans les années 1930, la firme diversifie ses activités : construction de chaudières à vapeur, fours industriels, silos à grains pourvus d’un système de ventilation. La maintenance des silos, notamment la désinsectisation, est assurée par le Zyklon B. La suite est à lire. Noter que la construction des crématoires pour l’incinération des corps ne représentait que 3% des activités de la firme. Pourtant, les deux frères Topf, directeurs de l’entreprise, s’étaient inscrits dès avril 1933 au NSDAP, Parti national-socialiste des travailleurs allemands. L’un d’eux, Ludwig, s’est suicidé à la fin de la guerre.

Quelques “événements”

Le crématoire IV aurait cessé de fonctionner dès la fin de mai 1943, après une visite de l’ingénieur de la Topf, Kurt Prüfner. Celui-ci constata en effet que le four et les cheminées étaient “hors d’usage”, alors que la durée de la garantie prenait fin le 22 mai…

En été 1944, un membre inconnu du Sunderkommando du crématoire V, probablement un Juif grec appelé Alex, réussit à prendre les photos devenues symboliques de corps avant qu’ils ne soient brûlés, et celles de femmes sorties de la baraque de déshabillage avant d’entrer dans la chambre à gaz. David Szmulewski, Juif polonais membre de la résistance du camp, avait caché à son intention l’appareil photo dans un seau à double fond, alors qu’il réparait le toit. Le Guide donne également des indications précieuses sur la révolte du Sonderkommando du crématoire IV, le 7 octobre 1944, sous la direction de Zalmen Gradowski. Plus de 450 hommes furent tués, dont Zalmen Gradowski. Il y eut 3 morts parmi les SS.

Parmi les photos contemporaines en couleurs figure une fraîche rivière entourée de verdure, la Sola. Ses berges de gravier – gravières- étaient des lieux de travail forcé et d’exécutions, mais servaient aussi de dépôt de cendres des victimes brûlées. Ces mêmes rives étaient un lieu de promenade pour les familles des SS, et de baignade pour leurs enfants. Car la cité idéale national-socialiste avait aussi ses villas et ses immeubles pour les travailleurs extérieurs des firmes privées.

Les ravages de la Shoah sont encore plus grands que nous le pensons.  Ils nous ont rendus sourds aux crimes de masse perpétrés aujourd’hui. Il suffit de constater la quasi-indifférence générale aux génocides contemporains. C’est aussi pour cette raison qu’il nous faut repenser complètement ce lieu incontournable, cet anus mundi. Comme si, depuis, notre civilisation était en manque d’empathie, celle qui a manqué, précisément.

Colette Gutman

 

 


Notre Journal de juillet 2010: La montée du nationalisme et de l’extrémisme en Hongrie menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale

30 août 2010

Défilé du parti Jobbik en Hongrie, 2010 La droite nationaliste hongroise a gagné les élections de mai 2010 et l’arithmétique électorale révèle une inquiétante montée de l’extrême droite. Le parti Jobbik, raciste, antisémite et souhaitant la restauration de la grande Hongrie, a recueilli 16.70% des votes. Le parti de droite Fidesz a recueilli 53% des voix et le tiers de son électorat est idéologiquement proche du parti Jobbik. Ces résultats sont très inquiétants dans un pays qui compte une communauté juive de près de 100 000 personnes et une communauté Rom de près de 800 000 personnes.

Une politique dangereuse et revancharde

Au moins aussi inquiétante est la surenchère nationaliste entre la droite et l’extrême droite qui menace la coexistence pacifique des nationalités en Europe centrale. Le parlement a voté en mai dernier à la quasi-unanimité une loi accordant la nationalité hongroise aux trois millions et demi d’habitants d’origine magyare qui vivent dans les pays voisins depuis le traité de Trianon du 4 juin 1920. Ce traité priva le pays des deux tiers de son territoire et de la moitié de sa population. A Budapest, il s’agit officiellement d’effacer “la honte du Traité de Trianon” et de proposer une “compensation morale symbolique” aux Hongrois d’origine qui ont été coupés de leur famille et de leur patrie.

Si la Roumanie, la Serbie et la Croatie n’ont guère réagi, la Slovaquie qui compte près 10% de sa population d’origine hongroise, a condamné cette loi et menacé ses ressortissants d’être déchus de leur nationalité s’ils optaient pour la nationalité hongroise. Fort heureusement, les 550 000 Slovaques d’origine hongroise ont très majoritairement confirmé leur attachement à la Slovaquie, moins de 5% souhaitant changer de nationalité, et les Slovaques dans leur ensemble n’ont pas cédé à la provocation puisqu’une coalition démocrate et centriste a gagné les élections législatives du 12 juin dernier et que l’extrême droite slovaque a recueilli moins de 5% des voix.

Mais la récente décision du gouvernement hongrois de faire du 4 juin une journée officielle de commémoration de l’éclatement de la grande Hongrie devrait empoisonner les relations avec les Slovaques dans les années à venir.

Le parti Jobbik et sa vision messianique de la Hongrie

Autre dérive délétère, celle du parti Jobbik qui s’enfonce dans un extrémisme religieux ouvertement hostile aux juifs hongrois. Avant leur entrée au Parlement, ses élus ont ostensiblement prié dans le temple calviniste dit du retour au pays dont le pasteur, Lorant Hegedüs, a défrayé la chronique en déclarant en 2002 “nous devons parquer les juifs à part parce que sinon, ils prendront notre place”. Il fut heureusement condamné à la prison avec sursis pour ses déclarations, ce qui ne l’a pas empêché d’accueillir le négationniste britannique David Irving et de lui apporter son soutien implicite.

Un risque de déstabilisation économique et social

Et la situation pourrait se dégrader encore, tant les dynamiques économiques et sociales sont négatives en Hongrie. Les partis du centre et de la gauche sont discrédités par leur mauvaise gestion économique et la corruption endémique qui sévit dans le pays. Quant au nouveau premier ministre Viktor Orban, un leader démagogue et populiste, il a été élu sur des promesses électorales irréalistes.

La Hongrie traverse une très grave crise économique depuis 2006. Malgré une importante aide financière du FMI et de l’Union Européenne, la récession n’est pas endiguée et la récente dévaluation du Forint a rendu la situation financière quasi intenable. Le pays risque un défaut de paiement et de nombreux Hongrois sont incapables de rembourser les emprunts qu’ils ont contractés en euro. Viktor Orban sera contraint de prendre des mesures d’austérité très douloureuses. Les déceptions à venir risquent de faire le jeu du parti Jobbik, et d’aggraver la situation pour les communautés juive et rom, déjà accusées d’être responsables de la crise.

Le silence assourdissant de l’U.E

Quid de l’Union Européenne dont la Hongrie est membre depuis 2004? La Commission réagit pour le moment par un silence assourdissant… Le ministre hongrois des affaires étrangères veut faire de la diversité culturelle et linguistique en Europe un axe de la présidence hongroise de l’UE en janvier 2011.

A l’heure où les mouvements extrémistes et régionalistes progressent, espérons que l’Union Européenne saura réaffirmer ses valeurs démocratiques — en particulier le respect du droit des minorités — et rappeler que le projet européen s’est construit sur les ruines d’une Europe qui avait succombé aux sirènes mortifères du nationalisme et de la haine de l’autre.

Rose Lallier