Esclavage chez nous

Lu dans 20 Minutes :

JUSTICE – Vendredi, le tribunal correctionnel de Bobigny examine une affaire «d’esclavage domestique»…

Elle ne veut pas être prise en photo. Ou bien à condition qu’on ne la reconnaisse pas. Les premiers mots échangés avec elle sont brefs, très formels. Dans le bureau de son avocate, Anick Fougeroux, boulevard Malesherbes (17e), elle reste d’abord à distance, près de la fenêtre.

Après une rapide poignée de main, elle s’assoit, puis se lance. «Je suis arrivée en France le 4 septembre 1997. Je ne connaissais même pas l’existence de ce pays», commence-t-elle. Rose*, 23 ans, a subi ce que l’on appelle un fait d’«esclavage domestique». Son procès s’ouvre vendredi au tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Née au Mali, dans un petit village de brousse, Rose est envoyée à Bamako chez des cousins par sa maman, qui espère pour elle une vie meilleure. C’est là qu’elle rencontre Mme S., employée de mairie en Seine-Saint-Denis, qui la ramène avec elle en France, munie d’un faux passeport. Elle est âgée de 11 ans seulement lorsqu’elle débarque dans ce pavillon de Bondy. La fillette doit faire à manger pour les parents et les quatre fils, ainsi que toutes les tâches ménagères : repassage, vaisselle… Bref, tenir la maison en ordre et s’occuper des enfants. «Je me levais à 7h et travaillais jusqu’à 23h.

«Je veux que mon histoire serve»

J’étais fatiguée et je sentais tout le temps l’eau de Javel à cause des produits», ne cesse-t-elle de répéter. Aucune rétribution, pas de loisirs… Pire: l’humiliation, les insultes et les coups, parfois «sans aucune raison». Rose continue pourtant de travailler sans se rebeller. «Je ne savais pas que c’était anormal», confie-t-elle. Quand elle va chercher les enfants à l’école, elle porte «un pull à capuche» dans laquelle elle se réfugie «pour ne pas croiser le regard des gens».

C’est à l’âge de «15 ou 16 ans» que la jeune fille prend conscience de sa situation. Mme S., qui a commencé à lui payer des cours de français à distance avec le Cned, revient sur sa décision et lui interdit toute scolarité. Rose finit par apprendre la langue en regardant la télévision, pendant ses rares moments de répit. Et décide enfin, à 20 ans, de partir, avec l’aide d’une voisine à qui elle a pu tout raconter.

Recueillie par l’association SOS Esclaves**, Rose aura passé près de dix ans dans l’isolement et l’indifférence de tout le quartier, sans contact avec sa famille. A l’approche de l’audience, vendredi, elle appréhende la confrontation. «Je veux que mon histoire serve aux autres filles qui vivent la même chose», explique-t-elle. Son avocate, elle, espère que le procès, prévu à 13h30, ne passera pas inaperçu, entre ceux de «deux voleurs de pommes». Les époux S. encourent jusqu’à sept ans de prison ferme et 300.000 euros de dommages et intérêts.

* Le prénom a été changé à sa demande.
** Numéro vert : 0 805 99 17 97.

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