Journal d’Avril 2016: témoignages des élèves après notre séance-débat sur le thème de l’esclavage

30 mars 2016

passage

 

 

 

 

Le passage du milieu

Séance du 16 février 2016

Thème : l’esclavage

Débatteur : Pap D’diaye

 

 

 

 

Cette fois, nous avons demandé aux élèves présents, de nous faire part de leurs impressions par écrit : ce qu’ils ont fait.
Ces élèves sont issus de Bac professionnel électro-technique et rencontrent souvent des difficultés en expression.
Ils appartiennent à la classe : TELKB du Lycée Louis Armand à Nogent sur Marne.
Voici leurs textes.

 

« Par choix, Je n’ai pas l’habitude de regarder des films sur le thème de l’Esclavage, mais “Le passage du Milieu” m‘a permis d’en savoir davantage et d’ouvrir les yeux sur la question humaine. J’ai particulièrement apprécié le débat. »

Fabien

 

« Ce film m’a beaucoup perturbé, j’ai vu des scènes abjectes, des images lourdes et souvent insoutenables. Le débat aide à surmonter les sentiments de révolte que l’on ressent jusqu’à la fin, grâce aux échanges entre les débatteurs et les élèves. »

Ryan

 

« J’ai apprécié le film même si il avait des moments très durs (finalement toutes les scènes du film étaient poignantes). Je pense qu’il faut ce genre d’images pour secouer les gens et lutter contre le racisme. Merci pour le débat, j’ai personnellement appris beaucoup de choses, des éléments historiques. Il faut continuer! »

Mohamed

 

« J’ai souvent détourné le regard pendant la projection du film, je me concentrais sur la voix, c’était plus supportable. J’ai vraiment été intéressé par le débat et le fait de pouvoir poser des questions. Merci pour tout ce que j’ai appris. »

Damien

 

« Ce film est terrible. Il m’a révolté et dégoûté d’être Humain, je n’arrive pas à croire ni à accepter que l’homme puisse faire ça. »

Mamadou

 

« J’ai eu du mal au début à me concentrer. Il n’y avait pas de dialogue seulement des images terribles que l’on reçoit en pleine figure avec comme fond sonore une voix douce presque mélodieuse, c’était très perturbant. Je trouve tellement intéressant qu’il y ait un débat, que l’on puisse poser des questions et s’exprimer. Merci…Je reviendrai. »

Jonathan


Journal d’octobre 201, l’éditorial : du bon usage des commémorations

9 octobre 2011

Les images de la cérémonie de la commémoration des attentats du World Trade Center ont heureusement remplacé celles qui nous sont venues de New York, pendant tout l’été, et qui nous ont instruits sur la façon dont y est administrée la justice criminelle. Elles donnent une autre image, de l’Amérique; mais des images toujours obsédantes, bouleversantes, inquiétantes et inoubliables.

A force d’être reproduites et diffusées à profusion sur toutes les chaînes de télévision, elles s’imposent à notre conscience, et nourrissent la mémoire de toutes les générations.

Nécessaires, elles permettent, l’espace d’un Week-end, d’estomper les chiffres effarants des suites qu’ils ont eues: 160000 victimes civiles, 6000 soldats tués ou blessés;4000 milliards de dollars, que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont déjà coûtés, sans compter les horreurs d’Abou Graïb et les tortures de Guantanamo.

Au-delà de l’hommage rendu aux 2.965 victimes des Twin Towers, occupants des tours infernales, pompiers et secouristes, la commémoration du 11 septembre 2001 ne peut faire oublier, ni effacer, les autres : celle du vingtième anniversaire de la Chute du mur de Berlin, celle du soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration le 27 janvier 1945, celle du dixième anniversaire du début du génocide Rwandais le 6 avril 1994; celle du centième anniversaire en 2015 du génocide Arménien qui aura lieu le 27 avril, celle des trente ans de l’abolition de la peine de mort en France par la loi du 9 octobre 1981, celle du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage par la France le 27 avril 1848; celle du cinquantenaire de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, du 10 Décembre 1948, celle du bicentenaire de la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ni la dernière, à laquelle nous ayons été conviés le 18 septembre dernier à Drancy, pour le 70ème anniversaire de l’ouverture des camps.

Au risque de l’amalgame et de la banalisation, on n’en finirait plus d’énoncer, d’inventorier et de se remémorer les événements, les batailles, les traités et les déclarations, dont on célèbre, à travers le monde, la commémoration périodique, selon l’importance, qu’ils ou elles, marquent dans l’histoire de l’humanité et des peuples.

Appartient-il à chacun, de faire sa liste de commémorations, qui méritent selon lui qu’on s’en souvienne ?

Faut-il multiplier et collectionner ces commémorations, qui tournent parfois à la “commémoraison”?

On les suspecte parfois, et on les conteste, parce qu’elles exaltent le nationalisme, en même temps qu’elles attisent les haines.

Celles qui réjouissent les uns, désespèrent les autres; mais il est indéniable qu’elles servent à panser les plaies, en même temps qu’elles les enveniment.

Elles portent le reflet des guerres et des conflits qui embrasent la planète.

Elles sont, pour ceux qui nous gouvernent, une occasion d’évacuer un temps leurs soucis et leurs préoccupations du moment; même si personne ne s’y trompe vraiment…. Faute de pouvoir améliorer notre humaine condition, et de soigner les maux que nous nous infligeons, elles préservent notre dignité, et finalement, nous permettent de survivre au désespoir.

Ne nous y trompons pas, elles participent du spectacle permanent et de la communication que nous nous offrons, en appelant les médias à les cultiver et les représenter. Elles font partie de notre identité et de notre culture, en même temps qu’elles entretiennent la transmission entre générations, d’une communion fraternelle.

Elles n’ont pas de réalité, et appartiennent au domaine des rêves et de la fiction, sorte de traitement du mal être.

Ce n’est pas une raison pour quitter le monde d’aujourd’hui, pour se réfugier dans le passé ou dans les souvenirs. Les commémorations appellent l’échange et le partage. En cela, elles se rapprochent des commémoraisons par leur côté liturgique et sacrificiel. Ce n’est pas pour autant qu’elles doivent revêtir un aspect communautaire, qui les opposerait les unes aux autres, et leur ferait perdre à la fois de leur valeur, et de leur esprit universel.

Sans revenir sur la controverse suscitée par l’adoption des lois mémorielles ou “compassionnelles” il y a, dans le culte de la commémoration, la reconnaissance mutuelle de la dignité des hommes, et des valeurs qu’ils partagent, en même temps que des sacrifices qu’ils ont endurés ensemble.

Sur le moment, l’Europe s’est enthousiasmée pour le “Printemps Arabe” qui a suscité la révolte des peuples du Moyen-Orient, comme si nous nous réjouissions de voir l’islamisme abandonner le culte du terrorisme, pour adopter, à l’occidentale, celui de la Démocratie, en chassant les tyrans du pouvoir.

A quand la première commémoration du soulèvement de la place Tarihr contre Hosni Moubarak ? Les Président Français et Premier ministre britannique, n’ont pas attendu la capture de Kadhafi, pour aller commémorer à Tripoli et à Bengahzi la chute du régime Libyen

Toutes ces commémorations attendues, surviendront plus vite que nous nous y attendons, et sans doute, avant que ne se manifestent les réactions de ceux qui craignent de voir l’espace de Schengen, envahi par tous ceux qui voudront partager les fruits de la croissance, en même temps qu’ils accèdent à la démocratie. Mais il nous faut faire attention à accueillir les commémorations des autres.

A nous en tenir à celles qui nous sont familières, on risque d’oublier que ce sont les autobus de la TCRP qui ont servi à parquer les juifs, lors de la rafle du Vel d’Hiv, lorsqu’on fait appel à la RATP pour transporter les Roms. A force de cultiver l’immigration choisie, on va bientôt placarder sur les Champs Elysées “Interdit aux Roumains, aux Grecs et aux Mendiants ”.

Rien n’empêche de se remémorer les charniers de Srebrenica et les chambres à gaz de Maidaneck et Treblincka, et de se préoccuper du sort fait aux Roms à travers toute l’Europe, et de s’inquiéter de l’ostracisme qui atteint les exilés tunisiens, syriens, et libyens, venus chercher asile en Europe, en s’embarquant pour Lampedusa.

Nous ne sommes pas les seuls à nous pencher sur le sujet On entend dire que les Américains qui ont déjà un “Memorial Day” envisagent de faire du 11 septembre un jour férié ; tandis que le Président Sarkozy, qui ne manque pas d’imagination sur le sujet  vient de suggérer de faire du 11Novembre, le jour de la commémoration  des “Français morts pour la France”.

Le paradoxe est tout de même que dans le même temps, ses ministres se laissent aller, au nom de l’identité nationale à regretter “qu’il y en ait trop ”, à s’en prendre aux Roumains, à fustiger les propos d’une candidate à l’élection présidentielle  qui a proposé de remplacer le défilé du 14 juillet par un défilé citoyen, en rappelant qu’elle n’est pas assez française pour se le permettre, ou à renvoyer à ses origines un écologiste coréen devenu français simplement par l’adoption

Commémorons, sans retenue ni modération ; mais restons vigilants au quotidien. Il n’y a pas que les morts et les Français de souche qui méritent le respect.

Bernard Jouanneau

 


Journal de Juillet 2011 : Mémoire….Mémoires

3 septembre 2011

Lors de la dernière réunion de la Commission “Témoins-témoignages” à l’Union des Déportés d’Auschwitz, j’ai pris en charge le témoignage au lycée Suger de la Plaine Saint-Denis, car la démarche de M. Rochdi Siddiki m’intéressait. J’ai donc, à sa demande,  témoigné dans son Lycée.

M. Siddiki, professeur principal et professeur de mathématiques a décidé de sensibiliser les élèves aux différentes formes de génocides et à la négation de l’être humain en général. De nombreuses personnalités étaient présentes dans la salle.

Arrivée avec un léger retard, j’ai entendu une partie de la présentation faite par une jeune élève du voyage qu’elle avait effectué au camp  d’Auschwitz-Birkenau. Elle avait du mal à restituer l’émotion qu’elle avait ressentie sur place, mais M. Siddiki m’a ensuite raconté les détails de ce voyage auquel il avait participé avec le recteur de la Mosquée de Taverny. Ensuite j’ai pu m’exprimer pendant une dizaine de minutes afin de laisser le temps aux élèves de poser des questions.

J’ai donc résumé mon témoignage au maximum et, au fur et à mesure que les questions des élèves affluaient j’ai mieux compris la situation et j’ai essayé de trouver le lien avec leur voyage et le manque de témoin sur place.

Il y a eu ensuite un discours du recteur de la Mosquée de Taverny, remarquable. Il a insisté sur l’esprit du “vivre ensemble”, du respect et de l’amour de son prochain. Il a parlé de paix, de compréhension mutuelle et du respect des droits de l’homme.

De son côté M. Rahim Rezigat, ancien prisonnier d’Algérie, a évoqué assez rapidement cette période de l’histoire. Et après avoir raconté sa visite à Buchenwald il a précisé que le camp où il a été détenu en France, représentait en comparaison un “paradis”. Il a du exagérer un peu…

Puis le Maire adjoint a tenu un discours sans surprise, en insistant sur la laïcité.

Le prochain projet de visite se situe à l’Ile de Gorée. A ce propos j’ai évoqué mon voyage sur le lieu et mon émotion de constater que des familles “normales” vivaient dans la maison où dans les caves se trouvaient entassés les esclaves avant leur départ par bateaux.. Cette Maison des esclaves est jumelée avec Drancy.

Le point commun concernant ces deux génocides est bien la déshumanisation. Mais l’énorme différence réside dans le fait que l’on considérait les esclaves comme une marchandise, donc à ménager, tandis que les Juifs et les Tziganes faisaient l’objet de la “solution finale”, c’est à dire de l’extermination pure et simple.

Pour son initiative de transmettre la Mémoire, les multiples Mémoires, M. Rachdi Siddiki mérite un soutien inconditionnel de son entourage.

Isabelle Choko


Notre programme 2010-2011 : « La controverse de Valladolid »

26 janvier 2011

Notre séance du Mardi 5 Avril 2011 :

 

Thème : Défense des droits de l’homme, premier procès

La controverse de Valladolid

Date de sortie : 1992

Réalisateur : Jean-Daniel Verhaeghe

Débatteur : Jean-Claude Carrière

Durée : 1h30


Synopsis :

Au XVIe siècle, soixante ans après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, le roi Charles Quint convoque une assemblée sous l’égide du légat du Pape. Le débat porte sur une question fondamentale : les indigènes indiens ont-ils une âme (sont-ils des hommes) ? De la réponse doit découler l’arrêt ou non de l’esclavage dont ils sont alors les victimes…


Journal de Janvier 2011 : Mémoire des massacres

25 janvier 2011

Il y a eu des milliers de massacres dans l’histoire de l’humanité et il est indispensable d’en conserver la mémoire. Mais il y en a eu de plusieurs catégories.

Pendant des siècles, les “pays développés” ont conquis d’immenses territoires sur tous les continents et transformé en esclaves les habitants de ces régions considérés comme racialement inférieurs. Beaucoup de ces indigènes ont été tués parce qu’ils refusaient d’abandonner leurs terres ou de travailler pour leurs maîtres.

Au XXème siècle, l’Etat allemand a massacré 6 millions de Juifs et 300 000 Tziganes sous le seul prétexte qu’ils étaient juifs ou tziganes, un crime monstrueux sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Ce massacre a été mené industriellement dans les camps d’extermination et des centaines de milliers d’Allemands y ont participé à tous les niveaux de l’appareil d’Etat, le plus souvent comme des fonctionnaires zélés qui connaissaient parfaitement le but de leur activité quotidienne ; d’autres Allemands ont tué de leurs mains dans les camps. Mais le pire a été la “Shoah par balles” : dans des centaines de villages de Pologne, d’Ukraine et d’URSS, des milliers d’Allemands ont tué plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants juifs avec des fusils ou des mitraillettes, souvent à bout portant. On découvre encore des fosses communes dans ces régions. Examinés après la guerre, ces assassins se sont révélés des êtres humains parfaitement normaux.

Comment le peuple allemand a-t-il pu en arriver là ? Après la Première guerre mondiale, ce peuple a subi un désastre : d’abord, la défaite de son armée qui était considérée comme invincible, puis la faillite de la République de Weimar où socialistes et communistes ne se sont jamais entendus, puis la crise économique de 1923 due aux réparations exigées par les Alliés (Traité de Versailles) et dont le paiement a mis bien des millions d’Allemands au chômage et, enfin, la crise économique mondiale de 1929 qui a encore beaucoup augmenté le chômage. Durant toute cette période, pour rassembler le peuple allemand autour de lui, Hitler, avec le parti nazi, a constamment dénoncé un ennemi commun, un bouc émissaire responsable de tous les malheurs de l’Allemagne : le Juif qu’il disait être le seul capable de vaincre. Le racisme a été érigé en doctrine officielle basée sur la supériorité raciale des Allemands : la race des maîtres. Les nazis ont ainsi obtenu 37% des voix aux élections de 1932 et, avec l’appui des possédants, Hitler est devenu Chancelier du Reich. L’invasion de la Pologne et l’entrée en guerre ont été justifiées par le “danger juif”, l’entrée en guerre des USA attribuée aux “judeo-ploutocrates” et l’invasion de l’URSS présentée comme nécessaire pour lutter contre la menace  “judeo-bolchevique”. Tout cela a été répété aux Allemands jour après jour dès qu’ils savaient lire ! Et c’est ce qui doit nous aider à comprendre comment, dans un contexte de guerre, des Allemands ordinaires ont été capables de se conduire en groupes comme des monstres convaincus d’agir pour le plus grand bien de leur pays en assassinant des gens désarmés.

En 1933, Hitler est donc arrivé légalement au pouvoir en mobilisant son peuple contre un bouc émissaire. Soixante ans plus tard, en 1990-1995, en Yougoslavie, le dictateur Milosevic a dû faire face à de graves problèmes économiques qui pesaient très lourd sur la population. Craignant de perdre le pouvoir, il a alors tout fait pour convaincre la majorité serbe de son peuple que toutes ses difficultés étaient causées par la minorité musulmane du sud du pays. Beaucoup de Serbes se sont alors jetés sur les Musulmans, leur ont volé leurs biens et en ont tué plusieurs dizaines de milliers : pour rester au pouvoir, et il y a réussi, Milosevic avait utilisé le racisme braqué contre un bouc émissaire.

Ces deux crimes ont été rendus possibles par une exploitation du racisme. Dans le monde d’aujourd’hui, beaucoup d’autres crimes sanglants se produisent qui sont souvent interprétés comme dus à une profonde haine raciale entre communautés. Il est exact que tous les humains, comme beaucoup d’animaux, ont tendance, même très jeunes, à se méfier des étrangers à leur communauté. Ce seul sentiment ne mène généralement pas des hommes au crime mais il peut être, dans un but politique, exacerbé par des ambitieux et transformé en haine sanguinaire collective. Cela peut se produire dans tous les pays, surtout en période de crise grave et en utilisant les media modernes. Comme nous ne sommes pas des animaux, nous devons à tout prix lutter contre cette tendance. L’entretien de la mémoire des massacres est un outil efficace pour nous y aider à condition d’y inclure la mémoire des mécanismes qui les ont rendus possibles.

Jean-Louis Steinberg

 


Esclavagistes, dormez tranquille. Au pire, vous aurez à payer une partie du salaire dû…

9 novembre 2009

Lu dans 20 Minutes :

Condamnés pour esclavage moderne
Créé le 09.11.09 à 07h17
Mis à jour le 09.11.09 à 07h17 |

Ils risquaient 7 ans de prison et 200 000 euros d’amende. Le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) aura été plus clément. Vendredi, un couple accusé d’esclavage moderne pendant neuf ans à l’encontre de Rose*, 23 ans, a été condamné, l’un à dix-huit, l’autre à vingt-quatre mois de prison avec sursis. Ils devront aussi verser à la jeune femme 63 000 euros au titre du préjudice financier et 30 000 euros pour le préjudice moral.

« C’est moins que ce que nous avions demandé pour les préjudices, mais nous nous en contenterons », affirme Anick Fougeroux, avocate de Rose et fondatrice de SOS Esclaves. Mais les peines d’emprisonnement déçoivent l’association, qui espère que le parquet fera appel. Le procureur avait requis huit mois de prison ferme, pour l’épouse et deux pour son mari.

Depuis le procès, Rose vit cachée. « Elle s’est murée dans son angoisse, explique son avocate. Il va lui falloir du temps pour reprendre confiance. »

— Tiphaine Réto


Esclavage chez nous

14 octobre 2009

Lu dans 20 Minutes :

JUSTICE – Vendredi, le tribunal correctionnel de Bobigny examine une affaire «d’esclavage domestique»…

Elle ne veut pas être prise en photo. Ou bien à condition qu’on ne la reconnaisse pas. Les premiers mots échangés avec elle sont brefs, très formels. Dans le bureau de son avocate, Anick Fougeroux, boulevard Malesherbes (17e), elle reste d’abord à distance, près de la fenêtre.

Après une rapide poignée de main, elle s’assoit, puis se lance. «Je suis arrivée en France le 4 septembre 1997. Je ne connaissais même pas l’existence de ce pays», commence-t-elle. Rose*, 23 ans, a subi ce que l’on appelle un fait d’«esclavage domestique». Son procès s’ouvre vendredi au tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Née au Mali, dans un petit village de brousse, Rose est envoyée à Bamako chez des cousins par sa maman, qui espère pour elle une vie meilleure. C’est là qu’elle rencontre Mme S., employée de mairie en Seine-Saint-Denis, qui la ramène avec elle en France, munie d’un faux passeport. Elle est âgée de 11 ans seulement lorsqu’elle débarque dans ce pavillon de Bondy. La fillette doit faire à manger pour les parents et les quatre fils, ainsi que toutes les tâches ménagères : repassage, vaisselle… Bref, tenir la maison en ordre et s’occuper des enfants. «Je me levais à 7h et travaillais jusqu’à 23h.

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