Journal de Janvier 2011 : Mémoire des massacres

Il y a eu des milliers de massacres dans l’histoire de l’humanité et il est indispensable d’en conserver la mémoire. Mais il y en a eu de plusieurs catégories.

Pendant des siècles, les “pays développés” ont conquis d’immenses territoires sur tous les continents et transformé en esclaves les habitants de ces régions considérés comme racialement inférieurs. Beaucoup de ces indigènes ont été tués parce qu’ils refusaient d’abandonner leurs terres ou de travailler pour leurs maîtres.

Au XXème siècle, l’Etat allemand a massacré 6 millions de Juifs et 300 000 Tziganes sous le seul prétexte qu’ils étaient juifs ou tziganes, un crime monstrueux sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Ce massacre a été mené industriellement dans les camps d’extermination et des centaines de milliers d’Allemands y ont participé à tous les niveaux de l’appareil d’Etat, le plus souvent comme des fonctionnaires zélés qui connaissaient parfaitement le but de leur activité quotidienne ; d’autres Allemands ont tué de leurs mains dans les camps. Mais le pire a été la “Shoah par balles” : dans des centaines de villages de Pologne, d’Ukraine et d’URSS, des milliers d’Allemands ont tué plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants juifs avec des fusils ou des mitraillettes, souvent à bout portant. On découvre encore des fosses communes dans ces régions. Examinés après la guerre, ces assassins se sont révélés des êtres humains parfaitement normaux.

Comment le peuple allemand a-t-il pu en arriver là ? Après la Première guerre mondiale, ce peuple a subi un désastre : d’abord, la défaite de son armée qui était considérée comme invincible, puis la faillite de la République de Weimar où socialistes et communistes ne se sont jamais entendus, puis la crise économique de 1923 due aux réparations exigées par les Alliés (Traité de Versailles) et dont le paiement a mis bien des millions d’Allemands au chômage et, enfin, la crise économique mondiale de 1929 qui a encore beaucoup augmenté le chômage. Durant toute cette période, pour rassembler le peuple allemand autour de lui, Hitler, avec le parti nazi, a constamment dénoncé un ennemi commun, un bouc émissaire responsable de tous les malheurs de l’Allemagne : le Juif qu’il disait être le seul capable de vaincre. Le racisme a été érigé en doctrine officielle basée sur la supériorité raciale des Allemands : la race des maîtres. Les nazis ont ainsi obtenu 37% des voix aux élections de 1932 et, avec l’appui des possédants, Hitler est devenu Chancelier du Reich. L’invasion de la Pologne et l’entrée en guerre ont été justifiées par le “danger juif”, l’entrée en guerre des USA attribuée aux “judeo-ploutocrates” et l’invasion de l’URSS présentée comme nécessaire pour lutter contre la menace  “judeo-bolchevique”. Tout cela a été répété aux Allemands jour après jour dès qu’ils savaient lire ! Et c’est ce qui doit nous aider à comprendre comment, dans un contexte de guerre, des Allemands ordinaires ont été capables de se conduire en groupes comme des monstres convaincus d’agir pour le plus grand bien de leur pays en assassinant des gens désarmés.

En 1933, Hitler est donc arrivé légalement au pouvoir en mobilisant son peuple contre un bouc émissaire. Soixante ans plus tard, en 1990-1995, en Yougoslavie, le dictateur Milosevic a dû faire face à de graves problèmes économiques qui pesaient très lourd sur la population. Craignant de perdre le pouvoir, il a alors tout fait pour convaincre la majorité serbe de son peuple que toutes ses difficultés étaient causées par la minorité musulmane du sud du pays. Beaucoup de Serbes se sont alors jetés sur les Musulmans, leur ont volé leurs biens et en ont tué plusieurs dizaines de milliers : pour rester au pouvoir, et il y a réussi, Milosevic avait utilisé le racisme braqué contre un bouc émissaire.

Ces deux crimes ont été rendus possibles par une exploitation du racisme. Dans le monde d’aujourd’hui, beaucoup d’autres crimes sanglants se produisent qui sont souvent interprétés comme dus à une profonde haine raciale entre communautés. Il est exact que tous les humains, comme beaucoup d’animaux, ont tendance, même très jeunes, à se méfier des étrangers à leur communauté. Ce seul sentiment ne mène généralement pas des hommes au crime mais il peut être, dans un but politique, exacerbé par des ambitieux et transformé en haine sanguinaire collective. Cela peut se produire dans tous les pays, surtout en période de crise grave et en utilisant les media modernes. Comme nous ne sommes pas des animaux, nous devons à tout prix lutter contre cette tendance. L’entretien de la mémoire des massacres est un outil efficace pour nous y aider à condition d’y inclure la mémoire des mécanismes qui les ont rendus possibles.

Jean-Louis Steinberg

 

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