Voyage à Izieu : Témoignages divers

7 juillet 2009

Mémoire 2000 a emmené une classe du lycée Condorcet à Izieu et au CHRD de Lyon. Nous avons eu le plaisir de recevoir quelques travaux faits par ces élèves à leur retour, et que nous partageons ici. On continue avec des extraits de textes de différents élèves.

 

[…] La maison était un îlot dans un océan de verdure, entouré de “récifs” montagneux. 65 ans après, rien n’avait changé comme en témoignent les photographies de l’époque. Le jardin nous accueille comme il le fit, plus d’un demi-siècle plus tôt, avec les jeunes enfants d’Izieu.… Pourquoi eux davantage que les autres? Tout simplement parce qu’ils avaient 16 et 17 ans. Nous avons 16 et 17 ans. Ils étaient jeunes, joyeux et insouciants. Nous sommes jeunes, joyeux et insouciants. Ils sont morts et auront toujours 16 et 17 ans. Nous sommes dans le train et nous rentrons chez nous…
Marina F.

 

[…] Visiter des lieux tel que la Maison d’izieu, voir des photos, lire des lettres permet de mettre des visages, des noms sur ces enfants et c’est un moyen de leur rendre hommage… Cela permet également de lutter contre les gens qui nient l’existence des camps … Je n’avais jamais entendu prononcer les noms de Gurs et Rivesaltes. Je ne savais pas qu’avant les accords de Montoire, une politique d’exclusion de la population juive avait été mise en place par le gouvernement de Vichy. Cette expérience a profondément bouleversé ma vision de la France de cette époque…
Esther P.

 

[…] L’introduction de P. J. Biscarat puis la visite du musée m’ont permis d’effectuer un plongeon dans le contexte historique. J’ai pu me rendre compte à quel point la mémoire est indissociable de l’histoire… J’ai été émue de constater le travail effectué par des historiens pour donner un nom et un visage à chacun des enfants qui avaient vécu à Izieu…
Cyntia

 

[…] La visite de cette maison m’a particulièrement touchée : se retrouver dans les mêmes lieux que ces enfants, 65 ans après la rafle d’Izieu qui aura causé la mort de 44 d’entre eux a provoqué chez moi des sentiments forts et une véritable prise de conscience de la réalité. Plus loin que les cours d’histoire, les nombreuses expositions ou livres traitant du sujet, le fait de se rendre sur les lieux permet non seulement de se souvenir, de commémorer un événement terrible, cela rend l’Histoire plus concrète, abordable et la vérité plus poignante…
Laure M.

 

[…] Ma première réaction qui a sûrement été aussi celle de mes compagnons, a été la surprise : c’est donc dans ce lieu enchanteur, dominant le Rhône, offrant pour unique perspective une ouverture infinie sur les champs et le ciel que la liberté de vivre a été brutalement ôtée à 44 enfants et 5 adultes?…J’ai désormais sur ce sujet une opinion qui a pu se fonder, et non plus seulement des connaissances strictement historiques…
Bérangère D.

 

[…] Ce voyage m’a permis d’approfondir mes connaissances sur un sujet complexe que les chiffres dans nos manuels rendent parfois trop abstraites. Un tel voyage nous permet enfin et surtout d’acquérir des armes contre le négationnisme et les idéologies qui s’en inspirent.
Mathieu Z.

 

[…] J’ai marché dans la maison, j’ai essayé d’imaginer la vie des enfants, c’est là que j’ai ressenti le plus d’émotion…Les documents, les films sont faits dans un souci pédagogique, ils viennent éclairer, nous permettre de comprendre les événements. J’ai apprécié la dissociation entre le temps de l’émotion et le temps de l’histoire…
Cécile P.

 

[…]La réalité de ce voyage a été longue à m’apparaître… Je dois cependant reconnaître que l’idée d’un tel voyage est plutôt enthousiasmante. Sortir du cadre scolaire est un moyen efficace pour rendre la transmission des connaissances plus diverse et moins abstraite…
Marie P.


Photos d’Izieu en ligne !

24 juin 2009


Pour voir d’autres photos de notre visite à Izieu, cliquer ici.


Retour sur notre voyage à Izieu et au CHRD

18 juin 2009

Nous mettons en ligne aujourd’hui une page sous notre rubrique « Témoignages » qui réunit les témoignages de certains élèves ayant participé à cette visite à la Maison des enfants d’Izieu, qui s’est prolongée par une visite du Centre d’histoire sur la résistance et la déportation de Lyon. Vous y trouverez également des compte-rendu de nos accompagnatrices.


Voyage à Izieu : Témoignage de Sixtine

12 juin 2009

Le témoignage de Sixtine (Lycée Condorcet, Paris)

 

Voyage à Izieu
5 et 6 mai 2009

J’avoue que j’étais un peu inquiète à l’idée de passer deux jours exclusivement consacrés à l’histoire et à la mémoire des quarante-quatre enfants d’Izieu. En effet, les quelques heures de cours durant lesquelles nous avions travaillé sur la Shoah m’avaient paru plutôt difficiles, et avaient en conséquence un peu atteint mon moral. Disons donc que la veille du départ, je broyais du noir.

Le lendemain matin, j’étais tout de même plus enthousiaste. A croire que j’avais enfoui au cours de la nuit la plupart de mes appréhensions sous beaucoup d’insouciance, et sous la joie enfantine de partir en « voyage scolaire ». Il en a été ainsi tout au long du trajet, et ce jusqu’à la maison d’Izieu elle-même. Le paysage magnifique (et le temps qui ne l’était pas moins) ne m’ont pas aidé à quitter cet état d’esprit. Je me rappelle avoir pensé en descendant du car qu’il n’était pas évident d’imaginer qu’un tel drame avait pu se jouer dans un lieu en apparence si paisible et loin du monde.


C’est ainsi que j’ai été capable de faire des couronnes de pâquerettes pendant le déjeuner et de sautiller dans une prairie en envoyant de l’herbe coupée à la tête de quelques amies qui m’accompagnaient joyeusement… Je ne me suis calmée soudainement que lorsque je me suis vue faire ce à quoi avaient dû s’amuser les enfants d’Izieu, peut-être même jusqu’à la veille de leur arrestation. Pensée dérisoire et fantaisiste, certainement, mais qui a au moins eu le mérite de me rappeler au véritable objectif de notre déplacement.

L’introduction de Pierre-Jérôme Biscarat puis la visite du musée m’ont permis d’effectuer un plongeon dans le contexte historique qui nous concernait. J’ai pu me rendre compte au cours de ce voyage à quelle point la mémoire est indissociable de l’histoire. J’ai aussi eu l’occasion de voir sous un nouvel angle le régime de Vichy, dont je ne percevais pas assez la responsabilité quant à la déportation des Juifs de France. Les films que nous avons vu plus tard allaient également dans ce sens, avec notamment l’extrait du Journal de Rivesaltes. C’est l’un des aspects du voyage qui m’a le plus intéressé. En effet, je n’avais exactement appris cette version des faits en classe de troisième. Ainsi, quoiqu’étant par nature assez confiante, j’ai pu comprendre sur le terrain que l’enseignement de l’histoire, et sans doute l’enseignement en général comporte souvent une part de subjectivité.

En sortant de la grange, j’avais donc un carnet de note bien rempli, mais, plus important encore, j’étais prête pour ce qui allait suivre, c’est-à-dire la visite de la maison. J’ai été assez surprise de n’y voir aucune reconstitution (si ce n’est celle de la salle de classe). Mais finalement, c’était bien mieux comme cela. Il était plus intéressant de lire les lettres écrites par les enfants que de voir les tables d’un réfectoire, et de se trouver face à leurs photographies plutôt qu’aux lits d’un dortoir. J’ai été très émue de constater le travail effectué par des historiens pour donner un visage et un nom à chacun des enfants qui avaient vécu à Izieu. C’était tout d’un coup beaucoup plus parlant que d’entendre dire « Plus de 10% des victimes de la seconde guerre mondiale sont des Juifs, assassinés pendant la Shoah » Je me suis enfin rendue compte que si chacun des enfants passés par Izieu avait sa propre histoire familiale et sa propre trajectoire, alors c’était aussi le cas de chacune des six millions de victimes de l’Holocauste. Ça n’est pas facile d’évoquer ce qu’on peut ressentir dans ce genre de situation, tout voulant éviter de tomber dans le  »pathos », comme on dit. Je dirais simplement que ces considérations m’ont donné le vertige. Comment comprendre que l’homme ait pu pousser la cruauté jusque là ? Comment aurai-je réagi si j’été née en Allemagne dans les années 20 ? Je me suis posée bien d’autres questions qui sont restées sans réponse.

Les extraits du procès Barbie m’ont également interrogé : le coupable avait l’air si peu concerné, et ce même en face de mères éplorées qui lui reprochait la perte de leurs enfants. On y sentait la difficulté de témoigner, même des années après les faits. Comment exprimer la douleur et l’émotion, et comment se fier à la seule mémoire ? En effet, si on écoute le témoignage d’Edith Klebinder, qui a servie d’interprète entre le SS qui « triait » les déportés à la sortie du train et les éducatrices d’Izieu, on se rend compte qu’elle ne savait pas à ce moment-là à qui elle avait affaire ; le juge doit d’ailleurs lui demander plusieurs précisions à ce sujet. Ainsi, pendant ces deux jours, Pierre-Jérôme Biscarat comme notre professeur d’histoire, Alexandre Bande, ont souvent insisté sur le fait que l’histoire se construisaient en croisant les sources : témoignages, archives, images… Je n’avait jamais perçu aussi nettement le travail que pouvait représenter, par exemple, un simple manuel d’histoire.

Quant à mon avis sur le centre de la Résistance et de la Déportation à Lyon, j’avoue qu’il est un peu mitigé. J’ai trouvé la muséographie moins efficace qu’à Izieu. Il nous était présenté un grand nombre de personnages dont le rôle a sans aucun doute été très important. Mais tant de biographie deviennent vite indigestes… Surtout quand il faut s’efforcer de les lire dans la pénombre ! J’ai cependant apprécié certains panneaux plus synthétiques dans leur conception : ceux qui par exemple donnaient le profil socio-culturel des résistants de la première heure ou qui expliquaient leur principales motivations. Pour le reste, il est vrai que la reconstitution n’était pas mal faite, mais je me suis demandée ce qu’elle faisait là, et l’atelier sur les affiches de propagande aurait probablement pu être plus poussé.

J’ai donc été globalement satisfaite de ce voyage, qui s’est révélé très instructif sur bien des plans, tout en soulevant en moi beaucoup de questions, ce qui n’est pas très étonnant, compte tenu de son objet. J’en retiendrai particulièrement l’importance de la mémoire (que j’ai d’ailleurs vécu plus comme une nécessité que comme un devoir) et celle de la transmission de l’histoire. C’est pour ces raisons que je ne peux que remercier ceux qui l’ont organisé ainsi que ceux qui nous ont aidés à partir ou qui nous ont reçus, tout en les encourageant fortement à continuer ce genre d’action envers les jeunes qui viendront après nous.


Voyage à Izieu : Témoignage de Paul

12 juin 2009

Le témoignage de Paul (Lycée Condorcet, Paris)

 

Izieu

Le registre est là, devant moi. Ouvert sur une page où les noms sont comme sertis dans le papier, qu’on devine fin comme filigrane. Je tourne avec précaution les pages jusqu’à celle recensant les déportés du convoi n°71. Mon doigt la parcourt, puis s’arrête sur un nom, familier depuis la veille : Georges Halpern, huit ans. Cette bouille joviale qu’on avait vue sur la grande photographie à l’entrée du mémorial, c’est la sienne ; les lettres, gorgées d’amour pour ses parents dont il est séparé et de délicieuses fautes d’orthographes, ce sont les siennes. Nous les avons vues ces archives, témoins d’un bonheur sincère malgré l’exil auquel, « parce qu’à prononcer leurs noms sont difficiles », quarante-quatre enfants et six adultes, furent condamnés. Et l’exil semble un mot si frêle face au Vrai.

Lorsque l’on arrive à Izieu, où ces enfants étaient accueillis et hébergés, rien dans le splendide paysage qui nous saute aux yeux de façon presque brutale ne laisse place à l’appréhension, quasi préméditée. La pelouse, grasse, abondante et piquée de pâquerettes est luisante ; elle grouille de grillons et de sauterelles. Plus loin, un verger touffu profite du panorama, grandiose. Des vaches et des baudets pensifs nous regardent arriver, plissant les yeux à cause de la lumière. Trônant au dessus de tout ceci, la maison, imposante, semble surveiller elle aussi notre arrivée.


Une première exposition nous est présentée dans un bâtiment proche aux allures de grange protocolaire, elle regroupe des informations contextuelles qui détaillent scrupuleusement la rafle du 6 avril 1944, les itinéraires des familles juives traquées et l’arrivée des enfants à la maison d’Izieu. Izieu, colonie de réfugiés dont l’âge varie entre dix-huit et quatre ans. Un gosse de quatre ans, gazé immédiatement, après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres dans un wagon à bestiaux. Le ton est donné. A l’étage, des documents d’archives sont exposés. Fiche biographique de Klaus Barbie, Lois de Vichy sur le Statut des Juifs, Rapports d’officiers SS après la fusillade de Miron Zlatin, éducateur à Izieu et Arnold Hirsch, dix-sept ans, photographies, presque obscènes tant elles sont distancières, de gamins crevant du typhus dans les rues surpeuplées du ghetto de Lodz. La nausée se fait sentir, je sors en vitesse m’emplir les poumons, les yeux et les narines de cet air réparateur, foisonnant de vie que respiraient chaque jour les enfants d’Izieu.

La Maison a beau être reconstituée, le fait en y pénétrant de reconnaître le balcon, l’escalier, la salle de classe que les photos de 1944 restituent pourtant fidèlement me heurte. Ce lieu, délibérément laissé tel quel par endroits respire la mémoire plus efficacement que n’importe quel témoignage. Le paysage idyllique que l’on voit nettement par les fenêtres a changé d’aspect tout à coup, uniquement à cause des vitres un peu gondolées qui le déforment et tordent sa lumière, mettant une frontière ténue mais infranchissable entre le mouvement incessant de la pelouse balayée par le vent et le souvenir figé entre les murs repeints et les lettres encadrées. Malgré ces modifications, le réel ne peut s’empêcher de nous sauter au visage. Une grande pièce, surtout, peinte en rouge ocre, retient mon attention. Elle est vide de tout meuble et contient uniquement les quarante-quatre (quarante-trois, l’un d’eux étant absent faute de document) portraits des enfants raflés. Je la parcours lentement, visage après visage, regard après regard. Tous sont différents à un point tel qu’il paraît difficile de les imaginer ensemble au quotidien. Les yeux sombres de l’adolescent tranchent sensiblement avec les joues grasses du gamin souriant. Tiens, Giorgi Halpern. Sous chaque photographie le nom et les lieux et dates de naissance et mort sont inscrits. « 1944, Auschwitz – Birkenau » revient plusieurs dizaines de fois. Cependant cette fois-ci, la dignité de ces enfants est conservée. Ils possèdent un nom, un visage, bref ils existent. Mes yeux hagards restent secs. Nous sommes à l’endroit exact où ils se trouvaient quelques dizaines d’années plus tôt, si près d’eux, cernés par leur présence et pourtant si loin. Une autre époque, une autre vie, un même lieu. Nous marchons où ils marchent, ne sommes pas où ils ont été.

Le lendemain, au musée de la Résistance de Lyon, l’audioguide grésille « Maréchal nous voilà » pendant qu’un couloir sombre fabriqué de toute pièce nous engloutit. Au fond d’un renfoncement, éclairé par une lumière blafarde se trouve un registre épais. Convoi n°71, Halpern Georges, huit ans. Destination : Auschwitz Birkenau. Ici visible comme un grain de sable statistique de l’holocauste, ce nom est désormais attaché à une identité, une vie, un visage.


Voyage à Izieu : témoignage de Lauriane

12 juin 2009

Le témoignage de Laurianne (Lycée Condorcet, Paris)

 

Le 5 et 6 mai 2009, moi et ma classe de 1ère L sommes allés à la maison d’Izieu et à Lyon dans le cadre de nos cours d’histoire traitant de la seconde guerre mondiale ; ce voyage s’effectuait également dans l’optique d’un devoir de mémoire sur l’extermination des Juifs d’Europe durant cette période de l’histoire.

Nous sommes arrivés à la maison d’Izieu le matin aux alentours de midi ; nous avons entrepris la visite de l’exposition présente dans ce qui était à l’époque la grange dont l’intérieur était très bien conservé malgré les aménagements, les vieilles pierres et les poutres demeuraient très belles. L’exposition retraçait le parcours de certains enfants de la maison d’Izieu à travers les faits historiques de la traque et du sort des Juifs en France à cette époque. Très intéressante, les documents étaient de qualité et j’ai même été étonnée que les recherches aient été poussées jusqu’à retrouver le billet de Klaus Barbie à propos de cette maison qui abritait des enfants juifs.

Dans la deuxième partie de l’après-midi, nous avons visité la maison dans laquelle habitaient tous les enfants lorsque la rafle a eu lieu. La visite était libre, nous pouvions commencer par la pièce que nous voulions, ce qui permettait pouvoir réaliser et prendre conscience seul sans avoir le poids souvent désintéressant de devoir suivre et se concentrer sur un programme prévu pour un groupe scolaire.

J’ai trouvé cette visite enrichissante et nécessaire ; en effet, je suis d’abord allée dans l’ancienne cantine où étaient disposées des lettres de tout genre de chaque enfant. Le genre de lettre intemporelle que n’importe quel gamin de ces âges-là aurait pu écrire aujourd’hui, avec les mêmes fautes, les mêmes petits dessins colorés, les mêmes espoirs de vivre et de vivre toujours. J’ai parcouru tout le rez-de-chaussée et une salle m’a particulière émue : celle où il y avait, sur une petite table de bois, tous les témoignages de chaque personne étant passée par ce lieu à cette époque qui ont pu être là pour laisser des mots sur leur vécu et sur ceux des disparus. Il y avait également une bande sonore par laquelle nous pouvions écouter ces témoignages ; j’ai trouvé cette salle très habile pour provoquer l’émotion : loin de faire pleurer dans les chaumières, elle rappelle que derrière les nombres, les noms, les papiers et tout ce qui est impalpable à nos yeux d’enfants du XXIe siècle se trouvaient des vies humaines avec tout ce que cela implique, c’est-à-dire des liens, des projets, des rêves, des voix. La visite était très intéressante, mais j’ai regretté le fait qu’il ne restait pas plus de meubles d’époque, ce qui aurait rendu la maison encore plus incarnée par une vie disparue.

A l’issue de cette visite, l’intervenant qui était avec nous nous a invités à prendre place dans la salle de classe dans laquelle il y avait encore la carte de géographie et deux pupitres d’époque. Il nous a expliqué et nous a aidé à approfondir ce qu’était l’antisémitisme allemand et français durant la seconde guerre mondiale, les principales lois, les principaux acteurs de cette sinistre période historique ; j’ai trouvé cette mise au clair intéressante car j’ai toujours pensé que l’antisémitisme français avait été déclenché par une impulsion allemande. On m’a toujours appris que la France était la patrie de la résistance qui avait du se plier sous les forces allemands mais n’imaginait pas un instant l’existence de « camps d’internements ».

Suite à cette heure qui m’a parue très utile, nous sommes allés regarder un extrait du procès de Klaus Barbie en 1987, qui était très émouvant. En effet, au-delà d’un procès classique, on a pu assister là au procès responsable de milliers de personnes, conséquence d’une idéologie révoltante. Ce moment de la journée était très fort en émotions : on a pu assister à des pleurs de mères, de pères, de gens qui étaient proches des enfants, qui les avaient vus, qui les aidait à grandir malgré la guerre. J’ai trouvé que de finir là-dessus était une très bonne manière de nous faire réaliser.

Le lendemain, le matin du 6 juin, nous sommes retournées à la maison d’Izieu afin d’approfondir la notion de camps d’internements, de traques et de rafles en France sous le régime de Vichy. C’était intéressant parce qu’illustré et concret, ce qui ne donnait pas l’impression d’assister à un cours classique et d’être bien plus proche d’une réalité.

L’après-midi, nous sommes allés à Lyon visiter le Centre National de la Déportation. Ce musée était bien fait, la disposition des archives, des documents et des représentations picturales était réfléchie et bien choisie, de manière à ce que le visiteur comprenne les subtilités et la gravité de la situation à l’époque. Le travail sur les affiches de propagande que nous avons effectué en groupe était également intéressant car on a pu remarquer que la mise en place de ce genre de régime ne peut se détacher d’une esthétique et d’un art de la désinformation qui lui est propre, en utilisant tous les outils dont il peut disposer.

Ce voyage m’a donc permis de concrétiser cette partie de l’histoire qui me paraissait alors lointaine malgré le témoignage de mes grands-parents ; j’ai pu enfin donner un sens aux paradoxes qui se posaient suite à des cours que j’avais eus au collège et surtout cela m’a assez marqué pour que j’en reconnaisse l’influence dans le quotidien et dans l’histoire de certaines populations ; comprendre cette période c’est à la fois éviter qu’un tel phénomène ne se reproduise mais aussi comprendre le monde qui m’entoure, avec ses conflits et ses accords.

 


Voyage à Izieu : Témoignage d’Eugénie

12 juin 2009

Le témoignage d’Eugénie (Lycée Condorcet, Paris)

Voyage à Izieu et Lyon

Le réveil sonne plus tôt que d’habitude, le trajet de métro change, je ne me dirige pas vers le lycée mais vers la gare de Lyon, où toute la classe est regroupée dans le hall. Dans l’excitation du départ, nous comparons la taille de nos sacs bourrés de choses inutiles que nous avons pris soin d’emporter, nous pronostiquons sur le numéro du quai de notre train, nous nous échangeons nos sandwichs pour ce midi. Mais nous sommes à des kilomètres de nous imaginer l’impact que nos prochaines visites auront sur nous. Pour l’instant, c’est encore très loin.

Notre train file gaiement vers le sud. Après un déplacement en car, nous arrivons à la maison des Iles, l’auberge où nous dormirons cette nuit, dans le petit village de La Bruyère. Un immeuble en bois au bord du Rhône, bleu sous un ciel sans nuages. L’atmosphère paraît idyllique et ne fait qu’accentuer notre joyeuse humeur.

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Voyage à Izieu: témoignage de Léonore

11 juin 2009

Le témoignage de Léonore (Lycée Condorcet, Paris)

 

Voyage à Izieu et Lyon

Mardi 5 mai, nous sommes allés à Izieu. En train. Tout le monde parlait et jouait aux cartes. Le film Shoah rapporte que certains juifs étaient déportés dans les camps de concentration dans des trains de passagers. Les paysans polonais les voyaient et les entendaient lorsqu’ils étaient à l’arrêt. Comme nous ils discutaient, ils ne pouvaient prévoir la mort qui les attendait à la sortie du train. Les paysans, faisant parfois glisser un doigt sur leur gorge, essayaient de le leur faire comprendre. Mais comment comprendre ?

Tout sépare la barbarie antisémite du calme qui règne à la maison d’Izieu. Nous y arrivons vers midi. Le ciel s’éclaircit peu à peu, il y a des vaches, des chiens, des fleurs et nous découvrons les maisons de pierre dans lesquelles habitait la colonie. Nous formons notre première impression du lieu, comme le faisaient soixante-cinq ans auparavant les enfants recueillis par Sabine et Miron Zlatin en découvrant la maison qui allait être la leur.

Après avoir déjeuné, nous allons dans la grange, rénovée en musée retraçant l’Histoire de la Seconde guerre mondiale. Accompagnés de nos professeurs et de membres de l’association Mémoire 2000, nous commençons notre visite après une introduction faite par l’historien Pierre Jérôme Biscarat.


À la suite de la Première guerre mondiale, la France est une véritable terre d’accueil. De nombreux immigrés restent malgré la crise de 1930. La montée du nazisme se fait sentir en Allemagne avec les Lois de Nuremberg en 1935 et la Nuit de cristal en 1938. Les Juifs sont exclus du Reich, certains se dirigent vers la France. La guerre éclate en 1939 avec l’occupation de la Pologne puis le changement de régime de la France en 1940, qui se retrouve, pour la partie Sud, sous la domination du maréchal Pétain. Vichy, gouvernement antisémite, « définit » en octobre 1940 la judéité et recense en juin 1941 la population juive. Cet antisémitisme est alors mis en œuvre, les libertés individuelles des Juifs se réduisent, les premières rafles ont lieu. Les familles juives sont déportées dans des camps d’internement puis dans des camps d’extermination en 1942. Des réseaux d’entraide tels que l’Oeuvre de Secours aux Enfants recueillent les enfants dont les parents sont déportés. La maison d’Izieu est une des colonies de l’OSE. Elle recueille de mai 1943 à avril 1944 plus de cent enfants juifs pour les soustraire aux persécutions antisémites. La maison, d’abord en zone italienne, est en sécurité. Mais le 6 avril 1944, les 44 enfants et 7 éducateurs qui s’y trouvaient sont raflés sur ordre de Klaus Barbie, responsable de la Gestapo de Lyon, et déportés. La « solution finale » aura fait périr six millions de Juifs.

Voilà ce que nous apprenons, ou revoyons. L’histoire de la maison d’Izieu s’ancre véritablement dans l’Histoire. Elle incarne la notion de « crime contre l’humanité » commis par les nazis, le statut d’enfant prouvant à lui seul l’innocence des victimes. En lisant les panneaux, nous prenons des notes, certains filment ou prennent des photos. Tous parlent à voix basse et grimacent devant les images des enfants squelettiques entassés morts dans des camions.

Nous sortons. Cette fois il fait vraiment beau. Les groupes sont partis et nous sommes seuls lorsque nous rentrons dans la maison. Nous formons presque une colonie comme celle d’il y a soixante-cinq ans. La maison est le lieu de mémoire, et non d’histoire. Elle est rénovée, propre, sans meubles et pourtant on ne peut s’empêcher de ressentir la présence des enfants d’Izieu. Surtout sur la terrasse où ont été prises les photos exposées. On imagine facilement les plus jeunes glisser en dévalant l’escalier et le soir discuter en s’agitant dans les lits. Aux murs sont accrochées les portraits des enfants déportés lors de la rafle du 6 avril 1944. Tous ont un nom et un visage sauf une. Elle n’a qu’un nom. Peut-être retrouverons-nous un jour son visage. Alors que les autres ont une multitude de petits points d’ancre qui définissent leurs traits, elle n’a qu’une feuille de papier blanc. En dessous, nous découvrons les lettres et les dessins des enfants. Une lettre d’une petite fille adressée à Dieu lui demande de revoir ses parents, juste une fois. Une autre est une lettre de fête des mères. Dans les deux cas les parents sont déjà morts, déportés dans les camps.

Nous discutons avec Pierre Jérôme Biscarat, qui insiste sur le fait que ces enfants sont, non seulement des Juifs européens, mais avant tout des êtres humains, bien que l’antisémitisme, qu’il soit allemand ou français, le nie.

Nous nous rendons ensuite dans la salle de projection. Le procès de Klaus Barbie est particulièrement impressionnant. Surtout lorsqu’une femme dit cette phrase entendue pourtant mille fois déjà : « Pour une mère, son enfant c’est tout ». Cette femme, des années après, semblait vivre la douleur de la perte tout aussi vivement que dans les premiers temps. Elle avait « tout » perdu.

Nous sommes retournés à Izieu le lendemain. Pierre Jérôme Biscarat tenait à nous faire comprendre la responsabilité de la France dans la persécution des Juifs d’Europe. En effet, si la France n’a pas appliqué de politique d’extermination, elle était également antisémite et pratiquait une politique d’exclusion. Je n’avais jamais entendu parler des camps d’internement jusque-là. Ceci m’a d’autant plus frappée que je me suis rendue compte qu’ils avaient étés très nombreux et barbares. Nous avons notamment parlé du camp de Gurs et de Rivesaltes dans lesquels régnaient la promiscuité, la maladie, la souffrance.

Nous sommes retournés à Lyon, au musée de la résistance. J’ai été particulièrement intéressée par les vidéos de propagande qui circulaient en France. Elles paraissent ridicules, on en rigole maintenant et pourtant elles guidaient les mentalités de toute une population. La force de l’image m’a troublée, l’image vue et revue se grave dans notre cerveau, même malgré nous. C’est aussi le cas pour les affiches. Nous avons travaillé sur plusieurs affiches de propagandes : « Journée des mères » ; « Si tu veux gagner plus, viens travailler en Allemagne » ; « Ils assassinent enveloppés dans les plis de notre drapeau » ; « Des libérateurs ? La libération pas l’armée du crime ! » ; « Le complot juif contre l’Europe ! ». Cet atelier m’a intéressée parce que, là encore, je me suis rendu compte à quel point notre volonté peut être manipulée. Les slogans sont excessifs, font appel à des codes de couleurs évidents et rentrent dans notre inconscient, non parce qu’ils sont raisonnables ou pertinents, mais parce qu’ils sont choquants. D’autres affiches utilisaient plus le détail, par exemple « Ils assassinent enveloppés dans les plis de notre drapeau » et nous les retenons pour les avoirs regardées longtemps jusqu’à voir chaque élément. Dans tous les cas, l’affiche ou la vidéo remplit sa fonction de propagande.

Je me suis rappelée que ma grand-mère m’avait montré, il y a longtemps, deux étoiles jaunes. A qui appartenaient-elles déjà ? A ma famille ? Quelqu’un de ma famille avait du porter cette étoile dans la rue et se faire insulter, frapper peut-être ? Cette personne était-elle allée dans les camps d’internement ? D’extermination ? Avait-elle voyagé dans un train à bestiaux ? Etait-elle morte en suffoquant ? Ou tuée par une balle ? Soudainement je me sentais plus proche des enfants d’Izieu. D’une certaine façon, j’étais avec eux, du «mauvais côté ». J’ai demandé à ma grand-mère. Marguerite, la compagne de mon arrière grand-père, s’était cachée et avait survécu. Ma grand-mère, pourtant élevée dans la foi catholique, se faisait traiter de sale juive à l’école.


Visite du Musée de la Résistance de Lyon

8 mai 2009

La suite du voyage organisée à la Maison des Enfants d’Izieu, une visite du Musée de la Résistance de Lyon…

Un lieu fort et symbolique au service de l’histoire, à l’intérieur même des bâtiments où le chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie et ses accolytes ont sévi, organisé les tortures que l’on sait, ce musée invite à réfléchir sur les plus sombres périodes de notre histoire.

Nous avons laissé les élèves se déplacer librement entre les murs (reconstitution des cachots de l’époque), sur lesquels les images, photos de la déportation les ont laissé sans voix. Quelques vidéos également où l’on prend conscience de la démesure de la barbarie nazie, ponctuent le déroulement de la visite. Les enfants prenaient conscience qu’ils étaient devenus les héritiers-relais d’une mémoire commune!

Après cette visite chargée d’émotion, les élèves ont été conviés dans une salle réservée aux travaux pédagogiques avec leurs professeurs et une conférencière qui leur a proposé de travailler en petits groupes sur les affiches de propagande du gouvernement de Vichy et celle de l’occupant:
L’affiche rouge
-Le complot juif
– La journée des mères
– La révolution nationale
-Ils assassinent

Les élèves ont été remarquables dans leurs analyses et ont pu démasquer les dangers des affiches publicitaires et tendancieuses sur une population fragilisée ou simplement non avertie.

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Visite à Izieu et au Musée de la Résistance de Lyon

8 mai 2009

Une visite organisée par Mémoire 2000 et le Lycée Condorcet au Mémorial de la Maison des Enfants d’Izieu et au Musée de la Résistance de Lyon.

Visiter la Maison des Enfants d’Izieu, c’est s’indigner tout au long de ce parcours de ce qui s’est passé ici, dans ce paysage de rêve où l’on domine le Rhône et où l’on voit au loin les Alpes enneigées. Lire les lettres des enfants envoyées à leurs parents dont la plupart ont déjà été massacrés, voir leur photos, sentir qu’ils ont été heureux entre ces murs, qu’ils jouaient dans le jardin, organisaient des fêtes, faisaient leurs devoirs assis sur les petits bancs de la salle de classe, et savoir ce qui leur est arrivé est impensable.

On ressentait cette émotion pendant la visite des 29 élèves du lycée Condorcet, ce matin du 5 mai et l’on repensait à ce que nous avait dit un jeune garçon de CM2 lors d’une visite précédente « c’est très beau ici, mais ils sont tous morts… »

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