Journal de Juillet 2015: Chassez le naturel…

7 septembre 2015
Günter Grass à droite, en 1944, lors de sa préparation à l'entrée dans les Waffen SS

Günter Grass à droite, en 1944, lors de sa préparation à l’entrée dans les Waffen SS

Lauréat du Prix Nobel de littérature en 1999, Günter Grass, est mort en avril dernier. Immense écrivain reconnu et respecté, il se présentait à la face du monde comme une autorité morale irréprochable, pacifiste et antimilitariste convaincu…

Mais en août 2006, sans doute pour se débarrasser comme il l’a dit lui-même d’un secret “qui le hantait depuis toujours”, il avoue s’être enrôlé, à l’âge de 17 ans, dans les Waffen SS… Stupeur et consternation!!

Günter Grass a mis plus de 60 ans avant de révéler son passé nazi. Mais il semble que ce fut là plus qu’une révélation : un véritable retour à “ses” sources, car dès lors il n’a cessé de se proclamer “amis des Ayatollahs iraniens” et de reprendre, sous couvert de critiques d’Israël, les poncifs antisémites les plus éculés. Günter Grass n’aurait-il donc jamais changé? A-t-il passé sa vie dans la posture et l’imposture? Probable…

C’est affligeant et désespérant.

 

Lison Benzaquen

 


Journal de Juillet 2015: François Hollande à Izieu

7 septembre 2015
© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

© AFP JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le 6 avril 2015 François Hollande est allé à Izieu pour inaugurer une extension du musée, anciennement Maison d’Izieu et a rendu hommage aux 44 enfants juifs raflés avec les 7 adultes qui les accompagnaient, le 6 avril 1944. Le président y a prononcé un discours contre la montée des “fondamentalismes religieux” dont voici quelques extraits significatifs.

« Le mal ne s’est pas arrêté aux portes de cette maison, il renaît chaque fois que des idéologies totalitaires ou des fondamentalismes religieux s’emparent des passions et des peurs… A chaque fois, ce sont des juifs qui sont tués parce qu’ils sont juifs, des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, et des musulmans, parce qu’ils sont musulmans. La barbarie n’a pas d’âge, n’a pas de couleur, n’a pas de limite.…

Plus que jamais, l’Histoire nous livre des leçons pour le présent. Elle nous rappelle qu’il y a besoin de combattants pour prévenir et pour vaincre la barbarie…

Les lieux de mémoire sont là pour mettre les consciences en éveil…Dans notre civilisation de l’image et de l’information continue, les lieux de mémoire et les outils qu’ils proposent sont aussi une indispensable école du discernement et du rappel aux faits historiques face à toutes les falsifications…

Le plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, prochainement présenté par le Premier ministre, fera une place essentielle à la mission éducative et prévoit que chaque élève entrera en contact avec un lieu de culture, d’histoire et de mémoire, à chaque temps de la scolarité, primaire, collège et lycée.…

Le tronc commun de formation de tous les futurs professeurs du premier comme du second degré fera également une place prioritaire à l’enseignement laïc du fait religieux et à la lutte contre les préjugés racistes et antisémites…

Puis, rappelant les “épreuves terribles” du début janvier à Paris, le Président a appelé les Français à “plus que jamais se réunir et à se rassembler”…

Et d’ajouter : Personne ne peut imaginer que la République serait à ce point fragile, que la France devrait se barricader, s’enfermer à double tour, fuir les échanges plutôt que de se rendre compte avec fierté de nos talents, de notre culture, de notre capacité industrielle, mais aussi de la richesse de notre diversité. »


Journal de Juillet 2015: “Le labyrinthe du silence”

7 septembre 2015
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Le Labyrinthe du silence a été réalisé par Giulio Ricciarelli (Allemagne, 2014)

Le 70° anniversaire de la libération des camps nazis et particulièrement le 27 janvier 1945 celui d’Auschwitz, permet de donner libre cours à la description (films, livres, articles de presse) de ce qui s’est passé. Fin de l’oubli ou du négationnisme, il est juste temps car les derniers témoins disparaissent les uns après les autres et la transmission en “vrai” va devenir plus difficile.

La débauche d’informations ne lèvera pas le silence voulu ou du à l’ignorance qui a perduré longtemps après la guerre.

C’est principalement l’objet de ce film dont le titre un peu mystérieux cache un film tiré au rasoir sur la description du procès de Düsseldorf en 1962 qui a fait juger des dirigeants nazis par des juges allemands.

Le film traite aussi de la quête d’un procureur allemand qui cherche la vérité de ce qui s’est passé alors que tout le monde nie ou cache la vérité qu’on n’ose pas encore regarder en face.

C’est un film phénoménal que vous garderez en mémoire.

 

Daniel Rachline

 


Journal de Juillet 2015: la Résistance au féminin

7 septembre 2015

Le 27 mai, sont entrés au Panthéon, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Tous les quatre ont été des Résistants et honorés comme tels. La cérémonie a été émouvante, très digne et la jeunesse dont on espère qu’elle saura tirer les leçons de l’histoire de ces héros, était représentée en nombre.

Avec l’entrée de G. Tillion et G. de Gaulle, le Panthéon se féminise et double ainsi le nombre de femmes qui y sont inhumées. Elles viennent rejoindre Sophie Berthelot qui s’y trouve par respect de son choix d’être près de son mari le chimiste Marcellin Berthelot, et Marie Curie, prix Nobel de Physique-Chimie.

Avec ces deux femmes, c’est aussi la Résistance féminine qui, d’une certaine façon, est reconnue et consacrée, alors que depuis la fin de la guerre cette résistance a été minimisée sinon occultée.

Seules quelques grandes figures féminines, après guerre, ont été retenues. En réalité, des milliers de femmes se sont engagées dans la Résistance et leurs actions ont été souvent déterminantes. Elles ont comme les hommes pris des risques considérables, se sont montrées courageuses et parfois héroïques, sans calcul. Elles ont payé un lourd tribut à leur engagement. Beaucoup y ont laissé leur vie ou ont été déportées.

Après la guerre, modestement, elle ont retrouvé le chemin de la maison et leur rôle de ménagère, mère et épouse. Mais vivre une telle aventure transforme et les femmes ont compris qu’elles devaient prendre leur destin en main.

C’est alors que leur combat pour l’égalité a commencé avec pour première victoire le droit de vote en 1945. Depuis les femmes n’ont cessé de lutter pour s’émanciper, acquérir les droits les plus élémentaires…Et le combat continue…

L’entrée de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon est un symbole important…

Lison Benzaquen

 


Journal de Janvier 2015: il y a 70 ans, le 1er décembre 1944 : le massacre de Thiaroye

2 mars 2015
© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

© Dr. P.Herzberger-Fofana. Le cimetière de Thiaroye, à 20 kms de Dakar, est dédié aux victimes du massacre du 1er décembre 1944

Voici 70 ans, des tirailleurs dits sénégalais rapatriés à Dakar étaient abattus par leurs frères d’armes! Ce massacre occulté, a cette année, bénéficié de commémorations pour ses 70 ans, mais surtout de l’engagement du président de la République au sommet de la Francophonie.

Les présidents sénégalais et français ont rendu un hommage commun sur les tombes des victimes de ce massacre. Le président Hollande a remis les archives françaises aux autorités sénégalaises. On peut s’interroger quant au contenu de ces archives puisque des historiens dont Armelle Mabon ont déjà travaillé sur des documents, ainsi que celles détenues par l’association Mémoire pour Thiaroye créée en 1998, après que des citoyens aient enfin pu voir en salle le film du regretté réalisateur Sembène Ousmane “le camp de Thiaroye”- film interdit sur les écrans français jusqu’à cette date. Ces archives sont elles les mêmes ou inédites ?

Ces tirailleurs ont été démobilisés car la France à la demande des Américains, blanchissait son armée. C’étaient d’anciens prisonniers de guerre rendus à la liberté par le succès de l’avance des troupes alliées.

Contrairement aux engagements qui voulaient que ces soldats touchent leurs pécules et leurs primes de désengagement sur le sol de la métropole, ils durent embarquer pour le Sénégal ….. Certains refusèrent l’embarquement. Ils seront détenus au camp de Morlaix dans des conditions qui scandaliseront la population civile et les gendarmes. Par la suite, ces hommes transférés vers Trévé dans les Côtes d’Armor verront même, le 11 novembre, des gendarmes leur tirer dessus! Ils resteront à Trévé jusqu’aux 18 janvier avant leur transfert à Guingamp.

Ceux qui ont embarqué sur le Circasia vont connaître un périple qui les conduira en Angleterre puis à Casablanca où d’abord débarqués ils seront à nouveau rembarqués, sauf 400 d’entre eux qui refuseront un nouvel embarquement. Le 21 novembre ce sont près de 1300 tirailleurs qui débarquent à Dakar avant d’être immédiatement conduits à la caserne de Thiaroye. Là, ils sont répartis suivant leur territoire d’origine. 500 d’entre eux en partance pour Bamako refusent de prendre le train. Le général Dagnan entame les palabres avec les tirailleurs. Ayant regagné l’état-major, l’officier parle de détachement en état de rébellion, de rétablir la discipline et l’obéissance autrement qu’avec des discours et que les revendications des tirailleurs ne sont que des prétextes à l’insubordination. Il met donc sur pied une démonstration de force. Le général de Boisboissel commandant supérieur, donne son accord pour cette intervention qui a donc lieu le 1er décembre. La troupe prend position et ouvre le feu sur les tirailleurs.

Bilan officiel: 24 tués, 11 décèdent des suites de leurs blessures, 35 blessés et 45 mutins emprisonnés. Du côté des forces armées, on déplore un blessé et 3 officiers contusionnés.

Mais le chiffre des tués est sujet à caution, alors combien de morts? Les chiffres varient: 25, 35, 70 (dans le rapport du général Dagnan le 5 décembre 1944)  … 100, 200 voire plus?

Reste que l’armée n’entend pas en rester là. Pour se justifier elle présente ces combattants comme des “désaxés” après 4 longues années de captivités, d’avoir été gagnés par le dénigrement de l’armée française et de ses cadres par la propagande nationaliste allemande. Elle avance, dans son rapport, d’autres raisons dignes “d’un apartheid colonial” et raciste pour justifier les raisons de cette mutinerie (solde, avancement trop rapide, manque d’intelligence et de discernement, vin, fréquentation de femmes blanches, métissage …). 34 “meneurs” sont jugés le 6 mars 1945. La loi d’amnistie générale adoptée par l’assemblée constituante d’avril 1946 sera, à la demande de Senghor, accordée aux territoires de l’AOF en novembre 1946, sans pour autant que les hommes de Thiaroye puissent en bénéficier suite à l’avis défavorable des autorités militaires. Les pressions des politiciens noirs et le départ du général de Boisboissel à la retraite aboutiront à la grâce des mutinés ainsi qu’à la libération des 18 derniers tirailleurs détenus par le président Vincent Auriol, en juin 1947 …. Aucune des veuves de Thiaroye ne percevra de pension.

Bien des zones d’ombre demeurent. De même, il serait temps que notre pays s’intéresse au sort des soldats coloniaux de notre armée, à leur vie de prisonniers sur le sol de la métropole et qui furent pour beaucoup, gardés par des gendarmes français après l’ouverture du front à l’Est, voire même par des officiers français eux-mêmes prisonniers de guerre. Ces coloniaux vivaient dans des conditions dramatiques et furent “réquisitionnés” pour différents travaux : terrassement, travaux agricoles, exploitation de la forêt, participation au mur de l’Atlantique.

Dans les Landes, on parlait de 4 ou 5 camps. Les dernières recherches réalisées par François Campa professeur d’histoire-géographie à la retraite et membre de l’AERI 40, parlent de 36 camps. Après le départ des Allemands ils participeront aux combats du Médoc et de la poche de Royan ou seront à leur tour gardiens de prisonniers allemands et ne rentreront, pour beaucoup, qu’après le 8 mai 1945.

La mémoire collective des communes fluctue entre reconnaissance immédiate, tardive, refus d’ouverture des archives et occultation. Mais il existe aussi un travail actuel de mémoire suite à des découvertes de vestiges de camps après le passage de tempête (comme Klaus en 2009). Pour ma part, suite à des recherches personnelles, j’étais arrivé au chiffre de 21 camps dans les Landes.

Alors quand, dans notre pays, aurons nous la volonté de rendre à ces hommes la dignité qu’on leur a confisquée par le silence, et qui semble un peu vaciller en cette 70ème commémoration ?

Patrick Grocq

 

 

 

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance-débat du 14 janvier 2014

5 mai 2014

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Séance du 23 Janvier 2014

Thème : Les Justes

Débatteur : Mohammed Aïssaoui

 

Dure, dure, cette séance. Et pourtant elle a tout pour plaire : Une salle pleine. Pour moitié, des élèves de la “diversité”, pour l’autre, des “bourges”. Un très beau film sur les Justes musulmans, en cet anniversaire de la libération d’Auschwitz : la Grande Mosquée, grâce à son directeur Kaddour Benghabrit, sert de cachette à de nombreux juifs dont un jeune chanteur séfarade qui y restera 4 ans. Et enfin, un excellent débatteur, Mohammed Aïssaoui, auteur d’un livre que je recommande chaudement : L’étoile jaune et le croissant (éditions Gallimard).

Dès la première question on comprend que le débat sera difficile, pour ne pas dire impossible, car centré sur l’actualité des juifs et des musulmans. Et si le film où l’on voit des musulmans en prière dans la Grande Mosquée est regardé dans un silence quasi religieux, dès la première question s’instaure dans la salle un brouhaha qui ne cessera plus.

-Pourquoi ne parle-t-on que des juifs et seulement d’une minorité de musulmans ?

-Que pensez-vous de l’affaire Dieudonné ?

-Si la Shoah avait concerné des musulmans et non des juifs, est-ce qu’on en aurait tellement parlé ?

-Est-ce que l’état sioniste d’Israël est légitime dans sa totalité ?

N’oublions quand même pas quelques rares questions plus “soft” qui mettent un peu de baume au cœur telles que : pensez-vous qu’un jour musulmans et juifs marcheront main dans la main ?

Notre débatteur qui s’est, de prime abord, présenté comme journaliste, écrivain, musulman, fait tout pour donner une vision positive des juifs, expliquer combien juifs séfarades et musulmans d’Afrique du Nord ont de points communs. Lui-même habite dans un quartier de juifs pieux et il s’y sent parfaitement à l’aise. Rien n’y fait. Personne ne se donne même la peine d’admirer le courage du recteur Kaddour Benghabrit, sauveur de juifs.

La séance se termine. Un élève rejoint le débatteur, expose ses idées sur Dieudonné et termine sur l’affirmation qu’on n’avait jamais pu retrouver de plans d’un crématoire à Auschwitz.

Et aujourd’hui 27 Janvier, je lis dans un compte-rendu de presse : Avec l’affaire Dieudonné une digue morale vient de sauter dans les établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par Le Figaro. “La Shoah j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné”. Une élève, oubliant qu’elle est en cours sur la seconde guerre mondiale demande : “Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif et pas du génocide rwandais ou cambodgien ?”. Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle d’histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé plainte en raison d’attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle s’est ainsi entendu dire: “On ne veut pas d’une juive comme professeur dans notre classe”.

Oui, dur, dur !

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2014: En parler ou ne plus en parler?

5 mai 2014

La querelle prend de l’ampleur et ce n’est pas plus mal. On savait bien que les professeurs d’histoire et de géographie rencontraient de plus en plus de mal pour aborder, en troisième et en terminale, le sujet de la Shoah à propos des causes et des conséquences de la deuxième guerre mondiale. ”Les territoires perdus de la République” nous avaient déjà alertés en 2002.

Les professeurs menacés par leurs élèves nous avaient fait part de leurs craintes. Ils ne se sentaient pas protégés par l’institution et finissaient par céder à la pression pour éviter les heurts  et les incidents. La surcharge des programmes servirait d’alibi, mais on percevait une gêne notamment au moment d’arrêter le programme des séances de cinéma. Fallait-il parler plutôt de l’apartheid, des Amérindiens, de l’esclavage, de la traite négrière, du génocide des Arméniens  et de celui des Cambodgiens ? Sans doute de tout, mais fallait-il revenir une fois de plus  sur le génocide des juifs ?

A mon sens les professeurs d’histoire n’auraient pas dû et ne devraient pas l’éluder, ne serait-ce que parce qu’il fait partie de la seconde guerre mondiale et qu’il en est même l’événement majeur (pour répondre à l’immonde Le Pen).

Mais au delà et notamment en terminale, lorsqu’il est question de la place de la Mémoire, l’éventail s’élargit  et sans que les autres génocides du siècle soient occultés, il ne me paraît pas possible de laisser de côté, fut-ce pour un temps, la mémoire de la Shoah.  Elle ne nous quittera pas.

Le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon le rappelle à l’occasion de la journée européenne de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité le 27 janvier, jour de la libération du camp d’Auschwitz. Il est bien normal qu’en ce jour ce soit la Shoah que l’on évoque dans les établissements scolaires, mais cet enseignement ne peut se limiter à des commémorations  qui ne rappellent rien aux élèves qui sont nés entre 1998 et 2003.

Que ce soit l’occasion d’évoquer les autres génocides et les réactions qu’ils ont engendrées (négationnisme, lois mémorielles, prévention et répression des crimes contre l’humanité, instauration de tribunaux internationaux et d’une cour pénale internationale) ne doit pas, sous prétexte de nouveauté, conduire à faire l’impasse sur la Shoah dont on aurait abondamment, voire trop parlé. D’abord ce n’est pas parce qu’on en a parlé aux autres et en l’occurrence à leurs aînés qu’il ne faudrait pas en parler aux plus jeunes.

Il ne s’agit pas d’entretenir un mouvement compassionnel mais d’enseigner ce dont les hommes et les Etats sont capables, afin de pouvoir dans l’avenir être vigilants  plus que nos ainés ne l’ont été.

Depuis maintenant 20 ans que Mémoire 2000 existe, nous avons tous les ans évoqué bien des sujets qui concernent la discrimination et le racisme, mais nous n’avons jamais manqué une année de revenir sur la Shoah. Et nous devons en être fiers. Le privilège dont nous disposons qui nous permet, lors des séances qui ont lieu à l’extérieur des établissements scolaires, de faire appel aux témoignages des anciens déportés, ne durera pas bien longtemps. Tant qu’il subsiste encore, nous ne devons pas manquer cette occasion.

Les confidences recueillies ça et là auprès des spectateurs de “La main d’or” révèlent paraît-il une certaine saturation. Le Figaro du 27 janvier, sous la signature  de Caroline Beyer et de Marie-Estelle Pêch nous rapporte le propos d’une élève à l’issue du cours d’histoire consacré à la seconde guerre mondiale : “la Shoah j’en suis gavée depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école on ne parle que de ça. Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif  et pas du génocide rwandais ou cambodgien”?

A la réflexion le problème n’est pas nouveau et ce n’est pas Dieudonné qui a révélé le phénomène de saturation. Il faudrait l’attribuer nous dit-on à la « fièvre commémorative » entretenue par les producteurs, les éditeurs, les associations qui l’aurait « sacralisée ». Ce n’est pas mon avis, mais que chacun assume la part qu’il prend à cette diffusion. Rien ne remplace la connaissance, mais comme le disait C. Lanzmann à propos des son film, « il faut voir et savoir « .

Ainsi le reconnaissait cette élève de retour d’une visite à Auschwitz : « c’est inimaginable les conditions de vie et de mort, mais ça rend réel ce qu’on a appris au collège « . Alors on peut les laisser rigoler avec leurs copains sur Tweetter ou sur Facebook, ça n’empêchera pas d’essayer de passer et de laisser des traces dans les cœurs. Alors continuons sans trop d’état d’âme. On peut sans doute améliorer la communication et élargir l’horizon mais on doit s’imprégner et les imprégner de la “catastrophe” du siècle.

J. Fredj le directeur du Mémorial de la Shoah a donné dans Le Monde du 23 janvier, une lettre ouverte aux jeunes qui pensent que la Shoah est trop enseignée. Les chiffres qu’il cite suffisent à prouver le contraire. La France est loin derrière les Britanniques, les Italiens, les Espagnols, les Allemands et les Polonais.

Mais surtout à la place qu’il occupe, Monsieur J. Fredj, ne manque pas de rappeler que dans de nombreux pays, l’enseignement de la Shoah est accompagné  par un enseignement de l’histoire des autres génocides du XX° siècle, celui des Arméniens et celui des Tutsis .

Au lieu d’aller s’y faire prendre en photo pour y faire “la quenelle”, les fans de Dieudonné feraient mieux de se rendre rue Geoffroy l’Asnier à partir du mois d’avril pour voir l’exposition sur l’histoire du génocide perpétré  contre les Tutsis en 1994 .

Bernard Jouanneau