
Les Figures de l’ombre de Théodore Melfi, 2016
Cinéma : « Les Trois Luxembourg
En présence des collèges
- César Frank de Paris – 1 classe de 3ème
- Pasteur de Villejuif – 1 classe de 3° et 1classe de 4ème
- Schweitzer de Créteil – 2 classes de 4° 3° SEGPA
Intervenante : Madame Antonine Nicoglou – Maîtresse de conférences en philosophie, attachée à la faculté de médecine de l’Université de Tours, membre du laboratoire de recherche sur les origines et usage de l’Expérimentation Animale dans la Biopsychiatrie.
- Antonine Nicoglou: Quelles thématiques principales émergent dans ce film ?
- Néo, un élève qui interviendra à plusieurs reprises, répond : le racisme et le sexisme
- Antonine Nicoglou: Quel est le contexte dans lequel se déroule le film ?
- Néo : la période de la ségrégation aux USA
- Antonine Nicoglou: Savez-vous ce qu’est la ségrégation ?
- Elève: la loi qui sépare les blancs des noirs
- Antonine Nicoglou: Quel exemple dans le film illustre cette séparation ?
- Elève: La scène dans le bus où les noirs sont obligés de s’assoir à l’arrière du bus et les toilettes interdites aux femmes noires, la fontaine d’eau également réservée aux blancs
- Antonine Nicoglou: Quel changement s’opère dans le film par rapport à ces séparations ?
- Elève: Le patron de Katherine casse le panneau des toilettes mentionnant « Gens de couleur »
- Antonine Nicoglou: Avez-vous remarqué ce qui est implicite ? Il n’y a que des panneaux mentionnant ce qui est réservé aux noirs et aucun indiquant ce qui est réservé aux blancs. Ce qui est implicite c’est que tout l’espace public est autorisé aux blancs à l’inverse de ce qui est limité et interdit aux noirs. Comment s’explique le changement radical de la part du patron de Katherine ?
- Elève: Cela met tout le monde à égalité
- Antonine Nicoglou: oui, mais pourquoi, dans quel but ?
- Elève: Parce que on est à la NASA et qu’il y a des enjeux importants, envoyer un homme dans l’espace
- Antonine Nicoglou: On voit apparaitre les lois ségrégationnistes dans les années 40. Elles prennent fin dans les années 1960/70. Le film raconte la conquête de l’espace et on voit combien les femmes ont été sollicitées. Pourquoi selon vous ? Était-ce évident que les femmes soient sollicitées ?
- Elève: Non, c’était un travail réservé aux hommes, les femmes restaient à la maison.
- Antonine Nicoglou: Quand on voit la salle de calculs, on voit qu’il n’y a que des hommes. Pourquoi dans ces conditions, selon vous, a-t-on sollicité des femmes ?
- Elève: parce qu’elles n’ont pas le choix, celles qui ont besoin de travailler sont obligées d’accepter des travaux fatigants.
- Antonine Nicoglou: Et c’était de la main d’œuvre bon marché. Les contrats sont temporaires et elles n’ont aucune perspective d’avancement. Les femmes noires sont payées encore moins bien que les femmes blanches. Dans ce contexte de la recherche aérospatiale, tourné vers la conquête et la compétition avec l’URSS, quelle était la situation des USA ?
- Elève: A cette époque c’était la guerre froide. Les Russes avaient déjà envoyé un homme en orbite et c’était important que les Américains gagnent cette « guerre » spatiale.
- Antonine Nicoglou: Quand on regarde aujourd’hui ce qui se passe dans le milieu scientifique, pensez-vous qu’il y a une égalité entre le noirs et les blancs ?
- Elève: Pas assez
- Antonine Nicoglou: si on regarde au niveau des personnes diplômées, dans ma propre unité de recherche, il n’y a aucun chercheur de couleur. Le film montre qu’il faut qu’adviennent des occasions exceptionnelles pour qu’il y ait des avancées sur le plan de la mixité raciale et sexuelle. Est-ce que les protagonistes du film auraient pu avoir le même destin dans un autre contexte ? Comment voyez-vous que le film procède pour évoquer ces sujets et faire passer le message ?
- Elève: Katherine est super intelligente, elle est surdouée
- Antonine Nicoglou: Est-ce que ça veut dire que pour une personne de couleur il valait mieux être surdoué ?
- Elève: Oui, parce que en tant que noires, elles étaient obligées d’être meilleures que les autres, surdouées et plus travailleuses que les femmes blanches.
- Antonine Nicoglou: A quoi sert la scène de la voiture en panne sur la route ?
- Elève: A montrer que les femmes sont aussi capables de réparer une voiture
- Antonine Nicoglou: Quand le policier arrive que se passe-t-il ?
- Elève: Elles stressent
- Antonine Nicoglou: Elles se sentent directement menacées. Pensez-vous qu’il en aurait été de même s’il s’était s’agit de femmes blanches ?
- Elève: Le policier est raciste – Elles disent que ça n’est pas un crime de tomber en panne ni de réparer sa voiture et ça n’est pas non plus un crime d’être noire.
- Antonine Nicoglou: démonstration de l’effet « Matilda » Savez-vous ce qu’est l’effet Matilda ?
- NEO : C’est quand une femme fait quelque chose et qu’elle n’est pas reconnue. C’est la part négligée des travaux scientifiques des femmes.
- Antonine Nicoglou: A quel moment et comment se manifeste cet effet dans le film ?
- Elève: Quand on refuse que Katherine signe les conclusions de ses calculs et qu’ils sont attribués à son collègue masculin.
- Antonine Nicoglou: Pourquoi n’a-t-on pas su pendant très longtemps l’action de Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson ? Ce phénomène persiste encore aujourd’hui au détriment de nombreuses femmes scientifiques.
La thématique était double dans ce film puisqu’il s’agissait du combat mené par trois femmes dans le cadre d’un univers machiste et raciste, en tant que femmes et noires. Les élèves ont bien perçu la dualité du sujet et l’ont bien identifiée grâce au dialogue avec Antonine Nicoglou.
Les élèves ont été touchés par le film et ont manifesté à maintes reprises leur contentement par des applaudissements répétés tout au long du film et particulièrement nourris à la fin.
Anne Dreyfus
