Changement de programme pour notre séance du 19 mars 2019 autour du thème de l’Education

29 novembre 2018

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Mardi 19 mars 2019

Thème : L’éducation

Un film de Marie-Castille Mention-Schaar

France – 2014 – 105 minutes

Avec notamment Ariane Ascaride, Ahmed Dramé, Noémie Merlant

 

Projection au Cinéma Le Saint Germain des Prés, dans la salle Beauregard, au 22 rue Guillaume Apollinaire, 75006 Paris.

 

Résumé du film :

Basé sur une histoire vraie, ce film de fiction relate les relations d’un professeur avec des adolescents qui ont depuis longtemps décroché du système scolaire.

Cette enseignante du lycée Léon-Blum de Créteil (Val-de-Marne), décide de faire passer un concours national qui a pour thème : Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi…

 


Changement de programme pour notre séance du 18 décembre prochain avec un film suivi d’un débat sur la guerre de 1914-1918

29 novembre 2018

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Mardi 18 décembre 2018

Thème : Centenaire de la guerre 1914-1918

Film : Joyeux Noël

Réalisateur : Christian Carion 

Genre : Drame historique,  2005,  124 minutes

 

Projection au Cinéma Le Saint Germain des Prés, dans la salle Beauregard, au 22 rue Guillaume Apollinaire, 75006 Paris.

 

Résumé du film : 

Lorsque la guerre surgit à l’été 1914, elle surprend et emporte dans son tourbillon des millions d’hommes chargés chacun d’une histoire particulière.

Et puis arrive Noël, avec sa neige et son cortège de cadeaux des familles et des Etats majors.

Mais la surprise ne viendra pas des colis généreux qui jonchent les tranchées françaises, écossaises et allemandes…


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance du 13 décembre 2016

1 avril 2017

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Mustang

Thème : la condition féminine

Débattrice : Carol Mann, sociologue

 

Grande affluence pour ce film. C’est l’histoire de cinq sœurs élevées par leur grand-mère et leur oncle dans une région reculée de la Turquie. La classe finie, elles trainent sur le chemin du retour, jouent avec une bande de garçons, montent sur leurs épaules. Une voisine les dénonce. L’oncle est furieux. Les filles seront privées de sortie. La grand-mère décide de les marier au plus vite.

Chacune à sa façon essaie d’y échapper.

La discussion s’engage. Carol Mann : “ Qu’est-ce qui vous a le plus déplu ?” Une fille: “Leur vie est horrible, elles n’ont pas d’amies, elles subissent des mariages forcés, leur grand-mère les tape”. La débattrice demande ce qu’elles ont fait de mal. Pour un garçon, elles ont volé des pommes. Mais pour un autre : “Elles provoquent les garçons, elles se caressent en montant sur leurs épaules”. Réaction vigoureuse des filles : “Qu’est-ce qu’elles faisaient de mal ? C’est un jeu.” Carol Mann : ”Les gars vous êtes complètement obsédés, vous ne pensez qu’à ça et vous accusez les filles”. Un garçon : “C’est parce qu’on est des paquets de testostérone !” Carol Mann : “Vous êtes macho. Pour vous la sexualité des filles c’est mal mais celle des garçons c’est normal !”

Une fille: “Si on enferme les filles c’est pour leur bien, pour qu’elles fassent pas des mauvais trucs avec des mauvaises personnes”. La débattrice : “Tu crois, toi, que tu as vraiment besoin qu’on t’enferme pour ne pas faire de bêtises ?” Une autre fille: Les mariages forcés elle déteste. “Ils se connaissent pas. Ils prennent le thé une fois et c’est décidé. Ils vont se marier”.

Plusieurs garçons continuent à penser qu’il faut enfermer les filles parce qu’elles sont trop jeunes. La débattrice: “Pourquoi c’est normal d’enfermer les filles et pas les garçons ?”. Le débat tourne autour de l’âge des premiers rapports entre garçons et filles. Mais une professeure intervient : “Ce n’est pas le sujet du film. Le personnage de la plus jeune des filles, celle de 13 ans, est splendide. Ce qu’elle veut, c’est la liberté. Le débat, c’est la conquête de la liberté pour les filles”. Vifs applaudissements.

Une fille évoque le viol commis par l’oncle sur sa nièce et sa violence effrayante lorsqu’il est en colère. Une autre demande pourquoi la grand-mère n’empêche pas cela. Carol Mann : “C’est à cause de l’atmosphère de terreur dans la maison. Lorsque ça arrive, tout le monde a peur de la violence de l’homme. Dans les cas d’incestes familiaux en France, c’est pareil, on ne dit rien, on a peur”.

Une fille demande: “Pourquoi les femmes sont toujours en infériorité et les hommes en supériorité. C’est quoi l’origine?” Les garçons arguent de la supériorité physique. “Déjà les hommes préhistoriques, c’est eux qui chassaient”. Carol Mann rappelle que les femmes chassaient et nourrissaient la communauté lorsque les hommes partaient traquer le gros gibier. Elle propose un exercice. Elle charge tous les sacs à dos des élèves sur les épaules d’un garçon : “Avec tes 15 kilos sur le dos accroupis. C’est pas facile, hein? C’est ça la vie des femmes enceintes. Tu ne crois pas qu’il faut être forte ? L’histoire de la force physique, c’est un peu bidon. Dans une société patriarcale une femme ne compte que si elle a un fils. Avoir un fils, c’est obtenir une place dans la société”.

Les questions sont encore nombreuses. Carol Mann accepte une dernière intervention d’un garçon rouge d’émotion : “Moi, je veux dire, on parle de tout ça, on ne l’a pas vécu, c’est pas pareil si on le vit….”

– Tu as raison, ce n’est pas notre expérience. C’est différent si on l’a vécu répond Carol Mann qui propose aux élèves de venir prolonger l’échange dans leur collège.

Jacinthe Hirsch

 

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance débat du 24 janvier 2017

1 avril 2017

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Elle s’appelait Sarah

Thème : la Shoah

Débattrice : Larissa Cain

 

C’est l’histoire de la petite Sarah envoyée au Vel d’Hiv avec ses parents, sans son petit frère qu’elle a caché dans un placard, pensant ainsi le sauver.

Larissa Cain, notre débattrice, n’est pas une rescapée du Vel d’Hiv mais une survivante du ghetto de Varsovie.

Elle commence son récit par quelques rappels d’histoire. Hitler, dès 1933, met en application son programme : la race germanique, descendant des Aryens, est une race « supérieure » qui a des droits sur les races « inférieures ». La race juive étant la plus « inférieure » il faut l’éliminer. Pourtant, précise Laïssa Cain, cette histoire de race est un mythe. Nous avons tous, quelle que soit notre couleur de peau, les mêmes constantes biologiques dans le sang.

Septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne. Dès le mois de Novembre on impose aux Juifs le port d’un brassard blanc avec une étoile bleue et on leur supprime le droit à l’éducation. Avec l’occupation de Varsovie le 28 Septembre 1940, la pression sur les Juifs s’accroit : le 16 novembre on les parque dans un ghetto dont on leur fera construire les murs de trois mètres de haut.

En fait, il y a deux ghettos, le petit ghetto et le grand ghetto. Ils diffèrent seulement par leur taille. Impossible de passer de l’un à l’autre, ce qui empêche de s’entraider ou de se réunir pour résister.

Par chance, l’appartement des parents de Larissa est sur l’emprise du ghetto. Ils n’ont donc pas à déménager. Par contre ils hébergent famille et amis et se retrouvent jusqu’à huit dans leur minuscule appartement. Larissa y est restée de Novembre 1940 à Décembre 1942. Elle réussit à s’en échapper toute seule, à 10 ans, en montant par une longue échelle en haut du mur de séparation et, morte de peur, en sautant dans la neige où un oncle l’attend. Au détour d’une phrase on apprend que sa mère est morte d’une dysenterie et que son père a été arrêté sans qu’on n’ait plus jamais de ses nouvelles. C’est donc une petite orpheline qui est trimballée de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’à ce qu’on l’envoie en France en 1946. Ce qui l’a sauvée, dit-elle, c’est le système éducatif de la France où, quelque soit sa nationalité, on est pris en charge par des professeurs qui savent vous encourager et vous permettre de vous réaliser.

Les élèves posent quelques questions : y avait-il du marché noir ? Du cannibalisme ?

Larissa Cain: « Je ne peux pas vous répondre, j’étais trop petite. Quand on meurt de faim tout est possible, probablement. »

Un adolescent noir demande: « Dans votre vie, avez-vous eu l’occasion d’avoir des affinités avec un Juif ? » Stupéfaction de tous. Le temps de reprendre son souffle : « Mais je suis juive ! J’ai des affinités avec des Juifs mais tout aussi bien avec des non Juifs. Les affinités c’est mystérieux. Il est important dans la vie de ne pas se cantonner à un petit cercle, de rencontrer des gens de toutes sortes pour mieux comprendre le monde où nous vivons. « 

Certes, contrairement aux prévisions, ce n’est pas du Vel d’Hiv qu’on aura parlé, mais la rencontre avec un vrai témoin, une petite fille de 10 ans dans le ghetto de Varsovie, quoi de plus frappant pour nos élèves ? Ils en garderont le souvenir à jamais.

A la question sur les « affinités » avec un Juif, peut-être pourrait-on essayer d’y répondre en organisant un débat avec ces jeunes qui n’entendent, dans leurs familles et ailleurs, que des propos antisémites : Qu’est-ce qu’un Juif ? Est-il si différent de moi ?

Hélène Eisenmann

 

 


Journal d’Avril 2017: compte-rendu de notre séance-débat du 24 février 2017

1 avril 2017

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Nous trois ou rien

Thème : l’intégration

Débatteurs : M. et Mme Mitterrand (professeurs d’histoire)

 

Une centaine d’élèves, certains depuis peu de temps en France sont présents. Le réalisateur, Kheiron, raconte dans ce film, l’histoire de ses parents, Hibat et Fereshteh, exilés d’Iran. Le film commence sous le régime du shah. Hibat devient un héros car il refuse en prison de manger le gâteau d’anniversaire du shah.

Après la révolution, et le régime autoritaire et théocratique de Khomeiny, la famille s’exile en France. La suite se situe en Seine St Denis. Les parents de Kheiron s’impliquent fortement dans la vie locale. Le sujet est traité sur un mode comique, malgré les scènes violentes au début, l’humour allège le propos.  

Le débat démarre aisément.

Un garçon : Pourquoi a-t-il refusé de manger le gâteau dans la prison ?

Un autre : Ça veut dire quoi, le gâteau du chat ?

Mr Mitterrand: Le shah, c’était un roi et si le peuple marquait son mécontentement, il mettait les gens en prison. Hibat refuse de manger le gâteau du shah pour montrer son opposition. Du coup, il est très respecté.

Un garçon : Pourquoi il est allé en France, alors ?

Le débatteur : Le peuple avait chassé le shah mais à sa place c’est Khomeiny. Un autre pouvoir autoritaire qui ne veut pas de démocratie.

Une élève : le shah, c’était un musulman ?

La débattrice : Oui, un musulman modéré, qui ne gouvernait pas avec la religion. Vous avez vu ce qui change en Iran avec Khomeiny ?

Plusieurs : “ les femmes se voilent.” “La musique est interdite”.

Une professeure : Pourquoi Hibat part en France ? Parce qu’il risque la mort avec son fils et sa femme, en Iran. Avez-vous compris quel est ce petit cachet qu’il jette lorsqu’il quitte l’Iran ?

Une voix : C’est l’image de son passé qu’il laisse derrière lui quand il quitte son pays. Une autre : c’était un cachet pour se suicider ? 

La débattrice : Oui, c’est ça, du cyanure. S’il est pris, il le croque et il meurt. Pour ne pas dénoncer les autres sous la torture.

Un garçon : Pourquoi elle appelle son père et dit qu’elle ne reviendra pas ? 

Le débatteur : En France, ils ont un statut de réfugié politique. Ils ne sont plus en danger. Ils participent à la vie de la cité. Cette solidarité, ils la rendent à leur quartier. Que vont-ils apporter, d’abord aux femmes ?

Une fille : A être heureuses, à sortir, à avoir la belle vie.

Une élève réalise : cette histoire en fait, c’est un petit qui raconte l’histoire de son père ?

Sa professeure : Oui, le bébé qui quitte l’Iran avec ses parents, c’est lui qui raconte l’histoire, lui qui fait le film et qui joue le rôle de son père.

La débattrice : Ses parents étaient militants, Kheiron a été éducateur.

Un élève : on voit comment il parle aux 3 jeunes assis à côté du centre culturel où on a cassé les vitres. Au début, ils s’en moquent.

Une fille : mais après, Hibat leur montre que cet endroit, était pour eux.

Une professeure : vous avez entendu le message d’Hibat à Elyes, le délinquant qui a été en prison : “Il n’est pas trop tard”. On apprend plus tard qu’Elyes après un autre séjour en prison, est devenu un éducateur. Il a un travail, une famille.

La débattrice : Chacun doit prendre sa place dans la cité.

Une fille : On voit pendant la fête il y a des grandes photos de chacun accrochées sur les murs du quartier.

Un professeur : On n’est jamais condamné à l’échec. Avec ma classe de 3ème, nous faisons un atelier d’écriture de chansons. Le thème c’est l’exil. L’idée c’est de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

La débattrice conclut : Kheiron a commencé comme ça, il a fait du théâtre. Il a gardé la faculté de mettre de l’humour autour de chaque chose triste.

On dirait que ce film d’intégration réussie a touché ce public.

Jacinthe Hirsch

 

 


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 18 octobre 2016

20 décembre 2016

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La désintégration

Séance du 18 octobre 2016

Thème : la radicalisation

Débattrice : Soad Baba Aïssa

 

C’est l’histoire de trois jeunes musulmans qui, pour des raisons diverses, sont en opposition avec leurs familles. L’un d’eux, Ali, bon élève, travailleur, cherche un job. Il envoie son curriculum vitae des dizaines de fois mais ne reçoit aucune proposition. Malgré le soutien de sa mère et de ses frères, malgré les conseils du genre « change de prénom », il se laisse embarquer avec les deux autres garçons par un recruteur habile qui les conduit jusqu’au jihad et au « sacrifice suprême ».

C’est avec un malaise grandissant que j’ai regardé ce film, à la pensée que nos jeunes de la diversité présents dans cette salle, et ils étaient nombreux, noirs à 95%, puissent s’assimiler aux trois « héros », tout particulièrement à Ali. Heureusement l’image finale de sa mère qui fait des ménages dans un hôpital et qui, entendant la radio, pousse un cri atroce: « ils ont tué mon fils », remet les choses en place. Il a fallu tout l’art de notre débattrice et la participation des professeurs pour amener les élèves à s’exprimer sur un sujet aussi délicat.

Une jeune fille, en écho au malaise que j’avais ressenti, crie sa fureur et son dégout pour ce film: « c’est pas parce qu’on est musulman qu’on se laisse tourner la tête! ».

Le chef de classe : “Les trois gars, ils sont bêtes: il y a un gars, ils savent même pas d’où il sort ni qui il est. Il leur met des trucs dans la tête et ils l’écoutent. Ils veulent faire des attentats. Ils ont tort. Mais Ali, il a envoyé 106 cv sans une seule réponse positive ».

Un professeur: « Ce qui est dérangeant c’est que certains de nos élèves pourraient se trouver dans cette situation ».

Autre professeur: « Nos élèves sont intelligents et ils ne se laisseront pas prendre. À nous, adultes, à trouver la réponse ». Applaudissements.

A la question: comment vous sentez-vous intégrés? Une jeune fille noire répond : « Là où nous vivons il y a plus de discrimination contre les Noirs que contre les Arabes. Pourtant on est tous pareils. La France c’est pas que pour les Français ». Applaudissements.

Une autre: « Je me sens bien à Beaugrenelle (son quartier). Il n’y a pas de discrimination. Ceux qui vont au djihad ce sont des faibles qui vont voir la mauvaise personne qui leur dit n’importe quoi ».

Une autre : ”Pourquoi le monsieur (le recruteur) il fait croire qu’ils vont aller au paradis et à la fin il y va pas lui-même? » Le chef de classe: « Franchement, on m’a pas fait de discrimination. On est tous égaux mais… ça dépend. C’est pas tous les Français, y en a qui, y en a d’autres qui sont pas racistes”. Un autre : « C’est le nom qui fait la religion ». « Non, mon frère s’appelle Tony …”

« Et moi je connais un syrien qui s’appelle Daesh! ».

Une élève parle de la liberté de croyance. Notre débattrice rectifie : plutôt que la liberté de croyance, l’important c’est la liberté de conscience. Toute la salle applaudit. Elle dit de la laïcité. « La France est le seul pays au monde vraiment laïc même si, oui, il y a du racisme. Avec mon prénom, Soad, c’était comme pour Ali. Je suis Algérienne, j’ai eu envie de partir vivre en Algérie. Mais là-bas l’Islam est la religion d’État et, comme femme, vous êtes moins que rien. Je suis retournée en France. Maintenant, je sais apprécier la liberté de conscience, le droit d’accès de tous au service public, à la protection sociale, aux soins. Rappelez-vous, dans le film, le vieux père malade. On le voit sur son lit d’hôpital. Bien que Musulman il a droit aux soins les plus en pointe. Alors en France, certes il y a du racisme, mais ne cédons pas au chant des sirènes. Nous devons construire ensemble notre pays de demain. Longs applaudissements.

 

Hélène Eisenmann

 

 


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 15 novembre 2016

20 décembre 2016

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Séance du 15 novembre 2016

Thème : la violence faite aux femmes

Débattrice : Bérénice Poussin (Association Terre des Femmes)

 

Vingt trois élèves d’une même classe, en majorité d’origine africaine ou maghrébine, ont assisté à la projection de ce très beau film où trois femmes égyptiennes, Fayza, Seba, Nelly, s’opposent, chacune selon son tempérament, au machisme ambiant.

L’une d’elles, Fayza, agressée, “pelotée” chaque fois qu’elle monte dans un bus toujours bondé, décide de se défendre par ses propres moyens avec une aiguille à chapeau violemment piquée dans les “parties” de son agresseur. Drames, enquêtes, prison. Tout comme ses deux amies elle se refuse à toute concession et à toute excuse.

Il a fallu la patience de notre débattrice aidée de Joëlle Saunière et de Guy Zerhat pour que la discussion s’engage. Mais ensuite les élèves ont suivi. Tous de la même classe et se connaissant bien, ils ont eu des échanges très vifs sur des sujets qu’ils n’avaient probablement jamais abordés entre eux. Ils se sont vite focalisés sur ce qui se passe dans le bus avec Fayza et son épingle, laissant de côté des aspects passionnants de ce film.

Sur le fond de l’histoire une fille s’exprime : “Au début ça m’énervait qu’on demande à la fille de retirer sa plainte, mais c’était touchant que son fiancé la soutienne”. Puis la discussion s’oriente sur la façon de s’habiller des filles.

Un garçon :”Il y a des filles qui s’habillent très mal. En Egypte c’est inacceptable, en France ça l’est.”

Une fille : “Les filles peuvent s’habiller comme elles le veulent. Les garçons n’ont qu’à se retenir.”

Une autre : “Même si une femme provoque avec une minijupe ça ne devrait pas faire ça. Il y a des femmes qui provoquent, d’autres pas.”

Un garçon :”Mais aller jusqu’à castrer les garçons? Jusqu’à taper dessus? Ça fait mal !”

Joëlle : “Tu ne perçois pas la violence de l’agression pour une femme? Tu aimerais qu’on fasse ça à ta sœur?”

Le garçon : “Mais on a tous droit à une deuxième chance. Castré c’est fini !”

La fille : “Ils sont pas castrés et la deuxième fois ils referont pareil !”.

Joëlle : “En France il ne faut pas se faire justice soi-même”.

La fille : “Elle s’est fait justice soi-même parce que personne ne la défendait. Elle voulait pas porter plainte pour que sa famille ne soit pas déshonorée”.

La débattrice: “Savez-vous combien de femmes portent plainte en France? Une sur dix !”

Guy: “N’oublions jamais la dignité de la personne humaine. Une fille bien roulée tu la regardes, d’accord, mais tu ne sautes pas dessus. On doit maitriser ses pulsions. On n’est pas des chiens. Même dans le bus. C’est ignoble”. Applaudissements.

La discussion dévie sur le fait divers jugé en ce moment en France : la femme qui a tué son mari après 40 ans de vie commune.

Une fille : “C’est pas normal qu’il la batte mais c’est pas normal qu’elle le tue. Elle aurait dû partir”.

Un garçon : “Si elle avait pas pu partir?”

Une fille : “Tu peux et tu dois partir.”

Une autre : “Moi je ne me fais pas battre, je pars à la première claque !”

La débattrice : “Et s’il s’excuse ?”

La même : “Tu pars !”

Une autre : “Le mari est plus fort, elle voulait pas le tuer.”

Une autre : “Avec un fusil elle l’a pas fait exprès ! On peut toujours partir, chez des parents, chez des amis.”

La débattrice: “Vous êtes jeunes, vous ne connaissez pas encore la vie, mais plus tard, n’oubliez pas vos bonnes résolutions.”

Guy, en conclusion : “Vous, les filles, faites vous respecter et vous, les garçons, on n’est pas des bêtes !” Longs applaudissements.

Belle leçon de morale.

 

Hélène Eisenmann


Modification de notre séance du 25 avril 2017: projection du film « 7 jours à Kigali », suivi d’un débat sur le génocide des tutsis et hutus modérés au Rwanda

6 décembre 2016

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Mardi 25 avril 2017

Thème: le génocide des tutsis et des hutus modérés au Rwanda

Documentaire: 7 jours à Kigali (France, 2014, 60 mn)

Réalisation: Mehdi Ba et Jeremy Frey

 

Résumé:

Dans 7 jours à Kigali, la semaine où le Rwanda a basculé, le journaliste Mehdi Ba et le réalisateur Jeremy Frey  se sont intéressés à la semaine du 6 au 13 avril 1994, marquée par la mise en marche de la machine génocidaire et par la fuite de la population occidentale expatriée. Faisant la part belle aux témoignages de personnes présentes sur place à l’époque (rescapés, génocidaires, journalistes ou soldats), les réalisateurs ont choisi de mettre de côté les archives visuelles d’époque pour leur préférer le Kigali d’aujourd’hui.


Modification de notre séance du 14 mars 2017: projection du film « Le Havre », suivi d’un débat sur l’immigration

6 décembre 2016

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Mardi 14 mars 2017

Thème: L’immigration 

Film: Le Havre (Finlande et France, 2011, 1h33)

Réalisation: Aki Kaurismaki

Principaux acteurs : André Wilm, Jean-Pierre Darroussin

Résumé : 

Sous forme d’un conte social, il s’agit d’un hymne à la fraternité et à la solidarité : comment aider son prochain, même s’il s’agit d’un clandestin, même s’il est pauvre et démuni.

 

Téléchargez le dossier pédagogique rédigé par Guy ZEHRAT, membre de Mémoire 2000 en CLIQUANT ICI.

 

 


Journal de Juillet 2016: compte-rendu de notre séance-débat sur TIMBUKTU

1 juillet 2016

594157Un village tranquille aux limites du désert où chacun vit sa foi sous le regard bienveillant de l’Imam. Beauté du paysage à vous cou- per le souffle. Puis déferlement d’une bande de jeunes djihadistes qui viennent imposer leur loi et semer la terreur.

Séance du 19 avril 2016
Thème : l’intégrisme religieux
Débatteurs : Soad Baba Aïssa , Jean-Jacques et Odette Mitterrand

Tel est ce film regardé dans un silence que l’on sent passionné par des élèves dont, a priori, une bonne moitié d’entre eux doit être de confession musulmane. Malheureusement, conséquence probable de vigipirate, sur 200 élèves pressentis, seuls 35 étaient présents.

Soad Baba Aïssa lance le débat. “Comment avez-vous ressenti ce film” ? Tous, garçons et filles, expriment combien ils ont été choqués de voir ces jeunes djihadistes qui disent vouloir faire la volonté d’Allah mais qui font eux-même ce qu’ils interdisent aux autres : fumer, discuter d’un match de foot, écouter de la musique etc.

La lapidation, le mariage forcé, les élèves en ressentent un dégoût violent, une colère contre l’injustice, une envie de vengeance. Ils demandent à notre débattrice de les éclairer sur les différences entre djihad, djihadisme, terrorisme.

Le djihad, dit-elle, a d’abord un sens spirituel et personnel propre à chaque musulman. “Avez -vous noté ce qui émane du personnage de l’Imam dans le film? Sa profonde piété, son ouverture aux autres font que chacun se confie à lui et que même les jeunes djihadistes en sont impressionnés”. Devenu synonyme de guerre sainte, le Djihad est aujourd’hui le mot d’ordre des fondamentalistes terroristes.

Que djihadisme soit l’équivalent de terrorisme, les élèves l’ignoraient. C’est pour eux une notion nouvelle d’une importance capitale pour comprendre ce qui se passe autour d’eux et pouvoir en faire le tri.

Notre débattrice attire leur attention sur le danger des croyances qui, à bas bruit, se transforment en idéologie. “A vous de les débusquer pour être à même d’y résister”.
B. Jouanneau lance la discussion sur la laïcité qui, pour lui, est le garant essentiel des libertés individuelles et de l’égalité des droits. Elle constitue le fondement indispensable de l’harmonie sociale et de l’unité de la nation. La Constitution précise que la France est une République laïque, démocratique et sociale. Il est fondamental qu’y soient séparés le politique du religieux.

Soad Baba Aïssa qui travaille tant en France qu’en Algérie où l’Islam est religion d’Etat, peut témoigner que la liberté n’y a pas du tout le même sens.
Une élève pose une question naïve comme je les aime : “Et si tous les pays étaient laïcs ?” ”Ce serait formidable. Partout régneraient liberté et respect d’autrui”.

La séance se termine.
C’est la première depuis la mort de Daniel Rachline. Il n’aurait pas manqué de conclure en disant de sa voix forte et chaleureuse : “Il faut savoir se révolter contre l’indifférence. Ne jamais rien laisser passer!”

Hélène Eisenmann


Dossier pédagogique du film Timbuktu préparé par Joëlle Saunière, membre de Mémoire 200

29 avril 2016

CLIQUEZ SUR LE LIEN CI-APRES POUR ACCEDER AU Dossier pédagogique du film Timbuktu

Dossier pédagogique du film Timbuktu

 

594157Pourquoi Timbuktu?

Mali, juillet 2012. Un couple est lapidé pour ne pas s’être marié devant Dieu.

Abderrahmane Sissako décide de tourner le film.

« Mon rôle est d’être passeur de cette conscience collective révoltée. »

 

Le film «TIMBUKTU»

Une histoire magnifique, d’Abderrahmane Sissako, mêlant humour et poésie.

Récompensé au festival de Cannes, primé 11 fois, en particulier, a obtenu le César du meilleur film français et meilleur réalisateur.

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Face à l’obscurantisme, un humour nuancé

La ville de Tombouctou est tombée aux mains des djihadistes. Jour après jour, sur leurs motos, armes en bandoulière, mégaphone à la main, ils exhortent la population à ne pas écouter de musique, à porter des chaussettes ou des gants… et autres diktats absurdes qui prêteraient à sourire s’ils n’attestaient pas, jusqu’au tragique, de la bêtise de ces hommes autoproclamés soldats d’un dieu qui ne pourrait pourtant, à aucun moment, cautionner toutes leurs dérives. À l’écart de cette cité assiégée, le jeune Kidane vit paisiblement avec ses parents. Une existence qui bascule le jour où son père ira se venger du pêcheur qui a tué sa vache et subira la justice expéditive des religieux extrémistes.

En soulignant l’intolérance de ces derniers et leur obstination stérile, d’une écriture à la fois perfide, satirique et lucide (savoureuse scène de ces hommes qui proscrivent le foot mais discutent des résultats de l’équipe française en Coupe du monde), Abderrahmane Sissako n’édulcore pas son propos. Bien au contraire, l’humour dont il sait faire preuve, nuancé et subtilement distillé, a, par simple effet de contraste, une vertu encore plus glaçante, encore plus inquiétante. Car il souligne l’impuissance de la communauté internationale à venir en aide à ces hommes, et surtout à ces femmes, victimes d’obscurantisme.

Sissako refuse la pesanteur du message idéologique.

Les femmes, justement. C’est à elles que Sissako rend hommage. Pour leur courage. Et leur manière obstinée de refuser de céder aux menaces. Ici, cette vendeuse de poissons qui ne veut pas porter de gants, élément vestimentaire bien peu pratique pour son commerce. Là, une autre qui refuse de céder sa fille à ce soldat qui détourne le texte coranique à son avantage pour la ravir à ses parents. Ou encore cette femme hirsute et impériale qui arpente les rues désertes et insulte farouchement ces ennemis de l’islam qui prétendent pourtant agir en son nom.

Cette audace est également celle du cinéaste. Refusant les dogmes et la pesanteur du message idéologique, Sissako ose de sublimes images de cinéma. Des moments de grâce poétique et surréaliste suspendus, que seuls la valeur de cadre, la musique, le montage, le relief sonore ainsi que le mouvement de caméra peuvent édifier. Son radicalisme n’est pas dans le discours mais dans cette conviction absolue de l’acte artistique. Oser la beauté, la dérision et le décalage surréaliste (une danse en transe montée en parallèle d’une scène de lapidation) vaut bien plus que tous les discours.

C’est affirmer le pouvoir universel du 7e art contre la terreur et la bêtise. L’art comme vecteur d’idées et d’émotions, avec cette modestie de savoir qu’un film ne change hélas rien à la situation dramatique du monde, mais qu’il peut sensibiliser, mobiliser et faire prendre conscience. C’est ainsi que Timbuktu foudroie, bouleverse, mobilise et galvanise… Un magistral moment de cinéma.

 

DAECH

L’Etat islamique, souvent désigné par l’acronyme arabe « DAECH », est une organisation armée terroriste islamiste, d’idéologie salafiste djihadiste, qui a proclamé le 29 juin 2014 l’instauration d’un califat sur les territoires qu’il contrôle, et souvent considéré comme proto-Etat à partir de 2015. Son essor est notamment lié aux déstabilisations géopolitiques causées par les guerres en Irak puis en Syrie.

Sa création remonte à 2006, lorsqu’Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres groupes djihadistes le Conseil consultatif des moudjahidine en Irak. Le 13 octobre 2006, le conseil consultatif proclame l’Etat Islamique d’Irak (en abrégé EII) lequel se considère, à partir de cette date, comme le véritable Etat Irakien.

En 2012, l’EII commence à s’étendre en Syrie et en avril 2013, il devient l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), en arabe, littéralement « Etat Islamique en Irak et dans le Cham».

Le 29 juin 2014, l’EIIL annonce le rétablissement du califat sous le nom d’Etat Islamique dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr Al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet ( !), sous le nom d’Ibrahim. Il entre alors en conflit avec Al-Qaïda et son influence s’étend à une grande partie du monde musulman avec l’allégeance de plusieurs groupes djihadistes. Les plus importants sont : Boko Haram dans le Nord-Est du Nigéria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye.

L’Etat islamique est classé comme organisation terroriste par de nombreux Etats et est accusé par les Nations Unies, la ligue arabe, les Etats Unis et l’Union Européenne d’être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique également la destruction de vestiges archéologiques millénaires (ex: les bouddhas de Bâmiyân).

Depuis août 2014, une coalition internationale de 22 pays et de la Russie, interviennent militairement contre cette organisation, qui mène également des opérations meurtrières à l’extérieur des territoires sous son contrôle.

D’après l’historien Nabil Mouline, auteur de « Le Califat: histoire politique de l’Islam », les combattants de Daesh les plus idéologisés, se voient comme les élus dépositaires de la « vraie » religion, chargés de rétablir l’état califal des débuts de l’Islam. C’est ainsi qu’ils se permettent d’embrigader de nouveaux candidats pour mener la bataille finale du Bien contre le Mal! Leurs visées messianiques jouent un rôle déterminant dans le processus de socialisation des soldats. C’est une arme de propagande très efficace pour recruter des jeunes en perte de sens qui, une fois embrigadés se sentent investis d’une mission glorieuse. 


Journal d’Avril 2016: compte-rendu de notre séance-débat du 15 décembre 2015

30 mars 2016

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Kenny

Séance du 15 décembre 2015

Thème : le harcèlement à l’école

Débatteur : Gabriel Gonnet

 

Pour cette séance de décembre nous avions choisi le thème du harcèlement à l’école. Le choix du film de Gabriel Gonnet, aurait dû susciter l’intérêt des élèves et de leurs professeurs, quand on sait qu’un collégien sur dix, soit 1,2 millions d’élèves sont victimes, durant leur scolarité, de harcèlement caractérisé par une violence intentionnelle collective, répétée et gratuite.

L’instauration d’une journée mondiale du harcèlement scolaire les premiers jeudi de novembre et la mise en place d’une délégation interministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire auraient dû éveiller l’attention. Rien n’y a fait, et même le lycée Claude Bernard où le film a été tourné, s’est porté pâle. C’est le lycée La Fontaine, qui nous a ouvert ses portes, et nous a reçus, en présence des enseignants et d’un conseiller d’éducation. Le réalisateur, Gabriel Gonnet qui s’était proposé d’animer le débat a d’emblée imposé sa méthode. Après projection de son film qui dure environ 20 minutes, il distribue ses questionnaires et les fait remplir par les élèves pour les amener à prendre conscience du fonctionnement et du danger du harcèlement scolaire. Tout le contraire de ce que nous avons l’habitude de faire, mais l’expérience nous a paru mériter le détour. Les élèves semblaient tous avoir conscience du phénomène et de ses risques. Ils n’ont finalement réagi spontanément que lorsque Margaux, ma fille âgée de 24 ans, qui a vécu cette expérience du mauvais côté au même âge qu’eux, est venue leur dire comment se déclenche le cyber-harcèlement et les ravages qu’il peut faire.

Voici son témoignage : ”C’était important pour moi d’assister à cette intervention de Mémoire 2000. Le cyber-harcèlement est un sujet grave, et qui m’importe d’autant plus que j’y avais pris part, au sein d’un groupe d’amis, étant adolescente, au commencement des skyblogs et de la folie des réseaux sociaux. Ce n’est pas une chose dont je suis fière, mais c’est par contre une histoire que je tenais à raconter à des jeunes qui n’avaient peut-être pas conscience de la rapidité avec laquelle ces choses là peuvent arriver, sans qu’on s’en rende compte, dans un sens comme dans l’autre. Et comme on entend plus souvent l’histoire du côté des harcelés, je me suis dit que les “harceleurs” se devaient d’assumer et de parler aussi. Je me suis aussi dit qu’en n’ayant que 24 ans, la proximité que je pourrai avoir avec des jeunes de 14 ans les mettraient à l’aise et les forceraient à m’écouter. Mais j’avais oublié qu’à cet âge là, on vit dans son monde, et qu’il n’y a pas vraiment de proximité avec qui que ce soit de plus âgé. Cela dit, ils m’ont écoutée. Ils avaient l’air de très bien comprendre ce que je leur racontais, ils étaient même choqués par mon histoire. Certains ont posé des questions, intéressés, d’autres ont réagi vivement. Moi qui pensait que c’était un sujet qu’on connaissait peu, je suis ressortie de là avec une impression un peu différente.

Maintenant que les réseaux sociaux sont démocratisés, et que tous ces jeunes y ont accès, l’engouement m’a l’air de devenir un peu plus maitrisé. Ce n’est plus comme à l’époque, où l’on ne savait pas très bien quels étaient les tenants et aboutissants de tout ce qu’il se passait en ligne. Et puis les terribles histoires de ces adolescents qui ont succombé à ce cyber-harcèlement, je pense qu’ils en ont beaucoup entendu parler. Les adolescents d’aujourd’hui grandissent et murissent de plus en plus vite, donc il est raisonnable de penser qu’ils comprennent aussi plus vite les répercutions de leurs actes et de leurs paroles.

Cela étant dit, je pense qu’il est et qu’il sera toujours utile de les alarmer à ce sujet, car mon avis importe peu face à notre incompréhension à tous d’un cerveau d’adolescent”.
J’ai ressenti personnellement ce matin là, l’utilité irremplaçable de ces séances et des débats libres qu’elles permettent de provoquer.

Bernard Jouanneau


Journal d’Avril 2016:compte-rendu de notre séance-débat du 16 janvier 2016

30 mars 2016

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Séance du 16 janvier 2016


Thème : les Allemands jugent les nazis

Débatteur : Lionel Richard

 

Cette année, le film choisi pour l’anniversaire de l’ouverture du camp d’extermination d’Auschwitz, montre la jeunesse allemande des années cinquante confrontée à ses aînés qui veulent occulter le passé.

Un jeune procureur apprend qu’un brave professeur de l’école voisine vient d’être débusqué par un rescapé d’Auschwitz. Révolté, lui qui se croit fils de résistant, il entreprend de faire la chasse aux anciens nazis. Contre vents et marées et après avoir entendu des centaines de témoignages, il arrive à accumuler suffisamment de preuves pour que son enquête aboutisse. C’est, en 1963, le procès de Francfort, premier procès intenté en Allemagne contre des SS. Avant de commenter cette projection et pour rester au plus près du jour anniversaire d’Auschwitz, je rappelle le témoignage du général soviétique Petrenko, libérateur du camp d’Auschwitz, extrait de son livre “Avant et après Auschwitz” :
“Des détenus émaciés, en vêtements rayés s’approchaient de nous et nous parlaient dans différentes langues. Même si j’avais vu bien des fois des hommes mourir au front, j’ai été frappé par ces prisonniers, transformés par la cruauté jamais vue des nazis, en véritables squelettes vivants. J’avais bien lu des tracts sur le traitement des juifs par les nazis, mais on n’y disait rien de l’extermination des enfants, des femmes et des vieillards. Ce n’est qu’à Auschwitz que j’ai appris le destin des juifs d’Europe. […]. Deux femmes se sont approchées de moi, m’ont embrassé. Ces gens pouvaient encore sourire, mais il y en avait qui ne pouvaient plus que tenir debout en silence : des squelettes vivants, pas des hommes. […] J’ai aussi vu des enfants… c’était un tableau terrible: ils avaient le ventre gonflé par la faim, les yeux vagues, des jambes très maigres, des bras comme des cordes et tout le reste ne semblait pas humain – comme si c’était cousu. Les gamins se taisaient et ne montraient que les numéros qu’on leur avait tatoués sur le bras. Ces gens n’avaient pas de larmes. J’ai vu comment ils essayaient de s’essuyer les yeux, mais ils restaient secs.”

Revenons-en à la projection: la salle de cinéma est archipleine, le public est varié: des élèves de 3° d’un collège privé du 16° arrondissement côtoient les élèves d’une classe d’allemand très au fait de cette période de l’histoire, tandis que les élèves de la « diversité » s’installent à gauche dans la salle.
Les questions fusent.

Notre débatteur, M. Lionel Richard, brosse une large fresque historique de l’Allemagne où dit-il, depuis Luther et le Moyen-Age, la judéophobie est omniprésente ; certains y voient déjà les racines du National-Socialisme. Il décrit ensuite l’après-guerre, l’évolution des deux Allemagne, la guerre froide, le « miracle économique » sous Adenauer. Le nazisme est occulté. C’est ainsi que la génération des Allemands qui n’ont pas connu la guerre commence à vouloir en savoir plus. C’est le sujet du “Labyrinthe du Silence.”
Le film est regardé dans le plus grand silence. Mais quand arrive la séquence sentimentale, l’amour fou entre le procureur et une jeune journaliste, au premier baiser, des rires gras fusent de la gauche de la salle. Le calme revient difficilement.
Nouvelle scène à risque : deux personnages se couvrent d’une kippa pour dire le Kaddish. Et bien, non, c’est dans un silence que l’on ressent teinté d’émotion, que le film se termine.
Allons, nos adolescents sont comme les ados de toujours. Le pire n’est pas toujours sûr, même en ces temps troublés.

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2016: témoignages des élèves après notre séance-débat sur le thème de l’esclavage

30 mars 2016

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Le passage du milieu

Séance du 16 février 2016

Thème : l’esclavage

Débatteur : Pap D’diaye

 

 

 

 

Cette fois, nous avons demandé aux élèves présents, de nous faire part de leurs impressions par écrit : ce qu’ils ont fait.
Ces élèves sont issus de Bac professionnel électro-technique et rencontrent souvent des difficultés en expression.
Ils appartiennent à la classe : TELKB du Lycée Louis Armand à Nogent sur Marne.
Voici leurs textes.

 

« Par choix, Je n’ai pas l’habitude de regarder des films sur le thème de l’Esclavage, mais “Le passage du Milieu” m‘a permis d’en savoir davantage et d’ouvrir les yeux sur la question humaine. J’ai particulièrement apprécié le débat. »

Fabien

 

« Ce film m’a beaucoup perturbé, j’ai vu des scènes abjectes, des images lourdes et souvent insoutenables. Le débat aide à surmonter les sentiments de révolte que l’on ressent jusqu’à la fin, grâce aux échanges entre les débatteurs et les élèves. »

Ryan

 

« J’ai apprécié le film même si il avait des moments très durs (finalement toutes les scènes du film étaient poignantes). Je pense qu’il faut ce genre d’images pour secouer les gens et lutter contre le racisme. Merci pour le débat, j’ai personnellement appris beaucoup de choses, des éléments historiques. Il faut continuer! »

Mohamed

 

« J’ai souvent détourné le regard pendant la projection du film, je me concentrais sur la voix, c’était plus supportable. J’ai vraiment été intéressé par le débat et le fait de pouvoir poser des questions. Merci pour tout ce que j’ai appris. »

Damien

 

« Ce film est terrible. Il m’a révolté et dégoûté d’être Humain, je n’arrive pas à croire ni à accepter que l’homme puisse faire ça. »

Mamadou

 

« J’ai eu du mal au début à me concentrer. Il n’y avait pas de dialogue seulement des images terribles que l’on reçoit en pleine figure avec comme fond sonore une voix douce presque mélodieuse, c’était très perturbant. Je trouve tellement intéressant qu’il y ait un débat, que l’on puisse poser des questions et s’exprimer. Merci…Je reviendrai. »

Jonathan


Journal d’Avril 2016: réflexions sur l’annulation de notre séance-débat sur le thème du Civisme

30 mars 2016

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Séance du 17 mars 2016 ANNULE

Thème : le civisme

Dans un premier temps, nous avions programmé pour cette même date, le film “24 jours” avec pour débat: l’antisémitisme. Ce film avait déjà été proposé aux enseignants l’année dernière, et n’avait eu aucun succès. Tout comme cette année. Nous avons donc décidé de le déprogrammer en faveur du film “Chaos” qui traite de l’indifférence devant la violence faite à l’encontre d’une prostituée.

Malheureusement il n’y a pas eu davantage de réservation pour ce film et la séance a été annulée.

Nous avons constaté depuis plusieurs années, que certains thèmes comme l’antisémitisme ou les atteintes aux femmes, ont du mal à trouver un public. 
Cet “air du temps” est très préoccupant et il nous est difficile de convaincre les professeurs qui, nous semble- t-il, n’osent pas proposer à leurs élèves ce genre de séances, par souci de “paix sociale”.

Nous continuerons malgré tout notre travail et essaierons encore et encore, de convaincre.

Mémoire 2000