Changement de programme pour notre séance du 19 mars 2019 autour du thème de l’Education

29 novembre 2018

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Mardi 19 mars 2019

Thème : L’éducation

Un film de Marie-Castille Mention-Schaar

France – 2014 – 105 minutes

Avec notamment Ariane Ascaride, Ahmed Dramé, Noémie Merlant

 

Projection au Cinéma Le Saint Germain des Prés, dans la salle Beauregard, au 22 rue Guillaume Apollinaire, 75006 Paris.

 

Résumé du film :

Basé sur une histoire vraie, ce film de fiction relate les relations d’un professeur avec des adolescents qui ont depuis longtemps décroché du système scolaire.

Cette enseignante du lycée Léon-Blum de Créteil (Val-de-Marne), décide de faire passer un concours national qui a pour thème : Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi…

 

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Journal d’Octobre 2018 : Des professeurs formidables, des élèves enthousiastes !

29 novembre 2018

Le 8 juin dernier, les membres de l’association Mémoire 2000 étaient invités à assister à la cérémonie officielle de remise de la plaque “Ecole ambassadrice du parlement Européen”, au lycée Louis Armand de Nogent sur Marne.*

En effet, le parlement Européen avait lancé un programme éducatif dès 2015, intitulé “école ambassadrice”.

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La député Pervenche Bérès et des élèves du lycée Louis Armand à Nogent-sur-marne

Il avait pour objectif de sensibiliser et d’offrir la possibilité aux jeunes des établissements professionnels, d’approfondir leurs connaissances à propos du parlement européen et de l’Union européenne en général. Ce projet fut lancé simultanément dans 5 pays de l’Union: l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Irlande et la Pologne.

L’un des enjeux fondamentaux du programme consistait à incarner et transmettre les valeurs européennes et à sensibiliser les jeunes à la citoyenneté, en les rapprochant des institutions, en rendant leur travail plus visible et compréhensible.

Les élèves du lycée Louis Armand aidés par cinq de leurs professeurs ont travaillé toute l’année sur l’Europe et les valeurs de la citoyenneté européenne dans le cadre de leurs enseignements (général et techniques).

Ce 8 juin, madame Pervenche Bérès, députée européenne, invitée, a déclaré aux élèves : “Vous devenez ambassadeurs de l’Europe un an avant les élections. C’est une identité que vous endossez. A vous de transformer cette Europe. Merci à vous tous de continuer.”

Puis les élèves ont présenté une chanson composée par eux-mêmes : “Our dream for Europe“

Un des élèves a récité un poème :

MON RÊVE D’EUROPE

 

Mon rêve d’Europe

Eveille l’envie plus haut, plus loin

Car il unit les Etats en son sein.

Mon rêve d’Europe

 Rassemble chaque lot et destin

Occupe les cœurs et les esprits

Car il porte l’espoir, même petit.

Mon rêve d’Europe

Puise sa force en chacun

Pour apaiser les craintes du lendemain

En inondant de justice nos chemins.

Mon rêve d’Europe est simple

Europ’et un, europ’et deux

Et mon rêve devient un vœu

Europ’et un, europ’et trois

Et mon rêve devient un droit.

Poème rédigé par les élèves de terminales Pro SEN .

Professeur référent : Nasséra Schrapff.

 

Au cours de la cérémonie de labellisation, douze élèves ont reçu le diplôme d’ambassadeurs juniors en présence de la député européenne.

L’aventure va se poursuivre cette année 2018/2019. Madame la députée Eva Joly a accepté le parrainage.

Un grand merci à Madame Schrapff de nous avoir invités, en qualité de partenaires pédagogiques.

En effet, Madame Schrapff, très fidèle à Mémoire 2000, ne manque pas une occasion d’inscrire ses élèves à nos séances de cinéma dont les objectifs rejoignent ceux des enseignants.

Joëlle Saunière

*Lycée labellisé des métiers de l’électricité, communications et réseaux informatiques. Conception mécanique assistée par ordinateur. 1120 élèves et étudiants, 140 enseignants.


Journal d’Octobre 2018 : La nouvelle loi “Asile et immigration”

29 novembre 2018

Le projet de loi “pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif” a été voté par le Parlement en août dernier et validé par le Conseil constitutionnel en septembre 2018, malgré les critiques d’une partie de la gauche, du Défenseur des droits, des membres de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), des avocats du droit d’asile, et des associations de défense des droits des étrangers.

Alors que le rétablissement d’un contrôle aux frontières françaises est effectif depuis les attentats de 2015 et l’application de l’état d’urgence, notre pays a reçu en 2017 environ 100 000 demandes d’asile et a accordé l’asile au titre du statut de réfugié et de la protection subsidiaire à 43.000 personnes. Pour la même année, près de 15 000 personnes en situation irrégulière ont été l’objet d’une expulsion forcée et près de 85 000 étrangers ont été repoussés aux frontières, en particulier à la frontière avec l’Italie. Rappelons que si notre pays est en crise avec un taux de chômage élevé (notamment pour les jeunes et les moins qualifiés) et que notre pacte républicain est attaqué, la France ne subit pas un choc migratoire, contrairement aux affirmations de l’extrême-droite et d’une partie de la droite traditionnelle. Mais les débats politiques portent toujours davantage sur les questions identitaires et la question de l’immigration, et la nouvelle loi ”Asile et immigration” marque un net recul du droit des étrangers.

Evoquons d’abord les quelques mesures plus protectrices des étrangers avec notamment la création d’un titre de séjour de 4 ans pour les personnes admises au séjour, une procédure de réunification familiale facilitée et étendue à leurs frères et sœurs pour les réfugiés mineurs, une protection facilitée pour les jeunes filles risquant l’excision dans leur pays d’origine.

Pour ce qui concerne le droit d’asile, la loi marque une régression des conditions de la demande d’asile et de protection. Les conditions de la demande d’asile sont rendues plus difficiles avec en particulier la réduction du délai pour déposer la demande d’asile à trois mois désormais (passé ce délai, leur demande fera l’objet d’une procédure accélérée, moins favorable) et n’auront plus que quinze jours pour faire appel des décisions de l’Ofpra s’ils sont déboutés de l’asile.

Pour les personnes originaires de pays dit “sûrs”, la demande d’appel de la décision d’asile ne leur permettra plus de suspendre une décision d’expulsion.

L’usage de la vidéo-audience pour auditionner une personne lors de l’examen de sa demande d’asile va être largement étendue, y compris contre la volonté du demandeur d’asile, dans un souci d’économie budgétaire. Des personnes arrêtées aux frontières, notamment aériennes, et placées en zone d’attente dans les aéroports, pourront ne jamais rencontrer physiquement un juge pour présenter leur demande d’asile. Elles devront défendre leur demande et exposer les raisons qui les ont conduites à demander l’asile devant une caméra (les juges les questionnant au cours de la vidéo-audience)… Cette mesure est à juste titre contestée par le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, des associations comme la Cimade, l’Anafé et Primo Levi. Très concrètement, le risque est grand que les personnes les plus fragiles, celles les plus à même d’être en droit de bénéficier de l’asile, soient déboutées de l’asile. Tous ceux qui ont été confrontés aux séquelles psychiques de la torture, en particulier les personnels soignants de l’association Primo Levi, attestent de la difficulté pour les victimes de violences extrêmes de témoigner de leur expérience. L’usage de la vidéo-audience rendra ces témoignages plus difficiles.

Pour ce qui concerne la lutte contre l’immigration irrégulière, la loi marque une régression des droits des étrangers et l’introduction d’une mesure discriminatoire lourde de signification pour l’avenir

La durée de “retenue administrative” des personnes étrangères interpellées lors d’un contrôle d’identité ou de titre de séjour est portée à 24 heures dans un centre de police ou de gendarmerie. Les associations qualifient cette mesure de “garde à vue des étrangers”, dont les effets sur la vie quotidienne des étrangers, y compris ceux qui sont parfaitement en règle, peuvent être dramatiques (perte d’un emploi régulier notamment).

La loi introduit une mesure inédite contre les étrangers qui utilisent un titre de séjour frauduleux (carte d’identité ou passeport d’une personne qui réside légalement sur le territoire français) pour travailler. Ce délit est punissable de cinq ans d’emprisonnement. Cette disposition consiste à pénaliser les travailleurs sans papiers qui sont déjà les plus précaires et les plus victimes d’exploitation.

Les délais de décision du juge des libertés sont allongés à trois jours maximum (contre une journée auparavant) pour la légalité du placement en rétention d’un étranger en situation irrégulière.

La durée de rétention administrative (enfermement dans les CRA fermés) des étrangers en situation irrégulière est allongée à 90 jours et peut être portée à 135 jours si la personne s’oppose à son expulsion. Les députés ont refusé de voter un amendement interdisant le placement en rétention des enfants. Rappelons que des centaines d’enfants, parfois en très bas âge, sont enfermés dans ces centres avec leurs parents. Les personnes déboutées du droit d’asile peuvent désormais être assignées à résidence.

Le franchissement des frontières extérieures de l’espace Schengen redevient un délit et la personne concernée encoure jusqu’à un an de prison.

Le “délit de solidarité” a été validé par le Conseil constitutionnel pour les personnes aidant des étrangers à franchir illégalement les frontières du pays. Des personnes secourant bénévolement des migrants et les ramenant du côté français, comme ce fut le cas notamment sur les sommets entourant la vallée de la Roya à la frontière italienne, pourront donc être condamnées. Les personnes aidant les étrangers présents sur le territoire dans un but humanitaire ne sont en revanche pas menacées de sanctions pénales. Le Conseil constitutionnel a précisé qu’une aide désintéressée au “séjour irrégulier“ ne saurait être passible de poursuites, au nom du “principe de fraternité”.

Enfin, la restriction du droit du sol à Mayotte marque une rupture gravissime avec le principe constitutionnel d’égalité. Il s’agit d’un grave précédent dans la rupture du principe d’égalité entre citoyens français.

La situation à Mayotte, devenu le 101e département français en 2011, est très difficile et ce département connaît une très forte immigration irrégulière depuis les autres îles de l’archipel des Comores devenues indépendantes.  C’est dans ce contexte que le sénateur de Mayotte, Thani Mohamed Soilihi (La République en marche), a introduit deux amendements que le Sénat puis l’Assemblée nationale ont adoptés. Ces amendements instaurent une nouvelle condition pour être naturalisé : qu’au moins l’un des deux parents d’un enfant né à Mayotte réside de manière régulière sur le territoire français de Mayotte depuis plus de trois mois au jour de la naissance de l’enfant.

Rappelons qu’en France, le ”droit du sol” n’existe pas à proprement parler. Lorsqu’un enfant nait en France et que ses deux parents sont étrangers, l’enfant doit attendre d’atteindre ses treize ans et prouver cinq années de séjour en France pour pouvoir demander la nationalité française. La loi “Asile et immigration” introduit donc à Mayotte un droit de la nationalité française différent de celui qui s’applique au reste de la France, comme l’analyse et le dénonce à juste titre l’historien Patrick Weil. “A Mayotte, il y a donc un problème d’entrée et de séjour irrégulier et on attend des pouvoirs publics qu’ils le traitent comme tel et qu’ils ne s’en déchargent pas sur la nationalité. Cela ne résoudra aucun problème. Surtout cela installe une discrimination, deux catégories de Français dans un domaine, la nationalité, où la République est et doit rester une et indivisible”.

Le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel ont donné leur aval à un droit spécial à Mayotte qui rompt avec le principe de l’indivisibilité de la République et instaure une discrimination entre enfants nés en France. C’est un précédent gravissime qui augure mal de l’avenir, vu la montée des sentiments xénophobes et identitaires en France, et plus largement en Europe…

La philosophie de la loi “Asile et immigration” est dangereuse. Elle consacre une régression des droits pour les personnes étrangères et entame sérieusement le principe d’égalité entre Français.

Rose Lallier

 

 


Journal d’Octobre 2018 : Parc de Choisy, Parc de mémoire

29 novembre 2018

A deux pas de la mairie du XIII°, sur l’avenue de Choisy, à l’arrière du lycée Claude Monet, le promeneur peut trouver dans le parc de Choisy, un site de mémoire.

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Stèle à la mémoire des victimes des Khmers rouges dans le parc de Choisy à Paris

Le 17 avril 2018, a été inauguré, dans le parc de Choisy, un monument “à la mémoire de toutes les victimes des crimes contre l’humanité commis par les khmers rouges au Cambodge (1975-1979)”.

À droite de l’entrée principale du parc, une plaque de verre est dévoilée, on distingue un groupe fuyant une ville. Une femme marche en avant, un enfant à la main, portant une charge sur la tête. Evocation de la chute de Phnom Penh le 17 avril 1975.

Ce jour-là, les Khmers rouges prennent le pouvoir après cinq années de guerre. L’après-midi du 17 avril 1975, les soldats de l’Angkar (Parti communiste du Kampuchea) font évacuer dans l’urgence et dans des conditions dramatiques toute la population de Phnom Penh, environ deux millions de personnes. Plus de 15 000 malades sont tirés des hôpitaux, plus de 10 000 personnes vont trouver la mort, lors de cette évacuation. Puis, en quatre années de pouvoir, le régime de Pol Pot va anéantir deux millions d’individus, un cinquième de sa population. Le régime khmer rouge déporte à la campagne les habitants des villes, car pour l’Angkar, les citadins sont des ”exploiteurs” qui ont profité d’une vie facile pendant que les paysans souffraient des guerres. Il s’agit donc de les rééduquer en les mettant au travail dans les rizières. Les intellectuels sont menacés, posséder des livres est suspect. La quasi-totalité des photographes de presse disparaissent durant la dictature khmère rouge.

Après le départ des Khmers rouges, la mémoire des crimes se constitue : des ossuaires témoignent de l’horreur subie par le peuple cambodgien.  Le musée du génocide, Tuol Seng, ancienne prison S-21 ouvre ses portes en 1980. Tuol Seng était auparavant un lycée, devenu la plus connue des quelque 200 prisons de la dictature khmère rouge. À S 21, entre 1975 et 1979, plus de 17 000 prisonniers ont été torturés, interrogés, torturés de nouveau par des tortionnaires plus cruels si leurs aveux n’étaient pas jugés satisfaisants, puis exécutés. Les seuls survivants retrouvés en janvier 1979 étaient sept hommes et quatre enfants. La fonction de ce musée a été immédiatement de recueillir des preuves irréfutables des crimes des Khmers rouges.

Deux décennies plus tard, le cinéaste Rithy Panh, réalise le film S21, la machine de mort khmère rouge, œuvre de mémoire majeure. Dans ce documentaire, deux des sept adultes survivants reviennent dans ce lieu de détention, 25 ans après, témoigner lors d’une rencontre avec leurs bourreaux. L’un des deux survivants du film de Rithy Panh est le peintre Vann Nath qui par ses tableaux et ses textes donnera un témoignage exceptionnel de l’horreur pratiquée par le régime khmer rouge. Ses mémoires sont parues en France en 2008, Dans l’enfer de Tuol Seng, (Calmann Lévy)

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En 2009, Rithy Panh reprend ce travail de mémoire et d’élucidation. Afin de comprendre, à la façon de Claude Lanzmann, il réalise une œuvre puissante : Duch, le maitre des forges de l’enfer, un portrait de l’homme qui dirigea le centre S21 de torture et d’exécutions où ont péri plus de 12 000 adultes et enfants. Ce procès, pour Rithy Panh, est l’occasion de retrouver une écriture juste de l’Histoire. Ce n’est pas un spectacle. Le film est un long monologue entrecoupé d’images d’archives et de témoignages. Rithy Panh a eu l’autorisation de rencontrer Duch dans sa prison et celui-ci s’exprime librement devant les photos de ses victimes pour lesquelles il ne montre aucune empathie. Témoignage glaçant, dans cet éprouvant face à face, Rithy Panh s’efface pour saisir la complexité de cet homme, entre mensonges, rires et certitude d’avoir servi diligemment la juste cause de la révolution. Rithy Panh a consacré d’autres films à la mémoire de ce génocide dont l’émouvant L’image manquante. Film plus intime, toute la famille de Rithy Panh a succombé en quelques semaines, il en est le seul survivant, il tente de rendre vie aux absents par des figurines d’argile, des images d’archives, des musiques qui opèrent ce douloureux retour vers l’enfance anéantie.

On pense à l’artiste rom Ceija Stojka, déportée à 10 ans dans trois camps de concentration nazis, qui, à 55 ans, se met à peindre et écrire en autodidacte. Une partie de son œuvre bouleversante vient d’être présentée au public français à Marseille puis à la Maison Rouge à Paris.

L’œuvre de Rithy Panh, c’est aussi un livre, L’Elimination écrit avec Christophe Bataille, paru aux éditions Grasset en 20012. Trente ans après la fin du régime de Pol Pot il revient sur la folie meurtrière qui élimina sa famille et un cinquième de la population du Cambodge. Récit de sa confrontation avec Duch, ni démon, ni homme ordinaire, organisateur scrupuleux du massacre, ce livre interroge la question du mal, dans la lignée de Primo Lévi avec Si c’est un homme.

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Ainsi, cette plaque de verre, inaugurée le 17 avril 2018 dans le parc de Choisy, ramène à ma mémoire, avec les œuvres de Rithy Panh et de Vann Nath, les témoignages sur ces crimes de masse commis au nom d’une idéologie prétendant faire le bonheur d’un peuple.

Je me rends, ce 17 avril, à la mairie du 13ème arrondissement pour en savoir plus long sur l’installation de cette stèle de mémoire et j’apprends fortuitement qu’une autre stèle commémorant le génocide du Rwanda se trouve dans ce même parc de Choisy.

J’y reviendrai.

La présence de ces monuments discrets, dans les allées d’un parc qui résonne de cris d’enfants, rumeur de la vie paisible, me conduisent vers les grands témoins qui ont consacré leur œuvre à lutter contre l’effacement des crimes. Et je rends hommage à Claude Lanzmann qui vient de nous quitter.

Jacinthe Hirsch

 

 


Journal d’Octobre 2018 : Suède, une progression pour le moment contenue de l’extrême-droite

29 novembre 2018

Les résultats des élections législatives suédoises qui se sont déroulés le 9 septembre 2018 sont moins alarmants que ce que l’on craignait. Les électeurs de ce pays, connu pour sa solide tradition sociale-démocrate et son système de protection sociale parmi les plus fort au monde, ont résisté à plus de 80% aux sirènes d’un parti aux origines néo-nazies.

Ce parti d’extrême-droite suédois, les démocrates de Suède (DS), ont en effet obtenu 17,6% des voix, se plaçant ainsi en troisième position, après les sociaux-démocrates, qui conservent leur première place avec 28,4% des voix mais enregistrent une baisse de leur électorat et perdent 12 sièges et la droite modérée qui recueille 19,8% des voix et perd 14 sièges. Le Parti de gauche (proche des positions du parti de la France insoumise) arrive en 5° position et progresse avec 7,1% des voix et 8 sièges supplémentaires.

La progression de l’extrême-droite est donc pour le moment contenue. Mais ce soulagement pourrait n’être que de courte durée. Les politiques ultralibérales et de dérégulation mises en œuvre en Suède depuis la crise du début des années 1990 et renforcées après la crise de 2008 ont conduit à une croissance des inégalités avec une nette baisse de la fiscalité des plus aisés, une hausse de la pauvreté, le développement d’une bulle immobilière qui exclut des centres urbains les moins fortunés, la précarisation des emplois et la réduction des services publics. Même si l’Etat social suédois reste l’un des avancés au monde, les évolutions des deux dernières décennies ont conduit à la dégradation de l’accès à la santé et à la détérioration de l’éducation qui a été privatisée à plus d’un tiers, ce qui a conduit les deux grands partis traditionnels à vouloir réinvestir massivement dans la santé et l’éducation.

La dégradation relative des conditions de vie d’une partie de la population a fragilisé la cohésion de la société suédoise. S’ajoutent à cela les effets de la crise migratoire de 2015, année où la Suède a reçu la deuxième plus forte demande d’asile rapportée à sa population (après la Hongrie), ce qui a conduit la coalition gouvernementale à restreindre aux stricts minimums européens le système d’asile. L’extrême-droite a évidemment profité de la situation en désignant les étrangers et les nouveaux arrivants comme la cause principale des problèmes du pays…Et le DS a développé l’idée qu’il faudra choisir entre la préservation de l’Etat social et l’immigration…

Le nouveau Parlement suédois a refusé d’accorder sa confiance au gouvernement social-démocrate de Stefan Löfven, qui va devoir démissionner. Et les conservateurs ont gagné la Présidence de l’Assemblée le 24 septembre grâce aux voix de l’extrême-droite. L’arène politique suédoise n’a jamais été aussi fragmentée, ce qui pourrait mener à de nouvelles élections avant la fin de l’année. Là, comme ailleurs en Europe, l’évolution du paysage politique des prochaines années résidera dans la capacité des partis traditionnels de droite à refuser toute alliance avec l’extrême-droite.

R.L.

 

 


Journal d’Octobre 2018 : Claude Lanzmann (1925-2018) et Marceline Loridan-Ivens (1928-2018)

29 novembre 2018

Claude Lanzmann et Marceline Loridan-Ivens nous ont quitté en l’espace de quelques mois et avec eux sont partis deux personnes exceptionnelles dont les œuvres, irremplaçables, demeurent et resteront.

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Claude Lanzmann (Crédit : Flash90)

Claude Lanzmann a vécu plusieurs vies, comme il le raconte dans une prose magnifique et un grand art de la narration dans son livre autobiographique Le Lièvre de Patagonie paru chez Gallimard en 2009, mais ce qui se manifeste dès sa prime jeunesse est son sens de l’engagement total et entier, sans concession aucune.

Il fut journaliste, philosophe engagé dans la lutte contre le colonialisme – il fut l’un des signataires, aux côtés de Sartre, Beauvoir, Blanchot et Vidal-Naquet du Manifeste des 121 sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie – et directeur de la revue des Temps Modernes, l’ami de Sartre et de Frantz Fanon, le compagnon notamment de Simone de Beauvoir.

Mais c’est sans nul doute son œuvre cinématographique qui restera, avec son monumental Shoah, monument contre l’oubli, monument à la mémoire des millions de Juifs européens exterminés pendant la seconde guerre mondiale. Une œuvre que Claude Lanzmann porta en lui pendant près de 12 années, puisque la préparation et le tournage durèrent près de 7 ans et le montage des 9 heures du film presque 5 ans. Dès sa sortie en 1985, Shoah fut salué comme l’œuvre cinématographique majeure sur la destruction des Juifs d’Europe, une œuvre qui marque d’une manière radicale et inoubliable celles et ceux qui l’auront vue.

Défenseur acharné du droit à l’existence de l’Etat d’Israël, pays auquel il avait déjà consacré un film, Pourquoi Israël, en 1973, Claude Lanzmann réalise un film sur l’armée israélienne, Tsahal, en 1994.

Puis il travaillera à partir des centaines d’heures de rushes d’interviews réalisées pour Shoah pour éclairer plus avant des figures, des thèmes latéraux à l’œuvre centrale que constitue Shoah, et des questions éthiques fondamentales avec Un vivant qui passe (1999), construit sur le témoignage de Maurice Rossel, délégué de la Croix-Rouge qui fit une visite du camp d’Auschwitz en 1943 et du camp de Theresienstadt en 1944 sans rien remarquer d’anormal (le témoin fut dupé par les nazis, mais aussi aveuglé par son propre antisémitisme) ; Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001) sur la révolte des prisonniers du camp d’extermination de Sobibor ; Le Rapport Karski (2010) sur le résistant polonais Jan Karski qui a alerté en 1943 les Alliés, en particulier Roosevelt, de l’extermination des Juifs ; Le Dernier des injustes (2013) avec le rabbin Murmelstein, membre du Judenrat de Vienne puis du camp de Theresienstadt ; Les Quatre Sœurs (2018) consacré à quatre femmes déportées et rescapées de l’extermination.

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Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens, sœur de déportation de Simone Veil (1927-2017) avec laquelle elle resta liée par une amitié indéfectible, fut dans les années 1960 et 1970 une documentariste et réalisatrice engagée, luttant pour la décolonisation, la révolution communiste, et contre l’impérialisme. Voulant alors s’éloigner de l’Europe et de ses souvenirs de la guerre, Marceline Loridan-Ivens fit de nombreux voyages avec son mari, Joris Ivens, pour filmer les indépendances africaines, puis la lutte armée des Viêt-Cong contre les Américains et la Révolution Culturelle chinoise.

Le 17e Parallèle, sorti en France en 1968 (à la différence de nombreux films de Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivens qui seront diffusés dans les pays communistes, mais interdits de sortie en France), dépeint la lutte du peuple vietnamien sous les bombardements de l’armée américaine. Comment Yukong déplaça les montagnes est composé de douze films réalisés dans différentes régions de la Chine maoïste au début des années 70.

D’une franchise et d’une honnêteté remarquables, Marceline Loridan-Ivens reconnaîtra plus tard qu’elle avait été naïve sur la répression en Chine.

Après la mort de Joris Ivens (1989) et une grave dépression, Marceline Loridan-Ivens s’attelle à écrire et réaliser une fiction en partie autobiographique sur sa déportation à Auschwitz-Birkenau en avril 1944, alors qu’elle vient tout juste d’avoir 16 ans. Ce sera La Petite Prairie aux bouleaux, sorti en 2003 dans les salles des Ecrans de Paris et soutenu par Sophie Dulac et notre regretté Daniel Rachline. Myriam, magnifiquement incarnée par Anouk Aimée, retourne à Birkenau 50 ans après sa déportation et rencontre un jeune Allemand d’une vingtaine d’années qui photographie les vestiges du camp. Un film remarquable d’intelligence, de pudeur et de finesse. Y sont évoqués, dessinés, suggérés, les thèmes que Marceline Loridan-Ivens reprendra dans ses deux livres Et tu n’es pas revenu (2015) et pour partie dans L’Amour après (2018), ceux de l’absence, la douleur de n’avoir pas pu ramener son père vivant (Szlama Rozenberg fut déporté avec sa fille mais ne revint pas, les circonstances exactes et la date de sa mort à Birkenau demeurent inconnues), les blessures de l’intime, la violence extrême de l’univers concentrationnaire dont la transmission de la mémoire aux non-déportés se heurte au roc de l’imaginaire… « On ne vit pas après Auschwitz, on vit avec en permanence. » déclarait Marceline Loridan-Ivens dans une interview au Monde. Une vie après et avec Auschwitz que Marceline Loridan-Ivens a engagé contre l’injustice et la violence, contre toutes les formes de racisme et d’antisémitisme. Une vie après et avec Auschwitz, la vie d’une “Mensch”, une belle personne, droite, lumineuse et généreuse.

Rose Lallier

N.B.: Le 17e Parallèle de Joris Ivens et Marceline Loridan-Ivenspeut être visionné à l’adresse suivante https://www.youtube.com/watch?v=btkltmMKdHA

Les douze films composant Comment Yukong déplaça les montagnes  peuvent être visionnés sur Youtube.

 


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 15 novembre 2016

20 décembre 2016

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Séance du 15 novembre 2016

Thème : la violence faite aux femmes

Débattrice : Bérénice Poussin (Association Terre des Femmes)

 

Vingt trois élèves d’une même classe, en majorité d’origine africaine ou maghrébine, ont assisté à la projection de ce très beau film où trois femmes égyptiennes, Fayza, Seba, Nelly, s’opposent, chacune selon son tempérament, au machisme ambiant.

L’une d’elles, Fayza, agressée, “pelotée” chaque fois qu’elle monte dans un bus toujours bondé, décide de se défendre par ses propres moyens avec une aiguille à chapeau violemment piquée dans les “parties” de son agresseur. Drames, enquêtes, prison. Tout comme ses deux amies elle se refuse à toute concession et à toute excuse.

Il a fallu la patience de notre débattrice aidée de Joëlle Saunière et de Guy Zerhat pour que la discussion s’engage. Mais ensuite les élèves ont suivi. Tous de la même classe et se connaissant bien, ils ont eu des échanges très vifs sur des sujets qu’ils n’avaient probablement jamais abordés entre eux. Ils se sont vite focalisés sur ce qui se passe dans le bus avec Fayza et son épingle, laissant de côté des aspects passionnants de ce film.

Sur le fond de l’histoire une fille s’exprime : “Au début ça m’énervait qu’on demande à la fille de retirer sa plainte, mais c’était touchant que son fiancé la soutienne”. Puis la discussion s’oriente sur la façon de s’habiller des filles.

Un garçon :”Il y a des filles qui s’habillent très mal. En Egypte c’est inacceptable, en France ça l’est.”

Une fille : “Les filles peuvent s’habiller comme elles le veulent. Les garçons n’ont qu’à se retenir.”

Une autre : “Même si une femme provoque avec une minijupe ça ne devrait pas faire ça. Il y a des femmes qui provoquent, d’autres pas.”

Un garçon :”Mais aller jusqu’à castrer les garçons? Jusqu’à taper dessus? Ça fait mal !”

Joëlle : “Tu ne perçois pas la violence de l’agression pour une femme? Tu aimerais qu’on fasse ça à ta sœur?”

Le garçon : “Mais on a tous droit à une deuxième chance. Castré c’est fini !”

La fille : “Ils sont pas castrés et la deuxième fois ils referont pareil !”.

Joëlle : “En France il ne faut pas se faire justice soi-même”.

La fille : “Elle s’est fait justice soi-même parce que personne ne la défendait. Elle voulait pas porter plainte pour que sa famille ne soit pas déshonorée”.

La débattrice: “Savez-vous combien de femmes portent plainte en France? Une sur dix !”

Guy: “N’oublions jamais la dignité de la personne humaine. Une fille bien roulée tu la regardes, d’accord, mais tu ne sautes pas dessus. On doit maitriser ses pulsions. On n’est pas des chiens. Même dans le bus. C’est ignoble”. Applaudissements.

La discussion dévie sur le fait divers jugé en ce moment en France : la femme qui a tué son mari après 40 ans de vie commune.

Une fille : “C’est pas normal qu’il la batte mais c’est pas normal qu’elle le tue. Elle aurait dû partir”.

Un garçon : “Si elle avait pas pu partir?”

Une fille : “Tu peux et tu dois partir.”

Une autre : “Moi je ne me fais pas battre, je pars à la première claque !”

La débattrice : “Et s’il s’excuse ?”

La même : “Tu pars !”

Une autre : “Le mari est plus fort, elle voulait pas le tuer.”

Une autre : “Avec un fusil elle l’a pas fait exprès ! On peut toujours partir, chez des parents, chez des amis.”

La débattrice: “Vous êtes jeunes, vous ne connaissez pas encore la vie, mais plus tard, n’oubliez pas vos bonnes résolutions.”

Guy, en conclusion : “Vous, les filles, faites vous respecter et vous, les garçons, on n’est pas des bêtes !” Longs applaudissements.

Belle leçon de morale.

 

Hélène Eisenmann