Journal d’Octobre 2016: Il n’y a pas de racisme “mineur”…

27 septembre 2016
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Manifestation à Paris, le 4 septembre 2016, en mémoire de Chaolin Zhang (AFP/ François Guillot)

On ne peut pas dire que la communauté asiatique française fasse beaucoup parler d’elle ou qu’elle fasse souvent la une des journaux.

Si cette communauté souffre de racisme, il faut reconnaitre que jusqu’à présent elle le faisait dans la discrétion, en silence.

Mais, depuis l’agression le 7 août dernier de Chaolin Zhang, couturier de 49 ans, père de deux enfants, et de son décès quelques jours plus tard, les langues se sont déliées.

On apprend que les vols avec violence visant la communauté chinoise ont triplé en un an. Sachant que les asiatiques n’osent pas porter plainte, le chiffre doit être revu à la hausse.

D’autre part, il est très courant que les femmes dans la rue, se fassent traiter de “putes” et dans les collèges et lycées il n’est pas rare de rire de leur accent ou de leurs yeux bridés, tout en les traitant de “petit jaune”, de “sale chinetoque”, “bol de riz” et autre “jaune d’œuf”…

Pour certains, “le mobile racial” du crime de Chaolin Zhang “ne semble pas prégnant”, mais d’après le maire du 19° arrondissement de Paris, Olivier Wang, c’est bien parce que Chaolin Zhang était “chinois” qu’il a été agressé, car victime de l’idée reçue selon laquelle “les Chinois possèdent des espèces sur eux.”

Le racisme anti-asiatique ne passionne ni les foules, ni les médias, ni les associations. Il aura fallu la mort de Chaolin Zhang pour qu’éclate la colère d’une communauté habituellement si réservée.

Cette colère s’est exprimée lors de la manifestation du 4 septembre qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes venues dénoncer la violence et réclamer la “sécurité pour tous”.

La communauté asiatique demande donc davantage de protection de la part des autorités et une prise en main du problème par les acteurs sociaux et les associations car, même si, comme le souligne Alain Jacubowicz, “le racisme anti-chinois ne constitue pas l’un des grands problèmes à venir”, cela n’empêche pas Emmanuel Ma Mung, chercheur au CNRS, de mettre en garde contre “l’émergence au sein de la communauté chinoise, d’un mouvement visant à défendre spécifiquement ses droits”.

Une telle initiative aggraverait encore le risque de communautarisation de la société française.

Tout cela doit nous rappeler qu’il n’existe pas de racisme “mineur” et qu’il ne faut, jamais, rien laisser passer.

Lison Benzaquen

 

 

 

 


Journal d’Octobre 2016: Disparition d’une conscience

27 septembre 2016
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Elie Wiesel (1928-2016)

Le 2 juillet dernier, avec la mort d’Elie Wiesel, disparaissait tout un pan essentiel de la mémoire de la Shoah.

Tout le monde connait Elie Wiesel, son histoire, ses engagements.

Rescapé des camps nazis, il disait vouloir donner un sens à sa survie. Il le fit admirablement en devenant “le messager de la mémoire de la Shoah” d’une part, et une sorte de conscience universelle, ou “messager de l’humanité” d’autre part.

Son témoignage en 1987, au procès Barbie est exceptionnel. On n’y trouve aucune trace de haine ou désir de revanche. Simplement un profond souhait de justice et comme il l’a proclamé : “de rendre justice à la mémoire”.

A ses yeux : “une justice sans mémoire est une justice incomplète, fausse et injuste. L’oubli serait une injustice absolue au même titre que Auschwitz fut le crime absolu. L’oubli serait le triomphe définitif de l’ennemi… La dignité de l’homme: elle n’existe que dans la mémoire…”

Mais en plus de son inépuisable besoin de témoigner sur la Shoah, Elie Wiesel avait aussi “fait vœu” après la guerre, de “toujours et partout ou un être humain serait persécuté, de ne pas demeurer silencieux”. Il s’y est tenu.

Toute sa vie Elie Wiesel a été un infatigable “dénonciateur”.

Refusant de s’installer dans un système de pensée politique, psychologique ou théologique, il se méfiait du “confort intellectuel”. C’est cet inconfort qui a fait de lui un homme librement engagé contre l’injustice, l’indifférence et l’oppression d’où quelles viennent et qui qu’elles touchent. De l’Arménie, à la Bosnie, du Rwanda au Darfour…

Il craignait par dessus tout l’indifférence dont il disait qu’elle était “le mal”: “l’opposé de l’amour n’est pas la haine mais l’indifférence, l’opposé de la vie n’est pas la mort mais l’indifférence à la vie et à la mort”.

Cet homme “in-tranquille”, tourmenté, à la mémoire inquiète semblait toujours se demander si son message était bien passé et si son combat contre le mal avait servi à quelque chose. Mais ses doutes ne l’ont jamais rendu passif et seule la mort a eu raison de sa vigilance et de son attention aux autres.

Une voix essentielle s’est tue.

Il reste à espérer que d’autres voix prendront le relai et qu’elles ne laisseront pas le silence “encourager les persécuteurs” et les faussaires de tous genres.

Lison Benzaquen

 


Journal d’Octobre 2016: Hommage aux Harkis

27 septembre 2016
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Le Président de la République, le 25 septembre 2016 (Crédit : Ian Langsdon / AFP)

Instituée par décret du 31 mars 2003, la journée nationale d’hommage aux Harkis donne lieu chaque année, à Paris, à une cérémonie officielle dans la cour d’honneur des Invalides.

“Abandonnés” en 1962 en Algérie après avoir combattu pour le France, des milliers de Harkis ont subi des représailles sanglantes de la part des nationalistes algériens.

Pour ceux qui ont pu être transférés en France, les conditions d’accueil ont été déplorables.

Durant de nombreuses années les Harkis ont subi un sort injuste et intolérable et ce n’est qu’aujourd’hui en 2016, que la France reconnait enfin sa responsabilité.

Mieux vaut tard que jamais!

Mais il reste encore comme l’a dit Ali Amrana, fils de Harki et élu aux anciens combattants de la ville de Grasse, “à réaliser un travail de mémoire dans les collèges et lycées à partir de 2017”…

Mémoire 2000 devra y prendre sa part.

Lison Benzaquen 


Journal d’Octobre 2016: « Migrants et réfugiés » de Claire Rodier

27 septembre 2016

9782707189561Leur situation n’est pas identique.

Elle mérite le respect, mais nécessite la distinction.

La politique qui s’en mêle entretient et exploite la confusion qui existe entre l’une et l’autre.

Le petit livre de Claire Rodier, juriste au GISTI, aux Editions de « La Découverte » (96 pages 4,90 €), répond aux 23 questions que se posent « les indécis, les inquiets et les réticents” ainsi qu’à toutes celles qui se posent face à l’immigration qui submergent l’Europe.

Le problème concerne chacun d’entre nous. Il ne faut pas manquer de s’informer sans parti pris ni idées préconçues.

C’est l’occasion. Ne la manquez pas!

Bernard Jouanneau

 


Journal d’Octobre 2016: Mélanges en l’honneur de Robert Badinter

27 septembre 2016

badinter-1300193379Le 27 juin dernier, le Conseil Constitutionnel a remis à Robert Badinter l’ouvrage “Mélanges en l’honneur de Robert Badinter” publié aux éditions Dalloz.

Ce livre regroupe les contributions d’une quarantaine de personnalités éminentes de notre pays, mais aussi de pays étrangers – un Juge à la Cour suprême des États-Unis, un ancien ministre des affaires étrangères de la République d’Algérie, un ancien Juge à la Cour pénale internationale, un ancien Juge à la Cour européenne des droits de l’Homme notamment. C’est dire combien la personne et l’oeuvre de Robert Badinter suscitent le respect et l’admiration dans le monde entier.

L’ancien garde des Sceaux qui obtint l’abolition de la peine de mort en France en 1981, ne fut pas seulement un avocat exceptionnel, il est aussi un juriste qui permit des progrès manifestes dans la défense de la dignité de la personne humaine, en particulier les droits des victimes et les droits des prisonniers.

Robert Badinter a contribué aussi, et tout naturellement, aux progrès de la justice internationale, avec la création de la Cour pénale internationale dont il est l’un des principaux inspirateurs. Universitaire et écrivain, auteur de plusieurs livres importants, dont L’Exécution (1973) devenu un classique, Robert Badinter est un “intellectuel engagé” qui s’inscrit dans la lignée des grands défenseurs de la Justice, tel Voltaire (l’affaire Calas) ou Emile Zola (l’affaire Dreyfus).

L’auteur de l’admirable Condorcet, un intellectuel en politique, rédigé à quatre mains avec son épouse, la philosophe Elisabeth Badinter, est un homme des Lumières, au sens plein et noble du terme. Par sa vie et ses œuvres, Robert Badinter, fils d’un père immigré en France par amour des idéaux républicains et déporté sans retour, et d’une mère immigrée elle aussi et analphabète, incarne comme rarement l’idéal républicain et la promesse par lui tenue et honorée de ce rêve de justice que devrait être la France.

Mémoire 2000 est honorée que son Président soit parmi les contributeurs aux Mélanges en l’honneur de Robert Badinter.


Mon frère en humanité… Un appel de Marc Knobel

8 juillet 2016

Nous reproduisons avec son autorisation le texte que Marc Knobel a publié le 8 juillet 2016 dans le Huffington Post (consultable en cliquant ICI).

 

« Mon frère en humanité, lorsque un attentat ensanglante ta ville, lorsque un attentat perfore tes poumons, lorsque un attentat pulvérise ton quartier, ton marché, ton train, ton métro, ton souk, ton café, ton restaurant, ton cinéma, ta salle de spectacle, ton avion, tu n’as pas/plus de religion, tu n’as pas/plus de couleur, tu n’as pas/plus de sexe, tu n’as pas/plus de classe sociale, tu n’es ni noir, ni jaune, ni blanc, ni français, ni arabe, ni juif, ni chrétien, ni bouddhiste. Tu n’es plus qu’une victime. Nous devrions nous en souvenir.

Et pourtant…

Mon frère en humanité, lorsque tu meurs si subitement, éventré, perforé, écrasé, laminé, sans même savoir pourquoi tu es mort, pourquoi tu dois quitter si brutalement ainsi les tiens, pourquoi on te fait ainsi souffrir, toi et tes proches, alors que tu es du genre humain.

Mon frère en humanité, tu ne dois pas te sentir léser parce que tu vivrais à Garissa, au Kenya ou à Sousse, en Tunisie, ou à Bagdad, en Irak. On te doit autant de considération que l’on en devrait à n’importe quelle victime d’un point à un autre de la planète, lorsque les terroristes frappent aveuglément.

Mon frère en humanité, tu as bien un visage, une voix, des yeux, une langue que ce fut l’arabe ou l’anglais, tu as bien une histoire, des amis, une famille, des proches, une vie sociale, tu as bien le droit que l’on se souvienne de ton regard, que l’on cherche ton nom, que l’on dise ton prénom, que l’on récite une prière, que l’on entonne une chanson, que l’on parle de toi comme si tu étais vivant.

Mon frère en humanité, même si ta langue maternelle n’est pas la mienne, même si ta peau est foncée, même si tes yeux sont noirs, même si ta religion diffère de la mienne, même si tu vis en un ailleurs que j’ignore, même si tu ne sais pas que j’existe, même si je ne sais pas que tu existes, tu as le droit au respect.

Mon frère en humanité, je n’accepte pas que l’on t’oublie, que l’on écrase l’information et qu’un attentat aussi terrible et dramatique que celui qui a frappé tes frères et tes sœurs en Irak, ne vaille que 13 secondes aux informations d’un journal télévisé du soir.

1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13 Secondes…

Tu as bien lu, il a fallu 13 secondes pour évoquer cette horreur et parler de vous tous, de vous toutes: 213 êtres humains que vous étiez, morts déjà en une fraction de seconde.

Mon frère en humanité, notre silence nous accable. Notre indifférence nous remplit de honte. Tu as le droit de réclamer que l’on se soucie des tiens, que l’on n’oublie pas ton prénom : Ahmed, Amal, Asma, Aïcha, Cherifa, Dalal, Djihane, Emna, Ezzeddine, Farid, Fahed, Ghita, Hanine, Haroun, Issam, Jamal, Kadir, Kenza, Lofti, Malika, Mansour, Nawal, Nuri, Omar, Racha, Rana, Riham, Salima, Sherine, Talat, Wassim…

Mon frère en humanité, ton prénom vaut bien les nôtres.

Pourquoi devrais-je seulement pleurer lorsque Monique, Sylvie, Joëlle, Armelle, Christine, Jean, Pierre, Frank, Didier ou Alain meurent ici, à Paris? Pourquoi devrais-je forcément manifester pour eux et taire ta mort et ta douleur?

Mon frère en humanité, pourquoi tous les Chefs d’Etat devraient-ils se rendre à Paris, et n’envoyer qu’un plat communiqué de presse -écrit par un sbire quelconque- lorsque ta ville est touchée, que ton sang est versé?

Mon frère en humanité, tu diffères de moi mais loin de différer tant que cela de moi, je me souviens que tu es frère en humanité.

Ta parcelle de vie en ton lieu de vie mérite le respect, car tu es aussi un puits de lumière humaine et/ou divine.

Mon frère en humanité, j’ai honte que nous en soyons là aujourd’hui et qu’il faille que je prenne la plume pour crier mon dégoût d’une telle inhumanité.

Plus grave encore que l’inhumanité, se trouve aussi l’indifférence. Elle ronge les cœurs, rends les hommes bêtes, incapables de verser une larme, d’avoir une conscience.

Mon frère en humanité, il me plait aujourd’hui de dire que je suis ton frère en humanité. Mon cher frère en humanité, s’il ne reste que la plume, je crierai cette injustice. »

Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au CRIF


Tribune: La condamnation de Radovan KARADZIC était un leurre

19 avril 2016

Ce verdict témoigne de la faillite du projet de justice internationale porté par le TPIY.

En même temps qu’il condamnait Radovan KARADZIC, il acquittait Vojislav STESEL, le chef historique de l’extrême droite serbe. Après treize ans de procédure, celui qui avait inspiré la répression et l’extermination des mâles en âge de combattre à SREBRENICZA est blanchi, alors que celui qui l’a fait exécuter par le général MLADIC est condamné.

Lors de la création en 1993 de ce tribunal international pour l’ex Yougoslavie, on avait interprété cette issue judiciaire comme l’expression de la mauvaise conscience des pays occidentaux qui s’étaient révélés incapables de faire cesser la guerre en BOSNIE. Il s’agissait de créer une juridiction internationale neutre et impartiale qui ne soit pas le tribunal des vainqueurs, capable de dire le droit alors que la guerre continuait de se poursuivre.

Mais en fait, l’intervention de cette juridiction n’aura été qu’un leurre permettant à ces pays issus de l’ex Yougoslavie de s’avancer sur la voie de l’intégration européenne. Les criminels de guerre croates et serbes sont devenus les héros de l’intégration européenne, messagers annonciateurs d’un avenir supposé radieux. Tous ont été accueillis à leur libération avec faste dans leurs pays respectifs: Ante GOTOVINA et Mladic MARKE à ZAGREB en 2012 et Dario KORDIC en Croatie en juin 2014 qui a été relâché après avoir effectué les deux tiers de sa peine.

On attend encore que le général MLADIC soit jugé et l’on se prend à se demander quand KARADZIC sera gracié.

Certains  voient dans le verdict du TPIY de la HAYE du 26 mars dernier, au contraire « un verdict exemplaire « .

  • 600 témoins sont  entendus
  • 48000 pages de PV
  • 8 ans de procédure
  • 40 ans de prison pour l’ancien chef des Serbes de Bosnie

« En infligeant cette peine à l’un des hommes responsables des pires crimes commis en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le TPIY n’a pas seulement rendu un verdict à la hauteur des faits commis, il a montré que la justice internationale ça peut marcher  » (Le Monde  du 26 mars 2016).

Sous couvert de l’homme fort de BELGRADE Slobodan MILOSEVIC (décédé en 2006 en prison) R. KARADZIC a mené une campagne d’épuration ethnique particulièrement féroce dans cette république pluri ethnique et pluri confessionnelle. Pour chasser les musulmans de Bosnie de leurs maisons,  de leurs terres ancestrales, on a tué, violé, et jeté des dizaines de milliers de malheureux sur les routes. Exode sanglant qui fera plus de 100 000 morts et déplacera deux millions de personnes au nom de la Grande Serbie. On verra éliminer physiquement 6000 hommes et garçons en âge de porter les armes, Musulmans de SREBRENICZA occupée par les Bosno-serbes, qui ont été abattus les mains liées derrière le dos. On assistera au siège impitoyable de SARAJEVO qui fera plus de 11000 morts.

Ce que l’on retiendra tout de même c’est que le TPIY a retenu la qualification de « génocide », alors que certains la contestait en faisant remarquer que l’extermination de ces 6000 victimes du général MLADIC à SREBRENICZA avait eu lieu parce qu’ils étaient en âge de porter les armes et non pas à cause de leur origine.

Mais on entend un autre son de cloche qui ne voit dans ce verdict qu’un leurre et un échec de la juridiction internationale.

Alors allez donc savoir ce  qu’il faut en retenir et convaincre les gens de se rendre au palais de justice pour assister au procès de Pascal SIMBIKANGWA devant la cour d’assises à Paris au mois de octobre prochain pour le génocide des Tutsis et des Hutus modérés au Rwanda.

Bernard JOUANNEAU


La visite du pape sur l’île de LESBOS

18 avril 2016
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Le pape François salue des enfants du camp de réfugiés de Moria sur l’île de Lesbos (epa/ORESTIS)

La visite que le pape a rendue le 17avril aux migrants sur l’île de LESBOS fait espérer un sursaut de l’EUROPE endormie, contre ce qu’il avait déjà appelé en 2013 à Lampedusa «la mondialisation de l’indifférence». Il n’y était pas seul, les deux patriarches orthodoxes d’Istanbul et d’Athènes l’accompagnaient, mais c’est lui qui a ramené à ROME ces douze réfugiés syriens.

Comment ne pas être impressionné de la portée de ce geste ? Depuis un mois que règne et s’impose la stratégie de la lâcheté et de l’abandon, il a  une haute signification qui devrait nous faire réfléchir.

« Ce que j’ai vu aujourd’hui au camp de réfugiés était à pleurer …les émigrants , avant d’être des numéros sont des personnes, des visages, des noms, des histoires » a-t-il déclaré et comme on lui demandait pourquoi il avait accompli ce geste il a répondu en reprenant les propos de mère TERESA à qui l’on demandait pourquoi elle faisait autant d’efforts pour aider les gens à mourir: « c’est une goutte d’eau dans la mer, mais après cette goutte la mer ne sera plus la même. C’est un petit geste que nous devons tous faire.Tendre la main à qui en a besoin ».

Avant d’être religieux ce geste est politique et il doit être entendu par l’humanité tout entière croyante ou non croyante, catholique, orthodoxe, chrétienne, musulmane, juive ou bouddhiste. Il est un réflexe humain de dignité sur lequel tous doivent se déclarer d’accord.

De retour au Vatican, il s’en est expliqué : « l’Europe a les instruments pour défendre la centralité de la personne humaine et pour trouver un juste équilibre entre le double devoir moral de protéger les droits de ses propres citoyens et celui de garantir l’accueil des migrants ».

Il n’y a pas besoin de catéchisme pour cela.

Alors que l’on s’enfonce dans le repli sur soi-même, la crainte du chômage et les menaces du terrorisme, ce message des trois dignitaires de la chrétienté doit nous inspirer et nous donner une raison d’espérer.

Bernard JOUANNEAU


Journal d’Avril 2016: la place de l’Autre

30 mars 2016

Tous les réfugiés de tous les coins du monde vous le diront : leur indispensable boussole, c’est le téléphone portable. Ne pas en posséder est déjà une petite mort.

Out of Africa

Migrants somaliens essayant de capter une connection téléphonique pour téléphoner à leurs proches avant leur dangereuse traversée du détroit de Bab-El-Mandeb depuis la plage de Khorley (Djibouti) – John Stanmeyer, WordPress photo 2013

Le téléphone portable, c’est la mémoire – là où conserver les images qui sont autant de preuves de soi et de son identité, images d’un enfer qu’il a fallu fuir, images d’un paradis, cette vie normale d’avant la guerre et l’exode. Le téléphone portable, c’est un refuge – le lieu du familier, là où maintenir sans trop de peine le contact et la douceur avec la famille. Le téléphone portable, c’est un instrument de survie – l’outil pour appeler les garde-côtes grecs par exemple, et venez nous sauver d’une embarcation sans vergogne. Le téléphone portable, c’est une présence, et un avenir, une carte de visite, là où joindre, être en liens, être en vie, s’entrainer à la langue. Tous les réfugiés de tous les coins du monde ont en poche cet objet, et n’allez pas croire qu’ils cèdent aux caprices de la modernité. Ils n’ont pas le choix. C’est la première chose qui saute au regard en passant la porte d’un centre d’hébergement, les petits écrans dans toutes les mains. Enfin la deuxième, plutôt. Car le premier choc intersidéral a lieu juste avant, à l’accueil: la gentillesse. Quand on évolue, comme moi, dans un milieu parisien ordinaire, une vie active avec heures de bureau, heures de métro, heures de course, pas le temps, la gentillesse s’avère d’un invraisemblable exotisme. J’avais complètement oublié que ça existait. En dehors des contingences commerciales, je veux dire. Et donc, ces gens d’Emmaüs Solidarité, ces gens de la ligue de l’Education, ce personnel du centre, comment font-ils pour être naturellement gentils?

J’y suis arrivée en septembre dernier. Pour une raison très simple: Chaque jour d’alors, je découvrais à la télévision des files et des foules de gens éberlués par la tragédie, appeler à l’aide. Et je me suis mise à leur place. Ça ne va pas de soi de se mettre à la place de l’autre, je le sais. Certains pensent que c’est une affaire de charité. Peut-être. Mais il me semble qu’en ce qui me concerne, c’est plutôt une histoire d’éducation. J’ai découvert cet été, en regardant la télévision, à quoi me servaient Shakespeare, Molière, Dickens, Amitav Gosh, Gabriel Garcia Marquez, Edmond Rostand, Tolstoï, Amos Oz, Jonathan Safran Foer et tant d’autres. Ils m’apprennent à me mettre à la place de l’autre, ils m’entrainent à être l’autre. Merci la littérature. Je me suis inscrite. C’est très facile. Il suffit de trois clics. On trouve beaucoup de travail dans le bénévolat et l’aide aux personnes qu’en général, personne ou presque, ne veut aider. Je dis ça sans ironie. Il y a du boulot. Il suffit de cliquer. Et c’est parti. Depuis, j’ai découvert l’importance des téléphones portables, l’arabe langue vivante, insouciante, et non plus seulement langue du terrorisme, du machisme, des problèmes, de la peur. Depuis, j’ai découvert des individus, des sympas, des beaucoup moins sympas, pleins de gens différents, pleins d’histoires différentes. Et la gentillesse qui est une forme de courage, et d’ouverture d’esprit: Croire que tout est possible. Car c’est bien de cela dont il est avant tout question, croire que oui, par l’accueil, la patience, la culture, l’apprentissage de la langue, l’écoute, le respect, l’accompagnement, le soutien, par tous ces gestes que l’on considère un peu vite l’apanage des mauvais romans, des niais, des animateurs du Club Med ou des ateliers du 3° âge, par tous ces gestes, on peut aider à l’intégration, sauver des destins mal partis, réveiller des vocations, changer l’ordre des choses. Alors voilà, j’essaie d’initier au Français des Syriens, des Irakiens, des Maliens, des Soudanais, des Afghans, des Érythréens. Comment fait-on quand on n’a jamais enseigné ? J’ai bien sûr posé la question aux travailleurs sociaux. Il suffit d’empathie et de bon sens, ont-ils répondu. Je peux témoigner qu’ils ont raison. Pour ma part, j’essaie aussi d’offrir de la futilité, une cerise sur le gâteau, le meilleur en plus du nécessaire. C’est quand même ça la vie. Apprendre le français, et aller au concert, au cinéma ou à une avant-première, et boire un verre, et rencontrer des amis. Je me mets à leur place, et les invite à se mettre à la mienne, à profiter de ma chance. C’est un échange de bons procédés. De sorte que chacun permet aux autres de rester un humain parmi les humains.

Sonia Rachline


Journal d’Avril 2016: témoignages des élèves après notre séance-débat sur le thème de l’esclavage

30 mars 2016

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Le passage du milieu

Séance du 16 février 2016

Thème : l’esclavage

Débatteur : Pap D’diaye

 

 

 

 

Cette fois, nous avons demandé aux élèves présents, de nous faire part de leurs impressions par écrit : ce qu’ils ont fait.
Ces élèves sont issus de Bac professionnel électro-technique et rencontrent souvent des difficultés en expression.
Ils appartiennent à la classe : TELKB du Lycée Louis Armand à Nogent sur Marne.
Voici leurs textes.

 

« Par choix, Je n’ai pas l’habitude de regarder des films sur le thème de l’Esclavage, mais “Le passage du Milieu” m‘a permis d’en savoir davantage et d’ouvrir les yeux sur la question humaine. J’ai particulièrement apprécié le débat. »

Fabien

 

« Ce film m’a beaucoup perturbé, j’ai vu des scènes abjectes, des images lourdes et souvent insoutenables. Le débat aide à surmonter les sentiments de révolte que l’on ressent jusqu’à la fin, grâce aux échanges entre les débatteurs et les élèves. »

Ryan

 

« J’ai apprécié le film même si il avait des moments très durs (finalement toutes les scènes du film étaient poignantes). Je pense qu’il faut ce genre d’images pour secouer les gens et lutter contre le racisme. Merci pour le débat, j’ai personnellement appris beaucoup de choses, des éléments historiques. Il faut continuer! »

Mohamed

 

« J’ai souvent détourné le regard pendant la projection du film, je me concentrais sur la voix, c’était plus supportable. J’ai vraiment été intéressé par le débat et le fait de pouvoir poser des questions. Merci pour tout ce que j’ai appris. »

Damien

 

« Ce film est terrible. Il m’a révolté et dégoûté d’être Humain, je n’arrive pas à croire ni à accepter que l’homme puisse faire ça. »

Mamadou

 

« J’ai eu du mal au début à me concentrer. Il n’y avait pas de dialogue seulement des images terribles que l’on reçoit en pleine figure avec comme fond sonore une voix douce presque mélodieuse, c’était très perturbant. Je trouve tellement intéressant qu’il y ait un débat, que l’on puisse poser des questions et s’exprimer. Merci…Je reviendrai. »

Jonathan


Journal d’Avril 2016: Jardin Lazare Rachline

30 mars 2016

Vendredi 5 février 2016, la maire de Paris, Anne Hidalgo, le maire du 3e arrondissement et président d’honneur de la LICRA, Pierre Aidenbaum, ainsi que Robert Badinter honoraient la mémoire de Lazare Rachline résistant pendant la guerre, et fondateur, aux côtés de Bernard Lecache, de la LICA. La ville de Paris lui rend hommage en baptisant l’ancien jardin de l’Hôtel Donon, Jardin Lazare Rachline.

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Inauguration du Jardin Lazare Rachline, le 5 février 2016 à Paris

A cette occasion, Robert Badinter a prononcé un très bel hommage dont nous reproduisons ici quelques extraits.

« Au nom de tous ceux qui sont ici réunis, permettez-moi de vous remercier de votre décision de donner à ce jardin, situé au cœur du vieux Paris, le nom d’un héros exemplaire de la Résistance, d’un Républicain épris de liberté et de justice, d’un juif patriote français qui, né le 25 décembre 1905 à Nijni Novgorod (Russie), dans le Yiddishland, a tant aimé et servi la France. A l’âge de trois mois et demi, bébé dans les bras de sa mère, il fit le long voyage… à travers l’Europe orientale et centrale qui les menait enfin Gare de l’Est. Là les attendait Zadoc Rachline, venu en France dès 1904, fuyant les pogroms organisés par la police tsariste.
Ainsi sa terre quasi-natale, en vérité sa patrie, ce fut pour ce bébé dès qu’il ouvrit les yeux, la France et Lucien Rachline n’en connut jamais d’autre.
En 1934, au moment où Hitler prenait le pouvoir (…), Lucien Rachline demanda sa naturalisation. Elle lui fut enfin accordée en 1938. Ce qu’il voulait, lui Lazare Rachline, c’était servir la France à l’heure du péril.
Fait prisonnier en juin 1940… Il réussit à s’évader du camp situé près de Dresde… Arrivé en France, démobilisé… Lucien n’avait en tête qu’une pensée, une obsession: rejoindre la Résistance. Il rallia en 1941 le réseau Vic, créé en zone libre… Chargé de faire évader et d’exfiltrer en Angleterre les aviateurs alliés prisonniers et les résistants…
Ainsi Lucien Rachline, paisible industriel, fut-il amené à faire évader en 1942 de la prison de Mauzac six détenus dont le député socialiste Jean-Pierre Bloch se trouvait être l’un de ses amis avant-guerre, vice-président comme lui de la LICA.
Après le coup d’éclat, d’autres évasions spectaculaires furent réalisées. Mais le filet se resserrait. (…) Il lui fallait, d’ordre supérieur, quitter la France… Avec quelques compagnons, dont son ami fraternel, Marcel Bleustein, devenu Blanchet dans la Résistance, ils franchirent les cols des Pyrénées. Arrêtés par la “guardia civil” de Franco, jetés en prison (…), ils croupirent-là plusieurs mois avant de pouvoir gagner Gibraltar et de là l’Angleterre… Le 23 mars 1944, le Général de Gaulle reçut Lucien Rachet à Londres. La Résistance intérieure en France traversait une période tragique. Après l’arrestation et la mort sous la torture de Jean Moulin, Pierre Brossolette, son successeur, avait été arrêté et s’était suicidé.
Le débarquement se préparait. Il fallait pour le Général de Gaulle s’assurer que la Résistance intérieure ne déclencherait d’insurrection armée que sur son ordre pour éviter des représailles terribles et des actions inutiles.
Pour faire passer ce message à toutes les composantes de la Résistance intérieure, il fallait un homme sûr (…) : ce fut Lucien Rachet qui fut choisi par le Général de Gaulle pour être son Délégué auprès des chefs de la Résistance intérieure… Sous le pseudonyme de Socrate… Lucien rencontre tous les principaux chefs de la Résistance entre avril et mai 1944. Il retourna à Londres fin mai en repassant par l’Espagne.

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Vila Rachline (à gauche) et Lazare Rachline en 1938 (source: http://www.lr-lelivre.com)

Le 5 juin 1944, à la veille du débarquement, Lucien Rachet rencontre à nouveau le Général de Gaulle à Londres. Il lui rendit compte de sa mission. Que le Général de Gaulle ait voulu s’entretenir avec Lucien Rachline ce jour-là témoigne de l’importance de sa mission et de la confiance absolue du Général dans la clairvoyance, le courage et le patriotisme de Rachet. On comprend alors pourquoi Lucien Rachet sera nommé le 28 juillet 1944 Délégué du Gouvernement provisoire de la République pour la zone nord. Il quittera Londres pour la France…

Le 24 août 1944, le jour même de la reddition des Allemands, Lucien Rachline arrive à Paris et gagne directement la Préfecture de police.
Le lendemain, Lucien est présent dans le cortège de généraux et de chefs de la Résistance qui escortèrent le Général de Gaulle dans sa triomphale descente des Champs Elysées. De telles heures justifient une vie.

Mais le destin est aussi tragédie. Tandis que Lucien sillonnait la France comme Délégué du Général de Gaulle, son frère cadet Vila, membre lui aussi du réseau Vic, fut arrêté à Lyon. Conduit au siège de la Gestapo, il ne livra aucun nom, même pas le sien…. Ongles arrachés, œil crevé, dents brisées, il ne dira rien de ce qu’il sait. Le 10 juin 1944, Vila, extrait de sa cellule au Fort de Montluc, monte dans un camion allemand avec 18 autres détenus. Ils sont abattus à la mitrailleuse dans un champ. Les nazis espéraient avoir arrêté le Délégué du Général de Gaulle, Lucien Rachline dit Rachet. Ils ont tué son frère Vila. Que chacun de nous, à cet instant solennel où nous honorons la mémoire de Lucien Rachline, pense à son frère cadet torturé et fusillé parce qu’on l’avait pris pour lui.

Lucien, toujours discret, a tu sa douleur, mais rempli son devoir vis-à-vis des siens. Mais il était un mutilé, amputé de ce jeune frère tant aimé à qui il devait de continuer à vivre. Je pense que c’est là, dans cette douleur jamais apaisée, dans cette culpabilité secrète, que se trouvent le foyer de sa bonté, de son attention pour les autres et de son engagement pour les justes causes qui a marqué le reste de sa vie.

C’est à ce héros discret, à ce patriote fervent, à ce républicain ardent que Paris, rend aujourd’hui hommage. Insensible aux honneurs, Lucien Rachline n’avait jamais sollicité les décorations qu’il portait, ni la Croix des Compagnons de la Libération qu’il méritait. Mais pour vous, ses enfants, ses proches, ses amis, à cet instant solennel où la Ville de Paris honore ici un de ses enfants adoptifs qui l’a tant aimée, je rappellerai simplement les mots que le Général de Gaulle a écrits à Suzanne Rachline à la mort de celui-ci en 1968 : “Lucien Rachet avait servi de façon exemplaire à l’époque où c’était le plus difficile et le plus méritoire, manifestant au combat les plus éminentes qualités de courage et de dévouement. Je garderai fidèlement son souvenir“. Merci, Lazare Rachline.”


L’accord UE-Turquie sur les réfugiés : l’accord de la honte

30 mars 2016

Par l’accord conclu le 18 mars 2016 entre les 28 membres de l’Union Européenne et la Turquie, on s’est efforcé de sauver l’accord bilatéral conclu clandestinement entre Angela Merkel et le premier ministre turc Ahmet Davutoglu.
Mais on n’a pas pour autant sauvé l’honneur, on s’est défaussé du problème des migrants sur les Turcs à qui l’on a promis la lune et sur les Grecs dont on sait qu’ils ne pourront pas faire face aux demandes d’asile dont ils seront saisis. On sait d’avance que c’est contraire à la convention de sauvegarde européenne, mais on se dit que d’ici que la cour de Strasbourg le reconnaisse, l’eau aura coulé sous les ponts et notre honneur avec…

C’est bien l’accord de la honte.

On croyait vendredi dernier 18 mars avoir touché le fond  on s’aperçoit que l’accord de la honte est impossible à mettre en oeuvre.

Dans sa chronique à Libération du 19 mars, Jean QUATREMER dénonce cet « accord de la honte » : « Les chefs d’Etat européens n’ont absolument rien trouvé à redire à ce que l’UE renonce temporairement ou définitivement au droit d’asile ».

Depuis dimanche soir 20 mars, un nouveau rideau de fer s’est abattu sur l’Europe… L’Union, comme le souhaitaient les Etats de l’Europe de l’est devient une forteresse fermée aux migrants économiques et aux réfugiés priés de rester près du pays qu’ils fuient. Le couple Franco-allemand a sombré… La Turquie, au prix de son nouveau rôle de garde frontières, obtient un blanc seing et les Européens de l’Union ont abandonné au premier grain les principes fondateurs.

Les Turcs eux-mêmes critiquent cet accord.

Selon le parti démocratique des peuples kurdes et de gauche…

« Cet accord est contraire à la charte des droits fondamentaux de l’Europe qui ne respecte ni ses propres valeurs ni ses propres règles. Il s’agit d’un marchandage sur le dos des réfugiés… »

Les diplomates européens ne se font pas d’illusions.

Ils s’attendent à des recours auprès des cours de Strasbourg et du Luxembourg, mais le temps que ces juridictions se prononcent (entre deux et cinq ans), on aura eu l’effet escompté…

Si personne n’est très fier de cet accord, c’est aussi en raison des gros doutes sur sa mise en oeuvre, car tout repose sur la Grèce, sur un Etat désargenté et sur une administration défaillante. Pour que les renvois puissent commencer, il va falloir recruter dans l’urgence des juges, des traducteurs et des interprètes (jusqu’à 4000 personnes) pour un coût de 300 millions d’euros pour une période de six mois…

A supposer que l’accord puisse être mis en oeuvre…

« On n’aura pas pour autant sauvé l’honneur. On se sera défaussé du problème des migrants sur les Turcs, à qui l’on a promis la lune et sur les Grecs dont on sait qu’ils ne pourront pas faire face aux demandes d’asile ».

Dès son entrée en vigueur, l’accord donne lieu à des difficultés.

Les migrants déjà arrivés à Lesbos et qui se heurtent à la frontière macédonienne ne vont pas accepter de retourner en Turquie, alors qu’ils ont risqué leur vie pour traverser la Méditerranée,  ils ne vont pas non plus accepter de demander l’asile à la Grèce où ils ne veulent pas rester.

HUMAN RIGHTS WATCH a déjà recensé plusieurs cas de mauvais traitements par les Turcs et de refoulement de Syriens ou d’Afghans.

MEDIAPART a dénoncé le 22 mars les modalités de l’application de l’accord.

L’Europe vient de jeter par dessus bord les valeurs d’hospitalité et de respect des droits de l’homme sur lesquels elle s’est construite après la seconde guerre mondiale. L’accord conclu le 18 mars à Bruxelles nie fondamentalement tous les principes inscrits dans la convention de Genève de 1951.

Dès le lundi 21 mars, malgré la forfaiture européenne, pas moins de 1662 exilés ont rallié les îles grecques par leurs propres moyens et ont été dirigés vers des centres de rétention en attente de leur expulsion en Turquie. Afin de garantir une respectabilité de façade, les Etats membres ont renoncé à refouler les nouveaux arrivants avant de leur laisser la possibilité de déposer une demande qui sera d’emblée déclarée irrecevable, au prétexte que la Turquie d’où ils viennent doit être considérée comme un “pays sûr »…

« En échange de 6 Milliards d’euros, les pays de l’UE donnent ainsi les clés à la Turquie en raison  de leur incapacité à gérer cet exode. En l’absence de courage politique, les égoïsmes nationaux, comme lors des périodes les plus rétrogrades, l’ont emportés…

« La Turquie qui héberge déjà près de trois millions de réfugiés n’a peut être pas de leçons à recevoir, mais cet Etat qui s’attaque à sa minorité kurde ainsi qu’aux libertés publiques n’est pas le mieux placé pour gérer au nom de l’Europe, sa politique migratoire.” (Mediapart du 22 mars)

Le HCR ainsi que MSF et le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme ont déclaré qu’elles refuseraient de prêter leur concours à cet abandon honteux.

Une semaine après l’entrée en vigueur de « l’accord de la honte », il s’installe sur l’île de Lesbos une discrimination entre les « Before20 » et les « After20 ». 

En vertu de cette ségrégation, les 2390 migrants présents sur l’île de Lesbos se répartissent entre les deux statuts. Les « Before20 » ont le droit de rêver à l’Europe de l’ouest et du nord, pour les « After20 » le rêve s’est brisé et la détention rend leur malheur invisible.

On aura compris que cette date fatidique du 20 mars 2016 est celle de l’entrée en vigueur de l’accord de Bruxelles du 18 mars.

« Aujourd’hui tous les nouveaux arrivants sont directement conduits par les autorités au camp d’enregistrement de Moria et la porte se referme sur eux. » (Boris Chestirkhov du HCR)

La Grèce a donc décidé d’appliquer la rétention avant d’avoir mis en place le cadre juridique des nouvelles règles applicables et ces nouvelles règles ont encore fait remonter le stress des arrivants selon Médecins du Monde. « Il semble inconcevable aux réfugiés d’être renvoyés en Turquie, compte tenu du coût humain et matériel de la traversée qu’ils ont déjà supporté ».

Huit jours après, personne ne semble avoir vraiment idée des modalités d’application du texte de l’accord et pourtant le temps est compté, car le camp de MORIA, seul apte à accueillir des réfugiés en détention, sera plein dans les prochains jours.

Avec cet accord et le recours à la rétention, la Grèce fait un saut en arrière de plusieurs années dans l’avant-Tsipras. C’est l’avis des bénévoles des organisations internationales encore présents sur l’île qui ont manifesté ce week-end dans la capitale de l’île de Mytilène en scandant   « HONTE A L’UE ».

Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000


Journal de Janvier 2016: compte-rendu de notre séance-débat « Les incendiaires de la mémoire »

26 janvier 2016

incendiaires

Séance du 10 novembre 2015


Thème : le négationnisme


Débattrice : Chantal Picault, réalisatrice

 

 

 

Par bonheur, la réalisatrice, Chantal Picault était notre débattrice. Elle s’est intéressée à 3 génocides du 20° siècle : la Shoah (juifs et tziganes), le génocide arménien, le génocide des Tutsis du Rwanda.

Il y a eu, hélas, d’autres génocides au 20ème siècle (Yougoslavie, Ukraine, Khmers Rouges au Cambodge), et un autre semble se préparer au Burundi ! Mais, comme l’a précisé notre Président B. Jouanneau, il existe des négationnistes qui nient ces génocides, qui veulent les effacer de la mémoire. A Mémoire 2000, nous cherchons à vous informer, car vous êtes la France de demain, et c’est à vous de vous positionner pour que cela ne se reproduise plus.

Q : De quand datent ces documents filmés ?

R : En 1995, date du génocide des Tutsis du Rwanda, il n’existait aucune image filmée. Pas d’images, donc on n’en parle pas ! Pas d’images non plus de la Shoah ! Dans leur avancée, les Alliés eux- mêmes avaient détruit des traces. Sur certains documents photo- graphiques, on voit bien des cadavres de déportés derrière les barbelés, mais aucune image des chambres à gaz ! Les nazis ont voulu faire disparaître toutes les traces de leurs crimes, d’où l’essor du négationnisme. Le négationniste Faurisson a dit que les déportés qui mouraient étaient des malades. Alors, le couvercle s’est refermé sur ces morts pendant des dizaines d’années. Bernard Jouanneau a longtemps porté la parole d’Auschwitz contre les négationnistes, et il a eu du mal à faire participer des historiens à cette recherche de la Vérité. Des historiens qui ne se sont réveillés qu’en 1980.

Q : Pourquoi et comment devient-on négationniste ?

R : Selon Mme Picault, un historien turc dit comment cela se passe : comme dans les livres d’histoire il n’y a aucun document, il est impossible de se renseigner, donc on y croit ! Et quand on grandit, on devient négationniste. Cette négation du génocide arménien représente un confort pour les Turcs. Pour ce qui concerne la Shoah, les négationnistes sont tout simplement des antisémites.

Q : Pourquoi n’y avait-il pas de journalistes au Rwanda ?

R : Parce que ce génocide s’est déclenché très brutalement, et qu’il a très vite été impossible d’y aller. Les massacres n’ont duré que 2 mois. Et, Kigali est très loin de Paris. A l’Elysée, le Président Mitterrand brillait par son silence. Actuellement, les projecteurs sont braqués sur la Syrie, mais qui regarde vers le Soudan du Sud, où un génocide s’installe dans le silence ?

Q : Existe-t-il des preuves du génocide juif ?

R : Pour Faurisson, pas besoin de preuves, ce génocide n’a pas existé. Et puis, les historiens ont poursuivi leurs recherches, et des listes ont été publiées, notamment par les Klarsfeld. On le sait main- tenant, les survivants ont mis plus de 20 ans avant de se raconter. Au procès de Nuremberg, le mot “juif” n’a pas été prononcé une seule fois. Madame Simone Veil a attendu 2009 pour aller à Auschwitz avec ses enfants. Quand Rudolf Höss a tout raconté, Faurisson a dit qu’il mentait…

Q : Entre Juifs et Palestiniens, y a-t-il eu génocide?

R : Voici 5 critères qui définissent un génocide. Je te laisse le soin d’y réfléchir, et d’élaborer ta réponse.

Q : Quel intérêt les journalistes ont-ils de ne pas en parler?

R : Les médias parlent de ce qui est supposé intéresser le public.

Q : Quelle différence entre Crime contre l’Humanité et Génocide ?

R : Crime contre l’Humanité, pas d’organisation, de planification. Un génocide est un massacre planifié, sur ordre venu d’un niveau supé- rieur. Il faut donc savoir de quoi on parle, utiliser les mots exacts. . Comme le dit Claude Lanzmann “il faut voir et savoir”.

Q : Qu’est-ce qui pousse les gens à détester à ce point les autres ?

R : Mémoire 2000 promet une forte récompense à qui trouvera la réponse.

Guy Zerhat


Journal de Janvier 2016: Ce qu’ils disent…Dounia Bouzar

26 janvier 2016

Après les abominables tueries du 13 novembre, l’émotion a atteint son comble. L’incompréhension aussi. Alors pour essayer de comprendre l’incompréhensible, il nous a paru utile de rependre certaines paroles prononcées par des spécialistes.
Même si cela n’aide pas beaucoup à maitriser l’horreur qui nous étreint, on peut espérer que “comprendre” pourrait permettre d’agir et éviter que cela ne se reproduise … Un vœu pieux?? Peut-être, mais sans doute est-ce plus utile que l’immobilisme ou l’hébétude. Lison Benzaquen

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Dounia Bouzar (crédit: Daniel Fouray)

Dounia Bouzar est docteur en anthropologie spécialisée dans l’”analyse du fait religieux“. D’abord éducatrice, elle a été chargée d’études “laïcité” à la Protection judiciaire de la jeunesse de 1991 à 2009. À la suite de la publication de Désamorcer l’islam radical, ces dérives sectaires qui défigurent l’islam, Dounia Bouzar a été contactée par des familles dont les enfants ont été endoctrinés pour partir en Syrie et a créé avec d’autres experts l’association du CPDSI (Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam) pour participer aux recherches liées à la prévention et au traitement de l’endoctrinement de l’Islam radical.
Interrogée après les tueries du 13 novembre, voici quelques unes de ses réflexions:
“Pendant des années on ne savait pas où mettre le curseur entre la liberté de conscience et la radicalisation. On a eu tendance à harceler des musulmans pratiquants, mais on a laissé la rue à des radicaux qui se comportaient librement de façon radicale et on a accepté cela avec laxisme.

Il y a des mouvements qui ne prônent pas la raison auprès des jeunes, mais les mettent en posture de mimétisme du groupe. Ils amènent les jeunes à se couper du monde réel. Daesh s’attaque aux jeunes isolés qui n’ont pas de notions religieuses car il est facile de les embrigader. Cet embrigadement se fait par l’intermédiaire d’internet. Mais ce que ces jeunes trouvent quand ils intègrent Daesh, c’est un monde sans valeurs. Ils sont ainsi confrontés au vrai projet de Daesh qui est un projet d’extermination externe et de purification interne. Son projet est d’exterminer tous ceux qui à leurs yeux, ne sont pas élus pour régénérer le monde. L’humanitaire n’existe pas chez Daesh, pas plus que la solidarité. L’islam est utilisé uniquement pour faire monter la haine.”


Journal de Janvier 2016: Ce qu’ils disent…Mohamed Sifaoui

26 janvier 2016

Mohamed Sifaoui journaliste, écrivain et réalisateur. Il préside depuis 2015 l’association « Onze janvier ». Spécialiste de l’islam politique et du monde arabe.

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Mohamed Sifaoui

Quelques uns des propos qu’il a tenus après les attentats:
“Pour comprendre le fonctionnement des réseaux terroristes et djihadistes, il faut sortir de la rationalité occidentale et réfléchir selon le mode de pensée de ces gens.

Pour les djihadistes ou salafistes en général, la notion de Nation et de nationalisme est contraire à leur doctrine. Ils ne reconnaissent aucune frontière, y compris entre pays musulmans. Ils se considèrent d’abord comme des Musulmans liés par une cause précise. La notion d’Etat est inappropriée dans la bouche d’un islamiste.

L’Etat Islamique aujourd’hui n’est pas un Etat, c’est une organisation qui réunit un certain nombre de personnes venues de 83 pays, 83 nationalités différentes. E.I utilise cette ressource selon un agenda bien précis contre des cibles qu’il va désigner.

Le terrorisme n’est pas une violence gratuite, il est au service d’une idéologie qui, elle-­‐même, instrumentalise une religion. Ça s’appelle l’Islamisme, le Salafisme et il faut le nommer. Les politiques n’osent pas le nommer, ce qui fait le lit du Front National qui, lui, nomme les choses, mais donne les mauvaises réponses.

Le terrorisme islamiste est composé de deux parties : la première est cette violence qui a pour objectif de punir des sociétés pour des politiques qui sont menées pour un projet de société, des valeurs.
Mais le terrorisme sert aussi à imposer un projet de société qui est le leur, c’est l’idée du Califat avec tout ce que cela comporte.

Il y a des choses qui sont consubstantielles à la démocratie française, en l’occurrence la démocratie elle-­‐même : chose complètement rejetée par les Salafistes. 
La laïcité est également un élément complètement rejeté par les Salafistes, tout comme la question des droits de l’homme au prétexte que seul Dieu accorde des droits à l’homme et que l’homme n’aurait pas le droit d’accorder des droits à son semblable.

L’égalité homme‐femme, les droits des minorités religieuses, sexuelles etc. ne sont pas plus reconnus par les Salafistes. Tout ce cursus idéologique est combattu : on est dans une guerre idéologique à laquelle il faut faire face et ne pas céder au chantage à « l’islamophobie » qui est une escroquerie intellectuelle qui vise à instaurer une sorte de délit de blasphème déguisé.

Il faut mobiliser des moyens et avoir un discours approprié face à ces gens qui tous les jours insultent la démocratie, la laïcité, les droits de l’homme et nous ne nous permettons même pas de critiquer l’idéologie que légitime et nourrit ces théories. Ce sont les valeurs universelles qui sont en jeu.”