Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 18 octobre 2016

20 décembre 2016

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La désintégration

Séance du 18 octobre 2016

Thème : la radicalisation

Débattrice : Soad Baba Aïssa

 

C’est l’histoire de trois jeunes musulmans qui, pour des raisons diverses, sont en opposition avec leurs familles. L’un d’eux, Ali, bon élève, travailleur, cherche un job. Il envoie son curriculum vitae des dizaines de fois mais ne reçoit aucune proposition. Malgré le soutien de sa mère et de ses frères, malgré les conseils du genre « change de prénom », il se laisse embarquer avec les deux autres garçons par un recruteur habile qui les conduit jusqu’au jihad et au « sacrifice suprême ».

C’est avec un malaise grandissant que j’ai regardé ce film, à la pensée que nos jeunes de la diversité présents dans cette salle, et ils étaient nombreux, noirs à 95%, puissent s’assimiler aux trois « héros », tout particulièrement à Ali. Heureusement l’image finale de sa mère qui fait des ménages dans un hôpital et qui, entendant la radio, pousse un cri atroce: « ils ont tué mon fils », remet les choses en place. Il a fallu tout l’art de notre débattrice et la participation des professeurs pour amener les élèves à s’exprimer sur un sujet aussi délicat.

Une jeune fille, en écho au malaise que j’avais ressenti, crie sa fureur et son dégout pour ce film: « c’est pas parce qu’on est musulman qu’on se laisse tourner la tête! ».

Le chef de classe : “Les trois gars, ils sont bêtes: il y a un gars, ils savent même pas d’où il sort ni qui il est. Il leur met des trucs dans la tête et ils l’écoutent. Ils veulent faire des attentats. Ils ont tort. Mais Ali, il a envoyé 106 cv sans une seule réponse positive ».

Un professeur: « Ce qui est dérangeant c’est que certains de nos élèves pourraient se trouver dans cette situation ».

Autre professeur: « Nos élèves sont intelligents et ils ne se laisseront pas prendre. À nous, adultes, à trouver la réponse ». Applaudissements.

A la question: comment vous sentez-vous intégrés? Une jeune fille noire répond : « Là où nous vivons il y a plus de discrimination contre les Noirs que contre les Arabes. Pourtant on est tous pareils. La France c’est pas que pour les Français ». Applaudissements.

Une autre: « Je me sens bien à Beaugrenelle (son quartier). Il n’y a pas de discrimination. Ceux qui vont au djihad ce sont des faibles qui vont voir la mauvaise personne qui leur dit n’importe quoi ».

Une autre : ”Pourquoi le monsieur (le recruteur) il fait croire qu’ils vont aller au paradis et à la fin il y va pas lui-même? » Le chef de classe: « Franchement, on m’a pas fait de discrimination. On est tous égaux mais… ça dépend. C’est pas tous les Français, y en a qui, y en a d’autres qui sont pas racistes”. Un autre : « C’est le nom qui fait la religion ». « Non, mon frère s’appelle Tony …”

« Et moi je connais un syrien qui s’appelle Daesh! ».

Une élève parle de la liberté de croyance. Notre débattrice rectifie : plutôt que la liberté de croyance, l’important c’est la liberté de conscience. Toute la salle applaudit. Elle dit de la laïcité. « La France est le seul pays au monde vraiment laïc même si, oui, il y a du racisme. Avec mon prénom, Soad, c’était comme pour Ali. Je suis Algérienne, j’ai eu envie de partir vivre en Algérie. Mais là-bas l’Islam est la religion d’État et, comme femme, vous êtes moins que rien. Je suis retournée en France. Maintenant, je sais apprécier la liberté de conscience, le droit d’accès de tous au service public, à la protection sociale, aux soins. Rappelez-vous, dans le film, le vieux père malade. On le voit sur son lit d’hôpital. Bien que Musulman il a droit aux soins les plus en pointe. Alors en France, certes il y a du racisme, mais ne cédons pas au chant des sirènes. Nous devons construire ensemble notre pays de demain. Longs applaudissements.

 

Hélène Eisenmann

 

 


Journal de Janvier 2017: compte-rendu de notre séance Cinéma du 15 novembre 2016

20 décembre 2016

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Les femmes du bus 678

Séance du 15 novembre 2016

Thème : la violence faite aux femmes

Débattrice : Bérénice Poussin (Association Terre des Femmes)

 

Vingt trois élèves d’une même classe, en majorité d’origine africaine ou maghrébine, ont assisté à la projection de ce très beau film où trois femmes égyptiennes, Fayza, Seba, Nelly, s’opposent, chacune selon son tempérament, au machisme ambiant.

L’une d’elles, Fayza, agressée, “pelotée” chaque fois qu’elle monte dans un bus toujours bondé, décide de se défendre par ses propres moyens avec une aiguille à chapeau violemment piquée dans les “parties” de son agresseur. Drames, enquêtes, prison. Tout comme ses deux amies elle se refuse à toute concession et à toute excuse.

Il a fallu la patience de notre débattrice aidée de Joëlle Saunière et de Guy Zerhat pour que la discussion s’engage. Mais ensuite les élèves ont suivi. Tous de la même classe et se connaissant bien, ils ont eu des échanges très vifs sur des sujets qu’ils n’avaient probablement jamais abordés entre eux. Ils se sont vite focalisés sur ce qui se passe dans le bus avec Fayza et son épingle, laissant de côté des aspects passionnants de ce film.

Sur le fond de l’histoire une fille s’exprime : “Au début ça m’énervait qu’on demande à la fille de retirer sa plainte, mais c’était touchant que son fiancé la soutienne”. Puis la discussion s’oriente sur la façon de s’habiller des filles.

Un garçon :”Il y a des filles qui s’habillent très mal. En Egypte c’est inacceptable, en France ça l’est.”

Une fille : “Les filles peuvent s’habiller comme elles le veulent. Les garçons n’ont qu’à se retenir.”

Une autre : “Même si une femme provoque avec une minijupe ça ne devrait pas faire ça. Il y a des femmes qui provoquent, d’autres pas.”

Un garçon :”Mais aller jusqu’à castrer les garçons? Jusqu’à taper dessus? Ça fait mal !”

Joëlle : “Tu ne perçois pas la violence de l’agression pour une femme? Tu aimerais qu’on fasse ça à ta sœur?”

Le garçon : “Mais on a tous droit à une deuxième chance. Castré c’est fini !”

La fille : “Ils sont pas castrés et la deuxième fois ils referont pareil !”.

Joëlle : “En France il ne faut pas se faire justice soi-même”.

La fille : “Elle s’est fait justice soi-même parce que personne ne la défendait. Elle voulait pas porter plainte pour que sa famille ne soit pas déshonorée”.

La débattrice: “Savez-vous combien de femmes portent plainte en France? Une sur dix !”

Guy: “N’oublions jamais la dignité de la personne humaine. Une fille bien roulée tu la regardes, d’accord, mais tu ne sautes pas dessus. On doit maitriser ses pulsions. On n’est pas des chiens. Même dans le bus. C’est ignoble”. Applaudissements.

La discussion dévie sur le fait divers jugé en ce moment en France : la femme qui a tué son mari après 40 ans de vie commune.

Une fille : “C’est pas normal qu’il la batte mais c’est pas normal qu’elle le tue. Elle aurait dû partir”.

Un garçon : “Si elle avait pas pu partir?”

Une fille : “Tu peux et tu dois partir.”

Une autre : “Moi je ne me fais pas battre, je pars à la première claque !”

La débattrice : “Et s’il s’excuse ?”

La même : “Tu pars !”

Une autre : “Le mari est plus fort, elle voulait pas le tuer.”

Une autre : “Avec un fusil elle l’a pas fait exprès ! On peut toujours partir, chez des parents, chez des amis.”

La débattrice: “Vous êtes jeunes, vous ne connaissez pas encore la vie, mais plus tard, n’oubliez pas vos bonnes résolutions.”

Guy, en conclusion : “Vous, les filles, faites vous respecter et vous, les garçons, on n’est pas des bêtes !” Longs applaudissements.

Belle leçon de morale.

 

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2017: l’Assemblée Générale de Mémoire 2000

20 décembre 2016

Lundi 5 décembre 2016

Le président, Bernard Jouanneau, dans son rapport moral indique que année 2016 aura été marquée du sceau de la remise en question, de l’altération de la situation générale du monde confronté à l’intolérance, au racisme et aux discours de haine auxquels nous avons fait face par nos actions et par les décisions prises malgré les événements qui sont venus perturber gravement le fonctionnement de l’Association.

Le président développe chacun des points évoqués et les actions que nous avons menées, et conclut sur une note d’espoir pour l’année 2017.

Par ailleurs, le Trésorier Maurice Benzaquen qui a assuré l’intérim après le décès de Daniel Rachline, a présenté le bilan financier.

Il signale qu’il a pu remonter assez loin dans la gestion de la trésorerie et remis celle-ci en ordre de marche. Aujourd’hui, les difficultés rencontrées ont été surmontées.

La gestion de la trésorerie est désormais traitée avec rigueur et le plan-comptable porté chez l’expert-comptable (livre-journal, suivi général, pièces justificatives) a permis à celui-ci d’établir aisément le bilan.

A été joint au rapport, un tableau des recettes et dépenses consultable à tout instant au secrétariat.

Les deux rapports ont été adoptés à l’unanimité moins une voix.

Ils sont à la disposition des adhérents qui en feront la demande au secrétariat.

 


Journal de Juillet 2016: compte-rendu de notre séance-débat sur TIMBUKTU

1 juillet 2016

594157Un village tranquille aux limites du désert où chacun vit sa foi sous le regard bienveillant de l’Imam. Beauté du paysage à vous cou- per le souffle. Puis déferlement d’une bande de jeunes djihadistes qui viennent imposer leur loi et semer la terreur.

Séance du 19 avril 2016
Thème : l’intégrisme religieux
Débatteurs : Soad Baba Aïssa , Jean-Jacques et Odette Mitterrand

Tel est ce film regardé dans un silence que l’on sent passionné par des élèves dont, a priori, une bonne moitié d’entre eux doit être de confession musulmane. Malheureusement, conséquence probable de vigipirate, sur 200 élèves pressentis, seuls 35 étaient présents.

Soad Baba Aïssa lance le débat. “Comment avez-vous ressenti ce film” ? Tous, garçons et filles, expriment combien ils ont été choqués de voir ces jeunes djihadistes qui disent vouloir faire la volonté d’Allah mais qui font eux-même ce qu’ils interdisent aux autres : fumer, discuter d’un match de foot, écouter de la musique etc.

La lapidation, le mariage forcé, les élèves en ressentent un dégoût violent, une colère contre l’injustice, une envie de vengeance. Ils demandent à notre débattrice de les éclairer sur les différences entre djihad, djihadisme, terrorisme.

Le djihad, dit-elle, a d’abord un sens spirituel et personnel propre à chaque musulman. “Avez -vous noté ce qui émane du personnage de l’Imam dans le film? Sa profonde piété, son ouverture aux autres font que chacun se confie à lui et que même les jeunes djihadistes en sont impressionnés”. Devenu synonyme de guerre sainte, le Djihad est aujourd’hui le mot d’ordre des fondamentalistes terroristes.

Que djihadisme soit l’équivalent de terrorisme, les élèves l’ignoraient. C’est pour eux une notion nouvelle d’une importance capitale pour comprendre ce qui se passe autour d’eux et pouvoir en faire le tri.

Notre débattrice attire leur attention sur le danger des croyances qui, à bas bruit, se transforment en idéologie. “A vous de les débusquer pour être à même d’y résister”.
B. Jouanneau lance la discussion sur la laïcité qui, pour lui, est le garant essentiel des libertés individuelles et de l’égalité des droits. Elle constitue le fondement indispensable de l’harmonie sociale et de l’unité de la nation. La Constitution précise que la France est une République laïque, démocratique et sociale. Il est fondamental qu’y soient séparés le politique du religieux.

Soad Baba Aïssa qui travaille tant en France qu’en Algérie où l’Islam est religion d’Etat, peut témoigner que la liberté n’y a pas du tout le même sens.
Une élève pose une question naïve comme je les aime : “Et si tous les pays étaient laïcs ?” ”Ce serait formidable. Partout régneraient liberté et respect d’autrui”.

La séance se termine.
C’est la première depuis la mort de Daniel Rachline. Il n’aurait pas manqué de conclure en disant de sa voix forte et chaleureuse : “Il faut savoir se révolter contre l’indifférence. Ne jamais rien laisser passer!”

Hélène Eisenmann


Suivi judiciaire…

24 avril 2016

On apprend que l’arrêt de la cour de Lyon qui avait confirmé la décision du conseil de l’ordre des avocats de Lyon en confirmant la radiation de Maître DUBRUEL  (l’avocat lyonnais qui avait récusé un magistrat parce qu’il était juif) a été cassé par la cour de cassation en date du 1er Juillet 2015.

Cette information ne remet nullement en cause les raisons des poursuites disciplinaires engagées contre cet avocat que Mémoire 2000 avait poursuivi pour provocation à la haine raciale (ces poursuites n’avaient pas abouti pour des raisons de forme et de procédure). Elle repose sur l’absence de communication directe à l’intéressé des réquisitions du Ministère public tendant à la confirmation de sa radiation qui avait été prononcée par le conseil de l’ordre. En clair la cour de cassation reproche à la cour de s’être prononcée, sans que l’intéressé, qui n’avait pas d’avocat devant la cour de cassation, n’ait eu connaissance des réquisitions prises contre lui. Il savait parfaitement ce qu’on lui reprochait, mais il n’avait pas eu accès à l’argumentation du Ministère public.

L’affaire a été renvoyée devant la cour d’appel de Paris qui va avoir à se prononcer.

Nul doute qu’à cette occasion on ne manquera pas de lui faire parvenir le mémoire du parquet.

Cette décision n’en est pas moins significative.

Les règles de procédure doivent être respectées en toute occasion et surtout, lorsque l’on est en présence de situations qui paraissent évidentes ; mais elle illustre aussi le fait que les principes ne peuvent être défendus que dans le strict respect des règles de procédure.

Bref, ce n’est pas parce que c’est évident que c’est joué.

Mémoire 2000 veillera à l’avenir à ce que soient respectées davantage les règles de forme procédure.

En l’occurrence nul ne peut se prévaloir de cet arrêt pour dire que l’antisémitisme progresse ou régresse.

Bernard JOUANNEAU


Journal de Juillet 2015: compte-rendu de notre séance Cinéma du 16 avril 2015

7 septembre 2015

3610150606075_230Séance du 16 avril 2015

Thème : le vote des femmes (70 ans)

Débattrice : Michèle Dominici

 

Les suffragettes, ni paillasson, ni prostituées

Michèle Dominici, réalisatrice de ce documentaire nous a fait le cadeau de sa présence ce matin et s’est prêtée avec beaucoup de compétence et d’humilité, aux interrogations des élèves de 3° du collège Camille Sée. Merci à elle.

Le film retrace l’histoire de la révolution des femmes en Grande Bretagne dès 1884, et le parcours de 5 suffragistes et suffragettes, qui ont consacré leur vie au combat pour l’égalité hommes-femmes et pour obtenir le droit de vote.

Attentifs pendant la projection, les élèves ont été très vifs et intéressés pendant le débat. Beaucoup de questions sur le combat lui-même, sur la torture dont il est fait mention dans le film (gavage forcé des femmes qui faisaient la grève de la faim), la soumission aux maris, pourquoi ce sous-titre? La motivation de Mme. Dominici pour cet engagement…

“Il est nécessaire de rafraîchir les mémoires, dit alors Michèle D., le féminisme n’est pas toujours bien vu, j’avais envie de lui redonner une certaine noblesse. L’histoire se répète, le film a des résonnances avec les événements d’aujourd’hui : rôle politique des Femen, les immigrés payent des impôts mais n’ont pas le droit de vote, exactement comme ces femmes qui décident lors d’une manifestation de ne plus payer leurs impôts tant qu’elles n’auront pas accès au suffrage : “No vote, no tax”. Quant au “gavage”, les Américains le pratiquent encore à Guantanamo.

A propos du sous-titre, il n’est pas d’elle : au début du film, on aperçoit une femme : Rebecca West qui dit “on ne me considère femme que, si je suis paillasson ou prostituée”, il était intéressant de reprendre l’image qui fait résonnance avec “ni putes, ni soumises”, mouvement créé en 2003 en France par F. Amara, pour lutter contre les violences faites aux femmes.

– Y-a-t-il eu un combat en France pour les droits de vote des femmes? demande une élève.

-Alors que la France avait été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel en 1789, les femmes étaient considérées comme “citoyens passifs”, exclusion du droit de vote maintenue par la Constitution de 1791. Leur identité était subordonnée à celle de leurs maris ! Malheureusement, une autre guerre (1939-1945) semble avoir été nécessaire pour que les hommes se rendent compte que leurs femmes, résistantes, messagères clandestines, activistes contre l’ennemi, méritaient qu’elles aient au moins le droit de vote ! Celui-ci a été acté en 1944 par le gouvernement provisoire du général de Gaulle à Alger ; les femmes ont voté pour la 1ère fois en 1945. Mais ce n’est qu’en 1967 que les femmes, en France ont pu détenir un compte en banque sans l’autorisation du conjoint.

Une élève s’étonne de la répression policière et en particulier de la facilité avec laquelle les femmes se laissaient embarquer.

-Il faut savoir, répond M. Dominici, qu’à cette époque, il n’y avait aucun moyen de communication. Donc, la seule façon de se faire entendre était de provoquer des procès, qui étaient relayés par la presse écrite. C’était alors un formidable espace pour revendiquer et faire savoir leur lutte à toute la population. Tandis que les “réformistes” passaient des heures interminables au Parlement, les “activistes” avaient un autre mode d’action, dont celui-ci.

Un autre élève, demande enfin si, dans le monde, il y a eu d’autres luttes de femmes pour le droit de vote.

-Depuis l’Antiquité, les femmes ont toujours été exclues des procédures démocratiques. Partout dans le monde (encore actuellement dans certains pays), elles ont été l’objet d’une discrimination abominable, et c’est à force de manifestations, toujours pacifiques, sans heurts, mais avec des arguments de poids, qu’elles ont réussi à se faire entendre.

Le droit de vote nous appartient désormais. Je pense que ces élèves en ont pris conscience ce matin et que, jamais, ils n’oublieront d’aller voter lorsqu’ils auront l’âge requis!

 

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance débat du 9 octobre 2014

2 mars 2015

Pour notre première séance du 9 octobre, nous avions prévu de présenter le film “24 JOURS” et de traiter du thème de l’antisémitisme. N’ayant eu aucune réservation, nous avons du changer notre programmation et avons choisi de projeter le film :

3700551756810_600Sur le chemin de l’école

Thème : l’éducation

Débattrice : Madame Mesuret

 

Quel bonheur ce fut de voir “Sur le chemin de l’école” choisi, in extremis, en remplacement de “24 jours” sur la dramatique affaire Ilan Halimi, qui n’avait pas trouvé son public.

Ce film, par la beauté de ses paysages, de l’Inde à la Patagonie en passant par l’Afrique, et qui montre des familles se saignant aux quatre veines pour que leurs enfants puissent aller à l’école coûte que coûte, est vraiment enthousiasmant.

La vie, dans ces familles, est des plus rustiques. L’école est très loin. C’est une école comme autrefois. On y est en uniforme et on participe solennellement au lever du drapeau. On est fier d’en faire partie et on rêve, comme tout un chacun, de devenir maîtresse ou médecin. Mais par quel chemin gagne t-on l’école ?

Au Kenya, on y va à la course, pendant 4 heures. L’uniforme doit être impeccable. Il a été lavé avec l’eau récupérée en creusant dans le sable. Le trajet peut être semé d’embûches: Attention, dit le père, si vous rencontrez des éléphants sur le chemin, ne faites pas de bruit et cachez vous vite.

Au Maroc, aussi, on y va à pied. Trois filles doivent marcher pendant des kilomètres sur des sentiers escarpés avec de mauvaises chaussures. L’une d’elles se tord le pied mais il faut continuer. Une autre transporte une poule vivante pour l’échanger contre quelque nourriture.

En Patagonie, on y va à cheval, bien sûr, même quand on n’a que six ou huit ans.

En Inde, deux des enfants tirent le fauteuil roulant du troisième, à travers routes sablonneuses et rivières. Nous, spectateurs, sommes épuisés à les regarder, mais eux trois gardent le sourire.

Nos élèves, comme nous-mêmes, ont été emballés par ce film et le manifestent par des applaudissements nourris.

Madame Mesuret mène le débat et c’est une grande chance, parce qu’elle est venue avec sa classe d’élèves étrangers non francophones à qui elle apprend à lire et à écrire le français. Le périple de tous ces jeunes illustre à merveille celui des enfants du film. Ils viennent de pays lointains. Il leur faut absolument apprendre pour pouvoir s’en sortir, d’autant qu’ils sont peut-être sans ressources ou même sans papiers.

Elèves, enseignants, accompagnants de Mémoire 2000, nous sommes tous très émus de les entendre, dans un français encore hésitant, conter leurs parcours acrobatiques.

L’école française les accueille. Elle les confie à des professeurs qualifiés et passionnés.

C’est vraiment formidable.

Conseil d’amie : courez voir ce film ou procurez-vous un DVD pour le regarder en famille.

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance-débat du 20 novembre 2014

2 mars 2015

les-sentiers-de-la-gloire-avis-le-bric-a-brac-de-potzinaLES SENTIERS DE LA GLOIRE

Séance du 20 novembre 2014

Thème : La guerre de 14/14 (100 ans)

Débattrice : Madame Benistant

Qui se souvient que ce film, présenté une seule fois en Belgique en 1958, réalisé en 1957 et retiré de l’affiche jusqu’en 1975 date à laquelle ce film américain a été enfin autorisé à sortir en France ?

En effet, l’histoire d’une mutinerie pendant la guerre de 14/18 a été jugée trop critique contre l’armée et ses dirigeants. Certains spécialistes y avaient vu une œuvre anti-française réalisée à dessein par les Américains.

Mais Stanley Kubrick s’en est défendu en déclarant “ce film n’est en aucun cas ni pour ni contre l’armée, au maximum c’est un film contre la guerre”.

C’est un film dur, aussi dur que le sujet qu’il traite. Aussi les jeunes qui assistaient à la séance (ils étaient près de 150) semblaient heureux que l’un de leurs professeurs d’histoire présents leur donne des explications. En effet c’est Mme Benistant, du Collège Georges Duhamel, qui s’était proposée de remplacer le débatteur défaillant ce matin là et elle l’a fait avec énergie et en apportant beaucoup de précisions sur le sujet traité.

Nous l’en remercions vivement !

Venons en aux questions : Marion, élève de 3ème, est terriblement choquée que l’on ait exécuté trois soldats choisis par hasard. Hélas cela s’est produit plusieurs fois et notre débattrice précise qu’il y a eu environ 650 exécutions par représailles ou soi-disant insubordination. Parmi les moments les plus terribles montrés dans ce film, celui-ci dépasse tous les autres en horreur…

Certains élèves tiennent à faire remarquer qu’il y a une grande différence entre le front, les tranchées où les soldats se meuvent dans la boue parmi les rats, alors que dans le grand château à l’arrière, on voit les officiers discuter sans fin. Parmi eux, le Colonel Dax, (Kirk Douglas, superbe !) est le seul messager entre ces deux mondes.

Le bombardement des ses propres troupes ordonné par l’un des officiers provoque évidemment la stupéfaction chez nos jeunes spectateurs…

Manon, toujours elle, fait remarquer que dans ce film sur la guerre en majorité franco-allemande, on entend une seule voix de cette nationalité, celle d’une femme qui chante pour les soldats français…

Le moment fort du film, l’attaque de la colline, alors que les officiers savent très bien qu’elle est surement imprenable, fait réagir les élèves qui ont découvert l’incompétence des généraux qui, pour la gloire, n’hésitent pas à envoyer “les torses contre les mitrailleuses”. Notre débattrice conclut en citant les batailles les plus meurtrières, Verdun, la Somme, qui ont fait des milliers de victimes et en cite les chiffres terribles qui impressionnent nos jeunes spectateurs. Ceux-ci vont quitter la salle en silence, mais ils n’en auront pas fini avec cette guerre qui est non seulement à leur programme mais aussi dans tous les médias actuels et dans toutes les commémorations. Gageons que les images si dures qu’ils ont découvert ce matin resteront dans leur mémoire et leur donneront envie d’en savoir plus sur cette page affreuse de l’histoire.

Claudine Hanau


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance sur « Pétain »

2 mars 2015

en25906Mémoire 2000 avait programmé pour le mardi 9 décembre, un film sur le Maréchal Pétain. Malheureusement, plusieurs classes qui avaient effectué une réservation ont dû, au dernier moment, renoncer à venir pour des raisons administratives.

Les membres de Mémoire 2000 ont néanmoins assisté à la projection de ce film, et cela nous a conforté dans notre décision de le projeter de nouveau aux élèves des lycées et collèges au cours de l’année 2015. Il s’agit en effet d’un film documentaire très instructif et en tous points remarquable, réalisé par Paule Muxel et Bertrand de Colliers, comprenant des documents d’époque filmés, alternant avec de nombreuses interventions d’historiens de renom et de personnages politiques (Henry Rousso, Robert Paxton, Marc Ferro, Robert Badinter, Denis Peschanski…). Nous pensons qu’il complètera utilement l’enseignement dispensé par les professeurs d’histoire.

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance-débat du 14 janvier 2014

5 mai 2014

1007662_fr_les_hommes_libres_1314173833187Les Hommes Libres

Séance du 23 Janvier 2014

Thème : Les Justes

Débatteur : Mohammed Aïssaoui

 

Dure, dure, cette séance. Et pourtant elle a tout pour plaire : Une salle pleine. Pour moitié, des élèves de la “diversité”, pour l’autre, des “bourges”. Un très beau film sur les Justes musulmans, en cet anniversaire de la libération d’Auschwitz : la Grande Mosquée, grâce à son directeur Kaddour Benghabrit, sert de cachette à de nombreux juifs dont un jeune chanteur séfarade qui y restera 4 ans. Et enfin, un excellent débatteur, Mohammed Aïssaoui, auteur d’un livre que je recommande chaudement : L’étoile jaune et le croissant (éditions Gallimard).

Dès la première question on comprend que le débat sera difficile, pour ne pas dire impossible, car centré sur l’actualité des juifs et des musulmans. Et si le film où l’on voit des musulmans en prière dans la Grande Mosquée est regardé dans un silence quasi religieux, dès la première question s’instaure dans la salle un brouhaha qui ne cessera plus.

-Pourquoi ne parle-t-on que des juifs et seulement d’une minorité de musulmans ?

-Que pensez-vous de l’affaire Dieudonné ?

-Si la Shoah avait concerné des musulmans et non des juifs, est-ce qu’on en aurait tellement parlé ?

-Est-ce que l’état sioniste d’Israël est légitime dans sa totalité ?

N’oublions quand même pas quelques rares questions plus “soft” qui mettent un peu de baume au cœur telles que : pensez-vous qu’un jour musulmans et juifs marcheront main dans la main ?

Notre débatteur qui s’est, de prime abord, présenté comme journaliste, écrivain, musulman, fait tout pour donner une vision positive des juifs, expliquer combien juifs séfarades et musulmans d’Afrique du Nord ont de points communs. Lui-même habite dans un quartier de juifs pieux et il s’y sent parfaitement à l’aise. Rien n’y fait. Personne ne se donne même la peine d’admirer le courage du recteur Kaddour Benghabrit, sauveur de juifs.

La séance se termine. Un élève rejoint le débatteur, expose ses idées sur Dieudonné et termine sur l’affirmation qu’on n’avait jamais pu retrouver de plans d’un crématoire à Auschwitz.

Et aujourd’hui 27 Janvier, je lis dans un compte-rendu de presse : Avec l’affaire Dieudonné une digue morale vient de sauter dans les établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par Le Figaro. “La Shoah j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné”. Une élève, oubliant qu’elle est en cours sur la seconde guerre mondiale demande : “Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif et pas du génocide rwandais ou cambodgien ?”. Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle d’histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé plainte en raison d’attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle s’est ainsi entendu dire: “On ne veut pas d’une juive comme professeur dans notre classe”.

Oui, dur, dur !

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 18 mars 2014

5 mai 2014

25102-b-le-tableau-noirLE TABLEAU NOIR

Séance du 18 mars 2014

Thème : l’éducation

Débatteur : François Rachline

 

Le film traite de l’accès au savoir, à l’instruction, dans les pays pauvres, plus précisément dans un Iran ravagé par une guerre cruelle et interminable avec l’Irak .

Notre débatteur, François Rachline, conseiller spécial du président du conseil économique, social et environnemental, et jusqu’en 2013 professeur d’économie à Sciences Po, saura susciter chez des élèves attentifs des questions de qualité, et y apporter des réponses percutantes. Nous vous livrons ici l’essentiel des interventions.

Premières impressions : on perçoit l’immense pauvreté, la peur permanente des bombardements, l’obstination du professeur, qui essaie de parler mais que l’on n’écoute pas. Ce Maître, avec son tableau noir, essaie de diffuser l’enseignement, c’est une lourde charge, mais les enfants ont d’autres priorités que l’instruction : ils fuient les bombardements (parfois chimiques), essaient de sauver leur marchandise.

Enfants et adultes sont tristes, et il est triste de voir que les élèves ne veulent pas apprendre. La contrebande leur permet de subsister, c’est leur vie de tous les jours. Tous ne sont pas illettrés, mais ils n’ont pas envie de comprendre, ils ont autre chose à faire que d’apprendre, ils n’en ont pas le temps.

Un élève remarque d’ailleurs que “l’éducation est refusée par nécessité”. Oui, mais la connaissance finit toujours par s’imposer : sur le tableau noir, il n’y a rien, mais dès que l’on y écrit, c’est la Connaissance qui arrive. Sans elle, on ne sait rien du monde qui nous entoure.

Quand le mari divorce, il donne à la femme le tableau noir, il transmet la Connaissance. Et cet hymne au Savoir dit autre chose : dans la vie, la Connaissance permet de ne plus avoir peur de vivre.

Dans cette Connaissance trois éléments : écrire, lire, compter. Lire, c’est communiquer ; écrire, c’est s’exprimer ; compter, c’est raisonner. A ce propos, il faut savoir que chaque année, en France, 850.000 élèves entrent à l’école primaire, mais à la sortie, 150.000 ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. En 20 ans, cela fait 3 millions d’élèves qui ne savent rien, qui n’ont aucune chance de s’en sortir.

Une remarque judicieuse : le Professeur veut-il enseigner simplement pour gagner sa vie? Certes oui, mais pas seulement : il propose de l’Education, ce qui lui paraît essentiel. Il dit achetez-moi de la Connaissance. Car quand on ne connaît rien, on n’a pas envie de connaître, on ne sait pas qu’il existe autre chose.

Suit une autre question d’une importance capitale : dans ces pays, les gens peuvent-ils apprendre sans l’aide des pays plus développés ? C’est là la question la plus importante sur la planète aujourd’hui : un mot s’impose, et doit être constamment martelé : Education, Education, Education : pour ne pas être victime des autres, il faut faire en sorte que le niveau de l’Education s’élève. La peur de l’étranger peut-elle être un obstacle à la Connaissance? Oui, il faut savoir apprendre de l’Autre.

Cependant, beaucoup reste à faire dans notre pays : en France, en effet, on travaille toujours par rapport à un programme, et on travaille essentiellement tout seul. Or, dans la vie professionnelle, on travaille par objectifs, et par équipes. Le but de l’Education française n’est pas de préparer les étudiants à entrer dans la société, mais de réussir de grands concours, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays.

Mais tout cela commence à changer. D’autant plus que, ainsi que le dit Michel Serres dans sa Petite Poucette, de nouveaux éléments interviennent : en plus de ce que nous avons dans la tête, nous avons dans notre main un véritable second cerveau : téléphone portable, ordinateur, accès à tous les moyens de nous informer et de savoir.

Mais assez pour aujourd’hui, la matinée a été des plus remarquables : un superbe film, des questions pertinentes, des réponses du débatteur claires et enrichissantes, 178 élèves présents et des enseignants captivés et heureux.

Merci à François Rachline!

Mémoire 2000 a bien travaillé.

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2014: Communiqué de Mémoire 2000 et du MRAP

5 mai 2014

La cour de Strasbourg a récemment condamné la Suisse, parce qu’un négationniste turc (D. Perincek) qui soutient que le génocide arménien est un « mensonge international » y avait été condamné pour négationnisme.

L’arrêt rendu le 17 décembre 2013, qui n’est pas définitif, marque une régression de sa jurisprudence (aff : Faurisson et Garaudy en France).

Tous les génocides méritent la même attention et la même vigilance. L’arrêt rendu instaure une discrimination intolérable là ou les textes la dénoncent et la réprouvent.

Toutes les associations signataires de lutte contre le Racisme et de défense des droits de l’homme soucieuses de respect de la Mémoire insistent pour que la grande chambre de la CEDH soit effectivement saisie par les autorités suisses qui en ont le pouvoir, afin que la question puisse être examinée contradictoirement.

(Suite à ce communiqué dont Mémoire 2000 a pris l’initiative, nous avons enregistré le recours fait par la Suisse devant la Grande Chambre.)


Journal de Janvier 2014: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 17 octobre 2013

15 janvier 2014

18409360.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLE TEMPS DU GHETTO

Séance du 17 octobre 2013

Thème : La révolte du ghetto de Varsovie

Débattrice : Larissa Cain

Le temps du Ghetto, ce n’est pas un film : c’est un monument ! Pour célébrer les 70 ans de la révolte du Ghetto, dont les images terrifiantes clôturent le film, Mémoire 2000 a souhaité l’inscrire en tout début du programme de cette nouvelle année scolaire.

“Les ruines du Ghetto se confondent avec les poussières de la terre” est la première phrase que l’on entend au tout début du film : cette phrase s’appliquera tout au long de l’ouvrage qui n’est ni documentaire, ni film mais une recension des horreurs qu’ont pu vivre ces gens enfermés sans espoir, quémandant un peu de pain ou de soupe, marchant dans les rues en enjambant les cadavres. Grâce aux photos consciencieusement prises par leurs gardiens nazis et qui constituent l’essentiel du film, on peut aussi assister aux moments terribles de la révolte, de la fin du Ghetto dans les flammes et celle des hommes qui se sont soulevés et qui ont malgré tout résisté jusqu’à leur mort.

Pas un bruit, pas un mot parmi la centaine d’élèves de 2ème et de 1ère qui assistent à cette séance éprouvante. Ils semblent pétrifiés par ce qu’ils voient. A la fin du film, ils ont devant eux une petite femme, l’air décidé, qui, avant de leur donner la parole, va leur expliquer quelle fut sa vie dans le ghetto, petite fille de huit ans, enfermée là avec son père et sa mère.

 Larissa Cain

Larissa Cain

Elle raconte comment sa mère partie travailler chaque jour en usine, un jour ne revient pas. Elle ne la reverra  jamais. Quant à son père il restera près d’elle et un jour, bien plus tard, lui construira une échelle de trois mètres de haut. Elle s’évadera ainsi, petite fille seule dans le nuit, accueillie de l’autre côté par son oncle resté hors du ghetto. Son père s’évadera aussi mais il disparaitra un jour et elle ne le reverra plus jamais. Notre débattrice aborde alors son arrivée en France, à quatorze ans, son entrée au CP, puis son bac obtenu à vingt ans ! Alors les élèves l’applaudissent longuement ! Ils l’applaudissent encore quand elle évoque son travail, son mariage et ses trois enfants qui pour elle sont une nouvelle vie…

La parole est donnée maintenant, comme de coutume, aux élèves. La première question concerne les “Judenrath”, ces fameux Conseils juifs que les Nazis mettaient en place pour faire respecter la loi et faire la police. De qui étaient-ils composés ? Autre question : Pourquoi son père ne l’a-t-il pas suivie lorsqu’il lui a permis de s’évader sur cette fameuse échelle ?  Elle tient à dire combien il était difficile de se cacher en dehors du Ghetto, que les familles qui acceptaient de les aider étaient menacées de mort et qu’il y avait eu beaucoup de dénonciations, certains trafiquants vendant les juifs retrouvés pour quelques zlotis aux autorités nazies.

A quelle philosophie se référaient les Nazis demande une élève ? Mme Cain lui précise qu’il ne s’agissait pas d’une philosophie mais d’une idéologie basée sur la dite supériorité d’une race aryenne.

Autre question importante : Et  la résistance juive, comment a-t-elle pu s’organiser ? Réponse : il y avait des jeunes qui s’organisaient et se regroupaient. Ainsi en 1942  fut créé un Front anti-fasciste. Mais ces mouvements n’avaient aucune arme et ont vite disparu jusqu’à la création d’un mouvement de révolte qui plus tard obtint des armes de la Résistance polonaise.

Pour conclure, notre témoin résume l’horreur vécue dans cet enfermement : la terreur, la famine, l’entassement, la maladie. Il fallait réduire l’homme à l’état d’animal pour en fin de compte le tuer. Elle termine en insistant sur l’entraide apportée par les comités d’immeubles qui donnaient un peu d’espoir aux habitants.

Dernière question, importante sans doute aux yeux de cette jeune génération : Est-ce que les séquelles de ce qu’elle a vécu ont été répercutées sur ses enfants. Comment a-t-elle pu surmonter ces souvenirs ? Mme Cain, qui avoue être tombée malade quelques années après son retour, répond que l’on n’oublie jamais son passé. Elle n’a pas voulu en charger ses enfants. Heureusement, les nombreux livres qu’elle a publiés lui ont permis de revenir sur ces années et en transmettre le souvenir à ses enfants et petit enfants.

Chère Larissa Cain, en voyant votre visage se fermer parfois, comme si vous aviez encore ces images sous vos yeux, on se rend compte combien ce témoignage est difficile pour vous.  Alors, un grand merci d’être là devant ces élèves, d’avoir ce courage et de continuer sans relâche votre tâche de mémoire.

Claudine Hanau

 

 


Journal de Janvier 2014: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 19 novembre 2013

15 janvier 2014

18741113.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxGOODBYE BAFANA

Séance du 19 novembre 2013

Thème : l’Apartheid

Débatteur : Guy Zerhat

Le hasard a voulu que Nelson Mandela disparaisse quelques jours après notre séance.

Tout ce qui a été dit sur l’homme et son action, tous les hommages rendus par les grands de ce monde ont du, pour les élèves qui ont assisté au film et au débat, ne faire que renforcer ce qu’il ont vu et compris  du combat mené par Mandela tout au long de sa vie contre l’apartheid, et plus généralement contre le racisme et la discrimination.

La concomitance de ces événements contribuera sans doute à ce que les élèves n’oublient pas cette séance de sitôt.

 

Il y a deux héros de taille dans ce film : Nelson Mandela, bien sûr, qui passe 27 ans de sa vie en prison, mais surtout son geôlier, James Gregory,  personnage principal de l’histoire.

C’est un Blanc avec tous ses préjugés ancrés dans l’apartheid, son mépris et sa condescendance à l’égard des Noirs. Mais, avec Mandela, son jugement va changer. Le premier regard qu’ils échangent entraîne toute la suite que l’on devine : les préjugés tombent et le geôlier devient le maillon qui relie son illustre prisonnier avec l’extérieur. En parallèle se développent les difficultés qu’ont la femme du goêlier et son fils à rejoindre son parcours.

La magnifique salle du  cinéma Saint-Germain-des-Prés est bondée. Ils sont 200 élèves avec leurs professeurs, émerveillés d’être dans un si bel endroit. Beaucoup sont noirs comme Mandela.

Guy Zerhat, notre débatteur, brosse à grands traits l’histoire de l’apartheid, la grande figure de Mandela, le rôle majeur de Frederik de Klerk, président de la République, qui eut l’immense courage d’entamer les pourparlers avec Mandela.

Mais, dit-il, tout ne va pas au mieux actuellement, dans ce pays, malgré l’abolition de l’apartheid. “Vous, les jeunes, qui êtes les citoyens de demain, nous comptons sur vous pour aider à gérer tous ces problèmes de racisme et d’antisémitisme”.

Le débat s’ouvre par quelques questions sur les origines de l’apartheid, l’emprisonnement de Mandela, la mort de ses fils, le devenir de Gregory.

Puis une jeune fille demande s’il y a eu un apartheid en France ; un garçon, possiblement malien, veut savoir si d’autres pays ont connu l’apartheid, au Mali par exemple. Quand Guy explique qu’il n’y a pas eu d’apartheid ailleurs qu’en Afrique du Sud, un immense brouhaha s’élève de la salle.

Tous ces enfants de la diversité ont bien du mal à penser qu’ils sont reconnus à égalité, même en France, même sans apartheid. Ont-ils raison ?

Mémoire 2000 et toutes les autres associations antiracistes ont encore du pain sur la planche !

Hélène Eisenmann