Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance-débat du 20 novembre 2014

2 mars 2015

les-sentiers-de-la-gloire-avis-le-bric-a-brac-de-potzinaLES SENTIERS DE LA GLOIRE

Séance du 20 novembre 2014

Thème : La guerre de 14/14 (100 ans)

Débattrice : Madame Benistant

Qui se souvient que ce film, présenté une seule fois en Belgique en 1958, réalisé en 1957 et retiré de l’affiche jusqu’en 1975 date à laquelle ce film américain a été enfin autorisé à sortir en France ?

En effet, l’histoire d’une mutinerie pendant la guerre de 14/18 a été jugée trop critique contre l’armée et ses dirigeants. Certains spécialistes y avaient vu une œuvre anti-française réalisée à dessein par les Américains.

Mais Stanley Kubrick s’en est défendu en déclarant “ce film n’est en aucun cas ni pour ni contre l’armée, au maximum c’est un film contre la guerre”.

C’est un film dur, aussi dur que le sujet qu’il traite. Aussi les jeunes qui assistaient à la séance (ils étaient près de 150) semblaient heureux que l’un de leurs professeurs d’histoire présents leur donne des explications. En effet c’est Mme Benistant, du Collège Georges Duhamel, qui s’était proposée de remplacer le débatteur défaillant ce matin là et elle l’a fait avec énergie et en apportant beaucoup de précisions sur le sujet traité.

Nous l’en remercions vivement !

Venons en aux questions : Marion, élève de 3ème, est terriblement choquée que l’on ait exécuté trois soldats choisis par hasard. Hélas cela s’est produit plusieurs fois et notre débattrice précise qu’il y a eu environ 650 exécutions par représailles ou soi-disant insubordination. Parmi les moments les plus terribles montrés dans ce film, celui-ci dépasse tous les autres en horreur…

Certains élèves tiennent à faire remarquer qu’il y a une grande différence entre le front, les tranchées où les soldats se meuvent dans la boue parmi les rats, alors que dans le grand château à l’arrière, on voit les officiers discuter sans fin. Parmi eux, le Colonel Dax, (Kirk Douglas, superbe !) est le seul messager entre ces deux mondes.

Le bombardement des ses propres troupes ordonné par l’un des officiers provoque évidemment la stupéfaction chez nos jeunes spectateurs…

Manon, toujours elle, fait remarquer que dans ce film sur la guerre en majorité franco-allemande, on entend une seule voix de cette nationalité, celle d’une femme qui chante pour les soldats français…

Le moment fort du film, l’attaque de la colline, alors que les officiers savent très bien qu’elle est surement imprenable, fait réagir les élèves qui ont découvert l’incompétence des généraux qui, pour la gloire, n’hésitent pas à envoyer “les torses contre les mitrailleuses”. Notre débattrice conclut en citant les batailles les plus meurtrières, Verdun, la Somme, qui ont fait des milliers de victimes et en cite les chiffres terribles qui impressionnent nos jeunes spectateurs. Ceux-ci vont quitter la salle en silence, mais ils n’en auront pas fini avec cette guerre qui est non seulement à leur programme mais aussi dans tous les médias actuels et dans toutes les commémorations. Gageons que les images si dures qu’ils ont découvert ce matin resteront dans leur mémoire et leur donneront envie d’en savoir plus sur cette page affreuse de l’histoire.

Claudine Hanau


Journal de Janvier 2015: compte-rendu de notre séance sur « Pétain »

2 mars 2015

en25906Mémoire 2000 avait programmé pour le mardi 9 décembre, un film sur le Maréchal Pétain. Malheureusement, plusieurs classes qui avaient effectué une réservation ont dû, au dernier moment, renoncer à venir pour des raisons administratives.

Les membres de Mémoire 2000 ont néanmoins assisté à la projection de ce film, et cela nous a conforté dans notre décision de le projeter de nouveau aux élèves des lycées et collèges au cours de l’année 2015. Il s’agit en effet d’un film documentaire très instructif et en tous points remarquable, réalisé par Paule Muxel et Bertrand de Colliers, comprenant des documents d’époque filmés, alternant avec de nombreuses interventions d’historiens de renom et de personnages politiques (Henry Rousso, Robert Paxton, Marc Ferro, Robert Badinter, Denis Peschanski…). Nous pensons qu’il complètera utilement l’enseignement dispensé par les professeurs d’histoire.

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance-débat du 14 janvier 2014

5 mai 2014

1007662_fr_les_hommes_libres_1314173833187Les Hommes Libres

Séance du 23 Janvier 2014

Thème : Les Justes

Débatteur : Mohammed Aïssaoui

 

Dure, dure, cette séance. Et pourtant elle a tout pour plaire : Une salle pleine. Pour moitié, des élèves de la “diversité”, pour l’autre, des “bourges”. Un très beau film sur les Justes musulmans, en cet anniversaire de la libération d’Auschwitz : la Grande Mosquée, grâce à son directeur Kaddour Benghabrit, sert de cachette à de nombreux juifs dont un jeune chanteur séfarade qui y restera 4 ans. Et enfin, un excellent débatteur, Mohammed Aïssaoui, auteur d’un livre que je recommande chaudement : L’étoile jaune et le croissant (éditions Gallimard).

Dès la première question on comprend que le débat sera difficile, pour ne pas dire impossible, car centré sur l’actualité des juifs et des musulmans. Et si le film où l’on voit des musulmans en prière dans la Grande Mosquée est regardé dans un silence quasi religieux, dès la première question s’instaure dans la salle un brouhaha qui ne cessera plus.

-Pourquoi ne parle-t-on que des juifs et seulement d’une minorité de musulmans ?

-Que pensez-vous de l’affaire Dieudonné ?

-Si la Shoah avait concerné des musulmans et non des juifs, est-ce qu’on en aurait tellement parlé ?

-Est-ce que l’état sioniste d’Israël est légitime dans sa totalité ?

N’oublions quand même pas quelques rares questions plus “soft” qui mettent un peu de baume au cœur telles que : pensez-vous qu’un jour musulmans et juifs marcheront main dans la main ?

Notre débatteur qui s’est, de prime abord, présenté comme journaliste, écrivain, musulman, fait tout pour donner une vision positive des juifs, expliquer combien juifs séfarades et musulmans d’Afrique du Nord ont de points communs. Lui-même habite dans un quartier de juifs pieux et il s’y sent parfaitement à l’aise. Rien n’y fait. Personne ne se donne même la peine d’admirer le courage du recteur Kaddour Benghabrit, sauveur de juifs.

La séance se termine. Un élève rejoint le débatteur, expose ses idées sur Dieudonné et termine sur l’affirmation qu’on n’avait jamais pu retrouver de plans d’un crématoire à Auschwitz.

Et aujourd’hui 27 Janvier, je lis dans un compte-rendu de presse : Avec l’affaire Dieudonné une digue morale vient de sauter dans les établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par Le Figaro. “La Shoah j’en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les émissions de télé, les séries, l’école, on ne parle que de ça. Moi, ça me fait du bien d’en rire avec Dieudonné”. Une élève, oubliant qu’elle est en cours sur la seconde guerre mondiale demande : “Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif et pas du génocide rwandais ou cambodgien ?”. Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle d’histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé plainte en raison d’attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle s’est ainsi entendu dire: “On ne veut pas d’une juive comme professeur dans notre classe”.

Oui, dur, dur !

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 11 février 2014

5 mai 2014

affiche-du-film-caravane-55CARAVANE 55

Séance du 11 février 2014

Thème : les Roms

Débatteurs : Bernard Jouanneau, Madame Claude Boucher (Ligue des Droits de l’Homme)

Mémoire 2000 se faisait un devoir de projeter un film sur les Roms : sujet d’une actualité brûlante, renforcée ces derniers mois par des déclarations fortement controversées du Ministre de l’Intérieur.

Le film-documentaire présenté, montre l’action admirable, en 2003, d’un collectif de soutien aux Roms, à Achères (Yvelines). Toute la ville s’était mobilisée pour empêcher l’expulsion des Roms et les reloger dignement. Pour en débattre, outre notre Président Bernard Jouanneau, Madame Boucher, de la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’occupe particulièrement de ces problèmes, nous a enrichis de son expérience.

Tous deux insistent sur le fait que nous ne pouvons en aucune façon rester indifférents à la situation des Roms, Européens comme nous. On rappelle que, avant la guerre, les Puces de la Porte de Clignancourt ont été créées par des Roms, appelés alors “les biffins”. A l’époque, déjà, ces populations étaient sans cesse pourchassées, notamment par la police roumaine. De nos jours, des associations sont subventionnées pour leur venir en aide, des soins médicaux leur sont assurés (Médecins du Monde, Hôpital Saint-Antoine), des réseaux de militants ont été créés pour engager des démarches administratives, éviter les expulsions et leur fournir des papiers.

Pas très concernés au début, les élèves ont néanmoins posé des questions très pertinentes :

Q : Les préfets semblent vouloir protéger Paris et la région parisienne. Où donc sont envoyées les familles ?

R : En effet, des familles de Roms en viennent à errer dans Paris, parfois attaquées (Bastille, Ménilmontant, République). Mais certaines familles de Parisiens les soutiennent, la priorité étant la scolarisation des enfants, rejetés de partout. Et l’errance gagne l’Ile-de-France, Lyon, Grenoble, Montpellier. La plupart sont sédentaires, vivent en caravanes, et sont sans travail. Dans les villes, ils arrivent à se débrouiller, mais dans les campagnes, ils n’ont souvent rien à manger.

Certains ont passé 5 ans dans des bidonvilles, et vivent sur le mode Résistance : ils ne veulent plus partir, et veulent s’intégrer, acceptant le plus souvent la scolarisation. Or, on les pousse dehors : ils n’auraient pas “vocation à s’intégrer”. Des formalités engagées auprès de Pôle Emploi ont donné fort peu de résultats. Des réseaux, confortés par la politique actuelle, empêchent les enfants d’aller à l’école. Une association du 10ème arrondissement, Roms Civiques, réunit de jeunes Roms et de jeunes Français qui font un service civique dans la Communauté. La situation n’est donc pas complètement figée, “ça bouge”.

Q : Quelles mesures sont prises contre les Roms qui sont dans des réseaux de prostitution, de mendicité, etc. ?

R : Il est vrai que ces réseaux agissent en toute impunité, et il n’y a pas beaucoup de procès. Sitôt démantelés, ils se reconstituent, le plus souvent composés de mineurs, qui restent des victimes. Ils entrent dans les bidonvilles pour être protégés. Des associations tentent de pénétrer ces réseaux, qui refusent que les enfants prostitués soient scolarisés. La Brigade des Mineurs est totalement inefficace.

Q : En Roumanie, quelle différence les Roumains font-ils entre les Roms et eux-mêmes ?

R : Dans ce pays, il y a peu de travail, et la préférence nationale est la règle. Les Roms y sont pourtant depuis 200 ans, et les plus grandes différences existent dans les villes. Le terme Roms ne figure pas sur la carte d’identité. Pour ce qui nous concerne, il nous faut essayer de comprendre les stratégies des gens qui ont besoin de manger, de s’habiller et de travailler. Ce ne sont pas des “gens à part”, il n’y a pas de “spécificité rom”, de “culture rom”. Ce ne sont pas toujours des “gens du voyage”. Et pourtant, en Roumanie, des terres ne sont pas distribuées à ces Européens. Par ailleurs, très peu ont émigré (150.000 en tout). Tous les pays européens sont concernés. En Espagne, où ils sont bien plus nombreux, il y a réapparition du racisme, accentué par la crise économique. Il faut donc espérer que naisse une concertation à l’échelle européenne pour répartir les aides et favoriser la réinsertion.

Q : Les enfants Roms en France ont-ils accès au service civique ?

R : Oui, entre 16 et 25 ans, et ils échappent ainsi aux réseaux.

Les déclarations de nos gouvernants s’opposent aux notions de Liberté, de Droits de l’Homme, et aux valeurs qui sont les nôtres. Au lendemain des élections municipales, les bulldozers vont sans doute faire leur réapparition dans les bidonvilles. Et les descentes de policiers qui viennent rafler des enfants glacent certains d’entre nous, à qui cela rappelle une époque funeste. Aurions-nous donc perdu le sens du “vivre ensemble”? Il faut donc résister, se battre, ne rien laisser passer. C’est ainsi que, dans le 18ème arrondissement, la CIMADE, association d’origine protestante qui pendant la dernière guerre s’était illustrée en aidant des juifs, tente d’agir efficacement envers ces populations.

Pour terminer, un professeur-accompagnateur prend la parole pour rappeler que nous sommes tous membres de la Communauté Humaine, avec des spécificités qui ne sauraient être gommées.

Nous nous quittons donc sur ces paroles d’espoir. Espoir et avenir que représentent nos jeunes auditeurs.

Ils sont la relève.

Guy Zerhat  

 

 


Journal d’Avril 2014: compte-rendu de notre séance du 18 mars 2014

5 mai 2014

25102-b-le-tableau-noirLE TABLEAU NOIR

Séance du 18 mars 2014

Thème : l’éducation

Débatteur : François Rachline

 

Le film traite de l’accès au savoir, à l’instruction, dans les pays pauvres, plus précisément dans un Iran ravagé par une guerre cruelle et interminable avec l’Irak .

Notre débatteur, François Rachline, conseiller spécial du président du conseil économique, social et environnemental, et jusqu’en 2013 professeur d’économie à Sciences Po, saura susciter chez des élèves attentifs des questions de qualité, et y apporter des réponses percutantes. Nous vous livrons ici l’essentiel des interventions.

Premières impressions : on perçoit l’immense pauvreté, la peur permanente des bombardements, l’obstination du professeur, qui essaie de parler mais que l’on n’écoute pas. Ce Maître, avec son tableau noir, essaie de diffuser l’enseignement, c’est une lourde charge, mais les enfants ont d’autres priorités que l’instruction : ils fuient les bombardements (parfois chimiques), essaient de sauver leur marchandise.

Enfants et adultes sont tristes, et il est triste de voir que les élèves ne veulent pas apprendre. La contrebande leur permet de subsister, c’est leur vie de tous les jours. Tous ne sont pas illettrés, mais ils n’ont pas envie de comprendre, ils ont autre chose à faire que d’apprendre, ils n’en ont pas le temps.

Un élève remarque d’ailleurs que “l’éducation est refusée par nécessité”. Oui, mais la connaissance finit toujours par s’imposer : sur le tableau noir, il n’y a rien, mais dès que l’on y écrit, c’est la Connaissance qui arrive. Sans elle, on ne sait rien du monde qui nous entoure.

Quand le mari divorce, il donne à la femme le tableau noir, il transmet la Connaissance. Et cet hymne au Savoir dit autre chose : dans la vie, la Connaissance permet de ne plus avoir peur de vivre.

Dans cette Connaissance trois éléments : écrire, lire, compter. Lire, c’est communiquer ; écrire, c’est s’exprimer ; compter, c’est raisonner. A ce propos, il faut savoir que chaque année, en France, 850.000 élèves entrent à l’école primaire, mais à la sortie, 150.000 ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. En 20 ans, cela fait 3 millions d’élèves qui ne savent rien, qui n’ont aucune chance de s’en sortir.

Une remarque judicieuse : le Professeur veut-il enseigner simplement pour gagner sa vie? Certes oui, mais pas seulement : il propose de l’Education, ce qui lui paraît essentiel. Il dit achetez-moi de la Connaissance. Car quand on ne connaît rien, on n’a pas envie de connaître, on ne sait pas qu’il existe autre chose.

Suit une autre question d’une importance capitale : dans ces pays, les gens peuvent-ils apprendre sans l’aide des pays plus développés ? C’est là la question la plus importante sur la planète aujourd’hui : un mot s’impose, et doit être constamment martelé : Education, Education, Education : pour ne pas être victime des autres, il faut faire en sorte que le niveau de l’Education s’élève. La peur de l’étranger peut-elle être un obstacle à la Connaissance? Oui, il faut savoir apprendre de l’Autre.

Cependant, beaucoup reste à faire dans notre pays : en France, en effet, on travaille toujours par rapport à un programme, et on travaille essentiellement tout seul. Or, dans la vie professionnelle, on travaille par objectifs, et par équipes. Le but de l’Education française n’est pas de préparer les étudiants à entrer dans la société, mais de réussir de grands concours, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays.

Mais tout cela commence à changer. D’autant plus que, ainsi que le dit Michel Serres dans sa Petite Poucette, de nouveaux éléments interviennent : en plus de ce que nous avons dans la tête, nous avons dans notre main un véritable second cerveau : téléphone portable, ordinateur, accès à tous les moyens de nous informer et de savoir.

Mais assez pour aujourd’hui, la matinée a été des plus remarquables : un superbe film, des questions pertinentes, des réponses du débatteur claires et enrichissantes, 178 élèves présents et des enseignants captivés et heureux.

Merci à François Rachline!

Mémoire 2000 a bien travaillé.

Guy Zerhat

 


Journal d’Avril 2014: Communiqué de Mémoire 2000 et du MRAP

5 mai 2014

La cour de Strasbourg a récemment condamné la Suisse, parce qu’un négationniste turc (D. Perincek) qui soutient que le génocide arménien est un « mensonge international » y avait été condamné pour négationnisme.

L’arrêt rendu le 17 décembre 2013, qui n’est pas définitif, marque une régression de sa jurisprudence (aff : Faurisson et Garaudy en France).

Tous les génocides méritent la même attention et la même vigilance. L’arrêt rendu instaure une discrimination intolérable là ou les textes la dénoncent et la réprouvent.

Toutes les associations signataires de lutte contre le Racisme et de défense des droits de l’homme soucieuses de respect de la Mémoire insistent pour que la grande chambre de la CEDH soit effectivement saisie par les autorités suisses qui en ont le pouvoir, afin que la question puisse être examinée contradictoirement.

(Suite à ce communiqué dont Mémoire 2000 a pris l’initiative, nous avons enregistré le recours fait par la Suisse devant la Grande Chambre.)


Journal de Janvier 2014: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 17 octobre 2013

15 janvier 2014

18409360.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLE TEMPS DU GHETTO

Séance du 17 octobre 2013

Thème : La révolte du ghetto de Varsovie

Débattrice : Larissa Cain

Le temps du Ghetto, ce n’est pas un film : c’est un monument ! Pour célébrer les 70 ans de la révolte du Ghetto, dont les images terrifiantes clôturent le film, Mémoire 2000 a souhaité l’inscrire en tout début du programme de cette nouvelle année scolaire.

“Les ruines du Ghetto se confondent avec les poussières de la terre” est la première phrase que l’on entend au tout début du film : cette phrase s’appliquera tout au long de l’ouvrage qui n’est ni documentaire, ni film mais une recension des horreurs qu’ont pu vivre ces gens enfermés sans espoir, quémandant un peu de pain ou de soupe, marchant dans les rues en enjambant les cadavres. Grâce aux photos consciencieusement prises par leurs gardiens nazis et qui constituent l’essentiel du film, on peut aussi assister aux moments terribles de la révolte, de la fin du Ghetto dans les flammes et celle des hommes qui se sont soulevés et qui ont malgré tout résisté jusqu’à leur mort.

Pas un bruit, pas un mot parmi la centaine d’élèves de 2ème et de 1ère qui assistent à cette séance éprouvante. Ils semblent pétrifiés par ce qu’ils voient. A la fin du film, ils ont devant eux une petite femme, l’air décidé, qui, avant de leur donner la parole, va leur expliquer quelle fut sa vie dans le ghetto, petite fille de huit ans, enfermée là avec son père et sa mère.

 Larissa Cain

Larissa Cain

Elle raconte comment sa mère partie travailler chaque jour en usine, un jour ne revient pas. Elle ne la reverra  jamais. Quant à son père il restera près d’elle et un jour, bien plus tard, lui construira une échelle de trois mètres de haut. Elle s’évadera ainsi, petite fille seule dans le nuit, accueillie de l’autre côté par son oncle resté hors du ghetto. Son père s’évadera aussi mais il disparaitra un jour et elle ne le reverra plus jamais. Notre débattrice aborde alors son arrivée en France, à quatorze ans, son entrée au CP, puis son bac obtenu à vingt ans ! Alors les élèves l’applaudissent longuement ! Ils l’applaudissent encore quand elle évoque son travail, son mariage et ses trois enfants qui pour elle sont une nouvelle vie…

La parole est donnée maintenant, comme de coutume, aux élèves. La première question concerne les “Judenrath”, ces fameux Conseils juifs que les Nazis mettaient en place pour faire respecter la loi et faire la police. De qui étaient-ils composés ? Autre question : Pourquoi son père ne l’a-t-il pas suivie lorsqu’il lui a permis de s’évader sur cette fameuse échelle ?  Elle tient à dire combien il était difficile de se cacher en dehors du Ghetto, que les familles qui acceptaient de les aider étaient menacées de mort et qu’il y avait eu beaucoup de dénonciations, certains trafiquants vendant les juifs retrouvés pour quelques zlotis aux autorités nazies.

A quelle philosophie se référaient les Nazis demande une élève ? Mme Cain lui précise qu’il ne s’agissait pas d’une philosophie mais d’une idéologie basée sur la dite supériorité d’une race aryenne.

Autre question importante : Et  la résistance juive, comment a-t-elle pu s’organiser ? Réponse : il y avait des jeunes qui s’organisaient et se regroupaient. Ainsi en 1942  fut créé un Front anti-fasciste. Mais ces mouvements n’avaient aucune arme et ont vite disparu jusqu’à la création d’un mouvement de révolte qui plus tard obtint des armes de la Résistance polonaise.

Pour conclure, notre témoin résume l’horreur vécue dans cet enfermement : la terreur, la famine, l’entassement, la maladie. Il fallait réduire l’homme à l’état d’animal pour en fin de compte le tuer. Elle termine en insistant sur l’entraide apportée par les comités d’immeubles qui donnaient un peu d’espoir aux habitants.

Dernière question, importante sans doute aux yeux de cette jeune génération : Est-ce que les séquelles de ce qu’elle a vécu ont été répercutées sur ses enfants. Comment a-t-elle pu surmonter ces souvenirs ? Mme Cain, qui avoue être tombée malade quelques années après son retour, répond que l’on n’oublie jamais son passé. Elle n’a pas voulu en charger ses enfants. Heureusement, les nombreux livres qu’elle a publiés lui ont permis de revenir sur ces années et en transmettre le souvenir à ses enfants et petit enfants.

Chère Larissa Cain, en voyant votre visage se fermer parfois, comme si vous aviez encore ces images sous vos yeux, on se rend compte combien ce témoignage est difficile pour vous.  Alors, un grand merci d’être là devant ces élèves, d’avoir ce courage et de continuer sans relâche votre tâche de mémoire.

Claudine Hanau