Journal de Janvier 2014: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 17 décembre 2013

15 janvier 2014

4b54936029e82UNE EXECUTION ORDINAIRE

Séance du 17 décembre 2013

Thème : Mort de Staline, la fin des illlusions

Débattrice : Sabine Dullin

Staline, dans ce film, souffre de douleurs chroniques devenues insupportables. Il a entendu parler d’une jeune femme médecin, Anna, qui a le pouvoir, par imposition des mains, de guérir les douleurs. Il la fait venir au Kremlin pour le traiter.

Pour qu’elle n’ait pas la tentation d’en parler à son mari, il lui donne l’ordre de se séparer de lui. Après réflexion, pour que la rupture soit totale et sous prétexte qu’il est juif, il l’expédie au Goulag.

Le film montre aussi le fonctionnement d’un hôpital avec l’espionnite qui y règne, chacun craignant l’autre sans pouvoir faire confiance à personne, pas même à sa secrétaire personnelle. Et, aussi, l’atmosphère dans un immeuble où le concierge épie les habitants, se mêle de leur vie privée et, au besoin, les dénonce, tout particulièrement s’ils sont juifs.

Les cinquante élèves de deux classes de 3ème ont visiblement pris intérêt à cette intrigue dont la qualité de l’interprétation est exceptionnelle, celle d’André Dussolier, tout particulièrement, dans le rôle de Staline.

Sabine Dullin, professeur des Universités, spécialiste de l’URSS  – elle est l’auteur d’une excellente Histoire de l’URSS-a su avec talent, animer le débat en suscitant les questions des élèves tout en replaçant le film dans son contexte historique : la vie au Kremlin avec Staline ; son entourage familial et son caractère ; les faits qui l’ont mené à son antisémitisme ; ses collaborateurs ; les circonstances de sa mort.

Elle détaille en particulier le caractère de Staline : fils d’un cordonnier violent et alcoolique, Staline, d’une très vive intelligence, sait jouer de son charme quand il le souhaite. Mais c’est un être profondément pervers.

Ce personnage au caractère si complexe, est plutôt cultivé. C’est un cinéphile averti. Il aime la musique classique. Il sait parler au peuple qui le vénère et qui pleurera sa mort.

L’antisémitisme de Staline : il ne s’est manifesté ouvertement que tardivement. Est-ce parce que beaucoup de juifs faisaient partie de l’élite révolutionnaire ? Entre les deux guerres, il n’était pas malvenu de parler yiddish. Pendant la guerre 39-45, des juifs américains ont participé financièrement à l’effort de guerre soviétique.

Mais dans l’immédiat après-guerre, la création d’Israël change la donne. L’idée que les juifs puissent, à leur guise, rester en URSS ou en sortir, est insupportable à Staline.

C’est le début de son acharnement contre eux : faux procès, arrestations, Goulag. En tout dernier, quelques semaines seulement avant sa mort, éclate le “complot des blouses blanches”, ces médecins d’origine juive, accusés d’avoir supprimé des membres éminents de la nomenklatura. Nombre d’entre eux seront arrêtés.

Après sa mort, les poursuites seront abandonnées et ils seront réhabilités.

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2014: Assemblée Générale de l’association du lundi 2 décembre 2013

15 janvier 2014

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE du Lundi 2 décembre 2013

Bernard  Jouanneau dans son rapport moral, fait le constat que l’année qui s’achève a été marquée sous le signe de la velléité.

Le programme cinéma a été tenu avec rigueur et constance. Cependant, n’étant pas une association para-scolaire mais une association de lutte contre le racisme, l’année 2013 n’a pas montré dans ce domaine un renouveau perceptible.

Nous n’avons au cours de cette année, cessé de nous interroger sur des actions à mener dans divers domaines. Nous en sommes restés au stade des projets : ce n’est que partie remise.

Par ailleurs, le Trésorier Daniel Rachline a présenté le bilan financier.

Les comptes présentés sont contrôlés par un expert comptable et leur détail  sont déposés au secrétariat.

Cette année encore, les recettes (cotisations, dons, subventions) sont en léger excédent par rapport aux dépenses (salaire, locations de salles, films, journal, etc…) avec un bénéfice de 800€.

Nous disposons d’un compte réserve et pouvons assurer que dans l’immédiat nous avons une situation saine.

Les deux  rapports ont été adoptés à l’unanimité moins une voix.

Ils sont à la disposition des adhérents qui en feront la demande au secrétariat.

 

 

 

 


Notre séance du Mardi 11 février 2014: projection de «Caravane 55» de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, suivi d’un débat avec Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000

7 novembre 2013

affiche-du-film-caravane-55Caravane 55

Documentaire réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

France,  2003

Durée:  52 min

 

Lieu de projection

Le Saint Germain des Prés, salle Beauregard – 22, rue Guillaume Apollinaire – 75006 Paris, Métro Saint Germain des Prés

Résumé :

Achères, Yvelines, France. Depuis deux ans, Salcuta Filan, jeune femme Rrom de Roumanie, vit avec ses deux enfants et trente autres familles sur une lande de terre en bordure de la ville. Touchée par leur dénuement, la mairie n’a jamais pu se résoudre à les expulser. Mais début 2003, le nouveau gouvernement désigne les Rroms comme un “problème à résoudre”.

Le 5 mars, l’information tombe : la préfecture a prévu l’expulsion pour le lendemain matin. La ville se mobilise pendant la nuit et tente d’empêcher l’inévitable. La confrontation a lieu, mais 150 policiers encerclent le terrain et les caravanes sont détruites sous les yeux de leurs propriétaires. Achères prend alors une décision inattendue : les familles dont les enfants sont scolarisés doivent rester. Celle de Salcuta en fait partie. La mairie leur aménage un nouveau terrain au cœur de la ville et décide d’affronter le préfet.

Thème :

La situation des Roms aujourd’hui en France

Vous pouvez vous rendre sur le site dédié du film « Caravane 55 » en cliquant ici.

 

Débat :

Le débatteur est Bernard Jouanneau, Président de Mémoire 2000.

 

ACCÉDEZ AU COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE EN CLIQUANT ICI


Journal de Juillet 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mai 2013

19 juin 2013

b0d6f4bef2f74dcc227b873dd4f618118f0ec052AU NOM DU PERE

Séance du 21 mai 2013

Thème : le terrorisme

Débatteur : Me. William Bourdon

Deux volets dans ce film : le terrorisme nord-irlandais et l’erreur judiciaire. Le débatteur était Me William Bourdon, spécialisé dans les atteintes aux Droits de l’Homme, qui a défendu un certain nombre de terroristes, notamment les Français de Guantanamo, ainsi que des jeunes de banlieue détenus pendant des mois. Il a participé à la rédaction d’ouvrages collectifs sur la difficulté, pour les démocraties, de lutter contre le terrorisme sans céder à la barbarie, ayant toujours à l’esprit la phrase de Voltaire: “Préférer 100 coupables en liberté à un innocent en prison”.

La lutte contre le terrorisme peut-elle justifier les mauvais traitements (torture, détention prolongée, faux témoignages, preuves “fabriquées ”)? Bien évidemment non. A ce sujet, que penser de l’usage de drones, qui permettent d’assassiner sur un simple clic, sans aucun procès? On met là le doigt dans un engrenage dangereux avec atteinte aux droits universalistes de l’homme. Serait-ce un terrorisme d’Etat?

Pourquoi voit-on des suspects qui, sans être torturés, avouent des crimes qu’ils n’ont pas commis? Tout simplement parce qu’ils sont à bout, et ils “craquent”. Des aveux contre une souffrance infinie, le troc est malsain, il est certes rare, mais il existe!

Les Français de Guantanamo n’étaient pas très malins, beaucoup trimbalaient des problèmes identitaires, mais simplement, ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment (tout comme le héros du film). Mais il est vrai que pour un avocat, il est difficile de “tenir” sans céder à la colère ou au découragement. Et inévitablement, dans une lutte contre le terrorisme où il ne faut pas se laisser guider par l’émotion, il y a des innocents qui “trinquent”.

Autre chose: avec l’IRA, en Irlande, il y a eu des négociations, alors qu’avec certaines organisations terroristes d’aujourd’hui (AQMI, par exemple), on sait dès le départ qu’aucune négociation n’est possible; sans parler de l’auto radicalisation de certains…

Un des effets de l’hyper terrorisme est de conduire les démocraties à se saborder. C’est ainsi que certains intellectuels ont conceptualisé l’idée que “la fin justifie les moyens”, ce qui n’a jamais été démontré.

Dans le cas de Guantanamo, il est évident qu’Obama a échoué, qu’il n’a pas tenu sa promesse, ceci pour différentes raisons:

-Il n’avait la  majorité ni au Sénat ni à la Chambre des Représentants.

-Il n’a pas eu le courage politique d’affronter l’opinion publique.

Or, Guantanamo est un double fiasco:

-Fiasco d’image, car l’image des détenus a fait des dégâts considérables dans l’opinion publique arabe.

-Fiasco technique: sur 780 détenus, seuls 12 sont en voie d’être jugés, et beaucoup ne peuvent être renvoyés dans leurs pays.

Certes, face à un nouvel ennemi, il est normal que la loi s’adapte, mais l’avocat ne saurait en aucun cas transiger sur les deux principes fondamentaux que sont les droits de la défense et l’interdiction de la torture.

Question délicate: y a-t-il un “terrorisme légitime”? On doit répondre par la négative, tout en sachant que les choses peuvent évoluer:

-Certains ont été terroristes pendant plus de 30 ans, puis négociateurs de paix (Arafat).

-Des résistants français ont certes commis des crimes, et ont été plus tard “légalisés” par leur pays.

Quelle que soit la forme prise par le terrorisme, un curseur est infranchissable: il ne doit pas faire de victimes civiles. Ainsi, les opposants au régime iranien ne commettent d’attentats que contre des cibles militaires ou institutionnelles.

En fait, il n’y a pas de définition internationale du terrorisme, mais on peut penser que l’hyper terrorisme pourra un jour relever de la Cour Pénale Internationale.

Et l’on termine en revenant au film: dans une démocratie, on ne condamne jamais quelqu’un sans preuves. D’autre part, il ne faut pas fabriquer chez les policiers une “culture de l’impunité” (car aucun des policiers anglais qui ont torturé et fabriqué des preuves n’a jamais été inquiété ni puni).

Le film était certes long, mais très beau et très émouvant. Le débat aura été plus bref, mais clair et explicite, malgré la complexité du sujet.

Que tous en soient remerciés, c’était une belle matinée Mémoire 2000.

Guy Zerhat


Journal de Juillet 2013: Visite à Drancy de membres de Mémoire 2000, le 18 avril 2013

19 juin 2013

 

Vue depuis le Mémorial de la Shoah à Drancy de la Cité de la Muette, anciennement camp de Drancy, avec le monument commémoratif et le wagon de déportation

Vue depuis le Mémorial de la Shoah à Drancy de la Cité de la Muette, anciennement camp de Drancy, avec le monument commémoratif et le wagon de déportation

Cela faisait assez longtemps que les militants que nous sommes n’étaient pas allés à Drancy. La création du nouveau Mémorial nous a donné l’occasion de remédier à cette “négligence”. C’est ainsi que le 18 avril dernier, nous nous retrouvâmes, une dizaine de militants, à visiter ce magnifique mémorial.

En dehors de l’architecture du bâtiment, qui est d’une grande sobriété et d’une grande beauté, ce qu’on y voit ne laisse pas intact. Cela nous rappelle les raisons de notre engagement et redonne, malheureusement, “du cœur à l’ouvrage”, afin que de telles horreurs ou d’autres ne puissent se reproduire.

70 ans après on en est encore à se demander comment des hommes ont pu, le cœur de pierre, participer à l’horreur que fut pour des milliers de personnes, cet internement prélude à l’extermination.

Quand on voit les photos et qu’on lit des lettres écrites parfois par des enfants de 7 ans, on a honte d’appartenir à cette espèce que l’on dit humaine, et qui en cette occurrence, s’est montrée sauvage et sans pitié…

On s’interroge encore et toujours: Pourquoi ? Mais, comme répondait un nazi à cette même question : il n’y a pas de pourquoi. Et ça c’est difficile à avaler.

Je vous le redis, on ne sort pas indemne d’une telle visite, mais il est indispensable de la faire.

Lison Benzaquen

*  *  *

Monument commémoratif et Mémorial de la Shoah à Drancy (fond, à droite)

Monument commémoratif et Mémorial de la Shoah à Drancy (fond, à droite)

Jean ne savait pas qu’il était juif.

Jean ne savait pas que sa mère était juive.

Jean ne savait pas que sa mère avait accouché à Drancy, au camp de l’enfer.

Jean est mon ami depuis 40 ans.

Je ne savais rien de lui !

Plus qu’un musée, c’est une fenêtre sur notre histoire qui nous est offerte et nous sommes pris de vertige, lorsque, au 3° étage, nous réalisons avec effroi, que le camp était bien réel, là, sous nos yeux.

C’est à la suite d’un travail d’investigations exceptionnel, que Patrick Rothman et son équipe, ont réussi à délier les langues du camp de “la Muette”, grâce à eux, Fanny Migdal, (mère de Jean) et bien d’autres ont pu libérer leur parole enfouie depuis tant d’années. Grâce encore à cette équipe, Jean a pu tisser la trame de son histoire, Fanny, sa mère a enfin trouvé en elle la force de la justesse de la vérité.

Merci infiniment à la Fondation de la Shoah, à la ville de Drancy pour cette initiative, ô combien nécessaire ! Ce musée en plein cœur d’une cité sensible dégage une émotion qui nous submerge !

Joëlle Saunière

*  *  *

L’architecture du Mémorial par sa sobriété, son dépouillement, nous prend, nous absorbe, et par ses grandes baies vitrées nous plonge dans cette cité au lourd passé…

La mémoire est là, tellement présente qu’elle étouffe la vie de ses actuels habitants, on se sent presque voyeur de l’horreur…

Marie-Claude Godon

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Monument commémoratif du camp de Drancy, le wagon de déportation-témoin et la cité de la Muette en arrière plan

Monument commémoratif du camp de Drancy, le wagon de déportation-témoin et la cité de la Muette en arrière plan

Un bâtiment très design fait face au wagon de Drancy : c’est le Mémorial ouvert en 2012. A l’intérieur de grandes salles claires abritent panneaux explicatifs, écrans, photos et bien sûr audiophones…c’est remarquable et la sophistication n’exclut sûrement pas l’émotion…

Mais je ne peux m’empêcher de revoir le local plutôt sinistre, meublé de chaises où prenaient place les élèves bien sages que nous amenions des lycées et collèges de Paris et de banlieue pour visiter ce qu’il restait du Camp….Quelques photos, une petite télé : c’était tout et cependant, grâce au récit d’un témoin incomparable, Francine Christophe, ils pouvaient réaliser ce qu’avait été la vie dans ce prélude à l’enfer. Je suis sûre qu’ils n’ont pas oublié ce qu’ils ont entendu ces matins là mais je suis sûre aussi que d’autres élèves viendront nombreux aux futures visites que nous organiserons à la demande de leurs professeurs, et cela dans le Mémorial qui les attend et toujours en présence de témoins…

Enseignants, contactez nous vite! C’est important de transmettre la mémoire…

Claudine Hanau

*  *  *

Les immeubles tristement célèbres en forme de U. Au milieu un modèle de wagon à bestiaux non moins tristement célèbre. Un petit monument du souvenir.

En face un superbe bâtiment à l’architecture audacieuse en guise de musée.

Une impression vague que cette cohabitation pose problème…Je ne sais l’exprimer, mais le ressent fortement.

Daniel Rachline

*  *  *

La visite du Mémorial de Drancy s’imposait à notre association dont la vocation est bien de sauvegarder la mémoire de l’Holocauste des six millions de juifs exterminés par les nazis. Les derniers déportés survivants du camp de Drancy resteront toujours parmi nous grâce à leurs témoignages enregistrés, illustrant les coupures de presse et les photos de la vie du camp avec notamment le départ des enfants entassés dans un wagon  à destination des camps d’extermination.

La visite du président Hollande à l’inauguration du Mémorial, démontre fort bien la volonté, au plus haut niveau, de contribuer non seulement à maintenir la flamme du souvenir mais encore au travers d’une documentation toujours enrichie, d’une salle de conférences et d’outils informatiques adaptés,  permettre aux jeunes générations d’avoir une pleine connaissance d’un crime contre l’humanité, la Shoah, pour éviter le renouvellement d’une semblable tragédie.

Maxime Perrault

*  *  *

Drancy. Un nom qui résonne toujours bizarrement pour moi, un nom attaché à ce passé qui ne passe pas.

Le Mémorial est une réussite. Des baies vitrées donnent sur le camp de Drancy, sur ces bâtiments de la cité de la Muette, aujourd’hui habitée par des familles, parfois immigrées, toujours de conditions modestes. Télescopage des temporalités, superposition de lieux imaginairement irréconciliables. Drancy, le camp où des dizaines de milliers de malheureux sous-alimentés furent internés dans l’attente d’un départ vers l’est, un départ dont nous savons où il allait les mener, et Drancy aujourd’hui, une cité HLM, ses habitants avec leurs difficultés et leurs joies, une cité absolument banale.

Un des étages du Mémorial est dédié aux recherches documentaires. L’une d’entre nous a demandé à l’une des documentalistes les informations qu’il y aurait peut-être sur l’internement de ses parents à Drancy, avant leur déportation sans retour. Aide précise de la documentaliste.

Lorsque nous avons retrouvé l’air libre, nous avons croisé un groupe de lycéens venu visiter le Mémorial. Ils étaient silencieux. Nous avons marché chacun à son rythme vers la sculpture en pierre et le wagon-témoin situés à l’entrée de la cité de la Muette. La mémoire du passé revient violemment, une mémoire constituée pour moi des paroles des témoins directs du camp de Drancy, de la chair de leurs mots, de leurs silences aussi. Leurs paroles, m’accompagnent et me reviennent aussi en mémoire les paroles de Claude Lanzmann dans son film sur Sobibor, “ici, c’est l’extérieur du camp, là, quelques mètres plus loin, c’est la mort”. Drancy, antichambre de la mort.

Je songe que ce lieu est absolument inhabitable. Quelque chose d’obscène à ce que la vie se déroule ici comme si de rien n’était. Comme une profanation. L’édification du Mémorial du camp de Drancy est un pas important, mais inachevé. Espérons que la cité de la Muette sera bientôt ce qu’elle aurait dû être depuis la fin de la guerre et de la Shoah. Le Mémorial de la déportation des juifs de France.

Rose Lallier


Journal d’Avril 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 24 Janvier 2013

4 avril 2013

VOD11245_majaqLE PROCES D’ADOLF EICHMANN

Thème : Il y 50 ans, le procès Eichmann

Débatteur : Michaël Prazan

Le film de Michaël Prazan et Annette Wieviorka a été réalisé en 2011 à l’occasion du cinquantième anniversaire du procès d’Adolf Eichmann. Léo Hurwitz, un réalisateur américain, avait obtenu l’autorisation de filmer le procès in extenso.

Grâce à une technique de vidéo-captation, il avait pu diffuser à toutes les télévisions du monde, en très léger différé, les différentes phases du procès, lui donnant un énorme retentissement. Et ainsi le monde entier pu enfin prendre connaissance de ce qu’avait été la Shoah.

Le procès terminé, s’était posée la question de la conservation de ces milliers de cassettes. Elles ont été confiées à une organisation juive à New York. Ses adhérents avaient le droit de les emprunter, si bien que maintenant, un grand nombre de ces cassettes a disparu.

C’est à partir du stock de cassettes restantes que Michaël Prazan a fait son choix pour retransmettre au mieux l’atmosphère du procès et la personnalité d’Eichmann.

Nos élèves de première et terminale ont suivi intensément ce film fascinant où l’on voit Eichmann, à l’abri dans sa cage de verre, confronté, sans aucun état d’âme apparent, aux témoignages poignants de rescapés de la Shoah. Par leurs questions, les élèves ont montré combien, avec leurs professeurs, ils avaient réfléchi en profondeur à cet aspect terrifiant de l’Histoire.

Michaël Prazan répond à leurs interrogations en resituant le film dans le contexte international d’alors. Le procès de Nuremberg s’était tenu dès 1945 et avait jugé les criminels de guerre. L’Allemagne était devenue une puissance alliée de l’Occident et personne n’avait envie de se replonger dans le passé.

En Israël, en revanche, Ben Gourion comprend qu’un grand procès de ce type permettrait d’apaiser les tensions internes entre les fondateurs du pays et les rescapés des camps, considérés par certains comme des lâches qui n’avaient pas su s’opposer aux nazis. A l’extérieur, il veut montrer au monde ce qui s’est réellement passé et prouver qu’Israël assume le devoir de mémoire.

De fait, le procès Eichmann a permis une réconciliation entre les différentes parties car les Israéliens de souche ont mieux compris les horreurs de la Shoah. Ils ont découvert à la fois qu’il y avait eu certains actes de résistance héroïque et que, demander une résistance à ces millions de gens, femmes, enfants, vieillards, à qui l’on avait menti, qu’on avait brutalisés, affamés, épuisés, était une méconnaissance totale de la situation réelle des Juifs d’Europe.

Quant à Eichmann, tout au long du procès il s’est efforcé de démontrer qu’il n’était qu’un simple exécutant. C’est d’ailleurs la théorie d’Hannah Arendt. Elle le voit comme une victime dans sa cage de verre, un simple criminel de bureau. C’est sa thèse sur “la banalité du mal” parue dans le New-Yorker. Pour Michaël Prazan, Arendt s’est beaucoup trompée, elle n’aimait pas Israël et a peu assisté au procès. En particulier, elle n’y était plus lors de la défense d’Eichmann qui s’est montré très brillant dialecticien, démentant, par sa virtuosité, sa prétendue médiocrité.

Joseph Kessel qui rendait compte du procès s’était ainsi exprimé : Quant le Président a interrogé Eichmann et lui a dit “levez vous”, Eichmann a bondi et s’est mis au garde à vous. C’est la seule fois où Eichmann s’est senti coupable.

Daniel Rachline conclut la séance en remerciant Michaël Prazan. Il rappelle le rôle de Mémoire 2000, la disparition progressive des témoins. Daniel est de ceux qui ont porté l’étoile jaune pendant la guerre. Quand nous aurons disparu, dit-il, c’est par des films comme celui-là que la Mémoire sera transmise.

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 12 février 2013

4 avril 2013

Autopsie+d+un+mensonge-27634AUTOPSIE D’UN MENSONGE

Thème : le négationnisme

Débatteur : Bernard Jouanneau

En introduction au débat, Bernard Jouanneau explique qu’il a consacré 30 ans de sa vie à se battre contre les négationnistes mais il s’est aperçu que c’était un combat sans fin. On croit les terrasser mais ils resurgissent toujours, en particulier via internet. Robert Badinter, dit-il, dont j’ai été le collaborateur, puis l’associé, puis le défenseur, avait déclaré, lors d’une émission de télévision : “J’ai fait condamner Robert Faurisson comme faussaire de l’histoire”. Attaqué à son tour par Faurisson, c’est Bernard Jouanneau qui assure sa défense. Il obtient que Faurisson soit débouté et condamné à payer les frais de justice.

Les questions des élèves montrent combien, avec leurs professeurs, ils dominent déjà le sujet.

Quels sont les rapports entre le FN et les négationnistes ? Comment se fait-il que le FN ait actuellement  plus d’écho qu’il n’en avait à l’époque du film ?

— C’est “grâce” au travail de Marine Le Pen. Elle a su faire évoluer son parti pour qu’il fasse moins peur : il n’y a plus les incartades de son père, les “durafourcrématoire” et autres.

Est-ce que les négationnistes avaient des preuves concrètes de ce qu’ils prétendaient ?

– J’ai consacré six mois à ce sujet. J’ai en vain recherché leurs preuves. J’ai été en Pologne, en Israël et j’ai ainsi pu montrer qu’ils avaient falsifié l’histoire. Leurs arguments, l’impossibilité de faire entrer 2000 à 3000 personnes dans un espace de 40m2, les heures qu’il faudrait pour asphyxier tant de monde, tous ces arguments ont pu être démontés. Il y a eu les déclarations des rescapés des sonderkommandos, les récits existent, ils ont été enregistrés par les historiens. Les chimistes ont prouvé que la chaleur et l’entassement des corps accéléraient l’asphyxie. Moi-même j’ai eu des preuves que les SS dissimulaient leurs crimes par des langages codés.

Après le retour des déportés, comment  a-t-il pu y avoir des négationnistes ?

– Certains, comme Rassinier, étaient des survivants des camps de concentration (Buchenwald, Dora) où les conditions de vie étaient épouvantables sans toutefois être comparables avec celles des camps d’extermination comme Auschwitz. Rassinier a ainsi pu affirmer qu’il n’avait pas vu de chambres à gaz ni de fours crématoires. Les rescapés d’Auschwitz, à leur retour, auraient voulu parler mais, la paix revenue, personne ne souhaitait les écouter. Ainsi, Sam Braun a attendu d’avoir 78 ans pour se sentir capable de témoigner.

Les négationnistes, quand on leur montrait les preuves concrètes, cheveux, photos, etc, ça ne les convainquait pas ?

– Les nazis avaient pris soin de détruire les chambres à gaz et de faire évacuer les camps. De toute façon les négationnistes se moquent de toutes les preuves. Ils ont des méthodes diaboliques, non scientifiques.

Pourquoi veulent-ils à ce point nier? Quelle est leur motivation ?

– Je suis convaincu que leur ressort fondamental est l’antisémitisme. Faurisson a passé sa vie entière à défendre ses thèses. J’ai toujours soutenu que le génocide est, en lui-même, une négation. Il en a été de même pour les Arméniens ou pour les Tutsis. Pour ma part, je continue à plaider mais, dans les salles d’audience, on se sent souvent bien seul. Les partisans de Faurisson sont dans la salle. On sent la haine qui vous pèse sur les épaules.

Daniel Rachline, trésorier de Mémoire 2000 prend la parole : Je suis né avant la guerre, je suis juif, 27 personnes de ma famille ont leur nom gravé au Mémorial. En leur nom, je remercie mon ami Bernard pour l’action qu’il mène avec tant de constance, bien que son éducation et sa tradition familiale n’aient eu, a priori, rien pour orienter son action en ce sens ».

Bernard Jouanneau : C’est exact, j’ai débarqué dans le négationnisme en 1970. C’était une question d’humanité et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Nous, les associations, agissons contre les débordements des négationnistes et d’internet pour défendre, non pas les Juifs, mais l’Homme.Vous, les jeunes, à vous de prendre le relai.

N’en aurait-il qu’un seul parmi vous, ce serait déjà une victoire.

Hélène Eisenmann


Journal d’Avril 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 21 mars 2013

4 avril 2013

863407-l-affiche-du-film-637x0-1LES FEMMES DU BUS 678

Thème : La violence envers les femmes

Débattrice : Marie-France Hirigoyen

Lorsque nous avions choisi le thème de cette matinée, “La violence envers les femmes” et décidé de projeter ce récent film égyptien, nous pensions que le débat aborderait surtout les violences existant dans des pays de culture similaire. Or, bien que l’attitude des hommes dans les bus du Caire ait semblé choquer beaucoup notre jeune public, surtout les garçons, on a changé très vite de terrain et on a assisté à un débat très animé, un véritable règlement de compte, sur les relations filles/garçons, ici en France et même dans la classe présente ce matin!

Notre débattrice, Mme Hirigoyen, psychiatre psychothérapeute et victimologue, spécialisée dans ce domaine, a su très habilement diriger les vifs échanges, où l’on a entendu un jeune homme excédé par les histoires de filles violées, s’exclamer “et les garçons, ils ne sont pas violés eux ?” (grands rires dans la salle!)

Le débat porte surtout sur le fait que les garçons s’adjugent le droit de “collectionner” les conquêtes alors que les filles agissant de même se font traiter de “putes”, ce contre quoi elle s’indignent et vivement !

La question de fond surgit “pourquoi les hommes sont-ils dominants” ? Notre débattrice donne alors quelques explications historiques sur cette domination qui a ses racines dans le passé alors que les hommes étaient polygames. Cela a changé maintenant car l’autonomie des femmes remet en question le pouvoir qu’ils détenaient avant, mais à entendre les élèves, on en doute un peu… L’une des jeunes filles présentes s’exclame “cela ne changera donc jamais ! ”

Un mot revient souvent au cours du débat, celui de “respect”, un terme que semblent aimer les garçons et qu’ils ont proclamé plusieurs fois en parlant des filles. A leurs yeux, elles manquent de respect et aussi semblent ne pas se respecter elles-mêmes !

Cette agressivité affirmée des élèves masculins, que leurs enseignants ont eu parfois du mal à canaliser, nous a paru assez étrange et nous reporter bien en arrière, à nous les organisateurs à qui cette époque de soi-disant supériorité semblait bien terminée ! Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas fini de nous étonner !

Et si des parents et des grands-parents venaient assister à l’une de nos séances ? Sans doute seraient-ils aussi bien étonnés par ce genre de dialogue, spontané certes, mais oh combien dérangeant et qui leur apprendrait peut-être bien des choses !

Claudine Hanau

Mme Hirigoyen est l’auteure notamment d’ “Abus de faiblesse et autres manipulations”, paru en 2012 aux Editions J.C.Lattès.

 


Journal d’Avril 2013: Internet poubelle

4 avril 2013

Je voulais parler sereinement des 3èmes Assises nationales de lutte contre le négationnisme qui se sont tenues le 27 janvier dernier à l’ESG Managment school. Pour cela je suis allée consulter internet afin de nommer sans me tromper les intervenants et évoquer la teneur de ce qui avait été dit au cours de cette journée. Mal m’en a pris…

Ce que j’ai découvert m’a soulevé le cœur : des commentaires tous plus orduriers les uns que les autres…Il ne s’agit même pas de négationnisme ou d’argumentations pour étayer une thèse, mais d’injures grossières, de plaisanteries grasses, de poncifs et du pur antisémitisme.

Comment devant tant de haine et de volonté affichées de ne rien vouloir entendre peut-on agir ? On se prend à penser que finalement ce genre de manifestations ne servent qu’à convaincre les convaincus et à attiser la haine et la crispation des amis de Faurisson et autres professionnels de l’injure et de l’antisémitisme.

Faut-il pour autant abandonner tout espoir ou au contraire persévérer et continuer coûte que coûte à organiser des Assises, à parler, à démonter ? La réponse est dans la question: bien sûr qu’on se doit de continuer et d’essayer par tous les moyens de gagner du terrain sur la haine et la bêtise.

Mais que c’est difficile…

Lison Benzaquen


Journal d’Avril 2013: Mémoire 2000 sur tous les fronts

4 avril 2013

A la suite de “l’affaire” du juge de Lyon, dont nous avons déjà parlé ici, est paru sous la signature d’Alice Géraud, un article dans Libération du 11 février 2013, dont nous vous donnons connaissance ci-dessous.

JUSTICE : Une association (Mémoire 2000) a assigné l’auteur d’une demande de récusation d’un juge pour judaïté supposée.

“L’avocat lyonnais qui avait demandé la récusation d’un magistrat au motif qu’il était…juif (selon lui) va devoir s’expliquer devant un tribunal. Une association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Mémoire 2000, vient en effet de l’assigner pour “provocation à la discrimination” à l’égard d’une personne en raison de son appartenance supposée à “une ethnie, une nation, une race ou une religion”.

Délit prévu par la loi de 1881 et puni d’une peine maximale d’un an de prison et de 45000€ d’amende. Ce procès s’ajoute aux poursuites disciplinaires demandées par le parquet général, suite à la révélation de l’affaire, le 26 novembre par Libération.

[…] Le magistrat visé, Albert Lévy, ancienne figure du Syndicat de la magistrature, a fait l’objet dans sa carrière de plusieurs attaques antisémites. La dernière en date remonte à 2012, quand le groupuscule islamiste Forsane Alizza avait projeté de l’enlever parce que …juif supposé […]

Le parquet de Lyon n’avait réagi qu’après la publication dans la presse du contenu de la requête. Mais il s’était montré extrêmement prudent sur la possibilité de poursuivre pénalement l’avocat, d’où la demande de poursuites disciplinaires via le conseil de l’ordre des avocats. Car se pose un problème de droit, que l’association Mémoire 2000 risque de se voir opposer: l’immunité des paroles et écrits produits devant les tribunaux.

En France, nul ne peut en effet être poursuivi pour des propos tenus lors d’une audience. La question dans ce cas, explique Bernard Jouanneau, président de Mémoire 2000 et lui-même avocat (il fut l’ancien associé de Robert Badinter), est de savoir si la fameuse requête “constitue ou non un écrit public”, et tombe donc sous le coup de la loi sur la provocation à la discrimination.

Atteinte grave. Pour lui, la réponse est oui, à partir du moment où, déposée aux greffes, elle est lisible par des tiers. Et encore davantage lorsqu’elle a été rendue publique par la presse. “Il est certain que cela fera débat en droit, mais on ne peut pas laisser passer des propos pareils, explique Bernard Jouanneau. Nous sommes dans le cas d’une atteinte grave à la dignité humaine. Cet avocat a demandé à ce qu’un juge soit récusé, exclu de ses fonctions en tant que juif, comme le furent à une autre époque d’autres juifs exclus des emplois publics”.


Journal de Janvier 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 16 octobre 2012

9 janvier 2013

affiche-sarahELLE S’APPELAIT SARAH

Thème : la rafle du Vel d’Hiv

Débattrice : Sarah Lichtsztejn-Montard

 

“Que pensez-vous du devoir de mémoire ?” Telle fut la première question posée ce matin là par une élève à Sarah Montard.

— La mémoire est un garde-fou contre la folie aimait à dire Sam Braun. Sarah Montard témoigne et transmettra jusqu’à sa mort dit-elle…

Une séance remarquable, une salle comble (200 élèves de tous les quartiers de Paris), un “silence habité” dès les premières images de ce film bouleversant magnifiquement adapté du livre de Tatiana de Rosnay…Applaudissements et émotion générale à l’issue de la projection.

Le témoignage poignant de notre débattrice, arrêtée à l’âge de 14 ans (elle raconte cette journée de terreur lorsqu’elle et sa mère furent emmenées avec violence au Vel d’Hiv), bouscula quelques certitudes des élèves. Son évasion exceptionnelle du Vel d’Hiv, sa nouvelle arrestation 2 ans après sur dénonciation, sa déportation à Auschwitz pendant un an, la marche de la mort, le typhus, sa rencontre avec Anne Frank, tout ce parcours hallucinant a secoué l’ensemble des élèves qui ont eu envie d’en savoir d’avantage :

— Comment vivez-vous tout cela ?

— Avez-vous pensé au suicide après ?

— Aucun être humain ne pourrait vivre ce que vous avez vécu !

— Comment continuer de vivre en France en sachant que ce sont des Français qui vous ont trahie et arrêtée ?

— Faut-il tourner la page ? etc…

S.M.: Nous avons tous été choqués effectivement. Pendant 40 ans, je n’ai pas parlé, comme bien d’autres, nous nous sommes tus. Le film La mémoire meurtrie, a été interdit en France pendant 40 ans, mémoire meurtrie par les actes inhumains et aussi par le silence imposé ! Mais vous savez, j’ai toujours eu le désir d’avancer, l’optimisme m’a gagnée et aidée (théorie du verre plein), mais soyez toujours attentifs à toute forme de discrimination quelle qu’elle soit, qui entraîne la haine et la violence. Applaudissements des élèves

Sarah Montard a su toucher le cœur des enfants qui vivent, pour certains, encore actuellement des situations discriminatoires. Elle a su leur faire passer de nombreux messages de paix et de résistance : On peut toujours désobéir aux ordres lorsqu’ils sont ignominieux, faisant référence aux policiers français du 16 juillet 1942. Ne pas tourner la page car l’histoire se répète, tout le monde est concerné : hier les juifs, aujourd’hui les arabes et les noirs, demain les blonds aux yeux bleus…la haine est une imbécilité, une horreur, mais non je ne ressens pas de haine, sinon je serais assimilée à mes bourreaux ! Mais je n’oublie pas, j’ai appris à vivre avec Auschwitz !

La salle fut alors à son comble de sidération mêlée d’une grande admiration pour cette femme hors du commun.

Rappel : Déportés résistants : 40% de survivants

Déportés juifs : 3% de survivants

En France :76 000 déportés, 2 500 survivants.

Vient de paraître Chassez les papillons noirs  de Sarah Lichtsztejn-Montard dans la collection Témoignages de la Shoah, à lire absolument !

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2013: compte-rendu de notre séance Cinéma-Débat du 15 novembre 2012

9 janvier 2013

El_Havre-934517564-largeLE HAVRE

Thème : l’immigration

Débatteur : Bernard Jouanneau

On boit et on fume beaucoup dans ce film. Mais tout le monde est si gentil. Le gentleman clochard recueilli par l’étrangère au grand cœur, victime de son excès de tabac. Les commerçants voisins qui ferment les yeux sur les chapardages du clochard et qui l’aident à sauver un charmant jeune noir sans papiers. Caché avec une centaine d’autres dans la cale d’un bateau, il vient de débarquer au Havre. Il rêve de rejoindre sa maman qui a déjà réussi à gagner Londres. Son gentil grand-père a moins de chance : il est bouclé dans un centre de rétention.

Le chef de la police, magnifiquement interprété par Jean-Paul Darroussin, est d’un courage exemplaire : au risque de sa carrière, il va participer à la cache du jeune noir et à son évasion. Toujours là pour poursuivre délinquants, trafiquants ou autres malfrats, il se refuse à mettre la main sur un enfant dont le seul tort est d’être sans papiers.

Deux cent élèves étaient venus de tous horizons, les beaux quartiers et aussi les autres, moins favorisés, qui connaissent au quotidien les regards inquisiteurs et l’importance des papiers en règle. Ce si beau film les a profondément touchés. Ils avaient visiblement déjà beaucoup réfléchi au sujet avec leurs professeurs. Leurs questions sont précises, sur les droits et devoirs des immigrés, sur l’accueil et la défense des “sans papiers”, sur la lutte contre le racisme. Notre président, Me Bernard Jouanneau, expose avec sa clarté habituelle les lois de la République, en particulier la loi de 1972 qui vise à réprimer les incitations au racisme.

Léopold se demande comment se situe la France en Europe pour l’accueil des étrangers.

Pendant longtemps, explique Me Jouanneau, par tradition républicaine, la France était un modèle. Mais les circonstances actuelles avec la crise et le chômage ont rendu chaque pays plus circonspect. Comme l’avait déjà dit Michel Rocard, la France ne peut accueillir toute la misère du monde. Et maintenant, en Europe, la France se situe dans une triste moyenne. En 2011 il y avait eu environ 35.000 reconduites à la frontière.

Lætitia est applaudie quand elle se désole qu’on en soit encore là au XXIème siècle. Me Jouanneau l’approuve tout en rappelant les difficultés engendrées par la crise mondiale. Il note toutefois une amélioration de taille : depuis le mois de juillet dernier, aider un étranger sans papiers n’est plus considéré comme un délit. De même, l’évolution de la garde à vue qui s’appelle maintenant, pour les sans-papiers, la retenue. Elle ne dépend plus de la police mais de la justice et ne peut excéder une durée de 16 heures.

En guise de conclusion, deux adhérentes de Mémoire 2000 prennent la parole :

Marie-Claude Godon, cinéaste, a un mot d’espoir. Elle constate que, depuis une dizaine d’années, les acteurs noirs sont de plus en plus prisés, non plus dans des rôles caricaturaux, mais tout simplement comme des représentants de la France plurielle.

Joelle Saunière insiste sur le fait qu’il y a presque autant de Français à l’étranger que d’étrangers en France. Ces étrangers, pour la plupart, travaillent et paient leurs impôts. Ceci montre à quel point la France peut et doit rester une terre d’accueil.

Tonnerre d’applaudissements de la part des élèves.

Allons, soyons optimistes, la jeunesse qui monte sera là pour que la France de la Révolution redevienne un phare pour les pays d’Europe.

Hélène Eisenmann


Journal de Janvier 2013: compte-rendu de notre séance du 11 décembre 2012

9 janvier 2013

1000096_fr_la_trahison_1310561903220LA TRAHISON

Thème : il y a 50 ans les accords d’Evian

Débatteur : Tramor Quemeneur*

Cette belle séance s’est déroulée en deux moments : la séquence “émotion” comme dirait Nicolas Hulot… et la séquence “histoire” où notre débatteur, M.Tramor Quemeneur, Professeur d’histoire à Paris 3, a su remarquablement retracer ce qu’avaient été les relations entre la France et l’Algérie depuis la conquête de 1830 jusqu’aux Accords d’Evian dont on célèbre le aujourd’hui le 50ème anniversaire.

L’émotion d’abord devant les images très dures de ce film dont l’histoire est basée sur des faits qui ont réellement existé.

Dès le début, la suspicion s’installe et la trahison prend corps. Un sous-officier qui avait rallié les rangs du FLN est revenu dans ceux des Français… On ne le verra jamais mais le doute s’installe dans les esprits, tant dans ceux des officiers de l’armée régulière que dans ceux des jeunes arabes enrôlés dans cette armée.

La guerre est là, avec ses embuscades meurtrières, ces grenades qui détruisent les caches des fellaghas, et dont on voit ensuite les cadavres alignés par terre. Et l’on constate très vite que ce n’est pas une guerre comme les autres : l’armée compte dans ses rangs de jeunes Algériens qui se posent bien des questions. Ils se sentent traîtres à leur pays, et pour eux ce pays ce n’est pas la France. Leurs visages, grâce au jeu des acteurs excellents sont magnifiquement filmés reflètent les difficiles questions qu’ils se posent : “Que faisons nous là, combattant nos frères ? ” et autre grande question “est-ce que la France ne nous abandonnera pas après ?”.

Et qu’ont pensé les jeunes élèves, cinquante ans après, en voyant les pauvres habitants chassés de leurs douars, marchant en longues files vers les camps de “regroupement”.  En voyant ces images terribles, ils ont sans doute eu du mal à admettre les drames humains que cette guerre avait entraînés.

Après le film, place à la seconde “séquence” : l’histoire.

La première question posée donne une bonne idée de la réaction des élèves : “après la guerre, la France et l’Algérie,  ont-ils été des frères ennemis ”? Cela l’a été longtemps précise le débatteur. La situation s’apaise lentement et la prochaine visite de François Hollande en sera sans doute une preuve.

On lui demande quelle est la place de la langue française dans le pays ? Le professeur Quemeneur explique qu’après 45 il y avait 90% d’illettrés parmi les arabes et que leur langue avait été pratiquement détruite par le colonisateur. De nos jours, l’arabe est devenu la langue officielle mais le Français est souvent encore utilisé et beaucoup de mots français parsèment la langue courante…

Un élève se préoccupe de savoir ce qui est arrivé en Algérie depuis les 50 dernières années.

Beaucoup de difficultés répond le débatteur ! Mais dans l’ensemble, une absence de ressentiment contre le colonisateur, encore que la reconnaissance de la pratique de la torture par certains ex-officiers français ait crée un véritable choc…

En réponse à d’autres questions, la situation des Français d’Algérie, obligés de quitter le pays qui était le leur depuis des générations a été évoquée ainsi que la véritable guerre menée pas l’OAS, et bien sûr la terrible situation des Harkis, les uns abandonnés par la France et assassinés en grand nombre, les autres bien mal accueillis dans le pays qu’ils avaient servi…

Un passé qui passe difficilement, mais des élèves qui auront pu approfondir, grâce à un très riche débat, la relation si complexe entre le colonisé et le colonisateur, et le difficile retour à l’indépendance.

Claudine Hanau

*Auteur avec Benjamin Stora de : 

“La guerre d’Algérie” paru en 2012 et de l’ouvrage “Algérie 1954-1962, carnets et récits des Français et des Algériens pendant la guerre.”


Journal de Janvier 2013: Une belle fête

9 janvier 2013

Voilà, c’est passé et ça s’est très bien passé!

Vous l’avez compris, je parle de la fête organisée pour les 20 ans de notre association.

C’était donc le 26 octobre dernier, au Studio Raspail, salle magnifique, classée, qui rappelle des souvenirs aux plus anciens d’entre nous, car c’était une salle de cinéma qui, du temps où nous étions encore étudiants (…) avait une programmation formidable et nous y étions souvent “fourrés”, presque autant qu’à la Cinémathèque (aujourd’hui disparue) de la rue d’Ulm.

Donc salle mythique où nous nous sommes retrouvés très nombreux (200) à assister au spectacle concocté avec brio par Nic Mazodier.

Nous avons été génialement inspirés en nous adressant à Nic Mazodier, formidable comédienne d’un style très particulier et au parcours peu banal.

Avant de devenir comédienne Nic Mazodier est passée par diverses expériences plus intéressantes les unes que les autres. D’abord professeur de philosophie, elle devient sculpteur(se) et crée de magnifiques objets et personnages en fil d’aluminium, qu’elle appelle des “Aérofils”. Puis elle passera par le bénévolat et fera de l’écoute dans une association. Des confidences recueillies naîtra un ouvrage De bouche à oreille qu’elle métamorphosera en pièce de théâtre qu’elle finira par jouer elle-même. D’écoutante, la voilà “diseuse” livrant au public des tranches de vies. Ce sera un vif succès.

Pour nous, Nic a créé un spectacle  intitulé Poésie et Résistances, admirablement mis en scène par sa complice Barbara Bergonier. Ce spectacle, nourri de poèmes connus et moins connus, a décliné le verbe résister et le mot résistance à tous les modes, les reliant entre eux magistralement.

En préambule, Nic Mazodier a parlé de mariage entre poésie et résistance. Un mariage, comme elle dit, qui fait honneur à l’humanité car, le poète comme le résistant sont des rebelles qui savent dire “NON”. “La poésie est passion, elle est action. L’amour est son foyer, l’insoumission sa loi” écrira Saint John Perse.

Mais ce que Nic Mazodier nous a rappelé en ouverture du spectacle, c’est que la première fois que le mot RESISTER a été employé, ce fut par une femme, il y a 300 ans. : c’était Marie Durand, qui refusant d’abjurer sa religion, fut emprisonnée 38 ans. Elle avait gravé sur la margelle du puits de la prison, ce mot qui allait faire florès : RESISTEZ.

Puis ont suivi des magnifiques poèmes écrits pour donner aux hommes le courage d’affronter le malheur, la souffrance,  l’injustice… pour donner courage et volonté à tous ceux qui au péril de leur vie ont choisi de résister.

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Le témoignage de François (Lycée Condorcet, Paris)

3 octobre 2012

Voyage à Izieu

Je n’ai jamais été particulièrement doué pour dire ce que je pensais de ce que je voyais, ou même pour m’exprimer à propos de sujets qui impliquent un engagement personnel.

Nous sommes arrivés là-bas le 5 mai 2009 au matin, un peu anxieux de ce que nous allions découvrir, mais pas non plus totalement abattus. On attendait de voir la maison.

L’exposition par laquelle nous avons débuté devait nous expliquer le contexte, et n’avait pour but que de nous transmettre un certain nombre de connaissances nécessaires à la compréhension de ce que nous allions voir quelques temps plus tard. Ainsi, un nombre important de panneaux concernant la situation en France et en Allemagne, ainsi que les différents contextes, y étaient entre autre exposés. Après une visite complète de «La Grange», lieu de l’exposition, nous nous sommes dirigés, avec notre guide, Pierre-Jérôme Biscarat, jusqu’à la maison proprement dît, là où ces enfants vivaient, pas vraiment cachés, mais pas vraiment libre de se montrer non plus Cette grande bâtisse était désignée comme «lieu de mémoire», par les plus habitués du site, au contraire de la place précédente, considérée, comme plus historique que mémorielle.

Une fois à l’intérieur de la maison, nous avons été libre de nous y déplacer comme bon nous semblait. Une mise en scène relativement simple qui se voulait plus représentative que réaliste nous entourait, alors que nous étions observés par les 44 portraits des enfants. Les pièces n’étaient pas complètement reproduites, et seule la mise en place des objet était respectée. Les sièges vides de la salle de classe étaient les uniques témoins de l’absence des élèves que la rafle avait provoquée. Au final, un résultat plutôt impressionnant. Pourtant, j’étais plutôt gêné. Autour de moi, tous les autres élèves de ma classe, ou la plupart, étaient tristes, parfois pleurant, alors que moi, loin de m’en moquer, je n’arrivais pas à éprouver de la douleur. J’étais impressionné, mais je n’ai pas ressenti de tristesse.

S’en est suivi la présentation d’une vidéo, nous montrant principalement les images d’archives issues du procès de Klaus Barbie, le responsable de la rafle d’Izieu. Encore une fois, la reconstitution fut plus choquante qu’autre chose et les images sont restées. Certaines personnes ont été très marquées, d’autres moins, mais au fond, je pense que chacun a pris pleinement conscience à ce moment précis, s’il ne l’avait pas déjà fait plus tôt, de la réalité de cette rafle.

Le lendemain s’est déroulé lui en deux parties. La matinée, après une marche dans les alentours du sites, nous sommes retournés à la maison, dans la salle de projection de la veille, dans le but de consulter à nouveau des images d’archives, à propos des camps d’internements français, ainsi que, plus largement, de l’antisémitisme du régime de Vichy. Elles furent expliquées une nouvelle fois par Pierre-Jérôme Biscarat. Des informations plutôt intéressante, qui m’ont permis en tout cas de porter un nouveau regard sur les systèmes d’internement présents en France à cette époque. Ceci occupa tout le matin, qui fut suivi d’un long déjeuner sur le site-même de la maison d’Izieu, avant de reprendre le car en direction de Lyon.

Arrivé au C.H.R.D. (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation) de la ville de Lyon, nous avions pour programme la consultation de l’exposition permanente, qui traitaient directement des sujets étudiés précédemment. Ainsi, une exposition, dont la scénographie, plutôt bien réalisée, m’a permis d’élargir encore un peu plus mes connaissances de cette période de l’Histoire de France, au travers de nombreux documents, essentiellement vidéos.

Enfin, en dernier lieu, et pour clore ce voyage à Izieu, le C.H.R.D. de Lyon nous a proposé une sorte d’atelier, où, par groupe de 5 ou 6, nous devions analyser une affiche de propagande française ou allemande des années 1939-1945. Bien que cette partie fut celle m’ayant le moins intéressé, elle nous permit quand même de réfléchir sur les moyens que se donnait le gouvernement de Vichy pour tenter de convaincre la population française, et elle nous permit de plus de confronter nos idées et nos arguments, qui étaient beaucoup plus différent de ce que j’imaginais.

Ce voyage de deux jours aura finalement été plutôt bien rempli, tant au niveau du volume d’informations apprises, qu’au niveau des souvenirs et des morceaux de mémoire soulevés. Pour ma part, cette mémoire n’a pas suscité de violentes émotions, comme cela a été le cas pour certains, bien qu’une part de ma famille ait été directement concernée par ce conflit, et par la violence de l’antisémitisme des deux régimes allemands et français. J’en ai probablement tiré quelques leçon, j’en ai tiré de l’intérêt, et je pense que je me souviendrais de ce voyage, sans que les souvenirs associés m’en soient pour autant douloureux.

Quoi qu’il en soit, on peut dire que ce voyage, bien qu’un peu court selon moi, aura été plutôt bénéfique, aussi bien au niveau individuel, pour chaque élève, qu’au groupe dans son ensemble.

Merci.